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TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE
termes : Quia te habei ut principem apostolorum, confirma cœteros; hoc enim te decet, qui post me E cclesiœpetraes et fundamenlum{Serm. 3in anniv.assumpt. «uœ). 11 faudrait être bien étranger à l'étude de l'Ecriture sainte pour ne pas savoir qu'elle renferme bien des sens divers, et que de là viennent les nombreuses interprétations que nous en trouvons dans les Pères. Si le Gros avait examiné les diverses manières dont on explique ces paroles, super hanc pelram, il aurait vu qu'il aurait pu citer non-seulement quarante-trois Pères, mais que tous ceux dont se compose la tradition ont reconnu dans la pierre Jésus-Christ et la foi de Pierre. Que devra-t-on en conclure? Qu'ils excluent la personne de Pierre? Cette induction serait aussi fausse qu'il le serait de dire: Tous les hommes affirment que le soleil éclaire, mais ils ne disent pas qu'il échauffe; donc, dans leur opinion, il n'échauffe pas. Quand ces explications ne sont pas contradictoires, l'une n'exclut pas nécessairement l'autre, de même que la lumière n'exclut pas la chaleur. D'ailleurs Launoi, en parlant de quarante-trois Pères, exagère beaucoup; tous ou presque tous donnent tantôt l'une, tantôt l'autre interprétation : avec la différence que ceux qui appliquent la métaphore à la personne de Pierre, ne rappellent pas toujours la foi qu'il professa; au lieu que les Pères qui l'appliquent à la foi, ajoutent qu'il a été destiné à la primauté. C'est ce que développe amplement l'abbé Cuccagoi, dans la Vie qu'il a donnée de cet apôtre, et le cardinal Gerdil, dans l'ouvrage qu'il a fait contre Eybel, en défense du bref qui condamne l'opuscule intitulé : Quid est papa?
J'entends qu'on me répond: Mais les Pères antérieurs à Gaétan bornent l'effet de la prière de Jésus-Christ au privilège personnel de la persévérance finale; donc ils excluent l'autre. Doucement, doucement, mon ami : n'avancez pas si légèrement une proposition si générale. Outre le texte de saint Léon, je vous attends au chapitre suivant où vous en trouverez quelques autres; vous y verrez l'infaillibilité de saint Pierre, chef de l'Eglise, si clairement établie par la prière de Jésus- Christ et par l'ordre qu'il lui donna, que la candeur et le savoir dont vous vous vantez pourront bien en souffrir quelque échec. Je vous dirai seulement ici avec Bellarmin que, si le divin Sauveur ne pria que pour la persévérance finale de Pierre, cette prière était superflue; qu'elle avait été déjà faite, puisque Pierre se trouvait compris avec les autres apôtres dans la prière que Jésus-Christ adressa, dans la même circonstance, à son Père pour leur persévérance: Pater sancte, servu eos in nomine tuo, quos dedisli rnihi... Cum esscm cum cis, ego servabam eos in nomine tuo... Nunc autem ad levenio : non rogo ut tollas eos demundo, sed ut serves eos a malo [Jean, \\\l, 11-13). Pouvait-il prier avec plus de ferveur? Auront-ils été impuissants auprès du Père éternel les vœux de celui qui nous assure lui-même qu'il est toujours exaucé? Mais, s'ils ont été efficaces, il aura donc obtenu la persévérance finale pour
tous ses apôtres, l'enfant de perdition, qu'il nomme au même endroit, seul excepté. Et s'il la leur a obtenue, pourquoi prier spécialement pour Pierre? Sa prière n'avail-elle de la vertu que pour les autres et non pour lui? Nous sommes donc forcés à donner à cette prière une autre fin. Et quelle pourrait être cette fin? sinon celleque nous indique le précepte de confirmer ses frères. Enfin que l'on réponde, si l'on peut, à cet argument : Jésus- Christ pria pour tous, parce que le danger était commun : Salarias expetivit vos; donc ils devaient tous participer à ce bienfait. Donc aussi quand le discours fut adressé spécialement à Pierre : Ego autem rogavi pro te, en même temps qu'on le chargeait de confirmer ses frères, il reçut un privilège au profit des autres; mais les privilèges de Pierre qui profitent à tous sont précisément ceux de sa primauté : donc le privilège de la primauté