‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 139 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le pouvoir des clefs a-t-il été conféré directement à saint Pierre ? Dans l'exercice de ce pouvoir a-t-il quelque supérieur1! Quelles en sont les conséquences?

1. Le pouvoir des clefs, dit Tamburini , consiste dans le droit de gouverner son propre troupeau, de lier les âmes par des préceptes, par l'imposition des peines et de» < îensures spirituelles, et de les délier par les dispenses , par les indulgences et par I absolution de ces mêmes censures (Vera Idea, p. 2, c. 2 § G) : ce qui emporte une véritable force coaclive. Il est donc de la plus grande importance de savoir si le pape possède ce droit d'une manière indépendante. Nous avons vu que c'est un corollaire de ce que nous avons démontré dans le chapitre précédent ; il faut maintenant le prouver directement, et réfuter les objections des adversaires; ils prétendent que , pour le pouvoir des clefs , tous les apôtres ont été égaux à saint Pierre, et que par conséquent tous tes évéques le sont au pape. Il est clair que cela ne peut être , si le pape n'a , en ce genre de pouvoir, aucun supérieur ; autrement les évéques seraient autant de monarques dans l'Eglise. Qu'il n'ait aucun supérieur, cela résulte de ce que les clefs lui ont été directement conférées, sans aucune relation à une autorité plus grande; et le syllogisme suivant prouve que, en effet , elles lui ont été confiées directement Tous les privilèges et les droits de primauté ont été directement conférés à saint Pierre: or, dans saint Pierre , le pouvoir des clefs est un droit de primauté : donc, etc. Toute la difficulté est dans la mineure. Mais à moins d'être du nombre de ceuv dont parle saint Léon, qui, in nurtitiasua inconvertibilet, perlantes falso diligenliœ nomine, dum

veritatem se tnentiuntur inquirere, mcn>l<ici<i desiderant eeminare S. Léo, Ep. 156, ad Léon. Aug.), on ne pourra certainement re-

TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE

fuser de se rendre aux témoignages suivants. 2. Le pouvoir des clefs fut conféré à saint Pierre en récompense de sa confession , de même qu'il fut établi la pierre et le fondemont de l'Eglise. Il suffit de démontrer ceci , pour démontrer ma proposition. Or, que ce soit là le titre auquel saint Pierre a reçu ce pouvoir, j'en trouve l'assurance d'abord dans saint Léon qui, expliquant les privilèges que Jésus-Christ lui conféra, s'exprime ainsi: « Beatus es , Simon Bar-Jona , quia caro et sanguis non revelavit tibi , sed Pater meus qui in cœlis est. » Id est , ideo beatus es , quia Pater meus te docuit, nec lerrena opinio te fefellit , sed inspiratio cœlestis te instruxit : et non caro et sanguis , sed Me me tibi , cujus sum unigenitus fdius, indicavit. Et ego , induit , dico tibi : hoc est, sicut Pater meus tibi manifestavit divinitatem tneam; ita et ego tibi notam facio excellentiam tuam , quia tu es Pelrus. Id est:Cum ego sim inviolabilis petra, ego lapis angularis , qui facio utraque unum, ego fundamentum , prœter quod nemo potest aliud ponere : tamen tu quoque petra es , quia mea virtute solidaris , ut quœ mihi potestate sunt propria , sint tibi mecum participatione communia. Et super banc petram œdificabo Ecclesiam meara , et porta? inferi non prœvalebunt adversus eam. Super hanc , inquit, fortitudinem œternum exstruam lemplum : et Ecclesiœ meœ cœlo inferenda sublimitas in hujus fidei firmitate consurget. Hanc confessionem portœ inferi non tenebunt , mortis vincula non ligabunt : vox enim ista , vox vilœ est. Et sicut confessores suos in cœlestia provehit , ita negatores ad inferna demergit. Propter quod dicit beatissimo Petro : Tibi (labo claves regni cœlorum. Et quœcumque ligaveris super terram,eruntligata et in cœlis; et quœcumque sol ver is super terram, eruntsoluta et in cœlis. Transivit quidem eliam in alios apostolos vis potestatis istius, cl adomnes Ecclesiœ principes decreli hujus constitutio commeavit : sed non frustrauni commendatur, quod omnibus inlimatur. Petro enim ideo hoc singularitcr creditur, quia cunctis Ecclesiœ rectoribus Pétri forma prœponitur. Manet ergo Pétri privilegium , ubicumque ex ipsius fertur œquitate indicium. Nec nimia est vel severitas, vel remissio , ubi nihil erit ligatum, nihil solutum, nisi quod beatus Pelrus aut solverit , ûut ligaverit (Serm. 3 in anniv. Assumpt.). Ces deux privilèges , la force de la pierre (1)

