‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 147 sur 167 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

De ce que les Pères n'opposaient pas aux hérétiques l'infaillibilité du pape , on ne peut fins davantage en conclure qu'ils n';/ crussent pas: on examine si suint Auqustin //««voit s'en servir contre les donatistes.

1. Les bibliothèques sont pleines d'ouvrage* de controversistes célèbres , qui s'élant proposé de prouver des dogmes catholiques déjà

s textes dtoa leur ensemble montrent nfisaamini combien l'espril de la lettre de saii l n est

m:d s.usi de cens .iiii. n'y distinguait! pis les sentiments de ce l'ère de ceux d'une multitude brurante, ..uniment mi saint Jes choses qu'il repousse formellement.

TRIOMPHE DU SAliNT-SiEGE ET DE L'ÉGLISE.

définis par l'Eglise de la manière la plus solennelle, font cependant abstraction des décisions des conciles, n'emploient contre les hérétiques que l'Ecriture, les Pères et quelquefois môme la raison. De même tous les Pères s'occupent dans leurs écrits à combattre l'hérésie avec ses propres armes ; tantôt laissant de côté l'autorité de l'Eglise soit assemblée, soit dispersée, comme en usa saint Augustin contre Maximin au sujet du concile de Nicée, auquel l'hérétique opposait celui de Rimini, et contre les pélagiens ; tantôt négligeant l'Ecriture sainte elle-même , comme il fit contre les manichéens ; et néanmoins ce ne fut jamais une raison de douter que ces conlroversistes n'admissent pas l'autorité des conciles, ou que ces Pères niassent celle de l'Ecriture et de l'Eglise. Mais quand il s'agit de l'infaillibilité du pape , nos novaleurs modernes n'en jugent pas ainsi. Les Pères, disent-ils, n'opposèrent jamais aux hérétiques l'infaillibilité du pape; donc, concluent-ils, ils n'y croyaient pas. Et pourtant les circonstances sont parfaitement les mêmes dans les deux cas. En effet les hérétiques de ces temps-là ne s'en prenaient aux papes que parce que ceux-ci condamnaient leurs doctrines, et ils s'appliquaient uniquement à les défendre , sans penser à établir une théorie spéciale contre l'infaillibilité du pontife romain; ils n'avaient d'autre but que de prouver le prétendu fait d'une définition erronée. Les Pères ne pouvaient donc leur opposer ce privilège du pape, puisqu'ils le niaient, ni entreprendre de le prouver a priori par des arguments positifs , puisque les autres , obstinés dans leur opinion, auraient prétendu prouver assez bien iGconir&xrcaposteriori, en répétant l'axiome, nilvalere scienliam contra factum ; il fallait donc les attaquer sur ce dernier point , et leur prouver l'hétérodoxie de leur doctrine. Si les Pères avaient eu à combattre quelque hérétique moderne, ils n'auraient certainement pas manqué de le serrer de tous côtés, et d'employer aussi les prérogatives du pape.

2. Mais, me dira-t-on, autre chose est de ne pas parler de ce privilège, autre chose de le nier formellement. Or saint Augustin ne le nie-t-il pas absolument, lorsqu'il avoue que la cause des rebaptisants n'était pas finie sous Etienne, au temps de saint Cyprien, et qu'elle le fut après le concile de Nicée au temps des donatistes ? C'est le savant abbé Marchetti (Eserc. Cipr., pag. 11k, 256, 268) qui se charge de ce terrible adversaire, et il le terrasse avec une telle force qu'il semble impossible de rencontrer désormais des hommes assez aveuglés par l'esprit de parti pour continuer à reproduire la même objection jusqu'à satiété, comme si on n'y avait jamais répondu. Il prouve jusqu'à l'évidence : 1° que le saint docteur raisonne avec les donatistes humainement, c'est-à-dire en faisant abstraction de l'autorité, et qu'il veut les convaincre que c'est en vain qu'ils invoquent Vaulorilé de saint Cyprien, puisque rien ne leur est plus contraire que les lettres et le fait de saint Cyprien ; 2° que saint Etienne n'avait donné

aucune décision dogmatique. Je puis donc bien légitimement me dispenser de traiter la question considérée sous ce point de vue : on ne saurait le faire avec plus de clarté ; au lieu de cela, je me bornerai à faire voir que saint Augustin n'avait même pas d'autre manière de raisonner contre ces hérétiques.

3. De fait, que se proposait-il ? Non seulement de réfuter quœ de hacre (de la réitération du baptême ) donatistœ objectare consueverunt, sed etiam de beatissimi martyris Cypriani auctoritate, unde suam perversilatem , ne veritatis impetu cadal, fulcire conanlur , quœ Dominus donavit dicere , ut intelligant omnes, qui non studio partium cœcati judicant , non solum eos non adjuvari auctoritate Cypriani, sed per ipsarn maxime convinci alque subverti (lib. Il, cont. Donat., c. 8). Voilà donc la double tâche qu'il s'impose. 11 remplit la première par des arguments directs , en prouvant la validité du baptême conféré par les hérétiques; et, pour la seconde, je voudrais qu'on me dît s'il pouvait mieux s'en acquitter, qu'en établissant un parallèle exact entre le saint martyr et les donatistes. Pour empêcher quelqu'un de se prévaloir de l'exemple d'un autre , sans doute il faut marquer non les rapports de ressemblance , mais la différence qui se trouve entre eux; et, si on voulait non-seulement lui enlever l'autorité de cet exemple, mais de plus s'en faire une autorité contre lui, il ne suffirait pas d'avoir fait ressortir la diversité des procédés : il serait encore nécessaire de faire de toutes les disparités comme autantde points d'attaque, de manière à cerner et à presser de plus en plus son adversaire, en n'avançant jamais que des principes non contestés. Saint Augustin devait donc procéder ainsi avec les donatistes : 1° ne pas parler des faits, qui pouvaient leur servir à établir la conformité dont ils se vantaient avec saint Cyprien, ou bien les expliquer par des circonstances, d'après lesquelles ils ne pouvaient leur être d'aucun secours ; 2° rechercher dans le saint martyr les traits les plus propres à marquer la différence de sa conduite et de la leur.

