OU L'ON DÉCRIT POUR LA PREMIÈRE FOIS LA VERSION KARKAPHF.NSŒNNE
NOTIONS POUR SERVIR A I.'niSTOlRE DE LA VERSION K ARK APIIENSIENNE.
§ 1. — On expose les opinions des savants sur l'existence et les caractères du texte karhaphensien.
Le savant Assémani , en parlant de ce que Georges Barhébrœus a fait pour l'intelligence des livres saints dans son Commentaire , ajoute ce qui suit par rapport aux documents sur lesquels s"est exercée sa critique : On cite encore deux autres versions syriaques, outre la version simple, pour lai/uclle il montre une affection toute particulière; savoir, la version héracléenne et la version karkaphensienne , c'est-à-dire celle des montagnes, dont font usage les habitants des montagnes (1). Quelle est la version ainsi désignée , quel en est le caractère ? c'est là une question sur laquelle les savants sont partagés et d'opinion différente. Car, comme on le voit, le
savant Assémani , qui est notre coryphée dans ce genre d'étude, pensait qu'il l'agiss lit ici d'une véritable version; et Jean Datid Michaëlis, se rangeant de son avis , pensait que c'était une version à l'usage îles aestoriens montagnards (1}. Mais Jacques-Georges Chrétien Adler prétend au contraire qu'il n'a jamais existe de version de ce nom. Voici ses propres paroles : « Lesnestoriens, dans les rites sacres, se serrent d'une ancienne version syriaque , qui n'est point la version car— eufensienue au» le savant Michaèti» veut leur attribuer, en s'apput/ant sur l'autorité de Grégoire Barhébrœus. Bien plus, celle version carenfensienne n'est point , «1 <y qu'il nous parait, une version particulière, mais un manuscrit célèbre de la version syriaque vulgaire; » puis, après avoir cite une ou deux
(J)Bibl. orient , t. Il, p. 283.
(1) Introd., etc.. t. I, part. I, p. 74.
HOR^E SYRIACTE.
variantes du texte, d'après Barhébraeus , il conclut en ces termes : Ce ne sont certainement pas là des leçons d'une version différente, mais des variantes du texte d'une version vulgaire (1). Cajélan Bugati professe une opinion peu différente de la précédente, que cependant il n'exprime qu'en doutant , de la manière suivante : Grégoire Barhébrœus atteste qu'il existait jadis en Syrie plusieurs versions des livres sacrés , qui peut-être n'étaient que diverses éditions d'une seule et même version , qui est la version simple ; parmi ces versions étaient Vhéracléenne et la karkaphensienne, c'est-à-dire celle des montagnes (2). Il paraît évident que cet illustre auteur n'a eu recours à cette conjecture, quoique heureuse sous certains rapports , que parce qu'il pensait que la version héracléenne, qui n'avait pas encore alors été publiée , n'était qu'une édition de la peschilo. Si l'existence même de notre version karkaphensienne était encore en question, quoi de surprenant qu'on ne sût rien de son caractère particulier? Aussi Eichhorn la ranget-il au nombre des versions faites sur la version grecque des Septante (3). C'est également l'opinion que paraît suivre le savant Jahn , qui avoue cependant qu'on ne connaît de certain que le nom de celte version [h). li faut encore y ajouter De Wclte,qui ne doit pas être censé d'un avis différent , puisqu'il la compte au nombre des versions faites sur le texte grec (5). Jusqu'ici donc tout ce qui concerne cette version ou édition est resté enveloppé de ténèbres; mais puisque, par un heureux hasard, il m'est donné de produire à ce sujet quelques renseignements certains, ceux qui cultivent les lettres syriaques voudront bien , je l'espère , me pardonner , si je prends la liberté de parler, non seulement des livres de l'Ancien Testament, pour lesquels je destine ces notions ; mais des tables mêmes de la loi nouvelle.
§ II. — Le texte karkaphensien est contenu dans le Codex CL1II du Vatican.
Mais où faut-il aller chercher ce texte, si ce n'est dans le plus riche arsenal de toutes les sciences qui soit au monde, je veux dire, la bibliothèque duVatican? Adler l'avait déjà parcourue pour y trouver celte version; il avait feuilleté, mais en vain, les manuscrits syriaco-bibliques; il lui était arrive ce qui esl également arrivé à beaucoup d'au- Ires, savoir, de trouver une chose lorsqu'il en cherchait une autre : car s'il n'eût cher-
(!) Versions syriaques du Nouveau Testament, etc., p. 33.
(2) Daniel, suivant l'édit. des Septante, de Milan, 1788. prêt'., p. 15, nota *.
