G'JO
effet, il considère la chaire comme formée de sept pièces ; les bras sont de marbre de Vérone , et par conséquent d'origine ni sicilienne ni mauresque , comme le pensait Tychsen. Il ne l'appelle jamais autrement que cosi delta cattedra (Appert., p. 2), pretesa caltedra (Ibid., p. 12). Tychsen en appela à l'absence de date sur la pierre tumulaire, à la donation de l'empereur Michel le Bègue , qui fait mention d'une chaire entiîrc, et à d'autres circonstances encore. Assémani répliqua; il prouva que celte donation n'était pas authentique; et , après une lecture réfléchie de la controverse imprimée et de pièces inédites sur ce sujet, je pense qu'Assémani a mis ce point hors de doute. La vérité est. à ce qu'il paraît, que celle pierre, apportée comme un trophée de la Sicile ou de l'Orient, fut déposée dans l'église pour y recevoir pour le moins les mêmes marques de respect que les drapeaux turcs dans l'église des chevaliers de Saint-Etienne, à Pise, ou que ceux d'Armada (en Espagne) dans celle de Saint-Paul.
En effet, les livres destinés à servir de guide aux voyageurs , à Venise , traitent ce monument avec assez peu de respect; voici ce qui en est dit dans le Quadri , le premier de ces livres qu'il m'est arrivé d'ouvrir : Chaire de marbre très-ancienne, que le vulgaire croit être celle qui servit à saint Pierre à Antioche. Il s'est élevé à ce sujet diverses opinions qui n'ont pas cependant mis ce point hors de doute. Il y a sur cette chaire une inscription gravée en caractères arabes couftqucs, qui se compose, selon quelques savants, de deux versets du Coran. D'autres (a regardent comme le trône de quelque prince africain (QuattrogiorniaVenezia,M\\ano,iS-21,[).H3).
11 n'y a point de fête en son honneur, et il m'a été assuré par des personnes qui ont résidé plusieurs années à Venise qu'elles sont allées très-fréquemment à cette église, et qu'avant de m'en avoir cnlendu parler, elles n'avaient jamais remarqué cette chaire ni entendu dire que ce fût une relique.
Mais je serais injuste envers ma cause si je ne faisais ici mention, comme contraste à l'histoire apocryphe de lady Morgan , de la conduite tenue par plusieurs hommes de lettres parmi les catholiques d'Espagne et d'Italie, après la découverte de Tychsen, bien qu'il fût protestant et qu'il écrivît contre un objet qui était par quelques-uns considéré comme une relique. Mariano Pizzi , de Madrid, lui écrivit une lettre, en date du 28 juin 1788, dans laquelle il approuve pleinement son interprétation, exprime son élonnemer.t de l'erreur dans laquelle est tombé l'aîné des Assémani, et lui ouvre son opinion sur l'origine de ce monument [Appendix de Tychsen. p. 38). Le savant Arcla, de Madrid, écrivait dans le même sens, le 13 septembre 1787, et promettait de faire connaître son livre en Espagne. Tychsen aussi écrivit sur ce suji i au savant Pérez Rayer, de Valence, son victorieux antagoniste dans une autre occasion, et au célèbre chanoine I). Juan R. Herm an, de .:ième à D. Ignacio de Asso, au comte de
hfcMONSTKAÎlON
Floriblanca, ci au '' Inlonio, professeur de langue arabe à Lisbonne ; cl il oc parait pas qu'aucua de ces savants «• » l envisagé cette question vous un autre point de vue qu'une controverse littéraire 1 Dans le Mémorial lit nu, in de Madrid, 1788, pp. 579, 582, on trouve une notice sur le livre de Tychsen, au sujet de laquelle ce savant fait la remarque suivante: Quœ sive ttylum, tivt Bentiendi libertalem , candorem , humanitalem et erudilioncm eximii scriptorù tpecte», tummam omnino meretur attenlionem, censurssqne lu spauicae, a maledicfs lam inique perstrict», preestantiam in aprieo ponit ( Appendix de Tychsen, p. 39). En Italie, outre l'approbation d'Assémani et de de Rossi , je pourrais citer celle du savant prince de Torremuzza de Païenne ( Hartmann's Wanderungen , p. 165).