aura été l'effet de celte prière. Mais comment, dira-t-on, y reconnaître un bienfait accordé à tous? Comment? parce que saint Pierre, ainsi établi, peut, sans crainte d'erreur, confirmer ses frères, qui, à leur tour, trouveront en lui, c'est à-dire dans ses enseignements, la sécurité. Saint Léon le dit clairement : In Pelro ergo forlitudo omnium munitur ; et divines graliœ ila ordinatur auxilium, ut firmitas quœ per Christum Pctro tribuilur, per Petrum apostolis conferatur [lac. cit.). Ainsi accordons que Jésus-Christ ait prié pour tous, parce que tous en avaient besoin. Ce fut précisément pour cela qu'il pria pour Pierre en sa qualité de chef chargé de soutenir les autres, et non pas seulement pour sa persévérance finale. En priant ainsi pour un seul il pria pour la défense et la sûreté de tous. Trailera-t-on d'imaginaire ce second effet ajouté dans la prière du Sauveur à l'indéfeclibililé de sa foi? Dira-ton que celle-ci renferme tout, et qu'on ne peut concevoir comment les mêmes paroles, non deficiat fides tua, expriment et confèrent cette indéfeclibililé, et tout à la fois signifient encore et promettent pour un autre temps l'infaillibilité? Si l'on trouve chimérique cette double manière d'envisager la prière du Sauveur, il faudra traiter de même le double rapport remarqué dans la métaphore de la pierre; saint Léon y dislingue clairement deux bienfaits accordés à l'apôtre. Par le premier il a élé affermi dans la foi, qu il a reniée extérieurement : Fir mi totem simidn (dit-il à Pierre lui-même) ipso cadendi pertculo recepisti (Serm. 11 de pass. Dom.). Par le second il fut établi, après sa chute, comme une pierre immobile dans la profession extérieure de la foi : Cito in soUdilatim suam rediit pelro, lantam recipiens forliludinrm, ut quod tune in Christi expaverat passione, in suo poslea supplicionon timeret (Jbid.). Pierre fut donc ferme dans la foi, et lorsqu'il renia extérieurement ;-on maître, et lorsqu'il la professa à la lace de l'univers : il eut, dans l'un et l'autre cas, la solidité de la pierre ; mais dans le premier il n'eut que l'indélVclibilité intérieure, et l'extérieure de plus dans le second. L'apôtre était donc pierre de deux manières, lune intérieure et l'autre exté-
DÉMONSTRATION I S tNGÉLIQI E. GREGOIRE XVI. 872
riouro ; il le fut d'abord iê la première manière, sans l'être encore de la seconde. Donc cette métaphore représentai! en lui tleu\ privilèges, consistant : l'un dana l'indéfe< tibilité intérieure de la foi qui lui lut conférée par l'imposition de ce nom ; et l'autre dans la force de professer extérieurement cette loi, c'est-à-dire dans l'indéfectibilitc extérieure qui lui fut alors seulement promise. De l
les paroles non deficiat fidei tua se rapportent à la personne de Pierre, et voilà I iiuléfcctibililé intérieure; et de plus elles regardent sa primauté de dignité pour le temps où il devra confirmer ses frères, et voilà l'infaillibilité, qui n'est autre chose que l'indéfeclibilité de la foi employée à confirmer ses frères, c'est-à-dire mise en exercice dans les décisions publiques. Ainsi la foi de Pierre ne manquera, ni quand il reniera extérieurement Jésus-Christ, ni quand il confirmera les autres. L'indéfeclibilité, considérée sous le premier rapport, subsista avec le reniement extérieur; considérée sous le second, elle ne peut s'allier avec aucune erreur dans les décisions publiques : car alors il serait vrai de dire que la foi aurait manqué dans la pratique du devoir de confirmer; et de même que dans le premier cas l'indéfeclibilité intérieure subsista sans l'extérieure, de même dans le second l'indéfeclibilité extérieure, qui n'a qu'un objet extérieur, de conGrmer, pourra se trouver sans l'intérieure. II en résulte qu'un pape peut devenir hérétique pour lui comme individu, quoiqu'il ne puisse jamais l'être dans ses décisions publiques, comme on le verra plus au long dans la suite. Que nos adversaires viennent maintenant traiter de rêves chimériques la double interprétation qui nous montre, dans la prière de Jésus-Christ, le double caractère de Pierre.
