‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 65 sur 167 · DE LA SOCIÉTÉ DE JÉSUS · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ DE JÉSUS

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La vie des hommes extraordinaires a toujours attiré l'attention du genre humain. En eux, en effet, se développent les ressorts d'action et les principes de conduite, non moins que la mesure de nos puissances morales. Us sont le vrai type de ceux qui visent à la perfection; la carte qui nous indique le chemin de la vertu, et nous signale les écueils et les abîmes du vice; des livres vivants qui nous mettent à même de profiler des bons et des mauvais exemples, des bons comme des mauvais succès de ceux qui nous ont précédés dans le voyage de la vie. Assurément il n'est rien dont ces avantages résultent aussi évidemment que de l'histoire de ces illustres héros , les saints du christianisme. L'instruction morale qui, dans les vies des guerriers, des hommes d'état et des philosophes , est souvent obscurcie et souillée, nous est, dans la biographie des saints, présentée pure et exemple de toute tache. Comme des miroirs, leurs vies réfléchissent le brillant assemblage des qualités qui doivent orner le caractère du chrétien, et sont comme les étoiles différentes de grandeur et d'éclat qui forment la voie laclée qui nous conduit au bonheur éternel. Et comme parmi cetle multitude innombrable d'étoiles, dont les rayons, mêlés et confondus ensemble, répandent sur tous ces corps célestes un voile de lumière , il est des astres qui frappent davantage par leur > volume et leur glorieux aspect, et arrêtent les regards; ainsi ces hommes héroïques qui ont instruit les autres dans les voies de la justice, brillent-ils d'un vif éclat dans les pages de la biographie sacrée.

Le martyr ne répand son sang qu'une fois, et est glorifié pour toujours ; quelle sera donc la récompense réservée au missionnaire qui, en même temps qu'il brûle du desir de mourir pour la foi, esl content cependant de vivre pour le plus grand honneur et la plus grande gloire de Dieu et le bien spirituel de son prochain? Celui donc qui veut s'inspirer d'un véritable zèle et apprendre l'art et la sagesse nécessaires pour la direction des âmes, doit étudier et contempler la

carrière de cet homme extraordinaire , dont les vertus et les actions font le sujet de t'esquisse que nous présentons ici.

Dans celte partie du royaume de Naples qui est communément appelée terre d'Otrante, un petit village, voisin de Tarente, a donné naissance à saint François de Cirolamo; cet événement qui devait exercer une si importante influence sur le monde entier dans ces derniers temps, arriva le 17 décembre 1GV2. Ses parents, Jean Léonard de Cirolamo et Gentilesca Gravina , étaient moins distingués par le rang honorable qu'ils occupaient dans la société que par leur vertu et l'excellente éducation qu'ils donnaient à leurs enfants, au nombre de onze, dont François était l'aîné.

La vertu ne fut pas seulement, dans notre saint, un héritage reçu de ses parents, et comme une production naturelle de son âme; mais elle s'y développa avec une force de végétation qui bientôt révéla les riches qualités du sol qu'elle occupait. Un jugement, qui en lui devançait les années, une douce soumission et obéissance à ses parents , une modestie virginale et un ardent amour pour la prière et la retraite, marquèrent l'enfance du saint et furent le présage de sa grandeur et de sa sainteté futures. Mais ce qui le rendit plus particulièrement remarquable , ce fui sa charité pour les pauvres ; et il eût pu dire en toute vérité comme Job, Depuis mon enfance la compassion a crû avec moi. 11 n'avait pas le courage de renvoyer un mendiant sans le soulager; il répandait avec une sainle prodigalité, sur tous ceux qui imploraient sa charité, de l'argent, des vivres, ou toute autre chose qu'il avait sous la main. Un prodige extraordinaire fil voir une fois combien cette libéralité du saint plaisait à Dieu. Sa mère, un jour, le surprit, pour m'exprimer ainsi, dans un pieux larcin, au moment où il emportait, pour le distribuer aux pauvres, du pain qu'A avait pris à la maison; elle le réprimanda et le blâma de son indiscrétion, en lui montrant les inconvénients que pourrait avoir, dans leur position, une charité si dénie»

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surée; et lui défendit de le faire à l'avenir. L'enfant répondit , la rougeur sur les joues, mais avec un air de supériorité et des yeux rayonnant de confiance en Dieu : Pensez-vous, mamère, que V aumône nous laisse jamais sans pain? Regardez le buffet , satisfaites-vous, et voyez. Elle y regarde aussitôt, comme l'enfant le lui avait dit, et voit qu'il n'y manquait pas un pain ; elle se jette alors à son cou, les yeux baignés de larmes , relire la défense qu'elle lui avait faite, et lui donne toute liberté de disposer à son gré de tout ce qui était dans la maison.

Quand il fut en âge, le saint jeune homme fut admis aux sacrements de pénitence et d'eucharistie; à partir de ce moment, sa faim et sa soif pour le banquet sacré ne cessant pas de s'accroître, l'amenèrent à y participer aussi souvent que possible, et nourrirent en lui cet amour pour Noire-Seigneur, qui le tint toujours en communion avec l'époux des âmes. Ses pieux parents eurent soin de cultiver les talents rares dont Dieu l'avait favorisé, en lui faisant commencer son éducation de très-bonne heure. On lui enseigna les rudiments de la langue latine, qu'il apprit avec une étonnante facilité ; et il saisissait si promptement et retenait si exactement les vérités de la religion, que déjà, dans sa tendre jeunesse, il commença sa carrière apostolique,en enseignant le catéchisme aux enfants de son âge. Nos âmes commencent de bonne heure à se préparer , à se façonner à leurs futures destinées, et à développer les dispositions que demande le genre de vie pour lequel Dieu les destine. Le jeune soldat montre de l'amour pourles armes et pour tout ce qui tient à l'art martial; les combats simulés font ses délices, et il déploie de la dextérité à gagner la victoire; l'arlisle étonne ses parents admirateurs par quelque merveille enfantine dans l'art d'imiter; le jeune orateur commence à entraîner un jeune auditoire, et le jeune ecclésiastique manifeste sa vocation par son amour pour les autels et les ornements de l'Eglise, et en s'initiant de lui-même aux fonctions du ministère. C'est ce qui est arrivé à notre saint, et c'est ce qui porta ses parents à le consacrer , comme un autre Samuel, au Seigneur. Dans le lieu de leur résidence il existe une pieuse congrégation érigée par dom Tommaso Caracciolo, archevê- 3uc de Tarente , et placée sous la protection e saint Cajétan. C'est une société d'ecclésiastiques d'une vie exemplaire , qui ne sont point liés par des vœux réguliers , et dont l'objet est de travailler à leur propre salut et à celui de leur prochain. François obtint son admission dans cette sainte communauté et devint bientôt un modèle de vertu ; sa piété fit l'admiration de tout le monde et le sujet de tous les entretiens ; le supérieur résolut de mettre à profit ses excellentes qualités, en le chargeant de faire le catéchisme aux enfants et de tenir l'église en ordre. Il remplit si admirablement cette lâche, que, sur une rcprésenlation faite à l'archevêque, il fut admis à recevoir la tonsure de ses propres mains. Il n'avait encore que seize ans : ses

parents, toujours attentifs à ses intérêts, l'envoyèrent à Tarente pour y étudier la philosophie et la théologie aux écoles de la société de Jésus. Là sa conduite exemplaire lui gagna l'estime et l'affection de son vénérable archevêque qui , convaincu de plus en plus de ses mérites, l'éleva successivement aux ordres mineurs, au sous-diaconat et au diaconat. Il se rendit à Naples , du consentement de ses parents, pour y apprendre le droit canonique et le droit civil, en même temps qu'il y étudiait la théologie ; il y fut accompagné par son frère Joseph, qui, montrant un goût merveilleux pour la peinture, venaitétudier cet art sous un maître éminent. Mais ce que François avait le plus à cœur, c'est-à-dire, d'achever le sacrifice qu'il voulait faire de iui-même à Dieu, occupait ses premières pensées en arrivant à Naples. S'étant donc procuré un exeat de son archevêque, et une dispense du pape à cause de son âge, il reçut avec des transports d'allégresse et de joie qu'il est impossible de décrire, l'ordre de prêtrise des mains de dom Sanchez de Herrera , évêque de Possuoli. Profondément pénétré du sentiment de la terrible responsabilité qu'il assumait sur lui et de la haute dignité dont il était investi , François, tout pur, saint et studieux qu'il était déjà auparavant, devint alors encore plus vigilant, plus fervent et plus assidu , et craignit que la moindre ombre d'imperfection ne vînt obscurcir un moment la pureté virginaledesonâme. Quoiqu'il vécûtdans le monde comme n'appartenant plus déjà au monde, il brûlait du désir de le quitter entièrement et de s'enfoncer dans quelque solitude bien loin de sa dissipation et de l'air empesté de son atmosphère corrompue, où il pût travailler avec un plein loisir à son avancement dans la science et la sainteté. Le ciel condescendit aux désirs de son serviteur favori. Une place de préfet devint vacante au collège des Nobles de la société de Jésus; François fit des démarches pour l'avoir, et l'obtint; et même par un privilège tout spécial, il lui fut permis de retenir son frère avec lui. Les jeunes gens confiés à ses soins ne tardèrent pas à reconnaître que c'élait un saint qui avait été placé à leur tête; son air et son maintien, ses manières aimables, sa conversation si douce et si pieuse, les austérités et les mortifications que tous ses efforts ne réussissaient pas à cacher entièrement, et surtout un acte de patience héroïque que nous allons raconter, révélèrent bientôt le sublime degré de perfection qu'il avait atteint.