h. Saint Augustin ne pouvait nier qu'ils ne se fussent accordés avec lui à soutenir que le baptême devait être réitéré, puisque le saint évêque s'était mis aussi réellement que les donatistes en opposition avec l'usage de tout le monde catholique ; il devait donc se retrancher dans la diversité des circonstances où s'étaient trouvés les donatistes et saint Cyprien, afin de montrer qu'en cela même il y avait entre eux une véritable différence. C'estcn effet le moyen qu'il emploie, et il observe que, de son temps, saint Cyprien n'avait affaire qu'à des hommes, qui consuetudinem ci opponerent, defensiones aulem ipsius consuctudinis non talcs afferrent , quibus illa talis anima moveretur (iuid., cap. 3); et que par conséquent la question alors pouvait paraître enveloppée de quelque obscurité , seulement, il est vrai, pour la partie démonstrative; au lieu que les donatistes défendaient opiniâtréuieir l'erreur, même après

DÉHWfttfcATKW ÉVAMGÉUQUE. ' ' '■ *VI-

one l.i controverse avait été . diutiua }>■ Ri terrarum regiones, multi» hine alquetlline dùputationlbuë et eollationibw episeoporum pertraetata et eîiquata, et que la yéril doctrine avait été fixée, tint dubitatx omni dubitatione sublata. Voilà la première différence. Ensuite, comme les donatistes insistaient sur les lettre», les maxime» et le concile de saint Cyprien, le saint Père, dans l'impossibilité d'y trouver, pour la doctrine , une différence essentielle, en était réduit a leur opposer qu'il ne la soutenait pas dans le même esprit qu'eux. Il montra sa soumission à l'Eglise, en tenant à l unité, au lieu nue les donatiste» s'en étaient séparés; ci il montra qu'il ne voulait pas s'en séparer, en laissant à chacun la liberté de pensera sa manière. Telle est précisément la marche de saint Augustin ; après avoir rapporte son discours pour l'ouverture du synode, ou il déclare qu'il ne juge aucun de ceux qui ne seraient pas de son avis , il presse ainsi les donatistes : Nunc, si audenl, superbœ et lumidœ cervices hœrelicorum advenus sanclam

resté ferme conira morem totUu orbit; or les catholiques ne demandent pas de pn

pour ol.eir a l'Eglise : d ne. pour la prétendue soumission qu'on lui doit, saint Cyprien I rail pas moins coupa!»! D >u«.

t-eeque saint Augustin aurait pun quer? Mais n eompr riait cetli mieux que ne le pensent nos adversain il \ o\ ait bien qu'il fallait lui donner une autre direction.

(i. Les donatistes ne lenaient aucun compte - dn pape et des définitions de IEglise; car il n'y avait pour eux d'1 niable que ceUe qu'il» composaient en Afrique. Supposons donc que saint Augustin leur eût opposé les dérisions authentiques d'un concile général, ces décisions qui doivent Buffire aux fidèles , et qu'il eût mis de les raisons solides sur lesquelles elles i : appuyées ; le refus seul qu'ils auraient lait de reconnaître celle Eglise pour la véritable aurait paralysé toutes les attaques du contre eu*. En effet, il est bien facile devoir que l'Eglise catholique avait perdu toute au-

midœ cervices hœreticorum aave, sus »«,.«». h™ v-n ~— ; , conditions aux humtlitatemhujus sermonu seexloUan *™ "g» i£ consentaient à la reconnai

Vos certe {Donatislce) nobis objicere soleil s Ci/priani liiteras, Ci/priani senlentuun, Cypriani concilium; car auctoritatem Vypnam pro vestro schismale asmmitis , et ejus exemplumpro Vcclesiœ pace respuittsî \ oila la seconde différence : leur séparation de la communion de l'Eglise.

