‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 49 sur 167 · LETTRE II A M. JEAN POYNDER · texte numérisé non relu

LETTRE II A M. JEAN POYNDER

quel nous les appliquons est différent.

Une objection semblable a été faite, même dans les temps plus anciens. Terlullien et d'autres écrivains des premiers âges vont jusqu'à supposer que c'était une politique du génie infernal d'employer d'avance ou de faire passer dans les religions païennes les sacrements et les rites de la nouvelle et de l'ancienne alliance, afin, par là, de séduire les hommes. Je ne discute pas l'exactitude de cette idée; je ne veux que conslaler leur accord à admettre de telles ressemblances entre les religions vraies et fausses (1).

Mais , monsieur, n'avez-vous jamais réfléchi que votre argument peut se tourner contre les doctrines, aussi bien que contre les rites? El de fait, telle est la nature de votre raisonnement, qu'on peut le diriger, nonseulement contre les doctrines catholiques , mais contre toute la foi chrétienne. De plus , n'avez-vous pas songé que ce même genre d'argumentation a été suivi par les ennemis du christianisme? La doctrine de la trinité n'apparaî(-elle pas clairement dans la célèbre lettre de Platon à Denys, laissée par Eusèbe ; dans les ouvrages de Plolin et autres delà même école; dans l'Oupnekat et les Vèdas, et dans les écrits philosophiques de Laotseu? Dupuis , dans son Origine de tous les cultes , n'a-l-il pas déduit de là que ce dogme n'avait pas été révélé dans le christianisme, puisqu'il était si bien connu auparavant, et répandu à d'aussi grandes distances, niais que saint Jean et les aulres apôtres l'avaient emprunté à la philosophie païenne?

Les termes mêmes de cette doctrine, le Verbe , aussi bien que le Père et V Esprit, et leur procession l'un de l'autre, n'onl-jls pas été retrouvés par Dupuis et par d'autres , dans cette école orientale? Volncy n'a-t-il pas fait un parallèle de nom et de caractère, entre le Christ et l'indien Chrishna? Le parallèle de ces deux personnages n'est-il pas plus fortement marqué que celui que vous avez établi entre nos cérémonies et celles de l'ancienne Rome ou de l'Inde? L'idée d'une incarnation divine et du salut par la médiation de Dieu dans la chair n'a-t-clle pas été vingt fois signalée dans la mythologie indienne el dans celle des autres religions de l'Orient?

Ne pourrions-nous pas recueillir facilement dans les mêmes contrées plusieurs ressemblances avec nos doclrines de la justification, de la prédestination, de la grâce, et de l'expiation ? Cependant quel est l'homme, doué d'intelligence et de jugement, dont la foi puisse être ébranlée par des comparaisons comme celles-là ? Sans doute dans ce pays , l'expérience n'en a pas été l'aile comme dans les pays étrangers. Les Ruines de Volncy et l'abrégé de Y Origine (les ailles de Dupuis ,

(1) « Caeterum si Numx Pompilii superstitiones revolvainiis, si sacerdoialia officia, insignia cl privilégia, si sacrificalia niinrsicria , el instrumenta , et vasa i| sorum sacriG- ( un mu, ac piaculomm, ac voiorum curiositales considereiiiiis, nonne manifeste diaboius morositaiem illara jndaicœ legii imiiaius? i De Prsescript., cap. 11. « Quo agnito hic quoque suuliam diaboli cognoscimus, res Dei annulaniis; qui ex ij.so baplismo exerce! in suis qmd siuiilc. » De Bapl.j cap. S.

ont contribué beaucoup à saper la religion parmi les faibles en France ; et un ouvrage populaire, tel que celui que vous avez publié, a pu facilement courir l'Angleterre , attaquant les vérités chrétiennes précisément de la même manière. Peut-êlre que ceux qui ont quelque désir de trouver Irop faibles dans la balance les preuves du christianisme, se seraient contentés d'un tel argument. Voilà ce que produit voire ouvrage dans ceux qui ont déjà réglé dans leur esprit que le papisme est idolâtrie ,pour eux vos arguments seront très - convaincants , car ils trouveront un écho intérieur pour répondre à leurs invectives; mais sur le catholique ou le protestant éclairé, ils n'auront pas plus d'influence que l'argument de même nature de l'incrédule français.

