CHAPITRE XXVI
Solution de quelques objections contre l'infaillibilité du pape, tirées de la raison.
i. Nous avons vu nos modernes novateurs chercher d'abord contre cette infaillibilité du pape, qui les tourmente tant, des armes dans 1'aulorilé de l'Ecriture et des Pères; mais, ainsi que nous l'avons montré, tout leur est contraire et semble fait pour renverser leurs tristes systèmes ; après ces inutiles efforts , ils recourent enfin à la raison, et se flattent, avec ces nouveaux moyens, de décider la victoire en leur faveur. Ils disent donc , en premier lieu , que, si l'on admet l'infaillibilité du pape , il faut nier celle de l'Eglise , ou ne lui laisser tout au plus qu'une infaillibilité passive. Eeclesia , dit le (îros , non haberet ad summum nisi infallibilitatem passivam , siquidem pronuntiando , auctoritas tota esset pênes summum pontificem , sine cujus approbatione volunt ( les infaillibilistes ) passe errare concilia etiam qeneralia: imo ne passivam quidem haberet ; eatenus enim haberet, quate— nus judicem infallibilem infallibililer audirct ; quod dici non potest, siquidem plura romanorum pontificum judicia aut muu/uam, aut non statim secuta est imiversalis licclesia ( De Eccles. sect. III, r. 3, /;. 350).
2. Voilà, en \érité. un argument bien fort. Discutons-le un peu en détail. Il renferme trois assertions : I que le pape étant reconnu infaillible, il ne reste plus pour l'Eglise qu'une infaillibilité passive ; 2' qu'une
telle infaillibilité ne convienl pas 1 I 1 .
3 que plus d une lois , r. jeté Ici ju-
gements du pape, 00 en ,i du moins ajourné
i ai • eptation. Ne nous attachons qu'ans deux premières, puisque nous avons déjà i ti ' ini/j. 19) suffisamment réfute là Iroi-
sieme. Je demanderai don: d'abord a notre
théologien ce qu'il entend par cette infaillibilité passive; veut-il dire que, l'infaillibilité du pape étant une fois admise, 1*1 gliee n'aura plu- qu';i donner aveuglément son adhésion à ses décisions, sans en approfondir et en apprécier la doctrine ? Il s'égare des le début. Personne parmi nous ne compare l'Eglise a un aveugle , marchant sans crainte tant qu'il tient le bras de son guide , mais ne sachant jamais où il se trouve , ni quelle terre foulent ses pieds; nos théories ne mènent pas A une pareille conséquence. En effet, Jèsus- Chril promit bien à son Eglise de ne pas permettre qu'elle tombât jamais dans 1 erreur , de l'éclairer toujours de ses célestes lumières, de lui prêter L'appui de sa bienfaisante influence, en un mot, de la faire toujours triompher de ses ennemis; mais, par ces simples promesses d'une forme absolue et générale, il ne détermina pas la manière dont la véritable doctrine lui serait montrée, si ce serait par une révélation ou une inspiration constante , ou bien par l'organe et par le ministère de saint Pierre et de ses successeurs : il suffit donc, pour qu'elles aient leur accomplissement, que l'enfer ne prévale pas contre elle. Le divin Sauveur ne détermina le canal par lequel les doctrines révélées devaient lui arriver, qu'au moment où il lui fit connaître l'autorité et les prérogatives qu'il avait conférées au prince des apôtres , en l'établissant son fondement et son chef, et en mettant à celte condition l'existence de son corps mystique. I donc absurde que , selon le plan de subordination établi d'avance par son fondateur, l'Eglise écoute la voix du chef suprême de sa hiérarchie , et qu'elle aille puiser dans ses oracles, comme à leur source, les dogmes de notre croyance? Ne serait-elle plus celle à qui Jésus-Christ donna le pouvoir de lier et délier , à qui il promit son assistance immédiate , pour la préserver d'errer jamais dans son enseignement et ses décisions , et assurer, à l'abri de son autorité , la foi des fidèles contre les assauts des ennemis de l'enfer? Comment noire adversaire pourraitil le prouver? Si l'on supp se que le pape soit infaillible, et que l'Eglise ne puisse jamais manquer de lui rester attachée ; il en résulte que celle-ci ne pourra jamais succomber sous l'hérésie, qu'elle proposera toujours à ses enfants la révélation pure et sans mélange, et que les intentions immédiates de Jésus-Christ seront ainsi toujours parfaitement remplies. La distinction d'infaillibilité passive et active est donc tout à fait vide de sens, si on l'applique a la fin principale de l'infaillibilité elle-même . qui est l'exemption de l'erreur . quel que soit d'ailleurs le moyen de reconnaître la vente. 3. Mais ce n'est pas assez pour l'Eglise.
TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE
d'une infaillibilité passive, il lui faut encore une infaillibilité active. Qu'on nous explique d'abord ce qu'on veut dire par là. Veut-on, par cette infaillibilité active, que l'Eglise puisse d'elle-même créer des dogmes nouveaux , étrangers à l'Ecriture et à la tradition ; ou qu'elle puisse, elle seule, sans le secours des papes , de la tradition et de l'Ecriture , proposer aux fidèles ce qu'ils doivent croire? Telle ne peut être la pensée des adversaires; car, dans le premier cas, ce serait accuser de mensonge Jésus-»Christ luimême, qui promit à ses apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit pour qu'il les instruisît de toute vérité ; et , dans le second , ce serait supposer la nécessité d'une révélation continuelle. Que peut donc signifier cette infaillibilité active , sinon la lumière indéfectible qui éclaire constamment l'Eglise, lumière puissante, accompagnéedu pouvoir de commander aux fidèles la croyance des vérités qu'elle leur montre, et de repousser de son sein les contradicteurs et les opiniâtres ? Mais tout cela subsiste avec l'infaillibilité du pape et l'attachement infaillible de l'Eglise aux oracles du Vatican. Car , lorsque le pape détermine un objet de foi et le propose à l'Eglise, celle-ci reçoit de Dieu une lumière surnaturelle qui l'éclairé , cl ne pouvant s'empêcher de reconnaître dans les décisions du pape les doctrines célestes , elle y donne son assentiment , non en aveugle ,- comme les autres fidèles , mais avec une science certaine et une entière connaissance ; et alors elle peut dire : Visum est Spirilui Sancto et nubis. Le concile apostolique de Jérusalem décida la question des cérémonies légales , et il la décida avec une autorité absolue , quoiqu'elle eût été déjà décidée infailliblement par saint Pierre, qui, d'après nos adversaires eux-mêmes , était infaillible , au moins comme apôtre. Depuis, plusieurs conciles ont de même défini des points déjà jugés par d'aulres conciles (Voyez le chap. 15 ) , et ces définitions étaient de véritables actes de juridiction. N'avaienl-ils pas l'infaillibilité active et le pouvoir des clefs? Ils l'avaient sans doute; mais l'Eglise n'exerce pas sa juridiction sur l'objet de foi , en quoi elle doit suivre les impressions du Saint-Esprit; elle l'exerce uniquement sur ses sujets , à qui elle proscrit avec une autorité absolue la règle de leur croyance. Il est bien évident que l'infaillibilité de l'Eglise peut être ici considérée sous deux rapports : elle est passive, par rapport au canal par lequel lui arrivent les vérités catholiques, cl à l'obligation qui lui est imposée de les recevoir ; mais elle est active soil par rapport à la science par laquelle elle les reconnaît, les approfondit et se lis approprie, soil par rapport à l'acte d'autorité par lequel elle les propose aux fidèles soumis à ses jugements et à ses lois. Ainsi , tant qu'on ne prouvera pas que cette sorte d'infaillibilité n'oppose pas à l'hérésie une harriùreasscz insurmontable, qu'elle ne suffit pas pour faire de l'Eglise la colonne de la vérité, et lui donner l'autorité de gouverner les fidèles , on ne
pourra dire que ce ne soit pas là l'infaillibilité qui lui convient.
h. Notre auteur donne une autre raison plus singulière encore, et qu'on ne peut entendre sans dédain. Le gouvernement de l'Eglise, dit-il, serait un miracle visible et continuel, si le pape était infaillible; car il devrait se dépouiller de ses sentiments privés, et, en quelque manière, sortir de la sphère de l'humanité, toutes les fois qu'il rendrait une décision dogmatique.
