CHAPITRE PREMIER
On répond aux arguments que le Gros tire de l'Ecriture contre l'infaillibilité des pontifes romains.
1. Le Gros commence par prévenir ses lecteur? contre celle prérogative du Pape en confondant avec la masse du genre humain |(. suççi sseur de sainl Pierre, qu'il dil être comme lous les autres sujet au mensonge, omnis hotno mendax (De Ecclesia, sect. III, c. 3, con<l.8,p. 337); comme s'il n'y avait en lui rien de particulier, qui pûl le préserver de cette dépravation générale. On ne peut pas entendre avec indifférence un écrivain qui ne croit pas que la primauté que le pape a dans l'Eglise lui donne quelque prérogative par rapport à l'erreur, c'est-à-dire que le pape, élevé par son rang au-dessus de tous les membres de la hiérarchie ecclésiastique, ait été aussi plus avantagé qu'eux par rapport aux funestes effets de la laule d'Adam, cl qui par conséquent suppose que la nourriture qu'il csl chargé de Dieu de donner aux fidèles, puisse être une nourriture non de salut et de vie, mais de pèche et de mort (1).
2. Cet auteur ne sait-il donc pas que la fin première, la fin unique et immédiate que se proposa Jésus-Christ en établissant l'unile dans saint Pierre, ce fut que l'apôtre enseignât à tous les fidèles les dogmes catholiques, les garantît des atteintes de l'hérésie et, en déjouant les chicanes du mensonge, maintint l'unité de la croyance. Ce sera saint Cyprien qui le lui apprendra : il unitalem manifestaret , unain calhcdram instituit ( De Unitate Ecclesiœ). Si telle a été la fin de Jesus-Chrisl, il y a donc dans Pierre un double caractère : celui d'homme privé et, comme tel, sujet au mensonge, et celui de pasteur universel, qui le dérobe à celle contagion commune . il conservera toujours ces deux caractères distincts et sans confusion [Vouez le chap. 24- de ce Traité). Si donc on prouve que l'infaillibilité a été promise à Pierre en sa qualité de pasteur et de prince, on ne pourra lui appliquer le principe gênerai, omnis Itomo mendàs, qu'après avoir l.iil voir qu'il lui est applicable sous ces deux rapports; (*r l'on n'y réussira jamais : le contexte ne nous oblige pas à étendre cette pro-
(!) Un opuscule impie qui a paru traduit a Pistoie en l'an 17Ht>, nous i réseule, a la grande liorreur des Qdèles, les
I apes ci l'Eglise loui eulière coin ne dégénérés ■ ce p >inl.
II a pour li.ro : "-li''Mis-( linsi anatiiématisJi i excommunié, i nu Réflexions sur le mystère >lr Jésus-Christ rejeté, coati damné parle grand prêtre el par le corps des Pasteurs t du peuple de Dieu. »
position à tous et enfoui temps : nous pouvons donc n'entendre ces paroles omnis tanin, , que de la pi as grande partie des hommes, tans y envelopper tous les individus, dans quelques circonstances, dans quelque condition, dans quelque emploi qu'ils se trouvent. Cet écrivain ,i effectivement senti la nécessité d'établir qne le pontife romain est lui-même compris dans celle infirmité universelle, quoiqu'il raisonne là-dessus en mauvais logicien; le voici : Seriptura non palitur excipi romanum puntificem; nain inerrantia soli Ecclesiœ seu paslorum universalitati tribuilur. Inde ad Ecclesiam bealus Petrus , ut quilibel alius a Christo remittitur , si ipsum aJiquis ex iratribus non audicrit ; nec ipse solus, sed cum oins apostolis judient in conciiio Hierosolymitano, llinc bealus Greyorius (Lib. V,epist. 18j aiebat : Si in mea correclione despicior, restai ut Ecclesiam dvbeam adhibrre. Voilà donc, en dernière analyse, son raisonnement : le pape est faillible, parce que tout homme est menteur, et l'Ecriture le met au nombre des menteurs , puisqu'elle le déclare faillible. Telle csl précisément la méthode ordinaire des novateurs modernes; ils tournent sans cesse autour d'un même point dans un cercle vicieux. Mais laissons de côlé la forme d'argumentation, et venons-en aux arguments qu'il nous présente, quoiqu'ils soient mal em haines.