Telle est donc l'origine du conte insensé et méchant de Iady Morgan. La chaire de pierre, appelée par le vulgaire chaire de saint Pierre, et conservée dans l'église patriarcale de cet apôtre à Venise, a été confondue avec le trône d'ivoire du Vatican par quelque écrivain mal informé ou malintentionné; cette hisloire est venue aux oreilles de cette dame, qui l'a trouvée trop bien appropriée à son penchant à tout dénaturer pour avoir besoin d'examen , et l'a livrée au public en lui donnant toute la pointe et toute la légèreté dont sont susceptibles les traits les plus méchants de la calomnie. H y a quelque chose de vraiment pervers et d'éhonté dans le caractère de cette femme , qui n'a rien d'humain, soit que nous l'envisagions assassinant la réputation de quelque personne en particulier par les anecdotes qu'elle débite sur son compte , ou livrant au mépris toute une classe d'hommes, comme on le voit dans le cas que je viens de réfuter. Quant à son premier genre de talent , on peut lui appliquer ces mots du poêle :
Cœpit per hon>>slas Ire domos, impune minax : ilolucre crucnlo Denlo lacessiii; fuit iniactis quoque cura, Conditioae super commuai; quia etiam lex, Pœnaque lata.
(Horace, Ep. lib. il, cp. 1, 150.)
Reçue dans la bonne société , elle a payé l'hospitalité qui lui avait été donnée en livrant ses hôtes à la censure du public ; beaucoup de personnes en Italie ont eu à souffrir de ses fausses assertions , et la plupart de ceux qu'elle a attaqués sur le continent sont restés muets en face de ses calomnies, dans la crainte de lui fournir une nouvelle occa-
(I) Voyez la substance de ses correspeadanoes'daas l'ouvrage de A. ïli. Hartmann, intitulé Olui. (1. Tjchsen, odet Wanderungen dnreu die mannigfaUigsten Gebiele ilcr bibliscli-asiali'schen literatur, vol. il , Pars il , Brein., 18^0, pp. ttii, KiS.
f.\ \M.l'.l.lul I . (192
sioi) de déployer encore une foi- m--, il . reu\ talents.
Puisque je suis sur cette matière et qn 1 1 suite de lu.i discussion m'a conduit a Venise,
je ne puis me refuser à la sollicitation d'un
savant et aimable .nui qui m'a crie .).■ profiler «le l'occasion que j aurais de contredire publiquement le récit que cette dame a fait
do I entrevue qu'elle a eue avec lui. I.e récit dont il est ii i question se trouve vers li (in île son liv re, OÙ elle raconte s.i v isite au couvent des méchitaristes arméniens dans l'Ile de Saint-Lazare à Venise. J'ai été prie par le père Pascbal Ancber de déclarer que i,i rersion de son entretien avec lady Morgan, telle qu'on la trouve dans les pages de celte dame, est complètement inexacte. Il n'est personne connaissant ce savant religieux qui puisse le soupçonner d'avoir tenu un pareil langage. Il y a surlaul une observation trop absurde et trop contraire à ses sentiments bien connus pour être échappée de ses |r vres. On lui fait dire que le» jxi/jes avaient prié sous leur protection spéciale leur congrégation (les méchitaristes), quoiqu'elle fût hérétique (Italie, vol. II, p. W>5). Le saint-siége n'a pas de sujets plus sincèrement catholiques et qui lui soient plus entièrement dévoués que les Arméniens de Saint-Lazare, ils ne diffèrent pas de nous sur le plus léger point ; et le père Aucher en particulier, par la facilité avec laquelle il parle l'anglais, ne manque pas une occasion de convaincre à cet égard tous les protestants qu'il connaît ou qui vont le visiter.
Je ne m'étendrai pas davantage sur cet exemple du peu de réserve avec lequel celte dame traite la réputation individuelle ; le sujet de cette longue dissertation pourra serv ir adonner une idée de la facilité avec laquelle elle prodigue la calomnie. Si j'avais pu croire que celte calomnie dût rester renfermée dans les pages de son livre, je n'aurais pas pen-é qu'elle méritât d'être réfutée d'une manière aussi formelle. Ici , comme dans toutes les choses nuisibles, l'antidote se trouve à côté du poison. Mais c'est une trop jolie addition faite au nombre déjà si grand de pratiques catholiques ainsi dénaturées par les ennemis de 1 Eglise, pour que le monopole en reste a la personne qui peut en réclamer le / d'invention. Aussi la voyons-nous répétée mot pour mot par M. Houe dans son l'.veryday booh (vol. I, p. Y'il,, livre destine a cire répandu dans la moyenne ci dans la basse classe ; et peut-être même a-t-el!e déjà trouve place dans beaucoup d'autres ouvrages plus répandus que Y Italie de lad] Morgan. Celle considération nie l'ait espérer qu'une réfutation pleine et entière cou. .ne ccllc-n ne sera pas jagée superflue.