5. L'infaillibilité du pape est donc un miracle ? mais ce sera aussi un miracle que l'infaillibilité de l'Eglise. Le pape se dépouille de ses opinions particulières, et s'élève au-dessus de lui-même, quand il prononce une définition dogmatique. : et les pasteurs qui constituent l'Église s'élèvent aussi au-dessus de l'humanité, lorsqu'ils réduisent en décrets les jugements qu'ils ont portés non comme de simples hommes, mais avec les lumières du Saint-Esprit : car c'est dans ce dernier cas seulement que le fidèle peut prendre leur jugement pour base d'un acte de foi théologique. Si donc on entend par miracle ce qui est surnaturel, il faut aussi nécessairement en reconnaître un dans les décisions de l'Eglise. En effet, comment serait-il possible que des hommes , d'âges, de pays , de caractères , d'inclinations , d'études et de goûts différents, comme le sont le plus ordinairement les pasteurs sacrés, s'accordassent sur le même point, en présence de tant d'hérétiques et de tant de sectaires qui inondent l'univers de leurs livres, et malgré les exigences contraires de leurs intérêts cl de leur bien-être, si ce n'était pas l'ouvrage de la main toute-puissante qui soutient la nacelle de Pierre au milieu de cette mer orageuse, parmi tant de dangers, tant de fausses doctrines , tant de persécutions ? L'unité de la foi dans l'Eglise de Jésus-Christ ne peut être que l'œuvre de la Divinité, quels que soient d'ailleurs les moyens humains , les veilles, les éludes, les prières, etc., par lesquels on cherche à la conserver : car l'institution divine n'exclut pas les recherches et les travaux des hommes, comme on le voit bien par l'exemple des écrivains sacrés. Qu'est-ce donc qui s'oppose à ce que nous admettions dans le pape un miracle semblable , une assistance surnaturelle du même genre? Est-il plus difficile à Dieu de diriger l'esprit du pape, pour qu'il n'erre pas dans ses jugements, que de réunir et d'accorder ensemble ce grand nombre d'hommes dont nos adversaires exigent l'unanimité physique pour une décision doctrinale? S'il n'y avait pas trop de témérité à vouloir mettre des bornes a la toute-puissance divine , l'on devrait plutôt dire le contraire.
6. Toutefois le pape ne reste pas dans un état de nonchalance et d'inaction, attendant les lumières du ciel, comme les Hébreux restaient à attendre la manne dans le désert; mais il s'aide de ses propres travaux, il fait tout ce que prescrit la prudence humaine , examine l'Ecriture et la tradition , consulte les Pères et les théologiens, invoque le se-
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DÉMONSTRATION ÊVANGÉUQUI GRÉGOIRE Ifî.
ours divin, ainsi que le pratiquent le. Pries en concile : et, s'il est difficile de remarquer dans es Pères le miracle des illaminalions célestes, A cause du tin qu'ils mettent ■ examiner les monuments de la croj ance universelle , ce miracle ne sera pas moins invisible dans i.v pontifes romains, à cause de leur application à rechercher surtout les monuments de la foi catholique dans le dépot de la tradition, qui, au témoignage de saint [renée, ne se conserve nulle part aussi pure et intacte que dans l'Eglise dt Rome, et dont le successeur de saint Pierre est luimême le gardien (1). Voici cependant nue autre objection de le Gros : Fuient ur (.innés posse ponlifivem errare, si rem ÉUigenttr non examine t, et tentet Detm, non adhibeiîdo média neerssaria et ordinaria : atqui nimium cerium est ex ipso expei ientia, ijitotl pontifex etimn ex cathedra prenuntians, teu deknien» aliquid tanquam de fide tenendum . et illud fidclibus proponens etiamsub anathematisintertninatione, possit rem non diHgenter expendere, non adhibendo concilia, qua>, fatente liellarmino, sant médium ordinarium et necessarium ad condemnandum novos errores. Erejo possunt errare pontifices eliam ex cathedra de fide pronnnliando (de EccL, etc., p. 351). Le pape peut donc se tromper, s'il h 'emploie pas les moyens ordinaires et nécessaires ? Mais quels sont ces moyens , et qu'est-ce qui en prouve la nécessité? Les conciles œcuméniques ? Ce serait supposer ce qui est en question. Bellarmin l'avoue luimême? En quel endroit? Jamais il n'a dit que ces moyens fussent absolument nécessaires, et son traité deromano pontifice prouve même tout le contraire. Ya-t-il d'autres moyens