Un écolier qui avait enfreint le règlement avait été dénoncé aux supérieurs par François et avait reçu le châtiment qu'il méritait. Le frère du coupable en fut si irrité que, non content de vomir un torrent d'injures contre noire saint, il en vint jusqu'à oser le frapper au visage. Quoique pris à l'improviste, il ne manifesta pas la moindre émotion, ne profera pas une plainte; mais, tombant à genoux, il présenta humblement l'autre joue à celui qui l'avait frappé. Cet acte lui attira pour toujours depuis dans le collège le nom de saint prêtre. Après cinq ans de résidence

en ce Heu, dans le poste dé préfet, notre saint, dans sa Hnat-huilième année, s»' lentit tout à bout Une forte inclination pour entrer dans là société. H aràil certes toutes les qualités requises pour eu devenir membre ; et bien que l'Idée ne s'en présentât à lui que pour la première fois, son esprit était pré paré a la recevoir avec empressement à cause des sentiments dont il était .mimé déjà depuis longtemps, el que son éducation cbez les jésuites et les longs rapports qu'il avait eus depUiS avec l'ordre n'avaient lait que considérablement fortifier. Mais alors il survint un obstacle que le saint n'eut pas pu de peine à surmonter : ce fut l'opposition que mit son père à l'exécution de ses désirs. Il écrivit à François une longue lettre pleine de véhémence et de représentations pallieiiques, à laquelle le saint répondit d'une manière si affectueuse et si persuasive, qu'il parvint enfin à triompher de la résistance de son père, et à le faire acquiescer à la volonté de Dieu. Toutes les difficultés étant levé s. il se rendit à la maison de probation pour y faire son noviciat, la veille de la Visitation de la sainte Vierge, l'an 1G70; il était alors dans sa vingt-huitième année.

A peine François se vit -il admis au nombre des novices et revêtu du saint habit, que son âme s'épancha en vives effusions de gratitude; et il s'appliqua avec tant de zèle à remplir les devoirs qui lui étaient alors imposés, que 1e maître des novices ne tarda pas à s'apercevoir quelle acquisition la société avait faite. Pour IojI dire en un mot, on n'avait jamais eu de novice plus humble, plus fervent, plus mortifié et plus obéissant que François; il tenait compte des recommandations les plus minutieuses et les plus incommodes; doux et affable, il gagna tous les cœurs par l'amabilité de ses manières. Placé à la tête des novices convers, ses vertus éitflnentes et sa profonde spiritualité opérèrent bientôt un heureux changement dans leurs dispositions. Il ne restait plus qu'à épurer l'or de ses vertus dans le feu des afflictions et des croix. C'est alors que les supérieurs commencèrent à le soumettre à une suite de rudes épreuves. Un frère convers, soit par affection pour sa personne, ou par respect pour le caractère sacerdotal dont il était revêtu, avait coutume de lui porter de l'eau tous les jours dans sa cellule, el François, pour avoir souffert qu'il lui rendît un pareil service, fut sévèrement réprimandé; non-seulement on lui en fit un crime, il fut même condamné à l'expier par une pénitence humiliante. Il en fut de même de tout ce qui lui arrivait défaire qu'on pût d'une manière ou d'une autre présenter comme une violation des règles; et s'il se commettait quelque faute, c'était infailliblement sur lui <|tie tombaient les soupçons, lui qui en recevait le châtiment; H supporta avec douceur, en silence et avec joie, le blâme de tout ce qu'il avait fait, ou de re qu'il passait pour avoir fait; le coup même le plus rude et le plus poignant pour sou cœur naturellement sensible, la défense dédire la messe plus de trois

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loi. la semaine, ne put lui entacher un murmure. Le Seigneur cependant n'abandonnait

t. n ilél om- serviteur, qui. par esprit d o> iii< <■ BUppOfUHI p tiemmenl il elr

pué di' sa compatnie : li i jours rnéittl s où il etiit défendu a François dé célébrer la mi

il le visitait en personne [comme le Saint l'a depuis révèle a une personne en confession,

bien qu'il parlât eu tierce personne, et non de lUi-méme), et, de ses div lues mains, lUi <listribuait le pain dis anges. |.,, S(. termine la (arrière d'épreuves, et les effets en furent manifestes. Armé de toutes pièces el affermi contre toutes les attaques, il Sortit de sa première année de noviciat, Balançant comme un géant pour parcourir la carrière des vertus apostoliques. En effet, il fut alors éttTOté à Leece avec le fumeux, père \gnello Bruno. Durant trois ans, ces saints missionnaires parcoururent toutes les rilles et villages des deux provinces delà terre d'Olranté et d'Apulie, préchant et convertissant, partout où ils allaient, un nombre mlini de péchi url I • I avait coutume de dire d'eux : Le père Bruno et le père Girolamo semblent être non de simples mortels, mais des anijes envoyés erjtrès pour sauver les âmes. Même dans ses premières missions, François ne laissa pas d être honoré de ces faveurs singulières dont nou* aurons souvent occasion de parler dans la suite.

En 167i, notre saint fut rappelé à Nantes j pour y finir son cours de théologie seO (astique avant de faire solennellement profession. Alors le savant directeur des âmes, l'éloquent prédicateur se liv ra à ses éludes avec l'humilité de l'écolier le plus défiant de lui-même ; el, quoique ses talents fussent d'un ordre très-élevé, et que ses Analyses théologvjups fussent grandement recherchées el e-limees. il était si éloigné de faire parade de ses connaissances qu'il avait cOOtamé de consulter ses compagnons d'étude, et s'appliquait en toute occasion à se faire passer pour ignorant. Pour nourrir en quelque manière le zèle dont il était enfl un né pour le salut des âmes, les supérieurs lui permirent de prêcher le dimanche et les fêles dan- les places. ce qu'il faisait avec des sim es étonnants.

Ses éludes terminées, il fui. par une disposilion particulière de la Providence, nommé à l'église appelée le Gesu-N'uovo, en 1075. où il commença les travaux de celte carrière apostolique qu'il continua pendant quarante ans, sans interruption , jusqu'à la fin de son pèlerinage terrestre. Pendant les trois premières années, il est vrai, il n'eut point d'autre charge fixe que de faire l'invitation ou l'exhortation à la communion. Comme il se pratique en cette église le troisième dimanche de chaque mois: tâche cependant assez difficile et ardue pour décourager tout autre qU'ull prêtre très-zélé el très-lahorieux. Celle œuvre toutefois . et toutes les autres u-uv res continuelles de charité auxquelles il consacra ces trois années , ne pouvaient satisfaire les ardents désirs du zèle de notre saint. A la nouvelle que la mission du Japon allait élre ouverte de nouveau, il importuna ses supérieurs par des lettres adressées à Home,

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les pressant de lui permettre de prendre part à cette glorieuse entreprise, afin d'étancher, au moins en partie, la soif brûlante qui le dévorait : car son désir avait toujours été de mourir pour la foi. II se résignait cependant à traîner une vie pénible au milieu des épines du martyre, quand même il ne dût jamais lui être accordé de cueillir la rose qu'il convoitait avec tant d'ardeur. Il reçut une réponse précise et péremptoire : il dut considérer Naples comme son Inde, et perfectionner le sacrifice qu'il avait fait de luimême à Dieu, par un renoncement absolu à ses inclinations. A partir de ce moment, il regarda Naples comme celte portion de la vigne du Seigneur qu'il plaisait au divin père de famille de lui donner à cultiver exclusivement. Telle était la souveraine volonté de Dieu, manifestée par l'ordre de ses supérieurs, et à laquelle notre humble saint acquiesça sans hésitation. La Providence , qui règle à son gré les événements , ne mil pas de retard à procurer l'exécution de ses desseins : car il survint une circonstance qui porta les supérieurs à confier entièrement la mission de Naples à François. En conséquence de9 calamités dont le royaume de Naples se trouvait alors affligé, on ordonna des prières publiques pendant huit jours, et chaque jour une procession de pénitence faite par les ordres religieux, à tour de rôle, devait se rendre, en traversant les rues de la ville, à la cathédrale, où un sermon devait être prêché par un prédicateur distingué. Or, le jour des jésuites étant arrivé , le père Sambiasi , le plus célèbre orateur sacré de l'époque, fut chargé de faire le sermon , et le père François de diriger la procession. Notre saint s'acquitta de sa charge avec autant d'habileté que de zèle et d'énergie. Quand, après une marche solennelle , interrompue de temps en temps, afin que les exhortations et les avertissements de l'homme apostolique pussent être répétés et pénétrer profondément dans les cœurs de-; assistants, la procession parvint enfin à la cathédrale, en quelques moments, une foule immense avait rempli l'église , laissant dehors, sur la place, une multitude innombrable à qui il était impossible d'y pénétrer. Voyant donc ce peuple affamé du pain de vie, ce tendre pasteur de Jésus-Christ fut touché de compassion pour celte portion du troupeau qui se trouvait exclue de la participation au pain de la divine parole, et ne se sentit pas le courage de la renvoyer sans venir à son secours. C'est pourquoi , poussé tout à coup par un mouvement intérieur du Saint-Esprit, il monte sur une éminence qui dominait la foule ; puis , élevant la voix , il déclame contre le vice avec une énergie si pleine de feu et de terreur, en même temps que le zèle et la majesté d'un prophète brillaient dans ses yeux, qu'il s'éleva un cri général d'effroi parmi ses auditeurs , comme s'ils avaient vu l'enfer ouvert pour les dévorer ; et tombant la lace, contre terre, avec des torrents de larmes cl en faisant retentir l'air de leurs gémissements, ils poussent des cris .

de douleur vers le trône du Ciel , demandant miséricorde et sollicitant leur pardon. Tous les cœurs furent touchés de componction, et il est difficile de dire lequel du discours prononcé dans l'église, ou de celui qui l'avait été en dehors, produisit le plus de bien.

