‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 133 sur 167 · VY · texte numérisé non relu

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DEMONSTRATION l » S'CÉI IQ1 I .. GRÉGOIRE XVI.

vaudra mieux les ranger des violences que leur font des hommes qui se vantent do m voir, comme le dil t grippa, ad omnepropositum itutontiam dare, prompte flngere, et novoi .■"«.Mrs invenire.

\. Le Gros, d'une împerturbabililéque rien n'étonne, cherche à expliquer Origène par Origène même; et il trouve que ce dut leur, bien loin d'avoir découvert l infaillibilité de Pierre dans la prérogative qui l'a rendu la pierre de l'Eglise, n'j <i pas même reconnu sa primauté ; et cela pane qu'il étend celle prérogative, non-seulemenl a tous les autres apôtres, mais encore à lous les Gdèles parfaits , lorsqu'il écrit : Vere ad Petrum quidem dielum est : Tu es Petrus, et $uper hanc pctriim œdificabo Ecclesiam meam ; et tamen omnibus apuslolis et omnibus perfectis fidelibus dictum videtur , quoniam omnes tunt et Peints et petra, et in omnibus œdificata est Ecclesia Ckristi, et adversus nullwn eorum, qui iules sunt , portas inferi prcevalebunt (In e. XVI Malth., tract. 1). Selon noire auteur, Origène a donc prétendu que l'enfer ne prévaudra jamais contre la pierre ni contre l'Eglise , par la seule raison que, niliil polest contra electos, ea fide quant Petrus confessas est armatos (Sect. 3, c. 3, p. 376). C'est donc à cet argument que se réduit , ou du moins qu'aboutit naturellement son interprétation : La véritable Eglise de Jésus-Chrisl est celle qui, par sa fermeté, doit braver les portes de l'enfer; or celle fermeté n'est le partage que de celle qui est fondée, comme le dit Origène, sur les fidèles parfaits comme sur autant de pierres inexpugnables aux efforts de l'enfer; donc la vraie Eglise de Jésus-Christ, selon Origène, est celle qui s'appuie sur les fidèles parfaits, celle qu'ils composent. Malheureux. Origène ! notre auteur l'a enfin reconnu pour un membre de la secte des cathares et des donatistes. En effet , admettez que la métaphore de pierre n'ait pas chez lui d'autre sens que celui qu'y trouve le Gros , son procès est jugé, il est hérétique; car, en donnant aux fidèles parfaits la qualité de fondements inexpugnables, ou il entend parler du fondement marqué dans la métaphore du Sauveur, sans lequel il ne saurait y avoir d'Eglise, ou de tout autre fondement extérieur qui ne serait pas nécessaire et sans lequel l'Eglise pourrail subsister. S'il l'a entendu dans le premier sens , comme notre auteur semble le croire, il s'ensuivrait: 1° que les fidèles parfaits auraient reçu une autorité égale à celle de Pierre ; 2" que d'eux dépendrait l'existence de l'Eglise; 3° que son essence en dépendrait pareillement comme de ses principes constitutifs; 4° que l'Eglise ne comprendrai! que les parfaits. Ce n'est même pas asseï pour le Gros de voir dans Origène un cathare et un donatiste, il en fait encore le père ces luthériens. Selon ce qu'il lui prèle, ce docteur enseigne qu'il n'y a pas de foi véritable dans les pécheurs , que c'est un dox réservé par une promesse exclusive aux vierges de cœur, c'est-à-dire aux seuls parfaits; ce qui est une conséquence de la doctrine qu'il lui impute d'avoir établie dans son premier texte .

et d'après laquelle l«l portes .!,• l'enfer ne dei raient jamais prévaloir ni contre 'a pierre ni contre PEg ise, uniquement parce que V en"

pi i -1 impuissant contre les élus armés (te la

fui que Pierre « confessée; comme si cette foi

des élus liait d une autre nilure que la toile (eux qui ne sont pas élus. D'autre pai t si, par «elle qualification de pierre appliquée indistinctement à Pierre et aux fidèles parfaits , l'on veut qu'Origène n'ail entendu qu'au fondement extérieur et non indisp* osante , comment pourra l-on dire qu'il ait reconnu la doctrine catholique sur le plan essentiel du gouvernement ecclésiastiqnr lie p irsa nature à Pierre comme à son chef et a son fondement, ainsi que nous l'avons démontré d'après les principes mêmes des noraleam.