3. Quant à ce qu'il dil d'abord, que Jésus- Christ n'a donné le privilège de l'infaillibilité qu'à l'universalité des pasteurs . c'est ce qui f,.it le fond de la question, et nous ne pou vous par conséquent le réfuter qu'en terminant ce trailé. Commençons donc par ce qu'il ajoute ensuite, et prouvons que lorsque Jésus-Christ renvoya au tribunal de l'Eglise Pierre avec son frère égaré, il ne considéra, ni dans le premier le pontife , ni dans le second une erreur contre la loi, cl qu'enfin il ne voulut pas indiquer le tribunal de toute l'Eglise catholique. Pour le premier point, il esl certain que ce précepte isolé ne donne pas une autre idée. En effet, quand il s'agit d'un personnage é evé par son rang au-ilessiis de lous les autres el qu'on ne peut confondre avec la foule, OP ne peut le soumettre à un précepte qui, quoique gêner, il, suppose la subordination, à moins que d'abord on ne prouve avec clarté qu'il est lui-même compris dans cet état de subordination, maigre sa dignité OU sa primauté. Les défenseurs de la suprématie du pape seront donc toujours bien fondés à répondre, que, dans le précepte, si p ccaverù in te. il faut sous-eutendre la condition , nisi rit tupremus Ecclesiœ
TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE
nastor, comme fut établi saint Pierre, et en lui tous ses successeurs légitimes; et cela, quoique Jésus-Christ n'ait pas mis expressément cette condition, qui devenait inutile après l'institution de la hiérarchie. C'est donc à notre adversaire à prouver que Jésus-Christ n'a pas prétendu excepter saint Pierre malgré le rang éminent qu'il lui donnait : sans cela l'argument est sans force.
k. Et de fait, nos adversaires ont pensé à nous convaincre non-seulement que Pierre peut être dénoncé à l'Eglise, mais encore qu'il doit lui-même traduire à ce tribunal le frère opiniâtre ; pour cela ils vont déterrer d'anciens missels, où le précepte de la correction fraternelle est directement adressé à la personne même de Pierre : In Mo temporc, respiciens Jésus in discipulos suos, dixit Simoni Petro : Si peccaverit in le, etc. Quoi qu'il en soit de celte leçon, qui d'ailleurs n'est conforme ni au texte' grec, ni à la concordance des latins dans les polyglottes, et qui ne s'accorde pas davantage avec l'ensemble du dix-huitième chapitre de saint Mallhieu, qui commence par ces paroles générales : In Ma hora accesscrunt discipuli ad Jesum,dicentes,e\.c; lant qu'ils ne prouveront pas que Pierre était là avec son caractère de prince et de fondement de l'Eglise, ils né pourront rien en tirer à l'appui de leur opinion. Or pour le prouver il faudrait prouver que, dans saint Pierre, la qualité de représentant de l'Eglise était inséparable de sa personne, et que toutes les paroles qui lui sont adressées le regardaient non-seulement comme individu , mais aussi comme prince et chef. Et alors ils auront à s'occuper de me montrer que , quand Jésus-Christ repoussa ce même Pierre peu de temps après sa confession, en l'appelant Satan: Vade post me, Sulana, scandalum es mihi ; il le réprimanda et le qualifia ainsi en sa qualité de chef de l'Eglise.
