CHAPITRE XX
Le fait de saint Cijpricn ne justifie pas les oppositions aux jugements dogmatiques du pontife romain, parce qu'il y a lieu de croire qu'il r gardait la question de la réitération du baptême comme de simple discipline.
1. Les défenseurs de l'infaillibilité du pape s'y prennent de plusieurs manières pour prouver aux appelants qu'ils ne peuvent se prévaloir de l'autorité du saint évêque de Cartilage. Les uns disent que le pape n'avait point donné de dérision dogmatique (Mar-
chetli, Eserc. Cijpr., p. 20k) ; les aufres, que le saint martyr, dans l'ardeur de la dispute, était, à la vérité, lombé dans l'erreur sur l'infaillibilité du pape, et avait combattu une décision solennelle, mais qu'il s'était plus tard rétracté, en se soumettant au jugement de Ro :;e; d'autres enfin entreprennent de prouver que, en Afrique, la question de la réitération du baptême n'était pas regardée comme intéressant la foi, mais comme appartenant simplement à la discipline. Tous ces moyens aboutissent à un même but, à prouver que les adversaires se fiallent d'un triomphe chimérique et imaginaire ; cependant il ne s'ensuit pas que ces diverses manières de procéder aient toutes indistinctement la vérité et la certitude pour point commun de départ. Laissant donc à chacun la liberté de s'en tenir à celle qui lui agréera le mieux, et de résoudre les difficultés comme il l'entendra, je m'attache à la troisième; j'observerai cependant que le savant Marchelti établit avec tant d'évidence, que saint Etienne n'avait rendu aucun décret dogmatique sur ce sujet, que tout homme de sens doit être frappé de la force invincible de ses raisonnements. C'est donc uniquement pour montrer aux adversaires que nous avons contre eux une véritable surabondance de preuves , que j'entreprends de discuter ce fait sous le troisième poinl de nie.
2. On résout bien l'objection fondamentale, en disant qu'il n'y avait point de décret solennel de la part du Saint-Siège; car, dans celle hypothèse, saint Cyprien n'aurait point eu de décision dogmatique à combattre , et l'on ne pourrait conclure de sa conduite, que ce saint et les autres évêques d'Afrique crussent le pane faillible dans ses jugements solennels : mais cette raison ne me parait pas le sauver du schisme, dans le cas où il aurait cru fermement qu'il s'agît d'un point de foi. En effet, la définition du schisme donnée par saint Thomas, qui L'appelle une séparation de l'unité, c'est-à-dire du principe et de la source de celle unité, qui est dans le pape, ne nous permet pas de douter que , dans celle hypo hèse, il ne se fûl rendu coupable de celle faute. On a beau se daller d'être dans la communion du pape el de toute l'Eglise, cela ne sert de rien si on en rejette la foi ; on viole également l'unité, en rejetant un article solennellement défini, el en s'arrogeanl le pouvoir de faire des décr Is en matière de foi, indépendamment de lEglisc. Si un métropolitain convoquait tous ses suffragants en synode, publiait un décret pour déclarer de loi qu'il y a une science moyenne en Dieu, qui ne serait ni la vision, ni la simple intelligence, cl que, par ce décret, il enjoignît a sc< sujets de le croire comme un article de foi , il est certain que ce métropolitain, ainsi que son synode, romprait l'unité, en altérant le symbole de l'Eglise catholique , qui ne place pas celle science moyenne au nombre de ses dogmes. Aussi qu'alléguaient la faculté de théologie de Paris, dans l'affaire de Mon tesson, el le clergé de France au sujet de la déclaration
O'JD DÉMONSTRATION EVANCÉLIQUE. C EGOIRB XVI. moC