Cet heureux incident détermina les supérieurs , en 1678 , à confier à François toute la mission. 11 ne serait sans doute pas hors de propos de retracer ici les devoirs qu'imposait cette charge importante. D'abord , il fallait veiller et soutenir la ferveur d'une pieuse congrégation qui assistait à toutes les processions et était le bras droit du missionnaire ; en second lieu, il fallait, tous les mois, donner des invitations ou exhortations à la communion; et en troisième lieu , prêcher tous les dimanches et toutes les fêles de l'année, dans les places publiques ou autres quartiers fréquentés de la ville ; et cela non seulement à Naples, mais, autant que cela se pourrait, dans les autres villes et provinces du royaume. Notre saint se chargea de la première de ces fonctions , et s'en acquitta avec une ardeur qui ne fui surpassée que par les succès dont ses efforts furent couronnés. II réforma tous les abus, et Ot disparaître toutes les imperfections qui pouvaient retarder l'avancement spirituel de ses subordonnés. Il introduisit ou établit parmi eux la coutume de fréquenter les sacrements tous les dimanches et à toutes les fêtes de la Sle Vierge, la pratique de l'oraison mentale aussi bien que de la prière vocale, et celle aussi de la pénitence et de l'humiliation publique. Il s'appl quait avec soin à pénétrer leurs cœurs ne la loi de l'Evangile par de fréquentes exhortations, et son exemple donnait de l'efficacité à ses préceptes. Mais comme les membrs de celte confrérie ou congrégation étaient destinés à être ses collaborateurs et ses coadjuleurs dans le ministère apostolique, il travaillait par-dessus tout à allumer et à entretenir dans leurs cœurs le feu sacré du zèle; aussi devinrent-ils pour lui des aides dévoués et infatigables, qui non-seulement le secondaient avec joie dans ses entreprises, mais encore le précédaient et lui préparaient la voie, écartant les obstacles et détruisant les ouvrages avancés de l'ennemi , avant qu'il vînt assiéger et battre en brèche la forteresse. En outre, il choisit soixante-douze des plus zélés et des plus capables, avec lesquels il tenait conseil deux fois le mois, e» qu'il expédiait comme émissaires de chariU au cœur même de la ville, comme à la découverte du mal qui y existait, et pour s'assurer quelles étaient les âmes qui avaient un plus grand besoin des secours spirituels et corporels. Cette vigilance générale et universelle ne diminuait rien de Celle qu'il exerçait sur chacun en particulier. Il pratiquait avec une merveilleuse dextérité ce que saint Uasile appelle les arts insinuants de la grâce. Sa charité aussi et sa patience étaient sans bornes; assidu au duvet des malades, il ne les quittait pas un moment, et leur continuait jusqu'à la fin SCS affectueuses attentions. Ur membre de sa congrégation, qui était d'un

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caractère dominant et contrariant, avait recherché, pendant plusieurs année*, tontes lei occasions de traverser le saint et de lui suseiter des embarras. François supporta tout cela avec calme et douceur et une invincible patience; et cet homme enfin, en punition de ses péchés, étant tombé dam la pauvreté, il l assista lui et sa famille, dans la misère où ils étaient plongés; et, par un miracle de charité, les contrariétés incessantes qu'il eut à endurer delà part de cet homme pervers et ingrat, dont aucune générosité ne pouvait vaincre la méchanceté, n'arrêtèrent jamais ses libéralités, et ne lui en firent même rien diminuer.

Pour soutenir la ferveur des membres de sa congrégation , notre saint introduisit parmi eux l'exercice des stations ou chemin de la croix, qui est une suite de méditations sur la passion de Noire-Seigneur, accompagnées de prières analogues. En un mot , c'était un spectacle vraiment touchant que de voir notre saint, dans le temps qu'il s'acquittait de ce pieux exercice, tout absorbé dans la contemplation de ces mystères attendrissants, et donnant de temps en temps essor à ses sentiments irrésistibles par des torrents de larmes. Une autre pratique à laquelle notre saint avait recours , dans le but également d'exciter la piété, était de visiter les sept églises, en mémoire des sept voyages de notre divin Rédempteur. Voici de quelle manière cela s'accomplissait : une procession , dans laquelle on portait une croix , s'avançait en chantant les litanies; et à toutes les églises où on s'arrêtait, le saint faisait une exhortation qui produisait beaucoup d'impression; la pieuse cérémonie se terminait par une consécration que chacun faisait de lui-même à Notre Seigneur Jésus et à sa sainte Mère, avec des vœux de fidélité perpétuelle.

Le second devoir de François , celui de prêcher en public, embrassait une beaucoup plus vaste étendue , et demandait considérablement plus de travail. Or, voici de quelle manière se comportait notre saint à l'égard de ce point particulier. Quand le dimanche était arrivé , il commençait par passer deux heures en oraison , après quoi il se frappait longtemps et rudement avec la discipline ( pratique qu'il observait tous les jours à l'heure de son lever), puis il disait la messe, récitait ensuite les heures canoniales, la tête nue et à genoux, au milieu de sa chambre ou devant le saint sacrement. Après avoir satisfait à ses dévotions particulières, il passait le reste de la matinée au confessionnal ou avec sa congrégation. Venait alors le temps du dîner, suivi de la récréation qu'il employait, en grande partie, en entretiens spirituels avec ses bien-aimés, qu'il ne quittait que pour discourir pendant une heure sur la passion de Notre-Seigneur, et méditer dessus. A l'heure marquée , le saint et ses compagnons sortaient dans les rues , marchant en procession; puis se dirigeant de divers côtés, se mettaient à prêcher au peuple. François ordinairement montait sur une

F.VANGI'LIQIR. Sr*

estrade, près ou vis-.i.\js des danseurs et des

charlatans, qui l'enrayaient I son approche ou s'efforçaient vainement, de rage el «le dépit, de distraire l'attention des auditeurs, qui étaient charmés pai son éloquence, kprès le

discours . il tombait à genoux au pied de la crois et se frappait les épaules avec la disti pline; [mis il retournait au confessionnal, où

il demeurait jusqu'au moment ou l'on fermait les portes de l'église. Son zèle lui lit désirer encore de nouvelles occupations; et, de l a-

veu de ses supérieurs el avec le COOCOUrS de

ses compagnons, il faisait les ev n i< es de la mission les jours de fête qui se trouvaient dans la semaine, toul < omme les dimam lies.

Le troisième devoir attaché a sa «barge était l'invitation à la communion. Pendant les neuf jours qui précédaient le troisième dimanche de chaque mois , il parcourait les principales rues de la ville, avant avec lui quelques-uns de ses compagnons , agitant une sonnette pour annoncer que le jour de la communion approchait; et afin de réveiller l'attention et le zèle de ses auditeurs, il leur répétait, d'une voix forte, quelque maxime frappante ou quelque admonition impressive tirée des saintes Ecritures. Il continuait cet exercice toute la matinée jusqu'à l'heure du dîner; puis, l'après-midi, il reprenait son œuvre avec un zèle touiours infatigable, jusqu'à la chute du jour.

Les faubourgs eux-mêmes de Naples n'échappaient pas a la sollicitude de François : il y remplissait, comme dans la ville, lé devoir laborieux qui lui était imposé. On ne saurait s'imaginer les peines et les privations qu'il y eut à essuyer ; comment sous un soleil dévorant ou une pluie battante, à travers des marais, sur les rochers, souvent au péril de sa vie et de ses membres, il voyageait, toujours à pied, jusqu'aux derniers temps de sa vie qu'il fut obligé d'aller à cheval. Or, lorsque le jour était arrivé, el que quinze, dix-huit ou vingt mille et plus de communiants se présentaient, il faisait tous les efforts imaginables pour conserver le bon ordre parmi cette multitude. Il recevait à la porte ces troupes d'hommes et de femmes qui venaient des villes et des villages circonvoisins, et les plaçait à leurs places respectives. Il accueillait avec tendresse , et en versant des larmes de joie , les enfants couronnés de fleurs; mais c'était surtout en leur distribuant le pain de vie que son âme était inondée de tendresse, que l'amour de Jésus brillait dans ses traits, et respirait dans les expressions vives et animées dont il se servait pour exciter leur dévotion. Tels furent les travaux de la mission, et telle la manière dont il s'en acquitta. Entre ses mains, celte arme admirable de la grâce divine fut le salut de plusieurs milliers d'âmes. Kn vérité, on ne saurait imaginer un moyen plus excellent pour réveiller les pécheurs de leur léthargie, que de les épouvanter ainsi par les menaces de la justice divine , en même temps qu'on ranime leur foi . qu'on encourage leurs espérances . et qu'enfin on les réconcilie avec Dieu par la charité. Par là saint Philippe d*

VIE DE S. FRANÇOIS DE GIROLAMO

Néri, saint Vincent de. Paul, ces saintes sociétés, ces congrégations et ces hommes dévorés de zèle, qui, à diverses époques et eh différents lieux, ont ravivé la vertu expirante du christianisme et lui ont fait jeter de si vives flammes , ont pu opérer des miracles de grâce. Aujourd'hui même, la piélé du peuple, dans les pays catholiques, est entretenue par des moyens analogues; et assurément quelque ressource de ce genre est indispensable et nécessaire partout où la foi (et quel est le lieu de l'univers où il n'en soit pas ainsi?) est exposée à se corrompre, et la charité en danger de se refroidir.

