‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 164 sur 167 · CONCLUSION DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE L'OUVRAGE

Exhortation d'un novateur moderne aux protestants.

1 . Et pourquoi donc, mes très-chers frères, tant d'aversion pour l'épouse de Jésus-Christ ? Par quel aveuglement et quelle noire malice êles-vous donc poussés à la déchirer de la manière la plus impitoyable, sans vous laisser toucher ni par ses gémissements, ni par les larmes inconsolables qu'elle répand depuis si longtemps, bien plus sur votre cruauté que sur ses propres blessures? Les tigres d'Hyrcanie ont-ils une telle férocité? Vous vous acharnez contre celle qui vous donna la vie, et vous nourrit du lait des doctrines célestes; vous méprisez ses invitations, vous ne vous rendez pas aux prières de celte mère commune; et cependant elle, oublia ni vos insultes, ne cesse de vous rappeler, avec une compassion pleine de tendresse, à ce sein que vous avez eu le malheur d'abandonner. Votre esprit peut-il être plongé dans de plus épaisses ténèbres, emporté par un plus fu-

aeste vertige? Quoi ! vons ne reconnaisses

pas encore, après en avoir fait une si longue expérience, lies maui terribles qui forent pour vos sociétés la suite et l'effet de cette scission déplorable ; roua tous privez dn te cours nécessaire de vos autres frères, qni rivaliseraient de zèle avec VOUS pour vous conder dans vos louables entreprises; vous rendez ainsi \os intentions suspectes à la p >pulace ignorante, qui fait la plus grande partie île l'Eglise; la tache infamante d'enfants rebelles VOUS couvre d'un opprobre universel : tel est le tortimmensi et irréparable que \ous vous faites à vous-mêmes et a voire

cause. Mais ce qui étonne davantage encore, c'est que de si graves excès envers l'Eglise catholique n'ont pas d'autre prétexte qu'une faute que vous lui imputez injustement, qu'une erreur qui n'est pas la sienne, qu'une conduite qu'elle, aussi bien que vous, abhorre et réprouve; non, elle n'eut jamais de l'autorité du pape ces idées exagérées, cl i dont vous lui faites un crime; elle n'est | un injuste tyran; elle ne veut pas, comme vous vous l'imaginez, détruire le plus beau privilège de l'homme, la liberté de | le glaive dont'èlle frappe n'est pas inexorable; l'on n'est pas retranché de son sein sans retour; elle peut souffrir en paix vos dissensions, car vous avez su vous-mêmes supporter celles des autres, et conserver avec ses autres membres, sinon l'unité de doctrine, au moins l'union de la charité. Je sais bien que vos chefs et vos synodes l'ont plus d'une fois accusée de lâcheté et lui ont reproche d'avoir, depuis les siècles les plus reculés [Yoy. le Disc.prélim., § 2V), subi le joug de l'ambition des papes et gémi longtemps sous le poids de l'oppression et du despotisme ; mais aux accents lamentables que l'infortunée faisait parfois entendre par l'organe de quelqu'un de ses Gdèlt s ministres, ils devaient reconnaître les vœux d'une mère trahie, implorant le secours de ses enfants bien-aime-, et par conséquent s'empresser de soulager son esclavage, au lieu d'ajouter à ses douleurs de nouvelles douleurs, des plaies à ses plaies, de lui reprocher injustement son malheur, et de l'abandonner tout à fait, au moment où elle plaçait dans leur courage ses plus chères espérances. Et qu'ils ne me disent pas qu'ils l'auraient secourue si, dans concile de Trente, elle n'avail elle-même refusé les bons offices de ses enfants.cn les repoussant loin d'elle comme des perturbateurs et des infidèles; car il est facile de leur prouver qu'ils furent les premiers à s'éloigner d'elle, qu'elle ne les a jamais regardes, cl qu'elle ne les regarde pas encore d'un ceil hostile. Mais s'ils n'ont pas rendu justice à ses sentiments pacifiques ettout à fail exempts de prévention, dans ces temps de (rouble et de désordre, où l'intérêt, la flatterie ei la force parvinrent à obscurcir lu belle face de V Eglise, et à confondre les vérités révélées avec les rêves de l'imagination des hommes; au moins ne pouvez-vous prétexter l'ignorance, maintenant que de Bages souverains, choisis de l>ieu à la place des papes prevari-

TUI0MW1K DU SAINT-SIEGE ET DE L'EGLISE

cateurs, ont su la tirer do son abjection, fixer les droits et les objets qui sont de sa compétence, et que de profonds théologiens, éclairés d'en haut, ont distingué avec certitude ce qu'elle doit enseigner de ce qui n'est que l'erreur du vulgaire; et si parmi vous il se trouvait quelqu'un qui ne connût pas les nombreux et excellents ouvrages qui ont paru au jour dans ces derniers temps, pour constater aux yeux de tout l'univers quelle est sa foi sur l'autorité de la primauté, et combien elle est désireuse de faire sa paix avec vos Eglises, je suis prêt à le lui apprendre en peu de mots.

2. L'Eglise enseigne que les pontifes romains n'ont que l'autorité qu'ils reçoivent d'elle en qualité de ses ministres, et qu'ils ne peuvent agir qu'en son nom (Anal. Sopr. le Prescr. § 4-3) ; que, malgré les procédés monarchiques qu'ils affectent, ils n'ont pas plus de puissance que tout autre membre de la hiérarchie ecclésiastique, et qu'ils ne sont, en vertu de leur primauté, que primi inter pares (Vcra Jdea, part. 2, c. 2, § 22; ; elle enseigne pareillement que leur jugement n'a pas plus de poids que celui d'un simple curé, et que ces deux jugements sont également faillibles (Ibid., c. 4, §9) ; que par conséquent nous ne devons pas nous effrayer des excommunications les plus solennelles, qui ne peuvent pas même nous lier devant les hommes toutes les fois qu'elles sont contraires à injuste liberté de penser (Petitpied, Lettre à une dame, dans le Recueil des OE livres de Pistoie, Opusc. 8, p. 180); ensuite elle donne à entendre à ses fidèles qu'on y porterait atteinte, à celte liberté, si on les obligeait de se soumettre aux décrets du pape, avant qu'elle n'y eût ellemême donné son assentiment, et que par conséquent ils ont un droit originel de s'y opposer, tant que l'acceptation générale n'est pas constatée (Cosa è un appcllante? c. 3, art. 3, p. 128). Et ne croyez pas que sa pratique ait jamais été contraire à cet enseignement dans les siècles passés, et particulièrement dans les temps postérieurs à l'imposteur Isidore, où la forme des jugements ecclésiastiques fut changée, et où les papes accroissant de jour en jour leur puissance, finirent par se croire supérieurs aux canons des conciles et de l'Eglise universelle (Y cru lilca, p. 87) : car, malgré l'ignorance qui fit que plusieurs conciles autorisèrent par des décisions formelles le plan nouveau (Ibid.), on ne peut dire qu'il ail été généralement adopté ; des Eglises considérables l'ont toujours rejeté (Ibid.) ; je veux parler de celles qui ont également rejeté ces conciles aveugles : et cela suffit pour conclure que l'Eglise, qui se montrait si servilement complaisante à l'égard des pontifes romains, n'était pas l'Église véritable. Cette Eglise comprend le plus grand nombre et le plus petit ; par conséquent, dès que l'un ou l'autre réclame, il n'y a plus de véritable Eglise ; et comme l'un et l'autre en particulier peut se laisser surprendre à l'erreur pour un certain temps cl jusqu'à un certain point, par conséquent aussi, dès qu'il n'y a pas une parfaite unanimité cuire tous

„ DfcMONST. ÉVANG. XVI,

les pasteurs , ce serait une véritable sottise, une impiété réelle, que de prétendre qu'elle se trouve parmi eux; comme aussi ce serait rendre à ses propres préjugés et à ses pensées un culte idolâtre , que de respecter en eux la doctrine et la foi de l'Eglise catholique. Rappelez-vous le fait de saint Cyprien avec le pape saint Etienne, comme un exemple du petit nombre; et, pour le plus grand, le concile de Rimini (Tamb. Anal. § 63), auquel souscrivirent tous les évêques de la chrétienté (Le Gros, de Eccl., secl. 3, c. 3, p. k5k). C'est donc à tort que vous accusez l'ancienne Eglise de s'être laissé dépouiller de ses droits , et au moins d'y avoir renoncé en partie ou par une honteuse lâcheté , ou par ignorance, ou par une basse flatterie, en acceptantaveuglément, sans examen et sans jugement, les décrets du pape. Il faut en accuser le plus petit nombre ou le plus grand, mais jamais l'Eglise universelle.

3. Toujours soigneuse de conserver ses privilèges, elle a pu enfin, après plusieurs siècles d'oppression , respirer à l'aise el recouvrer sa liberté dans les conciles de Constance et de lîâle ; une déplorable expérience avait alors fait connaître clairement au monde entier les terribles effets de la domination tyrann'iquc que les papes avaient usurpée, au nombre desquels il faut placer le mépris de la religion, dont elle avait été l'occasion prochaine ( Tamb. Prœlect. 12, p. 23k). 11 n'est malheureusement que trop vrai, que les prétentions ambitieuses de la cour de Home prévalurent immédiatement après contre les mémorables et glorieuses entreprises de l'Eglise, et, qu'après avoir à peine joui de l'aurore de celte vie nouvelle , elle se trouva bientôt réduite à une servitude plus dure encore, au point de désespérer de son affranchissement (Theol. Piac. Rifless. sopra il Serin, di Bossuct, p. 36 ) ; mais il n'en est pas moins vrai que le Seigneur, toujours fidèle dans ses promesses, n'a jamais manqué et ne cesse pas encore de l'assister d'une manière tout à fait merveilleuse , et où l'on ne peut s'empêcher de reconnaître la toutepuissance divine, qui tient dans sa main les cœurs des hommes ; il a suscité dans tous les temps un petit nombre d'hommes parmi les pasteurs les moins considérés, parmi les théologiens les plus ignorants, dans la populace la plus abjecte, et leur a donné la force de résister, comme de nouveaux apôtres, avec une fermeté invincible, aux tentatives coupables des pontifes de la nouvelle synagogue, de confondre la sagesse païenne des docteurs les plus accrédités , de braver enfin les clameurs séditieuses de la foule aveugle et trompée des fidèles , et de prêcher ainsi la foi, malgré les persécutions, les dérisions, les tumultes , en défendant les droits de son épouse affligée el insultée. Isn doutez-vous? N avons-nous pas le monument le plus éclatant et le plus décisif de celte protection de la souveraine Providence, dans l'exemple des jansénistes , dont , grâces au ciel, j'ai eu le bonheur de connaître le zèle, la sainteté, la doctrine , et que j'ai pu seconder dans leur (Trente-quatre.)

DÉMONSTRATION i'.vvm.i.i loi !.. GRÉGOIRE Wi

grand projet de briser les fera as l'Eglise déjà éperdue et mourante? Considérez, si roui le ponves,sausvou9 attendrir jusqu'aux larmes, avec quel héroïsme ils repoussent et combattrai les \ iolences «lu | » .- 1 j n • , attaquant avec une courageuse intrépidité (es décisions les plus solennelles, n'épargnant aucun des décrets qui, à l'ombre de prétendues prérogatives, sons la sauvegarde des cours, à la faveur de la faiblesse de l'Eglise languissante, ont éié publiés depuis l'an ÎOîiV (1; jusqu'à présent par tous ces ministres de Satan, qui st-n 1 1 >1 <- n L n'avoir occupé la chaire apostolique que pour entraîner , par son influence , tout l'univers catholique dans leurs prévarications (2). N'est-ce pas un prodige tout à lait surnaturel et capable d'autoriser leur mission, qu'ils n'aient pas été abattus par tant d'excommunications , par tant de malédictions , par l'exécration universelle, sous le poids de laquelle ils ont été surtout dansées derniers temps? Une telle constance n'eslelle pas la preuve la plus évidente, que ce sont là les enfants les plus fidèles de l'Kglise, qui ne peuvent se résoudre à la délaisser dans son avilissement, mais qui boivent volontiers avec elle le calice des \ engeances divines réservées à l'humanité coupable : par conséquent ne doit-on pas préférer leurs catéchismes et leurs ouvrages , malgré les dérisions, le mépris et les analhèmes dont ils ont été l'objet, à ces volumes innombrables de décisions des conciles, d'instructions pastorales, d'apologies des théologiens , de témoignages des écoles, qui, par un impénétrable secret de la divine Providence, ont pu devenir la loi de presque tout l'univers catholique? N est-ce pas, dis-je, dans les premiers qu'il faut chercher et respecter la doctrine pure et non altérée de l'Eglise ellemême? Celui qui penserait autrement n'aurait pas le sens commun. Kéglez-vous donc sur leur exemple, si vous voulez ne pas vous y tromper. Par un simple acte signé en présence de deux notaires et enregistré dans les archives du cardinal de Noailles, quatre évoques français, seuls réservés de Dieu au milieu de la séduction universelle de son peuple infidèle et de ses ministres corrompus, surent, en appelant au futur concile, préserver de la dépravation et des calomnies de Rome la foi cachée dans le livre de Jansénius, et protéger contre les attaques du pape les droits de l'Eglise; bravant ensuite les persécutions et les insultes des apôtres de l'erreur, ils ne cessèrent pas de recruter dos auxiliaires pour opposer une vigoureuse résistance à tout l'épiscopat , qui , sous la forme et les apparences de l'Eglise, cherchait parles embûches les plus perfides à pousser l'Eglise elle-même à sa dernière ruine.

