‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 38 sur 167 · SECTION SECONDE · texte numérisé non relu

SECTION SECONDE

Moyens mis en œuvre par les Eglises protestantes pour la conversion des peuples infidèles. 1. Sociétés pour les missions. 2. Revenus dont elles jouissent. 3. y ombre des missionnaires employés, k. Avantages dont ils jouissent.

Jusqu'à nos jours on pouvait à peine apercevoir le zèle du protestantisme pour les missions. Ce n'est pas qu'il n'ait fait quelques faibles efforts pour acquérir une certaine universalité ; mais ils furent trop insignifiants pour mériter l'attention ou la protection du public.

Voici comment s'exprimait sur ce sujet le docteur Milnol, députe à Londres par la société biblique de New-York , dans un discours prononcé devant rassemblée de la société des missions de Londres, le 13 mai de l'année couranlo, et qui m'est parvenu d'Angleterre : Croirait-on jamais , dit-il , que le monde protestant, bien iju'il ail le bonheur de s'être soustrait à la suprématie de Home, n'ait commencé que depuis peu à imiter le zile de cette Eglise pour propager ses opinions et pour porter l'Evangile de Noire-Seigneur Jésus à toute créature? Cependant il < n est ainsi. Je crois pouvoir affirmer qu'en ce moment il y a, pour la propagation del'Evangile, an plus grand zèle dans le pontife romain . un pi us qrand zèle dans la propagande, une plus grande activité dans le corps entier des ecclésiastiques appartenant à cette Eglise dégénérée, que dans toutes les autres brandies du christianisme. Ils propagent, à la vérité, un autre Evangile; mats toutefois ils font preuve d'un zèle plus grand que celui que nous manifestons. Dons /<. pays d'où f arrive, poursuit-il , les partisans

(te Eglise font les plus grands i ffbt U pour disséminer leur doetrlm i < derniers, 2.'>.oo(t tcudi lurent destinés par /.• </<?

Rome, pour la propagation au papisme dons les • tatt occidentaux dr l'Amérique (les Ftorides). i Viensu on a [mon <;«-•< une institution composée de personnages du plu* haut rang, réunis <n forme de société missionnaire, i i jiisc de Genève lit la tentative d'une

première mission en 1536; mai» elle fut paralysée dès sa naissance l m Hollandais com mencèrenl leurs entreprises avec de meilleures chances. Maîtres de vastes territoires dans les Indi s orientales, ils établirent partout

églises, envoyèrent des pasteurs, ci cherche rent à faire prospérer la confession belvéti (pie dans leurs i olonk Les missionnaires prolestants visitèrent

pour la première fois le vaste continent de l'Inde, en 1706. C'étaient des Danois envoj par Frédéric IV: le sèlc, le caractère personnel et les grands projeta des dire» leurs <uccessifs de la mission fondée |>ar eux, Zi<iif:>balg, Scliultze et Scbwarlz, leur ont procuré une gloire et une réputation ^\<^ plus brillantes parmi les représentants plus modern de la même cause.

1. Vers la même époque on avait institué en Angleterre la Société pour la promotion des connaissances, chrétiennes qui coopéra au soutien de ces missionnaires. Presque dans le même temps se formait, approuv ce p (r des patentes royales, la Société pour la propagation de l'Evangile dons les pays inâdetes : mais toutes les deux réussirent peu à exciter un enthousiasme général. Cet honneur fut réservé à la secte des anabaptistes, qui , par leurs tentatives dans les Indes orientales, tant vantées en Europe, donnèrent lieu à la formation de plusieurs sociétés pour les mission*. Les anabaptistes commencèrent en IT'.ii : irois ans après on créait l'institution appelée Société des missions de Londres, ou des indépendants ; l'année suivante , celle d Edimbourg ; en 1800, celle de l'Eglise anglicane A). Voilà donc six des principales sociétés main tenant existantes dans la Grande—Bretagne seulement, et qui ont pour objet la propagation de la religion : mais ce nesl pis tout. Il v a encore une association weslevonne ou méthodiste ; il y a des missionnaires de la secle des moraves et de celle des sociniens. Trois congrégations semblables existent dans les Etats-Unis d'Amérique : il v en a de même en France, en Allemagne, en Hollande. en Suisse et dans les Etats du Nord; de sorle que le nombre de ces sociétés l'élève mainlenanl à dix-neuf. Aux sociétés mentionna ci-dessus, qui s'appliquent à l'exportation du christianisme et sont toujours des sociétés privées, sans autorité, je pourrais en ajouter d'autres, en forme de sociétés auxiliaires : telles sont les quatre pour la distribution de Bibles, de traités religieux, du livre de prières et des Homélies de l'Eglise anglicane [2j. Je ne

ri) Quarterrj Review. lune, 18», n. II.

