‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 136 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Avant Gaétan y a-l-il des Pères et des théologiens qui uient conclu de la prière de Jcsus- Citrist que le pape est infaillible ?

1. Le Gros prétend qu'on n'a commence que vers l'époque de Gaétan à connaître l'interprétation que nous venons de donner et de soutenir. Que nos adversaires n'attendent pas que, pour les convaincre d'un énorme anachronisme, j'aille prendre la peine de leur présenter la longue suite des Pères qui, avant Gaétan, ont trouvé dans le texte de saml Luc une preuve évidente ou au moins suffisante de l'infaillibilité du pape. On peut lire ce qu'ils ont dit là-dessus dans mille autres ouvrages , et Tamburini . dans son Idée irritable (Part. Il, c. 1, § 25), m'avertit que j'ai le droit d'y renvoyer mes lecteurs , afin d'épargner tout à la fois à celui qui écrit cl à celui qui lit, l'ennui des répétitions inutiles, qui ne servent qu'à distraire du tableau à présenter aux yeux du public (1). Je ne pourrais d'ailleurs m'occuper de dérouler la grande chaîne

(1) S'il avait eu celle attention d'épargner à ses lecteurs l'ennui dos répétitions inutiles, il se serai! épargné a luimême la peine rie composer loul so.i traité sur le Saint- Siège; sa foi el sa réputation n'auraient pu qu'y gagner, et la gloire de ce travail sérail restée aux Ricltcr, aux le Noble, ;iu\ Fébronius ei ;i lant d'autres :i <|m «-lie appartient réellement. On pourrait dire presque la même cmm de uni d'antres opuscules qui portent son nom et ne lui font pas [ilus d'ilOll leur.

CLIQUE. GREG01HE Ml. »?f

de la tradition , sans r de non des-

sein principal , qui est de combattre li - i o-

tiemis du \ .ni. .m ave< 1 tirs propi i c'est-à-dire de prouver que ces Pèi i, dont ils se vaillent d'avoir l'autorité pour eus. ou dont l> i orrooipeut, à for< i les témoignages les plus clairs, sont précisément ceui dont la parole esl la plus décisive coalre eux et la plus écrasante. I es Pères peuvent être divisés en deux clai à la première appartiennent ceux qui établissent l'infaillibilité du pape par la prière de Jésus-Christ ; et à la seconde ceui qui. après avoir examine la nature i t I quenecs du précepte confirma patres :

nous l'expliquent de manière q de lui donner pour appui l'infaillibilité du pontife romain. Afin de ne pas trop allonger ce chapitre <t de présenter avec plu* de clarté et de netteté leur raisonnements , je laisserai la seconde classe pour le chapitre suivant ; et, suivant li le le iin>s, je

me bornerai dans celui-ci à la première.

2. Saint Léon s'exprime si clairement, que tout homme impartial dirait qu'il avait connu d'avance ceux qui se plaisent à qualifier de petit* théologiens les amis du Saint-Siège, et prévenu exactement lous leurs rêves impies contre l'infaillibilité absolue qui a été attachée à la primauté. L'auteur que nous réfutons a bien compris de quel avantage était une doctrine si positive pour les prétendus inventeurs de nouvelles prérogatives du Saint- Siège, et pour les fauteurs de ces systèmes bizarres : aussi met-il tout en œuvre, et appelle-t-il à son secours toutes les rases pour en détourner le sens. Voici donc le raisonnement du saint Père, déjà rappelé dans le chapitre précédent : Commune crat omnibus apostolis periculutn de ttntalione formidini», rt divinœ proteetionis auxilio pariter indigebant , quoniam diabolus onines exagilare, onincs cupiebat elidere ; et lainen sptctalis a Domino Pétri cura suscipitur, et pro fide P> tri proprie supplicalur, tanquam aliorum statut certior sit futurus , si mens principi% vicia non fuerit. In Petro ergo fortitudo omnium munitur, et divin, c gratiœita ordinatur auxilium , ut prmitas , quot per Christum Petto tribuitur, per J'rtrum apostolis cmfratur [Serm. 3, cit. éd. Rom.). Il explique donc pourquoi , dans un danger commun , Jésus- Christ pria spécialement pour Pierre . parce qu'il était le prime; et en même temps il montre l'avantage qui en devait revenir a lous les autres : ils devaient avoir plus de force et de fermeté . si le courage de celui qui devait les fortifier n'était pas abattu. Le commandement s'appuie donc sur la prière, et par conséquent s'il s'étend aux *u seurs de Pierre , l'indéfectibilil doit

aussi leur échoir. Qu\ n | ense notre adversaire? Ecoutons-le : Sicul Salomoni, tanquam régi, data est sapientia, ut populum bon r<geret, née teanen transivit ait Robotun; ita non sequitur, si quid tlutum est l ttiam

tanquam summo pas!, .ri , ut recle /ilclilcrque munus suum ndimplerct , id esse commune omnium ipsius successorum , quorum aluj toi in

TRIOMPHE DU SAIMT-S1ËGE ET DE L'ÉGLISE

munere implendo non satis fidèles vel fuisse vel esse posse nemo negaverit.... Neque , si fralrcs confirn>,are omncs debeni , sequilur omnes habere gratiam , qua id faciant, cum possint Ma vitio suo carere (Sect. 3. c. 3, p. 354-). Il suppose donc que le saint pape considère Pierre comme le chef de l'Eglise universelle; mais il nie que ce privilège puisse passer à ses successeurs ; enGn il avoue que le précepte s'étend à eux , mais seulement de la même manière qu'il oblige tous les autres évéques ; car il ajoute : Cerle quilibet pastor dcbcl fratres confirmarc, nec proplerea quilibet corum est infaliibilis. 3. Quand même cet écrivain n'aurait pas répandu dans son ouvrage d'autres indices très-capables de rendre sa foi suspecte , nous serions en droit d'en douter d'après la réponse seule que nous venons de rapporter; car, par là même qu'il admet que Pierre, en sa qualité de chefël de suprême pasteur, ait reçu quelque privilège dont ses successeurs n'héritent pas , il met tout à la fois en problème leur primauté. En effet, ou ce privilège est de l'essence de la primauté instituée par Jésus-Christ, ou non ; s'il appartient à son essence, donc la primauté des pontifes romains n'est pas la même que celle que Jésus-Christ donna à saint Pierre, puisqu'elle manque d'un attribut essentiel. Et s il dit que ce privilège n'appartient pas à son essence, comment notre adversaire le sait-il, lui demanderai-je? D'après quelle règle peuton distinguer les privilèges essentiels de ceux qui ne le sont pas, s'ils ont été tous conférés à saint Pierre, en sa même qualité de chef et de pasteur de l'Eglise? Si quelqu'un venait dire généralement ce que disent les hérétiques qui ne refusent pas de reconnaître une primauté d'honneur : Il n'est pas de l'essence de la primauté qu'il y ait une autorité principale , ou bien supérieure à celle des autres, quel moyen y aurait-il de le convaincre d'erreur? 11 y aurait un moyen, répondent nos adversaires tout d'une voix , parce que la primauté de la juridiction est évidemment établie dans l'Ecriture. Bien ; voyons donc si le Gros , vis-à-vis de cet hérétique , pourrait réussir à lui arracher l'aveu de son erreur. Qu'il ne le renvoie pas