François fit sa profession solennelle le jour de la fête de l'immaculée Conception de la sainte Vierge, de l'année 168-2. En cette occasion il manifesta bien l'humilité qui le caractérisait, en tombant à genoux aux yeux du public, baisant les pieds du supérieur et le remerciant à haute voix de vouloir bien admettre dans la société un membre aussi indigne.

Avant d'entrer dans de nouveaux détails sur la carrière apostolique de notre saint, il ne serait pas hors de propos de dire quelque chose de la qualité qui lui fit opérer tant de merveilles : je veux dire sa rare éloquence. Sa voix était forte et sonore, de manière à pouvoir être entendue distinctement à une grande distance ; le style de ses sermons était abondant, simple et impressif. Personne ne connut jamais mieux les passions humaines, et ne leur commanda avec plus de tact et de délicatesse. Quelquefois il s'insinuait dans le cœur de ses auditeurs par des manières gracieuses et attrayantes qui portaient la persuasion dans leur esprit, sans presque qu'ils s'en aperçussent; d'autres fois il les accablait sous une foule d'arguments renforcés de passages de l'Ecriture et des Pères , et ornés de toutes les images brillantes d'une imagination pleine de feu, propres à renverser tous les obstacles , et à porter la conviction dans les âmes les plus opiniâtres. Ses descriptions étaient pleines de force et de vérité ; ses apostrophes pathétiques étaient sûres d'arracher des larmes, son énergie accablait et terrifiait. En effet, il avait accoutumé de parler avec tant de véhémence que, parfois, le sang lui venait sur les lèvres ; souvent il parlait tout enroué , et jusqu'à en avoir le palais tout desséché; une fois même, au milieu d'une tirade violente contre le péché, il tomba tout à coup et s'en alla en défaillance. La méthode qu'il suivait ordinairement dans ses discours était d'abord de peindre l'énormité du péché et les terreurs des jugements divins sous des , couleurs si frappantes, qu'il excitait dans les ; pécheurs des alarmes et de l'indignation contre eux-mêmes; puis, changeant de ton avec une habileté de maître , il insistait sur la douceur et la bonté de Jésus-Christ, de manière à faire succéder l'espérance au désespoir , et à porter la componction dans les cœurs les plus endurcis. C'était là le moment qu'il choisissait pour leur adresser un appel si tendre et si entraînant , qu'on les voyait tomber à genoux devant l'image de leur Sau-

veur crucifié , et solliciter par ces précieux canaux de la grâce, c'est-à-dire par ses plaies encore saignantes, en versant des larmes et en poussant des sanglots et des accents entrecoupés, leur pardon et leur réconciliation. Il était dans l'usage d'ajouter à la fin quelque exemple frappant des châtiments ou des grâces de Dieu , afin que ses auditeurs remportassent une impression plus profonde et plus vive des vérités qu'il venait de leur inculquer. Son éloquence, cependant, était moins le résultat d'un talent naturel que de son ardent amour pour Dieu et de son zèle pour son service. Lorsqu'il avait à prêcher, il avait coutume de noler en peu de mots ses arguments, ses autorités et ses exemples; et, par une communication intime avec Dieu au pied du crucifix, il se préparait à traiter ses affaires avec les hommes ; ensuite , comme un autre Moïse, il descendait tout en feu de son colloque avec la Divinité : aussi était-ce Dieu lui-même qui lui inspirait souvent, dans le moment convenable, des expressions d'un effet tout surnaturel. En 1707, une violente éruption du Vésuve obscurcit tout à coup l'air au-dessus de la ville, et changea le jour le plus éclatant en une nuit très-profonde. Frappé de la plus grande consternation , le peuple se précipita en foule sur la place de Sainte-Catherine , où le saint se rendit également; et là, élevant la voix au sein de celte multitude assemblée, de manière à être entendu de tous, il proféra d'un ton prophétique et lugubre les paroles suivantes : Naples, dans quel temps es-tu? Noples, clans quel temps es-tu? Cette phrase courte, mais énigmatique, frappa tellement tous les cœurs d épouvante , que plusieurs pécheurs scandaW^*. allèrent confesser leurs péchés et menèrent depuis une vie religieuse. En 1688 , Naples fut visitée par un tremblement de terre qui renversa plusieurs maisons, et le peuple effrayé se précipita dans les rues pour échapper à la mort. Cessez dépêcher, criait le saint, si vous voulez que le châtiment cesse! paroles qui , dans la bouche d'un homme si saint et si révéré , firent une grande impression et produisirent beaucoup de fruit.

Ses sermons étaient ordinairement suivis du repentir et de la conversion de cinq ou six, et même de dix femmes perdues de mœurs , qui venaient, en s'arrachant les cheveux et versant des larmes amères, solliciter la permission d'aller faire pénitence de leurs péchés dans quelque couvent. Un jour, une misérable de cette espèce , devant la maison de laquelle le serviteur de Dieu prêchait, fit tout ce qu'elle put pour l'interrompre , en proférant toutes sortes de sons discordants , auxquels notre saint ne fit même pas attention , et continua son discours jusqu'au bout. Quelque temps après, passant devant celte même maison et la voyant fermée , Ah ! dit-il à un de ceux qui étaient à ses côtés, qu'est devenue Catherine? — Elle est morte subitement hier , répondit quelqu'un : Morte ! entrons et voyonsla ; puis , entrant en effet dans la maison , il monta l'escalier et trouva le cadavre déposé selon l'usage. Alors, tandis qu'un silence

a hsolu régnait parmi le nombreux cooeoun de ipeelateun, Catht rine, i'écria-1-il, diu ■tuai , êù ttet têtu f Et doux foie il répéta I mêmes parole*. Maie, quand une troisième luis il eut parlé d'un ton d'autorité, les veux

du cadavre s'ouvrirent, ses lév re.s I agitèrent, A la \ ne de tout le monde; el une faible voix,

q u i lomblail venir (l'une grande profondeur! repondil : èjn sn/er, en enfer ! aussitôt , tout

ceux qui étalent présents, saisi, tle lerreiir , s'enfuirent de la chambre , cl le sainl homme lui-même en se retirant répéta plusieurs (Ois :

En enferl en enfer ! Dieu tout-puissant l Dieu terrible ! En enfer! Celle circonstance cl ces paroles produisirent tant d'effet , que plusieurs n'osèrent rentrer chez eux sans s'élre confessés.

Une autre fois, il peignit en ternies si énergiques l'outrage fait a Dieu par le péché, qu'un enfant se mit à pleurer amèrement. Quoi ! s'écria le sainl , cet enfant innocent verse des larmes , tandis que tant tle pécheurs restent insensibles ? Or , le père de cel enfant était un grand pécheur, et comme il élait présent à ce discours . il fut si viveme t affecté des paroles du saint, qu'il fit une confession générale et changea de vie. Ma pauvre fille , demanda un jour le sainl homme en public à une femme qui, ayant, pendant bien des années, mené une vie de désordre, avait enfin été convertie par un de ses sermons, (Ju'avezvous gagné par le pèche'? quels biens? quels plaisirs ? — Rien , rien , répondit-elle tout en pleurs , les vêtements mêmes que je porte ne sont pas les miens, ils sont de loyer. — Bon Dieu! i entendez-vous , cria le saint, et tel est le sort de tout pécheur! Un jour qu'il prêchait près d'une maison mal famée , on en vit , au milieu même de son discours, une voiture se préparer à sortir; on pria ceux qui y étaient d'attendre quelques instants et de ne pas interrompre le serviteur de Dieu; mais ces personnes n'en faisant aucun cas , crièrent au cocher de pousser en avant. Divin Jésus ! s'écria le saint, en tenanl le crucifix à la main devant les chevaux, puisque ces déesses n'ont point de respect pour vous, ces bêles sans raison du moins vous rendront hommage. A l'instant même ces animaux tombèrent à genoux et ne voulurent point remuer que le discours ne fût fini.

Dans une autre occasion où notre sainl , malgré tous ses efforts , ne pouvait réussir à rassembler aulour de lui des auditeurs : Bref, dit-il, quelê fruits reliré-je à \aj)ls de mis prédications? Je consume ma 9U presque à pure perte , tandis que si je prêchais dans les forêts, les lions et les sanglics s'ap/irocheraient et écouleraient . Au moment même, un chien qui passait s'arrêta pendant que le saint parlait. Voyez, dit-il , ce muci animal a plus de sensibilité que. des milliers de pécheurs. Celle aventure fit une telle impression sur une femme qui en avail clé témoin . Qu'elle conçut une vive douleur de ses péchés cl répara sa mauvaise conduite passée par une vie v crlucusc.

Ces faits servent à montrer avec qui! merveilleux succès noire saint sav ail profiler des .