d'une telle nature, qu'on ne puisse jamais bien savoir si le pape les a employés? Mais l'infaillibilité des conciles eux-mêmes dépend, si on en croit nos adversaires, de certaines conditions : du nombre des évèques, de leur mérite, de leur science, de leur liberté, de leur application à examiner les questions , de l'accord de leurs sentiments, en un mot de la convocation et de la célébration légitime de tout le concile (Opstrael., Dissert, k, de conc, n. 6). Or, je le demande, est-il plus difficile de savoir si le pape a fait usage des moyens ordinaires et nécessaires pour ne pas tenter Dieu dans ses décisons, que de reconnaître si les Pères d'un concile ont rempli les conditions que nous venons de rappeler ? Chacun comprend combien le premier examen est plus facile que le second. Pourquoi donc refuse-l-on absolument au pape l'infaillibilité qu'on accorde au concile, quoique le concile donne lieu à de si grandes et si nombreuses difficultés? Est-ce parce que l'acceptation de l'Eglise nous est un garant que rien n'a manqué au concile, et que ce témoignage
U) Si quelqu'un avait dos doutes là-dessus, par un effet des préventions qu'auraient pu lui donner contre l>'s jugements du Saint-Siège les exagérations dès novateurs qu'il Buspende son jugement, ei ne croie pas, sur I ur parole que mat y soi) de; idé av euglé -eut , s:ms examen et ;. la Mie, parles curialistes, 1 s hildébratidistes , les jésuites el autres famduMs ; d \, rra, ii I., lin de t elle d. session w niaiserie et l'injustice de ces bruyantes invectives
>'»' le ne nous donne pas la méo j pour les décisions <lu pape m
• il !<• consentement de il g| .■ .
idrc ion. |,s doutes qui pourraient natulemenl s'élever sur les conciles, quelle source ne serait-ce pas i incertitudes ci de perplexités plus grandes encore pour k dele, qui ne pourrait jamais s,, procurer la connaissance et les preuves des monuments de <•' "'' acceptation T Nous , . déjà dé-
moeiré [chap. 17 pi ni haut, el i dération a ici d'autant plus tic force, qu'il est évidemment nécessaire, poui s'assurerde l'œcun énicité et de la légitimité d'un < de discuter uniquement des faits partirai* personnels, éloignés, s,,. | «quels on ne reconnaît pas le jugement de l'Eglise ellemême comme infaillible.
". Mais laissons là cet argument, qui cependant ne souffre pas de réplique, el raisonnons d'après les principes qu'on iioIJS accorde. Un concile peut ne pas emplov. r les moyens nécessaires pour décider infailliblement un article de foi ; il n\ a .tue le consentement ou l'opposition de l'Eglise qui puisse nous rendre certains qu'il a ou qu il n'a pas rendu une véritable décision. Or je ferai une question à mes adversain s ; l'Église disperser doit-elle employer tous les moyens suggérés par la prudence humaine (pour ne pas tenter Dieu), lorsqu'elle déclare que les conditions voulues ont été ou n'ont pas et. remplies dans un concile? Si elle n'y est pas obligée, il n'y aura non plus aucune obligation, ni pour le concile, lorsqu'il définit, ni par conséti tient pour le pape. Si elle v esl obligée, comment le fidèle pourra-t-il s'assurer qu'elle lésait réellement employés? Et, dans ce doute, comment pourra-t-il faire un acte de foi? 11 faut donc le supposer antérieurement dans la ferme persuasion que Dieu ne permettra jamais que son Eglise, dépositaire et gardienne des vérités révélées, propose aux iidèles. par un jugement définitif et sans appel, une doctrine hérétique, et que par conséquent elle ne prononcera jamais une décision solennelle el dogmatique, avant d'avoir employé les moyens nécessaires pour ne pas tenter Dieu. Or les défenseurs de l'infaillibilité du pape sont aussi, par rapport à ses définilions solennelles, antérieurement dans celte ferme persuasion; r/esl-a-dire, jis (jon. lient pour certain el indubitable, que fésus- Cbrist, qui a promis à saint Pierre et à ses successeurs que la foi dans laquelle ils doivenl paître ses brebis ne manquera jamais, ne permettra pas. par conséquent, que les papes négligent les moyens nécessaires pour ne pas te tenter, avant de juger arec la plénitude de leur autorité. Le tidèle serait donc dans un égal embarras et pour les décisions du concile el pour celles du pape, et il en sort par le même moyen. Donc l'objection de notre adversaire ne prouve encore rien.