toutefois aux preuves de ce dogme qu'il donne dans p. 35) ; car

son traité (Cap. IV, Concl. 2, ici la question change de face, lui effet , s'il lui disait : Pierre a été appelé Pierre par le Sauveur ; ce fut à lui que les clefs furent d'abord promises , et que fut imposée une vigilance particulière qui emporte avec soi une aulorilé supérieure sur les brebis de Jésus-Christ , L'hérétique ne le laisserait pas aller plus loin , et l'interrompant il lui répondrait qu'il n'entend pas lui contester que ces privilèges n'aient été affectés à Pierre en sa qualité de suprême p teur, mais qu'il nie absolument que ces privilèges soient essentiels à la primauté de saint Pierre. Un apôtre , dirait l'hérétique, qui confessa a divinité do Jésus-Christ , un apôtre qui y crut si fermement qu'il ne cr.iignil pas, dans 1* confiance que lui don-

nait cette foi , de se jeter à la mer ; qui , déjà brûlant de charilé pour le Sauveur, protesta qu'il l'aimait plus qu'aucun autre, mérita bien d'être distingué par quelque autorité privilégiée. Mais les papes n'ont pas les mêmes litres à ces privilèges , et Jésus- Christ ne leur promit pas les mêmes distinctions ; ces privilèges ne sont donc que personnels, ne regardent que Pierre. Que pourrait répliquer le Gros , qui prétend que Pierre, en sa qualité de prince et de chef, a reçu des prérogatives sépa^ables de sa primauté? Comment ferait-il la distinction de celles qu'on peut et de celles qu'on ne peut pas en détacher, si elles s'y rapportent les unes aussi bien que les autres? Répondra-t-il qu'on peut en détacher celles qui ne la constituent pas essentiellement, parce que l'essence de la primauté pourrait subsister sans elles, et que celles-là seules appartiennent à son essence qui expriment une véritable prééminence d'autorité, comme par exemple: Tu es Petrus, libi dabo claves , pasce oves meas? Si telle est sa réponse, comment prouvera-t-il ensuite qu'on doive admettre cette distinction capricieuse et arbitraire? Ces paroles : Tu es Petrus, libi dabo claves, confirma fratres tuos , expriment la primauté de juridiction que l'apôtre devait recevoir; ensuite celles-ci : Pasce oves meas , montrent qu'il l'a déjà reçue : pourquoi ces dernières : Rogavi pro te ut non deficiat fides tua , n'auraient-elles pas le même sens , si elles ont été dites à Pierre comme chef et pasteur suprême? Et si elles n'expriment pas la même chose , si l'indéfectibilite de la foi n'entre pas dans la nature de la primauté, pourquoi y ferait-on entrer le pouvoir des clefs et l'autorité de paître? Je vois bien que nos adversaires , dans le partage qu'ils font de ces prérogatives , n'ont d'autre règle pour distinguer celles qui sont incommunicables de celles qui ne le sont pas , que l'esprit de parti qui les anime contre les successeurs de saint Pierre. Mais cette règle ne sert de rien pour convaincre 1 hérétique , non plus que pour nous convaincre nous-mêmes ; on l'a vu par ce que je viens de dire , et on le verra encore mieux par la solution que je vais donner de l'argument a pari tiré de Salomon , et de la sagesse qu'il reçut sans qu'elle dût passer à ses successeurs.

k. Si Jésus-Christ donna à saint Pierre, en sa qualité de pasteur suprême, Je privilège de l'infaillibilité, ce privilège, sans contredit, est un de ceux qui consliluent sa qualité de chef, cl il intéressait le bien do l'Eglise , moins encore pour les temps apostoliques que pourceuxqui devaient suivre. Ce raisonncmcntesl bien simple et naturel, et ne souffre pas de réplique. Pierre, connue apôtre, était, aussi bien que les autres, infaillible, puisqu'il élait du nombre de ceux à qui Jésus- Christ promit une perpétuelle assistance, et à qui le Saint-Esprit enseigna toute vérité. Ainsi, par son infaillibilité, il n'était pas à l'Eglise d'un plus grand secours que les autres. Si donc il a été choisi entre tous poar être le chef suprême, et en cette qualité ho-

DEMONSTRATION ÊV ANGÉLIQUE. GUEGOIRE \M.

noré de nouveau du même privilège, on psi

l"i'i c de dire, on que le Sau\ cm .1. sans 1 aison, répété ses laveurs, on que l'infaillibilité qu'il rrçul, comme tuprén^e pasteur, regardait moins l'Eglise dans seg commencements,

où Pierre cl les apolres \i\ aient encore, que

pour 1' 1 temps a \ enir, où l'apostolat de < eux •

1 i pourrait Unir sans que la primauté o s^ïi d'exister dans les successeurs du chef, telle que Jésus-Christ l'avait établie, et avec toutes les prérogatives dont il lui avait plu de l'enrichir. Il n'en est pas de même de la sagesse de Salomon ; elle n'était pas essentielle à sa souveraineté; il était déjà en possession actuelle de celle-ci avant d'avoir reçu celle-là. et par conséquent la forme intrinsèque de son gouvernement était déjà établie ; les successeurs de Salomon pouvaient le maintenir sans avoir la sagesse surnaturelle dont il avait été doué. Mais pour l'Eglise, elle n'eut point de gouvernement avant qu'on lui eût donné un chef, et celui-ci ne le devint qu'en recevant les privilèges dont l'infaillibilité fait partie. Donc, de ce que 1rs successeurs de Salomon n'héritèrent pas de sa sagesse, on ne peut conclure a pari que l'infaillibilité de Pierre ne passe pas à ses successeurs. Quand même nous ne pourrions prouver d'ailleurs que la sagesse de Salomon était étrangère à son gouvernement, ne nous suffirait-il pas de nous rappeler qu'elle ne fut accordée qu'à ses ferventes prières? Placuit , dit l'Ecriture (111 Reg. X, 3 ), sermo connu Domino, quod Salomon poslulassel lutins madi rem ( c'est-à-dire la sagesse ). El (liait Dominas : Quia poslulasli verbum hoc.,., eccc feci liai seeundum sermoncs tuos, et dedi tibi cor sapiens et inlelligens. Si donc elle fut la récompense de ses prières, s'il ne la demanda que pour lui, si Dieu la lui accorda à lui seul, on ne peut y voir qu'une faveur entièrement personnelle. Mais comment voir une faveur de ce genre dans celle que Pierre, obtint non par ses prières , mais de la honte seule de Jésus-Christ, non comme individu, niais comme chef et prince de l'Eglise? Où est donc la prétendue parité avec Salomon? A moins de la chercher dans la promesse faite à ce roi, qu'il serait élevé à un si haut degré de sagesse, que personne, ni avant ni après lui, ne pourrait lui être compare : « nullus ante te similis lui fucrit, nec post te surrecturus sj/;» je ne sais où notre auteur a pu la découvrir : or il ne pouvait, sans se contredire, établir la parité par celle promesse. Le Seigneur déclare ouvertement que cette sagesse serait affectée à la seule personne de Salomon ; au lieu que le don do l'infaillibilité fait à saint Pierre, étant antérieur à la possession de sa primauté, étant inutile à l'apôtre lui-même, et servant de fondement au précepte de confirmer, qui, de l'aveu de nos adversaires, regarde tous les pontifes romains, doit passer et se perpétuer dans les successeurs de saint Pierre. Quand donc le Gros accorde que l'infaillibilité fut conférée à saint Pierre, tanquam supremo pastori, et que malgré cela il en refuse la participation aux papes, ne monlre-l-il pas qu'il est do-

miné par tel esprit de parti dont un Ihcologien, assez d'accord avec lui LtU.3.% .'» . nous décrit le caractère toujours déridé nonseulemenl à repousser la lumière qu'on lui présente, mais 1 ncure a combattre contre luimême, a se tourmenter et a bc déchirer plutôt que de céder : lei personnes de bon s, ns en jugeront.