5. Au reste, nous pourrions accorder que Jésus-Christ a ordonné que la cause soit portée du tribunal du premier pontife à celui de l'Eglise, et que Pierre lui-même soit soumis à ce commandement, sans qu'il en résultât encore qu'il soil faillible; car l'infaillibilité a pour objet la foi, et le péché dont il est ici parlé n'est pas un péché, c'est-à-dire une erreur, contre la foi. Une erreur de ce genre n'est pas une offense privée , mais un délit contre Dieu se manifestant par la révélation, et contre l'Eglise chargée de garder et de défendre les vérités révélées ; il faudrait donc l'appeler un péché contre Dieu cl contre l'Eglise, plutôt qu'une faute contre un particulier, comme le fait entendre la parole de Jésus-Christ : Si peccaverit in le, et comme le comprit saint Pierre, qui demandait à son Maître : Quoiies peccabii in me frater meut, cl dimittam ei? us(/ue seplies? Le S iliveur luimême adopta ce sens, en répondant : Non dieu libi usque septics , sed usque sepluayies septies. Dieu et l'Eglise ne permettent pas qu'on soit si facile à pardonner et à remettre, sans autre peine, les péchés en matière de foi. Si donc il s'agit non d'une erreur contre
la révélation , mais d'une injure privée et personnelle, ce péché pourra être jugé et puni par un tribunal faillible, et par conséquent l'ordre de dénoncer qui est ici donné ne prouve pas même la faillibilité de celui à qui on n'en laisse pas le jugement. Enfin, si on prétend que Jésus-Christ se soit adressé à saint Pierre, cette hypothèse ne sera pas plus favorable à noire adversaire, parce que ce que nous avons dit de la distinction des deux caractères, de l'individu et du chef de l'Eglise, subsiste toujours. Par conséquent, si votre frère pèche contre voua , c'est-à-dire contre sa personne privée, die Ecclesiœ , dites-le à l'Église, afin qu'il ne se laisse pas emporter à la passion violente de la colère et de la vengeance, en jugeant l'offense, et que le châtiment qu'il en exigera ne soit ni trop irréfléchi , ni trop sévère ; car le précepte d'instruire dans un esprit de douceur ne souffre pas d'exception. Cette interprétation n'est pas contredite par ce qui est ensuite ajouté, de regarder le frère obstiné comme Uù pubticain el un infidèle ; cela sigmfie seulement qu'on doit s'abstenir de communiquer avec lui, el la même défense est aussi prescrite pour d'autres péchés qui ne sont pas contre la foi.
6. Non-seulement on ne peut envelopper Pierre dans ce précepte , au moins dans sa qualité de père universel des fidèles; nonseulement la faute du frère incorrigible n'est pas un péché contre la foi , mais encore on ne peut dire que par V Eglise Jésus-Christ ait ici entendu le corps de tous les pasteurs, ou dispersés ou réunis en concile, comme il le faudrait pour pouvoir en conclure, avec les novateurs , la subordination du pape à toute l'Eglise; il n'a voulu parler que de l'Eglise particulière, à laquelle appartiennent l'auteur de l'offense et l'offensé. En effet, comment aurait-il pu désigner le corps entier des évêques, ou dispersés ou réunis? S'ils sont dispersés , il faudrait que le dénonciateur portât par lui-même ou par lettres sa dénonciation dans tout le monde catholique, afin d'y faire connaître la faule de son frère; et ce serait, la plus étrange manière de procéder. D'un autre côté, ils ne sont pas toujours réunis, et alors, ou il faudrait que chacun eût le droit de les assembler en concile pour le jugement de la faule qu'il devrait y dénoncer, ou bien tous les coupables pourraient se (ldlter de l'impunité, si l'offensé en était réduit à attendre, el peut-être sans fin, que le concile fût convoqué pour d'autres causes et par l'autorité légitime. Il faul donc, dans l'Eglise dont il est ici question, voir, avec saint Jean Chrysoslomc et Théophilal, non le corps entier des p;isteurs, mais seulement le rang dans lequel ils sonl distribués (1). Le fidèle devra donc recourir à son
(I) Quelques Pères, comme suint Jérôme, saint Grégoire, el autves, euleude.ul iripar l'Eglise la multitude des udèles, ce qui donne lieu a Ca«Uliou île iraiiiiire a s mois : Die, ÉcclésKe, par : d ics-lc <t ta réi)M'u\ue; préli ndanl que. le. gouverueuit ni ecclésiastique e.->i démocratique : niais il a tort» car l'on verra par les témoignages que nous en apporterons dans la suite de cet ouvrage, que les l'eres
sr.9
évèque, ci l'un el l'aatre aa pape, parce que l'un préside à une Eglise particulière ei la représente, et que l'antre gouverne et repré» sente l'Eglise universelle. Ce lerail en ce
sens qu'on pourrait dire : Je nie suis fait juger à Rome . Bans signifier par là le peuple romain tout entier, mais seulement le juge et le prince île Rome; <lc même, en recourant à l'Eglise, on entend le chef et le pasteur, qui est l'evéque dans son Eglise particulière , et le pape dans toute l'Eglise.
7. Quant au concile des apôtres à Jérusalem, que nous oppose hors de propos notre adversaire, il en sera parlé en son temps , à l'endroit où nous dirons la (in pour laquelle les conciles ont été établis et la manière dont ils ont été toujours célébrés, et nous y montrerons clairement qu'ils n'ont rien de contraire à l'infaillibilité du pape. Il suffit pour le moment de faire observer qu'on ne peut pas conclure du fait de ce concile, que saint Pierre ne pût par lui-même mettre fin à la controverse sur les observances légales.
