‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 40 sur 167 · SECTION TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME

Histoire de quelques missions particulières, 1° en Asie ; 2° en Afrique.

Avant de calculer en général la proportion entre ces moyens el les effets produits, je veux examiner, comme je l'ai promis, l'histoire de plusieurs missions particulières : il sera curieux de voir qu'après des années de travail el de dépenses, on ne parle encore que d'espérances, jamais de résultats.

1" Nous commencerons par les Indes orien- . taies. La ville de Calcutta, métropole des possessions anglaises dans les Indes, est une des principales stations des missionnaires: voici les résultats obtenus sur ce point. Le Registre des missions pour l'année 1820, après avoir é mimé ré les nombreux avantages de celte situation et l'augmentation des ouvriers, conclut ainsi : Oh prévoit avec une espérance douce et profonde le résultat de ces efforts importants, et on les considère comme le principe des plus heureux succès, etc. (2).

Qu'on n'aille pas croire cependant qu'avec le temps les choses se soient améliorées. C'est ce que prouvent assez le journal et la correspondance de l'évêque prolestant Héber, qui, quatre ans plus tard, nous donne des relations non moins décisives. Le 2 février 1824, il confirma pour la première fois dans la cathédrale de Calcutta. Il y eut 236 confirmés ; pour la plupart ils étaient de familles mélangées (appelées castes dans la langue dû lieu), c'est-à-dire enfants d'européens mariés à des femmes du pays, et appelés par les Anglais half-cast ; il y eut cependant divers olfic:ers, soldais européens, etc. (3). On n'insinue pas qu'il y eût même un seul naturel. Je consacrai l'église de Saint-Jacques, (resservie par M. Hawtaine, qui peut se vanter d'avoir converti un Indien de famille honnête el de caste respectable, qui fut baptisé peu de

(1) Meinoir on tlie o\pedienfy of an eirlesi.nstical esta-

blishn l in Brilisu India. Ry ihe Rev. Glaud. Buchanan

D. D. 2 edit. Lond,, 1812, p. 48.

(2) Missiouary Résister. ï'ev.. p. 17.

(5) Narrative of ajourne] Ihrnjugu llie l'pper provincr-s of India. lty llie letc Roginald IleixT. L. D. 2' éd. I.mid., 1821*, vol. i, p. 78.

DEMONSTRATION I \ tNGEUQI E.

jour» après I . Lettre à M. Vilmot Horion : /- i exemple» dt i m actuelle au ckri

etianisme, eont jusqu'ici bien rares ± . Autre • i If. Douglas: / n aseeM petit nombrt ajtu qu'ici embrasée le christianisme ■' . Autre «i M. Hornby ! Nous avons trouvé, malgré tout 1rs obstacles, quelques Indiens musulmtits (peu il est vrai, mois assez toutefois pour faire voir </nc la chose cet ponibli , qui, sans motifs intéressés, ont embrasée eteonsen christianisme ('*).

Madras esl un autre chef lien du gouvernement anglais. \ oici L'histoire pathétique de celte mission : Hélas ! pouf ce qui en eet jusqu'à présent, il faut avouer que les cœurs du peuple sont comme un terrain pierreux. Plusieurs, qui semblaient donner quelque espérance, ne l'ont pus réalisée, lu deux qui se préparaient au baptême, un a découvert des vue> mondaines et mauvaises: il n'est pins en état de préparation; i autre, qui est jeune, a été baptisé; Ct sont les premiers de cette mission (Miss, Heg. twrn tieth. report., p. 153).

Tranquebar , mission ouvcrlo par les Danois il y a plus de cent ans. Extrait d'une lettre d'un missionnaire : Vous auriez sans doute tjrande satisfaction si je pouvais vous communiquer quelques exemples d'une conversion opérée par la grâce de Dieu sur les cœurs de ce peuple ; et je vous assure que je n'aurais pas une émotion moins vive , si je pouvais avec vérité vous en raconter de ce genre. Je ne saurais ne pas gémir de la lenteur des progrès remarqués jusqu'à ce jour dans les antiques cl vénérables missions de la côte de Coromandel (Ib.,p. 165).

