‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 112 sur 167 · SUR LE CULTE DE LA VIERGE (F · texte numérisé non relu

SUR LE CULTE DE LA VIERGE (F

Et il arriva, lorsqu'il disait ces choses, qu'une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Bienheureux le ventre qui vous a porté et les mamelles qui vous ont allaité.» (S inl Luc, XI, "21.)

L'incident qui est ainsi raconté dans l'Evangile qui vient d'être chanté (L'Evangile de fa messe votive de la sainte Vierge) est renfermé en peu de paroles, mais il n'en est pas moins pour cela une source d'instructions consolantes. Cette femme, qui élève si hardiment la voix au-dessus de la foule, avait vu Jésus faire des œuvres marquées au sceau delà puissance divine; elle avait été témoin de la manière si persuasive avec laquelle il enseignait une doctrine d'une nature si sublime; elle avait remarqué aussi la grâce, la dignité et la majesté imposante qui étaient répandues sur sa personne et ennoblissaient toutes ses actions. Cependant elle ne s'écrie pas : Bienheureuses sont les mains dans lesquelles Dieu a placé le sceptre de sa puissance ! ni, liienheurcuses sont les lèvres sur lesquelles

( l ) Prêché a s. Pal i ici de HndderstteM, le 26 septembre

1859, a l'occasion de l'anniversaire de la pieuse confrérie catholique qui y est établi. ■.

il a répandu tant de douceur! ni enfin, Bienheureux est le cœur dans lequel il a renfermé tant de sagesse ! mais, par une transition fort naturelle, elle considère combien agréable devait être la fleur qui avait produit un fruit si délicieux, combien sainte et pure devait être la personne qui avait conçu, porté et nourri un enfant si saint et si privilégié; peut-être qu'étant elle-même mère, elle, calculait toute l'étendue de la joie que devait éprouver celle à qui seule il a été donné de le nourrir et de le caresser dans son enfance, de jouir de sa compagnie, d'avoir autorité sur lui pendant le temps de sa jeunesse, et pour laquelle seule, quoique les eaux de sa charité et de sa miséricorde dussent se répandre de loules parts, était réservée, dans le cœur de ce Fils adorable, cette fontaine scellée d'où découlent toutes les affections dont l'homme est capable, la soumission, le respect el l'amour filial. C'esl pourquoi nous

ONSTIUTION t\ INGÉLIQUE.

la \o\<>t)s, emportée par au aimable enthousiasme el sans crainte d'offenser un tel I ils en louant el bénissant une ("'lie Mère, ôle»«r la voix, comme par un transport involontaire, et s'écrier: Bienheureux têt U pttUrtqui < ■ a porté et les mamelles qui vous ont allaité I

Il n'y a rit'ii dans la réponse «le Jésus qui paraisse désapprouver ces sentiments : Bien plutôt, ou, comme il serait peut-être mieux de traduire, Bienlteureux aussi ceuxqui écoutent /'/ parole de Dieu et lu mettent m praiique. De même, en effet, lorsque Thomae, après avoir touché les plaies de notre Siu- \eur, s'écria qu'il était son Seigneur et son Dieu, notre divin Rédempteur répondit en disant : Heureux sont ceux qui n'ont point vu, et qui cependant ont cru (Jean, XX, 2'.); ; par ces paroles il ne voulait assurément pas dire que nous, qui croyons dans les ténèbres, en luttant contre nos sens, et qui adorons comme de loin, à travers un voile épais, nous avons un sort plus heureux que ce petit nombre d'âmes choisies auxquelles il fut permis d'entendre sa voix, de toucher son sacré corps et de baiser les cicatrices de ses plaies. Mais il voulait enseigner à ses apôtres et à nous, que tous ne pouvant aspirer à cette faveur insigne et extraordinaire, nous devions nous contenter de la mesure qu'il plaisait à Dieu de nous accorder ; et c'est ainsi qu'il reprit d'une certaine manière Thomas de n'avoir voulu croire à sa résurrection que sur les preuves qu'il avait jugé à propos d'en exiger. C'est ainsi qu'il détourne encore la pieuse femme de l'Evangile de la contemplation d'un bonheur sublime et qu'il n'est plus possible d'obleni.-, qu'il n'est plus permis même d'espérer, pour fixer son attention sur une faveur qu'elle pouvait espérer d'obtenir, et qui convenait à sa position, le bonheur d'entendre sa sainte parole et de la mettre en pratique. Ici donc, comme dans le cas de Thomas, en indiquant un bonheur plus à la portée de l'homme que celui qui avait fixé d'abord l'attention, il ne rabaisse pas, mais bien plutôt il relève encore le bonheur de cet ordre supérieur au premier, en déclarant qu'il est au delà de toute espérance.