des quatre fameux articles, pour et iter d'élrc res de fol, pai plus que je se nie le bit de la i i\cs de schismatiques? Ha disaient : Galli- condamnation prononcée contre plusieurs cani patres testant ur ae probant, mm ,,, -, bérésies, dans l'endroit même où elle* étaient animo fuisse, ut decretum de flde confièrent : nées : cependant, m Ion parcourt l'histoire snl ut eam opinionem , tanquam potiorem de ces synodes, on trouvera qu'ils jugeaient atque omnium optimam, adoplarenl Defent. ou a?ec le consentement antérieur de l'Kii. Hall. Dise. prœv. p. •"> , (i est ainsi pareil- glise, ou avec l.i disposil on de m- soum< lemenl que Tamburini prouve qu il n'y entièrement au jugement absolu quelle pouravaii lien de schismatiiiue dans les écoles rail porter plus lard, et qu'ils ne prétendaient d"s Ibomisles'. «les scotistes, 'les nomina- pas s'arroger le pouvoir de terminer définilistes, des molinisles; c'esl qu'elles ne ré- tivemeiil les questions de roi, pi iutquam ad (luisaient pas leurs doctrines en lois et m- apostoliea Sedis noliliam perrenirel /. les faisaient point entrer dans les actes pu- cent. I, ep. -ïv <iil episcopos Car th. ronc. ). blics «les sj nodes cl des Kirlises particulières, C'est un,, vente attestée par ions les Ihéolocomme l'ont l'ai les protestants {.[nul. ^ 183). giena et historiens catholiques, et. « e <j u i i -> Au contraire, saint Cyprien, dans le concile ici plus décisif encore, reconnue par nos add'Afriquc, avail publié un décret de loi a!)- versa ires eux-mêmes. Ecou solument et indépendamment de toute au- hit quœ ad lolius Ecclesiœ stalum respiciunt toril é, celle de Dieu seule exceptée, qui S0- (telles que sont 1rs causes de loi . iKiim j).,lus haberet polestatem... de sua et synodi test, prœter romanum ponlificem, légitimant actujudicandi; il déclare lui-même, en écri- ferre sentent iam DeEccln ■ - III, p. 322). vaut à Jubaien, qu'il a décrété et établi la Le même auteur, parlant de la condamnaréitération du baptême : Quid in concilia lion que les Pères du concile de Reims | cum complures decreverimus... et nunequo- noncèreut contre Gilbert de la Porrée, sans que cum in unum convenissemus, lampro- attendre le jugement du pape, et dont nos vinciœ Africœ, quam Numidiœ Episcopi nu- modernes indépendants font tant de bruit, utero septuaginta et unus , hoc unum denuo s'exprime i ainsi : Nihil taie 'c'est-à-dire de ne senten'tiunostrafirmavimus, stati i:\ti:s, etc.; pas se soumettre au pape) cogitarunl gallicani 11 établit qu'on ne doit plus dire rebaptiser, episcopi; sed in eare.quœ ipsis merilo i mais baptiser, en parlant du baptême con- tur nul/i dubilatiuni obnoxia, volueruni cerféré de nouveau ou à ceux qui l'avaient déjà tamproferresentenliam,conteslantesteonmimo reçu des hérétiques, ou aux hérétiques con- parutos esse nd mulundam ttntentiam, si aiiverlis : staluentes non rebuplixari, sed bapti- ter apostolicœ Sedi rideretur (Jbid., p. 321 zari. Cela ne faisait pas partie de la proies- lit nous n'avons pas besoin de remonter aux sion de foi (le l'Eglise ; il y aurait donc eu premiers àyes de l'Eglise, pour examiner un deux professions de foi. Le lecteur intelli- à un chaque concile ; car le pscudo-Bossuet genl peut juger par les caractères du schisme nous assure, in jide , in schismate lotuin I rappelés plus haut, quelles sont ici les con- clesiam pert irbanle, atque in rcfurmandci <jcséquences à tirer. Est-il possible, dans celte nerati disciplina (1),... jam inde ub origine, hypothèse, de justifier la loi cl l'esprit d'uni- ae sut ipsa tyrannide conxlituli, quanta per le du saint martyr? Pour moi, je ne me sens provincias polerant, concilia celebrabant': pas assez d'habileté pour cela. cum Sedc apostoliea. quœ omnium Ecclesia- .'{. On apportera peut-être , pour sa juslilî- rum communicaiione polleret . consilia partir cation , l'exemple de tant de conciles natio- cipabant, ejus opéra lolius orbi> sententiam naux et provinciaux, qui se sont successive- erquirebant [Defcns. Cl. G'all. Viss.prsrv., ment tenus depuis les premiers siècles de £ 7(> . Qu'on prouve donc que le concile de l'Eglise; ces conciles, nous dira-l-on, con- saint Cyprien ail montre une semblable déd , muaient les hérésies, el par là taisaient férence pour le successeur de sainl Pierre el des décrets sur la foi catholique, et ce; en- pour toute l'Eglise, el qu'on nous donne le dant les évéqu s qui les composaient n'a- moyen de concilier le Ion absolu qu'il prit vaienl pas plus le droit de s'arroger une telle avec la soumission requise pour n'être i autorité que le saint martyr Cyprien. Ainsi schismalique, s'il est vrai qu'il crul traiter les deux conciles d'Antioche condamnèrent tin point de foi. On ne peut dire qu'il ne con- Pau! de Samosale, ceux de Diospolis el d'A- nul pas l'autorité à laquelle il résistait; car frique, Pelage, celui de Conslanlinople, les sainl Augustin lui-même nous atteste, au hérésies d'Eulychès. Faut-il donc accuser