Pierre alors n'aurait pas plus d'autorile qu'uu élu quelconque; il serait même sans autorité, puisque la seule qualité d'élu n'en donne point dans l'Eglise Si le Gros essaie de justifier Origène, en répondant qu'il établit d'ailleurs la primante d'autorile de saint Pierre, je le prierai de me présenter ces preuves, et je. m'offre de les renverser toutes par le seul principe, que là où il y a faveur pour tous il n'\ a privilège pour personne. Veut-il en voir l'épreuve? Qu'il m'apporte, s'il veut, le commandement de Jésus-Christ : Pasce eues meas ; saint Augustin lui répondra que le même devoir fut imposé à lous, pasteurs et fidèles: qu'il rappelle le don spécial des clefs : Tibi dubo claies regni cœlorwn; on lui répliquera qu'elles furent pareillement données aux autres apôtres, et ainsi de suite pour tous les autres passages dont nous tirons la primauté de juridiction de cet apôtre. Elle resterait donc dépourvue de toute* preuves solides, à moins qu'on n'applique à ces passages la distinction que notre auteur emploie en faveur de la primauté : Hoc habueruut cœtcri quod Petrus; hoc dalum est cœteris quoil Petr», salvo Pétri prima tu , concedo; escluso, nego [Cap. IV, Concl. III, p. V01). Ainsi , si Origène, en attribuant aux fidèles celte qualité de fondements, n'y reconnaît aucun privilège particulier à saint Pierre, il ne pourra non plus lui en découvrir aucun dans les autres passages, qui sont pareillement appliqués aux fidèles ou aux autres apôtres : et voilà saint Pierre dépouillé de toute prééminence d'autorité. 11 faut donc conclure qu'Origène donne aux pasteurs et aux fidèles la même qualification qu'a Pierre, mais non dans le même sens, et sauf toujours la primante de ce dernier.

5. lui effet, il dislingue trois sortes de pierres : Pierre d'abord, comme fondement essentiel <le l'ordre hiérarchique établi par Jesus- Christ et constituant le tribunal dépositaire de l'autorité ; les apôtres, y compris Pierre, parce qu'ils ont répandu la foi sur laquelle l'Eglise est fondée : et enfin les fidèles parfaits, parce qu'ils représentent par leur sainteté celle de l'Eglise elle-même et deviennent ses appuis par leur docilité à ses préceptes : c'est ainsi qu'on appelle les disciples fidèles, les soutiens de leurs maîtres, et les sujets obéissants la force de leurs princes, parce que les maîtres et les princes ne pourraient exer-

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE

cer leurs fondions sans la docilité de leurs disciples et la prompte soumission de leurs sujets. Les deux dernières explications expriment des manières d'être essen'icllcmcnt différentes de la première. Celle-ci ne convient qu'à Pierre, selon Origène lui-même, qui, dans un autre endroit, réunit l'ordre donné à Pierre de paître tout le troupeau et le choix qui en fut fait comme fondement : Petro cum summa rerum de pascendis ovibus traderetur ac super ipsum relut supra petram funduretur Ecclesia (In Epist. ad Rom.). Il distingue donc l'essence de l'Eglise de ses caractères extérieurs, auxquels appartient son gouvernement; il reconnaît sa stabilité sous ce double rapport: stabilité assurée dans le premier par un lien de charité et de foi qui unit les fidèles entre eux et avec elle; et dans le second , par la vertu des promesses divines. L'enfer sera donc toujours impuissant dans ses attaques et ne pourra jamais prévaloir ni contre sa sainteté soutenue par les justes, ni contre sa foi enseignée par Pierre; l'Kglise se conservera toujours sainte et sans tache, non-seulement abstractivement dans son institution, mais encore, si je puis parler ainsi, d'une manière concrète dans une partie de ses membres , et sera toujours infaillible dans ses jugements. Mais celle infaillibilité , privilège exclusif du corps hiérarchique de l'Eglise, ne s'étend pas à tous les fidèles parfaits; elle n'appartient qu'aux pasteurs clans l'ordre où ils ont élé établis par Jésus-Christ, c'est-à-dire à Pierre comme fondement principal, et aux autres, comme fondements aussi, mais secondaires, subordonnés, reposant sur le premier. Telle est la composition de cette pierre et l'architeclure de cette Eglise dont parle Origène, quand il dit : Nei/ue adversus petram, supra quam fundavil Cliristus Ecclesiam, neque adversus Ecclesiam superbœ portœ inftri prœvalebunt.