J'ai déjà insinué que le peu de riles conservés dans la religion protestante pouvait facilement aussi se retrouver dans les coutumes païennes. En quoi le sermon , qui forme la partie principale du service divin dans votre Eglise, diffère-t-il du chutbat ou discours de l'iman dans la mosquée mahométane ? Et la chaire, en quoi diffèrc-t-elle de son mimbar? Oui , sans mentir, elle me paraît être plus païenne encore; car, si je me rappelle bien, à Pompéi , dans la basilique (espèce de bâtiment d'où la forme des églises à trois nefs est dérivée) , il y a une sorte de chaire ou de tribune occupant la place la plus importante. Je ne dirai pas que dans les dernières fouilles du temple de la Concorde, où Cicéron prononçait ses harangues, on a découvert quelque chose qui s'en rapproche beaucoup. Quoi I votre surplis et votre soutane ne sont-ils pas une exacle copie, ou plutôt un genre de vêtement qui a remplacé l'habit extérieur qui en recouvrait un aulreplus Iong,el était porté, comme nous l'apprend M. Blunt , par les anciens prêtres, ainsi qu'on le voit dans un bronze du musée de Naples? De plus il est obligé d'avouer que la soutane de l'église protestante est une imitation de l'ancien habillement clérical, c'est-à-dire, à ce que je suppose, de la soutane catholique qu'il vient de faire dériver d'une soutane païenne (1).

En outre, voire surplis doit toujours être blanc, couleur constamment employée dans l'ancien culte païen; tandis que nous, nous changeons nos vêlements sacerdotaux selon les circonstances. Eulin M. lîlunt nous déclare que la coutume d'avoir des enfants pour chanter dans les cathédrales et pour servir aux cérémonies du culte est manifestement dérivée des temps païens.

Il cite un tableau d'Hcrculanum où un enfant aide au sacrifice , vêtu d'une tunique blanchi; qui lui descend aux genoux ; cl il ajoute que l'enfant qui sert àl'aulelen Italie porte le même costume el remplit la même fonction; la seule différence est qu'il lient en main des livres au lieu de chapelets (■!). Or comme le surplis italien ne descend pas plus bas que le milieu du corps, je soutiens

(1) Vestiges des anciennes rnulunies, p. 1)2.

(2) Le vèlcinuiu do dessus porté par les prêtres est

ait)

que le parallèle des enfanta en luniquea blanches, avec dea livres i la main, sera plua belle i laire dam l'église de saint Paul que dana celle de saint Pierre.

La cérémonie de votre mariage <'si tonl simplement la copie de celle des païens d • Rome : car ils employaient aussi un anneau

dans CCS oc rasions , Vunnuhim pTOfl ul/nm ,

comme Tertollien l'appelle ; ce que Juvénal décrit ainsi :

Conrealum tamen el pactum, tri ipaosalii do Tempeataie i jums, |amque a lonaore maxialra Pecteria, ut ili^ito pigoua fortasse di li

(Sat. M.)

Pour justifier l'usage de relie cérémonie , de ce rit extérieur, je ne sais pas quelle autorité vous trouverez dans le Nouveau Testament. La formule par laquelle. la femme se livre à son époux avec tout ce qu'elle possède, correspond pareillement à celle-ci, Ubi tu Cajus ego Caja; je ne puis découvrir d'où vient l'hommage corporel exprimé par ces paroles : Et je vous honore de mon corps. Puis donc que toutes les fois que les catholiques parlent du culte des images , on leur soutient , en dépit de leurs réclamations , qu'ils les adorent, il m'est bien permis , je pensc.de prendre l'hommage du corps pour une idolâtrie, et de la pire espèce, puisqu'elle a pour objet un être vivant.