1. Mai-, h telles sont ses disposition*, ti • Iles sont pai lagées par tous les pai lisais de sou système, je me flatterais en vain de les convaincre; d'autant pi us que le même théologies m'apprend qu'avec an adversaire dans cette situation d'esprit et de cœur, les réfutations langues et sérieuses n'ont, pour Taxlt uni > ,d autre résultat que dr le rendre plus obstiné dans ses préjugés. J'aurais donc renoncé à mon entreprise,s'il ne me faisait Lui-même concevoir l'espérance de les guérir, en If ur présentant les erreurs , la folie et le ridiculr de leurs raisonnements ; car. s'il v a un remède, il ne peut] avoir que celui-là. Essayons de l'appliquer et montrons, sans de longues discussions, sans en faire d'ennuyeux commentaires, la fausseté des interprétations par lesquelles ils détournent de leurs sens naturel les passages les plus lumineux des Pères, ceux où ils enseignent, de la manière la plus posilive. que l'infaillibilité du pape est un effet de la prière de Jésus-Christ. Le Gros nous oppose hardiment la lettre écrite par le pape saint Agalhon à l'empereur, lue et approuvée par le sixième concile œcuménique, el où le pape, après avoir exposé la doctrine catholique sur les deux volontés (divine el humaine) en Jésus- Christ, déclare avec assurant e que telle fut toujours la foi de la chaire apostolique; de celle chaire, ajoule-l-il, qui, soutenue par la main invisible de Dieu el dirigée par celte lumière indéfectible qu'il fait briller sur elle, ne s'est jamais écartée du droit sentier de la tradition, n'a jamais été ébranlée par les assauts, les plus furieux de l'hérésie, et qui, semblable à un rocher immobile au milieu des vagues les plus impétueuses, n'a jamais pu être détachée de sa base, c'est-à-dire de la profession de celle foi qu'elle reçut au commencement de ses fondateurs ; et cela en verlu de la promesse que le Sauveur fit à saint Pierre, chef de toute l'Eglise, que sa Foi ne manquera jamais : Hoc est rera fidei régula, quant et in prosperis et in adversis veraciler tenuit ac défendit lare spiritalis mater vestri tranquitlissimi imperii, apostolica Chrisli Ecclesia. quœ per Dei omnipotenlis gratiam a tramite apostolica traditionis nunquam errasse probabilur, tiec liœrelicis novitatibus deprarata succubuit ; sed , ut ab e.rordio fidrx christianœ percepit ab auctoribus suis aposlolorum principibus, illibata fide hactenus permanet, seeundum ipsuts Salvatoris Domina pollicitationem, aucun suorum apostolorum priucipi in sacris Evangiliis jiaclus est. Petto inquiens : Ecce Satanas cTpclivil vos, elc. [i .

(t) C'est une très-foriciireuveen faveur de l'ortbodoiic d'Honorius; car saint Agatlmn n'aurait pas attesté la pureté de la croyance a»' tous soi pré lécesseurs avec ïam d'assurance el sans nommer iï pape, si sa foi avait pn rlri lUSperli' au coaiil" el à IYni|-erenr J'ai \onlii prévenir lu

Donc, scion ce saint pape, c'est à la prière de Jésus-Christ que la chaire apostolique doit de. ne s'être jamais écartée de la tradition, de ne s'être jamais livrée aux nouveautés, à l'hérésie, et d'avoir conservé et victorieusement défendu les vérités révélées. Il sera donc vrai de dire que Jésus-Christ, en priant pour saint Pierre, pria pour ses successeurs, et qu'il leur obtint, aussi bien qu'à cet apôtre, une assistance perpétuelle, afin qu'ils marchent toujours avec sécurité dans la voie de la tradition apostolique, sans succomber à l'erreur, conservant pur et intact le dépôt de la foi catholique. C'est là , en effet, ce que suppose nécessairement le pontife, quand il attribue à cette assistance perpétuelle la pureté constante dans laquelle la foi s'était maintenue jusqu'à lui : car, s'il n'avait pas pensé que cettt- assistance dût être perpétuelle et assurer l'indéfectibilité de la foi jusqu'à la consommation des siècles , il aurait bien pu prouver par le fait que le Siège apostolique n'était jamais tombé dans l'hérésie; mais il n'aurait pu présenter cette assistance promise comme la cause des triomphes déjà obtenus. Celle promesse étant générale et n'étant limitée à aucun temps, il fallait qu'il comprît qu'elle s'étendait aux temps à venir, pour être en droit d'en supposer l'accomplissement dans ceux qui avaient précédé; autrement on aurait pu toujours lui répondre que , si le Siège apostolique n'avait pas erré jusque-là, c'était l'effet d'une assistance particulière et non de celle promesse générale. Il faut donc admettre qu'Agalhon" étendait l'effet de la prière de Jésus- Christ, non-seulement au passé, mais encore à l'avenir (1).

6. Je ne saurais dire où il y a le plus de folie, ou à nier que la prière de Jésus-Christ prouve l'infaillibilité du pape, ou à présenter, comme le fait maintenant notre adversaire, à l'appui de son opinion, une autorité qui, loin de lui être favorable, la combat victorieusement. Mais la solution de ce problème nous intéresse peu. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le Gros, en invoquant l'autorité de saint Léon IX, s'adresse à un Père qui accuse de folie celui qui oserait dire que la prière de Jésus-Christ a été vainc dans quelqu'une de ses parties. On répondra bien, je pense, que ni le thé dogien que nous venons de censurer, ni jamais personne ne s'est imaginé que les prières de Jésus-Christ aient pu être frustrées de leur effet, puisque le Sauveur déclare lui-même qu'il a toujours été exaucé pro suareverentia, et que ce serait une véritable folie que de nier une vérité si

lecteur a ce sujet, afin qu'il ne s'arrête pas'a l'objection qui se tire du fait d'Honorius, et d001 Je m'occuperai ailleurs plus amplement.

(I) Les novateurs modernes distinguent le pape de la chaire ; c'est une distinction ridicule et peu catholique , que nous combattrons eu son lieu. Il suffit in d'observer que saint Jérôme confond le pape avec la chaire de Pierre, lorsqu'il écrit au pape saint Dainaso : lienlitudiiii Imv, id eut, catliedrœ Pelri, communione consocior ', et que saiBt Léon IX dit que l'hérésie a toujours été combattuepar Pierre el par ses successeurs, et non par le Siège, isolé de ceux qui y siègent, des pontifes romains.

lit DM PUE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE.