Ainsi donc, mes frères, comme le vénérable Bèdc nous y exhorte, nous élèverons nos voix, avec cette pieuse femme, au-dessus de la foule, et nous proclamerons avec elle que bienheureux est le ventre qui a porté Jésus fait homme, et les mamelles qui l'ont allaité, lorsqu'il s'est fait enfant par amour pour nous; et, afin de pouvoir le l'aire avec plus d'assurance, nous considérerons le droit qu'a celle dont nous parlons, à notre gratitude et à notre vénération. Tant s'en faul que nous convenions que ces sentiments puissent être préjudiciables à nos plus chers intérêts, que nous verrons au contraire combien on peut les faire utilement servir à notre éternelle félicité. Ainsi, d'abord nous imiterons le pieux exemple qui nous est proposé par i*Ei angite, puis nous profilerons ensuite des leçons que notre divin Maître en a tirées lui-même.

Mon intention n'est point, mes frères.

d'entrer dans aucune discussion, pour VOUS

prouver par une autorité sacre, on par de» raisonnements humains, qu'il est de noire part juste el convenable d 'honorer et de n verer les saillis de Dieu, et, BTant tous les autres, lu reine des saints. Je m gj , n effet que je me ti ouv e i< i au milieu de mes fièi . de chrétiens venus à la maison de Dieu pleinement convaincus de tontes les vérités qu', s'j enseignent, et qui ne désirent que de perfectionner dans la pratique des devoirs qui en découlent. Ai-je besoin de dire a des gens tels que vous, que la contemplation de

la gloire des saints, de leur itgnitt ur

joie, loin de détourner de Dieu DOS ;

et nos espérances, ne fait que les élet r plus

doucement de la terre vers le ciel? Celui qui voudrait contempler la beauté d'an superbe jour d'été, n'irait pas lever hardiment s... veux (t les fiver sur l'astre enflammé d'où lui vient tout son éclat el toute sa chaleur. sachant bien qu'il ne ferait par la qu'éblouir et fatiguer sa vue; mai- plutôt, tenant v eux à peu de distance de la terre, il les promènerait sur les objets divers qui couvrent la face de la nature à cette hauteur, pu bien il les reposerait sur quelque jardin bien e Ilivé, et. en même temps qu'il v observerait la riche variété de forme, de couleur, de parfum et d'éclat que lui offrent les fleurs dont il est environné, se rappelant que toutes ces formes et toutes ces qualités divers ait

que le reflet, que l'ouvrage de celte source de lumière qui en est le principe, il se formerait par ce mov en une idée à la l'ois plus douce et plus vive de la beauté de ce jour el dos bienfaits de cet astre lumineux, que s'il en eût tout d'abord contemplé le brillant éclat. De même, lorsque nous voulons méditer sur la gloire de l'éternité de Dieu, nous ne portons pas d'abord nos regards sur ce Père des lumières, qui habile dans une lumière inaccessible; mais nous nous arrêlons un moment à méditer sur les beautés de son E !en céleste; puis nous contemplons réunis ensemble les vierges sans tacbe, les martyrs empourprés, les apôtres triomphants et tous les autres ordres de la cour céleste, avec celle qui s'élève au-dessus de tous les autres, et qui réunit en elle seule toutes les perfections qui sont dans tous les autre-; et lorsque nous considérons en outre que tous ces charmes ne sont que des émanations el îles reflets de la majesté divine, nous devons infailliblement nous former une idée plus vraie et plus consolante de sa beauté, de sa miséricorde et de sa toute-puissance, que si. en voulant contempler d'un regard ferme el hardi l'éclat de sa gloire, notre esprit se fût trouve s M et accable sous le poids de sa majesté terrible. Celle marche nous amènera aussi plus aisément à réfléchir que nous sommes maintenant, comme ils le furent autrefois, -!e jeunes arbres, plantes, en quelque sorte, dans la pépinière dn laboureur céleste, destines à être transplantes dans son jardin de délices, aussitôt que nous aurons atteint la force ou l'âge convenable.

Mais, pour en revenir à CELLE avec la dignité supérieure de laquelle je désire princi-

SERMON SUR LE CL'LTi. DE LÀ VIERGE.

paiement ennoblir mon discours, il faut remarquer que la femme dont il est question dans mon texte ne fut pas la première qui la proclama bienheureuse ou bénie. Le premier fut l'archange Gabriel, qui la salua en (lisant : Vous êtes bénie entre toutes les femmes (Luc, I, 28) ; la seconde fut Elisabeth, remplie, comme dit le texte sacré, du Saint- Esprit, qui répéta les paroles de l'ange (Idem, I, 42) ; la troisième fut Marie ellemême, qui s'écria qu'à partir de ce moment toutes les nations l'appelleraient bienheureuse (Idem, I, 4-8 ). Or ces paroles ont tous les caractères d'une prophétie, et cette prophétie doit être accomplie. Mais par qui? ce n'est assurément pas par ceux qui, dans leurs discours, ne lui donnent jamais ce titre; ni par ceux qui n'en font jamais le sujet de leurs instructions religieuses, si ce n'est pour désapprouver et condamner l'honneur et la vénération qui lui sont rendus sur la terre; ni par ceux dans le système théologique desquels n'entre point la considération de son bonheur, ni même son nom, si ce n'est pour dénoncer comme superstitieux ou quelque, chose de pire encore, ceux qui lui parlent dans les mêmes termes que l'ont fait un archange et une personne inspirée par l'Esprit-Saint, de laquelle il a été dit qu'c7/e marchait sans reproche dans tous les commandements du Seigneur (Luc, I, 6).

