TRIOMPHE DU SAINT
vrai qu'il est souvent utile de s'enquérir de celle des hérétiques ; mais pour y attacher de l'importance, il faut deux conditions : 1° qu'elle soit d'accord avec celle des catholiques; 2" qu'elle n'ait point de connexion avec leurs erreurs. S'il s'agit d'une maxime, d'un côté sujette à contestation parmi eux , et de l'autre favorable à leurs erreurs , leur témoignage ne peut être invoqué pour la tradition. C'est là précisément notre cas. En effet, commen' nos adversaires prouvent-ils , comment peuvent-ils même prouver qu'en ce temps-là il n'y ait pas eu , sur l'article en question, partage de sentiments, même parmi les partisans du pape?. Et ensuite est-il douteux que les Eglises d'Asie ne tirassent un grand avantage de la maxime de la faillibililé du pape pour s'affermir dans leur erreur, puisqu'elles partaient de là pour croire l'Eglise elle-même faillible ? On peut donc conclure sans crainte que c'était d'après le même principe qu'elles refusaient l'infaillibilité et a l'Eglise et au pape , et par conséquent que si leur autorité ne préjuge rien contre l'une, elle ne doit pareillement rien préjuger contre l'autre. Il y a donc tout lieu de les séparer des autres. Mais qui pourra les compter? El sans ce calcul, qui pourra affirmer que celles qui étaient soumises à l'Eglise catholique suffisaient pour en déterminer la tradition sur l'autorité du pape en matière de foi, el que celle Eglise, si elle ne décidait pas , au moins enseignait par leur organe? Si ce point n'est pas bien fixé, tout ce qu'on peut en conclure, c'est que, même parmi les catholiques, il y en cul qui , pac un attachement excessif à leurs opinions, soutinrent, pour y persévérer impunément, que le pape était faillible. Or cela peut être, car l'histoire nous apprend que presque toutes les vérités ont eu dans la suite des temps leurs contradicteurs , el nos adversaires ne peuvent en profiler : car, s'ils ne se croient pas obligés de suivre le plus grand nombre, à plus forte raison ne peuventils exiger de nous que nous déférions auplus petit.
6. Tout ce que. nous avons dit du degré d'autorité que peuvent avoir les Asiatiques , dans la supposition même que le pape eût déjà décidé et qu'ils le crussent capable de rendre une décision erronée, est également applicable à tous les faits d'oppositions obstinées aux décrets du Vatican , consacrés plus lard par l'adhésion de l'Eglise dispersée ou assemblée en concile. 11 faudra donc, dans chacun des faits présentés, examiner la nature de l'objet, voir s'il appartient à la foi; l'origine des sentiments contraires à l'infaillibilité du pape, rechercher s'ils ont précède i u suivi le jugement; les dispositions des Opposants à l'égard de l'autorité de L'Eglise, leuis doctrines sur les cas où elle est suffisamment représentée, l'intérêt qui les fait agir, le but qu'ils se proposent, les circonstances où ils se trouvent, leur nombre, leur orthodoxie. et enfin le sentiment de l'Eglise elle-même. Nos adversaires, sur toutes ces choses, no donnent jamais de preuves , et c'esl sur de pure suppositions qu'ils nous rappellent les
SIÈGE ET DE L'ÉGLISE. S'Ji
nombreux monuments de la libcitr sacerdotale et de la fermeté chrétienne h résister au pape, texte habituel de leurs exagérations el île leurs contes, qu'ils ne se lassent jamais de reproduire jusqu'à satiété. Ces oppositions peuvent donc être assimilées à celles que les décisions de l'Eglise elle-même ont plus d'une fois éprouvées , et doivent s'expliquer, d'un côté, parlobstinationdes opposants, et de l'autre, par la tolérance du pape, qui voulait éviter un plus grand mal. En eff t, l'histoire ecclésiastique est pleine d'exemples de décisions de l'Eglise catholique, si solennelles, el d'une nature telle, que les novateurs ne peuvent en contester l'autorité, cl qui cependant ne furent pas reçues immédiatement et ne terminèrent | as les querelles à l'instant même; je pourrais en citer m\\ grand nombre, si Tatnburini ne m'en dispensait, en attribuant, quoique à tort, à cette cause, les ténèb;es , l'obscurité , les orages et les (roubles de l'Eglise. J'argumenterai donc uniquement ex concessis, el je me contenterai de leur rappeler le fait des deux conciles de Constance el de Bàle, donl l'histoire, tracée par l'auteur de la célèbre Déf nse du clergé de France el par Tamburini, renverse tous leurs raisonnements sur les opposi'ions auxquelles les décisions des papes ont été en bulle. Ces conciies, s'il en faut croire l'assertion fausse des adversaires , décidèrent solennellement, el avec l'assentiment de tout