(I) La distinction que le saint pape fait de la force de la pierre et de la fermeté de la foi est bien remarquable ; elle semble véritablement dirigée contre ceux qui ne donnent a l'Eglise pour fondement que la foi, cl qui excluent la personne du pape représente dans saint Piewe, ou du moins ne croient pas qu'il soit pour cela infaillible. C'est sur la force delà pierre, selon le saint docteur, que .lésus- Cbrist a fondé un temple éternel (l'Eglise), et c'est de la fermeté de la foi que s'élève dans les cieux la sublimité de i elle Église, il n'est donc pas difficile, il est même trèsualurel de penser que, parla force de la pierre, il avait en vue l'extérieur de l'Eglise, c'est-à-dire son gouvernement hiérarchique, gouvernement qui ne doit point être •Itéré jusqu'à la fin des siècles, et dont Pierre est le principe ci |iiiss('-.ic le pouvoir souverain, établi qu'il est comme un rocher inexpugnable, pour y protéger le dépôt delà loi . c'i ^i sur i elle force que ce gouvernement est établi, que li.' montre la conteste. Quanta la fermeté de la foi, elle regarde l'intérieur, c'est b-dire l'essence de l'K-

et le pouvoir des clefs, furent donc la récompense de sa confession , ainsi que ce saint pape l'enseigne ailleurs plus clairement encore : Tantum inhac fidei sublimilate cornplacuit, ut bcatitudinis felicitate donalus, sacram inviolabilis petrœ acciperet firmitatem... nec in solvendis aut ligandis quorum* cumque causis , aliud ratum esset in cœlis , quam quod Pétri cedisset arbitrio (Serm. 98). 11 en donne ensuite la raison , et dit que ce pouvoir lui fut conféré parce que la foi que Pierre avait confessée élève jusqu'aux cieux celui qui la professe, et abaisse jusqu'aux enfers celui qui la rejette ; ce qui revient à dire que , comme sainl Pierre fut le premier à reconnaître la divinité de Jésus-Christ, dont la confession seule ouvre les portes du ciel, de même il était convenable qu'il eût le pouvoir de lier et de délier, c'est-à-dire d'ouvrir et de feYmer ces portes. Donc ce pouvoir dans saint Pierre est un véritable pouvoir de primauté. Le saint pape ne nous laisse pas de doute là-dessus , lorsqu'il énumère les choses merveilleuses opérées par Jésus-Christ depuis sa résurrection jusqu'à son ascension; il y comprend le soin confié à saint Pierre de paître son troupeau , et il en conclut qu'il est également supérieur aux autres apôtres dans ce ministère universel et dans le pouvoir des clefs : In his per insufflationem Domini , infunditur aposlolis omnibus Spirilus Sanctus , et bealo Petro supra c^eteros post regni claves, dominici ovilis cura demandatur {Serm. 72, de ascens. Domini). Saint Grégoire le Grand va plus loin, et prouve que , en recevant le pouvoir des clefs , saint Pierre fut véritablement établi prince de toute l'Eglise , et revêtu de l'autorité suprême : Cunctis Evangelium scientibus liquet , quod , voce dominica, sanclo et omnium apostolorum principi Petro , totius Ecclesiœ cura commissa est : ipsi quippe dicilur : Tibi dabo claves regni cœlorum (Lib. k, Ep. 32). Les autres Pères parlent de la même manière, et , entre autres, le vénérable Bèdc assure expressément que non-seulement saint Pierre reçut les clefs en qualité de chef, mais qu'avec elles il fut investi de la souveraine autorité de juger : Pelrus spccialitcr claves regni cœlorum, et principatum judiciariœ potestatis accepit (Dans I homélie du jour des saints Pierre et Paul). Telle est aussi la foi de tous les siècles, attestée en plein concile par le. prêtre Philippe , légat du Siège apostolique : Nulli dubium, imo seculis omnibus nolum est, quod satictus bcatissimusque Prlrus, apostolorum princeps et caput , fideique columna et Ecclesiœ calholicœ fundamentum, a Domino

