COMPAKAISON OE CE FRAGMENT AVEC D'AUTRES MONUMENTS
Ua république des Hébreux ayant en quelque sorte pris naissance en Egypte , et n'ayant pas cessé, dans la suite, d'avoir des rapports avec ce royaume, soit en s'unissant par des traités de paix, soit en se faisant mutuellement la guerre, il n'esl pas étonnant que les histoires de ces deux peuples se prêtent un mutuel secours et jettent du jour l'une sur l'autre. Or une des parties essentielles de l'histoire étant de faire concorder la suile des faits avec l'ordre, des temps, de manière que l'on voie clairement à quelle époque et sous le gouvernement de quel chef
chacun de ces fails s'est accompli, il s'ensuit qu'il est d'une conséquence extrême, pour bien connaître l'histoire des Hébreux, d'en comparer la chronologie avec celle des Egyptiens. Jusqu'ici on en avait été empêché non seulement par l'extrême difficulté de cette entreprise et les ténèbres dans lesquelles on se trouvait encore plongé à cet égard, mais encore par l'absence même de monuments propres à fournir des bases pour établir celle espèce de comparaison. Ce que Manéthon avait écril sur la série des rois d'Egypte paraissait si décousu, et se trouve tellement
nii DÉMONSTRATION
contredît et réfuté par Josèphe I . Ifricanih 9 el Busèbe, dont l'exemplaire arménien (3) diffère pareillement «lu grec \ . que beaucoup oui pensé qu'il fallait <»u le reléguer parmi les fablei inventée! h plaisir (•> , ou que du moins les faits avaient été tellement altérés el défigurés par ces auteurs, qu'il dc restait plus guère despérauce de remédier à ce mal (G).
Cependant ce que nous n'eussions point osé espérer est arrivé de nos jours : grâce au Dambeau allume par les savants xoung et Champollion, les monuments égyptiens ont été remis en lumière. Par ce moyen on pourra, en comparant les monuments écrits des Égyptiens, ranger dans un ordre meilleur la chronologie de Manélbon, et la corriger dans les endroits OÙ elle a été altérée par les écrivains plus récents. (Test <e du'a déjà (enté de faire, dans les annales des Lagides, un savant très-célèbre, Champollion-Figeac, «jui s'est appliqué à refaire la chronologie égyptienne d'après Manélbon et les monuments (7). Il ne m'appartient pas de faire l'examen de ce laborieux ouvrage; je sais très-bien qu'il est tout naturel à l'homme de se tromper dans ces matières délicates et subtiles, et que les génies même les plus pénétrants ne voient pas souvent leurs premiers efforts couronnés d'un plein succès; je crois cependant qu'il n'est personne qui ne soit persuadé que cet illustre savant a apporté à l'étude d'un sujet si difficile tous les soins et toute l'érudition possibles, et que le succès obtenu par lui est tel, qu'aucun chronologiste sacré ne saurait maintenant retracer l'ordre des temps , sans consulter ses écrits.
Mais, pour arriver à une certitude de plus en plus complète , il est à propos de réunir tous les documents qui touchent tant soit peu la chronologie égyptienne, surtout dans les temps les plus reculés. C'est ce qui m'a déterminé à publier une scolic que j'ai rencontrée en parcourant le Codex du Vatican, qui est maintenant marqué du chiffre C1V parmi les manuscrits syriaques. Assémani décrit ce codex dans son premier tome de la Bibliothèque orientale, pages 36 et 607. Ce livre a été écrit en l'année 1172 des Grecs, qui correspond à la 861- de notre ère. Les scolies, qui, selon l'usage des Orien-
11) Contre Apnion, 1. I.
(2) Jos. Scalig. Isagog. chronologiae caiionuin, à ia fin du Trésor des temps, etc., p. 120.
(5) Emeb. l'umplnlt chronicon biparlilum, traduit de l'arménien en laiin, etc., Venise, l.sis. Voyez, sur cel ouvrage, le jugement de cei illustre el savanl historiographe dans le nritisli Critic, u. 3, avril 1820, p. 78 el suiv.
(i) Trésor des Temps, ou Chronique d'Eusèhe, par Scauger, Levde, 1000.
(S) Ainsi ('.appel, qui appelle Manélhon c grand faiseur de mensonges, » etc. ( DausFourmont, Réflexions critiques sur les histoires des anciens peuples, i. u , p. se;, Paris, iT.Ti. ) Ainsi encore Pétau : ■ La licence îles fables altéra leur origine (des Egyptiens). « nation, temp. I. I, c. 2, p. 2.
(0) Volnej , Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, Tans, 1822, p, 293.