L'existence d'un fait particulier ne porte pas avec soi les signes et les caractères d'une nécessité absolue de faire toujours de même. Pierre lui-même nous en offre une preuve bien claire, puisque, au dire de saint Chrysostome, il avait la pleine autorité de choisir un autre apôtre à la place de Judas prévaricateur, et que cependant il aima mieux en confier l'élection au sort, pour ne pas se rendre suspect de prédilection. Qui oserait s'autoriser de ce fait, et pour refuser le même droit au pape et pour prétendre que ce soit là la seule forme légitime des élections ? Personne de sens ; donc aussi , si saint Pierre voulut juger avec les autres apôtres, il ne s'ensuit pas qu'il ne pût aussi juger seul.
8. Mais examinons la belle déclaration de saint Grégoire : Si in mea correctione despicior, restât ut Ecclesiam debcam adhibere, de laquelle le Gros veut conclure que le saint pape se soit lui-même reconnu sujet au mensonge, et en même temps ait avoué sa subordination à l'Eglise. Saint Grégoire ne parle pas ici de ses décisions dogmatiques, qu'il n'aurait certainement pas qualifiées de corrections, mais seulement de son empressement et de son zèle à ramener des enfants égarés ou dans l'hérésie ou dans le schisme, ou tombés dans quelque autre faute; il dit donc que, si la douceur paternelle est impuissante à leur égard, il ne lui reste que l'expédient de les appeler devant l'Eglise, eu suspendant son jugement, afin que la crainte de se voir diffamés leur ouvre les yeux ; ou, si le jugement est déjà porté, afin d'exciter l'Eglise à les regarder comme des membres retranchés de son corps. Au reste la correction, quoique destinée à ramener au sentier de la vérité ceux qui s'en sciaient écartés, ne doit pas toujours être regardée comme la déclaration d'un égarement actuel. Quand
étaient fort éloignés d'accorder au peuple aucun droit dans les jugements ecclésiastiques; ils voulaient y appeler la multitude, non comme juge, mais comme témoin, pour ajouter h la boule el .1 la contusion du coupable : nouvelle preuve en nuire laveur.,.
donc saint Grégoire dii que, après ies avertissements méprisés , il ne lui resle que la ressource de l'Eglise, il ne faut voir, dans celle nécessité de recourir à elle, que le moyen d'appliquer aux coupables, d'une manière plus solennelle et capable d'effrayer les autres, les rigueurs dont il les a déclares dignes; elles deviendront plus terribles par leur publicité, et employées par un si grand tribunal, elles éloigneront tous les soupçons de préventions et d'intérêt, qui pourraient s'élever dans les esprits aigris des coupables contres la conduite du pape, quoiqu'elle fût justifiée par un droit réel et incontestable et par toutes les lois de l'équité. Je demande doue à le Gros : Si le pape n'était pas méprisé dans ses corrections, devrait-il recourir à l'Eglise? Non certainement, car une chose conditionnelle ne peut avoir lieu sans la condition qu'elle suppose. Si donc, parcelle correction, il fallait entendre une définition de foi, il s'ensuivrait que le silence et la soumission des coupables suffiraient pour déclarer cette définition infaillible et pour qu'elle ne fût plus du ressort de l'Eglise.