glise, qui consiste principalement dans la foi de la divinité de Jésus-Christ ; l'élan de cette fin est aussi sublime que son objet même, qui est Dieu; elle élève les fidèles parfaits jusqu'à, lui, de manière qu'on peui vraiment les appeler de- habitants du ci< l ; en même temps elle est la base première et essentielle de cet édifice spirituel, sans laquelle on ne pourrait croire le; ;uurcs articles de la religion, sans laquelle par conséquent cet édifice ne pourrait subsister. Que les novateurs apprennent par la qtie s'ils trouvent quelquefois à nous opposer un Père, qu' donne pour fondement a l'Eglise la loi professée par Pierre, ils

ne peuvent rien en inférer centre nous, paire qu'on peut l'expliquer dans le sens de saint Léon.

DÉMONSTRATION t\ 'OIT. GRÉGOIRE XVI.

nottro JesuClirinin talvatort hwmani <j<

rt Itidemptorr , rlnrrs rn/ni ncnpit , |

diffus ne lignudi peccata poteitat \Ui daté mJ , (/ni ad h or USque tetnpui liiit srui! successoribus , rt judirium exuctt ( Conc.

Ephe$. An. .'!). Mais quel droit déjuger peauv om entendre qu'il exerce dans ses successeurs dans lesquels il vit, sinon celui délier et de délier? C'est le seul dont il soit ici question. Et puis à quel propos faire précéder cet éloge de l'excellence et des prérogatives du chef, pour en déduire un droit qui fût commun à tous , et pour tous d'une égale étendue? On aurait eu besoin dans ces temps-là des novateurs modernes pour apprendre à revêtir les chimères des apparences trompeuses delà réalilé; c'est ce qu'ils font eux-mêmes à présent, lorsqu'ils exaltent la primauté dans les termes les plus spécieux et les plus magnifiques, après l'avoir réduite à un squelette informe, à un vain fantôme , à un véritable néant.

