‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 53 sur 167 · LETTRE II! A M. JEAN POYNDER · texte numérisé non relu

LETTRE II! A M. JEAN POYNDER

goût affecté pour le latin classique , dont vous vous plaignez justement. Je crains bien cependant que nous ne soyons pas d'accord ici , car vous appelez la belle et touchante hymne Dies irœ une abomination (p. 94) 1 Mais nous faire un crime de nous servir des mêmes termes que les Romains pour la dédicace d'un temple lorsque nous écrivons dans la même langue qu'eux , c'est nous placer dans une triste alternative de paganisme et de barbarie. Je vois néanmoins que dans la dédicace de vos églises en l'honneur des saints, matière après tout plus sérieuse que les formes dans lesquelles elle est exprimée, on remarque les termes mêmes employés par les païens ; ainsi l'église est intitulée œdis ou templum; Dieu est dit Opt. Maxi., comme on le disait de Jupiter ; les saints sont appelés divi; l'édifice est dit leur être consacré ; et je vois que tous vos écrivains qui affectent l'élégance font usage sans scrupule de ces expressions ou d'autres semblables; cependant il ne s'est encore trouvé personne qui leur donnât le nom de païens.

Vous auriez fort bien fait, monsieur, de vérifier les citations de votre maître avant de les répéter : car vous n'en auriez pas trouvé une seule exacte. La première, quoique je n'y voie pas de mal, ne se trouve pas, je pense, dans Boldonius ou ailleurs ; la seconde a seulement l'air d'une phrase de Cicéron, ce qui assurément n'est pas un crime, et renferme d'ailleurs , dans l'original , une claire distinction entre Dieu et les saints ; la troisième est démembrée et en raccourci ; la quatrième , composée par Polo , est citée par Boldonius , qui veut seulement la critiquer dans les termes les plus sévères, comme une impardonnable imitation d'une forme païenne 1 Gardez-vous , monsieur , de recevoir avec trop de confiance les oréseuts d'un homme tel que Middlelon.

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(Euripide, Médée, 625.)

Présents d'un méchant homme ne profitent guère.

Je crains bien seulement que de quelque manière que nous changions notre phrase , elle ne puisse échapper à la critique des voyageurs instruits. Vous vous rappelez sans doute ce qui arriva à un de ces hommes qui, dans ses Voyages dédiés par lui à un baronnet protestant très-zélé, prouvait que nous étions des idolâtres , parce que , dans nos églises, nous donnions à la sainte Vierge le nom de Deipara, qu'il traduisait par égale à Dieu. Cependant , pour vous dédommager d'avoir ainsi détruit l'intérêt qui s'attache à vos inscriptions , je vous en donnerai une nouvelle à leur place ; elle est on ne peut plus papiste, mais en même temps très-antienne. On l'a trouvée , il y a deux ou trois ans, dans les ruines d'Ostie, et je crois qu'elle est encore inédile.

ANIC1VS AVCHKNIVS BASSVS VC ET TVflRENIA MONO RATA CF. FJVS CVM F1LIIS DEO SANCTISQVE OEVOTI »

Cet Anicius Bassus, qui grave une inscrip-

JJÉMONST. EVANG. XVI.

tion publique pour déclarer que lui , sa femme et ses enfants étaient dévots envers Dieu et les saints , vivait environ 380 ans après le Christ. Ce n'était pas un homme du commun , lui qui avait exercé la charge de proconsul de Campanie , comme il est évident par les nombreuses inscriptions citées dans Gruter, Muratori, Fabretti et autres (1); il n'était pas beaucoup non plus sous l'influence de l'autorité papale, car il est cité dans l'histoire ecclésiastique pour avoir, avec le patricien Marinianus , accusé calomnieusement le pape Sixtus. Ce dernier se justifia pleinement, et Valentinien confisqua les biens du calomniateur. Ainsi cette réunion des saints et de Dieu dans une même inscription doit avoir été l'effet non de l'ignorance ou de la tyrannie papale , mais de la croyance et de la pratique universelles.