(î) Zum gricchischen Stamm gehœren die versio fiquroia die versio karkapliensis beim Grogmïus Barhébraeus, u. s. w., c'esl-à-diro « la version figurée,... et la version karkaphensienne paraissant être d'origine grecque d'après Grégoire Barhébraïus. » etc. Eiuleilung, ut supra, t. I, i>. 459. Voyez aussi p. 482.
(l) Einleitung in die Gotll. Bfich. des. A. B. vienne, 180/!, t. i, p. 20:>; et àekermann, Introd. aux livres saints de l'Ane. Test., vienne, lH2."i, p. 88.
(5) Lehrlxich dev historisch.krUischen Eiuleilung. etc. Berlin, 1822, p. 96.
ché avec tant de soin la version karkaphensienne, nous n'aurions pas entre les mains les précieux documents que lui ont fournis les manuscrits des nestoriens en faveur des lettres syriaques (1). Il y avait cependant un document publie qui pouvait faire espérer de découvrir enfin cette version , si elle existait réellement. En effet, dans le catalogue des manuscrits syriaques transportés dans les armoires du Vatican par André Scandar, qui est joint au second tome (2) de la Bibliothèque orientale, il est fait mention d'un Codex intitulé : Onomasticon, ou leçons de l'Ancien et du Nouveau Testament, suivant la tradition clcs Karkaphites. Ce Codex, qui porte le numéro XXII, est désigné sous le titre de recensio et punetatio, des mots difficiles qui se trouvent dans la version syriaque de l'An-
synaqi cien et du Nouveau Testament, par Jacques d Edesse (3). Adler n'a certes pas vU ce document, car il n'eût pas négligé un si précieux manuscrit. Je ne crois pas non plus qu'il ait été aperçu par Eichhorn, qui, touten nommant (4) l'ouvrage de Jacques d'Edesse que nous venons de citer, ne parle aucunement du titre qui se voit sur le revers de la feuille, ni en cet endroit, ni lorsqu'il traite de la version karkaphensienne. Je m'étonnerais pareillement que Marsh, averti d'abord par Henri Paulus de l'existence de ce manuscrit, décrit par Assémani, n'ait pas plus songé à le consulter que les citations de Barhébrœus (5), si la description de ce Codex, donnée par Assémani dans sa Bibliothèque orientale, n'était pas tellement imparfaite , qu'on doive la regarder plutôt comme un glossaire que comme toute autre chose.
J'ai donc résolu de parcourir ce manuscrit que j'ai trouvé indiqué dans un catalogue publié sous le nom de Jacques d'Edesse (G), et portant le chiffre CLI1 (maintenant CL11I), dont je donnerai bientôt la description. Ce livre ne contient pas seulement des mots, mais des passages presque entiers de plusieurs chapitres des livres saints ; de sorte
(1) Voici ses paroles : « Deslo wicliliger sind einige andere von den Nesloriauern geroachte Ahschriften des ganzen Neuen Testaments, gleichlalls von der altern Liebersetzung. Ich weiss nient, dass sie von Gttlehrten bisher untersucht worden.und sie wiirdeu vielleiclit auch meiner Aufmerksamkeit entgaogen, wenn ich uicht uaca einei anaern Uebersetzung, die den Neslorianern eigeu sein soll, uud von Barhébraeus die Karkufische (momana) «enannt wird, gosuehi halte. Von dieser fand ich keine Spur, aber bei der Gelegeuheil, ward ich mit den m storianiseben Abscbriiton der gewœhulichen Kirchenversion bekannt. » Adler, Kurze l'obcrsiclit. etc.pp.97, 98. Ju ne joins pas ici la tiaduction de ce passage, parce que j'ai donné le sens des mots, en tant que cela nous concerne, dans lo texte.
(3 Ibid., p. 499.
(4) Libi supra, p. 478
(5) Ad Michael Introd., etc., t. i, part, il, p. 582.
(ii) Catalogue des manuscrils de la bibliothèque aposloliquedu Vatican., part, i, t. i, Rome, 178:), pp. 287 et suiv. Ce manuscrit s'y trouve décrit mais avec peu d'exactitude en quelques points. Il y esl appelé necendo verticales eu montana ; et c'esi smis ce nom, dit-on, que lesjacobites et les maronites sont désignés parles nestoriens. On y exposa l'ordre des livres en citant les premiers mots de elia» cun ; puis on y reproduit les inscriptions ou épigra| lies, niais d'une manière assez imparfaite , comme nous le verrons en son lieu.
DÉMONSTRATION F \ iNGEUQUE.
qu'il fsl hcile .111 moins «le ici onnailre If caractère du texte, f l<i L'auteur cite pour ixemple : i an passage de la Genèse, en. l.,