CHAPITRE XXI
5/ saint Cyprien croyait que la nécessité de réitérer le baptême appartint à la foi, et que la question fût décidée par le pape, 'nos adversaires sont forcés, d'après leurs propres principes , de renoncer à son autorité, et pour le fait, et pour la doctrine.
i . Nousavons, d'un côte, quelques évêques d Afrisjue , innovant dans la foi sous la conduite de saint Cyprien ; et de l'autre, les évé-
DÉMONSTRATION É\ INGfil IQI !.. GRÉGOIRE XVI,
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(/nés de prêtant tout l'univers, professant le dogme catholique en union avec laini Elienne. Ceux-là refusaient de se soumettre au pape , celui-ci n'en continuai! pas moins, avec un zèle sans égal, à leur opposer la plus ferme résistance, pour les tirer de l'erreur, cl montrait ainsi qu'il bu r passait ions les autres autant par la vivacité de la foi <|ue par li puissance de l'autorité ( Vint. Lirin. Comm. l, c. 5, advert. tuer et. ). Il y avait dans les premiers tant d'emportement, que saint Augustin répugne à retractare quœ Cyprianut in Stephanum iratut effudil { Lib. 5, cont. (loniit.. c. -2j ) , et que l'un des ennemis les plus déclarés du Vatican n'ose pas lui-même approuver let expressions trop dures et piquantet de Firmilien [Cota è un appellunte? Art. 3, p. 161. j, dont la Litre fut traduite en latin par saint Cyprien , et ensuite adressée à toutes les Kgliscs (Euseb. I. 7, c. 30, edit. Voles. ). Et cependant un Launoy ne craint pas de préférer l'autorité de Cyprien à celle d'Etienne [Epis t. \-lad Jacob. Bevilaq.); un Racine ne rougit pas de nous présenter le premier comme un modèle de la plus grande modération ( Troisième siècle, art. h, n. 7), et le second, comme coupable de V irrégularité la plus manifeste (Jbid., n. 19); enfin tous les novateurs généralement se vantent d'avoir, dans la doctrine et dans la conduite du premier , un monument tout à fait incontestable de la tradition universelle contre l'infaillibilité des pontifes romains , quoique un de leurs coryphées convienne que les écarts où sont tombés certains Pères ôtent quelque chose à leur autorité (De font. Theol. diss. 3 de auct. Patr. reg. 18). Je veux donc leur prouver qu'ils n'ont pas lieu de chanter victoire, et leur arracher à euxmêmes la sentence définitive de leur condamnation.
2. Et d'abord quel cas peuvent faire les catholiques de la doctrine de saint Cyprien ? Pour l'apprécier, je ne rappellerai pas ici son erreur sur le baptême, et je n'en conclurai pas, avec l'auteur de la France vengée, que, si saint Cyprien et ses partisans ont erré sur le baptême, ils ont pu aussi errer sur le pape ( Dissert, k, § 1 , 3). C'était effectivement possible, mais cela ne prouve pas qu'ils aient réellement erré; ce qui le prouve, dans l'hypothèse qu'ils crussent traiter un point de foi , c'est le ton dont ils parlent et qu'il est difficile de concilier avec les sentiments commandés, de l'aveu même des adversaires, envers le successeur de saint Pierre. Tamburinî pourrait-il trouver en eux cette favorable prévention pour les jugements du Saint- Siège , privilège exclusif de son indéfectibilité? Montrent-ils une semblable disposition, lorsqu'ils disent: Non ca in omnibus obserrantur, quœ ab origine tradita sunt ( Ep. Firmil. p. 334)? Où ec'. cette docilité envers le pape, qui les porte à s'unir à lui pour défendre la vérité (Vera Idea, p 2, c. », $ l.j? En font-ils preuve, lorsqu'ils déclarent n'avoir que Dieu pour juge de la manière dont ils administrent leur Eglise el de la foi qu'ils professent? [S. Cypr. ad concil. ) Où est la
reconnaissance de la primauté de juridiction, légitimement exercée pair saint Etienne i outre leurs entreprises ? ( Opstraet , de mutin. pont, qtuett. 1,§2) Est-ce lorsqu'ils l'accusenl de l'enorgueillir de son èpiscopat, lorsqu'ils lui reprochent sa prétention d être le successeur de saint Pierre el d'en occuper la chaire . quoiqu'il n'en ait pas , comme il s'en vante, l'autorité? [Ep. Fin*., p. 8*4, 351, 352. i Où est (('jugement provisoire et subordonné , le seul que Pierre d'Aillv .ocorde aux évéques au nom de l'université de Paris? Jugent-Us ainsi, lorsqu'ils il' rcnl et protestent qu'ils ont décrété t\ irrévocablement établi [Cypr. Ep. adJub. ) la réitération du baptême, lorsqu'ils s emportent avec tant d'indécence contre le pontife romain, et que, peu contents de ne pas lui laisser exclusivement la part principale dans ce jugement, ils lui refusent même tout droit