le monde catholique, que le concile œcuménique est supérieur au pape , et par conséquent que celui-ci est sujet à celui-là [Defens. Cl. GalL, p. 2, /. V, c. 12, 13 ; et I. VI, c. 10, p. 3; /. VII, c. 2. Theol. Piac. Riflcss. sopr, il serm. di Bossuel, p. 30). Toutefois celle décision, malgré cet assentiment prétendu , ne fui, après la dissolution du concile de Bâle, reçue qu'en France , où eile fut approuvée ensemble avec les autres décrets de cette assemblée, parla fameuse pragmatique de Charles VII, plu* lard abolie par le concordat de Léon X et de François 1 : ce qui fil désespérer les novateurs de ce qu'ils appelaient la réforme [Ibiil. , p. kk , koj. Déjà celle suite de circonstances montre a-sez bien que, suivant les règles de l'acceptation postérieure, ces conciles ne près niaient pas l'expression légitime de l'Eglise universelle; supposons-le cependant , pour surprendre nos adve.saires dans une contradiction encore plus manifeste. Yoiià donc, d'un côté, l'Eglise tout entière occupée d'établir son autorité avec les formes les plus solennelles; la voilà dans une vive sollicitude el tout absorbée par la pensée d'abattre partout le schisme et les schismaliqucs ; cl d'un autre côté, voilà ceux-ci. tiers plus que jamais de leur nombre , lui déclarant la guerre la plus opiniâtre, attaquant des décret* si authentiques, les poursuivanl partout où ils paraissent, jusqu'aux frontières «le la France, qui seule offrait alors unasile à la vérité persé-i culée, mai* où sa rivale pénètre bientôt et anéantit , avec la pragmatique royale, soi; unique appui. Fl cependant que lit l'Eglise ? Elle toléra, clic ferma les veux , jusqu'à ce
<]iio les ospril % vf réunissent. Pourquoi le pape, el arec lui l'Eglise elle-même ne pour-
r. ■;, ni-ils pas faire de même envers les conlr idiclcura des décrets du Siège apostolique? l)i>>o.is donc que l'un ei l'autre attendent que les disputes perdent peu à peu de leur chaleur, que les esp-ils « apaisent , et que, retroiivanl la vérité ou dans des réflexions plus calmes , ou à la lumière plus éclatante delà pensée universelle exprimée par les conciles généra ui , ils reconnaissent enliu dans l'équité des décrets pontificaux l'autorité Bupréme de celui qui les a rendus ; ils comptent qu'il en Bera de ces décrets romiiie nos adversaires l'assurent de ceux de l'Eglise, qui , « à cause des circonstances des temps ei des lieux, peuvent rencontrer de l'opposition dans le principe, mais se font jour dans la suite, gagnent successivement du terrain, surmontent lot ou tard les résistances , calment les disputes, et ramènent les fidèles à l'unité (1). »
7. On m'objectera peut-être que les contradictions, éprouvées p .r les célèbres maximes de Constance, ne s'élevèrent qu'après la dissolution des deux conciles ; mais qu ■ , pendant qu'ils formaient la représentation de l'Eglise , on continua à procéder contre ses ennemis par des censures et des dépositions, que tout le monde catholique regarda comme légitimes ; et que les papes, qui avaient en main les moyens d'en venger l'autorité attaquée , ou ne le faisaient pas et approuvaient même la conduite des opposants, ou s'ils l'essai aient , ne faisaient pas respecter et craindre leurs punitions. Celte objection ne suppose , dans celui qui la fait, aucune connaissance des dissensions et du tumulte, dont, au rapport des historiens déjà cités, furent immédiatement suivis, pendant le concile même de Constance et avant sa dissolution, ces fameux décrets à peine rendus par l'Eglise universelle et une l'assentiment de tout le monde catholique; et cela , en présence de celle même Eglise, qui tolérait dans une sainte paix, sinon la rébellion et le schisme, au moins la doctrine contraire à celle que le concile venait de consacrer par ces décrets. On en voit, entre autres , une preuve bien frappante dans l'acceptation de la démission volontaire de Grégoire Xll et de Clément VIII; ces deux papes protestaient ainsi par le fait contre la supériorité des conciles (2) qu'on venait de décréter, et le concile non-seulement ne les obligea pas à renoncer à celle doctrine en même temps qu'à la papauté, mais encore les co ubla d'éloges. El quel était le motif de celle conduite, sinon, ut catliolici speclarenl , non solum verajura, tilulorumque certam aucloritatem , srd etiam firmum et tulum cansensionis effectum, ut infirmi nitlil Initièrent (jttod juin mut ire possent [Defens. Cl. Gall., p. 2, /. 5, c. 24). Ainsi l'E-
(h Atml. 5 OS. Tel a été effectivement le sort des décisions du jfflpe , mais nou de celles du concile du Constance..
