CHAPITRE IV
Prière de Jésus-Christ : Ego rogavi, etc.
1. Après avoir fait ressortir, je crois , et montré dans son vrai jour le sens de l'expression mélaphoiique de pierre; après avoir vengé des vaines objections de nos adversaires la pensée du Sauveur l'appliquant à Pierre, il sera bien facile de prouver que, si celle pierre est le fondement sur lequel repose et s'élève l'édifice de l'Eglise, l'explication que nous en avons donnée est aussi le point fondamental d'où il faut partir pour fixer et arrêter le vrai sens et l'interprétation catholique des promesses faites à l'Eglise par son fondateur. 11 dit à ses apôtres : Ego vobiscum sum usque ad consutnmoft<in«in ><ci.li : il appelle son Eglise columnamet firmamcnlum veritatis ; il ajoute que les portes
d> i i nj, i n' /// ■ i nuiront pas contre elle. D'après ce que nous .nous dit de l'infaillibilité
du pipe, quel est le 11 lis cilliolique qu'on
doit atiai lui- a ces magnifiques promet! faites par Jésos-Cbrist aoi apôtres et à l'Kglise? D'abord on ne pent douter que, < ■ Im faisant, lésos-Christ n'ait eu ton jour-, en vue la manière dont il l'avait fondée, super hanc petram. liais tunique l'édifice reste attachée son fondement, tant que la colonne est debout sur son piédestal, ni l'un ni l'autre ne tomberont. Lors donc que lésus-Christ s'engagea a tenir toujours cet édifice < l cette colonne inséparablement unis à leurs bases, il leur assura une solidité perpétuelle ; car dire
que l'édifice ne tombera pas, que la colouue
De Sera pas renversée, c'est dire qu il- M M détacheront ni l'un ni l'autre de leurs fondements. Or ce fondement, ce piédestal, c'est Pierre; et les promesses divines nous assurent que l'Eglise ne pourra jamais en être séparée ni parles liérésies, ni par la malice des hommes, ni par les efforts de l'enfer; et cette Eglise, c'est l'édifice et la colonne, où Pierre lui-même se trouve compris, comme nous l'avons déjà prouvé, et comme saint Ambroise le conclut de ces paroles de Jésus- Christ : Tu es l'elrus, etc. : Vbi ergo Pelrus, ibi Ecclesia, et réciproquement, .\on ibi Ecelesia, ubi non sit Petrus. La perfection de ce merveilleux édifice y est si essentiellement intéressée, que ce serait une contradiction manifeste que de placer l'Eglise dans un lieu d'où on le supposerait exclu. Il faut donc aussi le voir dans toutes les promesses que les novateurs disent avoir été laites à l'Eglise; Jésus-Christ les adressa toutes à l'Eglise dans son intégrité; or cette intégrité lui manquerait, si son chef, son fondement n'y était pas compris : ainsi les arguments que nos adversaires prétendent en tirer contre les prérogatives de saint Pierre, ne nous ôlent pas la faculté d'examiner si l'Eglise, » épatés de Pierre, pourrait encore et devrait en espérer l'accomplissement, et par conséquent, si on suppose leur union , quelle sera l'influence de la primauté. La promesse ellemême.que Jésus-Christ fit avec sermenl.d'une perpétuelle assistance aux apôtres et à leurs successeurs, et par conséquent à toute 1 Eglise : Ecce ego vobiscum sum usque ad consummutioncm seculi, celle promesse, dis-je, ne fait rien aux novateurs, parce qu'elle est postérieure au choix qui fut fait de l'apôtre pour être la pierre, et par conséquent à la forme que Jésus-Cbrist voulut donner à son Eglise; elle ne fui faite qu'après qu'il eut fixé le centre immobile auquel les pasteurs devaient se lier inséparablement pour conserver l'unité de la foi. Jésus-Cbrist est donc perpétuellement arec ses disciples, en faisant qu'ils soient perpétuellement unis à leur centre. Voilàavec quelle facilité tous les passades qu'on nous oppose d'un air triomphant, se concilient avec l'infaillibilité absolue de saint Pierre. C'esl un privilège qu'on ne peut pas pins lui arracher que sa primauté; qui plus est, on ne pourrait pas même établir sa primauté de juridiction, si on lui con-
TIU0MPI1E DU SALNT-S1ËGE ET DE L'ÉGLISE.
lestait son infaillibilité. Nous l'avons prouvé jusqu'à l'évidence, lorsque nous avons expliqué la métaphore de la pierre, et cela ressort avec non moins de clarté de la prière que Jésus -Christ fit spécialement pour saint Pierre : Ego rogavi pro te, ut non deficiat fides tua; surtout si on la joint au précepte de confirmer ses frères dans celte même foi : Et ta aliquando conversus confirma fratres tuos (Lac, XX 11, 32).