8. Mais , disent-ils, si la prière de Jésus- Christ devait s'entendre de Pierre comme chef de l'Eglise, ne s'ensuivrail-il pas que le chef de l'Eglise doit nécessairement tomber dans l'erreur, afin quêtant converti il confirme ses frères. Bellarmin dit que l'égarement et le retour doivent se vérifier en celui pour qui le Sauveur pria; et c'est pour cela qu'il ne veut pas qu'on entende celte prière de l'Eglise, à qui, à raison de son infaillibilité, on ne peut appliquer les paroles : Tu cun versus. Je pourrais me contenter de répondre que ce célèbre cardinal ne s'est servi que par occasion et en passant de cette raison , pour prouver que cette prière ne peut être appliquée à l'Eglise; il le prouve d'ailleurs sans réplique , en observant que l'Eglise n'ayant pas des frères, mais des enfants, ces paroles : Confirma fratres tuos, ne peuvent lui convenir. Toutefois pour montrer évidemment qu'il n'y a pas l'apparence de contradiction dans cesavant apologiste, je vais démontrer deux choses : 1° qu'il faut appliquer aux pontifes romains le mot confirma , mais non le mol aincrsus; 2" que , si cette prière avait eu pour l'objet l'Eglise, il faudrait lui appliquer l'un et l'autre, comme Bellarmin le conclut. Je prouve ainsi le premier point : On ne peut disconvenir (tue Pierre n'ait un double carac-
tère , celui de (lui de l'Eglise et celai d'individu. Il doil «loue \ avoir quelque marque
à laquelle on puisse distinguer I un de l'autre et reconnaître quand les paroles de lésus- Cbrisl l'adressent à l'individu, et quand elles regardent le chef de l'Eglise; autrement il
serait impossible d'établir sa primauté par l'Ecriture. Mais qui pourrait découvrir cette arque, si elle n'est pas dans le rapport essentiel de la primauté arec le bien général de l'Eglise? Il est évident que, parmi les qualités de Pierre, celles qui pourraient cire plutôt nuisibles qu'ulilt s à l'Eglise, appartiennent non à la primauté, m, us ,, i,( p. r sonne; or la faiblesse et les chutes de son chef seraient domm igeables à l'Eglise ; donc celle faiblesse n'est p is une qualité inhérente à la primauté. Or les pontifes romains n'héritent que de ce qui est inhérent à la primauté; donc ris n'héritent pas de celte faiblesse. Bien, medira-t-on, ils héritent de la primauté sans hériter par là de la faiblesse. Mais qui est tombe? Saint Pierre. Donc le chef est sujet à tomber. Etrange conséquence ! Nous l'avons déjà réfulée lorsque nous avons dit que saint Pierre n'était pas encore, quand il tomba , en possession actuelle de sa primauté. Une autre raison montre encore la nullité de cet argument : autre chose est que le chef puisse tomber comme indii idu ; autre chose qu'il doive quelquefois tomber comme chef, de manière à vérifier ces paroles: Tu conversus. 11 n'est donc pas sujet à tomber, parce qu'il n'a pas hérité de la faiblesse de saint Pierre. Mais l'Eglise y serait sujette si la prière avait été faite pour elle et non pour Pierre ; et je le prouve ainsi : Si l'Eglise était l'objet principal de la prière , non deficiat falcs tua , et du précepte confirma, il s'ensuit que Jésus-Christ parlait à l'Eglise dans la personne de Pierre, et que Pierre n'y paraissait que comme le représentant de l'Eglise. Donc , dans le précepte de confirmer ses frères, il ne se trouve rien qu'on ne doive, dans celle hypothèse, attribuer formellement et principalement à l'Eglise. Dans ce discours une seule personne est nommée, c'est Pierre ; on ne prie que pour celle personne, rotjavi pro te; on lui impose à elle seule le de\oir de confirmer. Si donc ces paroles, roijavi pro le, non deficiat, confirma, regardaient directement l'Eglise, pourquoi ces mots, tu convertus, ne seraient-ils pas aussi pour elle? Tu se rapporte à confirma; celui qui devra confirmer, ce sera le converti ; mais la prier» fut faite pour celui qui devra confirmer les autres; donc elle fui faite pour celui qui, étant tombé, devra ensuite se convertir; donc, si elle a été faite pour l'Eglise. l'Eglise devra tomber et se convertir. Il faut admettre celte con équence ou prouver qui- Pierre représentait l'Eglise lorsqu'il reçut l'ordre de confirmer, et qu'il n'était que lui-même, c'est-à-dire avec sa faiblesse personnelle, dans ces paroles, tu conversus. Mais comment peut-il se faire que le pronom tu soit destina a indiquer tout à la fois et simultanément Pierre converti et l'Eglise qui confirme.' Y at-il donc quelque bonne raison de violenter
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ainsi le sens naturel de cette proposition si claire : Tu aliquando conversus confirma fratres luos? Oui, répondent nos adversaires, et la voici : parce que l'Eglise ne peut tomber dans une erreur d'où elle ait à se relever. Mais c'est une véritable pétition de principe; parce que , en rapportant tout ce discours à l'Eglise, on s'engage à lui appliquer aussi ces paroles, lu conversus, qu'on est obligé d'écarter ensuite pour soutenir l'infaillibilité. En effet l'Eglise n'a pas le double caractère de Pierre ; elle n'est pas tout à la fois Eglise et indiv idu ; on ne peut pas distinguer en elle des qualités analogues à ces deux rapports : par conséquent ce qui est dit d'elle dans l'Ecriture, la regarde uniquement comme Eglise et ne peut lui être appliqué sous un aulre point de vue. Ainsi dans l'hypothèse que le discours de Jésus-Christ lui fût adressé, elle tomberait, tomberait comme Eglise, et par conséquent ne pourrait être infaillible.