5 L'erreur que les hérétiques imputaient à l'Eglise leur servait de prétexte pour élever un autel contre le monde catholique , et abandonner sa communion , afin de ne pas s'exposer, en communiquant avec les partisans de l'erreur, à périr avec eux. Le principe est très-certain ; il est fonde sur 1 Ecriture , qui nous ordonne d'éviter tout commerce avec les hérétiques : saint Augustin ne pouvait donc le contester. Il n'y avait que la conséquence qu'il lirait de 1 application de ce principe au fait alors discute, qui lut propre à les convaincre qu'ils avaient ton de se prévaloir de saint Cyprien, puisqu il aurait lui-même péri. Voici son raisonnement : llespondete, quare vos separaslts? Propterea certe ne malorum commumone pcnretis. Quomodo crao non perierunt Cyprtatius et tôt collenœ ipsius, qui, cum crederent hœrelicos et schismaticos baptismwm non haberc, sine baptismo tamen receplis... cummumeure, quam separari ab unilate maluerunt? Le raisonnement de saint Augustin, diront peut-être nos adversaires, aurait été bien plus irrésistible, si, pour fermer la bouche aux donatistes, il leur avait opposé la promptitude de leur maître à soumettre ses opinions a 1 autorité absolue de l'Eglise. Ne s'exprima. t-elle pas clairement par la coutume de I univers catholique, contre laquelle » élevait saint cyprien? On n'a pas besoin de démonstration rour reconnaître la doctrine de l'Eglise, aim scirc sufficiat emn conira isla senhre, de lavis même de saint Auguslin. Mais, ainsi attaqués , ses adversaires n'auraient-ils pas eu loute facilité de lui échapper? Il leur était bien aisé de répondre : Notre évoque est

quelles seules ils consentaient à la reconnaître pour telle. Ces conditions, à la vente, ne se trouvent que dans la véritable Eglise, mais n'en constituent pas l'essence , et ne doivent pas nécessairement se rencontrer dans tous ses membres, cl c'était à cause de 1 absence, de l'absence nécessaire de ces qualités dans quelques-uns de ses membres, qu ils lui refusaient le caractère de l'Eglise véritable. Cela posé, il est clair que le saint docteur aurait manqué le but en les cou. ballant par les décrets de cette même Eglise. Il était trop bon logicien pour le faire. Le raisonnement d. s donatistes pourrait se résumer ainsi : l'Eglise qui approuve l'hérésie n est pas la Véritable ; or celle que nous oppose Augustin l'a approuvée : donc ce n'est pas la véritable Eglise, el par conséquent nous ne devons pas être traités d'hérétiques. El si le docteur avait faille raisonnement que nos adversaire» lui prêtent, voici quelle aurait dû être sa réponse : La véritable Eglise ne peut approuver l'hérésie; or elle a reconnu la validité du baptême des hérétiques : donc ce n est pas une hérésie , mais bien la foi catholique. Il aurait dû ensuite prouver la mineure que les donatistes niaient; ce qu'il n aurait pu lairc qu'en montrant que tous les caractères 08 l'Eglise catholique se remontraient dans 1 union des évoques qui avaient condamne la réitération du baptême, et que la était par conséquent la véritable Eglise. Mais s, donatistes avaient reproduit leur argument, lire du fait d'une décision hérétique, que restait-il à saint Augustin, que de s attacher uniquement à la doctrine <i d établir nonseulement qu'elle n'était point hérétique, mais encore qu'elle était la seule vraie . la seule fondée sur le» divines Ecritures et sur la tradition? Il n'avait donc que ce moyen de justifier [saint Cyprien; car celui qui repousse la vérité encore enveloppée de ténèbres n'est pas dans le cas de celui qui la combat lorsqu'elle est déjà dans loul

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éclat et qu'elle a été portée jusqu'à l'évidence; et le second ne peut se prévaloir de l'exemple du premier. 11 pouvait donc leur dire : vous voulez des raisonnements, je raisonne; des démonstrations, les miennes sont incontestables et décisives ; elles sont le fruit des méditations les plus sérieuses de tout le monde catholique, le résumé, le résultat des discussions les plus savantes et les plus subtiles de toutes les Eglises. La vérité brille donc maintenant à vos yeux de tout son éclat: sine dubitatione , omni dubitatione sublata ; que vous manque-t-il pour convenir que la question est décidée? Si saint Cyprien avait pu la voir poussée jusqu'à ce point, combien n'aurait-il pas été empressé de rectiOer son opinion, ce saint martyr toujours si docile à la voix de la vérité? il n'aurait pas attendu, pour l'embrasser, le témoignage du monde entier, lui qui uni verum dicenti et démons tranti consentiret.

7. Mais, reprennent nos adversaires, peu importe de savoir si saint Augustin devait ou ne devait pas mettre toute autorité décote; le fait est qu'il y a recours : car il déclare que les raisons de saint Cyprien étaient si fortes, que lui-même il n'aurait pas osé prendre parti pour l'opinion contraire, si elle n'avait été aussi solennellement consacrée par la décision d'un concile œcuménique. Nec nos, dit-il, taie aliquid auderemus asserere, nisi universœ Êcclesiœ concordissima auctoritate firmati, cui et ipse Cyprianus céder et, sijamillo tempore quœstionis hujus veritas eliquala et declnrala per plenarium concilium solidarelur. Dirons-nous que lui-même il n'aurait pas cédé à l'autorité de l'Eglise? Non certainement. Il convient donc qu'au temps de saint Cyprien il n'y avait pas cet accord d'autorité que l'on vit plus tard au temps des donatistes, et c'est par là qu'il l'excuse. Donc saint Augustin lui-même n'aurait pas plus que saint Cyprien cédé aux décrets de saint Etienne. Voilà le raisonnement de nos savants commentateurs , raisonnement fort étrange et faible en tout point; car voici tout ce qu'on peut conclure de ce passage : 1° que saint Augustin distingue deux sortes d'autorité, celle de l'Eglise et celle du concile; 2° qu'il adhère à la première, indépendamment de la seconde; 3° qu'il n'en fut pas ainsi de saint Cyprien. Ainsi ce texte même confirme

[ encore ce que nous avons dit jusqu'ici.