d'usurpation <:t de sebisme les évêques d'A- ()) „ :.ml M(|(. ,, ^ ai| Map{ié mJ (,,)0,i.1|rs r(
frique réunis en concile, pour voir pro- apÀlnts du synode do l'isloie , ou que l'juioriu
UOIlcé la nullité du baptême des hérétiques? préteudu grand Bnssucl ne leur paraisse en
Toute la diffén née qu'il v a. c'est que , dans ,l'-"1""! i"",ls; ' ui«q««. " 'V.'.smc h voix du hère »»
. /-i',- r muu , du poiilife romain , cl i éeriUianl que relie dos uou-
les premiers , on bxa la vente, au lieu que, veaux cuiits, des nm. louveaux
dans le dernî r, on marqua l'erreur. Du Esdras, des nouveaux i n lau ms el T/iéx/oset uu'Js oni
résides uns el les autres décidèrent, el tous ressuscité»: ils oui ruttcirjs iiidé|.endaiunieuidu Saint
, ... - , i, •, ....... .i-., ,,,,., . Siège, ciinèniennlgre sa volonté xpressi-, «le dciiinred ■
avec une autorité égale. Il n y a pas d autre |;,Y,llll,,1,,.l,11,;1i,lw,„wl. • s' ,,.„.„ ,s r,iui,,,^
différence? Il y en a une, et très-essentielle, a leur source pi tir ladis i .,
c'esl la subordination à l'Eglise, qui était meut il s'agissaitde II , aie, comme ou i eut
d'un côté, cl qui manquait de l'autre. Et,àce '«^ird,ï s.te léorn.equiisdé
.. ,. ' ' cl d anaihiinattu les hérésies, etc. Or, »u heu de <
sujet, il faut remarquer que je ne conteste lk bouleversaient Umi l'ordre di
pas aux évêques le droil de juger les maliè8- vériiés tes |ius sacrées de la W.
contraire, que la coutume universelle et l'autorité de presque tout l'univers n'aurait pu le faire changer d'avis, si les raisons les plus évidentes n'étaient venues à l'appui. Si saint Cyprien eût ignoré que le consentement général lui était contraire, son saint apologiste, au lieu de ne raisonner qu'humainement avec les donatisles , aurait été bien plus fort en leur montrant que le saint martyr n'avait pas résisté sciemment à l'autorité , qu'ils méprisaient avec tant d'opiniâtrelé. Cependant il se borne aux moyens humains ; pourquoi? Parce qu'il n'ignorait pas, quod in ipso concilio nonnullœ senlentiœ déclarant, omnino eos contra Ecclesiœ consuetudincm decrevisse, quod decernendum esse arbitrali sunt (l. 2, de Bapt., r. 9) ; ce qui veut ('ire, que ie concile n'ignorait pas qu'il se mettait en opposition avec la praiique de l'Eglise.
k. D'ailleurs l'usage de ne pas rebaptiser les hérétiques n'est-il pas une conséquence du principe qui établit la validité de leur baptême? Celte pratique n'est-elle pas elle-même la confirmation de ce dogme? Très-certainement (Guadagnini, Osserv. 2, p. 2, §6). Par conséquent si saint Cyprien n'ignorait pas que cet usage était universel hors de l'Afrique, et il ne pouvait l'ignorer, à moins qu'on ne veuille le supposer tout à fait étranger à l'histoire de son temps , il ne pouvait pas davantage ignorer que ce principe était généralement de foi, puisqu'il devait croire ces deux choses inséparables l'une de l'autre; mais la question n'était pas sans obscurité? Supposons-le; sous quel rapport? S'il y avait du doute, ce n'était certainement pas sur la réalité de celte coutume, ni par conséquent sur le fait de la croyance universelle; mais seulement sur les raisons qui lui servaient de fondement : le saint évéque d'Hippone le dit formellement. Quand même on accorderait aux novateurs que la doctrine de l'Eglise puisse être obscure sur certains articles spéculatifs, ils ne pourraient en conclure que cette obscurité puisse jamais tomber sur le principe même, qui nous introduit dans son sein et qui distingue les membres de Jésus- Christ, je veux dire sur le baptême. Les molinistes et les thomistes sont de l'Eglise ; mais ceux qui sont baptisés et ceux qui ne le sont pas en seront-ils également? Si on ne peut le prétendre sans absurdité, l'on ne peut non plus supposer que la foi de l'Eglise catholique ail jamais été obscure sur ce point, ni que celte Eglise puisse jamais cesser de la manifester dans la pratique.