8. Mais l'expérience monlre-t-elle queces moyens aient été négligés par le pape? Il n'y a qu'un appelant, comme le Gros, qui parait ne pas même comprendre l'étal de la question, qui puisse 1 assurer. En effet, s'il veut
TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE
parler du moyen des conciles généraux, c'est le comble du ridicule ; car les défenseurs de 1'infaillibililé du pape lui accorderont tous, que, en effet, les pontifes romains n'en ont pas toujours fait usage; seulement ils en nieront la nécessité , et par conséquent la conséquence qu'il en tire. Et s'il veut parler des autres moyens , tels que Vélude, l'examen, etc., nous lui avons répondu d'avance par les raisons déjà données. Notre théologien ne saurait donc établir son assertion, qu'en citant les prétendues erreurs des décisions prononcées par le pape, par exemple contre Jansénius et les jansénistes. Mais parviendra-t-il ainsi à convaincre ses adversaires? Non certainement; car, dans leur système, ce n'est pas à l'examen du pape qu'ils s'attachent pour en conclure qu'il a employé ou omis les moyens nécessaires pour ne pas se tromper, c'est de sa décision solennelle qu'ils partent, pour assurer et que ces moyens ont été employés, et que la doctrine définie est vraie. Il cherche donc à les surprendre dans une autre route que celle qu'ils ont prise ; c'est un stratagème assez ordinaire aux novateurs. Je voudrais encore qu'il m'expliquât en quoi consistent précisément ces moyens et ce qui en établit la nécessité? Noire auteur devrait le savoir; autrement il serait ridicule à lui de prétendre avoir la certitude qu'ils n'ont pas été employés. L'étude, l'examen, etc., c'est très-bien, mais à quelle mesure? C'est ce qu'il est impossible de déterminer, tant qu'on ne saura pas bien jusqu'où va l'assistance divine, et, en général, tant qu'on ne connaîtra pas parfaitement la liaison et les rapports intimes des moyens humains avec la fui, qui est l'objet de foi à définir : or on ne pourra jamais arriver à celte connaissance, parce que ces moyens et cette fin n'appartiennent pas au même ordre de choses; ceux-là sont de l'ordre naturel, et celle-ci de l'ordre surnaturel. On chercherait donc vainement à déterminer les moyens à employer, soit de la part du pape, soit de la part de l'Eglise, cl on ne pourrait sans témérité établir de règle à ce sujet.
9. 11 sort de Uoine, répiique-t-on, un si grand nombre de décisions, aut pontifier nesciente confectœ , aut illi incauto eubreptœ (Epist. Episcop. Ultraj. ad Clan. XIII, anno 1776), qui ne sont que l'ouvrage des curialistes, des hildébrandistes, des molinislee, et qui prouvent évidemment ou que les papes négligent leur propre ministère en se livrant à la vénalité el à l'ignorance île tels ministres, ou qu'ils ne se doutent pas de luis supercheries et de leurs bévues, ou qu'ils sacrifient la vérité à leurs flatteries. Et, quoi qu'il en soi;, à quoi sert leur infaillibilité? N'est-ce pas le comble de l'aveuglement et de Ja crédulité que de déférer à tontes h ; avisions répandues sous son nom et son autorité? Je répondrai: et à quoi sert pareillement l'infaillibilité de L'Eglise? Combien n y a-t-il pas eu de conciles qui en ont usurpé l'autorité cl le nom? Combien de théologiens ont supposé des définitions qu'elle n'avait jamais rendues? Nos adversaires, qui ne cessent do
s'en plaindre, pourraient nous le dire. Y a-l-il un moyen de distinguer avec certitude la voix de l'Eglise des imaginations de l'homme? Il y en aura pareillement un pour distinguer quand le pape aura parlé, et quand ses curialist es l'auront fait parler, ipso nescientef Cette distinction est-elle difficile à faire pour les décisions de Rome? Elle sera bien plus difficile encore pour celles des conciles dont nous venons de parler, aussi bien que pour celles que les théologiens ont inventées, et qui, au dire des novateurs modernes, ont été précisément la cause des prétendues obscurités de l'Eglise. L'Eglise enseigne-t-elle toujours la vraie doctrine? Certainement le pape n'enseignera jamais une doctrine fausse. N'y a-t-il que les savants qui puissent n'être pas dupes des décrets supposés du pape? II n'y aura de même que des hommes versés dans la critique, dans