évidente : mais osera-t-on dire en même temps qu'il n'en résulte rien en faveur de l'infaillibilité du pape? Un moment encore , il n'y a plus qu'un pas à faire pour résoudre la question. Le saint pape ne prouve pas l'efficacité de la prière de Jésus-Christ par l'Ecriture , mais bien par le fait même , et il traite de fou celui qui, malgré ce fait décisif, oserait la contester : de manière que ce serait une double folie que de nier à la fois l'efficacité de la prière et le fait qui la prouve; voici ce passage important : Erit ergo quisquam tantœ demenliœ , qui orationem illius . cujus velle est posse, audeatin aliquo vacuum putare? Nonne a sede principis apostolorum romana videlicet Ecchsia, tam per eumdem

PETRUM, QUAM PER SUCCESSORES SUOS , repro-

bala , et convicta , atque expugnata sttnt omnium hœreticorum commenta, et fratrum corda in fide Pétri , quœ hactenus non defecit , nec usque in finem deficiet, sunt confirmala (Ep. ad Mich. et Léon., c. 7 ). Ainsi le fait que ce pontife donne comme incontestable et en preuve de l'efficacité de la prière du Sauveur, c'est que, du haut de ce siège, saint Pierre et les papes ont toujours dompté les monstres des hérésies, et affermi les cœurs de leurs frères dans la croyance des dogmes catholiques, c'est-à-dire dans la foi de Pierre, qui, comme il le dit ailleurs , par l'effet de celte même prière , non defecit nec defectura credilur in throno illius usque in seculum seculi, sed confirmait corda fratrum (Ep. 105 ad Pet. Antioch.). Qu'Opstraet se présente maintenant, et que cet ennemi de la rigueur servile des grammairiens ne voie dans le mot credilur qu'une confiance pieuse, quel sera l'homme de sens qui, après une déclaration si précise et si solennelle, fides Pétri usque in finem non dejïciel , ne rejette avec indignation une explication si contraire à la pensée du pontife, et qui, la remplaçant par une autre beaucoup plus naturelle el mieux fondée, n'enlende ce mot credilur d'un ferme assentiment de foi ? Mais, laissant de côté ces chicanes, arrêtonsnous à la conséquence naturelle du célèbre passage de saint Léon. Si l'indéfectibilité de la foi dans les papes jusqu'au temps de Léon prouve l'efficacité delà prière de Jésus-Uirist, il en résulte aussi que cette indélcctibililé fut l'objet de cette prière. Certainement personne ne dira que la constance de ces pontifes ne prouve l'efficacité que de la prière que Jésus- Christ fil à son Père pour tous les apôtres, serva eos; car celle-ci, par là même qu'elle était faite pour tous, n'intéressait pas directement Pierre seul et ses successeurs. Donc si la foi des derniers papes manquait, la prière de Jésus-Christ serait vaine, elle serait inefficace; or on ne peut sans folie en nier l'efficacilé; on ne peut d'ailleurs nier l'indéfectibilité de la foi des papes, sans nier cette efficacité; donc on ne peut, sans folie, nier l'infaillibilité des papes. Mais si , raisonnant a posteriori, l'on peut dire : La foi des papes n'a pas manqué jusqu'à Léon, donc la prière de Jésus-Christ fui efficace ; ne pourra-l-on pas aussi raisonner a priori, en ces termes ;

sk:

DLUON >l RATION £\ VNGi

La prière de Ïésua-Chrisl fui efficace, «loin- la foi des papes ne manquera pas? On peut légitimement conclure de la cause à I effet, et réciproquement de l'effet à la cause, quand <>n connaît bien l'un des termes et son intime connexion ovec l'autre; c'est le cas où nous sommes ; car bobs pouvons sûrement déduire la lin il»' la prière de ce gui en montre l'efficacité, c'est-à-dire dé l'épreuve qui a été faite de la constante Qdélité des papes. Voici comment Innocent III expose la raison pour laquelle Jésus-Christ pria : Niei ego confirmatua essem in fiilc , quomodo pouetn calerai in fidc firmare? Quod adofficium meum noseitur specialiter-pertinere, Domino protestante: Ego rqgavi pro te, etc. ( Serm. Il , in consecrat. Pont. Max. ). Qui n'admire le parlait accord qui se remarque entre les papes que nous avons nommés? Àgatbon commence par présenter comme certaine l'efficacité de la prière de Jésus-Christ, et il déduit ensuite, comme un effet inséparable, la fermeté de son tribunal dans la foi ; saint Léon, au contraire, part de cet effet pour en conclure L'efficacité de la prière : enfin saint Léon le Grand et Innocent III nous expliquenlpourquoi celle prière a été faite, et quel est le but de celle efficacité : Ut inPelro omnium fortitudo muniàtttr, afin que le pape puisse confirmer les autres dans la foi. Que faut-il davantage ? Ces papes pouvaient-ils proclamer plus clairement leur infaillibilité?

7. Notre théologien f.iit peu de cas de toutes ces discussions; les raisonnements, les commentaires , les rapprochements de textes employés à découvrir le véritable sentiment des papes et des autres Pères, montrent, à son avis, trop de déférence à leur autorité, et lorsqu'ils s'expliquent si nettement qu'il est absolument impossible d'altérer leur pensée, il croit se tirer d'embarras par une distinction ridicule, telle que celle-ci : Citati pontifie es et scriptorcs probabiliter verba Cliristi de romana sede intelligunt hoc sensu, ut, sieut Pctrus eliam in suo lapsu fidem non amisit omnino , et conversas confirmavit fratres suos ; ila ipsius sedes, si quid feceril aut decreverit contra veritatem fidei , non tamen omit tat fidem chrislianam, aut ab Ecclesiœ corpore, in quo primatum tact, abscindatur, seà jiotius veritatis defensionem résument, fratres confirmet : quod reipsa preestitit Liberius ab exilio reversus, et romana sedes post Honorium (1) ,

CUWI fuleliler monothelismum espugnavit

Sedaliud est habere fidemquodammoao indefectibilcm, seu non passe resislere pertinaciter (2)

(1) Nous avons vu saint Agatbon déclarer <pi" jusqu'à lui le Saint-Siège aval! constamnteul suivi la tradition; doue Houorius lui-même y avait éu5 Qdèle

(2) Ksi-il plus difficile a Dieu de faire que le pape n'erre pas, ou de faire qu'il rétracte a n erreur, n qu'il ne s'oplnlalre pas contre les définitions de l'Eglise? Serait-ce un plus grand miracle de le préserver de tomber, ou de le relever de sa chute , afin qu'il ne soil pas retranché de l'Eglise. Dans l'un et l'autre eas une assistance particulière esl nécessaire. Pourquoi l'auteur refuse-i-il au pape, k-dlre an Siège apostolique, va\ secours qui le préserve de l'erreur, el lui acçorde-Hl ensuite une grnee qui le ramène de l'errem '.' Il ne veul pas de miracles dans le gouvernement de l'Eglise (pag. 580, Argum. 7), el poni cela H refuse île re n Ici I | ; 'comme infaillible; el il esl

LIQI I.. GRÊGOIftï Wl

et /. «aliter definilioni ; aliud haberi uciiKim infallibUilatem ad judicandvm, tin randi période , de omniout fUL •*/"<-

mam habet ela tut quUibet, non neeundam l'a/. 357 Ainsi saint Cyprien, dit-il, croyant que I Eglise romaine avait porté un jugement oppose au dogme catholique, ne croyait p. in pour cela que la foi y lut éteinte, comme aussi, lorsqu'il tomba loi-mémeavec plusieurs autres évéques d'Afrique dans l'erreur au sujet du baptême «les hérétiques, il n'avait pas perdu la loi et la charité.