5. Peu importe, disent les adversaires, de déterminer ce qu'il faut penser de la conduite cl de la pensée de saint Cyprien, s'il connaissait ou ne connaissait pas l'universalité de la coutume contraire; il ne s'agit que de savoir si réellement il croyait que cette question appartint à la foi, et l'on n'a besoin, pour cela, que des expressions qu'il emploie en écrivant à saint Etienne et en s'adressant aux Pères du concile; elles prouvent, comme le dit un savant écrivain, qu'il croyait, non valerc, irritum, nullwn, inanc, vacuum baptismu fore extra Eeclesiam collatum. Il n'importe
DÉMONST. ÉVANG. XVI.
TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'EGLISE
donc pas de savoir s'il ignorait ou non la pratique de l'Eglise ? Et moi, je dis qu'il y a autant d'intérêt à le savoir, qu'il y en a à le sauver de l'hérésie ou au moins au schisme. Mais les Pères le regardèrent-ils comme séparé de l'Eglise? Non : précisément parce qu'il ne croyait pas qu'il s'agît d'une question de foi. Et pour prouver que réellement il ne le croyait pas, je pourrais alléguer qu'il laissait à chacun la liberté de penser à sa manière (Epist. 73, p. 129, edit. Baluz.), qu'il déclarait, en ce point, chaque évéque indépendant des autres évêques, ce qui ne peut être dit de la foi {Cypr. in conc. Carth.p. 198); qu'il exigeait qu'on lui justifiât cette coutume par les raisons les plus fortes et la démonstration la plus évidente, au lieu de s'en tenir à l'autorité de l'Eglise, qui, selon saint Augustin, doit suffire à tout catholique: mais je crois pouvoir me contenter de la preuve frappante que j'en trouve dans sa lettre à Jubaien. Le saint martyr se propose la grande objection tirée de l'étal de ces nombreux hérétiques qui, par le passé, étaient rentrés de l'hérésie dans l'Eglise, et y avaient été admis sans baptême. Si leur baptême est nul, leur damnation est assurée : et cependant il n'en désespère pas, mais il se confie en la miséricorde de Dieu, qui potens est dure indulgenliam, el eos, qui ad Eeclesiam simpliciter admissi in Ecclesia dormierunt, ab Ecclesiœ suœ muneribus non separare. Firmilien écrit dans le même sens au saint évéque, et soutient que les hérétiques convertis sont, après la mort, dans la condition de nos catéchumènes morts avant le baptême, qu'on n'exclut pas de la vie éternelle. Raisonnons un peu là-dessus. Puisque ces hérétiques n'ont pas le baptême de sang, il faut qu'ils aient le baptême d'eau ou celui du désir: car il est écrit sans exception : Nisi quis renatus fuerit, etc. Veut-on que le baptême d'eau soit nul? Il ne leur restera, pour arriver au salut, que le baptême de désir. Voyons donc si ce peut être là la pensée de saint Cyprien, et oublions pour un moment que l'Eglise ne peut laisser ses enfants dans l'incertitude par rapport aux articles de la foi. L'ignorance de ces hérétiques, sur la nullité de leur baptême, était ou vincible ou invincible. S'ils étaient dans une ignorance vincible, ce fut donc leur faute s'ils ne se firent pas rebaptiser; et par conséquent Dieu ne pouvait, sans se contredire lui-même, les rendre participants des bienfaits de l'Eglise. Si leur ignorance était invincible, ils ne pouvaient avoir le moindre soupçon de ce qui leur manquait, ni par conséquent aucun désir d'être baptisés de nouveau. Dir;i t-onquece désir était implicitement renfermé dans la profession sincère de tous les autres dogmes de l'Eglise catholiquc,'ct dans la disposition intérieure où ils étaient de se conformer fidèlemcntàsacroyance?Mais à quelle croyance? Sans doute, à celle qui formait le caractère actuel et distinctif de la véritable Eglise visà-vis des sectes hérétiques ; or cette croyance n'enseignait certainement pas l'invalidité de leur premier baptême, puisqu'il n'y avait enrien de décidé. Dira-t-on que ces héré-
(Trente-deux.)