On peut dire la même chose de la cérémonie des funérailles; la coutume de porter le corps au tombeau avec grande pompe , mais sans y mêler un seul symbole d'espérance chrétienne, ou de sentiments religieux, paraît à tous les étrangers admirablement païenne; les amis qui suivent comme des pleureurs, cl les écussons de la famille portés avec elle, et les hommes payés pour accompagner le cortège en silence, se retrouvent exactement dans les anciennes funérailles romaines; les parents y accompagnaient la bière; les images des ancêtres étaient portées devant elle, et beaucoup de pleureurs à gages grossissaient la foule. En Italie, au contraire, le clergé et des confréries de charité accompagnent seuls le corps, en chantant des chants religieux. Ensuite l'usage où sont les plus proches parents de jeter de la terre sur le cercueil correspond, aussi bien que uossible, à la manière d'allumer le bûcher dans les temps anciens ; et je pense aussi que celle pratique présente une meilleure connexion entre les rites anciens et les modernes, que la charmante conjecture que vous recommandez à l'attention des savants , que le terra ail tibi levis (qui par égard pour la prosodie est toujours écrit de cette manière sur les monuments, ail tibi terra levis), a servi de fondement aux prières pour les morts (pag. 80) : conjecture que vous voulez, je m'imagine, confirmer dans le paragraphe suivant en avouant que les Juifs au temps des Machabées offraient des sacrifices pour les défunts.

appelé, d'après M.Hlunt, la mntwîfa Ta iiirffr n'oit portée que par les évoques, et, a Kame, par les cardinaui seuls; c est mie espèce de pèlerine qui couvre les épaules. Je n'ai encore jamais vu un voyageur proieslant décrire d'une manière correcte une chose relative à notre culte.

DEMONSTRATION gVANCdtUQUL i±Q

Inutile de parler de votre baptême, car

a ssii nine ni votre « i la lion d'OvIdc.qUJ tourne

en ridicule la pensée que le crime pu être effacé par l'eau, s appliquerait dans la bou< lie d'un esprit fort tout aussi bien au baptême qu'a l'eau bénite, et mieux même, puisque nous ne croyons ; ai qu'elle pui ell lier le (rime.

Ainsi vous voyex qu'avec Irés-peu de peine, nous pouvons signaler autant ifanalogies entre le protestantisme cl le p if nisme, que vons l'avei (ail entre le culte calholiejue el Je culte paie,,. Car arec quelques citations déjà rebattues et une bonne dose d'invention originale, j'aurais donn chacun de ces pointa toute l'étendue d'autant

de chapitres et bit un livre aussi long que le vôtre ; et si mes articles n'eussent p i- été aussi nombreux que les vôtres, mon argument aurait été meilleur, car j'aurais embrassé toutes les cérémonies que vou- avei I I» arguées.

J'aurais pu même vous adresser un autre reproche. D'où vient que vous ave/ conserve lin si grand nombre de restes d'idolâtrie papisie , les saints de votre calendrier, et lea saints auxquels vos églises sont dédiées .' Si l'apothéose païenne el la canonisation catholique sont identiques, que faites-vous de l'apothéose du roi Charles martyr? Pour quelle vertu a-l-il été mis dans le calendrier 7 A quelle cause a-t-il rendu témoignage? Car j'ai vu moi-même sa lettre au pape, dans laquelle il se montre tout prêt à échanger la religion protestante en Angleterre, contre un secours temporel du saint-siege. Comment se fait-il que, dans l'église du Temple, on conserve encore l'inscription qui accorde une indulgence à tous ceux qui la visitent annuellement (1). Assurément si le papisme est une idolâtrie, vous avez retenu plusieurs de ses abominations.

Mais je consens à établir la comparaison sur le plus large terrain que \ous proposiez. "\ ous vous imaginez que peu ou point de changement s'esl opéré dans le Panthéon par la substitution de tous les saints à tous les dieux. Je présume que vous ne trouverez rien à redire au changement d'un temple païen en une église, car \ous n'avez pas l'ail scrupule d'occuper nos églises, même sans une entière purification à la knoxiau 2). Mais je supposerai, si vous le voulez, qu'un ancien Humain revienne visiter ce temple. La première chose qui le frappera sera le signe du salut, l'image du Christ crucifié élevée sur chacun des aulels , et plus remar-

(I) Cfl curieux document, placé au-dessus d'unel(orte a l'intérieur, est ainsi conçu : ANNO aB INCARNATIONS l)oviim M('J.\\\v |>! nie via nie EOCLES1A 01 H •!.£

•mai; a 1>m> ERACUO DO GBA SCS (SAti i i l.i- MtK- C.TIONIS BCOESLfi PATMABCHA lin II -,!.l Qf EA

(Ot 1 RAM) V>\ V I IH IKIETIUl S l)£ ÎJLMA51 (INJINCTA SIBI)

1 1 m il iiv I \ DtES imh î-sir.