6. Le second témoignage est de saint Léon ; transporté d'un vif enthousiasme pour les privilèges que Pierre avait reçus et dont il lui avait transmis l'héritage (1), il excite les autres évéques à célébrer avec allégresse son élévation au pontifical, comme le jour d'une joie commune, parce qu'elle est honorable à tous (2) ; il rappelle expressément la force

(1) Serm. 2, in aimiv. assntnpl. swe, C. 5, éd. Rom. : Si quuI a nobii recle agitur recteque decernitur ; si quid à misericordia Va qiiolidianis suppiieutionibus obtinetur , illius est opus alque meiitum, cujus in sede sua (c'esl-àdire dans ses successeurs) vieil poleslas, cl excell t auctoiilas ; ei au chap. 4 : cujus digniius etiam in indiyno hœrede non défiât.

(2) Sermon 5. Reliqiosum est vobis (il parle aux évoques qui étaient venus pour célébrer son élévation au siège poniilical) nique taudubile de die proveclvmis nostree quasi de vroprio honore gaudeie, ut nnmn celebretur in tolu F.ct'tesut torpore pontifiai sacramentum, qnod,pfliuo benediçluiuis unqncnto, copiosius quidem in superimtt profluxil, si'd non imrce etiam m iuferioia descendit. Ces paroles devraicnlêtre méditées par 1rs novateurs, qui veulent que l'autorité primatialè du pape soit d'une autre espèce que celte des evêques, pour on conclure nue celle-ci, se trouvant en chaque évoque dans toute sa plénitude, ne peut, être limitée par le. pape. Ce êacretncnl d < ponlificid signifie certainement l'éjiiscopat, conféré dans le sacre, rfl'nso beiwlirtionis nnguento, eldonl la grâce coule sur le pape en plus grande abondance, co»iosi«.s iniuperioraprofluxU,

inébranlable qui fut donnée à Pierre par le choix qui fut fait de lui pour être la pierre de l'Eglise catholique. On ne peut trouver de l'ambiguïté dans le langage énergique de ce savant pontife, car l'ensemble du texte ne présente qu'une seule et même pensée, ainsi qu'on le voit particulièrement dans ses sermons, dont voici quelques traits : Sicut permanet quod in Christo Petrus credidit , ila permanet quod in Petro Cliristus instituit... Manel ergo dispositif) veritatis, et beatus Petrus in accepta forliludine Petrœ persévérons, suscepta Ecclesiœ gubernacula non reliquil ; (quia) in sua sede vivit ejus potestas et exceliit auctoritas (Serni. 2). Ainsi Pierre reçut de Jésus-Christ la force de la pierre , c'est-àdire une solidité inébranlable, comme il l'explique ailleurs, en développant la métaphore de la pierre (Serm. 3) ; voici comment il fait parler Jésus-Christ à saint Pierre : Cum ego sim fundamentum , prœler quod nemo aliud polest ponere, tamen tu quo que pe.tr a es, quia mea virtute solidaris , ut quœ mihi polestale sunt propria, sint tibi mecum participations communia. Comment Pierre fut-il admis à cette participation de la puissance divine? Par le choix qui en fit la pierre de l'Eglise. Et comment fut-il fait tel ? Par la fermeté invincible dont il fut doué , quia mea virtute solidaris. Voilà la prérogative singulière conférée à Pierre quand il fut établi la pierre de l'Eglise. Qu'en disent nos adversaires? que ce fut un privilège personnel à l'apôtre et qui ne devait pas passer à ses successeurs? Donc, répondrai-je, ce ne fut pas le privilège de la primauté. Ils ne répugnent pas, il est vrai, à cette conséquence ; mais je ne sais si, avec la prétention qu'ils ont d'être catholiques, ils admettront encore celle-ci :Donc, dans le passage de saint Matthieu, Jésus- Christ ne crée pas la primauté de Pierre, puisqu'elle ne repose que sur les prérogatives exprimées par la métaphore de pierre. Si l'on refuse ces prérogatives à ses successeurs, il ne leur reste qu'un titre sans réalité, une seule prééminence de rang, qui n'est pas une primauté d'autorité. 11 est donc nécessaire que les avantages représentés par la qualification donnée à Pierre, cl qui lui furent accordés, passent aussi à tous les pontifes romains. Mais à quoi bon des raisonnements , lorsque le même saint Léon, tranchant la question d'une manière décisive , reconnaît que tous les successeurs de saint Pierre ont reçu comme lui la solidité de la pierre? Subjungit se ad ralionem sotemnitalis nostrœ, non solum apostolica, sed etiam episcopalis beatissimi dignitas Pétri, quisedi suœ prœesse non desinit, et indeficiens oblinet cum aterno Sacerdole consortium ; solidilas enim Ula, quam de pelra Christo, ipse pelra faclus, accepit , in suos etiam se transfundit hœredes