DÉMONSTRATION l \\ v. »IRE \M.
tiques convertis, pur la disposition même où i,s étaient rie M soumettre i toutes !<•> décibI mi ii.cmo a renir de l'Eglise, professaient implicitement la \ raie foi ? cela ne détroit pas l'objection, parce que je pourrai toojoars demander : de quelle Eglise? Etait-ce de celle qui, par la pratique, déclarait leur baptême valide? Saint Cyprien ne pouvait l'entendre ainsi, sans supposer <|nc 1 Eglise puisse lutroduire des innovations dans sa première profession de loi. Etait-ce de celle qui croj ait d'une nécessité absolue la réitération du baptême? Comment l'auraient-ils fait, si au contraire ils devaient protester contre elle par le fait? Comment pouvaient-ils croire que l'Eglise consentit à les recevoir d'une manière qui (levait à jamais les priver de participer légitimement aux saints mystères? Par là ils l'auraient crue dans l'erreur. Etait-ce enlin de celle qui résultait de toutes les Eglises, sans en excepter celles d'Afrique, qui étaient en communion avec les autres? Mais la communion extérieure ne suffit pas quand la foi qu'elles professent, soit dans la spéculation, soit par une pratique intimement liée avec le dogme, est en opposition : autrement, celui qui se serait présenté à l'Eglise postérieurement aux erreurs de Luther, mais antérieurement à l'acte de juridiction par lequel elle retrancha le Nord de son sein, aurait dû être disposé à recevoir généralement et uniquement les décisions à émaner de l'unité de toutes ces Eglises, y compris celles du Nord : or cette unité ne s'est certainement pas rencontrée dans le concile de Trente, ni même peut-être dans aucun autre des conciles œcuméniques. On ne peut donc, d'aucune manière, supposer dans ces hérétiques la disposition de se soumettre à l'Eglise pour l'article de leur baptême. Donc il n'y a pas de raison de supposer en eux le baptême de désir ; donc si saint Cyprien avait cru que la nécessité de réitérer le baptême fût un dogme de foi, il n'aurait pu espérer le salut des hérétiques non rebaptisés.
6. On objectera qu'un chrétien qui se croit baptisé, quoiqu'il ne l'ait pas été, ou par défaut d'intention dans le ministre, ou pour tout autre défaut essentiel dans la matière ou dans la forme, n'en est pas moins dans l'Kglise. La réponse est facile. Il est dans l'Eglise, parce que, pour lui, le vœu du baptême est renfermé dans la profession qu'il fait de tous les dogmes, au nombre desquels est la nécessité du baptême, et dans sa soumission à la véritable Eglise catholique, qu'il connaît d'une manière déterminée et à laquelle il obéit. On ne peut dire la même chose, dans l'hypolhèse de la nécessité de réitérer le baptême del'hérétique converti et non rebaptisé, puisque au contraire il professe l'inutilité d'un second baptême. Il croit être bien baptise .' A quoi lui sert celle confiance? Quelle raison a-l-il de le croire? L'autorité d'une Eglise qui, dans l'hypothèse dont nous parlons, est dans l'erreur. Il y aurait plus de parité s'il s'agissait d'une idolâtre qui, ayant abandonné l'idolâtrie, professerai! la doctrine catholique en tout point, hors celui du bap-
tême. L'erreur de l'hérétique, me dira-t-> n, n'esl pas imputable à sa malice m a - i
versite. .Mais est-elle imputable a s,, malice
et .i sa perversité, l'erreur d'un idiot, ré parmi les hérétiques, qui en prof.
croyance, la prenant pour la loi de i i catholique, que, par une erreur défait, il croit
élre celle ou il est né? D.m- ce l
court aux jugements impénétrables de D
Pourquoi n'j p as recourir égal ment [jour les hérétiques convertis ci non rebaptisés ?