8. En effet, saint Augustin présente l'autorité de l'Eglise comme l'unique motif qu'il avait de rejeter la doctrine de saint Cyprien, et il ne dit pas que celui-ci s'en fût contenté s'il eût été assuré que c'était là la foi de l'Eglise; mais qu'il lui aurait fallu un concile général où l'on eût discuté la question contradictoirement, et établi avec évidence ce que l'on n'avait cru jusque-là que sur l'autorité. Il met donc en regard les deux autorités, celle de l'Eglise et celle de la démonstration. Ensuite, pour lui-môme, il fait abstraction de la dernière, et n'en parle que comme d'un moyen qui aurait pu faire changer de sentiment à saint Cyprien; c'est ce qui se voit pur la manière dont il s'exprime: Cui

cederet, si (voilà la condition) j'am Mo tempore, etc. Donc, conclurai-je, le saint docteur suppose que saint Cyprien a réellement et sciemment résisté à l'autorité de l'Eglise; autrement il aurait dit, cui et ipse cederet Cyprianus, si ei innotuisset, ce qui l'aurait complètement justifié. Qui en doute? Si le saint martyr était homme à ne céder à l'autorité de l'Eglise qu'autant que la controverse eût été débattue dans un concile général, n'y at-il pas lieu de conclure que la seule autorité de l'Eglise n'était donc pas suffisante pour lui faire abandonner son avis ? Mais oserat-on faire une telle injure à l'orthodoxie de saint Cyprien? C'est à ceux qui prétendent que saint Cyprien a cru alors traiter un point de foi, à résoudre cette difficulté. Saint Augustin ne pouvait donc pas opposer aux donatistes l'autorité absolue de l'Eglise, et, en effet il ne le fit pas. Au moins est-il certain, continuent nos adversaires, que saint Augustin lui-même ne se serait pas soumis aux seules décisions d'Etienne , sans l'autorité unanime de toute l'Eglise catholique : Nec nos... nisi universœ Ecclesiœ, etc. Ceci est faux encore, même dans l'hypothèse inadmissible que le Pape eût rendu une décision dogmatique. Autre chose est de dire : Je ne me serai* pas soumis au jugement cVE tienne, s'il n'avait obtenu Vasseniiment de l'Eglise universelle ; autre chose de dire simplement : Je ne croirais pas vraie la doctrine qui défend de réitérer le baptême, si je n'y étais confirmé par l'autorité de l'Eglise. On ne compare le pape à l'Eglise, et on ne lui donne l'exclusion que dans le premier cas, mais non dans le second; dans le système de l'infaillibilité du pape c'est une seule et même foi que celle du pape et celle de l'Eglise, et même le pape ne fait que nous proposer infailliblement la doctrine de l'Eglise; l'autorité de l'Eglise est le motif pour lequel nous croyons qu'un dogme est révélé, et nous croyons que tel dogme appartient à la foi de l'Eglise, sur l'autorité du pape qui nous le propose. Quand donc saint Augustin parle du dogme seul, et non du motif qu'il a de regarder ce dogme comme enseigné par l'Eglise, il n'avance rien de contraire à nos principes; il a eu rairon de dire qu'il ne croirait pas ce dogme sans l'autorité de l'Eglise: tout catholique en dirait autant. D'après tout ce que nous avons dit sur ce sujet, l'on voit combien est fondée la conjecture de ceux qui assurent que saint Cyprien se rendit enfin à l'autorité du pape. Il semble toutefois qu'on ne puisse se dispenser en dernière analyse de reconnaître, avec saint Augustin lui-même, que le saint martyr ne fut pas en cela tout à fait exempt de faute, mais qu'il l'expia plus tard pleinement, fat ce martyrii. Il ne reste donc plus de subterfuge aux douatistes; saint Cyprien n'est plus pour eux un modèle, mais leur accusateur et leur juge. Si la discussion s'engageait avec eux d'une autre manière, l'avantage resterait à ces hérétiques combattant sous les drapeaux du saint évèqne, et saiht Augustin en serait réduit à j"ter les ar mes préparées pour leur défaite- Voilà donc

enfin combien esi insignifiante el bon «le propos cotte objection, à laquelle les novaleurs moderne* attachent tant d'importance.

(Il V PITRE M

Si quelque fois dans les conciles Von reproduit les questions déjà décidées par les pontife»

romanis, ce n'est }><is que 1rs Pires soupçonnent ces décisions d'être erronées.

GREGOIRE Wl.

1. Les ennemis de l'infaillibilité du pape pous présentent, avec un grand étalage d'érudition, une longue suile de monuments et

de vastes recherches sur les histoires des conciles, où furent examinées de nouveau des « anses déjà jugées par les pontifes romains ; pour moi, je ne leur disputerai pas ce genre de gloire, el je me bornerai à prouver en général que les conséquences qu'ils veulent tirer de tout cela manquent tout à fait de justesse. (Ju'ils disent donc avec Tertullien, que la règle de la foi doit être immobilis, et irreformabilis, et irretractabilis ; je leur accorderai ce principe; mais s'ils ajoutent que les oracles des Papes, étant sujets à être examinés de nouveau dans les conciles, manquent de ces caractères, qu'ils veuillent bien me permettre de le nier, et par conséquent tous les corollaires qui en découlent. Et pourquoi ? Parce que le nouvel examen, que les conciles font des décisions des papes, n'est pas du genre de celui dont parle Tertullien en cet endroit, ni par conséquent de nature à prouver que les Pères fussent généralement persuadés de la faillibilité du Pape, comme on voudrait nous le faire croire.