U. Si cet exemple ne vous suffit pas , con-

(1) C<: fut en celte année que parai la fameuse bulle d'Innocent contre les cinq propositions de Janseuius, qui déclare qu'elles étalent véritablement contenues dans son AuMaânn, pic.

(2) Os n'a qu'à lire la lettre du UbeUeimpie: GemChri*

StO sotto l'niKlU'ilia, etc., pour prendre une idée de* blitf jMièmes qu'ils vomissent contre le pape.

sullez , non le S i < : • apostolique, qui n'est plus que la chaire du mensonge , de l'erreur et du fanatisme, mais l'Eglise de France, v«e Dieu 'i cboiiit dan lernien tempt île

trouble, POUr pn faire la dépositaire cl la gardienne des \ élites < atholiques Teol. I

lett. '■>, //. 'i . < - sera d elle que vous apprendrez avec quelle liberté il est permis a i hs-

run d'attaquer les décisions du pape et de se moquer des foudres du Vatican, en interjetant un appel ' Preuve» <lu ilijj. de Bonif. VIII, p. \\\ . N"est-il pas bien encourageant «le voir une Eglises! illustre, et dont V thojicisme n'est pas douteux , se rire et ne tenir aucun compte des menaces les plus lurieuses et les plus terribles de la bulle l'iinm sanctam , et de celle In cœna Domini contre le* appelants, quoique la première, qui parut en 1302, ait, pendant plus de quatre si< servi de règle à l'univers catholique ? Mais, si vous voulez reconnaître combien vous êtes injustes en l'accusant d'une aveuglé déférence, vous trouverez la preuve la plus irrécusable que ses maximes sont bien éloignées «les préjugés communs, dans l'assemblée du clergé de 1G82, où la domination de Rome reçut, je ne dirai pas seulement un terrible échec, mais le coup mortel. Ce fut alors que, par un décret canonique, elle s'affranchit complètement de toute dépendance de Rome: cl gardez-vous d'en douter parce que vous lirez dans quelques méchants libelles, que tout y fut fait par quelques fanatiques qui voulaient flatter la cour, et que la plus grande partie des évéques de France étaient absents ; ni parce qu'on vous rappellera ces recours nombreux, adressés au Siège apostolique, même depuis cette déclaration si solennelle, par plusieurs évéques méprisables et ignorants (car il y en a toujours plus ou moins, même dans ce beau royaume de la liberté ecclrsiaxtiijue ) ; ni parce que vous apprendrez que quelques uns se rétractèrent; ni enfin parce que plusieurs canonisées et théologiens se sont efforcés, à la vérité bien inutilement, de faire revenir de leur opposition aux prétentions du pape les savants et saints personnages qui composaient cette assemblée. Dajis le premier cas on ne peut que détester la hardiesse et la témérité de ces sots écrivains, qui. faute d autres armes, prennent le parti d'attaquer la réputation d'équité et de sagesse de celte imposante réunion; dans le second, il faut adirer les impénétrables desseins du ciel, qui permet, ou que les défenseurs les plus héroïques de la vérité ne se garantissent pas toujours assez bien des ruses et des embûches qu'ils trouvent partout, ou que la foule des peureux et des ignorants se laisse imposer par le pape , au point de renoncer a leurs droits les plus sacrés, de trahir leur minislère, et de bouleverser l'Ordre du gouvernement ecclésiastique: dans le troisième, il n'y a qu'à pleurer sur la malheureuse condition où se trouve dans ce monde la vérité, souvent réduite à subir le joug de l'intérêt; et, dans le quatrième, il est bien c\ idenl que, ces radoteurs nous donnent des armes contre

TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE

eux, lorsque, d'un côté, ils font profession de respecter l'autorité et la doctrine des évéques de France, et que de l'autre ils ne peuvent venir à bout de la plier à leurs systèmes.

5. Seriez-vous arrêtés, parce que vous voyez l'Eglise de France s'accorder avec toutes les autres Eglises catholiques à re connaître dans celle de Rome le centre de la communion de l'Eglise ? Examinez dans quel sens elle l'entend, et cela ne fera plus une difficulté pour vous. Elle ne croit pas pour cela, qu'il faille que loutes les Eglises en reçoivent la vraie foi, mais seulement qu'elles doivent l'informer de la leur, et qu'elles ne sont tenues de lui obéir qu'après avoir reconnu avec évidence, et d'après leur jugement particulier, que sa doctrine contient la foi universelle : ce qui, en dernière analyse , se réduit à une pure formalité extérieure, dont le but est bien plutôt de l'instruire que de recevoir ses leçons , et qui d'ailleurs n'impose aucune obligation d'embrasser ses opinions, s'il y a Heu de croire qu'elles n'aient pas été universellement définies (l). Supposez que vos pères eux-mêmes eussent expédié directement à Rome leur profession de foi , telle qu'ils la publièrent à la face de l'univers, et qu'ils l'eussent accompagnée d'une dédicace respectueuse et polie pour le souverain ponlife , à qui ils auraient déclaré qu'ils déposaient leur foi dans ses mains, parce qu'il conservait dans la riche bibliothèque du Vatican la croyance et les professions de foi des Eglises anciennes et modernes, des hérétiques et des catholiques, et qu'il méritait à ce titre d'être regardé, en matière de religion, comme le Mécène universel : auraient-ils rien fait en cela qui pût préjuger contre leur doctrine, et les faire paraître en contradiction avec eux-mêmes? Aucunement. Pourquoi donc reprochez-vous aux catholiques une politesse sans conséquence? Au contraire, par ces égards apparents, vos maîtres auraient détruit dans les esprits des faibles des préventions désavantageuses, et n'en auraient eu que plus de facilité à poursuivre leurs entreprises. Prenez pour modèle la trèssainte Eglise d'Utrecht, elle a eu la sagesse de continuer toujours à faire connaître sa foi aux papes et à demander leur communion: c'est ainsi que, au jugement de ce qu'il y a de plus florissant dans P Eglise catholique, elle a toujours échappé au soupçon de schisme même le plus léger; c'est à la constance surprenante, avec laquelle elle a su défendre tout à la fois la doctrine tant de fois condamnée par les papes et sa liberté originelle, quelle doit les applaudissements qu'on lui donne et la réputation qu'elle a délie la seule éclairée après tant de siècles d'ignorance, la seule fidèle au milieu de tant d'autres qui ont pr.évariqué, en un mot, la seule qui ait triomphé des portes de l'enfer dans les tristes temps où nous vivons ( Voyez l'isliiria drl Gians. de Tosini).

(I) Voilà la communion in deciiit drs novateurs.

6. Oui , frères chéris, faites de cetle époque la plus glorieuse de votre zèle, de y.olre orthodoxie, en agréant la justification ple'iiie et entière que cette mère commune se pi; il à vous présenter par ses enfants les pics éclairés et les plus aimants ; renoncez à de fâcheuses préventions, à toute rancune, à toute pensée d'hostilité contre elle; reco naissez que vous vous étiez trompés sur son compte; cet aveu sera le monument le plus solennel de votre docilité ; revenez à elle, ce sera le témoignage le plus touchant de voire piété filiale. Ne prêtez pas l'oreille aux clameurs de ces hommes passionnés et inquiets, qui, même après les beaux préliminaires de la paix proposée par ce célèbre Fébronius qu'on ne louera jamais assez, ne cessaient de crier à la guerre, à la guerre {Voyez Charles-Fréd. luth, et catéchiste de Leipsiclc, Dissertation pour le Ik décembre 1763), supposant faussement qu'il voulait établir l'autorité des évéques sur les ruines de celle du pape, et accusant de dissimulation la sincérité la plus vraie. Car, dites-moi, l'Eglise pouvait- die mieux montrer son aversion pour toute espèce de domination, soit papale soit épiscopale, pour toute sorte de prétentions de la part du corps hiérarchique, qu'eu enseignant que son ministère consiste uniquement à instruire, à persuader, à reprendre avec mansuétude, à prier les fidèles, à les engager par ses conseils, et prœterea nihil ? (Serrào, de Clar. Catech. p. 35, Op. Pist. (. k, p. 231. Teol. Piuc. tetl. 3, § 31.) Pouvaitelle nous faire connaître plus clairement , que la prééminence de l'épiscopal n'est destinée qu'à établir un certain ordre parmi la multitude des chrétiens; que, si quelquesuns d'entre eux ont été chargés plus spécialement de veiller à la conservation de la pureté de la foi, leur autorité est par là même tout à fait relative à l'idée qu'on a de leur science et à leur fidélité à remplir leur ministère, et que ce ne sera jamais un joug que doive subir l'univers catholique ; pouvaitelle, dis-je, nous faire connaître tout cela plus clairement, qu'en nous proposant pour modèle sa fidèle sœur des Provinces-Unies, dont l'indépendance de toute autorité pontificale, et même, pendant plusieurs lustres, de toute administration épiscopale, présente tout à la fois l'expression des sentiments et l'objet des \<vu\ de Imites les Eglises qui gémissent sous la tyrannie, et le boulevard le plus ferme de la liberté parfaite à laquelle tous les fidèles ont les droits les plus sacrés ? Fcrez-vous un reproche à l'Eglise catholique d'avoir, presque dansions les siècles, exclu le peuple des jugements religieux? Jamais, non, jamais elle ne fui coupable d'une pareille injustice; il ne faut on accuser que les papes et d'ambitieux é\é<|ucs, contre lesquels elle ne cessa jamais de réc amer; car, pour elle, elle reconnaissait à tous ses enfants le droit légitime d'examiner toutes les décisions, même celles des conciles (Voy. le rlinp. 17, vers la fin), et autorisait les oppositions non-seulement du premier ordre de la hiérarchie, non-seulemeiil <ia

DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. GRÉGOIRE \\i.

$eeond, mais encore det p« onnet de toute condition, de toute classe [Tatnb. Anal. § 65), c'est-a-dire qu'elle admettait i<>us les chrelifiis à participer aax jugements, sinon pour l,i cérémonie insignifiante des suffrages bolennels, an moins pour ce qui en faisait l'obiel principal el fondamental , qui est d'obliger les consciences. Penseriez-vous à l'accuser d'avoir forfait ani droits dis gouvernements civils en s'arrogeant une autorité suprême, et par conséquent indépendante pour les objets de religion et de foi? Détrompez-vous : elle a toujours fait profession de dépendre les lois souveraines des princes. Si un Osius menaça Constance de l.i colère divine, dans le cas où il se serait ingéré dans les matières ecclésiastiques, et lui dit d'un ton impérieux et capable d'imposer : Cave(S. Athan., Hist. Arian., p. *iT 1 , ; si un Ambroise refusa à Théodose la participation aux saints mystères, el le soumit aux peines canoniques ; si un pape Gelase écrivit a Anastase, qu'il devait obéir de tout cœur aux dispositions épiscopales (Labbe, Conc. t. o, p. 309) ; si un Fulgence assura in Ecclesia neminem esse pontijice poiiorem (De Preed. et Gr. lib. 2. n. 37); enfin si les papes, les conciles, les Pères, les théologiens de l'antiquité ont pu, à la faveur de l'ignorance de ces temps-là el de la piélé timide des souverains , tromper l'univers; toutefois il ne leur fut pas donné d'avilir tellement l'aulorilé royale , qu'il ne lui restât toujours et des sujets fidèles et des défenseurs zélés pour les objets mêmes d'administration ecclésiastique. Rappelez-vous ces appels, ces recours, ces suppliques adressées aux magistrats et aux cours, soit pour détruire des abus, soit pour demander appui contre le despotisme des c'véques, soit pour annuler leurs décisions, soit pour quelque autre intervention nécessaire de l'autorité civile: ce fut toujours la ressource de ceux qui éprouvèrent les rigueurs du Vatican ou des conciles ; et, pour ne pas vous engager dans des examens trop longs, rappelez-vous le monument le plus célèbre, le dépositaire le plus incorruptible des doctrines révélées , l'organe le plus fidèle de l'Eglise, un juge plus respectable que l'épiscopat lui-même , le défenseur des droits du trône, vous m'entendez déjà, le synode de l'istoie. Cette assemblée sainte a montré tant de dévouement à la majesté, tant de soumission à l'autorité des monarques, qu'elle aurait déjà ressuscité les Henris et les Jacques , si, par un triste reste des anciens préjugés, ou par je ne sais quelle faiblesse que leurs prédécesseurs leur ont laissée en héritage, OU pour des considérations politiques , ou pour toute autre cause, ils ne se refusaient à exercer l'autorité universelle el illimitée qu'elle leur a donné'', et ne se faisaient scrupule de joindre à l'épée la houlette pastorale. Cela ne vous suffit-il pas? Btes-vous choqués de ce mot hiérarchie'! Craignez-vous que celte principauté sacrée, qu'il exprime, ne donne à l'Eglise une autorité indépendante des souverains temporels? Le nouvel apôtre de la

Toscane y a trouvé an bon remède, et il nous assure, de la p. ni de l'Eglise, que parée mol elle n'a jamais entendu qu'une $er\ itude mu rec (Pastorale seconde contre te Annotât naci fiche, //. OS . qu'elle en a toujours rejeté le sens littéral quj avaient attaché par ambition, ou par ignorance, ou par flatterie, les Denis l'Aréopagile, les Cbrysostome, les Socrale, les Sozomene, el successivement les Pères, les théologiens et les conciles, jusqu'au temps des Sarpi, des Boddée, des Du vergier, <|ui. pour ôter l'équivoque, employèrent l'expression de Geroduhe (Voues la pretn, lettre du prince de Mondorbopoli à Mgr. l'évéuue i> < ci .