Il en est, il est vrai, qui, pour justifier leur répugnance à témoigner du respect pour Marie, ont avancé que notre Sauveur luimême , pendant sa vie mortelle, avait traité sa mère avec une indifférence marquée; qu'il lui répondit même durement aux noces de Cana ( Jean, II, k. — Voyez sur ce passage la Revue de Dublin, avril, 1837, p. 409 ), et qu'il ne voulut point la reconnaître, lorsqu'on lui annonça qu'elle le demandait un jour à la porte d'une maison ( Matlh., XII, 4-8). Il s'est trouvé des hommes qui, dans leurs écrits, ont sérieusement insisté sur ces faits, en les présentant comme une clef sûre pour découvrir les véritables sentiments de noire divin Rédempteur envers sa sainte mère, et ont prétendu même qu'il avait voulu par là nous donner un modèle et une règle des sentiments et de la conduite que nous devions avoir à son égard. Eh bien ! en admettant même que ces faits soient ordinairement bien présentés et que Notre-Seigneur se soit conduit envers la sainte Vierge de façon à montrer de la manière la plus évidente qu'étant une fois entré dans l'exercice de son sacré ministère, il avait brisé tous les liens de la chair et n'avait plus voulu que celle même qui lui était si chère intervînt désormais dans ses desseins, et qu'en conséquence il ait paru en quelques occasions réprimer l'amour trop vif qu'elle lui témoignait; quand, dis-je, on admettrait tout cela, s'ensuivrait-il que nous durions choisir ces exemples pour être la règle de noire conduite et de noire langage? Noire divin Rédempteur a souvent reproché aux apôtres leur peu de, foi (Mafth., VIN, 2(i ; XIV, 31): faut-il donc pour cela que nous oubliions tous les travaux qu'ils oui

exécutés pour nous, toutes les souffrances qu'ils ont endurées pour Jésus-Christ , la dignité avec laquelle ils ont rempli leur apostolat et l'honneur qu'ils ont eu de sceller leur foi de leur sang; et que nous jugions des dispositions de leur Maître à leur égard d'après les paroles par lesquelles il leur fait. un reproche sévère? Il adressa un jour à saint Pierre ces p noies si dures : Arrière, Satan, lu nies un sujet de scandale, parce que tu ne goûtes pas les choses de Dieu ( Malth., XVI , 23 ) ; en conclura-t-on que nous ne devons faire aucun cas du zèle brûlant de cet apôtre, de sa triple protestation d'amour, de sa confession de foi en la divinité de Notre-Seigneur, de la charge pastorale et des clefs du royaume du ciel qui lui sont confiées, pour ne nous arrêter qu'aux moments plus sérieux d'une correction sévère? N'a-t-il pas dit aussi un jour à saint Jean, en lui montrant un visage sévère et lui faisant une vive réprimande : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ( Luc, IX, 55)? Devons-nous alors oublier qu'il était le dise pie bien-aimé qui reposa sur le sein de son Maître , qui fut le seul des douze qui osa paraître sur le Golgo- (ha, au pied de l'arbre fatal ; à qui seul entre tous furent révélés les myslères de. l'avenir, et qui a fermé le livre sacré par les plus vives aspirations du divin amour; ne faut- il plus le regarder et le traiter que comme un homme que Jésus a sévèrement et fortement réprimandé, et pour lequel, en conséquence, il ne voulait point que nous éprouvassions et témoignassions jamais de respect, de gratitude et d'amour?

Que s'il n'en saurait être ainsi, permeltrat-on à 1 impiété ou à l'ignorance de raisonner de cette manière à l'égard de Marie? Car, en supposant même, ce que Dieu me garde de jamais admettre, que son Fils aurait quelquefois paru agirenvers elle avec une reserve qui approche de la sévérité, ne devrions-nous pas bien plutôt nous rappeler que c'est elle qui porta neuf mois dans son sein le Sauveur de nos âmes, et le nourrit de son lait; qu'elle le porta dans ses bras à travers les déserts pour le sauver des poursuites de ses ennemis; qu'elle lui prodigua pendant plusieurs années les soins les plus affectueux à Nazareth ; qu'elle fut en proie aux plus cruelles inquiétudes à son sujet , pendant les trois ans que les Juifs en voulurent à sa vie; et qu'elle a plus soufiert pour lui qu'aucun autre mortel , en restant au pied de sa croix pour recevoir son dernier soupir, à l'ombre de ses membres brisés et de sa couronne d'épines? Et quand, hélas! de sa voix expirante il dit à saint Jean qu'elle était sa mère, et la lui recommanda, ces dernières paroles ne durent-elles pas compenser pleinement la sévérité avec laquelle il avait pu agir autrefois à son égard, si jamais il avait w»é de sévérité envers elle, ou qu'une pareille conduite eût été possible de la part de celui qui était venu du ciel pour êlrc notre modèle, non moins dans l'accomplissement du premier commandement, celui d'honorer nos parents, auquel, selon saint Paul

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