Travancore. L'administration verra que l'efficacité réelle des missions a été petite l'année dernière. Je suis plein d'ardeur dans mon attente, et j'espère que de toutes parts on annoncera quelques succès, etc. (Ib ,p. 174). On verra plus tard, lorsque je traiterai des missions indiennes on général, jusqu'à quel point est réel l'état de décadence de ces missions.

Dinapore. Celle ville, depuis l'année 180G jusqu'en 1809, fut le théâtre des travaux du plus zélé, du plus désintéressé, du plus actif missionnaire que les Eglises protestantes aient employé de nos jours. Je veux parler du célèbre Marlyn, traducteur du Nuuveau Testament en langues hindoue et persane, qui mourut en Turquie, en revenant dans sa patrie, en 1812, dans la trente-unième année de son âge. Nous pouvons même assurer qu'il fit l'épreuve de tout ce que pouvait tenter un missionnaire de celle religion. Quatre fois le jour des fêtes il prêchait ou tenait des conférences spirituelles. L'office en langue hindoue, écrit-il, se fil jusque deux fois. Le nombre des femmes auxquelles j'expliquai le troisième chapitre de suint Matthieu, n'excède j>as une centaine. Nonobstant l'apathie générale acre laquelle elles semblaient assister à la cérémonie, il y en avait deux ou trois qui, j'en suis sur, écoutaient et compre-

nd

(I) Ibid., i<

('-') Vol. m, p

(5) il>i I., p. 261, datée de Tillvgbur 1834.

h) Ibld.. |.. £81.

nairnt quelque chose. V tptiondetm

femnu - es l vnorét de in présence

d'aucun autre, européen ou insulaire I). Et peu après il se i laiot, dans nue lelli M. Corrie, de ce que, les ayant reprises pour leur légèreté dai v i église . toutes l'abandonnèrenl 1 . Enfin , longtemps apiès . une femme voulant se marier , se présenta pour recevoir le baptême; mais il la trouv.i si peu disposée, qu'il !«• lui refusa •') . C'est le seul exemple qui se rapporte, dans tout le coon son ministère, i I œuvre de la conversion.

Caumpore. Ce fut à cette station que le même Ifartyn vint, après avoir quitté Dinapore. 11 nous ilit que la. malgré sa délicatesse sur ce point, il administra le sacrement de baptême èi une vieille Inde fine qui, quoique assez ignorante, était bien humble p. :ji »■. Enfin son biographe, ou. pour mieux dire, son panégyriste, à la fin de la vie de ce missionnaire, ne se glorifie que d'une seule conversion, outre celle de la vieille, résultant des travaux de Marl\ u < 1 . 1 1 1 - la Perse et dans 1 x Indes (p. W2 .

Buxat. M. Corrie a observé parmi lot habilitants chrétiens une disposition à recevoir un missionnaire [Mies. Reg.,p. 136).

Alep. « Le seul Norton poursuit ses travaux, mais il est parfois bien abattu èi la vue d'un progrès plein de lenteur. Il espère cependant le trouver plus encourageant , quand il plaira à Dieu d'opérer dans les cœurs d'un petit nombre [ibuL, p- 181). »

Tellicherrij. '< Je suis persuadé r/ue bien des plantes sont sur le point de germer pour Jésus-Christ dans ces régions. Il en est un qui cherche la vérité avec une diligence qui nest pas sans ardeur. Qu'on nous donne plus de collaborateurs : notre travail est bien mod par l'absence (/'ouvriers [p. 186 ). » Ainsi il paraît que pour aider à germer à cette unique plante, ils voudraient promptemenl de nouveaux secours.