9. Mais son infaillibilité est d'ailleurs trèscertaine : en plusieurs endroits Jésus-Christ la lui promit très-évidemment. C'est très-vrai ; mais que fait cela? que ces paroles , lu conversus, ne regardent que Pierre, et que les autres , non deficiat et confirma , soient pour l'Eglise? C'est ce que veulent nos adversaires; et c'est ce qui me suffit, dis-je, à mon tour pour prouver qu'aucune d'elles ne regarde l'Eglise, puisqu'on ne peut lui appliquer lu conversus. Que d'abstractions et de restrictions mentales ne faudrait-il pas admettre en Jésus-Christ si nous voulions composer un discours suivi avec de tels éléments? 11 faudrait dire qu'il aurait d'abord déclaré positivement Pierre, comme individu, exposé ainsi que les autres aux tentations ; que considérant ensuite Pierre comme le chef de l'Eglise, il lui aurait obtenu l'indéfectibilité de la foi, pour que, en cette qualité, il y confirmât les autres; et que, après tout cela, il aurait confondu Pierre comme individu et Pierre comme chef, et l'Eglise elle-même dans le pronom tu, qu'on chargerait de celte triple signification contre la belle règle de S. Basile [Hexaem. hom. 9) , qui est de tenir à l'exposilion littérale, «lorsqu'on le peut sans peine,» ubi commode fieri polest. Y a-t-il ici quelque difficulté? Celle exposition littérale mènet-clle à quelque contradiction ? Répugnc-t-il que Pierre, en sa qualité de chef, soit infaillible? Non certainement, puisque, sans parler des autres preuves qui l'établissent, celle infaillibilité résulte nécessairement de l'objet de la prière de Jésus-Christ. Pour la rejeter il faudrait ou démontrer qu'elle est absolument impossible ou apporter d'autres paroles de Jésus-Christ qui y fussent positivement contraires. Ce précepte de confirmer ses frères n'eut pas d'effet, disent-ils, dans saint Pierre par rapport aux autres apôtres; ils élaienl aussi infaillibles que lui et n'en avaient pas besoin; il fut bien plutôt confirmé par saint Paul «ri 1 1 î le r prit, d'où il résulte qu'on ne. jeut pas même lui appliquer les paroles, non deficiat fides tua. El d ailleurs nesont-ce pas tous les apôtres qui, avec saint Pierre, ont confirmé les autres, c'est-à-dire les fidèles, Dkwonst. ÉVAftG. XVI.