2. Le respect des novateurs modernes pour cet auteur ecclésiastique va presque jusqu'à l'idolâtrie; ils ne se lassent pas de relire ses ouvrages, et surtout celui qui a pour titre, des Prescriptions; ils veulent à toute force enrichir l'Eglise et la chaire de ce corps précieux de doctrine, qui serait resté oublié et inconnu, si l'un de leurs coryphées ne l'avait déterré et publié à son de trompe. Ils n'ont pu parvenir à comprendre que, par une rèijle de foi immuable, indéformable, qu'on ne doit plus retoucher, irretractabilis, tout ce qu'il veut dire, c'est qu'elle doit être inébranlable, non sujette au changement, irrévocable ; sans prétendre que l'objet qu'elle propose ne puisse être examiné de nouveau, soit pour montrer que la règle y reçoit une juste application, soit pour convaincre ceux qui pourraient refuser de l'admettre. Sans doute il établit une excellente règle, lorsqu'il dit : Id verum, quodeumque primum; id adulteratum, quodeumque posterius ; car, pour emprunter les paroles de Tamburiiii, Jésus-Christ a jeté le premier lu bonne semence, c'est-à-ilirc la parole de Dieu, et ensuite est venu l'homme cnnetni, qui a semé la zizanie (Anal. $ 96). Cette règle est encore irréformable et irrévocable ; car il sera toujours vrai que la vérité précède l'erreur, qui n'est que l'altération de la vérité elle-même. Quand donc nous aurons prouvé aux hérétiques la nouveauté de leurs doctrines, devrons-nous nous arrêter là, lors même qu'ils passeraient outre et qu'ils pour-

snirraJent leurs escèa arec une obstination

toujours croissante 1 Non, jamais; il u'csl pas

permis d'employer d'autres moyens pour les confondre; on ne doit pas touchera la riait.

Nous BOmmOS donc dans l'impossibilité d'attaquer a\ic suites les sociniens, qui se moquent de l'antiquité la plus vénérable, et même se glorifient d'aroir été les premiers i

trouver ce qu'ils enseignent *-ur la Trinité et sur la Rédemption ? Tertullien ne déraisonne

jias à ce point. I.a règle, il est vrai, est irrévocable, «est- à- dire on n'en prouvera jamais la fausseté, et par conséquent il n'y aura jamais lieu de la rapporter. Cependant il ne s'ensuit pas qu'on ne doive en aucun cas soumettre la vérité à un nouvel examen, ni pour montrer aux hérétiques avec quelle maturité et avec quelle prudence on procède contre eux, ni pour instruire et fortifier les faibles dans la foi : Adversus hœreses universas jam liinc pradicatum est, id •-- >>rum, quodeumque primum, id esse adulteratum quodeumque posterius ; sed $alva ista jjiœscriptione, ubique tamen propter instructionemd munilionem quorumdam, dandus est eliam re- (ruitanlibus locus, vel ne videatur unaqiueque perversitas non examinata. sed jirajudicala damnari (Terlull. Cont. Praxeam.). 11 faut donc être entièrement dépourvu d intelligence pour ne pas comprendre que, par rétractation Tertullien entend ici une révocation, une annulation et non un nouvel examen, une reproduction de la cause, qui ne préjuge rien contre la stabilité et l'immutabilité de la règle. Pour interpréter ainsi cet auteur, il faut véritablement, dans les éludes qu'on lui consacre, s'être proposé non d'en connaître et d'en manifester le sentiment, mais de le défigurer. Enfin il faut n'avoir jamais lu celle période entière pour n'avoir pas remarqué qu'il y explique bien pourquoi on reproduit dans les conciles certaines causes, sans déroger en rien à l'infaillibilité des papes qui pouvaient les avoir déjà décidées.

3. L'Eglise n'est pas un gouvernement lyrannique, où l'esprit humain , dans l'esclavage, n'obéisse qu'a l'aveuglement et à l'ignorance. La foi du Christ n'est pas un fardeau insupportable, qui opprime et anéantisse toutes les puissances intellectuelles, comme les incrédules voudraient le faire croire ; ce gouvernement est plein de prudence , ce fardeau est doux el léger. Alliant la tendresse d'une mère à la sagesse de l'administration , elle accommode avec tant d'art son autorite à la faiblesse et aux besoins de ses enfants , qu'on ne saurait dire si c'esl plutôt une souveraine absolue . ou un guide, une conseillère , une maîtresse : c'est ainsi qu'elle montre aux fidèles combien est raisonnable l'obéi»» sance qu'ils doivent aux vérités adorables qu'elle leur propose , et qu'elle force les rebelles à confesser, ou du moins à reconnaître la folie de leur insubordination. C'est dans ce but et par une condescendance toute maternelle qu'elle a établi les conciles , où elle leur permet d'entrer avec elle dans une discussion exacte et juridique des fondements et des priucipes communs , pour qu'ils en

voient plus clairement l'opposition aux doctrines hérétiques, et que l'hérésie n'ose plus se glorifier de l'appui de l'Ecriture et de la tradition. Or elle se priverait de ce moyen de confondre l'erreur, si elle n'admettait le pour et le contre dans les controverses , si elle ne laissait discuter de nouveau les principes , soumettre les conséquences à un nouvel examen , répliquer encore aux objections : en un mot, si elle ne faisait tout pour porter la vérité jusqu'à l'évidence. Voilà comment l'Eglise suit le conseil de Tertullien : Pr opter instructionem et munitionem quorumdam , dandus est ctiam retractantibus locus, tel ne videatur unaquœque perversitas non examinala, sed prœjudicata damnari.