{i) Du moins quant au premirr point de son système; le il êtah oses bien compris dans les déni pays. » Tue /ii si invasion «as upon ihc idolâtrie; and IhernaaMV the commun 1 1 n Lo seik sum sjxivll. » ffiakatra de li

Réforme en i osse, p i>

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quablement encore sur l'autel principal et central. A droite, le tableau d'un homme qu'on lapide, tandis que les yeux levés vers le ciel , il prie pour la conversion de ses bourreaux, fixerait fortement son attention ; et à gauche, la modeste statue d'une viergeavec un enfant dans ses bras, exciterait sa curiosité. Alors il verrait des monuments d'hommes, dont les mains jointes ou croisées expriment qu'ils ont expiré dans la prière de l'espérance : une inscription d'un côté lui apprendrait comment l'immortel Raphaël a voulu que nul autre ornement ne couvrît sa tombe qu'une statue de la mère de Dieu qu'il avait donnée à cette église; une autre vous informe que l'illustre publiciste (Consalvi), ayant légué sans réserve à la propagation du christianisme parmi les nations éloignées la fortune qu'il avait acquise au service de l'état, n'aurait pas de tombeau, si ses amis ne lui avaient élevé , clandestinement en quelque sorte, ce modeste monument. A quelque heure du jour qu'il enlrât,il verrait autour de lui des adorateurs solitaires qui s'introduisent doucement par les portes de bronze toujours ouvertes pour veiller devant l'autel de Dieu, pareils à la lampe qui répand sur eux sa doucelumière. Je pense qu'il ne serait pasdifficile en présence de ces objets de lui exposer et de lui développer pleinement la foi chrétienne; la vie de notre rédempteur, depuis sa naissance d'une vierge jusqu'à sa mort sur une croix ; le témoignage rendu à sa doctrine et la puissance qui l'accompagnait manifestée dans le triomphe du premier de ses martyrs; l'humble et modeste vertu que son enseignement inspira à ses disciples; leur mépris pour la gloire de ce monde; leur ferme espoir en un monde meilleur ; l'influence constante et journalière qu'exerce sa religion sur ses sectateurs qu'elle invite et qu'elle porte doucement à exhaler une prière solitaire au milieu des peines d'une vie occupée. Il me semble que ce païen aurait l'idée d'une religion immensément différente de celle qu'il avait professée ; l'idée de la religion du doux et de l'humble, du persécuté et du modeste , du pieux et du chaste. Je pense aussi qu'en voyant la substitution d'un symbole à un symbole; de la croix, le signe de l'ignominie, avec sa victime sans résistance, à la place du maître allier du tonnerre; de la plus chaste des vierges, à la place de l'impudique Vénus; d'Etienne qui pardonne , au lieu du dieu vengeur de la guerre ; il concevrait par là une plus grande idée du renversement de son idolâtrie par la plus douce des religions, et de la substitution du christianisme au paganisme , que si le temple avait été seulement dépouillé et fût devenu une simple salle ou une ruine croulante.

Je pense que l'arche de Dieu, debout dans le temple même de Dagon avec l'idole à ses côtés, brisée et mutilée de telle sorte qu'elle ne pût être replacée sur son piédestal, devait donner une plus grande et une plus puissante preuve de la supériorité de la religion divine des Juifs sur la religion de la Syrie, que

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lorsqu'elle était cachée dans le silence derrière les rideaux du sanctuaire. Et en effet les anciens païens étaient si éloignés de regarder la substitution des emblèmes chrétiens à la place de ceux de leur religion, comme une simple modification du même culte, que rien ne les irritait davantage et ne leur faisait sentir plus vivement le changement qui s'était opéré. Julien l'Apostat écrit ainsi aux chrétiens : Hommes malheureux! tandis que vous refusez d'adorer le bouclier descendu de Jupiter (le bouclier que vous comparez quelque part à une chose papiste) que le grand Jupiter et Mars, notre père, nous a envoyé' d'en haut pour nous donner un gage, non verbal , mais vraiment effectif de la protection assurée qu'ils accordent à notre cité , vous adorez le bois de la croix , vous en retracez le signe sur vos fronts et vous le gravez sur le frontispice de vos maisons. Vous voyez par là que Julien était loin de penser que la substitution de nos symboles à ceux du paganisme n'était qu'une continuation de la même religion.