3. Et qu'on ne dise pas que les textes apportés, quoiqu'ils semblent décider en notre faveur , sont cependant susceptibles d'interprétations contraires. Car, outre que ce genre d'objection tendrait à jeter l'incertitude sur tous les documents de la tradition, nous pouvons apporter encore des témoignages inattaquables d'auteurs non suspects aux novateurs, qui confirment notre explication et reconnaissent la primauté du pape dans les clefs confiées à Pierre. Ainsi Pierre de Marca (De dise. Cler. et Laie. c. 3 ) et le grand Bossue! se font cette objection, que les clefs ont été aussi données aux autres apôtres; et ils répondent que les clefs ayant été données deux fois, la première à Pierre seul, et la seconde à Pierre conjointement avec les autres apôtres , cela signifie que l'autorité judiciaire de l'Eglise, premièrement établie en la personne d'un seul, ne s'est répandue qu'à condition d'être toujours ramenée à son principe d'unité, et que tous ceux qui auront à l'exercer se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire (Rossuet, Discours pour l'ouverture de l'assemblée de 1681), c'est-à-dire à la chaire de saint Pierre. Venons-en à des écrivains plus récents; nos adversaires entendront sans doute avec plaisir la voix d'un homme qu'ils vénèrent comme leur maître , d'un homme bonoré de tant d'éloges dans les écoles où l'on fait une profession si affectée de liberté , et où l'on montre tant de préjugés en combattant les préjugés; je veux parler de Valla. Voici comment il s'exprime sur le sujet qui nous occupe : Nonne prrspicnum est , duplici illa petrœ et clavium metaphora , auctoritatis amjilitudinnn siqnificari , quœ ad eum pertinent , ad quem totus Chrisli srrmo diriijitur ? Atqui verba Christi ad ipsum Prtrum speelant; crqo et potestas , quœ petrœ et clavium imaginions detignatur. Et vero, nonne ridicula tsset tanta verborutn emphnsis, nisi majorent et nmpliorem Petro , <ptam cœtcris npostolis . potestnte'm concederrt Christ us (De loc. throl. de prim. Pfir.-)? Je ne sais s'il est possible de mieux désigner le pouvoir de primauté, que par ces mots : potestatis amphtudinem; et je

ne vois pas comment on pourrait montrer plus clairement que, dans saint Pierre, le.

pouvoir des ciels est un droit de M primauté,

qu'en le comparant à celui qu'exprime la métaphore de la pierre. Si donc Tambnrioi avait puisé 1 eus sosuree», il n'aurait >

tenu que le pomoir des clef- était égal d tous les apôtres, et qu'on ne peut par cou quant en déduire la primauté. Il h j .i

égalité là où il y a gradation : et i! j g toujours gradation là où il y a du plus et OU moins. ()r les auteurs que nous venons ds citer nous assurent que le pouvoir des , |, |, a été conféré par Jésus-Christ à Pierre et au:: autres apôtres dans une proportion en plu, et en moins : donc l'égalité enseignée par Tamliurini n'existe pas. Mais, fans |(. p,,uvoir îles clefs, Pierre est supérieur aux autre* apôtres, et le pape aux évéqoes ; dont pouvoir , tant pour saint Pierre que pour le pape , doit être regardé connue un pri\ i de la primauté. D'ailleurs tons |eS droits hérents à la primauté furent cou! iint

Pierre directement ; autrement ils ne seraient pas fondés sur l'institution divine, c'est-à-dire sur le plan du gouvernement ecclésiastique établi par Jésus-Christ. En effet, de l'aveu de nos adversaires eux-mêmes, telle est la nature des droits de la primauté , que le temps n'y peut rien et qu'il ne peut jamais y avoir de prescription contre eux, même de la part de l'Eglise ( Veru 1dm, part. 2, c. 1, 5 I Si ces droits ne regardaient Pierre qu'indirectement, et directement l'Eglise . elle pourrait laisser prescrire, parce que les tenant de première main , elle pourrait les transmettre à Pierre son représentant, de la manière et dans la proportion qu'elle voudrait. Je Bais que les adversaires apportent ici le célèbre passage de saint Augustin : Peints apostolus. propter apostolatus sui primntum , Kccl qerebat figurât a qenerahtnte personnm : ils s'imaginent pouvoir en conclure que tout ce que Pierre reçut, il le reçut au nom de l'Eglise, et que par conséquent e'esl a l'Eglise représentée par Pierre, et non à la personne même de Pierre, qu'a été conféré le pouvoir des clefs. Cette conséquence . d'ailleurs fort étrange , est tout à la Ibis contredite parce que nous avons dit jusqu'à présent, et opposée à la pensée du saint docteur ; il ne f.iit pas , comme nos adversaires , dériver la primauté de la qualité de représentant , mais bien la qualité de représentant de la primante. Au reste , comme ces paroles font le principal appui de ceux que nous combattons, nous les analyserons dans un chapitre à part.