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circonstances les plus insignifiantes ■ oui te»

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énigme pour tous < e ;\ qui le < onnun ni , de l'expliquer comment il pouvait suffire aux

travaux qu'il a e\e ulétj «t qui étaient plus que suffisants pour occuper cinq missionnaires, ci qui semblaient lanl au •■ forces naturelles <Je si complet ion faible et de sa constitution délicate ; c'est pourquoi nu a pu penser, sans faire outragi a la ra qu • pour prolonger de pareil» efforts pen lant I espace d • quarante ans, il a dû être soutenu par miracle. Ou le royail constamment dans l.s hôpitaux , les prisons et h i ; ri ,

en outre , il visitait les m ilades a domicile , el pourvoyait aux nécessités spirilueUi i monastères, des asiles ou maisons des confréries cl des écoles. Le résoll ces lra\aux de notre sainl lui l'ami n ; m ni d'une multitude innombrable de pécheu conversion de plusieurs Turcs infidèles à la foi de Jésus-Christ, ei l'introduction d'une régularité de moeurs surprenante dans ces repaires ordinaires de la corruption et du \ iee : les galères et les prisons. Son zèle ans*, lit passer la troupe de létal de la plusexci vue débauche à la plus édifiante piété. Son ardeur cependant, qui ne connaissait point de bornes, soupirail après des fruits plus abondants encore ; c'est ce qui lui suggéra l'idée d'aller prêcher, la nuit même, dans les repaires et réceptacles du vice, afin que la nouveauté et la solennité de cet avertissement, à L'heure où ils avaient le moins lieu de s'attendre à être interrompus, inspirassent de la craint.' aux pécheurs elles amenassent à des sentiments de pénitence. Notre sainl , une fois, au moment où il était en prière dans sa chambre, se sentit tout à coup inspiré d'aller prêcher; et, de l'avis de ses supérieurs, il obéit à celle inspiration. U erra quelque temps dans les i,nèbres, ne sachant où il était, lorsqu enfin il arriva à l'angle d'une rue, où il se mil à prêcher sur la nécessité d'une correspondance immédiate à la grâce divine ; el . aires qu'il eût fini, il revint chez lui, satisfait d'avoir rempli son devoir, sans savoir toutefois à quel dessein et avec quel fruit. I.e lendemain malin , une jeune femme vint se confesser a lui ; et , avec des marques de la plus amère componction, elle lui dit que. se trouvant le soir précédent en compagnie de son amant, son attention avail été tout à coup attirée par la voix du saint qui , préchant dans la rue, menaçait des vengeances divines L s ; ,cheurs impénitents et qui diffèrent de jour en jour à se convertir; ce qui l'avait si fort effrayée, qu'elle s'était mise à engager s, tu

complice dans le péché à rompre leurs criminels rapports. 11 ne voulut en aucune manière l'écouter, et commença même à se rire cl à se moquer des menaces du s tint homme,

lorsqu'à son grand effroi, elle en \ it le terrible

accomplissement : car, ce malheureux cessant tout à coup de parler, elle ne trouva plus en lui qu'un cadavre sans vie; sou àme l'étant déjà envolée au tribunal de Dieu, lorsque les paroles de blasphème étaient encore sur ses lèvres. Plongée dans les plus grandes)

VIE DE S. FRANÇOIS DE G1ROLAMO

alarmes par cette catastrophe, elle implorait son pardon auprès de Dieu avec des gémissements et des larmes; et elle était venue pour opérer sa réconciliation et expier ses scandales passés par une vie de pénitence.

Ni les difficultés, ni les dangers, ni les souffrances ne pouvaient arrêter le zèle de François. Souvent il fut exposé à de graves insultes et outrages, et supporta tout avec une douceur vraiment chrétienne; il n'était même pas rare qu'il en fît des moyens do salut pour les autres. Notre saint était l'ennemi déclaré des charlatans, des baladins et de toute celte mauvaise engeance de gens qui ne gagnent leur vie qu'en alimentant les vices de la multitude. Un de ces hommes , qui sont la peste de la société, apercevant un jour au moment où il débitait une comédie lascive pour amuser la foule, le saint homme qui montait sur une estrade , et n'ignorant pas quelle puissante influence il exerçait sur le peuple, s'approcha de lui et lui déchargea un horrible soufflet sur la joue , en même temps qu'un autre le renversait avec violence par terre. Le saint se releva sans avoir éprouvé aucun mal de cette chute et sans s'émouvoir de cette brutale insulte, Je ne sais pas, dit-il, par quelle offense j'ai mérité d'être ainsi traité; si je vous ni fait une injure, je vous en demande ici pardon, en présence de tout le monde. Une autre fois qu'il avait été grossièrement insulié en public , il se jeta à genoux et baisa les pieds de son aggresseur. Tel était toutefois le respect dont le saint homme était environné, que le vice lui-même rendait hommage à sa sainteté et s'enfuyait à son approche. Une fois, un homme qu'il réprimandait, lira son épée , et l'en aurait percé , si ses compagnons n'étaient intervenus. Dans une occasion, au moment où il prêchait, quelques personnes se présentèrent à la porte d'une maison voisine et se rendirent par la licence de leurs paroles et de leurs manières, un sujet de dissipation et de scandale pour l'auditoire. On les avertit avec douceur de cesser; mais, loin de se rendre, la vile créaturc à laquelle appartenait la maison, y entraîna avec elle quelques-uns de ceux qui se trouvaient là. C'est par trop fort l s'écria le saint, et il se dirigea aussitôt vers la maison. Ses compagnons le conjuraient au nom de Dieu de ne pas exposer sa \'\e,Quoi, leur répondit-il en élevant le crucifix, après l'exemple de notre adorable Sauveur, j'aurais peur de la mort, ou je refuserais d'empêcher le' crime à ce prix! Il entra donc dans la maison, où, loin d'être maltraité en aucune manière , il fut salué avec respect de tous ceux qui s'y trouvaient; et après les avoir ramenés dans la rue , il continua son discours , qui produisit des fruits étonnants.

Vraiment il ne connaissait point le danger quand il s'agissait de la gloire de Dieu. Un

I'our, dans une procession , il s'arrêta devant a porte d'une maison, et, mû par une inspiration soudaine, il frappa fortement en criant : Ouvre, furie infernale, maîtresse d'école d'enfer , ouvre. Quelques instants après,

on vit paraître une méchante femme, flétrie, hideuse et défigurée; dans l'intérieur de la maison on aperçut une demi-douzaine de jeunes gens qui faisaient la cour à un même nombre déjeunes personnes, que cette misérable, vrai suppôt de Satan, entraînait au crime , et qui et lient sur le point de sacrifier leur vertu. Voilà bien, s'écria le saint , l'école de Satan , l'antichambre de l'enfer. Comment osez-vous, dit-il à ces jeunes gens, attenter à la vertu de ces dmes innocentes pour lesquelles un Dieu a versé son sang ! Sortes d'ici. A l'instant même, ces jeunes gens, frappés de l'autorité imposante de son air et de ses p rôles , n'osèrent lui résister; et le saint, après avoir ainsi retiré ces pauvres filles des bords de l'abîme, leur procura une place dans un asile où elles purent sauver leur vertu et leurs âmes.

Les périls encourus par notre saint sont sans nombre. Un jour il arrêta tout court un jeune homme qui entrait dans un de ces repaires du vice , le conjurant de renoncer à ses desseins criminels; le jeune homme, aveuglé par la passion , le frappa en furieux ; et comme le saint homme, les genoux en terre, le retenait encore, il s'apprêta à lui plonger son poignard dans le sein , et l'aurait tué , si ceux qui se trouvaient là ne l'en avaient empêché. Une autre fois il prêcha devant la maison d'une jeune personne qui, par son esprit et sa beauté, captivait grand nombre de cœurs ; à ce moment elle se trouvait environnée d'une nombreuse compagnie qui, ayant entendu la voix du saint, fit tous ses efforts pour l'étouffer par des cris de joie bruyants, dans l'espoir de se débarrasser de lui. Mais voilà que tout à coup le saint prédicateur s'écrie d'une voix de stentor : Ilolàl vous tous qui , séduits par Satan, êtes réunis dans cette maison maudite , sortez-en à l'instant même. Il n'y en eut qu'un seul qui la quittât. Viens, dit le saint, les autres suivront , ou je les en arracherai. Il n'en sortit pas d'autre. Le saint alors, portant le crucifix et chantant les litanies de la sainte Vierge, monte l'escalier, et lance un regard si terrible sur tous ceux qui s'y trouvaient , que l'appartement fut évacué en un instant.

Notre saint eut à subir des contradictions plus mortifiantes encore. Le cardinal archevêque, cédant à certaines représentations, lui défendit de prêcher dans la suite. L'humble saint ne souffla pas un mot de plainte , ne fit pas la moindre observation; mais se consola de sa douleur et alimenta son zèle en restant continuellement au confessionnal. Peu après cependant, le cardinal, mû par la conduite du saint et par les prières de conseillers plus sages et plus vertueux . qui lui assuraient qu'il privait par là Naples de son apôtre, rendit à François tous ses pouvoirs. Pour éprouver sa vertu , le supérieur lui défendit de quitter la maison sans en avoir obtenu une permission expresse : défense à laquelle François se conforma pendant plusieurs mois avec une scrupuleuse exactitude, jusqu'à ce qu'enfin le père, édifié de son humilité et convaincu de sa vertu, leva la réserve. De plus,

bÉMONSTKATKffl

le frère convers qui Hait chargé d'avoir soin de lui et qui était an bomma l'on i aractère inoroM- , lui riait mi LMvnt! sojel il'1 peine. Quand sim cèle songeait à faire beaucoup da bien, il rencontrait souvent les plus violenta obstacles et lea plus durs reproches; on le

traitait Injurieusement < 1 < - brouillon et de perturbateur du n-pos public; souvent il était accablé d'outrages et mis même à la porte

dans (crlaines maisons. Il y avait un noble qui portait à François une telle aversion, qu'il ne pouvait supporter sa présence. Une somme considérable fui confiéeau saint, pour être remise à ce gentilhomme. François chercha plusieurs fois l'occasion de s'entretenir avec lui, sans pouvoir en venir à bout. Eh bien! dit le noble en lui donnant enlin réception , qui vous amène ici f l'histoire habituelle? la charité, je pense I je n'ai rien à vous donner. Monsieur le duc, lui répondit le saint, j'ai, il est vrai, une petite faveur à vous demander , c'est que vous rouliez bien avoir la charité de fournir <) une pauvre personne la somme nécessaire pour acheter un lit pour se coucher; cela ne saurait cous embarrasser : car, dans la bourse que je vous présente ici, vous trouverez deux cents ducats que je suis chargé de vous restituer. Ce n'est pas tout ! s'écria le noble plein de rage. Pour moi, reprit le saint, je ne sais rien, sinon que cette somme m'a été remise.— Par qui donc? — Je ne peux vous le dire. A ces mots il arrache la bourse des mains du saint ; et, lui tournant le dos, il le congédie. Mais peu de temps après il eut occasion de le rappeler : car, étant tombé dangereusement malade; et , à la lueur du cierge de la mort, apercevant les choses sous un nouvel aspect, il s'empressa de se réconcilier avec l'homme qu'il avait si grossièrement insulté; et, bien qu'il fût alors à quarante milles de distance de Naples, il l'envoya chercher à cet effet. Le saintl'assistaàl'heuredela mort, à son grand avantage spirituel et pour sa grande consolation.