(J] Voyes le discours préliminaire ,§ 40... 60 ; il y est prouvé <|iir le conrile de Constance a cnuflrmé pluiôi qne eondamoé la doctrine de la su| rémaiie du pane
DÉMONSTR ITION I v. WU'.I.M I. '.t.: GOIRR Wl
' ' ' glise, niêni aSS( inblee, se montra moii,
fenlive à défendre la doctrine de sa su: rite au pape, qu'à détruire les dirigions >i h s schismes, négligeant, par une coi cendance toute maternelle, d'employer les moyens dont elle aurait pu, scion nos ailes, faire usage en vertu de son pouvoir lupré i e. El puis l'on voudra nous présenter le silence des papes et de I I universelle, comme équivalant à une n\ balion de la résistance f.iile aux jugeai nts du Vatican? Quelle contradiction avec le* principes déjà poses dans ces antécédents! Des deux (ùies il s'agit d'autorité; on re-M<a celle que les deux conciles sont censés ai Oir établie : de même on résisP- a celle que le pape exerce dans ses jugements dogmatiques; le concile de Constance encore assemblé tolère avec patience, pour les motifs déjà indiqués, la résistance opposée au dogme de sa suprématie, e! cependant celte résistance est qualifiée d'injuste, d'illégitime, de malique, d'hérétique [lbid., t. VI, c. 19 : el l'on appellera juste , légitime, canonique, dictée par l'esprit d'unité, la résistance faite aux décrets du Saint-Siège, par la raison que le pape et l'Eglise, pour des motifs semblables, supportent en paix l'insubordination de quelques esprits inquiets cl obstinés, ou usent de condescendance pour les préventions et la faiblesse de ceux que l'ignorance ou la séduction ont égares? Sur quoi est fondée la diversité de ces jugements? On ne craignait pas les foudres que les papes auraient pu lancer contre les délract urs de ces conciles; que s 'ensuit-il? Les censures du pape étaient méprisées, comme celles du concile de Constance relaient elles-mêmes, connue celles de plusieurs autres con<i,<s l'avaient été pareillement de la part de leurs contradicteurs; à leur exemple, les papes suspcndaienl quelquefois l'exécution des peine, u'ils avaient imposées , ou en adoucissaient la rigueur.
8. Mais pourquoi m'arréter à ces vaines chicanes? Pourquoi nos adversaires rappellent-ils l'opinion des opposants? BsIh e pour apprécier par là l'esprit des conciles el la qualité qu'ils avaient pour représenter l'Eglise? Non certainement. De quel droit renient-ils donc nous obliger à reconnaître les sentiments de l'Eglise sur le pouvoir ci l'infaillibilité du pape, dans les doclrin S de ceux qui l'attaquent, comme nous venons de le dire ; cl nous défendent-ils de la chercher, celle pensée de l'Eglise, parmi ceux qui s'y soumettent et en reçoivent les décrets solennels avec une entière docilité? Qu ils comprennent donc la contradii lion dans laquelle ils tombent ; ils se font un argument des oppositions, certes bien exagérées, que les décisions des papes Ont éprouvées; et puis ils le renversent, d'un cote en reconnaissant indistinctement dans toutes les parties du concile de C nslance l'Eglise universelle, el de l'autre, en nous présentant l.i série des contradictions auxquelles fut mi bulle l'article de sa prétendue suprématie. Ils bâtissent ainsi et détruisent sans y prendr»
TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGL.SE
garde; voilà où aboutit l'esprit de parti : malheur à ceux qui s'y livrent 1
9. Maintenant est-il vrai qu'il soit arrivé à l'Eglise de rejeter formellement quelque décret des pontifes romains? Jusqu'ici il est prouvé qu'il est impossible de ciler un seul exemple certain d'un relus formel de la part de l'Eglise dispersée , c'est à ceux qui nous font l'objection à nous en montrer dans l'Eglise assemblée en concile. Le VIe concile serait le seul qu'on pût nous représenter ici ; mais , après le défaut des formalités requises que nous avons signalées (Chup. 16) dans les écrits d'Honorius , et l'intention que nous avons remarquée dans les Pères de le condamner seulement comme indirectement hérétique, nos adversaires ne sauraient s'en faire une autorité. C'est ici une question de fait; par conséquent, jusqu'à ce qu'ils nous présentent, sur la foi de monuments incontestables , des décisions papales formellement annulées par des conciles, qui, d'après les règles de l'acceptation postérieure, aient été généralement regardés comme œcuméniques el légitimes , nous pourrons tou ours tourner contre eux leurs propres armes, el nous croire en droit de taxer d'imposture la prétendue opposition formelle de l'Eglise dont ils nous parlent. Qu'ils se mettent donc à l'œuvre, pour nous trouver un concile avec toutes les conditions voulues par eux; ces conditions, ils les supposent toujours, et n'en prouvent jamais l'accomplissement, oubliant, quand il s'agit d'opposer un concile à l'autorité du pape, les caractères de légitimité exigés par eux pour les eonciles qui sont contraires à leurs systèmes ; mais il faut enfin qu'ils cessent de tout supposer, et qu'ils songent à être conséquents avec eux-mêmes, en fixant des principes el les appliquant, malgré la diversité des cas, a\ec impartialité. Ils auront bien, à la véri é , quelque peine à cela, parce que l'usage leur manque, el qu'ils ne l'ont pas pratiqué jusqu'à présent; el en même temps ils assureront le triomphe de notre cause, en se convainquant par euxmêmes de leurs propres contradictions. Cependant ils se flattenl de remporter sur nous une victoire complète, en nous opposant la liberté avec laquelle saint Cypnen et les Eglises d'Afrique résistèrent au pape saint Etienne : nous verrons, dans les deux chapitres suivants, si leurs espérances sonl fondées.