(7) Dans les commentaires ajoutés a la On îles leilres ayant pour titre : i Lettres a Mr. le duc de Blacas tTAul| s relatives au musée royal de Turin, par H. Champollion. le Jeune. Première leUre. Monuments historiques, paris, 1821. Seconde lettre, it'i.l.. 1826
ÉVANGftUQI !.. tiO
tau\, remplissent partout les marges, ont été ajoutées par un moine appelé Siméon I), qui cependant n'indique nulle part l'époque i laquelle il les j a ajoutées; mais la couleur de Te m re , qui j esl jaunâtre coin me dans le texte, ci la (orme am ienne 'les lettres, nous portent à croire que le* notes ne sont (:uèrc postérieures au teste. Il contient les Commentaires de S. Ephrem, de lacques <i I . • i • sse et d'autres encore, sur les livres de l'Ancien, et du Nouveau Testament. Voici la icolie qu'on lit à la marge an vers. 10 dn ebap. Il de l'Exode : I.<> fiffedt Pharaon qui prit de faire élever Moisi-, t'appelait Tnarmuti Pharaon son pire, Memnophmain. t/
régna Anùnophthis; et aprii • Horos, pendant trente— huit ans. Moi$e ayant donc atteint l'âge de vingt— huit am, ■ à-dire Van XXlfl du rigned'Horoe, il jnit le parti d'( nvoyt r Moïse à ta guerre qui se faisait alors contre les Cuschéens, parée qu'ayant été élevé dans h palais du roi, tl acait une grande réputation de sagesse et d'habileté. Moïse obéit à ses ordres et prit d'assaut la tille capitale des ennemis, appelée Schaba, qui, changeant depuis de liant, fut appelée Médu par
Çambyse, roi des Mèdes. Moïse, vainqueur dt
ses ennemis, prit pour épouse la fille même du roi des Cuschéens. qui se nommait Ihurbi, d qui lui avait livré la ville, après une convention par laquelle il s'était engagé à Lorsque ces événements s'accomplirent, M était dans sa trentième année, qui é.ait la trois cent trentième depuis la promesse faite (i Abraham.
Je sais bien que le passage que je \ ietis de citer n'est qu'une fable déjà connue ; il ne faut pas cependant le regarder comme une pure fiction. En effet, la succession immédiate des rois Aménophis et Horos s'accorde avec la série de Manélhon et de la table (fAbydèoe; quoique le nom de Memnophmain, pré»
seur d' Aménophis (II) ne s'accorde pas avec le nom que présentent ces monuments (à savoir Thoutmosis), qui a cependant la forme égyptienne, et ne parait pas différer beaucoup, quant à la forme, de Ammon-M .i . qu'on trouve dans les monuments, au lieu de l'Aménopbis de Manélhon. Qu'il nous soit permis de faire remarquer ici en passant combien les Syriens sont habitues i s écarter delà vérité par rapport aux noms égyptiens, pour faire mieux ressortir l'autorité de notre Siméon. Citons pour exemple BarhébrsMU . qui, en expliquant le vers. 5 du chap. I de l'Exode, s'exprime en ces termes : Et il s'éleva un autre roi qui ne connaissait />«.< Joseph, c'est-à-dire qui n'aimait pas Joseph. Comment en effet un p>'re et un gouverneur comme Joseph pouvait-il demeura- inconnu? Ce roi s'appelait Phalamthiosi. Mais ou trouve-t-on,jele demande, un ro nom
dans les listes complets des rois d'Egypte? Il paraltcertain que Siméon ne s'est pas contenté de former sa chronologie des rois égyptiens d'après les monuments anciens : il a encore [mise aux sources grecuues : car la lermi-
f|] Voyez Huss II, VoImtoI Uiste uofAlerpo: Londres 1794, 1 11 [i l !J
IIORjE SYRlACiE.
D.iison du mot Iloros dénote assez clairement une origine grecque, puisque les Egyptiens récrivent plutôt Hôr. Quel est l'auteur suivi par lui, c'est ce qu'il n'est pas possible de deviner : car les Syriens paraissent avoir eu je ne sais quel auteur sur l'histoire de l'Egypte, dont le nom cependant sent la Grèce. Écoutez à ce sujet ce que dit Jacques d'Edesse , en expliquant le I" chapitre de l'Exode : Ce roi se conduisait d'une manière impie, et opprimait les enfants d'Israël. Les rois gui alors régnaient en Egypte portaient tous le nom de Pharaon ; ceux au contraire gui y régnèrent après la venue de Jésus-Christ portaient celui de Ptolémée (1). Toutefois ce n'est pas un roi en particulier que l'Ecriture appelle un nouveau roi, mais toute la dynastie d* cette époque. La méchanceté de ces rois égyptiens a été décrite par Méthodolus, chrono graphe des Egyptiens. Assémani (2) est persuadé que ce Méthodolus n'est rien autre chose que Manélhon, et je n'irai pas m'inscrire en faux contre son opinion : toutefois du moins est-il que ce nom ne s'est rencontré jusqu'ici que dans .Jacques d'Edesse. Mais noire Siméon a-t-il suivi Manélhon ou des monuments échappés à notre connaissance? Il est certain qu'il s'accorde avec lui pour l'ordre successif des deux derniers rois, Aménophis et Horos, mais il s'en écarte par rapport au premier, qu'il appelle Memnophmain. On ne saurait évidemment supposer qu'il se soit forgé celte série de rois ; cl si cependant il faut le regarder comme le copiste servile de Manélhon, pourquoi donc s'écarte-t-il si ouvertement de son guide en écrivant le nom du premier roi ? Je reconnais que la solution de celte difficulté est audessus de mes forces, mais peut-être que la vérité se fera jour au moyen d'autres écrils sortis de la plume des Syriens. Exposons cependant plus amplement ici ce que nous enseigne cet auteur syrien sur la chronologie des Egyptiens, en transcrivant d'abord la table cli ronologiquc de celle époque composée par Champollion Figeac, d'après Manélhon (3).