7. Voilé donc la véritable do, trine de I épouse de Jésus-Cbrîsl ; voilà, mes très-cbers frères , notre mère désolée vous montrant Un cœur OÙ il n'y a que de la tendresse pour vous, et vous en donnant les preuves toute la fois les plus claires el les plus tom banti s. Elle pourra bien, selon la comparaison de Mornéo, ressembler a l'innocente brebis, que le berger trait jusqu'au Bang et dépouille sans pitié de toute sa laine In Constl. tua profect. n. 10); mais ce ne fut et ce ne sera jamais une épouse infidèle à son époux, et se livrant sans pudeur à un épiscopat impur, comme l'en accusait injustement votre patriarche Luther [Assert. ». .'Jti dans les transports d'un zèle indiscret. Si. pour é\ilcr des maux plus grands, il lui arriva quelquefois de ne pas manifester ses sentiments, de dissimuler les torts qu'on lui faisait, de cacher sa douleur, comme elle doit le faire d'après les sages règles de la prudence, aujourd hui plus que j, un, lis, depuis la funeste promulgation de la bulle erronée et séditieuse Auctorem (idei, pourrez-vous l'accuser de prévarication, vous, dis-je, qui faites profession, avec le calviniste Farel [Lett. à Calvin, la 78° de cet hérésiarque), d'un si grand amour pour le silence pythagoricien en matière de religion ? Non certainement. Pourquoi donc lavez-vous abandonnée ? Dite-.

comment justifierez- vous votre schisme? Allons, si votre honneur vous est de quelque souci, si ses gémissements vous touchent , employez plutôt vos plumes à la tirer de cette longue et cruelle servitude el à rendre le courage et la parole à ses enfants faibles et abattus ; tom liée d'un si grand service, elle vous regardera avec reconnaissance comme ses libérateurs, vous ferez sa plus grande gloire, et le Ciel se plaira à seconder votre noble entreprise.

8. Mais qu'est-ce que j'entends? Cette Eglise \ous a chassés , VOUS a condamnes dans le concile île Trente? Elle refusa le secours que vous lui offriez pour la tirer de son avilissement I Ah 1 quel vain prétexte vous apportez là pour justifier votre obstination, votre infidélité I En effet, quelque vénérable que soit l'autorité de cette assemblée, quelque respectables qu'en soient les jugements, on ne doit pas pour cela la regarder tout à fait comme le tribunal infaillible de l'Eglise; et par conséquent, à proprement parler , ce n'est pas l'Eglise qui

\oi:

TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE

a dicté la sentence prononcée par ce concile contre vous; au moins pouvez-vous en douter, et ce doute suffit pour justifier votre opposition à ce jugement. Voici, en abrégé, quelques-unes des principales raisons qui vous autorisent à ne pas vous soumettre à ses décisions , sans cependant rompre l'unité.

9. 1° On sait que l'Eglise n'a le pouvoir de s'assembler en concile que par la permission du prince; l'histoire des huit premiers conciles, et en particulier de celui de Nicée, contre les ariens, qui fut convoqué par Constantin, en fournit une preuve irréfragable (Rifless. du canoniste Florentin); or vos princes déclarèrent sans contredit à Paul III, qu'ils ne voulaient point de concile (Histoire du concile de Trente, qui se vend en Italie). 2° Quand le concile est réuni , il ne peut rien décréter ni conclure sur aucun point, soit de dogme, soit de discipline, si le souverain ne l'approuve (Rifless. du cun. Flor., p. 19J ; or vos souverains et vos magistrats, bien loin d'approuver ces décrets , s'y opposèrent et s'y opposent encore ouvertement. 3° Pour que ce concile représentât l'Eglise, il faudrait en établir l'œcuménicité, et par conséquent l'acceptation universelle; et c'est ce qu'on ne pourra jamais faire : soit parce que vos Eglises, qui avaient autant de droit que les autres d'examiner et de juger leur propre cause, le rejetteront; soit parce que celles qui l'ont accepté, disputent encore sur le sens de presque tous les canons ; soit parce que quelquesunes d'elles ne l'ont reçu qu'en partie, et attaquent librement le reste; soit enfin parce qu'il peut arriver que le très-grand nombre des Eglises et des évèqucs tienne pour œcuménique un concile qui ne l'est pas réellement, et reconnaisse comme légitime un décret véritablement illégitime [Le Gros, de Eccles., c. 3, sect. 3, p. 453). Les Pères doivent être libres; et vous avez lieu de croire, avec Tosini, vous pouvez même assurer, avec l'auteur anonyme de la Monarchie universelle des papes (Istor del Gians., lib. 3, p. 109), que ceux du concile de Trente ne le furent pas, parce qu'ils furent opprimés par la majesté et par les injonctions des pontifes romains. 5° Les Pères devaient examiner en qualité déjuges toutes les questions (Carattci i dei Giud. dogm. délia Odes, part. l,p. 20); or il est certain que les évèqucs qui croient le pape infaillible ne font que se soumettre à son jugement [Ibid., § 3, p. 7) sans l'examen convenable, et que les Pères de Trente paraissaient pencher pour l'infaillibilité et la suprématie du pape {[st. del concil di Trento cit., p. 03). L'infaillibilité de l'Eglise catholique a aussi pour objet son autorité, et il n'est pas possible qu'elle s'attribue une autorité qui ne lui conviendrai! pas; or ce concile a dérogé à la juridiction des rois et des magistrats en se donnant nue autorité qu'il n'avait pas (Ibid., p. 02) spécialement dans l'endroit où il annule leurs droits sur la ville et le lieu où ils permettent le duel (Sess. 25, c. 19) : non enim potest rex privari suo dominiv temporali, respecta cujus nullum omnino

superiorem recognoscit , ainsi que l'Eglise de France (Barilaio Giovanni, p. 117) le déclare expressément et sans être arrêtée par la décision du concile. 7° Ce qui caractérise essentiellement un jugement de l'Eglise universelle , c'est que les évêques s'accordent entre eux non-seulement pour les paroles, mais encoredanstes sentiments (Voyez i Caratt., etc., § 7, p. 23) ; or personne ne peut assurer que les Pères de ce concile se soient bien accordés pour les canons qu'ils décrétaient, puisque leur interprétation donne lieu à un si grand partage de sentiments. En effet, les uns sont pour la grâce des molinisles, les autres pour celle d'Augustin; les uns pour l'attrition, les autres contre; les uns demandent, pour la validité des absolutions, le pouvoir de juridiction , outre le pouvoir d'ordre, les autres prétendent que celui-ci suffit; les uns accordent aux évêques le droit d'établir des cas réservés, les autres le leur refusent; les uns attribuent exclusivement à l'Eglise le pouvoir de créer des empêchements de mariage , les autres soutiennent qu'elle ne l'a que par emprunt et qu'elle le reçoit des princes ; les uns la font dépositaire de tous les mérites de Jésus-Christ et des saints, les autres traitent cela de fausse imagination (Tratt. stor., etc , délie Indulg., dans le recwil des Opusc. de Pistoie, relatifs à la relig.}; les uns avancent qu'elle peut donner des indulgences pour des milliers d'années, et les autres prouvent au contraire qu'elles ne peuvent s'étendre au delà du temps ordinaire des peines canoniques ( Ibid. ) ; enfin on soutient le oui et le non, presque sur chacune des propositions contenues dans les actes et les canons du concile de Trente : ce n'est donc qu'un Janus à deux faces. Cependant l'Eglise se tait et souffre ces interprétations contraires; elle permet donc de penser que les Pères de ce concile n'ont pas été aussi unanimes dans leurs sentiments qu'il le faudrait , c'est-à-dire, elle permet de douter que ce concile ait eu le caractère essentiel. 8" Enfin, pour juger si un concile est œcuménique, et si un décret est ou n'est pas subreptice, on doit se conformer aux règles du sens commun (1); or ces règles ne sont ni infaillibles, ni les mêmes dans tout le monde. Si donc , après avoir fait usage, avec une entière droiture d'esprit et d'intention , des règles qui vous semblaient les plus conformes au bon sens , vous avez cru pouvoir vous dispenser de reconnaître l'œcuménicité du concile de Trente et la légitimité de ses décrets , vous pourrez en toute sécurité en mépriser les analhèmcs. sans insulter en aucune manière à l'Eglise. Combien d'exemples ne nous offre pas l'histoire, de personnes, qui , ayant ou croyant avoir obsen é ces règles, ont pu, sans être accusées de schisme, rejeter comme non œcuméniques ni légitimes des conciles reconnus pour tels par des nations entières? La France s'opposa pendant un siècle entier au septième concile sur le culte des images;

di Voyez la note sur la lettre deCollini ii Guadagnini, li la lin de la seconda leUora Piacentina.

maintenant encore elle ne lient pour oecuménique! ni celui «I»1 Florence, ni le cinquième de Lalran, quoique les llaliena lis aient reçus ; cl au contraire, elle reconnaît rœcuménicitéde ceu« dé Constance et de Râle, quoiqu'ils soi en I rejeléa en Italie, el que les panes ne lea aient pas Approuvée 1 •

10. Voua voye* donc combien il vous aérait Facile, sans faire tort a vos doctrine*, de i <>us faire passer pour catholiques. Il vous suffit, pour voua mettre entièrement à couvert, de protester de votre soumission religieuse aux jugements et à l'autorité de l'Eglise universelle, et de nier, pour les motifs que j'ai donnés, qu'elle ait été réellement représentée par le concile de Trente. En effet, l'hérésie consiste à soutenir opiniâtrement l'erreur contre le jugement solennel de l'Eglise; et l'on ne devient schismatique , qu'en se séparant d'elle volontairement. Or on ne pourrait, sans injustice, accuser d'opiniâtrelé et de scission volontaire des hommes qui , restant toujours les enfants très-obéissants de celte même Eglise, cherchent sa voix avec simplicité, mais ne savent pas bien, dans une foule de faux docteurs, la distinguer de celle des hommes. Quelle ne serait pas la triste condition de tant d'écoles, de tant de facultés, de tant de théologiens, qui professent des doctrines diamétralement opposées, si cette disposition sincère de se soumettre au jugement de l'Eglise, partout où ils le trouveront, ne suffisait pas pour les justifier? (Tamô. Anal., etc., § 185. ) Ce seraient maintenant autant de sectes hérétiques et schismaliques; car, dans un temps ou dans un autre, l'Eglise s'est suffisamment expliquée sur chaque point de leurs théories. Mais autant il vous est facile d'échapper au reproche de rébellion, autant vous aggraveriez votre faute, si vous affichiez l'insubordination, si vous vous en faisiez gloire, si vous paraissiez opposés à cet esprit d'unité, qui distingue les véritables membres de Jésus-Christ. Remarquez en outre, qu'il ne suffit pas de vous déclarer disposés à vous soumettre à l'Eglise, ni de croire que ce n'est pas elle qui a jugé dans le concile de Trente : il faut encore ne pas prévenir son jugement. Celui qui voudrait, sans son autorite, définir et ériger en dogme ce qu'elle abandonne aux disputes de ses enfants , se rend également coupable de schisme, et peutêtre même d'hérésie. La variété des opinions ajoute quelquefois, il est vrai, à la beauté de notre sainte religion, parce qu'elle prouve l'application des fidèles à rechercher la vérité dans le sein de l'Eglise ; mais on ne peut jamais consacrer ces opinions, ni les autoriser par des lois, ni les faire entrer dans les actes publics des synodes. C'est là le tort que vous avez eu, et je dirai même, votre premier, votre principal tort; et si vos Eglises le réparaient, elles seraient dans la condition de nos écoles, et se confondraient avec elles ( Votiez la Teol. Piac, lett. 111 , p. 200, et l'Anal, cit. § 183 ). 11 est vrai que

(l) Voyrz vt maria deicotic. e thudi apprm. e disapp. dot pupi, qui se vend en Italie, ouvrage janséniste.

