LETTRE IV A M. JEAN POYNDER
ainsi, il est tout naturel que vous souteniez que le seul moyen de se débarrasser des miracles catholiques est de porter sur tous les Pères le même jugement, savoir de les considérer comme des imposteurs et des forgeurs de miracles pour tromper le peuple. S'il en est ainsi, je vous remercierai de plus de la bonne compagnie dans laquelle voire raisonnement vous force à nous placer. Si vous les excusez aux dépens de votre maître , vous ruinez toute la base de votre argument en accordant que des miracles ont continué de s'opérer dans l'Eglise, après les temps apostoliques, et je serais bien aise desavoir d'où émane et où l'on pourrait trouver le décret qui met fin à l'action de la puissance de Dieu sur les œuvres de ses mains.
Mais tandis qu'on nous apprend ainsi à croire aux miracles en général , de façon ou d'autre nous avons toujours passé pour nous tenir fort sur nos gardes, dans la crainte d'admettre quelque cas particulier sans le plus minutieux examen; j'ai toujours observé l'extrême précaution apportée par les personnes chargées de cet office important , relativement à tous ceux qui leur ont été déférés, et j'ai vu des exemples de miracles apocryphes ou imaginaires qui ont été exposés et condamnés très-sévèrement , avec la plus grande publicité. Vous savez aussi bien que moi que nul catholique n'est obligé de croire aucun des miracles que l'on rapporte , et j'ose dire que vous en trouverez beaucoup qui n'en croient pas un seul. Je pense aussi que les catholiques se laissent convaincre de la vérité d'un miracle aussi difficilement que les protestants, sans pour cela cesser d'être bons catholiques. Pour moi, toutes mes réflexions, toutes mes études m'ont amené à mettre en doute la vérité de ce principe, que Voltaire avait emprunté d'un philosophe païen, que l'incrédulité est le commencement de la sagesse. Je n'ai jamais aperçu dans les personnes qui en apprenant quelques manifestations extraordinaires de la puissance de Dieu les tiennent pour fausses jusqu'à ce qu'elles aient été pleinement prouvées, des marques d'une âme forte ou d'une raison énergique. Au contraire, j'ai observé que généralement ceux qui s'en moquent et se font gloire de ne se laisser pas facilement convaincre, ne font dans le fait que chercher à cacher leur ignorance et leur faiblesse derrière ce petit étalage d'incrédulité, et qu'ils désirent gagner la réputation d'esprit fort avec le moins de risque possible. Je ne crains pas d'avouer que croyant, comme je le fais, que les promesses faites à la foi et à la prière n'ont pas été révoquées ou affaiblies, et que Dieu sait exercer sa puissance lorsque l'intérêt ou l'honneur de son Eglise le demandent ; et lorsque j'apprends de la bouche de personnes dont le caractère m'est parfaitement connu, et qui, j'en suis sûr, n'ont aucun motif ni désir de me tromper, quelque acte de puissance par lequel la bonté de Dieu s'est manileslée en faveur de ceux qui espèrent en lui, et que la pire conséquence qui pourrait résulter d'une erreur sur ce point serait de me faire bénir
Dieu pour le soin qu'il prend de ceux qui l'aiment, et de faire luire un instant dans mon âme un rayon de piété et de vertu ; mon premier mouvement est de croire et d'admettre un tel récit ; et sans y donner une foi entière ou en faire la base d'un raisonnement solide, je le Conserve comme une semence d'espérance jusqu'à ce que quelque nouvelle circonstance vienne lui donner une nouvelle vie ou la dessécher là où elle avait été déposée : de même que quand nous jetons dans la terre d'un jardin plusieurs graines à la fois, nous sommes contents si quelques-unes lèvent et portent du fruit; ainsi en est-il de moi, si de plusieurs des faits dont je parle quelques - uns se vérifient pleinement et parviennent à une pleine maturité d'authenticité , tandis que si je les rejetais tous, je n'aurais probablement de joie d'aucun. Si vous lisiez la belle préface du philosophe Gorres, qui est en tête de la vie admirable de Klaus von der Flue, écrite par son bon et aimable fils, vous verriez combien est rationnelle et raisonnable la méthode que je suis.