9. Mais ce qui est plus houleux pour cet écrivain et pour tous ceux qui lui applaudissent, c'est l'aveugle crédulité et la négligence coupable avec laquelle ils empruntent ce texle à des auteurs prévenus , sans se donner la peine de le chercher dans l'original (1). J'y suppléerai à leur défaut. Le sainl pape écrit à Jean, évèque de Conslanlinople, qui usurpait le nom d évèque universel , une lettre pleine des motifs les plus puissants pour l'engager à quitter ce (ilre de vanité et d'orgueil, et il le menace de le dénoncera l'Eglise s il refusait de se rendre à ses remontrances. Ego ilaque per responsales meos semel, et verbis humilibus hoc, quod in Iota Ecclesia peccalur, corripne studui : nunc per me ipsum scribo ; quidquid facere humiliter début non omisi ; sed si in mea correctione despicior, restât ut Ecclesiam dtbeam adhibere. Où est ici le point de foi? Esl-ce le titre ambitionné par Jean' Non assurément; ce n'est là qu'une question d'ordre el de prudence, dont la décision n'est p;is réservée au concile, mais esl laissée au pape p4r lous ceux qui reconnaissent sa primauté de juridiction. 11 y a plus : c'est que. seloa nos adversaires eux-mêmes, le pape aurait pu procéder absolument contre Jean : car ii n'aurait l'ail que se conformer au concile de Chalccdoine, qui avait attribué ce litre à l'evéquc de Rome et l'avait par conséquent refuse a tout autre évèque, l'Eglise ne pouvant avoir deux évéques universels. Or les jansénistes donnent au pape l'autorité executive, et celte autorité suffisait ici à Grégoire, dans leur système, il n'était donc pas obligé à ce recours, el cependant il déclare qu il en sérail venu là à la fin. Et pourquoi donc? Ecoutons-le lui-même : Jlac itaque dicens, oinni-
(I) C'est la manière des novateurs d'écrire ce qu'ils Urouveul sous la main sans le comprendre; ils peuvent ainsi, en peu le lem s el mus peine , enfanter de nombreux volumes, oii l'on ne rencoutre qu'une érudition eu augère et sans rap| on ni liaison.
polens Deus Fraternitativestrœ indice! quanto circa vos amore constringor, quantumque in liac causa, non contra vos (comme Jc;m aurait pu le croire , si le pape avait usé de sa suprême autorité), sed pro vobis Ingeo. C'était pour que l'ambitieux prélat reconnût avec quelle tendresse de père le traitait celui qui allait jusqu'à oublier la juste rigueur du juge. Si donc le pape, dans le double motif de prouver à Jean son affection paternelle et d'abattre l'orgueil qui le dominait, le menace de l'accuser devant l'Eglise, sera-ce une raison de croire qu'il ait renoncé pour toujours à ses droits originaires en matière de foi et prononcé solennellement sa faillibilité? Ou même en portant devant l'Eglise par amour de la paix une question de simple administration, aura-t-il reconnu par là même la nécessité d'employer toujours ce moyen, avant de procéder contre quiconque oserait troubler la paix de l'Eglise et usurper, comme Jean, les droits hiérarchiques des autres? En vérité, celui qui en tirerait de si étranges conséquences ne saurait mieux prouver que la parole de l'Ecriture s'est vérifiée en lui : Omnis homo mendax.
10. Si l'auteur avait eu l'occasion de lire dans ce saint Père la manière dont il procéda à la déposition de Lucille, évêque de Malte, et l'ordre qu'il donna à Constance, évêque de Milan , de juger comme son délégué la cause de Maxime de Salone, ainsi que plusieurs autres dispositions qu'il fit absolument et d'autorité; si, dis-je, il avait eu le loisir et la volonté de lire tout cela, peut-être n'aurail-il pas prononcé avec tant d'intrépidité, que saint Grégoire, par celle déclaration, s'était reconnu sujet à l'Eglise. 11 aurait été plus réservé encore, s'il avait vu dans une lettre écrite par le même à Eusèbe de Thessalonique, qu'il ne laissait pas d'exercer l'autorilé suprême dans ces mêmes débats avec l'évêque de Constantinople ; il y fait comprendre très-clairement qu'il a menacé Jean de le dénoncer à l'Eglise, sans prétendre en rien déroger à sa puissance. En effet, il ordonne aux évéques qui s'assemblent en celle ville de rester étrangers à l'orgueil de cet évêque ambitieux; de repousser, comme injurieux au caractère épiscopal qui est égal dans tous les évêques, les pièges qu'il leur tend par ce litre d'évêquc universel, et il déclare séparé de la paix de saint Pierre quiconque s'écarlera de ses injonctions : Si quis [quod non crcdimus) scripta prœsentia aliqua in parte neglexerit, a bmli Pétri aposlolorum priacipis pace se noverit segregatum. Auparavant il avait prévu le cas où les partisans de ce métropolitain seraient parvenus à s'introduire dans le synode et à l'entraîner par leurs intrigues à favoriser ses projets usurpateurs, et il leur rappelait que, sans approbation , tous h urs actes et décrets seraient sans vigueur. Quamvis, sine apostolicœ sedis auctoritale atquc consensu, nultas quœque acta furrint vires habeanl. Que le Gros soutienne maintenant , s'il en a le courage , que saint Grégoire reconnaît ne pouvoir rien sans l'Eglise, lorsqu'il écrit à Jean : Si in mea cor-