107C celles-ci continuent à flatter le pape; in.-iis,

d'aprèa ce que |« vous ai «lit do véritable sentiment de l'Egliae, il vous est facile de comprendre que ce n est i.i qn une pan

rémonie, et que, comme elle est s;iI)s aucune importance, vos Eglises pourraient également s'\ conformer. Il faut un chef, qui aen e de aj uibole à l'unité. L>ea Pères ont ens< igné, Calvin lui-même, (irotius et tant d'autres ^ sont convenus qu ■ tel avait été le caractère de sain! Pierre; et vous pouvez l'avouer aosai. Alors il ne vous manquerait plus rien, pour être en droit d'être regardés par l'univers catholique comme appartenant essentiellement à lu nitc.quoiquc vous fussiez par le fait indépendante du pontife romain, et Indifférents à sea foudres les plus terribles : <;ir c'est une erreur grossière, et tout homme de bon sens en convient, de croire que liait et l'unité emporte celte dt la dépendance et dt l<i subordination, puisque V unité peut se trouver dans une société d'amis [ Lett. il, .1. p, ni. gfg. areipr. di... sopra le questioni moderne , dans le recueil de Pist., t. VII) tous égaux en autorité.

11. Je finis, mes très-chers frères. J'ai tâché de remplir le ministère dont je dois rendre compte à Dieu et à l'Eglise, en vous exposant d'abord avec précision et dans toute son intégrité sa foi sur les vénérables prérogatives du successeur de saint Pierre, et sur quelques autres points, à propos desquels vous lui faites d'injustes reproches: et ensuite en vous montrant cet esprit de paix , que vous méconnaissez, lorsque vous vous imaginez ou que c'est elle qui vous a ju<rés avec tant de sévérité dans le fameux concile de Trente, ou qu'elle n'écoutera pas les réclamations que vous lui adresserez avecla soumission el la prudence convenables. C'est à vous maintenant de cesser d'insùld r et de blesser les souverains pontifes , contre le précepte de la charité, de leur rendre les témoignages de respect que prescrit un usage insignifiant, de protester de votre soumission à l'Eglise, de la consoler ainsi après tant de douleurs, et d'assurer tout à la fois, par ce moyen, l'honneur de vos sociétés et le succès de vos systèmes. La paix n'est possible qu'avec des concessions départ et d'autre : la mère n'a plus rien à cédera ses enfants: il faut maintenant que les enfants rèdenl quelque chose a leur mère. D'autres essayèrent inutilement d'opérer celle réconciliation [Voyez Rescio, Cent, au mol Pacificalores) ; maislescirconstances favorables où nous vivons, l'expérience déjà trop longue que vous avez faite des maux causés par votre opiniâtre el scandaleuse scission, et enfin les dispositions pacifiques de l'Eglise, qui est pleinement convaincue que c'est uniquement la faute d'un malentendu, nous promettent un succès plus heureux et durable.

Réponse des protestants au novateur moderne.

1. Si nous avons été vivement touches de la charité el du zèle qui animaient votre parole, le ton de votre discours n'a pu qu'aug-

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE

monter encore notre affliction. Nous sommes, dites-vous, des enfants infidèles à l'Eglise , qui la déchirent inhumainement, insensibles à ses douleurs, sourds à sa voix plaintive? Celle accusation n'est pas moins injuste en elle-même, que déplacée et inconsidérée dans voire bouche; car vous deviez bien prévoir que vous ne pouviez nous la faire, sans la voir retomber d'elle-même sur votre secte. En effet, si vous en êtes venus enfin à reconnaître, avec nos vénérables pères, les vices et les souillures de l'Eglise romaine , comment ne comprenez-vous pas l'obligation commune à tous, à vous aussi bien qu'à nous , de vous y opposer avec courage , au lieu de les approuver ou par une complaisance coupable ou par un honteux silence? 2. C'est donc se révolter contre l'Eglise , que de serécrier hautement conlreles abus et la violation des canons (Confes. Aug., art.de Abusibus, uu commencement ), reprobare consuetudincs, mores et usus in Ecclesia aberrantes a spirilu Ecclesiœ ( Tamb. de font. Theolog. diss. k, c. 4, § 43), alque ctiam errores , prœjudicia, abusiones latissime in Ecclesia setpentes? (Ibid., § 44.) C'est donc l'insulter, l'outrager, que de lutter avec courage contre l'erreur, qui, soutenue par le plus grand nombre, a la sacrilège hardiesse de prétendre à la place de la vérité? ( Tamb. Anal., § 52.) C'est donc fermer l'oreille à sa voix, que de résister aux prêtres et aux docteurs, qui veulent nous entraîner avec la multitude dans la prévarication et Vidolâtrie? (Ibid., p. 113.) Pouvez-vous dire que ce soit là manquer de fidélité à notre sainte Mère? N'est-ce pas pas plutôt un monument élernel de notre attachement pour elle, et de la haute idée que tout chrétien devrait avoir de sa sainteté, de sa pureté, de cette beauté qui ne souffre ni tache ni ride? S'il en était ainsi, il faudrait donc aussi appeler infidèle à sa véritable mère l'enfant qui, pour ne pas l'abandonner, refuserait à une marâtre le tribut de ses affections filiales. Y a-t-il rien de plus opposé à toute raison, et de plus voisin de la folie, que de pleurer sur les ténèbres , les agitations et les perles de l'Eglise catholique, et de se ranger parmi ceux qui sont la cause de cette obscurité , qui l'affligent , qui s'acharnent contre elle? Non, ces larmes ne sont pas sincères, ce n'est pas une vraie piété filiale, ce zèle n'est pas selon l'Evangile. Et vous , qui, après avoir enfin ouvert les yeux à la lumière de la vérité, pleurez avec nous sur ses maux, et unissez vos réclamations à celles que nous élevons depuis si longtemps contre la main tyrannique qui la frappe, ne voyez-vous pas que vous ne pouvez désapprouver notre conduite , sins èlrc bien justement accusés de montrer de la duplicité et de contredire vos paroles par votre conduite ? En effet , ou il est vrai que l'ambition , l'ignorance et le fanatisme ont réellement causé de très-grands maux à l'Eglise , ou cellt accusalion ne repose sur rien : si ces maux sont réels, la force et la sincérité de votre attachement à l'Eglise doivent être la mesure de l'acharnement et de la résolution avec lesquels

vous devez déclarer la guerre aux ambitieux, aux ignorants et aux fanatiques qui en sont les auteurs; si ces maux sont purement imaginaires, pourquoi cet empressement inquiet, pourquoi ces clameurs et ces doléances ? Pourquoi, au lieu de nous exhortera dissimuler notre foi et à trahir notre conscience , contre le beau précepte de saint Grégoire, nil per ostensionem fingere, vera ut sunt diligere, falsa devitare ( S. Greg. Mor., lib. X, c. 26 ) , pourquoi, dis-je, ne commencez-vous pas par nous prouver que votre Eglise romaine a toujours conservé l'intégrité de la foi, la sainteté des mœurs et la pureté de la discipline ? Vous n'avez rien à répondre à ce raisonnement : car, si vous reconnaissez la réalité de ces maux, et que, malgré cela , vous conserviez des rapports de fraternité avec ceux qui les causent, sous le prétexte que vous ne voulez pas vous séparer de l'Eglise catholique, vous avouez que cette Eglise n'existe que parmi eux ; et par conséquent vous confondez l'opprimée avec les oppresseurs, l'esclave avec les despotes, la victime innocente avec les bourreaux quil'égorgent; vous la déclarez coupable de toutes ses disgrâces, ennemie d'elle-même et véritablement suicide. Peut-on imaginer des extravagances plus grandes? Peut-on lui faire une plus grande injure? Nous n'allons pas à ce point de stupidité; nous ne sommes pas si inconséquents. Tous ceux qui avilissent l'Eglise, qui la persécutent, qui lui font la guerre , sont généralement regardés parmi nous comme ses ennemis, et, en celte qualité, nécessairement exclus du nombre de ses enfants : nous n'avons donc pas, comme vous vousl'imaginez, le projet de réformer l'épouse de Jésus-Christ, comme si elle pouvait avoir prévariqué (Tamb. Anal., §183); les auteurs seuls de tous les scandales qui la défigurent, sont l'objet de notre exécration. C'est vous qui méritez bien mieux ce reproche. Nous ne nous sommes pas séparés de l'Eglise pour avoir rompu avec ses ennemis, puisque nous nous sommes éloignés de ceux-ci précisément pour lui rester inséparablement unis. Demandez-nous après cela pourquoi nous nous sommes séparés. Il nous suffit, pour vous en rendre raison, de vous montrer ceux que nous avons quittés. Nous avons abandonné ces tribunaux illégitimes, ces juges usurpateurs , celle foule d'évêques ignorants, qui, violant le plan d'une institution divine, se sont emparés des hommages et des adorations d'un peuple aveugle, et, dans leur frénésie, ont eux-mêmes adressé un culte impie aux fantômes de leur imagination et de leur orgueil ; nous avons secoué le joug de la domination des papes qui se vantent d'être supérieurs aux canons des conciles et de VEglise universelle (Tamb., Vera Idea, p. 87), et nous nous moquons avec vous de leurs congrégations (Ibid., part. 1, c. 4); nous avons cru avoir le droit de résister aux évéques, qui, en s'affranchissant des synodes diocésains et des conciles provinciaux (Ibid., § 21), se sont arrogé une puissance usurpée; et nous nous sommes fait un devoir sacré de

DÉMONSTRATION ÊVANGÊUQUE. GRÉGOIRE XVI

ne pas reconnaître tous ces conciles, qui, par ignorance , ou pour loute autre rau o, ont coopéré a la subversion totale du gouvernement ecelétiaêtique établi par .1 Christ, en adoptant le plan nouveau de l'imposteur Isidore, el en 1" cons u ranl par hais décision* [Vera Idea, />. NT . N'avons-nous pas aiusi déclaré ouvertement que tout esprit de domination est banni àe l'Eglise, quelle ne souffre point d'usurpation , que son gouvernement n'es! pas celui de l'ignorance, mais de la sagesse [Ibid., part I , c. 1. fi 2\ • ('1 que par conséquent ces papes, ces évéques, ces conciles ne formaient pas la véritable Eg ise , mais la bouleversaient I Voy. le JJi^c. prélim. §24... 36)?

3. Vous direz peut-être qu'ils n'en appartiennent pas moins à l'Eglise, parce qu'ils n'en ont pas été chassés par un jugement canonique, et que par conséquent il faut rester dans leur communion. Oh ! mes frères, excusez l'impétuosité d'un mouvement causé par le zèle de la vérité; ô le ridicule raisonnement! ô la sotte réponse! ô la manifeste contradiction! Ils seront donc de l'Eglise, ceux qui lèvent contre elle l'étendard de la rébellion, qui renversent ses tribunaux, qui rendent la prévarication universelle, qui usurpent son autorité, qui exigent des chrétiens une soumission et des hommages qui lui sont exclusivement dus? S'ils appartiennent à l'Eglise , il faut dire ou que ces papes, ces évéques, ces nombreux conciles introduisirent et autorisèrent par leurs décrets et par leurs lois le plan subversif i\e la première institution, sans en professer la doctrine; ou que l'Église n'exclut pas de son sein les professions de foi les plus différentes et même les plus opposées , et qu'elles donnent toutes une idée exacte de son gouvernement, quel qu'il soit. Donc ou l'unité n'est plus son caractère , ou bien les professions contraires ne détruisent pas cette unité. Dans le premier cas, nos sociétés ont le droit d'être elles-mêmes comptées dans l'Eglise; et, dans le second, vous êtes en contradiction avec vous-mêmes, quand vous voulez nous convaincre d'avoir évidemment perdu l'unité et par conséquent la communion de la véritable Eglise, parce que nous avons autorisé par des lois, et enregistré duns les actes publics de nos synodes les variations survenues dans les doctrines de hoa Eglises (Teol. Piac, lett. 3, pag. 200, et Annal. S 18.);. Car ces diverses professions n'empêcheraient ni que nos Eglises n'en formassent qu'une seule entre elles , ni par conséquent qu'elles ne fussent unies avec la vôtre dans une seule et même Eglise. D'ailleurs autre chose est, se trouver dans l'Eglise, autre chose est renfermer l'Eglise en soi. Or ces papes, ces éi eques, ces nombreux conciles ne se contentaient pas de se donner comme appartenant à 1 Eglise, mais encore ils prétendaient la représenter formellement et exclusivement ; et par là, d'après vos propres principes, ils se séparaient eux-mêmes de la seule véritable Eglise. On ne pouvait donc leur obéir sans partager leur prévarication. Vous le

reconnaissez vous-mêmes, puisque, pour prévenir le peuple contre leurs usurpations

cl leurs violences , pour le soustraire à leur dépendance, pour le présen er de leur séduction, vous avez fait à votre zèle et à votre charité les plus généreux sacriGces : celui de votre repos poui composer un si grand nombre d'ouvrages, celui de votre intérêt en les

publiant, relui même non-seulement de v <itr <■ tranquillité, mais <!e votre réputation, pour les soutenir el les défendre, désirant avec

Paul devenir anathènus pour vos frères.

Pourquoi donc voulez vous maintenant abattre el détruire d'un seul coup un édifi magnifique el qui vous fait tant d'honneur, en nous reprochant une scission , dont vous auriez eu la gloire, si vous ;lv iez prei édé nos P iri arrhes?