k. On ne peut donc en conclure que la question fût resiée indécise, avant l'emploi de ce dernier moyen. Combien de fois l'Eglise n'en a-t-elle pas fait usage pour des points qui , même dans le système de nos adversaires , ne peuvent être regardés comme incertains ? Tamburini enseigne que l'autorité infaillible ne réside que dans l'unité , mais que celte unité se manifeste ou dans le concile , ou dans la parole de l'Eglise dispersée et répandue sur toute la surface de la terre ; et que , quoique la première manière soit plus expéditive , plus claire, plus décisive , et par conséquent plus propre à terminer les controverses , la seconde , pour être plus lente et sujette à plus de difficultés, n'en est pas moins sûre (Anal. § 63). Si donc l'on peut montrer un concile où aient été reproduites des questions déjà définies par le consentement de l'Eglise dispersée , l'on ne pourra s'empêcher, dans leur s vstème(l), d'accorder que les conciles ne s'assemblent pas toujours pour prononcer avec une autorité absolue sur l'orthodoxie de certaines croyances , mais aussi seulement pour instruire , convaincre et réfuter les hérétiques. Je rappellerai donc à nos adversaires le premier concile de Nicée ; avant sa convocation , la consubstantialilé du Verbe, déjà définie par des conciles particuliers, était l'objet d'une foi si ferme et si universelle, qu'au premier souffle de l'impiété arienne tous les Pères frémirent d'indignation , et que ce nom seul leur paraissait un blasphème digne d'horreur et qu'ils ne voulaient pas même entendre prononcer. Je rappellerai à leur souvenir le concile de Chalcédoinc ; sans parler du jugement de saint Léon , déjà avant ce concile , le consentement universel avait jugé avec autorité les eutichéens , et nous en trouvons l'assurance dans les témoignages de tous les évêques d'Occident, particulière-

(!) Si toutefois les novateurs ont un système, hors celui d'introduire dans l'Eglise un véritable pyrrhonisrae, la parolede l'Eglise dispersée souffre <le grandes difficultés; celle du concile est plus claire : mais ensuite on ne reconnaît l'œcuménicité d'un concile nue par l'acceptation pose de l'Eglise ; c'est donc la parole de l'Eglise dispersée qui lui donne cette qualité. Mais celle parole est sujette a de grandes difficultés ; il sera donc aussi difficile de constater l'œcuménicité d'un concile que de distinguer la loi de l'Eglise .-incertitude de tous côtés, jusqu'à ce que le doute te répande sur tous les articles delà doctrine. Mais nous reviendrons ailleurs sur ce poiut.

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE

ment de ceux de France qui , d'un commun accord, écrivirent au saint pape qu'ils avaient adopté sa lettre à Flavien , comme leur symbole de foi ; les actes mêmes du concile ne nous permettent pas d'en douter , puisqu'ils nous rapportent les acclamations unanimes avec lesquelles les prélats d'Orient reçurent aussi cette lettre , avant même d'en entreprendre l'examen ; enfin saint Léon lui-même le déclare ouvertement , et dit que ce concile n'était pas nécessaire pour extirper l'hérésie d'Eutichès. 11 n'est pas besoin d'entrer dans plus de détails ni de rappeler la lettre de saint Cyrille , approuvée par le concile d'Ephèse et de nouveau examinée par ce concile ; le dogme de la procession du Saint-Esprit, repris dans le concile de Florence après avoir été déjà défini dans ceux de Lyon et de Latran : et tant d'autres faits du même genre, qui font bien voir que souvent les conciles traitent de nouveau , c'est-à-dire reproduisent certaines causes, non pour les soumettre à un examen et à des recherches qui supposent le doute , mais à un examen de simple adhésion , dans la vue de faire briller la vérité avec plus d'éclat, et de fermer entièrement la bouche à ceux qui disent des paroles d'iniquité , à ceux qui seraient tentés d'attaquer les décisions déjà rendues. L'Eglise en use alors comme un maître sage et expérimenté , qui , ne trouvant pas dans son élève un esprit assez prompt et capable de la méthode stérile de la synthèse , emploie l'analyse : non que la synthèse , qui lui a été inutile , ne présente pas les ressources de la démonstration la plus rigoureuse , mais parce que la seconde méthode , en divisant dans toutes ses parties ce qui est composé , ramène tout aux premiers principes , et insinue plus facilement les leçons dans l'esprit du disciple. Aux raisons déjà données, j'ajouterai encore l'autorité du cinquième concile, dont les Pères réduisent l'utilité des conciles à ceci : Ut in omnibus disceptalionibus, cum proponuntur quœ ex utraque parte discutienda sunt , veritatis lumen tenebras expcllat mendacii (Coll. 8) ; et le témoignage de saint Léon, qui déclare que les conciles sont seulement nécessaires ut verilas clarius enitescat , et fortius retineatur (Epist. ad Theodor). Selon Tamburini , ainsi que nous venons de le voir, les conciles ne servent qu'à faire connaître par une voie plus facile , plus claire et plus expéditive, l'unité dans laquelle réside l'autorité infaillible ; les novateurs eux-mêmes , en général , n'osent pas soutenir la nécessité absolue des conciles (Opslraet., Quœsl. 3 de conc; le Gros, de Eccles. concl. 10). En effet, qu'on admette avec le Gros que les conciles ne sont pas nécessaires , ad (irmanda doqmata , quœ ab universa Ecclesia tanquam de fuie recipi jam constat, mais seulement de temps en temps , ad unanimem consensum circa quœdam doqmata.... mqnifestandum ; la manifestation de ce consentement universel en supposant déjà l'existence, il s'ensuit que les Pères entrent souvent au concile, déjà pleins de lui pour le dogme qu'ils vont décréter. Donc ils no