2. Celle prière, jointe à l'ordre de confirmer les aulres dans la foi, est un témoignage décisif de l'infaillibilité du pape; aussi est-elle un grand sujet d'exercice pour nos adversaires, obligés de recourir aux difficultés les plus subtiles. Le Gros y voit un privilège personnel à Pierre, c'est-à-dire la persé\érance finale que n'emportait pas avec soi la primauté ; et voici les raisons qu'il en donne: 1° Lalinoi cite 43 Pères qui entendent de la persévérance finale l'effel de celle prière, et il n'en esl aucun qui étende celle faveur à tous les pontifes romains; 2° Pierre même n'en jouissait pas comme chef de l'Eglise; 3° Ces paroles n'empêchèrent pas que Pierre ne reniât Jesus-Chrisl ; k" Si ces paroles doivent s'appliquer à ses successeurs, ils doivent renouveler le spectacle des mêmes chutes, afin que se convertissant , ils confirment leurs frères ; cela est inévitable dans l'Eglise, dit Bellarmin, si l'on veut lui appliquer el l'effet delà prière et le précepte; 5° Enfin, avant Gaétan aucun Père ni théologien n'avait découvert dans ce passage une telle prérogative pour le pape. Voilà sur quoi l'auteur appuie son sentiment; nous en examinerons la solidité, après avoir brièvement et fidèlement rappelé les circonstances où Jésus-Christ prononça ces paroles.
3. Pierre se trouvailavecles aulres apôtres dans le cénacle, et ils disputaient entre eux sur la prééminence. Le divin maître voulut réprimer leur orgueil en réprouvant le faste des princes des nations, dont ses disciples ambitionnaient la grandeur et la puissance, et en établissant la différence qu'il y aurait entre les prérogatives de celui qui serait le premier parmi eux, et celles des souverains temporels. Ceux-ci portent l'épée pour effrayer leurs sujets, el la force leur suffit pour que la crainte el l'adulation les proclament bienfaisants; au lieuque le plus grand de ses apôtres devra se faire le plus pelit, et, malgré sa qualité de prince, se regarder luimême el se montrerauxautres dans l'exercice de son ministère comme un serviteur, qui se consacre el se dévoue non à son utilité propre, mais à celle des autres; il confirme celle leçon par son exemple; le maître de l'univers est parmi eux comme un serviteur. Après ces paroles générales dites à touslesdisciples(lj,
(l) La suite de ce discours montre combien la simplicité en est défigurée par ceux qui prétendent que Jésus Christ dans celle occasion a également i lié aussi pour les autres apolrea. Ainsi , le veulent nos modernes théologiens sans préjugés ; la même explication se trouve dans l'édition d'Hertz ne l'Ecriture sainte, au bas de la page, datis une noie sur ce passage * a ces paroles, m nondeficiat fideslua, ou ajoute celles-ci, alwrunujue aposloforvm, el l'on prétend 0,14e samt Ignace, martyr, l'entendait ainsi. Jésus-Chrisl
Jésus-Christ s'adresse "directement à saint Pierre, en ces termes : Simon, Simon, ecce Salarias expelivit vos, ut cribraret sicut trilicum : ego uutem rogavi pro te, ut non deficiat fides tua ; et tu aliquando conversus confirma fratres tuos. Ainsi, par le devoir qui lui est imposé, Pierre est désigné comme le chef qui a rang sur les aulres, et, en une certaine manière, comme un serviteur obligé par le commandement divin à leur prêter son ministère. Que la charge d'affermir ses frères dans la foi lui assure la dignité de chef, c'est évident; carie devoir d'affermir dans la foi et celui de paître exprimenl la même chose ; et puisque l'on établit la primauté par celui-ci, on peul aussi la déduire de celui-là, l'un el l'autre supposant également el dans les brebis à paître et dans les frères à confirmer l'obligation précise d'obéir. Tamburini ne le nie pas ; il reconnaît même positivement que la charge de confirmer ses frères fait naître l'idée d'une véritable primauté (Vera Jdea, part. 2, c. 1 , § 5 ). Mais si, d'un autre côté, l'action de paîlreest un véritable service, que, l'on remplilauprèsdeceuxqueronnourrit, l'action de confirmer aura aussi le même caractère. Et voilà la différence des princes du siècle et duprincede l'Eglise; voilà l'ordre et l'accord de lotîtes les parties de l'inslitulion divine, ordre qui ne se dislingue pas, comme chacun peut voir, dans l'explication des adversaires. Et par là aussi ressort la futilité des objections de le Gros, prétendant que, quand