■V. Mais on peut, dites-vous, communiquer sans dépendre. Fi donc! Laissez là des cx< lise- si puériles et si peu raisonnables; qu'il ne soit pas dit que la faiblesse el les considérations humaine- vous détournent de la voie OÙ la vérité vous appelle , c'est-a-dire vous empêchent de protester à la face du monde entier, et pour l'édification universelle, que vous n'avez que faire, que vous ne voulez avoir aucun commerce avec ces tribunaux illégitimes, usurpateurs, ignorants, élevés par l'ambition et par la force sur les ruines du gouvernement établi de Dieu. A proprement parler, la division est déjà opérée pour le fond. Dès qu'on n'est plus soumis a un tribunal, on n'a plus rien de commun avec lui, il y a séparation réelle; car un tribunal et un individu quelconque ne sauraient conserver entre eux, au moins pour le gouvernement, de l'union, un lien, que par les qualités relatives de juge et de sujet, que par l'autorité de l'un et la dépendance de l'autre. Parcourez tous les systèmes de gouvernements, soit ecclésiastiques, soit civils; où trouverez-vous rien qui ressemble à vos rêves? Présentez-nous, si vous l'osez, un seul exemple de celte chimérique communion ; donnez-nous un cas, où la volonté d'un souverain légftime ou illégitime, manifestée par des lois et des décrets, soit foulée aux pieds par chacun , où ses décrets soient nieprises et ses lois transgressées, sans que les transgresseurs passent pour rebelles. Otez l'obligation d'obéir, vous ôlez le droit de commander; si le droit est légitime, cette prétendue indépendance sera une véritable rébellion; s'il ne l'est pas , l'indépendance serait une protestation juste et légitime contre l'usurpation. L'union, dans les deux cas. serait déjà rompue , puisque les relations de souverain et de sujet n'existeraient plus.

5. Nous communiquons, dites— vous, in de- ( isis : c'est en cela seul que nous faisons corps avec ces papes, ces évéques et ces conciles ; mais par qui ces choses ont-elles été décidées? Est-ce parées tribunaux incompétents) Non. sans doute : leur incompétence rendrait cette décision nulle. Dislinguerez-von- dans ces décisions celle- qui sont le produit de

l'orgueil, de la lâcheté, de l'ignorance des

temps, de celles qui vous paraissent avoir ele

TRIOMPHE OU SAINT-SIEGE ET PL' L'ÉGLISE

dictées par un zèle pastoral , par la science évangélique, par la piété chrétienne ? Déplorerez-vous dans les premières la présomption de l'homme , et respeclerez-vous dans les secondes l'autorité de l'Eglise? Mais ce sont les mêmes juges, et vous dites qu'il n'y a qu'une Eglise; comment donc est-il possible que , dans une décision , elle ne soit qu'une même chose avec eux , et que , dans une autre, elle les regarde comme ses ennemis et ses persécuteurs? Ils enseignent, nous vous l'accordons, sa doctrine en quelques points; mais si, dans un cas, ils ne sont pas revêtus de son autorité, ils ne le seront pas plus dans l'autre. Vous regardez donc l'objet de votre communion comme décidé, non parce qu'il l'a été par ces tribunaux , mais parce que vous croyez qu'il l'a été par l'Eglise : ce qui prouve que, malgré la communion que vous entretenez avec eux, vous en êtes réellement indépendants ? En effet, nous vous demanderons à l'instant, qu'est-ce que cette Eglise? C'est sans contredit celle où il n'y a pas d'usurpation, dont les juges ne sont pas dans l'ignorance , dont les lois ne sont pas injustes , celle qui ne peut être infectée de maximes et de préjugés erronés. Mais cette Eglise , en quel temps , en quel lieu la placez-vous? A quel signe la reconnaissez-vous ? Ou elle cessa d'exister à l'époque des innovations introduites dans son gouvernement, ou elle y survécut; si elle cessa d'exister, la question est résolue; si elle y survécut, dites-nous en quel lieu et sous quelle forme. Il faut répondre à cela catégoriquement. Se trouvait-elle parmi ses ennemis? Non certainement , nous l'avons prouvé. Avait-elle la forme de son gouvernement primitif? Non, puisque les tribunaux succombèrent sous leurs usurpations. Où était-elle donc? Dans le petit nombre de ceux qui, s'opposant avec force aux envahissements du faste et de l'erreur , restaient dans la communion de ses adversaires eux-mêmes par rapport à certains points? Mais ils ne possédaient pas les privilèges de l'Eglise, que vous élevez si haut. Si vous dites qu'<7s en enseignaient la doctrine, sans en avoir l'autorité , ce qui, selon vous , arrive quelquefois (Tamb. Anal. § 49), le point n'est donc pas décidé, car Y enseignement n'est pas une décision (Ibid. § 56). Par conséquent quelle nécessité y a-t-il de communiquer en cela avec ces papes, ces évêques et ces conciles? Si vous pouvez vous en dispenser pour un arlicle, vous le pouvez également pour tous ceux que vous prétendez avoir été définis depuis la funeste époque du bouleversement total du gouvernement ecclésiastique; ou si vous jugez à propos de ne pas le faire, parce que vous en admellez la doctrine, au moins ne pouvez-vous, sans injustice, accuser de schisme ceux qui sont d'un autre avis, puisque vous ne communiquez réellement pas in decisis.

G. Mais quelle n'est pas la souplesse de l'esprit humain? Ni l'un, ni l'autre parti, dites-vous, ne formait séparément l'Eglise; elle se composait de leur réunion, qui con-

stituait sur ce point déterminé l'universalité requise pourrendre un jugement décisif.C'est bien; si l'Eglise ne se composait exclusivement ni de ces juges, ni de ceux qui leur étaient contraires pour les opinions nouvelles sur le gouvernement ecclésiastique, et qui leur étaient unis dans les autres articles de votre prétendue communion, qu'est-ce qui vous autorise à unir ensemble ces deux partis, pour en faire en ce point Y Eglise jugeante, au lieu de reconnaître dans le troisième parti l' Eglise enseignante, ou au moins d'y voir un bon motif de croire que les deux autres n'ont pas Vuniversalité nécessaire? Les juges, par là même qu'ils sont illégitimes, n'ont aucune autorité originelle et absolue pour définir et pour condamner. Leurs partisans n'ont donc pas plus de pouvoir pour confirmer les décisions et les condamnations prononcées par eux, que leurs adversaires n'en ont pour les annuler, quand même le nombre de ceux-ci serait le plus petit (voy. le chap. 22). Il faut donc recourir, comme vous le faites, aux monuments de l'Eglise ancienne, remonter aux temps antérieurs à son oppression et aux maux qui l'ont défigurée, à ces temps où elle pouvait faire entendre librement sa voix du haut de ses tribunaux, pour déterminer les points précis de votre communion en les comparant successivement avec la vraie croyance; il faut rejeter, comme une erreur très-pernicieuse , la maxime de ceux qui voudraient tout réduire à l'enseignement actuel de l'Eglise, sans égard pour la doctrine et la foi des temps passés ( Tamb. Anal., § 46); car il est possible que les cris de l'erreur étouffent tellement sa voix cl la rendent si faible, qu'on puisse à peine la remarquer (Guadagnini, note I). sur la lettre de Collini). Or, dans celle hypothèse, il est clair que vous ne communiquez avec l'Eglise actuelle, c'est-à-dire avec le corps des pasteurs prévaricateurs, que dans les points où elle communique avec l'ancienne, et que c'est vous qui déterminez les points qui leur sont communs. En effet, les jugements des tribunaux illégitimes d'à présent ne peuvent faire autorité, s'ils ne sont pas conformes à l'antiquité, et vous n'avez aucune décision qui vous assure de celte conformité, indépendamment de voire jugement particulier. C'est donc sur votre jugement que repose votre communion, sinon pour l'objet, au moins pour le motif. Mais il n'est personne qui ne sache, et c'est même pour cela que vous vous élevez contre le nouveau système de gouvernement introduit dans l'Eglise, il n'est, dis-je, person e qui ne sache que ces pasleurs prétendent vous imposer une soumission aveugle à leurs décrets, qu'ils ne vous permettent pas de les juger avec vos propres lumières, mais qu'ils exigent que vous les croyiez conformes à l'antiquité, sur leur simple parole. Lors donc que vous les adoptez, non propter eorum loquelam tantum , mais ensuite du parallèle que vous avez établi, vous joignez à la profession que vous en faites une protestation pratique contre leur autorité, et voilà une nouvelle marque d'in-

DÉMONSTRATION l'A W.l'l.lul I . (.UftiOlItC XVI.

dépendance, fei par conséquent de division. Donc, même fti fléchis, vous communiquez

sans dépendre; et si «'est là nue véritable communion, donc on pourra résister â son BOuverain et lui dire : Uolumus hune reghare super nos; on pourra le dépouiller de son autorité , refuser de se soumettre à ses décrets, sans pour cela se soustraire à sa domination, sans annoncer l'intention de se séparer de lui; el il suffira d'adopter ses pensées en quelques points, d'exécuter quelques-unes de ses lois, et cela pour tout autre motif que celui qu'il a de penser et de commander de la sorte. Ce serait faire tort à vos lumières, flétrir la gloire que vos sublimes doctrines vous ont acquise, que de vous sup-

Soser capables de discours aussi absurdes, e paradoxes aussi extravagants.

7. Mais supposons qu'il soit absolument possible de communiquer avec les tribunaux actuels sans en dépendre. Qui est plus attentif el plus fidèle que nous à communiquer ainsi? Attachés à l'antiquité, nous nous faisons gloire d'être unis à l'Eglise primitive, de vénérer comme nos pasteurs légitimes les Ignace, les lrénée, les Cyprien, les Allumasse, les Ililaire, les Ambroise, les Basile (Dmjer Controv. cum pont, prœf), et de reconnaître pour nos frères tous ceux qui, dans la suite des temps, ont professé la pure doctrine de ces Pères. Nous regardons comme une règle de foi le consentement de l'Eglise universelle, docentes in universum et defndentes, quod calholica Ecclesiajam inde ab inilio docuit et défendit., rejicientes et damnantes quod ipsa unanimi consensu rejecit et damnavit (Jbid.). Suivant la règle de saint Vincent de Lérins, nous ne traitons d'hérétiques que ceux qui rejettent quod semper et ab omnibus traditum (Dreyer. de Hœrel.supplicio, p. 779); et par conséquent, diminuant, d'après vos propres principes, le nombre des décisions relatives, nous communiquons même avec quelques-uns de ceux dont vous refusez la communion. Nous ne cessons de reprocher, avec Optât de Milève, à nos adversaires, quod Ecclesiam apud se solos esse dicunt (Controv. cit. Prœfat.), et d'avoir injustement resserré leur communion dans les bornes étroites de la partie la moins considérable de l'Europe. Enfin, in communionc totius Ecclcsiœ persistent es, a nullo nos lemere separarimus (Jbid.). Non, de toutes les sociétés qu'on pourrait citer, il n'en est aucune qui soit moins étrangère que la nôtre à l'esprit de schisme. Nous pourrons être dans l'erreur; nous pourrons ne pas bien distinguer, à travers les ténèbres de l'antiquité, la véritable Eglise, à la foi de laquelle nous entendons nous soumettre ; celte foi pourra se trouver parmi nos ennemis : qu'est-ce que cela fail? Perdrons-nous pour cela la communion ? Vous pourriez le supposer, si nous étions moins soigneux de rechercher les \crilcs catholiques dans les monuments des siècles primitifs ; mais puisque nous remontons, nous aussi, aux tmips anli:riears, pour vérifier nos doctrines, nous avons le droit de prétendre être des vôtres, et nous voulons être considérés comme ap-

partenant toujours ,j L'Eglise. Vont ne poo- \< / nous le < unlesler.à moins de m< i iprincipe, qui seul p ut assurer la commuai /ii entre les partis divers et même i ontr.n-

i' - qui ont partagé et qui parlagei votre Eglise romaine, qu'en tuant a toi C antiquité pour rattacher ut opinion* a l'unité de doctrine, ou accorde par le fait i non due à la croyance commune Tamb. Anal., § 185). <)r c'est i,i règle que nous avons jours-suivie, c'est la conduite que nous avons

toujours tenue, el qui nous met enliercm ni

à l'abri de toute accusation.