Je pourrais vous demander ici quelle espèce de chrétiens étaient donc ceux que l'on accuse ainsi de substituer la croix au bouclier et de la tracer avec superstition sur leurs fronts? Etaient-ils protestants? ou ces pratiques ne sentent-elles pas d'une manière étrange le papisme? Maintenant écoutez la réponse de S. Cyrille. Il ne nie pas les faits ; il n'entre pas dans de longues explications ; il répond, comme un enfant catholique répondrait à vos chicanes par les paroles de son catéchisme, que les chrétiens sont à la vérité soigneux et qu'ils regardent comme un de leurs devoirs principaux (iv <pp<miSt 8*/*i«o«s , x«i ev toïs oti f.a).;»Ta xaresTiouSaî phcii) de marquer toujours du signe de la croix leurs fronts et leurs maisons, parce qu'elle rappelle à leur souvenir celui qui, mourant sur la croix, a chassé le démon de l'empire qu'il avait usurpé sur tous les hommes, et avec lui toutes les puissances infernales que notre calomniateur appelle des déités tutélaires ; et qu'ils se souviennent aussi par là de la grâce acquise pour nous sur la croix (1). Permettez-moi de vous demander encore : Voudriez-vous que vous ou moi, ou en d'autres termes, que votre religion et la mienne, nous prissions l'objection en ce sens? Quels étaient alors les chrétiens que Julien attaquait et que Cyrille défendait? Je vous accorderai volontiers sans restriction tout l'avantage de faire société avec le premier, et je voudrai bien me contenter de la réponse du second avec la foi et la pratique qu'elle suppose. En effet le. code théodosien ordonne que les temples païens soient détruits et purifiés en y plaçant le signe de la vénérable religion chrétienne (2). Je reviens à mon parallèle. Après avoir engagé le païen à découvrir, s'il le peut, son ancien culte et sa morale dans l'église même do Rome, que vous avez choisie, ctaprès lui avoir

(1) Juliani Apostalae Opéra, ulsup., éd. Spanlieim, vol li, p. i'Jf.

(2) Cod. Theodos., lib. x\i, p. r;-2G, éd. Colac.

exposé les dot Irinei qui j iodI enseignée*, je voudrait le conduire dans le i iul temple magnifique de ee pays, déni lequel la religion catholique n'a jamais élé exercée, et où leule elle n'a paa laissé do vestiges de ses réritéi el de m'-, pratiques. Je voudrais le conduire, après avoir dûment payé le prix d'entrée, dans la cathédrale de S. -Paul, et je le laisserais conjecturer à quelle religion elle <l<»ii appartenir. Sa première question ne serait^ elle pas : Appartient -elle a quelque religion? Est-elle même un lieu consacré au (dite? On n'y voit ni autel, ni chapelle, ni emblème d'une sainte, pensée; nul endroit vers lequel les hommes se tournent, connue le sanctuaire, où la présence dii ine se manifeste d'une manière toute particulière; nulle marque d'une consécration spéciale; pas un adorateur ou un spectateur respectueux:

personne qui, franchissant la porte, prépare son Ame, comme pour s'approcher de Dieu dans la prière. Là il voit des hommes, la tète couverte comme dans une place publique, marcher ça et là , considérer l'édifice seulement comme une merveille d'architecture, mais à qui l'entrée de la grande nef est interdite, parce qu'on a pour ce lieu sacré si peu de respect, que, s'il était ouvert, on le profanerait sans scrupule. En effet, des railleries et des plaisanteries, ou l'état des fonds, ou les scandales du jour , partagent seuls, avec leur curiosité bien taxée , la conversation des différents groupes. Verrait-il jusque-là quelque chose qui pût lui indiquer qu'il est dans un lieu consacré au culte chrétien? L'orgue ne lui ferait-il pas juger qu'il est dans une salle destinée à donner de joyeux concerts? A la vue des drapeaux moisis qui flottent au-dessus de lui, ne s'imaginerait-il pas que c'est la curia ou la salle du sénat de la cité? 11 n'y a qu'une seule circonstance qui puisse le porter à s'en former une idée exacte; il aperçoit une partie de l'édifice, précisément sa cella, isolée et entièrement interdite à la vue et au pas du profane, et comme il n'a rien remarqué de semblable dans l'église catholique, cl que cela correspond exactement à la forme ordinaire de ses temples , il peut assurément y soupçonner quelques analogies encore plus frappantes (1).