Mais parmi toutes vos déclamations contre le sacerdoce catholique, il en est une dont la malice, à mon avis, retombe si manifestement sur vous, une qu'il m'est si difficile de croire avoir pu sortir de la bouche d'une personne dont le cœur aime habituellement à se reposer au sein de ce qui est saint et bon, que je ne saurais penser qu'un ami sincère de votre religion puisse ne pas avoir horreur d'un système de défense qui exigerait de pareils blasphèmes. Je veux parler de la manière inconvenante dont vous parlez del'adoration rendue par nous à la sainte eucharistie, dans laquelle nous croyons que le vrai corps et le vrai sang de notre Rédempleursontprésents (p.66). Votre croyance peut différer de la nôtre, mais en général les incrédules seuls ont eu l'audace de tourner en ridicule et d'outrager toute espèce de culte rendu au vrai Dieu et à son Fils adorable. Si un socinien, qui ne croit pas à l'incarnation, parlait comme vous de Notre-Seigncur, tandis qu'il était faible enfant dans la chair, ou disait ( comme vous ) en usant du même langage, jamais peuple, avant les chrétiens, n'avait eu l'idée que son Dieu eût été mis à mort, vous ne croiriez pas que la différence de croyance pût le justifier d'une légèreté si inconvenante. Vous êtes précisément dans le même cas, car la foi à la présence du Christ dans l'eucharistie n'est pas seulement celle des catholiques, parmi lesquels se sont trouvés de notre temps et se trouvent assurément des hommes d'un esprit philosophique et du sens le plus droit, mais celle des luthériens et des plus savants théologiens de l'Eglise anglicane.
Vous ne croyez pas que ni vous ni la secte, quelle qu'elle puisse être, à laquelle vous appartenez, vous soyez en possession de l'infaillibilité ; donc vous pouvez vous tromper dans ce que vous soutenez maintenant, même d'après vos propres principes. Vous ne devez donc pas en conséquence vous moquer d'une chose dont vous pourrez un jour dé-
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couvrir la vérité. El même m cette grâce mvous est jamais accordée, si roua mus sentea Inébranlable mu chaque article <i«' rotre croyance actuelle, je vous exhorte à vous rappeler que l'archange Michel lui-même, dans ta contestation arec le démon , n osa pas porter contre lui une accusation injurieuse, pour me servir des termes de rotre version, ou, d'après le texte plus énergique et plus littéral de la Vulgate , un jugement de blatphime[i](S.Jude, 9).Ilreste toujours une tache, une souillure de lèpre dans l'âme de celui qui se sert de paroles d'exécration, quelque juste d'ailleurs que soit l'hypothèse SUT laquelle il les appuie. Il y a de I indélicatesse à se laisser aller sur le compte même de l'erreur, à des pensées qui, si on venait à les apfliquer à la vérité, seraient insultantes à auguste majesté de Dieu ; et voilà pourquoi un archange ne veut pas se souiller, en usant de pareils termes, lors même qu'il condamne l'esprit infernal. Mais à cette conduite l'Apôtre oppose ceux qui parlent mal, ou, encore un coup, comme le rend la Vulgate, ceux qui blasphèment ce qu'ils ignorent (v. 10). Songez quelle est de ces deux routes celle que vous
(1) C'est-à-dire , te cotidamner avec exécration. (Trad. de Carrières.)
suive/, < i apprenez d'abord à vous instruire nets que vous traites avant de vous laisser aller à un langage anuV brétien; el même alors abstenez-vous d'en faire asaj
Il est temps enfin de « lore i es lettre,, non pas faute de matières ni par le désir «le paasi r sous silence divers points de votre In re, mais parce que le pense est avoirditasses dana les deux premières pour ruiner toute la base
de votre théorie, «I dans les deux autres pour montrer quel cas Ion doit faire de ( lia. une
de vos assertions particulières. Des eboaea
qui apparaissent étranges , mauvaises même à ceux qui ne sont pas initiés, sont belles lorsque l'on rient à en connaître la véritable origine, et que l'on en comprend bien [<■ vrai sens, ou, comme le Poète divin l'exprime admirablement :
Venante |,iù voile a| .pajon eose Cliu (Jaiino a (Jul)itar laUa DUta
Pej li rare cagiod < h .«e.
(i'iftOAT. XXII.)
J'éprouverai de la satisfaction si celte correspondance inspire à quelqu'un de ceux qui la liront l'idée d'étudier plus à fond la nature de nos cérémonies, aussi bien que celle de nos dogmes.
Je suis, etc.