‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 17 sur 167 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

Dès que .es lettres orientales commencèrent «à être cultivées en Europe, les muscs syriaques semblèrent avoir fixé à Rome leur principal séjour. Car, sans parler d'Amira, d'Ecchellcnsis, de Naironi et d'autres savants anciens, il a paru dans la capitale du monde chrétien tant et de si excellents ouvrages en l'ait de littérature syriaque, qu'on peut affirmer, sans crainte, de se tromper, qu'outre les verrons des saints livres et la chronique de Barlicbrœus, publiée par Brunsius, il ne fut pour ainsi dire rien mis au jour, qui ne fût marqué au nom de quelqu'un des pontifes romains. Tels sont les livres liturgiques des Syriens et des Cbaldéens ; tels les Actes des saints martyrs d'Orient ; telles les œuvres de saint Ephrem ; telle enfin la célèbre Bibliothèque orientale, vraiment digne de passer à la postérité la plus reculée ; et l'on est forcé de reconnaître que, si tous ces ouvrages n'eussent pas été publiés sous le patronage du saint-siége, non-seulement la langue syriaque se trouverait encore resserrée dans les étroites limites des livres sacrés, niais qu'il eût été même impossible de recueillir tantdcchrcslomalhies, formées de ces mêmes ouvrages, et qui invitent à ce genre d'étude, auquel elles conduisent comme par la main cens qui veulent s'y livrer.

Je ne veux pas toutefois par là accuser d'indifférence pour celte élude les savants des antres pays : car si elle a fleuri au mi'icu de nous fà Home) , ce n'est pas qu'elle soit née de notre propre snl ■ elle a élé iin-

Dl MOHST. ÉVAWG. XVI.

plantée dans notre littérature par des étrangers. Tout ce qui a élé produit d'excellents ouvrages syriaques , vraiment monumentaux, n'est pas sorti de la plume de nos concitoyens, mais bien de celle des Orientaux eux-mêmes, et surtout des Maronites ici résidcnls, et encore est-ce un fait incontestable que l'illustre famille des Assémani une?" fois éteinte, il n'a été livré au public, de toutes les richesses littéraires que nous possédons , que quelques petites publications dues aux soins d'Adlcr (1), de Tychscn (2) et d'autres étrangers.

On pourra s'en étonner, car il est certain que les lettres syriaques sont d'une immense utilité pour tout ce qui touche à la science ecclésiastique. Elles n'offrent point, il est vrai, des fables ou des poèmes élégamment écrits, comme l'Arabie et la Perse se glorifient d'en posséder; mais elles ne le cèdent, pour ainsi dire, à aucune autre littérature en fait de sciences sacrées et de monuments historiques. Il s'agit ici en effet d'un peuple qui, plus qu'aucun autre, fut passionné pour les disputes théologiques, et qui, occupant à peu prêslocentre de l'Asie, fut souvent nonseulement le spectateur, mais le théâtre même des plus grands événements. La vertu

humaine triomphe et se livre à une joie.

bien légitime, quand on pense à tout ce qu'ont

(1) Novi Test. vers, syriacne.. .. demie- examin. a Jac Geor. Christ. Adler. Hafnise. 1789.

(2) Physiologus syr. Hostocliii, 170:J.

\Une )

DEMONSTRATION F.\ tKCELIQUE.

fait les Syriens pour presque tous h - //. uples que nourrit l'Asie, t ar en propageant dont tout l'Orient les divins précepte» Je la sainte religion, ils répandirent au n les tem beaux-arts, et humanisèrent les tspritt fét <lrs aillions bail/ares. Il y a un home \ table, une gloire réelle à lu, nom leur mémoire (1 ).

Cela étant, je me suis fait an devoir do ■n'appliquer avec toute l'ardeur dont j'étais capable i l'étude des lettre» syriaques, non

pour me livrer à un curieux examen des mois el des points, mais pour noter soigneusement les expressions dont j'espérerais pouvoir tirer quelque parti en laveur de la science sacrée, et les produire au grand jour lorsque l'occasion s'en présenterait. Hais , cédant aux conseils pressants de ceux qui ont toute autorité sur moi, je suis descendu bien plus tôt que je ne me l'étais propos • dans l'arène publique i et si peu fourni de toutes les armes nécessaires, qu'en écrivant même il m'a fallu plutôt créer les matériaux que les mettre à leur place. J'ai fait en sorte cependant que ces dissertations rédigées si à la Iiâle ne fussent pas tout à fait indignes, du moins par la nouveauté du sujet, de fixer les regards des savants.

Le premier motif qui m'a déterminé à prendre la plume, ce sont les erreurs avancées dernièrement en Angleterre contre le dogme catholique de l'eucharistie par un écrivain célèbre. Je voyais que, pour le réfuter, il fallait nécessairement être instruit dans la lan gue syriaque, et l'occasion s'offrait de mettre sous les jeux des savants une sorte de supplément, quoique bien imparfait, qui contînt ce qui manque dans les meilleurs lexiques de cette langue. Je n'ignore certes pas combien exige d'étude la composition d'un lexique, quel immense et pénible travail il faut pour recueillir et coordonner les mots, à quelles recherches patientes et approfondies il faut se livrer pour bien définir la signification des termes. D'un autre côté, telle est la perfection de l'ouvrage de Castell, qu'on ne peut guère espérer de le corriger, sans oser le remettre tout entier sur le métier ; mais quelle force, quel courage ne faul-il pas pour entreprendre seul une tâche pareille, devant laquelle s'effacent tous les travaux d'Hercule ! Comme donc le supplément que je me propose de publier n'a pas d'autre nul que de réfuter mon adversaire en produisant quelques significations nouvelles, et de signaler d'un seul et même coup les défauts Ses lexiques dans la manière de présenter les significations des mots, on ne saurait me faire un crime de ne métré nullement appliqué à mettre en ordre ces significations. Tel est en effet le vice dans lequel ma propre expérience m'avait déjà suffisamment appris que tombait Castell; c'est aussi ce qu'awiil depuis longtemps démontré Jean Frcd. (îaab, dans sa savante dissertation sur les défauts du lexique de Castell, édité par Michaëlis(2).