Jésus-Christ pria pour Pierre et lui imposa cette charge, celui-ci n'était pas encore le chef de l'Eglise. Ne voit-il pas que, supposé même qu'il n'eût pas été déclaré le!, il le serait suffisamment par ce passage. Outre cela, observez que, quand Jésus-Chriht comprend dans son discours tous les apôtres, il emploie toujours le pluriel vos, vobis, et non le singulier tu.tibi, pour qu'on distingue bien quand il s'adresse à Pierre seul et ne parle que de lui, et quand il s'adresse à Ions les d;sciples et parlede tous. Ainsi, dans celte partie de son discours où il annonce la tentation à laquelle tous les a poires devaient êlre exposés, ainsi que Pierre lui-même, qui ne pouvait être sauvé dans unteldangerparsa primauté, et qui se trouvait dans la même condition que les autres, le Sauveur, à la vérité, s'adresse à lui principalement et l'interpelle par son nom, Simon : cependant il fait connaître qu'il parle indistinctement à tous, en employant le pronom vos: Simon, Simon, Satanas expelivit vos. Mais lorsqu'il s'agit de choses qui intéressent la primauté de Pierre, qui ne regardent que lui, el qui par conséquent lui devaient être exclusivement appliquées, comme la prière pour l'indéfeelibililé de sa foi et le commandement de confirmer dans celte même loi ses frères, alors il "ne se sert plus de vos, mais de te, tu, tua : Rogavi pro te, ut non deficiat fides tua; et tu aliquando conversus confirma fratres tuos. Donc il faut
1 1 la bien pour eux , mais non dans celle occasion ; ou. s il le lit ici aussi, il pua spécialement poursaml lierre ; c'était ;i m chu . nus eu p irallèle avec 1rs rois des n liions, nue le discours clan adressé,
DÉMONSTRATION ÉVANGÉI l'.'i i . CRI GOIRE \M
Kf,7
on regarder cet modifications de ton langage comme inulilat el mêmes trompeuses, parce que, aaai ni discours de iî peu u étendue, el« li s présentent des différences qui n'existeraient pas; eu conclure que, si Jésus-Christ a confondu Pierreavec les autres apôtres ■ •oui la tentation, il l'a distingue comme le eh. I dans sa prière el dans le commandement qu'il lui a lait.
V <\ de te <|u'il n'était pas encore le chef actuel de l'Eglise, l'on pouvait généralement conclure que lésus-Chfist ne le regarda pas comme tel, ni lorsqu'il pria pour lui, ei lorsqu'il lui commanda de confirmer ses frères, il n'y aurait plus moyen de prouver par l'Ecriture l'institution royale de la primatie de saint Pierre. En effet, avec le principe de noire auteur, qui peut nous nier cet argument? Pierre n était pas établi clief quand il lui l'ut dit; Tu rs l'etrus. . libi dalw clans reyni vadpriun; il ne l'était pas non plus quand Jésus-Christ paya pour lui le tribut, etc. : donc aucun de ce-, passages nedénioulre sa primauté. La seule chose que notre adversaire pourrait opposera celte conséquence, qu'il ne pourrait admettre sans Cesser d'être catholique, ce serait que Pierre, en devenant la pierre de l'Eglise, en fut par là établi le fondement, et que Jésus-Christ, dans les autres passages, le présente comme tel, quoiqu'il ne dût posséder actuellement sa primauté qu'après que le chef et le fondement principal serait allé de ce monde à son l'ère. Mais parcelle réponse noire adversaire détruit entièrement ce qu'il avait avancé, que Pierre, au moment de la prière et du commandement de Jésus-Christ, n'était pas encore le chef de l'Eglise. Car si dans les passages déjà cités Jésus-Christ avait déclaré le choix de Pierre pour chef de l'Eglise, pourquoi ne pourra-l-on pas et ne devra-t-on pas dire également que Jésus-Christ rappela ce choix en priant pour l'iudcfe libililé de sa foi et en le. chargeant de confirmersesfrères?Quiplus est, quand même ce choix n'aurait pas été déjà lait, n'était-il pas implicitement contenu dans celte prière et dans ce précepte? N'étaitil pas par là suffisamment manifesté? Sans doute : puisque ce passage est un de ceux que nos adversaires, et entre autres Tamburini, comme nous l'avons remarqué, apportent en preuve de la primauté de saint Pierre. Quant au soin de veiller sur la loi de ses frères, c'élait un exercice de son autorité suprême, qui ne devait commencer que lorsqu'il serait entré en possession de sa primauté; et par conséquent Pierre n'était pas regardé alors comme le chef actuel, mais comme devant en remplir les fonctions dans un autre temps.