8. En quoi faites-vous donc consister le (rime de notre séparation , ou plutôt pourquoi nous appelez-vous dissident.'' Est-ce parce que nous nourrissons des sentiment! contraires à la charité, à l'union fraternelle ? Quant à cela, nostrœ conscientiœ tuti saut, postquam icimus, nos, tummo studio concordiam constituer e cup non passe

plqcare advcrsqrios niti manifestant projiciamus (Conf. Aaij. de Conj. Sa, ml. cire. fin.). Est-ce parce que nous ne communiquons pas avec Rome? Mais en communiquant avec iuneienne Eqlise , nous sommes aussi en communion moi omnibus legitimis orbis doctoribus . quicumerut et ubicumque fuerint (Dreyer. cit. J'nrf. , et par conséquent avec la chaire apostolique, qui n'est autre chose que la doctrine apostolique (Voce délia veritù , p. 61. j, et même avec l'Eglise de Rome, en tant qu'elle rmm pose la doctrine de l'Eglise universelle \ Tamb., Vera Jdea, etc., p. % c. k, § 7); nous ne refusons de communiquer avec vous que pour les choses que nous ne crovons pas avoir été encore décidées par le consentement de celle même Pulise universelle. Pourquoi n'avons-nous pas des évéques? Pourquoi donc nous exallez-vous tant la constance de ceux d'LTrecht à s'en passer comme nous, plutôt que de céder, pour les nominations et les élections, aux usurpations des papes, et de renoncer à leurs doctrine-: ( Tosini , Storia dei Gians, lib. III. p. -1\~ . 271.) N'avons-nous pas, nous aussi, déclaré plusieurs fois que, non abnuissemus matière sub episcoporum pontificum reqimine, si per ipsos licuisset . et que loul notre désir était de servare politiam ecclcsiasticum f ( Apolog. Conf. Aug. ad art. 14.) N avonsnous pas proteste solennellement à lout l'univers , que nous nous somme< soustraits à leur obéissance uniquement parce qu'ils voulaient nous contraindre à observer des traditions,, qutv bona conscientia servari non possunt. Nos Egiises n'ont jamais exige deévéques, ut honoris sui factura tardant concordiam, quod tamen dcccbit bonos / ■-- (ores facile. Tantum pelunt . ut injusta onera remittant 01MB nova sont ( et vous en avez vous-mêmes reconnu enfin la nécessité prteter consuetudinem Ecclesim caiholicœ rccepta... Mon idagitur, ut dominatio eripiatur episoopit; ted hue unum petit ur, ut patiantur Evangelium pure duceri , et relaxent fianças i/uasdam obs> rvationcs , qiur sine peccalo servait non possunt. (Juodsi nihil remisirint.

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE

(psi viderint quomodo Deo rationem reddituri ; sint , quod pertinacia sua causant schismati prœbent [Conf. Aug. in fine). Mais nous pouvions ne pas les seconder dans leurs erreurs, ne pas flatter leur orgueil, nous opposer à leur despotisme . et tout à la fois leur être soumis pour le reste. Jl est vrai, novimus quod et errantibus episcopis subesse possumus , modo nos tolèrent , ce que nous ne pouvons obtenir, même à force de larmes, de leur ambition et de leur tyrannie: Sed sacerdotes nostros aut cogunl hoc doctrines genus, quod confessi sumus , abjicere ac damnare , aut nova et inaudita crudelïtate miseros et innocuos occidunt ( Serrao, de Cl. Catech. -p. 35, Teol. Piac. I. III, § 35). Devrons-nous être regardés comme séparés de l'Eglise , parce que nous refusons généralement et absolument aux évoques le pouvoir des clefs et l'autorité du gouvernement? Une pareille calomnie pourrait bien avoir été inventée par quelqu'un de leurs apologistes gagés, ou par quelque aveugle adorateur de leurs chimériques prérogatives ; mais nous n'avons rien de semblable à craindre de ceux qui sont capables d'un noble désintéressement, et qui , connaissant bien la nature du ministère épiscopal , ne veulent pas être les esclaves de r ambition et de l'injustice. Avons-nous jamais contesté aux éveques la faculté d'instruire , de persuader, de reprendre avec mansuétude, de prier, de donner des conseils? Comment pouvez-vous donc nous accuser de leur ôter tout ce que vos illustres maîtres leur accordent ? Nous disons seulement qu'ils se sont écartés de l'institution primitive , et qu'on ne doit pas obéir à celui qui, au lieu d'instruire, insinue l'erreur; qui, au lieu de persuader, séduit; qui, au lieu de reprendre avec mansuétude , condamne et met à mort; qui, au lieu de prier et conseiller, commande d'un ton de souverain. Serait-ce parce que nous nous rions de leurs censures? Mais de quelles censures nous moquons-nous, sinon de celles qu'on dit obligatoires en conscience, et qui, exigeant la soumission de l'intellect, au préjudice de la liberté de penser, ne sont que de vains attentats de la force coactive? Or celle force coactive, qu'a-t-elle de commun avec l'instruction , avec la persuasion, avec de doux reproches, avec des prières, des conseils? Et par conséquent ne doit-elle pas être comptée parmi les prétentions et les usurpations du corps épiscopal ? Pourquoi sommesnous excommuniés? Mais par qui le sommesnous , et pour quelle raison ? Par les tribunaux illégitimes d'à présent, qui voudraient nous obligera rendre hommage à leur ambition, et à nous soumettre à leur despotisme , en renonçant au droit originel de remonter aux temps antérieurs , et de rester attaches à la foi et au gouvernement de l'ancienne Eglise. L'excommunication est donc nulle , tant à cause de l'incompétence du juge qu'à cause de l'injustice du motif; elle retombe donc sur celui qui l'a fulminée ; c'est lui qui se sépare de l'Eglise. Serons-nous schismatiques , parce que nous l'avons reçue, au

lieu d'imiter l'exemple de ces justes , qui Çhristi tempore a synagogœ pastoribus excommunicali , non tamen se segregabant a communione pastorum synagogœ, neque acceptabant excommunicationem contra se prolatam? C'est l'objection ridicule que fait votre grand théologien et canoniste le Gros ( De Eccles. c. 1 , § k , p. 110 ), Eh bien 1 soit , que nous ne soyons plus dans la communion extérieure de l'Egli e ; nous le souffrons en patience, d'après la maxime sacrée, que celui qui a été excommunié innocemment doit se contenter du témoignage de sa conscience,.... aimant mieux être éternellement séparé du corps de l'Eglise que d'y occasionner ( comme vous l'avez fait ) quelque trouble, en voulant se maintenir , contre la forme des lois et du gouvernement ecclésiastique , dans la communion extérieure ( Petitpicd, Lettre à une dame, dans le recueil des Ôpusc. de Pist., t. VIII); nous savons d'ailleurs, nunquam exire ab Ecclesia , qui Deo Jesu Christo alque ipsi Ecclesia? per charitatem affixus est ( Voy. la prop. 91 de Quesnel ). Pourquoi donc le serions-nous ? Enfin, dites-le-nous avec précision? Ah ! non : vous ne le pourrez jamais. Nos principes sont trop semblables aux vôtres. Prenez garde, après n'avoir pu nous convaincre de prévarication et de rébellion pour le fait de noire scission extérieure et involontaire , d'être vous-mêmes , après tant de démonstrations d'une sincérité apostolique , après tant de sacrifices , justement accusés d'adulation et de vues intéressées , à cause de votre union apparente avec la synagogue actuelle , union où vous ne pouvez persévérer, sans vous contredire et sans trahir scandaleusement votre cause; prenez garde, dis-jc , que votre vénération pour une hiérarchie chimérique ne soit comparée à l'hypocrisie vénale des ariens , qui ne souscrivirent au concile de Nicée , que pour complaire au prince et conserver leurs évëchés (Euscb. Vît. Const. I. III, c. 13); vous perdriez ainsi tout le fruit de vos sueurs , et il ne nous resterait que d'adorer les prolonds jugements de Dieu , permettant qu'une si grande gloire aille s'éteindre dans une si grande lâcheté.

9. Voilà donc notre conduite pleinement justifiée contre vos accusations ; voilà les justes raisons que nous avons de nous plaindre du Ion injurieux de votre discours ; voilà l'obligation où vous êtes de nous montrer plus d'égards, si vous voulez non-seulement ne pas contredire vos doctrines, mais ne uas manquer à cet esprit de charité; dont vous faites preuve en noustrailanl de frères. J'emprunterai doue la réponse adressée par un savant apologiste de la nouvelle léformeà la circulaire de la célèbre assemblée du clergé de France de 1682, qui ne montrait pasmoins de zèle que vous pour nous attirer à la communion extérieure des papes, mais qui la mettait à des conditions bien plus déraisonnables et bien plus dures ! Si nous sommes schis-

matiqUes, hérétiques nojts neméritonspan

que VOUS nous appeliez vos frères; votre charité va trop loin: vous justifiez le crime, vous

DÉMONSTRATION ËVANGÉLIQUE. GRÊGOIRI \\i.

l'adoptez ; si nous sommes vot frères, vos eh n frères, noua ne méritons po* que do appeliez schismaliques, hérétiques, et de tous ces autres noms [Réponse apologétique • messieurs du clergé de France sur les Actes, etc. 1U8.'J). Voilà donc enfin ce qui fait, au milieu de tant de malheurs, nuire consolation, noire refuge dans noire éi;ii de dispersion , notre BOUlien dans noire abandon, et noire

plus forte défense contre les calomnies des ambitieux, des ignorants et des fanatiques: vous communiquez vous-mêmes avec nous.

Cola révolte votre politique anlicbrélienne, votre zèle s'en indigne ? Dites donc que nous sommes bors de l'Eglise ; appelez donc légitimes les tribunaux qui nous condamnèrent et dont nous vivons séparés; soutenez (pie leur autorité n'était pas usurpée, mais originelle; qu'ils représentaient seuls l'Eglise, en l'absence d'une grande partie du Nord; et par conséquent que l'Eglise était coin entrée dans ses oppresseurs, et qu'elle autorisait contre elle-même les attaques du despotisme, tout en gémissant sur les maux de son esclavage ; en un mot, qu'elle était elle-même son tyran. Vous ne voulez pas admettre ces dernières conséquences? Indiquez-nous donc quelle est et où se trouve celle Eglise qui, persécutée par les papes et les papistes, par les évêques et les épiscopaux, n'était pas représentée par eux, cl dont cependant, selon vous, nous nous sommes séparés, en nous séparant de ses ennemis. Vous n'avez pu jusqu'à présent, el vous ne pourrez jamais nous la montrer. Vous devez donc avouer que la vraie Eglise, c'était celle sur laquelle nous répandions des larmes de compassion, et dans le sein de laquelle nous vivons encore; et, si vous en convenez, vous voilà, sinon extérieurement, au moins d'esprit, en communion avec nous : sans quoi vous sortiriez vous-mêmes de la communion de l'Eglise.

10. Ce que nous avons dit devrait suffire, ces considérations devraient vous convaincre pleinement, quand même il s'agirait de justifier en tout point la conduite de nos saints Pères Luther et Calvin : on pourra dire d'eux, que, emportés par l'excès de leur zèle, et enflammés d'une généreuse indignation à la vue des maux affreux de l'Eglise, ils ont imité la liberté de Cyprien et de Firmilien contre le pape Etienne ( Voy. le c. 21) ; mais on ne pourra jamais prouver qu'ils se soient séparés de l'Eglise elle-même. Et pour Luther en particulier, qui pourrait en douter? Quelle n'était pas sa vénération pour l'Eglise catholique, et son respect pour ses jugements ? N'en avait-il pas appelé dès le commencement à elle contre les violences de Home? (Dreyer.de Prœs. conc, p. 406.) Et ensuite ne déclara-t-il pas qu'il était prêt à se soumettre aux décisions d'un concile légitime et œcuménique? H demandait seulement, pour le reconnaître pour tel : 1" qu'il fût libre, 2" qu'il fût convoqué, non parle pape, mais par les rois el les princes [Dreyer, de Conioc. conc. p. V6i) ; 3° qu'on s'y attachât à la doctrine des Pères de Baie, et signunter, auod, in controversia, lex divina,

//' ' ti, apostolorum, et prisnitit • I i clesiœ, ami cum conciliés el doctoribut fundantibus se veraciter ineaéem, pro m , \o indice m hoc concilio admittantur

lin ip •■/•. de Ja'l. conlrox . p. 139 . Conditio aus>>i équitables qu essentielles, qui n'ont reçu leur parfait accomplissement que dans les siècles les plus reculés de l'antiquité, H qui pronvent rattachement de noire patriarche à la véritable Eglise de Jésus-Christ. Mais notre union avec l'Eglise et votre uni m arec nous, sont d'autant mieux démonta par les observations présentées jusqu'ici, que d'ailleurs nous sommes bien éloignés jurer sur la parole de nos apôtres, et trèsdisposés, si VOUS nous les montrez, à rejeter impartialement les erreurs où ils pourraient être tombés, et qui pourraient éireun sujet de division entre nos sociétés et la vôtre. Nous regardons, dit notre apologiste anonyme, qui a répondu à l'assemblée du clergé de France, nous regardons Calvin connue un très-excellent serviteur de heu, et comme nous regardons tous ceux qui ont été de grandes lumières dans l'Eglise. Nous recevons ou nous approuvons sa doctrine, comme nous recevons et comme nous approuvons celle de saint Augustin, par exemple, ou celle des autres docteurs, quanti ils se trouvent conformes à la parole de Dieu. Mais nous n'avons pas juré sur les paroles de Calvin, non plus que sur celles des autres docteurs; et s'il lui était arrivé de se méprendre sur quelque point , comme cela peut arriver naturellement à tous les hommes, nous serions les premiers à rejeter ses sentiments (Réponse apol., n'f.).Vous reconnaissez vous-mêmes qu'on n'en finirait pas, si l'on voulait énumérer tous les articles, où. no u s n o u s somm es p I u s ou moi n s rapp ro ch es de la doctrine de l'Eglise, et que nous reprochons à Luther de s'être livré à un transport de colère, lorsqu'il fil brûler le droit canonique, etc. (Tamb. Anal. § 193, 196). Tels sont les monuments qui prouvent notre impartialité et la sincérité avec laquelle nous avons toujours procédé dans la recherche des vérités révélées ; c'est ce que prouvent aussi nos rariations mêmes, que par conséquent vous nous reprochez bien à tort. Au sujet, par exemple, de la primauté du pape, avec quelle liberté n'avons-nous pas modifié l'enseignement de nos apôtres, ou plutôt dislingue ce qui leur avait été dicte par la passion, de ce que. par amour pour la paix, ils n'auraient pas contesté aux catholiques, s'ils avaient été de sang-froid ? Nous accordons sans peine, que saint Pierre est primas , prœcipuus ac princeps apostolorum [Dreyer, sert. 2, preenot. 2), finira ac typus unitatts Eccle— siw (Jbid. de Primat. Pet. ant. p. 260 , et que Jésus-Christ lui a conféré les clefs ad commendationcm unitatis in uno (Ib>d. p. 253] : seulement nous nions. a**C Tons, que. dans le pouvoir des clefs, il fut supérieur aux autres apôtres {Jbid., p. 247, 258. Tamb. Yera Idea, p. 2, c. 2. § 6), que, par la pierre, on doive entendre la personne de Pierre, potins quam vcl Çhristus , i(7 confessio Pétri ( Drtyer, p. 2»9. Voce dcllà venta, p. 26), et que le

