DE LA PREMIÈRE ÉDITION PURLIÉE EN
«SO;ïC5~;-
L'opinion que j'émets aujourd'hui sur le jugement de Jésus, n'est point une opinion qui me soit venue d'hier. Depuis longtemps je.l'avais conçue et méditée.
La preuve s'en trou ve dans ma Libre défense des accusés, dont la première édition a paru en 1815, et la seconde en 182i. Mes impressions d'alors, les mêmes qu'aujourd'hui, sont consignées dans le passage suivant, qui forme la note 42. Voici ce que j'y disais : « Je publierai quelque jour un Examen du procès de Jésus-Christ, qu'on a dû appeler la passion ; car effectivement, il a souffert, passus est, et n'a point été jugé. On y voit le juste trahi par un de ses disciples que la police des prêtres avait gagné; poursuivi par Y esprit de secte, pire encore que l'esprit de parti'. Là se développent la politique haineuse des pontifes juifs, l'orgueil des pharisiens, et la colère des scribes. Accusé sans être défendu, condamné sans qu'on ait pu le convaincre, mis à mort avec insulte : il n'y a que souffrance dans cette longue scène d'iniquité I »
Je me servais de ces arguments pour conjurer d'autres infortunes, à une époque que la réaction a sillonnée par tant de condamnations rigoureuses, où les formes légales ne furent pas toujours respectées.
Je suis revenu sur le même sujet dans mes Observations sur la législation criminelle, et j'en ai déduit plusieurs arguments pour combattre dès lors le funeste emploi des agents provocateurs, et pour contenir par l'exemple de Pilate, les prévôts et les juges faibles aux-
quels on ne répétait que trop : 5/ hune ditnittit, non es amicus Cœsaris, « Si vous acquittez celui-là , vous n'êtes pas l'ami du roi. »
D'autres occupations ont ensuite détourné mon attention; mais louvrage de M. Salvador m'y a ramené naturellement.
L'auteur, que je connaissais personnellement , et pour le talent duquel j'ai beaucoup d'estime, me donna son livre en me priant d'en rendre compte. Ainsi c'est à sa demande, et non par esprit d'hostilité que je me suis livré à son examen.
Dans un premier article publié dans la Gazette des Tribunaux , j'ai donné un aperçu général du plan et du dessein de l'auteur, et je me suis spécialement attaché à faire connaître aux lecteurs de ce journal, presque tous jurisconsultes et magistrats, le chapitre où M. Salvador traite de l'administration de la justice chez les Hébreux.
A l'éloge de ce chapitre a dû succéder la critique du chapitre suivant intitulé : Jugement et condamnation de JéiUi.
Je croyais pouvoir renfermer dans un second article de même étendue que le premier, tout ce que j'avais à dire sur cet immense événement; mais j'ai été entraîné par l'importance et la gravité du sujet, et par la nécessité d'apporter du soin et de la précision dans la réfutation d'un écrivain dont je m'étais empressé de proclamer la haute habileté.