de décider? où est cet attachement à ta
chaire apostolique , à qui les conciles doivent communiquer leurs délibération! . demander la pensée de tout l'univers ( Def. Cl. Gall. Diss. prœv. § 76 ) , et devant qui , dans l'intérêt de l'unité, doit être représente le jugement des évéques ? {Le Gros , de Eccle>. secl. 3, c. 3, p. 319) Le montrèrent-ils, lorsqu'ils célébrèrent ce trop fameux < m* cile, sans s'être entendus avec le pape. <t en publièrent les décrets sans lui en donner connaissance ni lui en adresser le- ai t s? (Yita S. Cypr. in edit. oper. n. 30. Enfin où est ce respect et cette vénération pour le chef de la hiérarchie, dont le- novateur- se vantent tant? Est-ce lorsqu'ils le traitent d'imprévoyant, d'orgueilleux . d'audacieux , d'insolent, de faux christ.de faux apôtre? (Epist. Cypr. ad Pom. Epist. Firm. ■ Sonice là les sentiments de soumission dus à ce père commun de la chrétienté . dont on ne peut mépriser les décrets absolus, sans avoir cessé d'être chrétien? [Guadagnini , Osser i . 2, p.i,§2,p.ltt.)
3. Parlez donc, messieurs; essayez, si vous en avez le courage, de justifier sans réplique la doctrine de ces Pères de toute erreur sur l'infaillibilité du pape , à partir du moment où le rescrit d'Etienne leur fournit le prétexte d'une guerre si longue tt -i acharnée. Voici à quoi leur justification réduirait les privilèges du Siège apostolique : 1° 11 serait le dépositaire de la tradition de toutes les Eglises catholiques ; mais il pourrail professer publiquement el décréter solennellement une tradition contraire; 9 jugement jouirait d'une prétomption favorable, mais dans le cas seulement ou il n'aurait rien de contraire à la prétendue évidence de nos doctrines particulières : .'! il pourrait ordonner aux êvéques de s'unir à lui pour combattre l'erreur: mais ceux-ci pourraient impunément l'accuser d'erreur lui-même:
»° le pape pourrait faire usage de toute s m autorité pour décider et pour menacer; m i.s chaque eveque pourrait également se servir de la sienne pour lui résister et se moquer de ses jug ment- el de ses menaces , comme d'une injustice manifeste et d'une insuppor-
TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE
table usurpation; 5° le jugement des évêques lui serait subordonné, mais autant qu'il ne le désapprouverait pas; car, en ce cas , le jugement définitif appartiendrait à l'évéque ; 6° il aurait la part principale dans les jugements dogmatiques , il devrait être consulté par les conciles et connaître de leurs décisions, et cependant les conciles, soit œcuméniques, soit provinciaux , seraient libres de l'exclure , de ne pas le consulter , et de mettre leurs décrets à exécution, sans même lui en faire part ; 7° on lui devrait toute sorte d'hommages ; mais ce ne serait pas une raison d'accuser de lui manquer de respect celui qui, emporté par son zèle contre l'erreur supposée dans ses décrets, le diffamerait publiquement comme un prévaricateuret un antechrist. Telles seraient ces prérogatives sublimes et inaliénables de la primauté, contre lesquelles le temps ne peut rien , et contre lesquelles il ne peut être prescrit (Vera Idea, part. 2 , c. 1, § 1 ) , si la doctrine de ces Pères ne présentait rien de censurable ni de contraire aux justes notions de [cette même primauté. Mais il n'est personne qui ne voie, dans le court exposé que nous venons d'en faire, une suite continuelle de contradictions ; et par conséquent il faut ou dépouiller la chaire de saint Pierre de toutes ses prérogatives originelles, ou reconnaître que les évêques d'Afrique ont, dans leur conduite et dans leur langage, entièrement foulé aux pieds la primauté des papes.