5. La conséquence immédiate qui resuite de tout cela, c'est que la chute de saint Pierre ne préjudicie en rien à l'interprétation que nous faisons de cette prière. Dès que cette charge de confirmer les autres dans la foi est un droit de la primauté, ou pour mieux dire le devoir du chef, il est certain que ce droit ne de\ ra être exercé, que ce devoir ne pourra être rempli que quand la personne élue sera réellement mise en possession de sa primauté,
cl réunira sur s,-, télé tous les privilèges et les obligations qui \ -ont attai dés. Or Pierre, avant ta chute, n'avait pas été Investi de la suprême autorité qui lui avait été conférée, m ai iuellem.nl < barge du -oin de confirmer ses frères; il n'avait donc pu recevoir le privilège de l'infaillibilité sur lequel ce droit était fondé ; mai" H l'aura reçue en recevant
cedroit. < )n ne peut ici séparer ces deux choses ; je veux dire ce que Jésus-Cbrist demanda dans sa prière, linden ( tiliilile de la foi de Pierre, et le droit qui lui fui conféré de confirmer ses frères. Jc-Us pi i i pour que la foi ne manquât jamais en celui à qui, en conséquence de sa prière, il imposa le devoir de confirmer -es nrères: or il imposa ce devoir à Pierre : donc ce fut aussi pour Pierre qu'il pria. Mais alors il le considéra comme le chef de l'Eglise, comme l'indique l'ordre de conGrmer; donc il pria pour le chef de l'Eglise. Il n'était donc pas nécessaire que celle prière dût avoir son effet avant que Pierre fût i bef actuel, c'est-à-dire avant que commençât pour lui l'obligation de confirmer ses frères. G. Quoique Jésus-Christ ail ici considéré dans la personne de Pierre le chef de l'Eglise, nous devons toutefois, avec la tradition, remarquer un double effet de celle prière, relatif au double caractère de Pierre, tout a la fois personne privée el chef fulur de l'Eglise. Sous le premier rapport, Pierre obtînt l'indéfeclibililé de la foi, c'est-à-dire la persévérance finale ; et, sous le second, l'infaillibilité absolue. Voilà dans quel sens il faut entendre les Pères, qui disent que Pierre reçut alors le don de la persévérance. Il l'obtint en effet, malgré son triple reniement, parce que, selon saint Chrysostome, celte faute ne lui enleva pas totalement la foi : Non omnino Pelri fuies interior evanuit (Jlom. III, in Matth.) ; il en conserva les germes intérieurs et la racine, quoique ses parjures en eusse p| emporté les feuilles, comme s'exprime Théophilacte : Quamvis brevi tempore concutiendus sis, habes tumen recondita fidei semina; ut eliamsi folict abjecerit spiritus invadentis, radix tamen vivat, et non dcficial fides tua (In cap. XXII Lurw.U ohlinlensuite un privilège spécial en sa qualité de chef, lorsqu'il fut investi de la primauté, et que, dans un intérêt commun à tous, il fut nommément choisi entre tous, selon la sage remarque de saint Léon: Commune erat omnibus apostolis perieuhen de tentoliont formidinis ; et tamen spéciales a Domino Pétri cura suscipitur, et pro fide Pétri proprie supplicatur, tanquam aliorum status certior sil fatums, si mensprincipis vicia non fuerit. In Petro ergo fortitudo omniuni munitur [S<rm.3in anniv. Assumpl sum). De là vient que les Pères, suivant les circonstances el le sujet qu'ils ont en vue. adoptent l'une ou l'autre de ces interprétations, qui sont toutes les deux très-justes et très-naturelles. Ainsi en use. par exemple, Theophilacle : il parle d'abord de l'indéle. libi lile de la foi obtenue à Pierre par celle prière, et alors il ne considère que -a personne; el peu après i| en\ isage en lui le t lief de l'Eglis , lais mi parler Jèsus-Chrisl mecs