TRIO.MPIIË DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE

précepte de paître les brebis de Jésus-Christ exprime une autorité spéciale conférée au chef des apôtres, et non un devoir commun à tous (Dreyer, p. 256. Voce délia venta, p. 17). Donc, sur ce point encore, il ne peut y avoir de division entre vous et nous, quand même vous ne seriez pas là-dessus d'aeccord avec nos Pères. D'où il résulte que nous n'ignorons pas la doctrine de l'Eglise sur le privilège de la primauté de saint Pierre et de ses successeurs, mais que vous ignorez vous-mêmes nos maximes, quoique vous les suiviez dans la pratique, et que vous vous mettez ainsi au nombre de ceux qui perdent inutilement le temps à combattre (dans nos sociétés) des erreurs, ou imaginaires, ou déjà oubliées et rejetées [Voy. Anal. § 197).

11. Oui, nous dites-vous, vous ignorez, ou du moins vous paraissez ignorer la doctrine de l'Eglise, en ne reconnaissant dans saint Pierre et dans les pontifes romains qu'une primauté d'ordre, et non de juridiction. Quoique l'Eglise enseigne que dans le pouvoir de régir et de gouverner, c'est-à-dire dans le pouvoir des clefs, tous les apôtres étaient égaux à saint Pierre, et que les évêques le sont pareillement au pontife romain, cependant elle attribue à l'apôtre et à son successeur une primauté de juridiction , différente, à la vérité, de la juridiction de l'épiscopat et de l'apostolat, mais qui n'en est pas moins vraie et réelle (Fera Idea, etc., p. 2, c. 2, § 5, 6). Vous devez l'admettre, si vous voulez être de notre communion. Eh bien! C'est là, dites-vous, l'enseignement de l'Eglise? Prouvez-nous donc que nos principes y soient contraires. Montrez-nous que nous ayons jamais disputé aux papes une autre autorité que celle de gouverner l'Eglise. Nous leur refusons uniquement la primauté qu'ils prétendaient exercer contre nos Eglises, en jugeant, en condamnant, en anathématisant. Ce pouvoir de gouverner ne renferme- t-il pas le droit de juger, de condamner et d'anathématiser? S'il le comprend, donc ce droit ne donne aucune primauté au pape, puisqu'il appartient à l'épiscopat, et que les évêques sont, dans l'épiscopat , égaux au pape : s'il ne le comprend pas, donc l'épiscopat ne l'a pas non plus. Admettez-vous la première supposition? Ce sera à vous à déterminer avec précision quelle autre primauté du pape a éprouvé de notre part une opposition formelle. Voulez-vous la seconde? Cessez donc de nous opposer les décisions, les condamnations et les anathèmes du corps des évêques. Les papes , nous direz-vous, exerçaient le droit qu'ils ont de vriller à la garde des canons, d'exciter et de réveiller l'attention ,el le zèle des évêques, de crier aux armes con- 1 Ire l'erreur, et c'est en cela précisément que consiste la primauté d'autorité [Tamb. Vera ldca, p. 2, c. 3, § 6, 1C). Usèrent-ils ou n'abusèrenl-ils pas plutôt de celte autorité ? Ce que nous avons déjà dit peut en senir de preuve. Mais l'abus, ajoutez-vous, et la lin criminelle n'ôlent pas le droit. Très-bien; et, en effet, nous n'avons jamais songé à leur ravir ce droit. Nous le reconnaissons même

dans tous les autres pasteurs, et nous le regardons non-seulement comme un droit, mais encore comme une obligation universelle. Voudriez-vous par hasard le réserver spécialement au pape ? Nous ne répugnerions pas à le lui attribuer d'une manière tout à fait spéciale , pourvu cependant qu'il n'emportât pas l'obligation de s'y soumettre; mais, en outre, il faudrait alors ne pas l'étendre aux évêques, puisque ce serait un privilège de la primauté. Voulez-vous simplement que le pape l'ait dans une plus grande mesure que les évêques ? Donc les droits de la primauté et ceux de l'épiscopat seront de la même nature : car, selon la juste réflexion d'un curialiste romain, l'étendue plus ou moins grande de l'autorité n'en change pas la nature ni respèie(C«ccrtr//u' Rifless.soprala V cru Idea délia S. S.). Finissons-en donc : ne faites pas l'Eglise assez stupide, pourvouloir donner de la réalité aux rêves de l'homme ; parce que vous délirez, ne croyez pas qu'elle partage votre délire en l'approuvant : cette autorité imaginée par vous et différente de celle de l'épiscopat est une chimère. Si apostoli omîtes, in quantum aposloli,fuerunt wr/uales in regimine ecclesiastico, similiter fucrunt eequales quoad potestatem ordinis et jurisdictionis. Apostolalus enim utramque complectitur. Nec potest dici quod supra apostolicam potestatem detur adhuc alla potestas. Nam 1° non potest probari quando eam acceperint, cum quidquid acceperunt , per vocationem ad apostolalum acceperint; 2° apostolalus summus fuit gradus in Ecclesia, teste apostolo (I Cor. XII, 18) : Quosdam quidem posuit Deus in Ecclesia, primo quidem apostolos. Si summus hic gradus est, jurisdictio apostolica in Ecclesia summa est, nec admittit supra se aliam ; 3" fieri non potest, ut subjeclus œqualem liabeat potestatem cum co, cui est subjectus, in eos populos gui cliam eidem subjrcli sunt, ut qui dux est in regno non liabct in subditosœijualon potestatem cum rege (Dreyer, de Prim. Pet. pag. 232). La même chose doit se dire de l'épiscopat, puisque, selon vous, les évêques ont les mêmes droits que les apôtres, auxquels ils succèdent (Tamb. Vera ldca, p. 2, c. 2, § G) ; d'où il s'ensuit que vel omnes sunt principes, vel nullus eorum (Dreyer, de Pr. Pet. p. 255). Nous le voulons même, donnons au pape cette puissance singulière; mais prenez garde qu'elle ne se rapporte en aucune manière au gouvernement de l'Eglise, car alors elle appartiendrait à l'épiscopat; et qu'elle n'ait pas non plus pour objet la conduite et le gouvernement des fidèles, car chaque évéque possède, aussi bien que le pape, le droit d'exercer tous les actes de l'a juridiction dont il a besoin pour la conduite du troupeau qui lui a été confié ( Vera Jdra, p. 1, c. 2, § G); il faut donc qu'elle n'oblige pas les consciences, qui, d'après le commandement divin, ne doivent se soumettre qu'à l'autorité légitimement établie pour régir et gouverner dans l'Eglise. Tâchez maintenant de nous déterminer avec précision l'objet et de nous montrer la nécessité de cette espèce de primauté, et n'oubliez jamais que, si /'m-

tpeetion et la turveillance emportent avec elles une autorité réelle, elles lonl partie do gouvernement de l'Eglise, el appartiennent entièrement i If direction des fidèles. Mail n'est-il pas inconcevable que l'impossibilité où vous êtes de déterminer cet objet, et son inutilité bien constatée, ne vous (usent pis comprendre la folie de votre invention? Itel'uscrez-vous donc noire communion, parce que nous refusons au pape une autorite dont 1 origine est inconnue, l'objet impossible à déterminer) l'exercice inutile, <'esi-à-dire parce que nous ne sommes pas assez insensés pour essayer de réaliser un fantôme.

12. lin fi n supposons nos raisonnements fauv. Diles-nous donc qui les a déclarés tels ? L'Eglise universelle? où, el quand? Nous rentrons dans les investigations dont nous avons parlé plus haut ; l'argument est le même : l'a-t-clle prononcé par les témoignages précis et constants de la tradition , dans les conciles œcuméniques? Présentez-nous donc une définition claire, précise, notoire, où l'on trouve un pur fait accord non-seulement dans les paroles, mais encore dans les sentiments, et qui déclare que, outre le pouvoir de l'apostolat, saint Pierre reçut aussi celte nouvelle espèce d'autorité. Vous contenterez-vous de nous en apporter quelqu'une qui établisse, en général, sa primauté de juridiction? 11 faudra auparavant nous prouver que celle décision n'est susceptible que d'un sens bien déterminé, qu'elle n'admet point d'interprétations contraires, et que ceux qui l'adoptent ne sont pas partagés pour en fixer la signification et en expliquer la doctrine ( Voyez Tamb. Anal. § 65) : autrement, d'après vos propres règles , nous ne pourrons la regarder comme venant de l'Eglise, el même nous pourrons douter que, en s'accordant sur les paroles, les juges aient été bien unanimes dans leurs sentiments. Mais ne rencontrerons-nous pas des interprétations contradictoires , quand nous entendrons dire, d'un côté, que la primauté consiste dans la plénitude de la puissance épiscopale, et de l'autre, que c'est une puissance d'une autre espèce f N'y aura-t-il pas partage de sentiments , quand les uns diront que, si on l'entend dans le premier sens, l'autorité divine des évéques est anéantie , el que, si on la prend dans le second, il n'y a plus de primauté d'autorité? Et si, malgré cela, tout le monde est d'accord, pourquoi reproebez-vous aux papistes d'asservir l'Eglise? pourquoi eux-mêmes vous reproebent-ils de renverser le Saint-Siège*? et, dans l'un et l'autre cas, pourquoi tant de disputes et de récriminations? Si ces interprétations ne sont pas contraires l'une à l'antre, leurs conséquences ne sont pas inalliables; l'autorité de l'Eglise pourra être véritablement reconnue par les uns et celle de la primauté par les autres . pourvu que les uns et les autres le déclarent verbalement. Mais c'est faire injure à l'Eglise catholique, que de lui attribuer une définition si vague et si indéterminée : on ne peut , sans supposer qu'elle se soil jouée de loul l'univers. penser qu'elle ait pu nous proposer un in-

DÉMONSTRATÏOfl |.\ INGÉLIQUE. GRI COIRE \\i. | m

bonal, i i H- faire connaître en même temps avec précision l'origine et la nature de ses il m is : .m i,i ni aurait ralu qu'elle nooi eût laisse la liberté de lui obéir, ou de nous en affranchir dans la pratique; or, dans l'hj potbèse a< tuelli», < ela répugnerait a la la principale de la définition elle-même, nécessairement destinée a déterminer selon le» divers objets l'obéissance que nous dévoué à ce tribunal, d'après ses prérogatives. \ oui eies (loin dans la nécessité de regarder coennsu décides l'objet et la naturelle \olre primauté d'aulorilé : et vous dites effectivement que c'est le c incile de Constance qui a prononcé cette décision Vera Idea, p. -1. c.-l. j 17 . Mais il vous restera à prouver qu'elle porte

les caractères que VOUS exigez pour une décision de l'Eglise universelle. Or en présence de ce nombre immense de pasteurs du premier il du second ordre, et de ton- bs théologiens, qui. dans l'Italie, dans l'Espagne et dans une grande par tie de l'Allemagne, n'ont va et ne voient qu'une sorte d'impiété dans votre sentiment (Voy. l'Anal. § 100] , qui par conséquent ne peut être regardé comme relui de l'Eglise, comment y réussirez-vousf C'est ce que nous ne voulons pas savoir en ce moment. Seulement nous vous demandons :

Pourquoi communiquez-vous avec les papistes qui rejettent une décision formelle , claire, précise, notoire, rendue par l'Eglise avec une parfaite unanimité de sentiments ; pendant que vous repoussez notre communion avec tant de zèle? Est-ce un plus grand crime , de refuser au pape une autorité qui , au fond, est sans rapporl avec le gouverne^ ment de l'Eglise et avec ta conduite de* fUUtêî, que de nier l'autorité de l'Eglise elle-même? N'est-on hérétique et sckismatique, que pour attaquer une décision favorable au premier, el peut-on contredire impunément celle qui regarde la seconde?