(l<) Elcnhorn. Pr*f. ad Poitea osai, comment., par

Gnill. Joncs. Lcips 1777, p. XIV.

(2J uen. bber. t.ottl. l'uulits , Memorab. Fasdc. I, l!'.

Que si l'on l'imagina que je n'ai recueilli que des choses de peu d'importance, et que je n'ai f.iit que proposer des ombres de différences au lieu de différences réelles, tans me

forcer de revenir ici sur le but que j'ai etl ■ u

\ ue, qu'on compare mon travail aux suppléments ajoutes ;m\ lexiques de Castell p.ir llichaëlis, ou bien aux documents produits par tntoine-Théod. Hartmann l).t pour venir en aide à Buxtorfet a Gésénius, ou enfin aux recherches publiées tout récemment pir Ernes.-Augusl. Uabn l sur les lexiqw hébraïques; et il me semble qu'on ne trouvera pas mes découvertes inférieures en mérite à celles qui ont attiré à ces savaets auteurs les applaudissements de tous les hommes doctes el érudits. Quoi qu'il en soit. ce travail acquiert un véritable a-propos, en ce que l'attaque qu'il est appelé a repousser vient d'être renouvelée, cette année même, dans les conférences sur la véritable religion qui ont eu lieu à Dublin entre Rie. 1. P. l'ope et Thomas Maguire (3).

Viennent ensuite deux dissertations sur les versions syriaques de l'Ancien Testament. Dans la première, où il s'agit de la version Peschilo, j'ai réuni et publié ce qui m'a paru digne d'attention touchant son origine et sou histoire. Dans une si grande multitude de livres qui ont rapport à cette mature, j'ai tu qu'il me restait encore un champ assez caste, où je pourrais exercer toutes les forces de mon génie ('*). L'autre contient une notice complète sur la version karkaphensienne, qu'on a longtemps cherchée en vain, et qui n'était connue que de nom parmi les savants. Peutêtre me suis-je plus étendu que le sujet ne le demandait ; mais dans une matière toute nouvelle encore, je savais qu'on me pardonnerait aisément celte faute.

Enfin un fragment inédit, relatif à la chronologie des Egyptiens, terminera mon travail.

J'ai apporté le plus grand soin pour que l'impression de cet ouvrage se fit avec la plus grande exactitude possible : mais assez souvent tous les imprimeurs commettent des fautes, ce qui fait qu'il n'y a point de livres qui n'aient quelques défauts ; et, malgré tout le soin qu'on y peut apporter, l'art ne saurait vaincre la nature (5).

11 ne me reste plus qu'à offrir des remer-

92-96. Comme je n'avais pas ce livre en m» possession, le savant Fouit. Ackennaon, professeur à funi»crsiié .Je Vienne, m'a envoyé un abrégé de celle disseriaiiou , avec toute la bienveillance nui lui esl nalurellc ; el ce n'est pas le seul service que je doive à l'amitié, de cet illustre écrivain.

(I] Suppléments aux lexiques de Ruxtorf et de I'h'.m'hius Rostoch. ISIÔ.

(2) Bericuligung m den vorhaiidcneu WœrterbQ hern , etc., GœUingen, IH27.

(3) Rapport authentique sur la discussion entre la n\ Richard T. P. Pope et le ré\. Thomas Masure, etc. Dublin, 1817.

(4) Louis Hirael a composé un traité critico-eieg. sur le caractère spécial (la la version Syriaque do l'miateuque appelée Peachilo. Leinsick, lsi.'>. p. t>

(5) Joann. Dav. Mtcfcaëlis , Programma de prindpio indisceinibilinm. In SJBlSfJ. comment, par. sec. GoHtingen, t"(>7, p. 219.

IIOILE SYRIAC/E.

ciments a tous ceux qui m'ont encouragé dans la publication de cet ouvrage, ou (fui m'ont aidé de leur secours. Et sans compter l'illustre et très-éminent pontife (Léon XII), qui, en ornant de son nom cet opuscule, l'a pris sous sa proteclion, je ne dois pas oublier le vénérable recteur de notre collège, qui n'a cessé de me conseiller et de m'encourager, et qui n'a rien omis de toutes les attentions bienveillantes que je pouvais attendre de celui qui fut autrefois pour moi un guide sage et prudent, et qui est aujourd'hui un ami digne du plus profond respect. Je ne dois pas non plus passer sous silence un homme célèbre dans tout le monde littéraire, l'illustre Angélo Mai', sous les auspices duquel j'ai parcouru les xei/«5*wt syriaques de la bibliothèquedu Vatican, et qui, persuadé que rien de ce qui peut contribuer au bien des

lettres sacrées et profanes, qu'il cultive et honore à la fois, ne saurait lui être étranger, a bien voulu honorer, je ne dis pas de ses égards, mais de sa bienveillance, les efforts que j'ai faits pour retirer du fruit de ces éludes.

Je finis en recommandant mon livre à l'indulgence des lecteurs; et si ce premier coup d'essai peut, sinon m'obtenir l'approbation des savants, du moins me faire trouver grâce auprès d'eux, je me sentirai alors encouragé à publier d'autres volumes, lorsque j'en aurai le loisir, et même à diriger mes soins et mes travaux vers d'autres sujets d'une plus haute importance, dont j'ai déjà conçu le projet.

Donné au collège anglais à Rome,

le 14- décembre 1827.

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