4. Le pouvoir des clefs fut donc confère directement à saint Pierre comme privilège de sa primauté. Or ce pouvoir implique celui de gouverner, et même ne fait qu'une seule chose avec lui : il Implique donc une véritable souveraineté. En effet, la primauté doit être, selon Tamhtirini lui-même, active, rffience, laborieuse . puissante; les droits et les privilèges qui la constituent devront donc être de la même nature. Donc on ne pourra jamais en suspendre l'exercice , parce qu'ainsi suspendus ils n'auraient plus leur activité, leur

TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE

efficacité, ce qui équivaudrait à une véritable prescription.il s'ensuit qu'on ne pourra non plus suspendre le droit de gouverner, qui sera par conséquent indépendant, souverain. Saint Léon, que nous venons de citer, prête encore à celte conséquence l'appui de son autorité ; il enseigne en ternies non équivoques que Pierre n'a d'autre supérieur sur la terre que Jésus-Christ, et par conséquent déclare d'une manière formelle qu'il a un pouvoir souverain. Voici ce passage : Omnes (les pasteurs et les prêtres dont il vient de parler immédiatement auparavant) proprie régit Petrus, quos principaliter régit et Christus (Serm. S m anniv. Assumpl.); il les gouverne non par un pouvoir qui lui ait été transmis par l'Eglise, comme cela serait s'il n'en était que le chef ministériel, mais par un pouvoir qui lui est propre , qu'il a reçu avec la communication de la puissance même de Jésus-Christ , et qui, comme nous l'avons vu plus haut, distingue saint Pierre de tous les autres apôtres. Ce saint pape n'établit pas la gradation, imaginée par nos adversaires , de Pierre, de l'Eglise et de Jésus-Christ ; il ne donne pas à Pierre un pouvoir subordonné à l'Eglise, et à l'Eglise un pouvoir subordonné à Jésus-Christ seulement ; mais il dit absolument que le gouvernement de l'Eglise n'a que deux chefs, l'un visible et l'autre invisible , Pierre et Jésus-Christ, sans intermédiaire. Or, de même que Jésus-Christ , qui est le principal , a un pouvoir souverain, de même Pierre aura par rapporta l'Eglise le pouvoir de Jésus-Christ, puisque ce pouvoir est de la même nature que celui dont il dérive , et qu'au dire du même docteur : Huic viro consortium potentiœ suce tribuit divina dignalio. Que dironsnous maintenant de saint Bernard?Selon lui, il y a la même relation entre les fidèles et les autres pasteurs qu'entre les pasteurs et le souverain pontife; il écrit à Eugène : Habent illi assignatos grèges, singuli singulos, ei autem universi sunt crediti; et c'est pourquoi il l'appelle le pasteur des pasteurs. Le clergé de France lui-même déclare que tous les autres apôtres doivent à saint Pierre subordinationem et subjectionem in potestate suprema et regimineuniver salis Ecclesiœ. Pour oser le nier , ne faudrait-il pas supposer entièrement étrangers à la tradition les quatre-vingt-cinq évéques qui, dansl'annéel653, applaudirent à la condamnation qu'Innocent X avait faite de la proposition contraire, etécri virentau même

Jiapc : In profligando errorc valuisse apostoicœ sedis auctoritatemf

5. Que les novateurs viennent maintenant nous dire que Jésus-Christ conféra ce droit non à Pierre seul , mais aussi aux autres apôtres. Il leur conféra à la vérité le pouvoir de lier et de délier, mais en les subordonnant au pouvoir souverain de Pierre; car l'autorité suprême ne consiste pas tant à lier et à délier qu'à posséder les clefs , symbole du pou voir indépcndantdegouvcrncr. C'est pourquoi Jésus-Christ dit à Pierre seul : Tibi dabo clavês , etc., et ensuite simplement aux autres : Quorum remisrritis peccata, etc., sans faire aucune mention des clefs. Dira-t-on que