4. Dira-t-on que ces évêques communiquaient avec Rome in decisis, et qu'ils là reconnaissaient , sous ce rapport , gardienne de la tradition ? Mais la tradition universelle n'était-elle pas suffisamment attestée par une pratique toujours suivie dans cette Eglise de Rome , fidèlement observée de toutes les autres, et qui n'éprouva de l'opposition de la part de quelques Eglises particulières, qu'après plus de deux siècles d'une possession pacifique , par une pratique inséparable du dogme , qui équivaut même à une profession expresse de ce dogme? N'y doit-on pas voir une pratique , dans laquelle il faut nécessairement s'accorder, si l'on ne veut s'éloigner du centre de l'unité? C'est le cas d'employer l'argument négatif, supposé même qu'on ne pût obtenir la tradition des autres Eglises par un calcul détaillé ; je veux dire, par la pratique seule de l'Eglise romaine, on pouvait connaître celle de l'Eglise catholique qui ne s'y était jamais opposée ouvertement. Car si le principe spéculatif eût été hérétique , il aurait été du devoir non-seulement d'une Eglise particulière, mais encore de l'Eglise universelle, de réclamer; autrement, et par l'admission des hérétiques aux fonctions ecclésiastiques , elle aurait coopéré indirectement par son silence à sa destruction totale, puisqu'il ne peut y avoir d'Eglise sans ministres, ni de ministres sans baptême. Il fallait donc non-seulement qu'il y eût des opposants dans l'Eglise , mais encore que l'Eglise elle-même en manifestât par le fait une formelle improbation : son existence tenait à cela. Donc on ne peut , dans le cas
présent , distinguer l'enseignement de la pratique , comme nous l'avons dit ailleurs.
5. D'ailleurs la chaire pontificale n'est-elle pas indéfectible dans la foi? Par conséquent n'est-il pas impossible que l'erreur y jette jamais des racines assez profondes , pour qu'elle s'y opiniâtre ( Tamburini. Vera Idea, p. 2, c. k, § 15) ? Saint Cyprien n'aura donc pas contesté ce privilège au Saint-Siège. Cependant ne le supposait-il pas dans l'erreur? Donc il croyait, ou que cette pratique n'avait jamais été celle de l'Eglise universelle , ou que la prescription de deux siècles et demi n'autorisait pas à déclarer une Eglise obstinée dans l'erreur, ni par conséquent sa foi altérée sur ce point : car supposons même qu'il n'y eût eu qu'une seule décision doctrinale ou pratique; l'Eglise qui la première aurait émis une profession contraire, et qui l'aurait sanctionnée par les formalités et les lois les plus solennelles, aurait certainement , même d'après nos adversaires eux-mêmes , encouru le reproche d'hérésie. Or il n'est pas possible qu'en commençant à admettre les hérétiques convertis, l'Eglise ne fît pas connaître ce qu'elle pensait de leur baptême ; elle ne pouvait se cacher et disparaître; le reproche d'avoir innové sur cet article impliquait donc l'hérésie , ou au moins , s'il n'y avait pas obstination , une erreur coupable. Si donc saint Cyprien avait cru le Siège indéfectible dans la foi, il aurait dû croire aussi que celte indéfectibilité pour vait se concilier avec la profession obstinée de l'hérésie pendant deux siècles et demi , et cependant c'est à ce privilège que nos adversaires attribuent Valtention que les papes ont eue de réparer les torts de leurs prédécesseurs et l'empressement de l'Eglise de Rome à rentrer dans le droit chemin de la vérité, lorsqu'il lui était arrivé , selon eux , de s'en écarter dans ses décisions (Tamb. I. cit.) ; avançons.
6. Je veux que les novateurs eux-mêmes en soient juges. La décision du Siège apostolique jouit-elle d'une présomption favorable? Sans doute le langage des Pères , les recours pratiqués de toutes les parties du monde catholique en sont la preuve la plus manifeste. Donc celui qui ne lui accorde pas une confiance de ce genre, n'a pas non plus une idée juste des privilèges sur lesquels elle est fondée. Mais, un moment, me répond-on : on a celte présomption tant que L'erreur n'est pas manifeste : dans le doute seiU je dois opiner en faveur du jugement rendu {Jbid., § 18). Je le veux. D'après quelles règles determi— nera-t-on que l'erreur est assez manifeste pour justifier les réclamations ? Sera-ce par les mêmes règles qui servent à distinguer la doctrine de l'Eglise? Certainement; puisque c'est cette doctrine qu'on cherche, et qu'on ne doit réclamer que par attachement pour elle. Or écoutons Tamburini : L'Eglise, dit-il*, parle par la tradition des Pères, par les canons des conciles , par les décrets des souverains pontifes généralement adoptés. ... Ce sont les sources où les Eglises particulières doivent puiser les règles pour distinguer, dans les décrets de Rome, la voix de l'Eglise de celle qui
DEMONSTRATION EVAMGELIQI I GRÉGOIRE XVI