‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 132 sur 167 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Discussion de quelques passages des Pères sur le texte que nous venons de citer : Tu es Petrus.

1, La métaphore de pierre, appliquée par Jésus-Christ à Pierre seul, porte avec elle tant d'évidence, qu'il semble inutile de la fortifier par l'autorité de la tradition , qui ne saurait présenter une doctrine contraire. Mais les novateurs irouvent les ténèbres dans la lumière même , et ils en appellent aux Pères , prêts à obscurcir par leurs chicanes celle qui jaillit de leurs paroles. Si le langage des Ecritures n'est pas à leur goût : la lettre tue, s'écrient-ils , et ils recourent à des interprétations tirées à leur manière de la tradition ; et si celle-ci n'est pas plus satisfaisante pour eux , ils reviennent sur leurs pas et retournent à l'Ecriture : se jouant ainsi tour à tour de l'une comme de l'autre, ils corrompent toutes les vérités et ouvrent la voie à un vrai scepticisme. On ne peut donc faire un portrait plus vrai de ces faux théologiens, que celui quele pyrrhonisle Agrippa appliquait, à tort, il est vrai, à tous les scolastiques indistinctement: Nonnisiempto titulo, disait-il, theologi sunt; ex tamsublimi facultatc quamdam logomachiam feccrunt , circumeuntes scholas, morentes quœstiunculas , fabricantes opiniones , et Scripluris vim inferentes , intricalis verbis alienum sensum illis obducentes , paraliores tentitare quam examinare , multa admodum jurgiorum seminaria excogitare ausi... Aique ipsam fidem nostram sacro-sanctam apud sapientes hujus seculi risui ac diffidenliœ exponunt... Nulli pênes cos pro theologis habentur,

TRIOMfHE OU SAINT-SIEGE ET l>E L'IÎGLISE.

nisi (jtti noverint egregie contendere , et ml omne proposition instantiam dare , prompte fingerc , et novos sensus invenire (De vanitatc et incertitudine scientiurum, c. kk). Ce qui éloniie davantage encore, c'est que des hommes qui veulent substituer la science à la foi et l'examen privé à l'autorité qui doit guider les fidèles dans les choses de la religion, que de tels hommes, dis— je , se croient le droit d'exiger la créance et la soumission qu'ils ne laissent pas accorder à l'Eglise. Ils prononcent d'un ton absolu que tel est le s.ens de l'Ecriture, que là est la tradition, et souvent sans apporter aucun témoignage ni de l'une ni de l'autre , comme si c'était assez pour les fidèles de leur parole. Conformément à ce système , maintenant adoplé universellement dans le parti, le Gros déclare avec autorité que, parmi les Pères, il n'en est aucun qui, du privilège qu'a eu Pierre d'être appelé la pierre du grand édifice de l'Eglise , en ait conclu son infaillibilité, et que par conséquent nous ne devons pas l'en conclure nous-mêmes, les Ecritures ne devant être interprétées qu'avec le flambeau de la tradition : Nullus est sanclorum Palrum, aut veterum interpretum , qui ex hoc loco concluserit romanum pontificem esse infallibiletn, Porro Scripluram sacram aliter interpretari non debemus , nisijuxta eum sensum quem perpeluo tenuil Ecclesia.

2. C'est vraiment pitié de voir l'aveuglement de cet écrivain; mais il révolte davantage encore par son effronterie et sa hardiesse. Il faut autre chose pour assurer avec tant d'intrépidité : Nullum esse sanctorum Patrum, aut veterum interpretum! II faudrait qu'il eût parcouru tous leurs volumineux ouvrages; il n'en cite pas un mot, et ce silence nous laisse la liberté de soupçonner qu'il n'en a lu aucun, au moins sur ce sujet. Il n'est donc pas nécessaire , pour le convaincre de mensonge, de lui opposer loule la tradition. Un seul témoignage serait un démenti assez positif contre une assertion si générale. Il sera donc plus que suffisant de lui en apporter trois , et je les tirerai l'un d'Origène , l'autre de saint Léon , et le troisième de saint Grégoire le Grand ; on pourra en trouver un plus grand nombre dans les célèbres apologies de Bellarmin , de Serry , de Ballerini, de Veith, etc.

3. J'emprunte donc une première citation à Origène; il distingue de l'Eglise la pierre; l'une et l'autre, d'après lui, sont également hors des atteintes de l'enfer : Neque adversus petram , dit-il, supra quam fundavit Christus Ecclesiam , neque adverstts Ecclesiam superbœ poriœ inferi prœvalebunt. Il n'est certes pas besoin d'efforts pour reconnaître que , dans ce passage , l'infaillibilité du pape est bien nettement présentée comme indépendante de l'infaillibilité de l'Eglise ; la pierre et l'Eglise, dont elle est le fondement, y sont distinguées comme des choses diverses, et on leur attribue si clairement h. toutes deux le même privilège, que je croirais faire injure à la pénétration des lecteurs, en essayant de leur développer des paroles si lumineuses. Il

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