‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 114 sur 167 · SEHMON SUR LE CULTE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

SEHMON SUR LE CULTE DE LA VIERGE

quelbis vers celle que je voyais debout à ses pieds, pleine de résignation et partageant ses douleurs ; et que, sachant combien Respha dut souffrir, lorsqu'elle vit ses enfants justement crucifiés sous ses yeux, par l'ordre de Dieu (II Rois, XXI, 10), je me suis senti d'autant plus touché de compassion pour la mère de Jésus, et n'ai point arrêté les émotions d'amour, de vénération et de pieuse affection pour elle, que la nature même avait fait naître dans mon àme. Je m'incline volontiers et avec joie devant le jugement d'un tel Fils; sa bouche pleine de douceur prononcera ma sentence, et je ne la craindrai point : car je l'ai déjà entendue cette sentence du haut de la croix, d'où elle fut adressée à vous et à moi , et à tous sans exception , lorsqu'il dit : Femme, voilà voire fils, puis ensuite : Enfant , voilà votre mère ( Jean, XIX , 26,

II est vraiment remarquable, mes frères,

avec quelle parfaite exaclitude la maternité de la sainte Vierge, celte maternité que la femme dont il est parlé dans mon texte proclama si hautement bienheureuse, se trouve exprimée trait pour trait dans l'Evangile. Presque toutes les autres personnes dont l'histoire se rattache à celle de notre divin Sauveur ont subi des changements extraordinaires. Jean-Baptiste, d'anachorète solitaire dans le désert , devient le précurseur du Messie ; il est chargé de baptiser Israël et de reprendre les pharisiens et même les rois. Madeleine nous apparaît d'abord comme une femme possédée de plusieurs malins esprits ( Marc, XVI, 9), et se trouve bientôt changée en un ardent disciple et une servante intrépide de Jésus. Les apôtres commencent par être pécheurs et publicains, pour être transformés en faiseurs de signes et de miracles , avant même la passion de leur maître. Mais Marie, au contraire, ne nous apparaît jamais sous d'autres traits que ceux d'une mère toujours souffrante et pleine de sollicitude uniquement pour son Fils. On la voit d'abord recevoir le messager célesle, et, selon sa promesse, concevoir et porter dans son sein le Verbe éternel, fait chair pour la rédemption des hommes; bientôt elle devient un objet de persécution de la part des ennemis de son Fils , et se voit forcée de fuir de son pays natal. Parmi les scènes flatteuses et glorieuses qui se passent autour d'elle à la naissance de ce Fils adorable, tout ce que nous dit à son sujet saint Luc, c'est que Marie conservait toutes ces choses, et les méditait dans son cœur (Luc, 11, 19). Après cela, Dieu lui révéla, par la bouche du saint vieillard Siméon, la doule-ur perçante qui, comme un glaive , devait transpercer son âme (/(/., II, 35 ). On n'entend plus parler d'elle que douze ans plus tard , où elle nous est représentée sous les traits d'une mère inquiète et pleine de sollicitude, parcourant les rues de Jérusalem, en faisant, le cœur rempli de douleur, la recherche de son fils qu'elle avait perdu; et lorsqu'elle l'a retrouvé et qu'elle ne comprend pas parfaitement la profonde et mystérieuse réponse qu'elle en re-

çoit, la conduite qu'elle lient alors se trouve encore exprimée de manière à peindre d'un seul trait le caractère toujours calme et parfaitement soumis de cette créalure privilégiée; l'Evangile se contente de dire que la mère de Jésus conservait toutes ces choses dans son cœur [lé., II, 51 ). Les écrivains sacrés gardent de nouveau le silence à son sujet, pendant dix-huit années de la vie la plus sainte et la plus heureuse qu'on puisse concevoir sur la terre , ayant passé tout ce temps sous le même toit que le Fils de Dieu , jusqu'à ce qu'enfin elle sorte de sa retraite pour l'initier à sa vie publique, en l'engageant à opérer le premier de ses miracles à Cana en Galilée. Pendant les trois années du ministère public si glorieux de son Fils, tandis que la Judée retentissait de ses louanges, que la foule se pressait autour de lui pour être guérie de toutes sortes d'infirmités, que les prêtres, les pharisiens et les docteurs de la loi écoutaient avec respect la doctrine qu'il enseignait, et que le peuple voulait mettre sur sa tête la couronne royale, elle ne prend aucune part à ses triomphes et à sa gloire ; une fois seulement elle s'approche de lui dans les sentiments d'une tendre sollicitude, pour le faire sortir d'une maison où il était environné par la multitude (Matth., Xll, 46).

Mais à peine sommes-nous arrivés à la dernière et à la plus périlleuse des épreuves qu'eut à subir noire divin Sauveur , lorsque ses disciples s'étaientenfuis et que ses apôtres l'avaient renié, que ses amis l'avaient abandonné, que ses proches rougissaient d'avoir des relations avec lui, qu'il était environné de toutes parts d'une vile populace dont la brutalité paraît capable de se porter à unis les excès, qu'il était serré d'une haie cruelle de soldats et de bourreaux, qu'on peut voir alors celte fille paisible et retirée de Nazareth, mais qui est toujours mère, qu'on peut la voir, dis-je, traversant tous les obstacles, pour aller partager les souffrances de son Fils, et recevoir son dernier soupir.

Voilà donc les seuls traits sous lesquels il nous est donné de la connaître comme mère de Jésus! Or ne sommes-nous pas les frères de Jésus? Ne nous l'a-t-il pas assuré luimême? Saint Paul et saint Jean n'ont-ils pas répété celte même doctrine si consolante [Matthieu, XXVIII, 10; Rom., VIII, 17; I Jean., III, 1,2)? Pour nous donc, mes frères , qui croyons que tous les liens qui nous unissaient à Jésus sur la terre ne sont point rompus , mais qu'ils sont au contraire fortifiés et affermis dans le ciel , qui croyons qu'il existe une sainte union cnlre ceux qui combattent encore sur la terre pour obtenir la couronne qui leur est destinée, et ceux qui l'ont déjà reçue dans le ciel ; qui croyons que tous les droits que nous revendiquons à la protection cl à l'intercession de ceux qui sont arrivés au terme, sont volontiers reconnus et qu'on se plaît à y déférer; pour nous, dis-je, qui croyons ces choses, qui les sentons même, ce n'est pas là une vainc parade et de futiles prétentions I Car, si telle est notre foi , le (ilre que nous avons reçu nous a

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