8. Nous rerrons ailleui s qu'on ne peul concilier une décision hérétique avec l'indéfeclibilité de la loi dans celui qui a déride, quelques hypothèses et quelques distinctions que puisse suggérer aux novateurs l'esprit de parti qui les anime contre le chef de la hiérarchie. Contentons-nous pour le moment d'observer que l'indéfet lihililé soutenue par les papes que nous venons de citer n'est pas celle que le Gros a imaginée. Prouvons-le : ils parlent de celle qui leur sert à confirmer leurs frèies. s, Ion le précepte donne à saint Pierre ; de celle qui fait que le Siège apostolique ne s'est jamais écarté et ne s'écartera jamais de la voie de la tradition (S. Ayal.,h(. <it. , qu'il a toujours conserve et défendu, qu'il conservera et défendra toujours, inprosperis et in adversis, la règle de la vraie foi ; de celle , grâce à l..qu< lie, a sede principis apostolorum , lam per eumdem Petrum, quam per successores suos, reprobala, et conticta alque expugnaia sunt omnium hœrcluorum commenta ( .S'. Léon. IX loc. cit. ) ; de celle enfin sur laquelle est fondé le pou\ oir qu'a le pape de décider définitivement les questions de foi, et l'obligation imposée à toule l'Eglise d'en recevoir les décisions pour conserver l'unité {S. Tliom., Il, 2, g. 1. art. 10,. C'est donc une indéfectibililé qui regarde les jugements des papes, qui ne peul les abandonner jamais et les rend infaillibles. Elle serait donc perdue, s'il venait à être promulgue une seule définition solennelle qui renfermât une erreur contre la foi. El on ne peut pas inlerer le contraire de l'exemple de saint Cyprien, comme je le prouverai dans un chapitre à pari : 1 parce qu'il n'est pas certain qu'il regardât la chose comme définitivement jugée par le Vatican : 2 parce que probablement il croyait qu'elle n'était que de discipline.

9. Parmi les Pères qui soutiennent le plus ouvertement l'infaillibilité des décisions pontificales, comme l'effet de la prièie de Jésus- Christ, il faut compter saint Thomas, dont le 1 ingage précis et adapte à la méthode scolasliquc, ne permet ni exceptions ni commentaires : il est même si clair, que Fleur] conv ient qu'il est difficile de concilier sa doctrine

ensuite forcé d'en admettre de plus il-èlre el de

bien moins api ro| i tes à la lin | our laquelle il suppt Dieu les 0) ère , qui esl d'affermir les ciirélii bien de l'hglise, dans l'unilé de la i nyance. rail bien plus bcilemi ni • . tenue si le |'ap - éuil iufaïuible, parce que le christianisme ne serait pas \ os< au dommage que peut lui causer le jutrei lYsi-ii- lire d'une •

soumet la plus grande |iariie des fidèles, <;"i reo lui sji.v dèflani • el *.ui< pxj h

TlUOMPHli DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE.

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avec celle de l'Eglise gallicane (Discours 9) : Ceux gui ont poussé le plus loin les modernes opinions de la puissance directe sur le temporel, et du pouvoir absolu du pape sur toute l'Eglise, ont été la plupart réguliers. Saint Thomas a incliné vers ces opinions, et il est bien difficile de l'en justifier. Le Gros trouve qu'il a dépassé les limites dans lesquelles il voudrait renfermer l'autorité du pape en matière de foi ( Cap. 3, Sect. 3, concl. 7 ), ce qui le fait renoncer à l'espoir de le mettre de son côté. Opstraet. fait plus de compte de l'autorité du Docteur Angélique; aussi entreprendil une analyse rigoureuse et grammaticale de toules les expressions de ce grand maître, qu'il se flatte de suivre. Nous abandonnerons donc les premiers, et nous nous attacherons à Opstraet, à qui nous opposerons saint Thomas lui-même; l'examen que nous ferons sera pénible, à la vérité, mais il est nécessaire pour répondre à toutes les vaines objections de notre adversaire. Et comme il y a une liaison intime entre tous les passages du saint docteur, et qu'on ne peut bien saisir sa pensée qu'en les rapprochant de manière à en faire un discours suivi, je présenterai en même temps les raisonnements qu'il fait sans s'appuyer sur la prière de Jésus-Christ, afin de donner un aperçu exact et complet de sa doctrine.

10. Pour établir la thèse, le saint docteur commence par se demander : Utrum ad summum pontificem pertinent fidei sgmbolum ordinare (S. Thom., 2, 2, g. 1, art. 10) : et il répond affimativement. Dicendum quod nova editio symboli necessaria est ad vitandum insurgentes errores. Ad illius ergo auctoritatem pertinet editio symboli, ad cujus auctoritatem pertinet finaliter determinare ea guœ sunl fidei, ut ab omnibus inconcussa fide teneanlur. Hoc autem pertinet ad auctoritatem summi ponlificis, ad guem majores et difficiliores Écclesiœ quœstiones referunlur, ut dicitur in Decrelaiibus extra, de Baplismo. cap. majores. Unde et Dominus (LucœXXII) Pelro dicit, guem summum pontificem constituit : Ego rogavi pro te, Pelre, ut non defieiat fides tua; et lu aliquando conversus confirma fratres luos. El hujus ratio est, guia una fides débet esse lotius Ecclesiœ, secundum illud ( ICorinth., I ) :Idipsumdicatis omnes,elnon sinl in vobis schismala : guod servari non posset, nisi guœstio fidei exorla determinctur par eum qui loti Ecclesiœ prœest; ut sic ejus sententia a tola Ecclesia firmiter teneatur. Et ideo ad solam auctoritatem summi ponlificis pertinet nova editio symboli, si cuti et omnia alia, guœ pertinent ad lotmn Ecclesiam, ut congr égare synodum gêner alem, et alia hujus tnodi. Il se propose ensuite l'objection tirée de la défense que les conciles généraux ont faite, sous peine d'anallième, de rien ajouter au symbole de la foi, et il y répond ainsi : Pcr hujus modi sentenliam synodi generalis , ublaia non est polesUis sequenti synodo » tvam editionem symboli fac.ere, non quidem aliam fidetn continrntem, sed cimdem mngis expositam. Sic enim guœlilxt synodus observavit, ut staurns synodus ediquid exponnrl supra id,

quod prœcedcns synodus exposucrat, profiler necessilatem alicujus hœrcsis insurgentis. Unde pertinet ad summum pontificem, cujus auctorilate synodus congregatur, et. ejus sententia confirmatur. Il s'objecte après cela à luimême que la publication d'un symbole n'appartient pas seulement au pontife romain, puisque saint Athanase (1) en fit un, et il y remarque cette disparité : Athanasius non composuit manifestationem fidei per modum symboli , sed magis pcr modum eujusdam doctrinœ, ut ex ipso modo loquendi apparet. Sed guia inlegram fidei vcritalem ejus doctrina breviter continebat, auctoritate sumsii pontificis est recepla, ut guasi régula fidei habcatur. Saint Thomas rappelle donc ici dans le i lus grand détail les privilèges que les amis de la vérité se font gloire de respecter dans le pontife romain. A propos du symbole de la loi, il examine quel est le juge suprême des controverses religieuses, à qui appartient ia publication solennelle du symbole , c'est-àdire de la règle de notre croyance, et il conclut: l°que c'est le droit du pape; 2° du pape distingué et séparé de tous les autres évêques, qui doivent eux-mêmes recevoir, inconcussa fi.de, tout ce qu'il décide comme dogme de foi ; 3° il le prouve par la prière et par le précepte de Jésus-Christ ; 4." par l'unité de la loi qui doit être professée dans toute l'Eglise, unité qui ne pourrait se conserver si le pape n'était pas juge suprême dans les questions controversées, et chargé de promulguer les décisions dogmatiques; 5° et on ne peut dire qu'il ait usurpé ce droit et qu'il n'agisse que de son autorité privée, ni nue ce soit l'attribution des seuls conciles généraux indépendamment de lui; car tout ce qu'ils font ne peut créer une obligation absolue, sans le concours du pape, de qui dépend la convocation de ces mêmes conciles, et la confirmation qui en fait l'autorité, cujus auctoritate synodus congregatur, et ejus sententia confirmatur ; 6" ce qui fait la différence essentielle de la doctrine prhéc et de la doctrine du pape dans ses décisions, c'est que la première, quoique proposée par un docteur de l'Eglise, ne devient la règle de noire foi que par l'approbation du pape ( il ne dit pas du concile général ) ; au lieu que celle <iu pape a par elle-même la force d'obliger non-seulement les fidèles, mais toute l'Eglise, aussi loin qu'elle s'étend : Ut sic. ejus sententia a tota Ecclesia firmiter teneatur. Pour peu que l'on fasse attention à la parfaite analogie, à l'identité même des prérogatives et des droits que le saint docteur reconnaît dans le pape, et à ceux que lui attribuent les défenseurs de son infaillibilité, on n'aura pas besoin d'autres rapprochements ni d'un plus long examen pour être convaincu que saint Thomas l'ait aussi partie de .elle foule de petits théologiens, créateurs de nouveaux systèmes. Cependant Opstraet s'applique à le dérober à une telle infamie', et, par son talent d'inlcrpréler, les expressions les plus précises et les plus énergiques, les raisons les plus fortes et

(I; Dans le symb. Qidcumquc, qu'on lui aurihne.