En effet, sa charité envers ceux qui l'outrageaient était vraiment remarquable. Un jour qu'il cherchait à apaiser une querelle entre quelques soldats, il reçut d'un d'entre eux un coup épouvantable sur la tête, qui fit couler le sang en abondance ; et comme le capitaine, au premier bruit de cet acte de brutalité, voulait faire punir sévèrement ce malheureux,pour le sacrilège qu'il avait commis, notre saint ne cessa point de le supplier qu'il n'eût obtenu son pardon. Le tribunal même de la pénitence ne le mettait point à l'abri des insultes. Deux pauvres temmes étaient venues de très-loin pour se confesser, et désiraient s'en retourner de bonne heure, par la raison qu'il n'y avoit personne pour prendre soin de leur maison en leur absence. Le saint pria un homme qui attendait aussi, de les laisser passer avant lui. 11 le fit, mais de très-mauvaise grâce, et en laissant échapper de calomnieuses insinuations contre le saint, qui, après avoir expédié les deux Femmes, entendit aussi sa confession et le traita avec tant de douceur et de charité, qu'il le renvoya avec des dispositions toutes différentes

ÉYANCÉL1QUR. 500

et des sentiments d'estime et d'admiration

pour lui.

Un des moyens les plus fréquents employés par notre saint, et ai ec le plus de fruit, pour la sanctification des âmes, furent les exercices spirilu* ls de saint Ignace. Il est impossible de concevoir avec quelle énergie et quel

étonnant succès h' saint lionimc adressait au peuple, ces méditations qui composent un

cours de philosophie chrétienne; souvent il

était obligé d'interrompre IOO discours pour donner un libre cours aux larmes, aux gémissements cl aux sanglots qui en étaient la suite. Les individus comme les communautés, les ignorants, les savants, les vieillards et les jeunes gens des deux sexes, profilaient également de ses exhortations; et elles excitaient à un si haut degré d'enthousiasme la componction dans le cœur des pécheurs , qu'ils confessaient publiquement leurs crimes et s'infligeaient de si rudes pénitences qu'il fallait nécessairement modérer leur ardeur. Ce n'était pas là un effet transitoire comme ceux que produit un torrent qui, dans son passage d'un moment, met toulen désordre et en confusion , mais un bien permanent et durable; il s'ensuivait grand nombre de conversions de pécheurs qui, depuis dix, vingt, trente et même cinquante ans, avaient secoué le joug de la religion : car, il faut le reconnaître, notre saint était doué d'un tact admirable pour ramener les pécheurs, comme le montrent les exemples suivants. Un homme était éloigné des sacrements depuis vingt-cinq ans , lorsqu'averli en songe, à plusieurs reprises, d'avoir recours à notre saint, il prit enfin courage et obéit, à son grand bonheur et pour la gloire de Notre-Dame, à la protection de laquelle il était redevable de cet avertissement. Un autre, à qui le saint, au commencement de sa confession, demanda combien il y avait de temps qu'il ne s'était pas confessé, se mit à fondre en larmes et à supplier le saint homme de ne pas le renvoyer , parce qu'il était un grand pécheur ; et le saint, lui recommandant de ne pas se décourager ,lui demanda s'il y avait dix, vingt ou cinquante ans. Précisément mon père, dil-il : il y a cinquante ans que je suis éloigné de Dieu. Eloigne de Dieu ? reprit François, pourquoi avez-vous abandonné un si tendre père, un Sauveur qui a versé son sang pour vous jusqu'à la (lanière goutte ? Ah! plutôt convertissez-vous à lui, cl allez au devant de celui qui a couru si longtemps après vous. Cet homme se confessa avec sincérité et componction de tous les crimes qu'il avait commis, et mena toujours depuis une conduite vertueuse. Un jour un pécheur invétéré se mourait sans donner aucun signe d'espérance et sans manifester aucun désir de pénitence; le saint, après l'avoir longtemps presse en vain de se confier en la miséricorde de Dieu , change tout à coup de ion et lui adresse ces paroles : Pensex-vous que Dieu vous doive avoir de l'obligation , si vous acceptez l'o/fre qu'il VOUS fait de son paradis, ou qu'il doive tomber dons l'affliction, si mus préfères Venferl Combien de princes et de nobles se perdent, et que Dieu laisse pc~

rir ; croyez-vous donc que Dieu s'inquiète davantage de vous? Si vous voulez être damné, soyez-le ; et à ces mots il se détourna de lui. Mais cette «apostrophe subite et irapressive opéra un si grand changement dans le moribond, que, pénétré de vifs sentiments de douleur et de crainte, il conjure le saint de ne point l'abandonner, confesse ses péchés avec toutes les marques extérieures d'une contrition sincère, et meurt plein d'espérance. En effet, il n'y avait pas de cœur si endurci qui ne s'attendrît aux exhortations du saint missionnaire. Un jeune homme se jeta un jour à ses pieds en s'écriant : Mon père, voici non un être humain, mais un vrai démon ; une âme livrée au désespoir : depuis qu'un confesseur, il y a déjà plusieurs années, ma refusé l'absolution, je n'ai plus été à mon devoir, je n'ai plus entendu la messe,- ni mis le pied à l'église ; je n'ai pas même récité un je vous salue Marie, ni fait un signe de croix. Hélas! je suis même allé si loin dans le mal , que j'ai fait un pacte avec Satan, et que j'ai eu recours à son aide, par l'entremise des sorciers et gens de cette espèce, qui passent pour habiles dans la magie noire ; après une pareille vie, puis-je encore espérer ? Oserais-je implorer la divine miséricorde ? Pourquoi non, mon fils, répondit le tendre saint ; vos crimes, il est vrai, sont bien grands, la miséricorde de Dieu cependant surpasse leur énormité : n'est-ce pas pour les pécheurs que Jésus-Christ est mort ? Il y a encore un pardon à espérer pour vous, si vous le demandez avec zèle et avec ferveur, et si vous travaillez incontinent à réformer voire conduite. Ces paroles consolantes rendirent la vie à ce pécheur mort depuis longtemps dans l'iniquité, et donnèrent à Dieu un pénitent persévérant. Toutefois le fait suivant est plus remarquable encore; et le saint avait coutume de le raconter dans ses sermons publics. Un jeune homme, un jour, se présenta devant lui, avec un air grave et dévot : Mon père, lui dit-il, je suis venu pour vous révéler les prodiges de la miséricorde de Dieu à mon égard , et vous prier de lui rendre grâces de ses faveurs signalées, et de m' enseigner par vos conseils les moyens d'en mieux profiter. Tant d'années (et il en dit le nombre) se sont écoulées depuis que j'étais adonné à un vice qui avait jeté de si profondes racines dans mon âme, que Dieu permit que ma raison s'obscurcît et que mon esprit s'altérât au point de m'imaginer (pic j'étais une bête; dans cette persuasion, je me dépouillai de mes vêtements, j'errais tout nu à travers les champs, et me trainais sur la terre à quatre pattes, exposé au soleil et à la pluie, à la gelée et à la neige, en la compagnie des plus sales animaux, part'u/eant leur nourriture et imitant leurs cris. Après un an ainsi passé, il plut au Seigneur d'avoir compassion de ce pauvre malheureux et de me faire revenir à la raison. Les paroles sont impuissantes à exprimer la confusion et la honte dont je fus accablé, et je reconnus bien que c'avait été une punition de mes péchés. Je me confessai du mieux qu'il me fut possible, dès que je le pus ; et par la grâce de

DÉMONST. EYANG. XVI.

Vit DE S. FRANÇOIS DE GIROLAMO.