que sur les autres évoques; ceux-ci, quoique revotes d'une autorité de la même nature, reçoivent le sacrement du pontifical dans une mesure moindre, et par < onséqucul aussi dans une moindre un sure la puissance de l'éiWopat : eV->l ce qn ■ vcnleni due ces paroles, îion pm te i t nn ii: hiferiora il eendit, \ ar opposition à ces autres, copiosii's m mocrioru W'ollu.rit.

DÉMONSTRATION ï.\ \m.I 'Uni I UiH.niiii. XVI.

[Servi. s). Il faudrait douter du bon sens du lei Leur pour le supposer incapable de prendre dei parolea qui exprimenl si clairement que le pontife romain a reçu de saint Pierre sa stabilité en héritage. El quelle stabilité, sinon dans la foi? C'est la seule dont il soit ici question; c'est celle-là qu il but entendre.

7. Si saint Léon est si clair el si positif en attribuant a la pierre apOhloUaue une fermeté à toute épreuve, saint Grégoire enseïgne la même doctrine en termes non moins lumineux, lorsqu'il conclut de la fermeté de saint Pierre la stabilité de l'Eglise elle-même, et déclare que c'est sur la solidité même de saint Pierre qu'elle est fondée. Voici ce qu'il écrit à Kulogc : Quia ttescial sanclom Ecclesinm in npostolorum principes eoliditale firntatam, (/ni firmitalem mentis traxil in nomine , ut Petrus u petra vocaretur (Lib. VI , ep. 37)? Le prince des apôtres fut appelé Pierre, parce qu'il reçut de Jcsus-Cbrisl l'inébranlable solidité de' la pierre, c'est-à-dire la fermeté dans la foi, finnitutem mentis. Ce saint pape ne pensait donc pas que l'Eglise eût été également fondée sur tous les apôtres, ni sur la foi professée par saint Pierre et prise dans un sens abstrait, mais bien sur sa force invincible, sur sa stabilité dans cette même foi, sur Pierre considéré comme le prince et le chef de tout le collège apostolique et par conséquent de toute l'Eglise. Et, afin que nos tltéotorjicns éclaires ne puissent incidenler et trouver (les sens nouveaux, qu'il me soit permis de donner ici un extrait littéral de cette lettre. Euloge , évéque d'Alexandrie, avait fait, en écrivant à saint Grégoire, de grands éloges de la chaire de saint Pierre, de l'assistance perpétuelle qu'elle reçoit de cet apôtre et des glorieux privilèges quelle transmet à ses successeurs. L'humble pontife, en lui répondant, se déclare, à la vérité , indigne d'occuper un siège resplendissant de tant de gloire, mais il ne contredit pas ce qu'Euloge avait dit de saint Pierre et de ses successeurs; au contraire, il confirme tout cela , non pour l'honneur qui lui en revient, mais pour celui de l'évéque d'Alexandrie, qui avait lui aussi mérité de monter sur la chaire de saint Pierre (1), et pour

(t) Si saint Grégoire appelle le siège d'Alexandrie le siégé de Pierre, ce n'est pas, comme nos adversaires le

prétend généralemenl de tous les autres évoques, y

compris le pape; ce n'est pas, dis-je , parce que l'ctrit? III iiaorum se<titms vivent et prœsidens prœslel qnœreiUwm fi lei veritaltm, d'un non respondenl (Episcopi) rast MCI mitutem a l'elvo tradttuni, ainsi qu'Opstrael explique les paroles de saint Pierre Ghrysologue à Eulycuès : BetUus iY/n<s, qui m propria sale mil et wœsidel, praatat quœrmiit'us /iilei veriiiitem; ce n'est donc pas parce que les siégea particuliers ne sont que le bpih el même siège de Pierre* mais c'est parce que sainl Pierre montra une prédilection spéciale pour le siège d'Alexandrie en y envoyant son disciple s;iinl Marc pour le fonder el le go lier. C'est ainsi que s'explique lui-même Mini or

dans l'Epit. i.o du liv \i au même Euloge, où il du : Est

alitpud quoil nos erqn ikxandrmani Scelesiam </ taotun

piTiilinriitiie eomtrinm, ei in ejm innove pronior.