Bunghulpore. C'est laque fut placé le missionnaire Christian, un des plus zélés de l'Eglise anglicane. Voici comment parle de lui le rapport de la Société pour la propagation de l'Evangile, d'après les documents reçus de lui-même. Il aurait <i peine le courage de dire qu'il a opéré quelque résultat parmi h s païens qui l'environnent. Il espère que tout viendra avec le temps, èi mesure que les connaissances se propageront et que l'on connaftra mieux la pureté du christianisme. Après son arrivée, il a la/itisé doux naturels : le premier est un enfant de douze ans, le second une jeune fille de six ans. Ils sont tous deux entretenus par des personnes qui pourvoiront à leur inti tel futur i .

liaj-Mahul. Les montagues situées dans le voisinage de celte station, el habitées par l< 9 Pubarrees, parurent favorables aux Ira vas x des missionnaires ; car ces habitants ne sont pas soumis à ces préjugés que 1 on croyait

(t) Henaoir of Ihe Rei H m, Lood.,

■ , Ri port <>i Ihe s.-, i. iv for ihe propag ol Uio t. m roreigti i-'Hv i'" 18» Lond I8J I, p. i H

STÉRILITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES

le plus grand obstacle à la propagation du christianisme parmi les Indiens. Christian en fit l'expérience; mais son journal rend manifeste que, jusqu'au jour de sa mort, il n'avait pas même opéré une seule conversion (1).

Calpentyn , dans l'île de Ceylan. De cette manière, écrit le missionnaire, j'ai passé le temps avant ces six mois. Ma grande espérance , ma grande consolation sont dans un petit nombre de descendants d'Européens qui viennent régulièrement à l'église. Il y a aussi un pauvre naturel chrétien dont j'espère que Dieu attirera le cœur à lui. Ma foi est souvent chancelante sur le bien que l'on pourra faire parmi ces peuples (Miss. Reg.,pp. 196, 35.6).

Jaffna. Lettre du missionnaire: Après tout, si je puis réussir à faire une ou deux conversions vraies et durables, je reposerai en paix. Plus je vois ce peuple, et plus je suis convaincu de l'inefficacité absolue des seuls moyens humains pour le délivrer de l'erreur. Un seul homme et trois filles, avec mes domestiques, étaient présents (à l'église). En vérité les choses s,e présentent sous un point de vue ténébreux (p. 205, 261).

2. En Afrique, on nous dit que les missions de Soosoo et de Buitom sont suspendues sans espérance de pouvoir se relever désormais

Kissey. Le dimanche, écrit le missionnaire, on rassemble une société de 300 personnes ou plus : mais aucune d'elles n'a encore d'oreilles pour entendre ni de cœur pour comprendre. Je suis encouragé à poursuitire l'œuvre, quoique parfois je sois presque désespéré de ne pas recueillir de fruit comme les autres (p. 80.)

Kent Station. M. Randle tombe dans une grande appréhension de son propre salut spirituel. Il n'est pas sans espoir de pouvoir opérer quelque bien chez ce peuple (p. 83).

Charlotte-Town. Dans le rapport sur cette mission, il y a une preuve du peu de foi qu'on doit ajouter aux relations répandues en Europe par les émissaires des sociétés, et aux conversions des pays éloignés. La bénédiction de Dieu, dit le Registre, descend sur les travaux de M. Taylor chez les Maures. Ecoutons maintenant ce qu'écrit M. Taylor luimême : Je ne puis rapporter aucune action décisive de la grâce divine sur le peuple : car mon cœur n'a encore été réjoui par rien de semblable. Mais il y a divers motifs qui me font nourrir l'heureuse espérance que Dieu se montrera bientôt miséricordieux (idem).

Voilà donc quelques exemples pris entre beaucoup d'autres , qui font voir combien l'on a été trompé par ce que promettaient les institutions des missions. Ils sont pour la plupart tirés des actes même de la Société de l'Eqlise, une des plus remarquables et des plus efficaces de ces associations. Dans tous on promet, on espère, on présume, on attend, mais rien ne s'effectue. C'est un printemps perpétuel, pendant lequel on voit poindre à chaque pas de nouvelles plantes, ger-

(1) Report ofthe Society for ihc i rouag. of the Gospel m foreign paris, for 1827, Lond., 1828, p. 180-212.

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