Dieu, j'ai toujours vécu depuis conformément à ses divines lois. Qu'en pensez-vous? N'a-til pas usé à mon égard d'une miséricorde sans exemple ? Notre saint, en l'embrassant, lui dit : Vraiment le pécheur devient semblable à la brute qui n'a point d'entendement. Il approuva sa conduite présente , le confirma dans ses sentiments, et le consola en l'assurant que Dieu ne retirerait jamais de lui sa grâce, tant qu'il serait fidèle à ses résolutions. Un assassin, qui avait été payé pour tuer quelques personnes, traversant un jour un groupe d'auditeurs devant lequel le saint prêchait, s'arrêta en se disant en lui-même : Celui que je cherche ne serait-il point parmi cette multitude ? 11 se tint donc là pour observer, et ne put s'empêcher d'entendre le discours du prédicateur, et en l'entendant il ne put se défendre de rester pour l'écouter, comme s'il eût été retenu dans ce lieu par enchantement; quand tout à coup ces paroles retentirent à ses oreilles : Des milliers de pénitents pleurent leurs fautes passées, et toi, misérable pécheur, tu médites de nouveaux crimes ! Malheureux, que ni le bras de Dieu levé pour lancer ses foudres, ni l'enfer ouvert sous tes pieds pour t'engloutir , ne sauraient détourner du crime ! Sa conscience coupable fut déchirée de remords, son cœur se détourna dumal, il confessa ses iniquités, etd'un meurtrier devint un saint. Un jeune homme qui vivait dans la débauche fut si touché par un autre sermon de François, que, bravant tout respect humain, il se jeta publiquement aux pieds du cruciûx, en s'écriant: Mon père, je suis perdu : il y a près de vingt ans que je ne me suis pas confessé; et en disant ces mots, il pleurait amèrement et se frappait à coups de discipline. Puis, accompagnant la confrérie au Gesu Nuovo, il chercha notre saint qui, comme un tendre père, se jeta à son cou et l'embrassa , l'excitant à la confiance et l'aidant à se réconcilier avec Dieu. Le jeune homme non-seulement renonça à ses anciennes habitudes criminelles, mais fit voir en lui un modèle de pénitence, et continua de mener une vie exemplaire.

Une autre qualité éminente de notre saint était son habileté à diriger les âmes cl à donner des avis spirituels ; aussi met-on en doute lesquelles de ses exhortations publiques ou de ses instructions secrètes et privées produisirent le plus de bien. Il avait une dextérité merveilleuse à résoudre les difficultés, à dissiper les scrupules et à apaiser les disputes. Un jour, deux religieuses eurent une altercation ensemble au sujet d'une cellule à laquelle chacune d'elles prétendait avoir droit. Ni l'une ni l'autre ne voulait rien céder de ses prétentions, qu'elle soutenait avec aigreur, et toute la communauté était tombée dans une scandaleuse confusion, par les efforts que faisaient ces deux religieuses et celles qui prenaient parti pour elles , pour arriver à leurs fins. Enfin François fut appelé pour accommoder- ce différend. En vérité, dit le serviteur de Dieu, en s'adressanl à une des parties, il faut qu'il s'agisse ici de quelque chose d'excessivement im- (Douze.)

portant, pour gué quelques piedi dé fem tout fusent risquer, ilt gatté de ta ur, le i iel ! Cette observation lii une si profonde impression mm- cette religieuse, quelle reconnut ci déplora -.1 folie; et la paii et la bonne harmonie forent immédiatement rétablies.

Mais si, d'un i -nlr. tous ceux qui ('coûtaient ses conseils en éprouvaient les plus heureux résultats; de l'autre côté, de graves châliineiiis tombaient souvent sur ceux qui négligeaient ou méprisaient ses avertissements. Un jeune homme, d'une conduite dépravée , fut l'effronterie de rire et de se moquer des remontrances du saint homme, et poussa l'audace jusqu'à l'accabler d outrages. Notre saint supporta tout avec douceur, à l'imitation de notre divin Sauveur, qui, quand on l'outrageait, ne rendait point injure pour injure. Mais Dieu ne voulut pas qu'un pareil crime restât impuni. -car, peu après, le jeune homme périt misérablement dans une querelle. Un autre avait, pendant l'espace de huit ans, rejeté toute pensée de Dieu et de son âme, et s'était abandonné aux plus criminelles passions; une attaque d'apoplexie le conduisit sur le bord du tombeau, sans réveiller en lui aucun sentiment de ses crimes et des terribles dangers auxquels il était exposé. Afin donc de lui donner comme un avant-goût des châtiments qui l'attendaient, et dans l'espoir de le réveiller de son apathie, on s'imagina de lui mettre de l'eau bouillante sous la plante des pieds et du feu dans les mains ; mais il ne l'eut pas plus tôt senti qu'il commença à pousser des cris de fureur et de rage comme un vrai démon , sans en devenir tant soit peu mieux disposé. Alors notre saint, prenant en ses mains le crucifix, s'adressa à lui avec bonté , en lui disant : Regarde : ton divin Rédempteur le tend les bras et t'invite ù revenir à lui. Vois ces plaies entrouvertes , vois ce sang gui coule pour te laver de tes crimes : qu'as-tu à craindre? Puis il présenta la divine image à baiser à ce malheureux pécheur, qui, se détournant avec fureur, proféra une horrible imprécation et expira. Mais il est grand temps de tracer une rapide esquisse de ses travaux hors de Naples.

Le bruit des grandes choses qu'il avait faites dans cette ville fit naître le désir de lui adresser les plus vives sollicitations pour l'engager à étendre jusqu'aux provinces le théâtre de ses travaux apostoliques. Mais Naples ne voulait nullement entendre à une pareille proposition , et céder son apôtre, même pour peu de temps seulement; et il fallut 1 intervention de plusieurs personnes distinguées pour arriver à ce but désiré. Dans plus de cent missions que notre saiul entreprit par suite de cela, il traversa toutes les provinces du royaume, à l'exception de la Calabre. On ne saurait se faire une idée des fatigues et des privations qu'il eut à essuyer, des difficultés et des obstacles qu'il eut à surmonter, dans l'exécution de celte œuvre de charité. Partout où il allait , le cierge et les principaux habitants venaient à sa rencontre et lui faisaient une réception honorable.

M MONSTRATION ÊVANGI I mi I.

Ml

Suis perdre un moment, l'infatigable serviteur de Dieu commençai! ses travaux par un discours d'ouverture et une invocation au saint patron et aux anges gardiens du lieu. Au point du jour, il célébrait U messe et employait toute la matinée de la manièi peu presque nous l'avons déjà marqué, eu parlant de tes missions a Naples. c'était un

spectacle à la lois édifiant et touchant, que de voir la communion des enfants et U pro-

cession des pénitents parcourant les rues; mais quand, en finissant, il venait a prononcer son discours de clôture et a répî avertissements d'adieu , c'était alors que le

fruit de ses travaux était visible et que li menée de la grâce, jetant de profondes racines , donnait des signes d'une vigoureuse végétation et d'une solide durée. Quand . > u effet, il exhortait le peuple à la persévérance, tous, d'une seule voix, promettaient de se conserver inviolablement fidèles à leurs engagements; et lorsqu'euliu il leur doini.il sa dernière bénédiction et leur faisait son adieu ordinaire , qui était de les rctrou dans le paradis , les paroles ne peuvent primer, ni l'imagination concevoir, les émotions de la multitude.

Notre saint cependant ne trouvait pas toujours de si consolants encouragements à son zèle. Le démon, furieuxde voir tant d'âmes arrachées de ses filets par la charité active dl saint homme , n'épargnait rien pour le molester et le faire échouer, en soulevant contre lui des nuées d'ennemis qui décriaient sa conduite, fomenlaicntdes soupçons et des jalousies, et lui suscitaient des obstacles, parlousles moyens et tous les artifices que la corruption des passions et la malice de l'esprit de ténèbres peuvent suggérer. D'où il s'ensuivait assez souvent, qu'au lieu de rencontrer un accueil favorable, iln'éprouvaitquedes outrages, àson arrivée dans des lieux où l'on avait eu soin de répandre adroitement des calomnies sur son compte ; de manière que, pendant quelque temps, ses exhortations ne frappaient que des oreilles volontairement sourdes ; enfla cependant, son invincible patience et sa persévérante charité, sa conduite vraiment sainte, qui seule était la réfutation complète de ses calomniateurs, triomphaient de toutes les résistances. On a recueilli par écrit peu de détails de ces mémorables missions; quelques-uns seulement, conservés par les récits de témoins oculaires, ont été sauves de l'oubli du temps. Comme le saint missionnaire se rendait àCapoue, la voiture reslaembourliee. sans qu'on pût la remuer, dans la vase d'un fossé profond, et tous les efforts du conducteur pour l'en arracher furent inutiles. Cet homme lion, suivant l'usage des gens de cette classe, se mit à maudire et à jurer. 0 mon /ils. s'écria le saint, au nomdc Dieu, ne blasphème» pas. Quoi! MON père, répliqua cet homme, u» suint pourrait-il ne pas jurer, dans un cliemin mtest infernal, où nous n'avons pi es de nous persOfMM, où nous n'avons pas même à qu'il vit me

quelqu'un quipuistt nous aidt r f Ay\ tpatitmè*, reprit le saint homme ; cl il parlait ma iv lorsque deux jeune* hommes robustes, venant

VIE DE S. FRANÇOIS DE GIROLAMO

à passer au coin de la rue, s'empressèrent d'offrir leurs services, et tirèrent les voyageurs du mauvais pas où ils se trouvaient, puis ils disparurent, sans qu'on eût eu le temps de les remercier. Dans tous les lieux où il allait, il réconciliait les ennemis, convertissait les pécheurs et opérait quantité de prodiges.

11 eut à lutter contre des obstacles d'une autre nature. 11 s'adressa àM.Capèce, évêque de Chéti, capitale des Abruzzes, pour en obtenir la permissiond'y prêcher. Vraiment, oui, répondit l'évêque ; mais, père Franc ois, je dois vous prévenir que le peuple de notre ville est un peuple spirituel et cultivé , accoutumé à peser à son juste poids la force des raisons, et capable de le faire; vous sentirez donc tout d'abord que certaines pratiques propres à parler aux sens, telles que l'exposition de la croix ou des images de la sainte Vierge et des autres saints, choses admirables en elles-mêmes, seraient ici tout à fait hors de place et de nature à faire plus de mal que debien. On aura certainement égard aux désirs de votre grandeur, dit l'humble saint, au moins jusqu'à ce que vous jugiez convenable d'y déroger.