Y a-t-il plus déraison, dans le premier CES que dans le second, d'adorer les Secr< l- de la justice divine? Cependant saint Cyprien • «lut pas de la participation des biens <|r i \ glise l'hérétique converti et non rebapl dit qu'il trouvera indulgence auprès de Dieu. Or nous avons prouvé qu'il ne pouvait \ | retendre ni par le baptême de sang, ni par celui de désir, ni par la profession seule des autres dogmes. Il faut donc conclure qu péranco du saint martyr reposait sur un quelconque du premier baptême et de cette profession, effet qui pourrait lui obtenir la miséricorde de Dieu et le salut. Il ne parait pas possible d'expliquer autrement la pi du saint é\èquo. 11 est donc évident qu'il regardait le premier baptême comme suffisant pour le salut, et qu'il ne croyait pas le set ond de nécessité de moyen. On conçoit d'ailleurs qu'une pratique extérieure, qui n'est pas estimée nécessaire au salut, puisse être quelquefois considérée comme n'appartenant qu'à la discipline, quoiqu'elle ait rapport a la foi. La première supposition sera peut-être fausse; mais une fois admise, la seconde n'eu est que la conséquence. Ce saint Père aura donc pensé que la réiiération du baptême offrait plus de sécurité et de perfection: celui des hérétiques lui aura paru illicite; c'est ainsi qu'il le qualifie dans sa lettre à Jubaien : Xecratum possumus , nec leijitimum putarc (aoplimucm), quando hoc apud eos (hœreticos) cousit illieitum; et ailleurs il nous donne tout lieu d'interpréter ainsi son sentiment: car. d ins sa lettre à Pompée, il ne fait aucune différence entre le baptême des schismatiqn celui des hérétiques, et il dit que ni l'hi ni le schisme ne peuvent donner In sanctification d'un baptême salutaire, quoique, s Ion saint Basile, écrivant à àmphiloque, trisum fuerit antiquis, schismaticorum baptisma admitterc : ces expressions, inane. rucuum, irrilum, etc., n'auront donc ele appliquées p :r lui, dans leur signification littérale, à aucun de ces deuflia pleines.
7. Mais il ne pouvait, me dira-t-on. oublier et laisser de coté le principe dogmatique. Autre chose est, qu'il ne pût le faire légitimement, autre chose, qu'il ne l'ail pas fait réellement : non-seulement il le fit. mais le concile de Nicee en lit autant, et la même chose pratiquée librement dans la suite en est une preuve. Qu'où consulte saint Basile. A propos de la réitération du baptême, il écrit à Amphiloque /.'/». I8S ad Amphil.,edit. Paris. ]: Iniuscujusi/ue 1 1 gionitmorem $equi oportere ; et que, quoique la réitération du (mptt'tnt soit défi nduc en quelques indroits, comme (Ut
TRIOMPHE DU SAINT SIÈGE ET DE L'ÉGLISE
l'est à Rome, ceconomiœ alicujus gratia, cependant on doit respecter les coutumes diverses des lieux (Ep. 199 ad eumdem), telles que l'usage où étaient les évoques d'Asie de ne pas rebaptiser les cathares, les encralites, les hydroparastes, et celui qui existait en Cappadoee de baptiser de nouveau les pépusains ( Ep. 188). Dans toutes ces décisions, ne faisait-on pas, pour la pratique, abstraction du principe dogmatique ? Et cette abstraction ne supposait-elle pas, qu'on n'y voyait qu'un poiot de discipline? On dira peut-être que saint Basile distingue les hérétiques, les sehisniatiques, les parasynagogues (1), qu'il reconnaît comme valide le baptême des seconds et des troisièmes, et môme celui des premiers, guando nihil a fiderecedit, c'est-à-dire quand il est conféré dans la forme prescrite par Jésus-Christ, et que par conséquent il ne rejette que le baptême où cette forme a été altérée : par où il paraît professer le dogme catholique de ne pas rebaptiser ceux des hérétiques qui conservent cette forme fidèlement. Voici la réponse des savants religieux de Sainl-Maur : Non quœrit (Basilius) utrutn observata neene fuerit prœscriptaaChristo forma; sed eam rem ut minime controversam prœlermittens, baptismi rejiciendi aut probandi requlam repetit ex sana aut hœrctica doctrina. Hinc illa hœresum, schismatum, et parasynagogarum,dislinctio,ex quaprofecto diguosci non possil, utrum observati neene fuerint legitimi ritus. Hinc etiam Basilius hœreticorum baptisma, ctsi