le pouvoir des clefs consiste précisément à lier et à délier , et.qu'il était par conséquent inutile de les nommer? Je réponds, qu'il était donc également inutile que Jésus-Christ en parlât à saint Pierre, puisqu'elles ne signifiaient rien de plus. Les novateurs ne pourront jamais se tirer de cette difficulté , sans reconnaître que le droit épiscopal de lier et de délier est subordonné à saint Pierre , qui seul possède les clefs , et qui est par conséquent le canal par où arrivent aux évêques leurs droits de pasteurs. Ainsi l'entendent les Pères. Ab ipso, dit saint Léon, omnium charismatum fonte , tam copiosis est irrigationibus inundatus (Petrus) ut , cum multa solus acceperit, nihil in quemquam sine ipsius participatione transierit. Ces merveilleux épanchements sortent de la source qui est leur principe, pour se réunir dans Pierre; par conséquent il participe à toutes les émanations, qui vontensuiteanimer les autres apôtres; il en est le canal commun : Si quid cum eo commune cœteris voluit esse principibus , nunquam nisi per ipsum dédit, quod aliis non negavit (Serm. cit.). Déjà Tertullien avait dit avant lui : Mémento claves cœli hic Dominum Petro , et per eum Ecclesiœ reliquisse (Scorp. c. 10) ; ut unitatem manifestarct, ajoute saint Cyprien. Or cette unité, reprend de Marca (De Discr. Cler., etc.) , ne pourrait subsister si les autres apôtres et lesévêques n'étaient, dans l'exercice de leur puissance, unis à Pierre, chef de l'Eglise, à qui les clefs donnent une autorité supérieure et les moyens do soumettre les ennemis de l'unité , et si par conséquent ils pouvaient faire usage des clefs indépendamment de Pierre qui en a la possession. Nous venons de voir Bossuet développer à grands traits cette vérité, et reconnaître avec l'évéque dont il cite le sentiment, que la puissance ecclésiastique a été premièrement établie dans la personne de Pierre seul, afin que tous ceux qui y participent restent toujours attachés à son principe qui est en lui , et ne prétendent pas se l'arroger d'une manière indépendante, mais en usent de manière à la ramener constamment à l'origine de son unité , c'est-à-dire à la chaire de Pierre, en se soumettant à son autorité. Avec ces principes on n*a pas de peine à expliquer les comparaisons de plusieurs ruisseaux et d'une seule eau , de plusieurs rameaux et d'une seule plante , employées par le saint évêque de Cartilage pour exprimer l'unité de l'épiscopat ; c'est à cela que reviennent les épanchements dont parle saint Léon : et tout cela prouve que le pouvoir des clefs doit être dans saint Pierre supérieur à celui des autres évéques. C'est assez pour faire voir l'erreur de Tambnrini , qui veut qu'il y ait égalité entre les évêques cl le pape ; la chose deviendra plus évidente encore si l'on se rappelle ce que nous avons prouvé dans le Discours préliminaire. Ceux qui voudraient plus de développements peuvent recourir à /' Fpiscopal de Bolgeni.

6. Dans le pouvoir des clefs, Pierre n'a donc aucun supérieur , il est donc infaillible dans l'usage qu'il en fait : car si elles lui donnent

DEMONSTRATION I\ ANGÉLIQUE. GRÉGOIRE XVI

l'autorité de juger en matière de foi , celte autorité doit par sa nature appartenir essentiellement au plan île gouvernement établi

/Kir Jésus-Christ , n'avoir » << " à i raindre du temps , être <) l'abri de lu prescription même de lu pan de l'Eglise; c'est l'autorité dont saint Pierre a besoin , comme principe de l'unité ecclésiastique ; une autorité efficace et agissante indépendamment de toute espèce d influence étrangère , puisque c'est là le caractère des privilèges de la primauté; une autorité qui par conséquent oblige à l'instant même où on l'exerce; une autorité qui , séparée de l'infaillibilité, serait in deslructionem , et non in œdificationem : enfin une autorité en vertu de laquelle le pape sera toujours, pour juger les points de foi, clavis non errons.

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