tpetiidi qnodamniod'olcge comp Hit. S.nn, u'cwl omnbus

Uqûet.Q od beatm evangelistn Varcm IS. P

magistrq mo ALexandriam sii tvansnussus, sic luqus nos

mniji^ti et discipuli wiilate constrimnmur : c'est pour cela

celui de loule l'Eglise . qui 6*4 foaëéc sur l.i solidité de Cet apOtre : d OÙ il résulte que plus

le fondement est magnifique et inébranlable, plus l'édifice a de beauté el de 5tabil me tpecialù hou >r nullo modo delectel . »"/</< tamen lœtatui tum, quia vos,sanctissimi,quod milii impendittis, vobimetiptU dedietù : qui* rniin neieiat tanclam I tclesiam in apo$télo~ mm principi» toliditatt fimuUam , qui finm-

tiltiin mentis liai il in iiominr , Ui Petrus a

petra vocaretur t liaque tum multi sint npostoli, pro ipso tamen principal» tola apo$téloritui principi» tedes in aucloritale tonvaluit. nue veut dire saint Grégoire par ces parolea : / . , letiam flrmatam in apoalolorum prmdn soliditate, sinon que l'Église a une stabilité en proportion avec celle de Pierre, et meiiie que la stabilité de l'Eglise dépend en quelque manière de Pierre ? Si ce n'était pas là sa pensée , pourquoi en appellerait-il sans raison au sentiment commun, qui» enim neeciat, etc.? Si saint Grégoire l'entendait autrement , ce ne serait plus le sens littéral. Mais pour invoquer le sentiment commun, il était ne< . saire de s'exprimer de manière à pouvoir être compris de tous, afin qu'on vil si ce qu il donnait pour 1 1 croyance universelle, lelait réellement ou ne l'était pas. Donc il ne pouvait l'entendre que dans le sens littéral. Quelle force aurait eue la raison apportée par saint Grégoire , si Euloge et les autres érêques, en un mot, tous les fidèles, eussent été obligés de recourir à mille exceptions . d'imaginer des interprétations toutes plus obscures les unes que les autres . pour découvrir quelle avait été sa pensée en parlant ainsi? D'ailleurs celui qui voudrait nier celle proposition du saint docteur, pourrait-il ne pas la prendre dans son sens naturel? Donc c'était aussi celui qu'y attachait saint Grégoire: autrement il ne se serait pas mis à la portée de tous. Si l'on disait à nos adversaires : Tout le moule catholique sait que l'Eglise est fondée sur la solidité de saint Pierre : que feraient-ils? ils allégueraient toutes les preuves par lesquelles ils ont coutume d'établir que Pierre, comme chef et comme fondement . n'a pas reçu le privilège «l'une stabilité absolue , et que l'Eglise s'appuie non sur Pierre, mais sur Jésus-Christ : inienm est fundamenlum primarium ne principale.

répondraient-ils ai ec Opstraet, quod est Christus Jésus, a que [undiimcnta cwtera , (otumi/ue adeo (rilificium omnem suam accipiunt /innitatem [Diss. 5, quasi. 4 de summ. Pont., $ 3, Resp. ad k obj.). Us montreraient donc qu'ils prennent celle proposition dans s, m sens naturel. Pourquoi donc, énoncée par Bain! Grégoire, n'aurait-elle pas été ainsi entendue par les évéques et les fidèles de - in temps0 Pourquoi nos adversaires expliquentils autrement ce Pêreî

8. Ils inventent un sens nouveau et répondent qu'on peut dire que l'Eglise est fol sur la solidité rie saint Pierre, en entendant par celle solidité la force et la fermeté avec

qu'on appelle ce siège apostolique, parce qu'il a été fomlé

p;ir le ois. i|.|e ii'uil apôtre.