a fide recedit, inlcrdum tamen ratum esse patitur, siitaposluletpubiica ulilitas. At profecto nunquam tanta usus esset indulgentia, si baptisma a fide recéder e aut non recéder e existimasset, prout prœscripta a Christo forma violatin\ aut servatur. Deinde sancit, can. kl, baptizandos encratitas, quamvis dicant : In Patrem et Filium, et Spiritum Sanctum baptizati sumus. Rcjiciebat ergo illud baptisma, non ob violatos baplizandi ritus, etc. ( A la note E, sur la lettre 188, p. 268). Maintenant qu'on admette que le concile, en approuvant la pratique de ne pas rebaptiser, ait en même temps déclaré qu'elle est inséparablement liée au principe dogmatique, et par conséquent condamné comme hérétiques les rebaptisants ; il faudra alors ou accuser saint Basile d'bérésie, ou, d'après cet exemple, reconnaître que c'est à pure perle que nos adversaires cherchent à établir à force de raisonnements , une connexion essentielle entre le principe et la pratique, pour conclure ensuite que celte connexion a dû être nécessairement, a été réellement connue de tous ceux qui suivaient l'une ou l'autre pratique. Pourquoi donc ne pourrait-on pas supposer que saint Cyprien ne la remarqua pas? Befuse-t-il aux hérétiques le pouvoir de baptiser en termes plus clairs que saint Basile, qui indique précisé-
(I) C'est le nom de ceux qui , ayant été , pour quelque délit, suspendus de leur ministère dans l'Eglise ne liennenl aucun eom| le de celle peina canonique se bnl .1rs partisans et conlinuenl leurs fon lions, abaudonnaui ainsi 1 li^lise catholique par le lait de leur résistance a ses injouctions canoniques.
ment ses principaux arguments, sans en combattre aucun, et qui, en disant que néanmoins on doit suivre les coutumes des diverses Eglises, les présente comme bonnes ? C'est la même doctrine, que l'un a enseignée, et l'autre, adoptée.
8. Il faut donc conclure que le saint martyr aussi regardait la réilération du baplême comme appartenant simplement à la discipline; que, quand il soutenait que celle pratique était conforme à l'institution divine et à l'Ecriture sainte, il voulait parler, comme l'observe Natalis Alexander [Hist. eccles. Sec, S, diss. 12, art. h), non d'une conformité formelle, mais d'une conformité d'induction; et que pareillement, quand il prétendait qu'on effaçait en soi le baptême des catholiques en recevant celui des hérétiques, il parlait par induction; il croyait que, le recevoir, c'élai reconnaître ce baptême comme légitime et licite, et, malgré une croyance hérétique, comme utile au salut. C'est ce qui donne lieu à sainl Augustin de dire à propos du passage cité de la lettre à Jubaien, où saint Cyprien appelle le baptême des hérétiques illicite : IS'ec nos abnuimus, cum quis apud hœreticos, vel in aliquo schismale extra veram Ecclesiam baptizalur , non ei prodesse in quantum hœreticorum et schismaticorum pertersUali consentit ( de Bapt. I. 3, c. 10 ). A tout ce qui a été dit jusqu'ici, ajoutez que les raisons apportées par les Africains contre le baptême des hérétiques, comme, par exemple , que le Saint-Esprit n'est point en eux peuvent également être appliquées au baptême conféré par les pécheurs ; et c'est ce que fait saint Augustin, pour combattre les donatistes avec leurs propres armes ; en effet si elles prouvent la nullité du baptême des premiers, elles prouvent aussi la nullité de celui des seconds; et par conséquent nous devons croire ou que saint Cyprien ne regardait pas plus l'un que l'autre comme vé^ ntablement et absolument nul, ou qu'il était bien ignorant, s'il n'avait pas prévu celle conséquence nécessaire et la contradiction manifeste où il tomberait en approuvant l'un et rejetant l'autre. Or, dans ces deux cas, nos adversaires ne trouveront rien de décisif contre l'infaillibilité du pape : le premier n'offre aucun appui à leurs principes ; le second détruit tout le poids de l'autorité de saint Cyprien ; nous allons, dans le chapitre suivant, montrer en peu de mots quel cas il faudrait faire de cette autorité, dans l'hypothèse même qu'il eût regardé la réitération du baptême comme appartenant à la foi.