appelés frères à cause de la charité qui doit régner entre, eux ? Jésus-Christ parla donc à tous les apôtres; il leur imposa à tous ce précepte; il pria donc- pour tous, et il suffit qu'il soit impossible de concilier ensemble qu'on puisse tomber et rester ferme dans la foi , pour reconnaître que celui pour qui Jésus pria n'était pas celui qui devait tomber. Jésus-Christ parla donc dans la personne de Pierre à tous les apôtres, et dans la personne des apôlres à toute l'Eglise ; et quand il annonça la chute il n'eut en vue que Pierre luimême. 11 est facile de résoudre l'objection de nos adversaires , quelque spécieuse qu'elle paraisse au premier abord , et j'en ai deux moyens : le premier c'est de nier que Pierre n'ait pas rempli le précepte de confirmer ses frères; lé second c'est, en admettant l'hypothèse contraire, de prouver qu'il n'était pas nécessaire que Pierre le remplît lui-même, qu'il suffisait que ses successeurs dussent un jour le remplir. La première solution est amplement développée dans plusieurs apolo-r gistes; c'est pourquoi je me contente de faire une observation : si les fidèles sont les frères dont il est parlé dans l'Evangile, il est prou\é a fortiori que le précepte reçut même /le la part de Pierre son accomplissement, puisque cet apôtre était destiné d'une manière spéciale à paître tout le troupeau de Jésus-Chrisl. La seconde manière de répondre est appuyée sur l'Ecriture elle-même : on y trouve de si nombreux exemples de promesses et de commandements, qui n'eurent pas leur effet dans la personne à laquelle ils étaient adressés, mais dans sa postérité , qu'on ne pourrait former de difficulté là-dessus sans se montrer entièrement ignorant du style, du langage et de l'histoire de l'Ecriture sainte. Si nos adversaires s'étaient donné la peine de lire dans saint Jean Chrysoslome les règles à observer pour bien interpréter les Livres saints, ils y auraient trouvé celle vérité démontrée par des faits incontestables. Par exemple, comment Jacob jouit-il de l'autorité qui lui avait été donnée sur Esaii; et de la part d'Esaù, comment s'accomplit le précepte absolu qui le soumettait à Jacob? Ce fut bien plutôt Jacob qui se vit sous la dépendance d'Esaù, et cependant la promesse faite au premier et l'ordre donné au second sont bien clairement énoncés ; l'une et l'autre avaient été adressés à la personne des deux frères : Esto dominus, dit Isaac en bénissant Jacob, fratrum tuorum: voilà la promesse; et incurventur ante le fiiii malris tuœ : voilà le commandement. Ce commandement et celte promesse s'accomplirent plus tard dans leurs descendants ; car les lduméens subirent le joug des Hébreux, qui les vainquirent, et ils tombèrent dans une telle servitude que , sous Hircan, ils furent forcés de renoncer même à leur indépendance nationale et de se faire circoncire. Celui qui voudrait d'autres exemples peut recourir à ce Père (Hom. .'{ in Matin.); celui que nous avons cilé, avec ce qui précède, suffit pour nous autoriser à conclure hardiment que, quand môme le précepte confirma fralres tuo.i n'aurait pas eu son accomplissement dans
{Vingt-huit.)
x, , uEMOMSllMiluà tVANfi
saint Pierre, |)o;ii'ui qu'il 1»; trouve dans ses successeurs, on n'esl pas en droit d'appliquer ce précepte et la prière de Jésus-Christ à l'Eglise, et (t'en exclure Pierre son cbef ; il h \ a donc pas de ruison qui oblige de les rapporter â l'Eglise, el no» adversaire* ont tort de faire i iolcnce à l'Ecriture pour rejeter ['exposition littérale.
10. Jf crois que de ce «i ni a été tlil jusqu'ici il résulte clairement : l que Jésus-Chrisi pria d'une manière spéciale pour Pierre; a°et pour Pierre comme cbel futur de toute l'Eglise; 3° que les pontifes romains lui succèdent dans l'effet de celle prière, c'est-à-dire dans l'infaillibilité , sans hériter de sa faiblesse; V'qnc celte distinction ne pourrait avoir lieu, si Jésus-Christ, dans sa prière, avait eu en vue non Pierre en particulier, mais l'Eglise en gênerai, et s'il s'était adressé à Pierre comme à un simple représentant de celle même Eglise; 5° que celle distinction étant impossible dans cette hypothèse , l'Eglise devrait être tout à la fois sujette; à faillir et infaillible, ce qui est absurde ; oJ que par conséquent cette hypothèse est inadmissible, et qu'il reste pour certain que la prière et le commandement de Jésus-Christ ne regardent pas directement l'Eglise; on ne peut, sans une interprétation forcée, distinguer la personne pour qui on pria de celle dont on prédit la chute ; car cette interprétation serait non-seulement forcée, mais bizarre et arbitraire; l'exposition littérale n'a rien d'absurde qui doive la faire rejeter, et par conséquent il n'y a aucune raison de recourir à une autre.