13. Vous direz que les papistes ne la contredisent pas directement et se bornent à elever le tribunal du pape au-dessus de celui de l'Eglise. Mais, quoiqu'il en soit, leur erreur est solennellement condamnée. Et puis . ne la contredisent-ils pas formellement?!) après vos théories, c'est précisément contre elle qu'ils dirigent leurs attaques. Car que l',m Mius. en soutenant la suprématie de l'Eglise? Vous mettez d'un coté le corps de tous les pasteurs, et, de l'autre, t'évéque de Home , et vous diles que l'autorité des premiers l'emporte sur l'autorité du second : par conséquent les premiers, à vos veux, constituent l'Eglise catholique indépendamment (ta second; el les papistes, dans votre b\ potbèse. appellent les premiers un corps acépltale. sans autorité. N'est-ce là qu'uneerreur de fait, ou bien de doctrine? S'il y I simplement une erreur de fait à ne pas croire nue l'universalité des pasteurs, qui n'ont pas le pape à leur tête, puisse constituer l'Eglise catholique , nous ne serions, nous aussi, coupables que d'une erreur de fuit . en refusant de croire que l'Eglise subsiste exclusivement dans votre communion : et par conséquent nous serions également excusables. Si c'esj

une erreur de doctrine; donc ils attaquent en principe et directement l'autorité de l'Eglise ; ils méritent donc, aussi bien que nous, d'être condamnés comme hérétiques et schismaliques. Seront-ils justifiés par leurs protestations de soumission à l'Eglise, et sera-ce un motif de les tolérer? Et pourquoi ne nous lolérerail-on pas? Nos protestations ne sontelles donc que des parjures ? Si vous ne les traitez pas d'hérétiques et ne quittez pas leur communion, est-ce parce que des curialistes romains, des théologiens ignorants, des canonistes gagés étant parvenus plus tard, à force de disputes, à répandre des nuages sur la décision de Constance, on peut, quanta son autorité, la regarder comme non avenue, et par conséquent l'attaquer sans être taxé d'hérétiques, ainsi que vous le dites de quelquesautrcsdécisions? [Tamb. Anal. § 47.) Mais vos inimitiés irréconciliables avec ces écrivains passionnés, les querelles sans fin, les interminables disputes auxquelles donne lieu parmi vous l'explication de celte définition même, les reproches que vous leur faites de regarder la dégradation de l'épiscopat comme tout à fait arrêtée et décidée, l'accusation qu'ils intentent contre vous de renverser la primauté par les fondements tout en paraissant la défendre, toutes ces dissensions dans le sein de l'Eglise romaine ne contribuent-elles pas également à obscurcir la décision que vous nous opposez, à la faire paraître vague et indéterminée, ou au moins à montrer que ceux qui l'ont rendue sont partagés de sentiments ? Nous pourrons donc, sans être taxés d'hérétiques, ou croire qu'elle n'est pas de l'Eglise, ou la tenir pour non avenue. Enfin c'est une contradiction manifeste, de dire que la décision de Constance a été obscurcie, et cependant de la juger assez évidente, pour vous mettre en droit de donner à ses contradicteurs les noms d'aveugles, d'obstinés et de fanatiques. Elle pourrait bien avoir perdu son évidence aux temps où nous sommes; mais au moins devait-elle la conserver tout entière dans le moment où elle parut; alors donc ceux qui l'attaquèrent durent tomber dans l'hérésie et le schisme ; dès lors par conséquent la scission était opérée , la secte était formée. Pourquoi donc vos pères communiquèrent-ils avec eux, et pourquoi vous-mêmes communiquez-vous avec leurs disciples? Et si l'obscurité qui est survenue, sauve du schisme et de l'hérésie les disciples des premiers hérétiques et des premiers schismatiques , opposés à l'Eglise sans le savoir, pourquoi nous reprochez-vous la scission de nos pères, et nous rendez-vous coupables du même crime , quoique cette obscurité nous justifie pleinement? Est-ce parce que les papistes soutiennent leurs doctrines, autrefois hérétiques et schismatiques, sans cesser d'obéir aux autorités légitimes, (jue nous méprisons ? Mais quelles sont les ïutorités auxquelles ils accordent ou projettent exclusivement leur obéissance , sinon celles que leurs systèmes hérétiques et schismatiques ont arbitrairement élevées sur les ruines de l'épiscopat et de l'Eglise, et en-

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE

tourées d'hommages sacrilèges? Leur soumission les rend donc plus coupables encore. Ils n'en sont pas moins, répondrez-vous, soumis aux évêques. En quoi donc, et pourquoi? Dans les choses où ils sont d'accord, et parce qu'on leur laisse la liberté d'enseigner leur doctrine. Du reste, s'il arrive aux évêques d'exiger qu'ils y renoncent, ou d'essayer, même sans violence, de répandre une doctrine contraire, par combien dedénonciations à leurs tribunaux imaginaires , par combien de calomnies et de persécutions ne les poursuivent-ils pas? Nous en trouvons plus que jamais la preuve dans l'histoire de ce siècle que vous connaissez bien et que vous avez vous-mêmes recueillie. Si c'est là rendre à la puissance episcopale le respect et l'obéissance qu'on lui doit, pourquoi serons-nous accusés d'être les seuls à la fouler aux pieds, malgré nos protestations tant de fois renouvelées , non abnuissemus manere sub episcoporum pontificum regimine , si per ipsos licuisset (Apol. Conf. Aug. ad art. 14) , c'està-dire modo nos tolerarent?(Conf. Aug., vers la fin.) Concluons donc que vous trahiriez votre conscience et que vous vous contrediriez vous-mêmes, et en continuant à communiquer avec les papistes, et en refusant de communiquer pareillement avec nous.

14. Nous objecterez-vous nos nombreuses variations et les erreurs diverses dans lesquelles nous sommes tombés, qui nous rendent indignes du nom de catholiques ( Tamb. Anal., § 197), et par conséquent aussi de votre communion ? C'est vous jouer de nous, c'est abuser de notre patience. Quelles sont ces variations, ces erreurs? Avaient-elles pour objet des articles définis? Ne nous parlez plus des décisions des papes et des conciles postérieurs aux décrétales d'Isidore , ou même seulement de celles du concile de Trente , dont nous vous avons prouvé la nullité; ou au moins permettez-nous, d'après vos propres règles , d'en contester seulement l'authenticité ; et puis montrez-nous , si vous le pouvez , ou que nous ayons jamais attaqué une définition claire, précise, notoire, rendue avec une parfaite unanimité , non-seulement dans les paroles , mais encore de sentiments , sur quelqu'un des articles de notre profession ; ou que nous l'ayons rejetée avec une entière connaissance et l'intention formelle de renoncer à lu croyance commune, c'est-àdire à la foi de l'Eglise ancienne et moderne, dans les points où elles sont d'accord, et par conséquent, que nous nous soyons mis en opposition avec l'Eglise universelle. Voilà une entreprise où vous ne réussirez jamais; au moins lavez-vous jusqu'à présent tentée sans succès : ce qui nous suffit pour être en droit d'être placés au même rang que vos écoles et la sainte Kglisc d'Utrecht, jusqu'à une nouvelle preuve du contraire. Gardezvous d'ailleurs d'invoquer contre nous l'autorité des Pères : 1" parce que leur doctrine n'est pas moins sujette que celle de l'Eglise à l'obscurité et aux ténèbres, à cause des contestations multipliées auxquelles leurs paroles donnent lieu ; 2° parce que l'Egliso

DÉMONSTRATION I \ vNGÉUQI i. GREGOIRE \M.

ne le compose pas d'eui uniquement : elle comprend ions les Bdèiea qui ont existé dans

tons les temps, sans laisser a la postérité

aucun monument public do leur loi ; or il faudrait que 1rs l'en- seuls constituas^ ni l'Eglise . pour qu'on put avoir une certitude absolue que la doctrine qu'ils donnaient pour celle de l'Eglise catholique était véritablement celle qu'elle avait décidé) ; 3° parce <|ue nous aussi , quoique nous ne soyons pas esclavcs do leur autorité, nous pouvons en citer à l'appui de nos doctrines un nombre qui n'est pas à dédaigner. Ne croyez pas nous imposer, en Taisant retentir à nos oreilles la voix de l'Eglise parlant avec autorite et d'une manière décisive dans ses prières communes, dans ses rites, dans .ses catéchismes et dans les monuments publics des Eglises (Tamb. Anal., § 109) : car 1° il peut y avoir, dans ses prières publiques, bien du fanatisme et des erreurs , et vous-mêmes vous en avez rejeté ou réformé quelques-unes; ± les rites peuvent être des inventions humaines , abusives et superstitieuses; et il en est effectivement que vous avez déjà ou remplacés , ou condamnés dans vos ouvrages ; 3' les catéchismes peuvent être l'ouvrage de quelqu'un de ce parti, tels que ceux de Bellarmin , de Fleury, de Colberl et plusieurs autres ; k" les doctrines des Eglises peuvent être ou obscures ou opposées les unes aux autres : et c'est précisément à cela qu'on attribue les obscurités qu'on suppose dans notre doctrine. Tout au plus pourraiton reconnaître celle voix de l'Église dans les règles de conduite qu'elle prescrit aux fidèles pour les diriger dans la voie de la vérité (Ibid.). Mais si elles sont distinctes de celles qui ont été déjà rappelées, quelles peuvent être ces règles , sinon celles que le sens commun nous indique pour distinguer sa doctrine des pensées de l'homme? Ces dernières ont elles-mêmes une grande diversité, et, pour nous, nous croyons les avoir assez fidèlement suivies pour qu'on ne puisse nous prouver le contraire par aucune décision claire, précise, notoire, et rendue avec une parfaite unanimité de sentiments. Ce n'est donc pas par de semblables moyens que vous parviendrez à nous convaincre que nos erreurs aient été, en totalité ou même en partie , condamnées par un jugement canonique de l'Kglise universelle ; vous interrogeriez vainement la doctrine de l'Eglise dispersée , tant ancienne que moderne. Il faul donc que vous nous présentiez les décrets de quelque concile véritablement œcuménique, dans lequel on ne puisse attaquer, comme dans ceux qui ont été postérieurs à Isidore, ni la convocation , ni la célébration, ni la liberté, ni la science, ni l'équité des Pères, ni l'unanimité des sentiments , ni leur respect et leur soumission pour les lois de l'Etat et l'autorité sacrée dos princes, et qui ait condamne quelque point de nos doctrines en termes absolus et précis et en propres lettres. Alors, oui alors vous verrez combien nous sommes attachés à l'u-

IIM

nité, combien nous sommes do< Iles a la rota de l Eglise universelle, avec quelle sincérité nous renouvelons depuis longtemps le rotu

exprimé par un de nos illustres confrères,

André, e\ éque de Winchester, dans sa i élébre apologie du roi Jacques contre Bellarmin : Date nobis concilia légitime congregata (t procedentia, date fratres unanimt >

j'udicantes, et in eorum sententiam ibimus statim (cap. 14J.

15. Nous loin bons à la fin, nos Irès-chcrs frères , et déjà les forces commencent à nous manquer. Nous avons eu le tort d'attacher trop d'importance à vos accusations et de nous étendre trop longuement dans le ( ompte que nous vous avons rendu de notre conduite. Mais nous avons voulu donner à l'univers, ou plutôt confirmer, la preuve de la sincérité des prières que nous ne cessons d'offrir dans l'effusion de notre COBUT au Père des lumières, pour qu'il nous indique les moyens a<l pacem Ecclesiœ (juwrendam (Dreyer. Controv.. etc., Prevf.). Peut-être nous sera-t-il échappé quelque expression injurieuse pour la pureté de votre orthodoxie ; mais celle humilité vraie et celte constance inaltérable avec lesquelles vous supportez depuis si longtemps l'exécration universelle des papistes, vos furieux adversaires, qui croient se obser/uium prœstare Deo , en répandant sur voire léte toutes les malédictions réservées dans tous les temps aux hérétiques, nous donnent l'assurance que vous soutiendrez encore c. Ile épreuve de notre part: d'autant plus que vous avez pu remarquer que nous ne sommes pas inspirés par l'aigreur et la rancune, mais uniquement par noire zèle pour la vérité et par un désir bien ardent de vous voir enfin joindre les rapports extérieurs aux sentiments intérieurs et correspondre ainsi de toute manière à noire amour fraternel. Nous nous sommes bien réjouis devant le Seigneur de ce qu'il vous a éclairés et décidés par sa grâce irrésistible à renoncer, malgré les principes de votre éducation , malgré l'obéissance que vous aviez jurée aux tribunaux existants, malgré renseignement et les décisions de la synagogue actuelle, à ces erreurs capitales qui opposaient un si grand obstacle à relie réunion appelée par tant de vœux; nous pouvons donc espérer que les concessions que nous vous faisons volontiers et celles que vous ne pouvez nous refuser rétabliront parmi nous un parfait accord, aussi glorieux pour Dieu qu'édifiant pour les fidèles , consolant pour l'Eglise et propre à maintenir l'unité : déjà même la paix est réellement faite, el nos ennemis eux-mêmes sont venus, à leur grande confusion, en sceller le traité par leurs malédictions el leurs excommunications, litres sacres et authentiques qui autorisent également voire mission el la notre, au moins jusqu'à un nouveau concile légitime et œcuménique.

TABLE DES MATIÈRES

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