CHAPITRE XVIII
On examine si laconduite de In faculté' de théologie de Paris dans ïaffaire de Montesson est un monument de la tradition contraire à l'infaillibilité du pape.
1. Après avoirtouchésculementcn passant et rappelé d'un ton tranchant quelques faits du concile de Chalcédoine, qui examina la lettre de saint Léon à Flavien, du cinquième concile général de Constantinople contre Vigile, et du sixième contre Honorius, après avoir cité avec un air de triomphe les paroles de saint Augustin contre les donatisles, le Gros croit inutile de faire d'autres recherches sur les monuments historiques ou dogmatiques des sept siècles suivants, et saute tout à coup à l'affaire de Montesson dans le XIV* siècle; comme si elle suffisait pour montrer lafoi des sept siècles qui précèdent. Mais, s'il n'a rien trouvé de favorable à sa cause dans la première antiquité, il est encore bien moins heureux dans celle dernière époque, et je n'aurai pas de peine à prouver que le fait qu'il apporte lui est contraire, si on eu considère bien toutes les circonstances dans leur ensemble, et qu'on pèse mûrement toits les textes. Il est donc nécessaire d'en faire ici l'histoire; c'est ce que je vais enlrepren-
dre en peu de mots, sans mecarler de Natalis Alexander (Secul. 13, 14, Diss. 12) et de Pierre d'Àilly, qui y prit tant de part.
2. La faculté de théologie avait condamné, dans la doctrine propagée par Montesson, Ik articles; celui-ci promit Je se rétracter; mais comme il y persistait, il fut dénoncé à l'évéque de Paris, Pierre d'Orgemonl, qui ratifia la première condamnation. Montesson en ap pela au pape Clément VII, qui alors siégeait à Avignonfquoique tous ne 1;' reconnussent pas pour le véritable pape), alléguant, pour échapper aux jugements déjà rendus contre lui, que, solius aposloiicœ srdis est deelarare, damnare et reprobare ; et eorum quœ tanqunt fidem ad solum romanum pontifieem pertincl examinatio et decisio. L'université ne s'opposa pas et ne pouvait s'opposera celappel: elle députa Pierre d'Ailly, Gilles Deschamps et Jean de Neuville, pour soutenir sa cause auprès du pape, qui confirma la censure de la doctrine de Montesson, et le condamna luimêmeà la prison. Pierred'Ailly avait reconnu la fausseté de celui qui en avait appelé au pape ; transporté de zèle contre ces théories nouvelles, et outré de l'injure que lenovateur faisait à toute l'Eglise en lui refusant par cette proposition toute autorité de décider en matière de foi, et la réservant exclusivement au souverain pontife, qu'il espérait de gagner parcelle adulation, il qualifia cette proposition d'hérétique et de contradictoire : Hoc continet manifestant hœresim, et est dietwn sibi ipsi repugnans : hérétique, si par là on veut exclure l'Eglise universelle et prétendre qu'aucun autre évéque ne soit juge, même inférieur cl surbordonné, de lafoi catholique; car il résulte évidemment de l'Ecriture et de la tradition, ail episcopos catholicos pertinere. auctoritate judiciali inferiori et subordinata, eaquœsuni fidei judicialitcr definire (Concl. 1) ; contraïïicloire, parce que, si ad solum romanum pontifieem pertinei eorum quœ sunl fulei examinatio et decisio, hoc ad solam Sedem apostolicam non pertinet : distinction vaine et inadmissible, ainsi que nous l'avons montré. Après cet exposé il ne sera pas difficile de prouver, 1° que le jugement porté par Pierre d'Ailly sur la proposition de Montesson et dans ces circonstances particulières, n'attaque pas l'infaillibilité de Clément ; 2° que l'ensemble de cette; discussion ne permet pas de déterminer d'une manière précise le sentiment du député sur ce privilège ; 3" que, quand même il y aurait été opposé, il ne s'ensuivrait pas que l'université partageât son avis ; 4-° enfin, que cette faculté ne pourrait pas être regardée comme l'organe de la tradition universelle.
3. Saint Hilaire énonce par les paroles suivantes une règle nécessaire et évidente de l'herméneutique : Intrllii/enlia dictorum ex causis est assumenda dicendi; en effet, il n'est pas rare de voir, dans les Pères , une même proposition exprimer des pensées différentes, selon les vues diverses qu'ils avaient en l'avançant. C'est ici le cas de l'appliquer, pour bien sai ir la pensée de Pierre d'Ailly. Sa polémique était dirigée contre Montesson ; ses
DEMONSTRATION ÉVAMGÉMOUK. GRÉGOIRE X\l.