l'examinent pas de noaveau, parce qu'Us en doutent, mail lentement pour convaincre ceux qui Le nient, cl pour manifester solennellement la solidité de leur foi.

liais m celle discussion nouvelle, ce nouvel examen auquel on soumet la doctrine même de l'Eglise, ne préjudicie pas à l'autorité de celle même Eglise , qui déjà l'a adoptée tacitement ou expressément, pourquoi y aurajl-i) quelque chose de contraire à l'autorité du pipe? Si l'examen de scs décisions se l'ait dans le même but , avec les mêmes, circonstances, pourquoi ne serait- il pas de la même nature que celui des décisions de l'Eglise? Le pape condamne! une innovation dans la doctrine ; les novateurs se montrent récalcitrants, ne gardent plus de mesures, se jettent dans le schisme ; toute autorité leur est en horreur, Ecritures, Pères , souvent la philosophie elle-même : ils se servent de tout, ils mettent tout en œuvre contre la décision du pape ; le pape n'a point d'autres armes pour les réduire; le loisir lui manque pour les suivre dans leurs roules tortueuses ; il fait résonner la trompette apostolique , toute l'Eglise s'assemble , et bien qu'il puisse interpeller les hérétiques, comme saint Augustin ; l'évêque d'Eclanc : Quid adhuc quœritis examen, (juod jam factum est apud Sedem apostolicam? cependant, les voyant persévérer dans leur obstination, il les appelle d'abord à lui comme ses enfants pour les calmer, il les accueille ensuite comme des disciples pour les instruire, enfin les repousse et les chasse comme des rebelles pour qu'ils se ravisent , et que s'étant ravisés ils reviennent dans ses bras paternels. Pourra-t-on en inférer que l'Eglise , par ces procédés, déclare qu'elle regarde le pape comme sujet à l'erreur? Se pourrait-il une conclusion plus mal déduite et plus singulière? 6. Oui, répèlent nos adversaires, elle le regarde comme tel, et les Pères le montrent bien par leurs souscriptions apposées aux lettres des papes. Les Pères, il est vrai, souscrivent aux lettres des papes, non parce qu'elles viennent du Saint-Siège, mais parce qu'elles se trouvent conformes à la tradition, aux conciles, à l'Ecriture. Et peut-on en conclure qu'ils doutent de celle conformité? Pour quel motif les conciles s'assernblent-ils? pour manifester plus clairement la vérité : Ut Veritas elarius enistescat. Quel motif ont-ils donc démontrer leur allai bernent aux décisions du pape? pas d'autre que la vérité qu'ils Y ont reconnue. En effet si les conciles avaient déclaré qu'ils acceptaient les décisions des papes par l'unique motif qu'elles étaient émanées du Siège auguste du successeur de saint Pierre, cette acceptation n'aurait fait aucune impression sur les hérétiques, qui , n'ignorant pas qu'elles étaient effectivement l'ouvrage du Saint-Siège, n'en auraient pas moins continué à répandre leurs erreurs avec la même liberté, et qui auraient flétri du nom d adulateurs tous les Pères el les évéques eux-mêmes qui s'y seraient soi, mis aveuglément. Aussi le grand pape saint Léon déclarait-il dans sa lettre à Théodore!,