Mais que dirons-nous des chapelles et oratoires, et plus encore des crucifix et des images , qu'on voit sur le bord des chemins en Italie , et plus fréquemment dans toute l'étendue de l'héroïque Tyrol ? Votre colère s'enflamme violemment contre ces hauts lieux du papisme, comme vous les appelez (p. 32); pour ma part , je les range parmi les choses les plus belles et les plus touchantes qui caractérisent cette contrée. Je me souviens d'un soir où nous marchions péniblement le long des flancs de l'Etna , sur un noir banc de lave, sans apercevoir autour de nous aucun objet qui pût ranimer un voyageur fatigué ; pas un arbre ou un arbrisseau , pas une hutte ou un autre signed'habitation humaine, ni étoile dans le ciel, ni reflet du crépuscule sur notre sombre route. Seulement devant nous, à une certaine distance, nous apercevions une lueur éclatante , un point brillant de lumière fixe , que la triste désolation qui nous environnait semblait rendre plus brillante encore. Nous marchâmes longtemps , faisant des conjectures sur ce qu'indiquait ce fanal, si c'était la cabane d'un paysan ou le feu de veille d'un pâtre. Enfin , arrivés à l'endroit même, nous reconnaissons que c'était une lampe que quelque pauvre , mais pieux paysan du voisinage avait allumée devant une Madone , dans une niche , sur le bord du chemin , sur lequel elle répandait, dans la solitude et le silence de l'heure et du lieu, une douce et bienfaisante clarté. Mon compagnon , dont la religion différait de la mienne, ne put s'empêcher de déclarer combien cet acte simple d'une religion rustique lui paraissait alors bienveillant et beau , et combien le reste de la route nous semblerait triste quand nous aurions tourné le dos à la lampe de la Madone. Dans chaque partie de la contrée, la vue des petits autels rustiques , avec les fleurs dont ils sont ornés et d'où s'exhale un encens sans nuages, et les guirlandes suspendues à l'entour et qui se fanent trop tôt, ne peuvent manquer de faire sentir à tous ceux qui en sont témoins quelle union parfaite il existe dans l'esprit de l'homme simple

(1) Gruter, 1090, 20 (ANernAT. kamoan.) Murât. 467, 7; Fabretti, p. 100, 225; 261, 120.

{Huit.)

DEMONSTRATION I \ W'.l.l IOJ I ..

des champs entra ht Idéei de lalnl el de

beau , et que M piété envers Dieu il lefe saints cherchent à se manifester par ci ■net extérieurs , absolument comme nu e»» nnl témoignerait ses affections d la mémoire d'un paient défunt. Bn Angleterre anssl , monsieur, <>n ne manque pas d'images et de représentation! d'hommes sur le bord îles

routes. Il \ a des létee de rois, de reines, de Turcs et de Sarrasins distribuées, ,i des distances convenables, sur le bord du chemin, pour imiter les pauvres paysans à des pratiques plus profanes qu'une prière aux saints: car en passant ils notent j/a* seulement U art viuipeaux, ce en quoi vous les jugez si répréhensibles ; mais ils tirent de leur bourse la nourriture et la subsistance dé leurs femmes cl de leurs enfants. Car ces signes les imitent non pas à des abominations telles qu'un siijnc de croix ou une (j<:nu(tcxion , mais a. aller prendre part aux orgies bachiques, où leur temps, leurs mœurs, leur santé se perdent entièrement. Néanmoins malheur à cet heureux pays, si jamais au lieu de ces images et de ces tableaux placés au bord des routes , l'on voit celles du Christ crucifié, ou

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de l'ange qui annonce son incarnation â la

- dei enue sa mère ! l'n tel changement

serait horriblement superstitieui I M ilhenr

peuple . si jamais la vue des emblèmes placés inr s , i oute lait naître en son i

de bonnes el saintes pensées! Malheur, ri

jamais on l'entend murmurer une prli I passant auprès d'un oratoire sur le bord du chemin , au lien de rendre hommage aux bj mboles d'immoralité el de débauche I Mais, monsieur, si nous devOM tmis avoir îles

images ou des tableaux sur les chemins ,

donnez-moi le Tyrol avec ses crucifix i bravés paysans, allant à leur ouvrage en fanant leurs chapelets dans leurs mains, el je vous laisserai w»s représentations angl dans lesquelles votre zèle ne voit rien

doute de superstitieux el de profane; je TOUS laisserai aussi ceux qui les honorent : assurément dans leur conversation , lorsqu'ils passent le long des chemins , vous ne trouverez à blâmer rien qui ressemble à une prière aux sainls , ou à la pensée de leur existence !

Je suis, etc.

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