DÉUOXSTtUTION l'A wu'.rni !.. GRÉGU1US \\l.

les plus ev ident. B, lefi raisonnements 1rs plus

irrésistibles et lei |)lus convaincants de es Père .seront réduits a un Ici amai de contradictions et d'obscurités, qu'il faudrait «lire que, loin de rien apprendre aux autres, il ne se comprenait pas lui-même. Voyons donc

quel

a été le succès du commentateur, et examinons séparément les explicitions et les raisonnements qu'il emploie à eette lin.

11. D'abord il oppose saint Thomas à saint Thomas lui-même : Sunelus Thomas non semel , sed plnrics inculcat doctrinam Ecclesiœ r*se regufam infallibilem, per quant nains manifestatur veritai prima, tecwndum quam Scripturœ inlelligendcE svnt, et eut proinde firmiirr inhœrendum : nusquam vero (licil rcqulam lai cm esse doctrinam summi pontifteis ( De summ. pont. q. k, §2). Etail-il besoin que l'auteur employât quatre pages à nous prouver que saint Thomas a constamment présenlé la doctrine de L'Eglise catholique comme la règle infaillible de la Toi ? Ne lui suffisait-il pas de rappeler que c'est un Père orthodoxe, pour que nous ne doutassions pas un instant de son attachement à une doctrine qui est la marque la plus décisive des vrais catholiques? Personne n'ignore que la révélation fut faite à l'Eglise , y compris son chef, qui en est le fondement, et qu'elle en reste la dépositaire. Tout le monde sait qu'on ne peut cesser de s'accorder avec sa foi sans tomber dans une hérésie formelle, et enfin que ses décisions sont la règle infaillible qui détermine les objets à croire : c'est ce qu'enseignent les professeurs dans leurs écoles et les pasteurs dans les temples. Mais le point de la difficulté qui divise les opinions, c'est de savoir par quel moyen l'on peut cl l'on doit reconnaître la foi de la véritable Eglise. Le saint docteur nous indique la parole du pape : Ad ipsum pertinet nova edilio symboli. Opslraet au contraire prétend pouvoir, en suivant sa doctrine , nous convaincre que c'est à l'Eglise à présenter elle-même aux fidèles la règle de la foi : comme s'il y avait contradiction à dire que la règle de la foi est l'Eglise, et qu'elle doit être présentée par le pape, qui par conséquent doit être aussi infaillible que l'Eglise. Si, au lieu de se perdre dans des observations grammaticales, il avait donné ses soins à rapprocher les textes les uns des autres, il aurait remarqué que saint Thomas dislingue le motif pour lequel on croit comme révélée la doctrine de l'Eglise, qui est l'autorité de cette même Eglise; et le motif pour lequel on croit que telle doctrine est réellement la sienne, qui est l'autorité du pape, par qui elle est proposée : Formate objectum fïdci, dit-il, est veritas prima, secundum (juod mauifestalur in Scripluris sacris et doctrina Ecclesiœ , quœ procedit ex veritate prima. Unde quicumque non inhœrct . sicuti infallibili et dirinœ régulai, doclrinœ Ecclesiœ..., ille non habet habilum fulei (2, 2, q. .'), art. 3;î or il avait déjà démontré que la nouvelle publication du symbole appartient à l'autorité du souverain pontife. Ainsi , quand le pape fait une nouvelle publication du symbole, nous croyons, inconcussa fi.de , que ce

symbole renferme la foi de l'Eglise : de manière que , comme Ledit Gaétan, la raisoi

formelle est il abord modifiée par l'autorité

de 1 Eglise, et ensuite par celle du pipe, établi par Jésus-Chrisl l'interprète, le gardien et le héraut de la révélation faite à I Eglise. I.a foi de tous b s siècles es( 1 1 1 1 - - : 1 1 glise est une. Par exemple, le concile de Cbalcédoine déclara avec le pape saint Léon quelle avait

été sur les deux 11 ilun s en JésUS-Christ la

croyance de loule I Eglise depuis < e lem| jusqu'aux temps «les apôtres, qui en avaient reçu la révélation: c'est-à-dire il manifesta

la foi de l'Eglise universelle, telle qu'elle avait été et qu'elle sera toujours. Des le moment donc que je suis sûr que telle est |,i foi de l'Eglise , je donne un assentiment de foi la dogme qui m'est proposé, sur l'autorité de l'Eglise infaillible. Mais comment pourrai-je savoir que l'assemblée des évéques réunis ,1 Chalrédoine représentait l'Eglise infaillible et caiholique, si le pape , ch/«>- auctoritate eynodus congregatur et ejus eenteutia confirmatur, si cet interprète de l'Eglise elle-même ne m'assure pas, par une confirmation solennelle, que c'est là la doctrine définie? Avec le témoignage du p ipe, je crois aussitôt que l'article défini cM vraiment la doctrine de l'Eglise, et alors je (rois ce dogme sur l'autorité de celle même Eglise. De même, quand le pape, hors du concile, public une décision dogmatique, il ne fait que proposer aux fidèles la foi de l'Eglise universelle, non de l'Eglise représentée par tel ou tel concile, mats en général de l'Eglise que Jésus-Christ a bâtie sur Pierre, dont Pierre est |<> fondement et qui parle par sa bouche. Or pour attester, sans qu'il y ait danger d'erreur, que telle est précisément la foi de l'Eglise, il faut (pue celui qui l'atteste soit infaillible sur cette même foi. C'est pourquoi saint Thomas dit que Jésus-Christ a prié pour la foi de Pierre, précisément parce que l'office du chef est de fournir aux fidèles la règle de la vraie croyance , i\i\i\ que l'unité de la foi se maintienne dans toute l'Eglise. Le saint docteur ne se contredit donc pas lui-même, comme le prétend Opslraet, parce qu'il place la règle de notre foi dans la doctrine de l'Eglise, et la marque de la doctrine de l'Eglise dans la déclaration du pape; et s'il n'y a |ns contradiction) à distinguer ainsi ce qui est de l'Eglise et ce qui est du pape, il peut aussi , sans se contredire, appliquer au pape l'effet de la prière de Jésus-Christ . c'est-à-dire lui attribuer l'infaillibilité. Si donc notre adversaire ne prouve pas que telle n'est pas la pensée de ce saint Père, on bien que, en pensant ainsi, il s'est contredit, les défenseurs de l'infaillibilité du pape auront toujours le droit de le compter dans leurs rangs et de se faire forts de son appui. Il observ e ensuite avec Viguier que saint Thomas applique à l'Eglise l'effet de la prière de Jésus-Chrisl , puisqu'il l'apporte en preuve de son infaillibilité : d 'où ils concluent l'un et l'autre que le Sauveur ne pria pas pour la foi personnelle de Pirrf, mais pour la fui de l 'Eglise, </ui démit être confiera Pierre. Quelle étrange conséquence 1

TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE I/ÉGLISE

Et où donc ce théologien a-t-il étudié l'herméneutique? Ne dcvrais-jc pas lui appliquer les paroles flatteuses que l'un de ses partisans bien connu adressait sans raison au frère Marco (Lett. 3, p. 7) : Je puis vous assurer, disait-il en parlant de cet homme de mérite, que, pour tenir pas à cet enthousiaste dans ses enjambées intellectuelles, je me suis mis en danger de perdre toute ma logique. Pour ne pas m'exposer à de pareils risques, je me bornerai à montrer le parfait accord de l'explication que j'ai donnée avec le sens dans lequel saint Thomas applique la même prière à l'Eglise; on le verra par le raisonnement suivant, qui renferme toute sa doctrine sur ce point. Les matières difficiles et de grande importance, comme sont les questions sur les objets de foi , doivent être soumises à l'autorité du pape, et ses jugements respectés de tous, inconcussa fide. En effet, si le pape, chef universel de l'Eglise, ne pouvait décider avec autorité les questions de foi , l'Eglise ne pourrait se maintenir dans celle unité, sans laquelle cependant elle cesserait d'être l'Eglise. Mais celte autorité du pape serait inutile et par conséquent l'unité de la foi compromise, s'il ne pouvait compter sur la soumission générale à ses décisions ; ut sic ejus sententia a tota Ecclcsia firmiter leneatur; donc l'Eglise cesserait d'être la véritable Eglise si elle ne se soumettait pas, si elle ne s'attachait pas aux décisions du pape : donc la véritable Eglise sera celle qui s'attache fermement, firmiter tenct , aux décisions du pape sur les objets de la foi. Or la véritable Eglise ne peut errer en matière de foi ; donc le pape ne peut non plus errer dans ses décisions, auxquelles l'Eglise est obligée de se soumettre ; donc l'infaillibilité de l'Eglise dépend de l'infaillibilité du pape, et celle-ci est un privilège qui lui a été obtenu par la prière de Jésus-Christ : Ego rogavi pro te, Petre, ut von de(iciat fides tua. Cependant celle prière et ce privilège peuvent aussi, lato sensu, être appliqués à l'Eglise, en ce sens que son infaillibilité est une conséquence nécessaire de celle du pape. Voilà donc en abrégé, et dans un ensemble de parfait accord , la doclrine de saint Thomas. On me dira qu'il aurait bien pu s'expliquer plus clairement et ne pas obliger ses lecteurs à se mettre l'esprit à la torture pour deviner en quel sens il attribuait à l'Eglise la prière de Jésus-Christ. A quoi je réponds, qu'on ignorait de son temps l'invention des novateurs modernes, et qu'ainsi il lui suffisait d'avoir bien établi ailleurs l'infaillibilité du pape et la nécessilé de lui être soumis, pour croire qu'on n'aurait pas beaucoup de peine à le comprendre. Peut-on faire un syllogisme plus simple? L'Eglise est toujours essentiellement unie au pape : or le pape est infaillible par l'effet de la prière de Jésus-Christ ; donc l'Eglise est infaillible. Mail la raison de celle infaillibilité est dans son intime union avec son chef, à qui la prière du Sauveur obtint l'indéfeclibilité de la foi. La majeure est prouvée par le saint docteur; la mineure ne ressort pas avec mons de clarté des arguments par lesquels

il attribue au pape l'autorité de proposer à toute l'Eglise le symbole de foi, unde Dominais Petro dicit, etc.; la conséquence est done juste. Nos adversaires se donnent beaucoup de peine pour comparer et expliquer les textes des saints Pères , afin de les ramener à leur système , et ensuite ils rejettent des explications qui sont plus simples et plus naturelles, s'ils n'y trouvent pas leur comple. Mais il n'est personne qui , avec un peu de sens et de raison, ne voie sans peine que saint Thomas, après tout ce qu'il avait dit du pape, aurait été bien moins clair qu'il ne l'est, s'il avait rapporté la prière de Jésus - Christ à l'Eglise dans le sens qu'ils voudraient; mais c'est peine perdue.

1*2. Il me semble qu'on élève la voix pour me répondre avec l'assurance de la victoire : Et n'èles-vous pas convenu tout à l'heure que l'autorité de l'Eglise est le motif pour lequel on fait l'acte de foi , el que le pape ne fait autre chose que proposer la doctrine de celle même Eglise? Donc l'Eglise est infaillible par elle-même. Comment dites -vous maintenant qu'elle tire son infaillibilité du pape? Le jugement du souverain ne sera-t-il conforme à la justice que parce que le héraut l'aura fidèlement notifié? Vous ne pouvez donc trouver le moyen de concilier saint Thomas avec votre système qu'en le mettant en contradiction avec lui-même? Celte objection est, à la vérité, étrangère au sujet que nous discutons ici ; toutefois elle a assez de relation avec la manière dont nous avons accordé les textes entre eux , pour mériter une courte réponse. On croit la vérité de l'article révélé à cause de la véracité de Dieu qui le révèle ; on croit que Dieu l'a révélé sur l'autorilé de l'Eglise, qui le reconnaît comme tel; enfin on croit que l'Eglise le reconnaît comme tel sur l'autorité du pape, qui en donne l'assurance. Voilà à quoi se réduit en dernière analyse toute la doclrine de saint Thomas, où il n'y a pas l'ombre de contradiction. Il est d'ailleurs certain, par les promesses divines, que celte Eglise, dont l'autorité détermine notre foi, est essentiellement établie sur Pierre, comme l'édifice l'est sur sa base et la colonne sur son piédestal. Il est donc également certain que l'autorité qui détermine notre foi comprend aussi l'autorité du pape, et on ne peut le nier sans renverser tout ce que nous avons prouvé dans les chapitres précédents. Mais le fondement et la construction qu'il supporte ne forment qu'un seul édifice dont la solidité dépend surtout, il est vrai, de la consistance de 1 1 base, mais appartient cependant à l'ensemble de tout s les parties, puisque par le fuit cet ensemble de parties subsiste; de même le pape et les évéques qui lui sont unis ne composent qu'une seule Eglise , dont l'autorilé résullc principalement de son union à saint Pierre, mais cependant est rensée appartenir el aplient réellement à l'Eglise. Voilà précisément l'autorité à laquelle j'accorde l'acte de foi: de manière que, me donnàt-on des évéques en aussi grand nombre qu'on voudrai! , qui n'eussent pas actuellement pour chef le pon-