Voyez JoweU . Christian rescarcucs iu tue MeoV. meui. 5" éd. I ood . l*Jl, p. ">ls

120 STERILITE DES MISSIONS PROTESTANTES

dois pas omettre dédire que toutes ces sociétés ont de nombreuses ramifications, particulièrement de dames et de femmes de toute wasse. Les sociétés auxiliaires de la France seulement s'élèvent à deux cents : en Angleterre, elles sont innombrables.

Je dois avertir ici que je ne traiterai pas aujourd'hui de la société pour la conversion des Juifs tant en Angleterre qu'en Allemagne : son histoire mérite de former le sujet d'un travail à part.

2. Le but de ces associations est de trouver et de fournir les moyens de maintenir des missionnaires dans tous les pays ; et elles réussissent d'une manière vraiment merveilleuse. La Société pour la propagation de l'Evangile obtient du parlement un subside annuel, que je remarquai s'élever en 18i5 à 73,160 scudi (liv. st. 15,500) (1). Mais une pareille somme forme la moindre partie du revenu de ces sociétés. D'une extrémité du royaume à l'autre circulent des collecteurs, qui rassemblent le peuple des villes et des hameaux : ils racontent mille faits prodigieux arrivés dans les missions, peignent de brillantes couleurs le résultat imaginaire des efforts précédents, puis recueillent les souscriptions des âmes ferventes pour de nouvelles tentatives. Pas un ayent des finances , dit le Quarterly Rcvicw, pour habile qu'il soïl dans l'art de lever les impôts, ne pourrait Jamais parvenir à trouver les moyens qui ont été inventés par V adresse des collecteurs et des directeurs de ces sociétés , ou suggérés par ceux qui prennent intérêt dans la cause (*2).

Pour donner une idée des sources de l'énorme revenu de ces sociétés, je présenterai quelques extraits de leurs comptes dans les Ephémérides évangéliques (Evangclical Magazine). De la vente d'allumettes, 5 scudi, 30 (liv. sterl. 1, 3). Produit de la vente de souricières avec embellissements, scûdiS, 50 (ornamental mouse-traps., liv. sterl. 1, h, 6). Quelqu'un voua à celle intention le produit annuel d'un cerisier; une pauvre femme présenta à la Société wesleyenne, à Greonwich, une bourse contenant 960 iiards (farlhings); une jeune aveugle a contribué de 30 scbellings chaque année : c'est exactement la somme qu'elle devrait dépenser le soir pour la lumière, si elle n'avait pas été privée de la vue. Mais la contribution la plus originale de toutes est celle qui est exprimée dans l'avis suivant , imprimé sur les couvertures du Journal évangélique : Jacques Crabb fait connaître aux missionnaires de toute secte qu'il les pourvoira tous, à leur départ d'Angleterre, d'une mesure de petit vinaigre, gratis ; et de plus , il tient magasin d'huile, etc., de première qualité, à bon marché pour prix comptant (3).

Croiriez-vous, messieurs, que par des moyens si mesquins en apparence on forme un revenu prodigieux? En 1820, la Société

pour la propagation de l'Evangile recueillit 202,900 scudi (liv. st. 43,000); la société des missions de l'Egliso et celle de Londres recueillirent chacune 134,600 scudi ( liv. sterl 30,000) : tellement que cette année-là ces trois sociétés avaient à elles seules un revenu do k12AG0scudi(VoyezleCatolicMiscellany,jan.

1823,/;. 37). Les autres sociétés sont dans une proportion égale; celle pour la promotion des connaissances ebrétiennes évaluait, en 1825, son revenu annuel à 250,100 scudi (liv. slcr. 53,000 (Quatcrly Review, lieu cité, p. 27).

Ces revenus vont toujours en augmentant : quatre ans après l'époque dont nous parlons, c'est-à-dire en 1824, la somme ci-dessus indiquée pour la Société des missions de l'Eglise s'était déjà accrue de 40.000 scudi ( Ibid., p. 29). Mais en 1828, on déclara dans un tableau qu'elle s'élevait à 272,656 scudi. La Société écossaise avait aussi recueilli 225,320 scudi ; la Société indépendantede Londres rassembla 213,656 scudi ; et la Société wesleyenne, 255 mille (1) ; de sorte que ces quatre sociétés, l'année dernière, jouissaient à elles seules d'une rente de 966,178 scudi.