l'histoire et dans la théologie, qui soient capables des recherches nécessaires pour découvrir la fausseté des définitions supposées de l'Eglise. Peut-il arriver facilement que le pape, distrait par d'autres objets, ne remarque pas d'abord et ignore toujours les bulles dogmatiques qu'on répand sous son nom ? il est sans doute bien plus facile encore de faire passer auprès de tel ou tel évéque, convaincu d'ailleurs que son approbation n'est pas nécessaire, une fausse définition de l'Eglise universelle, avant qu'elle ait elle-même pu réclamer ouvertement. Enfin peut-on même supposer que, au milieu de la rumeur qu'excite chaque nouvelle décision du Saint-Siège, le pape seul n'en entende pas parler? On ne saurait lui faire une plus grande injure; il faudrait le supposer slupide, aveugle, sourd. Pourquoi donc, me demandera-t-on, pourquoi , s'il en a connaissance, ne la retire-l-il pas, ne l'annule-t-il pas, comme l'Eglise annule celles qui courent faussement sous son nom? La raison en est bien claire, c'est qu'il en approuve la doctrine: ce qui prouve qu'elle n'a pas été publiée, ipso nesciente. Il faut donc ou avouer qu'il en est des décisions supposées du pape comme de celles de l'Eglise, ou convenir que c'est à tort qu'on suppose fausses celles du pape, et se retrancher à dire qu'elles ont été surprises à son inattention*, incauto subrrptœ; mais les infaillibilisles ne seront pas plus faciles a admettre celte seconde hypothèse, qui n'est pas moins contraire à l'infaillibilité du pape, et par conséquent nous en serons toujours au même point.
10. Telles senties principales objections, élevées par nos adversaires contre I infaillibilité dis successeurs de saint Pierre, qui s<.nl les gardiens de la tradition et le centre de l'unité. Tels sont les îAtWpUX/nablm retranchements, derrière lesquels ils attaquent l'aulonle de l'Ecriture et de la tradition, et l'e\ idenre même du raisonnement. Je crois les a\oir poursuivis jusque dans leurs derniers subterfuges, et quel que soit le mérite de mon travail, je me flatte d'en avoir dit .iss.v pour que les lecteurs sages et intelligents aient coin, ris que leur système ne tend à rien n^ qu à renverser dans l'Eglise l'autorité
DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQ! E, GRÉGOIRE XVI
de tonte espèce de tribunal, et A introduire bientôt parmi les Sdèlei an pj rrhonisme universel. Mais, pour réunir tous ers (rails de lamière comme en un seul foyer, et rendre celle vérité plus frappante encore, je pense
qu'on ne me laura pas mauvais gré «le résumer lout ce système et d'en présenter un tableau abrégé. Comme ils se vantent de n'avoir
pas moins de zèle que les l'ères les plus saints de la vénérable antiquité pont l'unité de l'Eglise et pour la conversion des hérétiques, je vais essayer, dans les deux dissertations suivantes, tout à la fois de présenter méthodiquement la suite raisonnée de leurs principes, et de faire un parallèle exact de leur doctrine avec celle des protestants; dans la première je ferai parler un novateur zélé qui s'efforcera de ramener les hérétiques à Vunilc; dans la seconde, ce seront les hérétiques qui chercheront à justifier leur conduite, et qui allégueront, pour se disculper, précisément les théories mêmes du premier : on verra donc le novateur parler comme un protestant, et :e prolestant comme un novateur. 11 sera facile à chacun de juger par lui-même que, sous des paroles séduisantes et assaisonnées d'une onction affectée, l'exhortation du novateur ne cache qu'un cercle vicieux ; que lout s'y réduit à prouver que lout schisme est une chimère, et que toutes les professions chrétiennes, même les plus opposées, peuvent s'allier et se réunir sous les dehors apparents de l'unité: c'est-à-dire que celte unité de l'Eglise, si nécessaire et dont on parle tant, n'est que la liberté de professer ce qu'on veut. Je ne fais pas, dans ces dialogues, de distinction entre les luthériens et les calvinistes; parce que, malgré les divisions nombreuses qui en forment deux secles très-différentes, ils s'accordent parfaitement entre eux et avec les novateurs modernes dans ce qui regarde le pape et l'Eglise, en sorte que l'on peut dire d'eux : Schisma est imitas ipsis.