i wons rn\ rio.\ t\ \.\<;i.i.uji i gui goikk xvi

life romain, je n'y reconnaîtrais pas une autorité suffisante poar obtenir de moi an acte ta f'ii, pane qu ils ne seraient paa l'Eglise ; toutefois ils deviendraient l'Eglise aubsilot que le succesieur de saint Pierre se sciait joint à eux. Mais comment pourrai-je savoir qu • le pape concourt actuellement, comme la trie mie 1rs nirmbics , à constituer essentiellement ce corps, qui a le droit de me commander l'acte «le loi, si le pape lui-même ne nie le lait connaître solennellement? Il a deux moyens de me le faire co maître : ou en déclarant, par sa confirmation officielle, qu'il adopte comme la sienne la doctrine de tel concile, comme disait saint Thomas; ou en décidant seul et par lui-même. Comme l'Eglise ne peut jamais faillir, ni perdre son autorité et l'unité de croyance, il ne pourra jamais arriver que les membres aient une foi différente de celle de leur chef el que l'unité de la foi vienne à manquer ; par conséquent, dés que le pape parle du haut de son tribunal et nous propose un point de doctrine à croire, on le croit sur l'autorité même de l'Eglise, de l'Eglise, dis-je, qui, fondée sur Pierre, reçoit de son union avec lui tout à la fois le caractère d'Eglise véritable et le droit souverain de régler notre foi. L'autorité du pape se présente donc à nous sous un double aspect: avec un droit intrinsèque, qu'il exerce quand il confirme un concile; et avec un droit extrinsèque, dont il fait usage quand il prononce par lui-même et sans attendre aucun consentement exprès el positif des autres évéques. Le premier regarde essentiellement l'Eglise, parce qu'alors le pape la constitue essentiellement par sa coopéralion avec l'assemblée des évèques, dont il confirme la doctrine , ou qu'il s'associe de toute autre manière dans la même foi ; le second regarde l'universalité des fidèles, à qui il annonce infailliblement la doctrine de celte même Eglise, et en ce cas le pape prêle à l'Eglise tout à la fois son concours pour la constituer essentiellement et sa parole pour en publier 1 1 foi. Voilà comment nous croyons sur l'autorité de l'Eglise, bien que son infaillibilité déiende de son union avec le pape. Nos théologiens éclairés traiteront - ils de chimérique la distinction de ces deux caractères du pape? Après avoir démontre par tout ce qui précède la nécessité de les admettre en lui, je les invile à écouter ce qu'en a pensé Pierre d'Ailly dans la célèbre affaire de Monlesson , que j'examinerai en détail dans un autre chapitre, lis ne devraient pas récuser le jugement d'un si grand maître. Il soutient donc, comme une conséquence de la prière de Jésus-Christ, l'infaillibilité absolue, sinon du pape, au moins du Siège aposloliqu • el en même temps de l'Eglise uni\ erselle, qui comprend nécessairement le Siège apostolique : De Imc sancta sede, in pertona /'< tri apostoli in ea prœsidentis dictum est .- Ego rogavipro te, etc. Propterquod dicit C y prianus : Qui calhedram Pelri, supin quant fundata est Ecclesia, deseril, in Ecclesia se esse non conâdat (Vid. Naf. Alex, /lis/., sic. IS el l'i. dtss. 12). Kl qu'on ne dise pas que le

donl parle i i Pi rre d'Allly, glise elle-même ; <ar il enseigne qui l'es i el la dérision des questions de foi n

I ai henni nt pas exclu i. emenl apostolique, mais rentrent aussi d us les altrihutions de l'Eglise, el que la <l< rn ère définition seule es! réservée i n uremior. <>r

< e rstème, rommenl pourra-t-on faire l'acte de foi sur l'autorité de l'Eglise .' Kl s'il avoir lien dans l'hypothèse de l'infaillibilité du Saint-Siège, pourquoi sérail il impossible avec l'infaillibilité du pape? Pour I Eg c'est la même chose : elle compri n i le v linl-

Siége; celui-ci a le droit "de prononcer !

i i-ion dernière et définitive : donc la même

difficulté reste toujours. El comment I résoudre sans distinguer dans le Saint-S les deux caractères dont nous avons | Pourquoi donc ne pas les reconnaître dans le pape? Voilà notre Achille terrassé; toul le monde voit que , mal. , ff ris t

chicanes pour convaincre saint Th s'être contredit dans les arguments que nous venons de rapppeter :

Slaul uunen ill.i suis omnu mialocis.

(Oiid. lit. 11. fiàl.)

13. Terminons enfin ce chapitre déjà Irop long par les paroles célèbres qne saint Bernard adressa au pape Innocent II.

sion de Pierre Abailard : Oportet ad vestrum referri apostolalum pericula quoique et tcandala emergenlia in regno Dci, ea preeeeriim quai de fide contmgunt. Dignum namque arbitrât ibi potistimum resarciri damna fidei, ubi non posait files sentire defectum. Hœe, quippe hujus prœrogativa sedis. Cui tnim alleri dictum est : fiijo rogavi pro te, Petre, rit non deficiat fuies tua ? Ergo quod stquilvr, a successore Pelri exigilur : Et tu aiiquanéo versus confirma paires (uns ; iil i/nidrm mudo necessarium. Tcmpus est ut teslrum 091 lis. pater amanlissime, principal um, probetis zelum, ministerium honoretis [Ep 1' Innoc. II, in pro? fat.). Ce saint abbe attribue donc à la chaire ■ poslolique rindefeclibililé de la loi, qui est nécessaire pour réparer les maux causés par l'hérésie. <>r. par la chaire apostolique, il entend le successeur de saint Pierre, puisqu'il conclut en ces tei mes : / quod sequilur a su Pétri erii/itur : Et

lu ulii/uaiulo coin ersus confirma fratres tuas.

II lui demande ainsi la condamnation d'Abailard; c'est, selon lui. un devoir que lui impose sa primauté : Tcmpus est ut reslrum agnoseatis, pater amanlissime. principal um. il raisonnerait d'une manière fort singulière, si. distinguant la chaire apostolique du pape, il inférai! de l'indéfectibilMé de la première que le second est charge de confirma frères. Si le pape est chargé de r* lie tâche et privé de celle indéfeclibililé, le Saur. jouira donc du privilège s.ms avoir ledevoir à remplir : donc Dieu aura imposé à l'un le précepte el lui aura donné le droit de confirmer les autres, sans lui fournir la grâce i lïicacc de ne pas tomber lui-même; cl il aura réservé à l'autre le privilège de ne pas tomber, sans lui donner l'ordre el le droit (ta

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE I/Ef.LISE.

soutenir les antres. Quel avantage en reriendrait-il à l'Eglise, si ces deux prérogatives étaient ainsi divisées? Peut on se former une idée moins convenable des opérations et des dons de Dieu, que de s'imaginer qu'il ait conféré an pape un droit susceptible n'être exerce pour la destruction plutôt que pour l'édification de l'Eglise, et décoré le Saint-Siège d'un privilège sans action? Et pourtant telle est la pensée que prélent à saint Bernard ceux qui prétendent qu'il a distingué le Siège apostolique du pape. Il est donc hors de doute que par le Saint-Siège il entend le pape, et que, c'est au pape qu'il rapporte la prière Ego rogavi, etc., et la promesse non deficiat fidcs tua. Mais on ne serait point sûr d'obtenir une réparation convenable des dommages causés par l'hérésie, si celle indéfeclibilitéde la foi pouvait s'allier avec un jugement erroné du pape; car le moyen que le saint abbé prie le pape d'employer contre les maux de l'Eglise doit êlre tel que in caplivitalem redigat oinnem intcl- Irclam in obser/uium Chrisli, c'est-à-dire une décision infaillible. Donc quand saint Bernard assure que dans le Siège apostolique, c'est-à-dire dans le pape, non potest /ides sent ire defectum, il entend que le Saint-Siège, c'est-à-dire le pape non seulement ne peut pas être contumace dans l'hérésie, comme le prétend Opstraet, mais de plus qu'il ne peut errer dans ses définitions dogmatiques. Ceci devrait suffire pour bien faire connaître sa doclrine sur l'infaillibilité du pape; mais comme les novateurs cherchent un appui à leur système dans quelques expressions employées par le saint docteur eu écrivant ou en parlant au pape, j'en rendrai raison en son lieu (1), et l'on reconnaîtra plus clairement encore que son respect pour ce privilège du pape ne s'est jamais démenti.

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