Dans l'été de l'année dernière, il y eulqtielques variations d'augmentation pour quelques sociétés, de diminution pour les autres. Voici les sommes que j'ai pu trouver dans le Christian Ueyislcr ou tableau annuel des sociétés des missions, publié à Londres il y a peu de mois.

Liv. stt

Scudi.

Société Wesleyenne.

Société do l'Eglise.

Société de Londtes (Indépen-

dants) (2).

Société des Anabaptistes.

Société pour la propagation

de l'Evangile.

Total.

Comme on le voit, on ne complp point ici la Société écossaise, ni celle pour la promotion des connaissances chrétiennes, dont nous avons vu que les revenus étaient des plus abondants; ni celles qui appartiennent aux sociniens ou autres sectaires : les recettes de ces sociétés auront certainement augmenté celle somme au point de la faire monter à un million et demi.

Mais il y a, pour faire ce calcul, une autre manière qui nous conduit à peu près au même résultat. En l'année 1824, cessociétés s'ap-

10 décembre

(1) La livre sterling vaut 23 fr. 20 ".. de noire monnaie.

(Note du traducteur).

(2) I.oc. cil., p. 28.

(3) Ibld.

(1) i.e national, feuille de Bruxelles,

(2) Dans la dernière recelte de celte société, il y a eu , a ce qu'il parait, une certaine diminution, comme on le voit par l'article suivant extrait de l'Age, journal anglais (protestant), du 7 septembre de l'année courante. « ans ces temps malheureux , le commerce de la religion, 'a ce qu'il parait, est plus florissant que lout autre. 11 a élé rapporté, dans la dernière assemblée de la Société des missions de Londres, ((ne ses revenus de l'année dernière s'élevèrent à 4C>, 388, 12, 5 liv. st., ou bien, sauf erreur, a 210. 934, 30 scudi). Quel insigne brigandage! Les Anglais se feront donc toujours duper, tantôt | -ar une espèce d imposteurs, tantôt par une autre Que les IcuilleSl rennent

i làcbe de démasquer les larrons. Nous nous préparons a donner un article sur les missionnaires, qui sont la pire espèce de démons terrestres, j

plaudissalenfl déjà de ce que , pour fournir ;i iix dépenses des missions étrangères, ee n'était pas lissez d'une somme <!<• v.too scudi par jour (liv. st. 1,000] l),oo 1 ,715,500 sca

di par .Milice : on croira cette ass >rtion quand on saura que la seule proi ince d'York fournil l'année dernière à ces sociétés la somme d'environ 134,600 scudi i ■ Non-, n'avons encore parlé que de la somme fournie par l'Angleterre : il Faut y ajouter aussi les offrandes du continent ne l'Europe, celles des Etals- Unis d'Amérique, du Canada, des Indes orientales et occidentales; car même les misérables esclaves émancipés qui forment ces colonies sur les cotes de l'Afrique ne sont pas .1 l'abri tics poursuites de ces fanatiques f

Mais il me reste encore un autre élément dont il faut tenir compte dans ce calcul, car il n'est pas de légère valeur : j" reu* parler des sommes fournies par les sociétés regardées ci-dessus comme auxiliaires, surtout la société biblique, q li en grande partie consacre ses efforts à seconder les associations pour les missions, en imprimant et en distribuant d'innombrables exemplaires de la bible dans tous les dialectes, et cela par le ministère d'agents et de voyageurs qui jouent aussi le rôle de missionnaires. El l'on ne saurait nous reproeber comme une injustice de mettre au rang des moyens employés par le. protestants pour la conversion des païens, les sommes que cette société consacre à la publication des nouvelles versions étrangères de l'Ecriture sainte; car eux-mêmes considèrent la distribution et la lecture de la Bible comme le plus efficace de tous les moyens pour obtenir celle conversion. Or le Reyist<r ci lé pi us lia ut annonce que, l'année passée, les donations pour la société biblique s'élevèrent à .'172. 877 li v. ster., ou à 1,759,979 scudi; el que, dans le même intervalle, on distribua 032. C7G Bibles ou Nouveaux Testaments ! En tenant donc encore compte de toutes ces ressources, je me crois autorisé à conclure (et cela en restant de deux millions de francs audessous de l'évaluation du Journal asiatique de Paris [k]) que le revenu disponible de lon-

liÊWONSTRATlOOi l \ iNGÉUQI I

(1) Quaterly Review, p. 29.

(2) lier;' '

(1) Herald, 17 Jan. 1830. Ce qui suit est le tableau dé- [aille des sommes offertes par celte province aux diverses

sociétés.

Liv. st. Se. D.

Société biblique.

Société des missions de l'Eglise.

Société de Londres.

Société Wesleyenne, Société des anabaptistes, des traités religieux, eic.

Total.

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