TRIOMPHE 01! SAINT-SIEGE ET DE I/ÉGL1SE

laquelle Pierre, inspiré d'en liant, s'éleva au-dessus de l'opinion commune des hommes pour reconnaître cl confesser la divinité de Jésus-Christ. Celte fermeté que saint Pierre communiqua aux apôtres et par eux à toute l'Eglise par ses paroles et par son exemple, peut être regardée comme constituant en ce sens, c'est-à-dire exemplairement, le véritable fondement de l'Eglise catholique, qui doit conserver et conserve en effet la même foi avec la même fermeté. Mais qui ne voit nonseulement que ce n'est pas là le sens naturel de la proposition de saint Grégoire, mais encore que la suite et l'ensemble du texte s'y opposent? Il est question non des titres personnels à saint Pierre, mais des avantages de son siège , où il vil dans ses successeurs , et par conséquent des privilèges de ces mêmes successeurs, dont la gloire fait celle de toute l'Eglise : Quodmihiim pendis lis, vobismetipsis dedistis. Or le seul exemple donné par saint Pierre ne peut former la base de toutes les prérogatives de son siège ; cet exemple a passé avec lui, et par conséquent il ne peut renouveler ce dont parle saint Grégoire, celle communication de privilèges échangés entre l'Eglise et le saint-siége, ou bien entre l'Eglise et les successeurs de saint Pierre. Supposons que le saint pape raisonnât ainsi : Saint Pierre vit dans ses successeurs ; plus on exalte ceux-ci, plus on rehausse la gloire qui en revient à l'Eglise, parce que la confession et l'exemple de cet apôtre, vivant dans ses successeurs, lui apprend avec quelle fermeté elle doit publier la divinité de Jésus- Christ, et l'excite à l'imiter. Belle raison de la gloire que l'Eglise retire de l'exaltation des successeurs de saint Pierre ! Si les pontifes romains ne sont pas ce que fut saint Pierre, elle ne prouve rien , et s'ils sont ce qu'il fut, ils seront aussi fermes que lui dans la foi. Si tel était l'avantage de Pierre par rapport aux autres apôtres , qu'ils n'aient appris que par sa confession et son exemple à publier la divinité de Jésus-Christ; donc ils avaient besoin d'y être excités par lui. Comment donc peut-on dire (comme l'affirme l'auteur des Instructions sur le Saint-Siège [chap. 12], et, d'accord avec lui, tous nos adversaires) que saint Pierre fit cette belle confession au nom de tout le collège apostolique, et que déjà tous les apôtres étaient animés du même esprit et du même sentiment que Pierre ? De plus, si ce fut là le seul avantage pour lequel l'Eglise est fondée sur la solidité de Pierre, la même chose pourra se dire des saints martyrs, qui firent preuve d'une constance héroïque, et par leur exemple tout à la fois attirèrent à l'Eglise une foule innombrable de nouveaux fidèles et fortifièrent les anciens; il sera également vrai que C Eglise est affermie sur leur solidité. Enfin, si tel fut Pierre, il le fut dans l'acte même de sa confession; or la solidité sur laquelle l'Eglise repose inébranlable est un privilège que Pierre reçut pour prix de celte belle confession , lorsque Jésus-Ehrist lui donna le nom métaphorique de Pierre : Firmitatem mentis traxit in nomine , ut Pelrus a petra vocare-

tur ; ce nom fut une récompense , au témoignage de Tamburini : concluons donc que l'exemple seul donné par saint Pierre dans sa profession de foi n'est pas le fondement solide sur lequel saint Grégoire appuie l'Eglise , c'est-à-dire qu'elle n'est pas fondée sur la fermeté avec laquelle il confessa la divinité de Jésus-Christ, mais bien surcellequ'il reçut de Jésus-Christ après cette confession et pour prix de celte confession. La fermeté qu'elle lui obtint est un don et un privilège, aussi durable dans cet apôtre que sa primauté; donc c'est une prérogative réelle qui passe à ses successeurs et qui contribue à la solidité inébranlable de l'Eglise, de la même manière que la primauté contribue à la conservation du plan sur lequel a été établi le gouvernement ecclésiastique. Dans cette hypothèse seule, saint Grégoire pouvait s'attribuer la solidité de saint Pierre, comme il se l'attribuait en effet en entreprenant de montrer que tout ce qu'Euloge lui avait écrit était également glorieux à tous les évêques et à l'Eglise, parce que celle solidité, étant le fondement de l'Eglise, était la force de tous, le titre des prérogatives communes.