Mais tandis qu'il se verrait dans l'impossibilité de découvrir quelle religion réclame la possession de ce temple, j'attirerais ailleurs son attention : je l'engagerais à chercher parmi les tombeaux et les somptueux monuments qui les couvrent, quel est le dieu qu'on y adore et quelles \erlus on y enseigne. Il voit à la vérité des emblèmes en assez grand nombre, non pas la croix ni la colombe ou la branche d'olivier, comme sur les tombes anciennes, mais le tambour et la

(1) M. Pojnder oiio. quelquefois Kennel; jo le citerai donc aussi : «Quelques personnes curieuses oui observé celle ressemblance entre la toruM de ces anciens Lenij les ci nos églises modernes: ils avaient une i irtie plus garnie que le reste, on l'appelait cella: elle répondait a noire sanctuaire on chteur. * Inliquilés de Roqm, p. 11. Dans li s étcliscs do Rome el d'Italie cela n'existe pas.

DEMONSlItATION l*\ INGftJQI I

trompette, la pique d'abordage oi le canon. uni -<int cens dont l'attitude et le- actions ont été jugées dignes de servir d'ornements a

ee temple religieux ' II* s hommes qui se vont précipités répée a la main pour animer leurs

compagnons i s'élancer sur la brècsu

<|in s., nt tombés en montant a l'abord ip- des vaisseaui ennemis; (les bérOS, si roHS !,■ VOnleZ, qui Ont bien mente de leur mais non assurément des hommes OUÏ ont honore la religion. On dit de l'un, qu'il mourut, comme un Romain l'aurait certainement désiré, après avoir aborde le vaiennemi et rendu inévitable |,( destruction

«I un ou de deux de ces vaisseaux. L'épttapbe

de l'autre est exprimée par les paroles mémos

de la dépêche qni lui avail été envoyée par son commandant. I m- troisième consiste dans

le vote de la chambre dvs communes : mais

pas un mot d'une simple vertu chrétienne, d'une pensée pour Dieu, d'un espoir du < iel | pas la moindre lueur que l'un d'eux m sàt ou crût quelque religion I Le païen m- se réjouirait-il pas d'avoir trouvé un temple, ou le couragodes trois cents Fahiens, ou le dévouement de Décius,ou la vertu de Scipion fui si clairement enseignés el offerts à l'admiration et à l'imitation pratique des homm

Comme sa joie devrait encore s'accroître. (ii examinant de plus près les emblèmes sous lesquels ces vertus el leurs actes sont représentés! Ce sont les divinités (utelaires des mers et des rivières, avec leurs couronnes fangeuses et leurs urnes penchées ; le Gange, arec son poisson et sa calebasse: la Ta avec les génies du confluent de ses eaux ; le Nil, avec son idole, le Sphinx: la Victoire, avec ses ailes el sa ceinture, cornu e la représentait l'antiquité, plaçant un laurier terrestre sur le front des héros mourants ; la Renommée, avec son ancienne trompette, publiant leurs mérites mondains ; Clio, la fille d'Apollon, écrivant leur histoire; et à côté de celles-ci de nouvelles créations de dieux cl de déesses, la Rébellion, la Fraude, la Yaleur, la Sensibilité ; la Bretagne, vraie copie de sa Rome adorée : el parmi ces divinités il y en a qui sont dans un tel état de nudité et d'indécence, qu'elles seraient bien mieux placées dans un temple de l'antiquité que dans un temple moderne. Cet assemblage d'antiques divinités, seuls symboles qui puissent parler à ses yeux, serait assurément un puissant auxiliaire pour le confirmer dans celte idée que son ancienne religion, ses emblèmes el sa morale n'ont jamais été abolis, ou bien qu'ils ont ele rétablis depuis peu. Il serait presque inutile de lui expliquer, que derrière ce voile on fait la lecture d'un livr créa un auditoire peu nombreux, une foi- I i semaine, cl tous les jours à des bancs v ides ; que ce liv re enseigne aux hommes à abhorrer son idolâtrie et à adorer Dieu en esprit; que des savants y prêchent des homélies sur le péril de l'idolâtrie el le danger d'admettre même des symboles dans le culte : tout cela, je pense, ne ferait que l'embarrasser davantage. S'il ne vous est permis de taire aucune image OU d'en avoir dans votre temple.

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