OOi que cet :it là le motif pour lequel il irait

convoqué le concile de Chah édoine. Qo novateurs admirent donc le parfait ai i\^l chef et des membres dece corps mystique de Jésus-Christ, qui, constamment anime du même esprit, a toujours conservé et ce vera toujours une inaltérable harmonie entre toutes ms partie-,. Le cbel p labtit m de 1 1 croyance oniversi Ile . il proes vérités sublimes de la foi catholique, il dévoile l'erreur du haut du Vatican, il damne ceux qui l'enseignent : ceux-ci i tent, l'accusent lui-même d hérésie, lai contre son tribunal les plus terribles I de leur fureur ; l'assemblée des saints leurs se lève et proclame de la manier.- la plus solennelle la vérité du jugement . quité delà condamnation qu'il a pronoj inséparablement attachés à leur chi f, ils clarent qu'ils ne se décident pas dans rame, qu'ils ne sont ni entraînés par 1 de parti, ni poussés par l'adulation, ni aveuglés par l'intérêt, mais que la vérité seule les force à recevoir et à respecter les oracles que saint Pierre a rendus par la bouche di successeur. Et on dira que par là ils nient son infaillibilité? Mais.... ils ne cèdent pas à l'autorité; ils cèdent, répondrai-je , et à l'autorité el à la vérité tout à la fois; car chaque fidèle peut assurer qu'il emfa décisions de l'Eglise elle-même, parce qu'elles sont vraies, c'est-à-dire conformes aux conciles, à l'Ecriture et aux Pères. Les en. ! les reconnaître, voilà où est la différent fidèle croit comme vraies les décisions de l'Eglise, le concile reconnaît telles celles du pape : et l'un comme l'autre y est détermine par la vérité. Mais le concile en nr les raisons que nous avons dites , de traiter de nouveau une question, ne peut ne pas donner le motif de son adhésion aux décisions du pape : autrement par cela seul il rendrait suspects aux hérétiques les examens, les discussions et les débats qui ont précédé : leur sousci iptioa en est le résultat. S'ils ne la moli\ aient que sur l'autorité, les noval pourraient pensi r que cette autorité n'a droit au respect que de l'ignorance et de l'adulation, el ils se persuaderaient facilement que les Pères n'ont pas eu d'autres mobiles dans leurs précédents travaux: c'est pourquoi les Pères souscrivent dans le même espr.t qui a dirigé leurs recherches. Mais il ne résulte de ces recherches aucun préjudice pour l'infaillibilité du pape : il n'en resuite donc pas davantage de la formalité des souscriptions. Aillai il faudrait que nos adversaires nous prouvassent jusqu'à l'évidence, «n'A serait possible que 1' concile ne trouvât pis une conformité parfaite entre les lettres des pâlies et les rè-les de la loi ; or ils n'y réussiront jamais, car de ce qu'on l'a rencontrée il ne s'ensuit pas qu'on aurait pu ne pas la rencontrer.

7. Les cv écrites i n concile ne sont-ils donc pas les juges de la foi ? Sans doute, ils le -

mais où est donc la liberté des suffrafj ï,

s'ils ne peuvent ne pas accepter les meuts du pape? Il en est qui répondent à

TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE

cette ridicule objection, que le pape, en convoquant ou en permettant de convoquer les conciles pour des articles déjà définis par lui, suspend en quelque sorte son jugement, et le considère comme non avenu, pour laisser les Pères juger en toute liberté : comme il arriva dans la cause de Neslorius. Certes nos adversaires n'ont rien de solide à répliquer à cette réponse : mais je puis les pousser plus fortement encore avec leurs propres armes. Le concile cst-il infaillible? ils s'accordent à me répondre qu'il l'est, quand il représente l'Eglise universelle. Donc il ne peut souscrire à l'erreur ; donc il n'est pas libre en cela, et cependant il juge véritablement : donc la qualité de juge infaillible non-seulement ne requiert pas, mais même exclut celte liberté. Donc le concile, dans l'impossibilité même de ne pas reconnaître la vérité dans les décisions du Siège apostolique , prononce, en les adoptant, un jugement véritable , précisément parce qu'il y trouve la vérité, et la propose aux fidèles avec l'autorité dont il est revêtu pour en commander la foi : et voilà le dogme proposé infailliblement par le pape, et infailliblement reconnu par le concile : voilà le concile jugeant véritablement, et en droit d'assurer avec toute raison : Visum est Spiritui Sancto et nobis. Le jugement de saint Pierre, dans le concile de Jérusalem , était infaillible, et tout le collège apostolique devait en reconnaître infailliblement la vérité; les jugements de l'Eglise dont nous venons de parlerétaicntaussi infaillibles, elcependanlilsfurent représentés dans d'autres conciles. Comment donc? un jugement ne peut être jugé que par une autorité supérieure. Il est vrai, mais si on ne juge pas le jugement même, on peut bien, abstraction faite de ce premier jugement, juger et examiner de nouveau ce qui en faisait l'objet; il ne répugne pas qu'une même chose soit soumise à plusieurs jugements, sans qu'il y ait entre eux aucune relation de dépendance : et il est bon de le pratiquer ainsi, quand ils peuvent sinon se fortifier , du moins s'expliquer les uns les autres, et jeter plus de lumière sur la question. Ainsi, en accordant même à nos adversaires que le concile soil infaillible sans le pape, si la qualité qu'il a déjuge véritable n'a rien de contraire à l'infaillibilité du pape, à plus forie raison celte infaillibilité serat-ellc à l'abri du côté de chacun des évéques qui composent ce même concile, qui, à la vérité, sont juges, mais non doués de ce privilège. Qu'est-ce qui les oblige, les force à souscrire les lettres du pape? Assurément rien d'extérieur. Donc ils sont libres, et la résistance des réfractai r es le prouve bien. Dira-t-on qu'ils y sont peut-être forcés par la crainte d'être regardés comme hérétiques, s'ils ne souscrivaient pas ? Mais celle crainte ne détruit pas absolument la liberté du jugement sur tous les points de doctrine, dont l'examen leur esl livré. Les novateurs voudraient-ils par hasard que leur liberté fût telle qu'ils pussent ne pas souscrire, et cependant être tenus ni plus ni moins pour

bons catholiques ? Ce n'est pas possible, ce n'est pas une liberté chimérique; ils ont le choix de se montrer catholiques ou hérétiques ; mais ils ne peuvent allier ces deux choses ensemble. Voilà donc l'examen, les souscriptions , le jugement des conciles : voilà à quoi se réduit l'argument irrésistible eue nos adversaires prétendent en tirer.

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