9 Opstraet nous fera peut-être ici le reproche qu'il a déjà fait une autre fois à l'occasion d'une explication littérale d'un autre passage du même saint Père (Diss. 5, guœst. 4, resp. ad 3 obj. ex summis Pont.) : Frivolum et ineptum esse laborem, quo quidam similes voculas captant, et undique coacervant , ac cleinde volant eas inrigore grammatico etmetaphxjsica quadam gêner alilate intell igi ; utvel sic aliquid pro infaliibiiitale ponlificia inde exculpant. Nous n'employons pas ici la rigueur minutieuse des grammairiens, qui s'attachent servilement aux mots, au point de faire dépendre le sens de quelques acceptions et manières de signifier, d'un changement de cas, d'une différence de temps, de modes, de personnes, et d'un certain ordre de construction. J'avoue même que des règles si nombreuses et si minutieuses peuvent échapper à l'attention de l'auteur ou à l'exactitude de l'imprimeur, et que par conséquent on ne peut raisonnablement et qu'on ne doit pas toujours insister sur elles pour déterminer évidemment la pensée d'un écrivain. Les défenseurs du Vatican n'ont pas été élevés à l'école des Priscien, desDiomède, des Phocas et des Beroald, pour mesurer avec le compas de la grammaire le mérite des productions les plus remarquables de l'esprit humain, et appuyer sur elle la force de leurs arguments. C'est Opstraet lui-même qui mérite lereproched'une servitude grammaticale, lorsque, pour arriver à une conclusion contraire au pape, il pèse avec la dernière rigueur toutes les expressions. N'est-ce pas avec la sévérité d'un grammairien qu'il épluche le mot confirmarc, employé par saint Léon dans sa lettre à Théodorel ( Epist. 120) : Quœ fides prias docuerat, hœc postra examinatio confirmavit; pour conclure ainsi, en véritable grammairien : Censebat ergo (saint Léon ) ea quœ pZdei esse definierat ( dans sa lettre à Flavien) examinari adhuc posse (par le

DÉMONSTRATION EVANGÉL1QUI GRÉGOIRI Wi

concile), et MAttinatione ron/frmorif N estce pas une rentable subtilité de grammaire que d'entendre, comme il fait, ces parolesde Léon 1\ : Creditur fidei Pétri no* defectura in throno illiw, d'ane pieuse confiance seulement, parce que le mol eredere n'exprime pas une affirmation absolue 1 N'appelle-Ml pas à son secours les plus misérables (Inclues de la grammaire, penr expliquer a son avantage ce passage «le saint Thomas : Principaliter residel ( universali» Ecclesiœ auctorttai ) in twnmo PontifUse, concluant ensuite, que si le saint docteur avait regardé le souverain pontife comme infaillible pour fixer * ce qui est de foi, il n'aurait pas dé «lire seulement prineipaliter, mais totaliter ( Quœtt.k, p. 289, de summ. l'ont. )1 Ne fait-il pas la même chose à l'occasion de l'adverbe finaliter, employé par le même l'ère, à l'endroit où il assure que le pape a le pouvoir de porter dans les questions de foi le dernier jugement, le jugement sans appel ? Ad cjus aucloritatem pertinet finaliter determinare en quœ sunt fidei? 11 conclut ensuite : Cum ad summi pontificis auctoritatem dicit pertinere ta, quœ sunt fidei, determinare finaliter, salis signifuat eajam ante determinata quidemessea si/iiodo gênerait auctoritate uuiversalis Ecclesiœ, sed determinanda adhuc finaliter ex auctoritate summi pontificis; ad quant solampertinet ea, quœ a synodo gênerai i determinata sunt, promulgare et proponere ( Ibid. ). 11 fait donc dépendre toute la justice de sa cause, de quelques expressions grammaticalement expliquées contre le sens de l'ensemble du texte, comme on le verra plus clairement dans la suite; et puis il nous reproche un attachement servile aux formes grammaticales, à nous qui empruntons toutes nos interprétations à l'herméneutique, et non à 1 école de Palémon. Il n'en faudrait pas davantage à Dallé pour renverser toute l'autorité des Pères; il lui suffirait bien de pouvoir déterminer leur doctrine, tantôt par le sens littéral, tantôt par les interprétations les plus subtiles et les plus alambiquées, selon que les opinions'qu'il aurait déjà adoptées auraient besoin d'être appuyées ou mises à l'abri des objections.

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