Peu après, le|prélat ressentit une peine aiguë dont il ne pouvait se rendre compte; mais, cédant au trouble de sa conscience, il envoya dire au saint, qu'à l'égard de ce qui avait fait le sujet de leur conversation , il^s'en rapportait à sa discrétion. L'évêque eut lui-même plus d'une fois occasion de constater les fruits que les pratiques qu'il était tout disposé à condamner, ne manquent jamais de produire; et notre saint sut si bien en user que la mission de Chéti réussit au delà des plus grandes espérances. Le même succès couronna les missions données par François en différentes villes; partout il opérait des conversions et des prodiges trop nombreux pour être ici mentionnés.

Dans l'Eglise de Gesu-Nuovo, à la droite du maître autel, dans une chapelle dédiée à la sainte Vierge et à sainte Anne, reposent les corps de cent soixante martyrs , chacun dans une urne séparée; et toutes ces urnes sont richement ornées et rangées des deux côtés de l'autel. Parmi ces reliques se trouvent celles de saint Cyr. Ce saint avait d'abord été médecin , et avait quitté celte profession pour embrasser la vie érémitique. Durant une des sanglantes persécutions exercées contre les chrétiens , il sortit de sa solitude pour exciter la ferveur et stimuler le courage de ses frères ; mais ayant été saisi par les inGdèles , on lui fit subir les plus rudes tourments, et il reçut enfin la couronne du martyre à Canope, ville d'Egypte , avec plusieurs compagnons , le dernier jour de janvier de l'an de Notrc-Seigneur 288. Le second concile de Nicée fait mention de plusieurs miracles opérés par ce glorieux héros chrétien, pour la défense des saintes images. Soit par l'effet d'une inspiration particulière, ou d'une vision, ou pour tout autre motif , François plaçait toutes les missions qu'il faisait sous le patronage de saint Cyr. Depuis ce moment, ce fut un débat perpétuel entre le martyr et le saint, à qui

procurerait le plus d'honneur à l'autre. François recourait à saint Cyr dans toutes ses entreprises ; il ne visitait jamais un malade qu'il ne le bénît avec la relique du martyr; il se servait également de l'huile qui avait brûlé dans la lampe qui luit devant son corps, et d'eau bénite avec ses reliques, pour de pieux usages ; et il ne fut point content qu'il n'eût obtenu les permissions nécessaires pour établir une fête en son honneur, aGn qu'il lui fût rendu un hommage public. Le troisième dimanche de mai fut le jour fixé pour cela. Pendant le cours de sa vie, il recueillit une somme suffisante pour faire faire en argent une statue du saint martyr , dans son costume d'ermite, et tenant une palme dans sa main gauche. Cette dévotion fut abondamment récompensée par des faveurs réciproques de la part du saint martyr , comme nous le montrerons dans une autre occasion.

Il serait superflu de nous étendre sur les vertus privées de notre saint, puisque c'est de sa vie publique que nous nous sommes proposé d'écrire ici l'histoire; toutefois nous ne voulons point passer sous silence son grand et fervent amour pour Jésus-Christ. Il l'honorait et l'adorait plus particulièrement dans les mystères de sa sainte enfance, de sa sainte passion et de son adorable sacrement. Lorsqu'il méditait sur ces mystères , il était toujours absorbé et pénétré d'amour; et quand il approchait du sacrement de l'autel, son visage était enflammé comme s'il eût été devant le feu. Rien ne provoquait son indignation et n'attirait de sa part des reproches sévères, comme les irrévérences envers la divine eucharistie. Il corrigea grand nombre d'abus. Il ne pouvait souffrir la moindre légèreté dans l'église, et réprimanda une dame de qualité qui était demeurée assise pendant la consécration. Il avait aussi une tendre dévotion pour la sainteVierge : pendant vingtdeux ans il eut l'habitude de prêcher un sermon en son honneur et à sa louange toutes les semaines. C'était à la jeunesse surtout qu'il avait soin de recommander cette dévotion comme le préservatif le plus assuré de l'innocence et le meilleur remède du péché , disant qu'il était difficile de se sauver, si on ne se sentait pas de dévotion envers la mère de Dieu. Marie était son conseil dans le doute, sa consolation dans ses peines, sa force dans toutes ses entreprises , son refuge dans le danger et dans les difficultés ; il éprouvait des délices inexprimables toutes les fois qu'il récitait le rosaire de notre tendre mère. 11 avait également une dévotion toute particulière pour son ange gardien, pour saint François- Xavier et pour saint Janvier. La charité, l'humilité , la pureté et l'obéissance de notre saint n'ont jamais été surpassées ; Dieu ne lui refusa pas non plus les dons précieux dont il se plaît quelquefois à favoriser ses serviteurs choisis. Nous allons en citer quelques exemples. Il éprouvait de fréquentes extases, dont plus d'une fois il fut favorisé en présence de plusieurs témoins ; particulièrement dans une occasion, où il faisait une exhortation à la communion. Sou visage parfois

brillait d'un si radieux éclat, que, comme celai de Moïse, il éblouissait les yen* de cent

3 ni le voyaient. Ce n fiait pas non plus pairs moyens naturels que -a voix, lorsqu'elle était enrouée <'t faible, se faisait entendre di>tini lemenl à des distances immenses. Ce don

miraculeai aussi, dont il est prouvé, par des témoignages authentiques qne plusieurs saints ont été favorisés , c est-à-dire, le pouvoir de se rendre présent en plusieurs lieux à la fois et en même temps , Dieu ne voulut pas que notre saint en lût privé. Son don de prophétie était vraiment remarquable ; tantôt il l'exerçait sérieusement et ouvertement, et tantôt comme en plaisantant et d'une manière énigmatique, comme si on n'eût pas dû croire qu'il eût le pouvoir de faire des prédictions.

Une jeune fille étant dans le doute si elle devait se marier ou bien entrer dans l'état religieux, consulta le saint. Vous courrez de plus grands dangers en restant dans le monde, lui dit-il; et ne vous laissez pas épouvanter par la pensée que vous aurez à mener une vie longue et laborieuse. Quel âge avez vous? — Dix-sept ans. — Encore juste autant d'années, et vous serez à la fin de votre pèlerinage. Cette prédiction s'accomplit à la lettre. Celte jeune personne se fit religieuse dans un couvent de capucines, fit de rapides progrès dans la vertu; et , à l'expiration du temps marqué , elle mourut en odeur de sainteté. La femme d'un noble exprima au saint le désir de ne point survivre à son époux. Ne craignez pas, dit-il, vous mourrez jeunes Vun et l'autre ; mais c'est vous qui mourrez la première. Elle mourut donc le 5 août 1727, dans sa trente-troisième année; et son mari, au mois de mars suivant, à l'âge de trente-neuf ans ; et tous les deux attestèrent sur leur lit de mort la prédiction du saint. Une pauvre femme perdit un enfant d'un an ; et, n'ayant pas le moyen de le faire enterrer, elle le porta à l'Eglise et le plaça dans le confessionnal du père François. Le saint homme , à son entrée dans l'Eglise, aperçut la célèbre pénitente Marie-Louise Cassier, et s'adressant à elle, il lui dit : Voyez dans mon confessionnal : vous y trouverez un enfant abandonné chargez-vous-en jusqu'à ce que je trouve à le placer convenablement. Elle obéit à l'instant; mais levant la couverture qui l'enveloppait, elle se tourne vers le saint et lui dit: Mon père, il est mort. — Non, non, répondit-il: il est endormi ; et en même temps il lui fit un signe de croix sur le front, et lui appliqua de l'eau bénite sur les lèvres ; et voilà que l'enfant ouvre les yeux et commence àrespircr. — Alors, appelez la mère, qui est au bas de l'Eglise. La pauvre femme tout d'abord refusa de venir, et, à la vue de l'enfant, elle ne pouvait croire que ce fût le sien ; mais lorsqu'il allongea ses petits bras, et témoigna la reconnaître, elle le colla contre son sein, avec, des ravissements de joie; et, après avoir reçu de la part du saint une aumône abondante, elle retourna chez elle.

Une jeune religieuse se présenta devant le saintpour faire sa confession. Allez, lui dit-il,

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une épouse d$ Jésu$-Chri$t f Venez-verni pour i out conft ■■ i ' repril le saint , examen, suit* contrition, tant ferme pro-* po$ de changer de vie, n tant la moindre étincelle de dévotion ' Cette réponse (il rentrer cette religieuse en elle-même; cl, reconna saill ses désordres, elle ( hangea de v le.

Notre saint par ses prières et SOS intercession obtint plusieurs faveurs miraculeuses pour des personnes malades et dansla delr se ; et à sa considération, saint Cyr, son patron, opéra un nombre infini de miracles semblables. Il y avait dans un monastère une religieuse affligée d'horribles convulsions; on envoya» à la fin, chercher le père François. Je vous apporte de bonnes nouvelles, dit-il en entrant, un médecin qui guérit de tous les maux; puis il lui donna la relique de saint Cyr à baiser. Avez-vous confiance en ce médecin? Voulez-vous V invoquer ci dorénavant de la dévotion pour lui? La réponse fut affirmative. Vous voilà déjà guérie, dit-il : levez-vous et allez à l'instant même au chœur, rendre grâces à Dieu. El aussitôt, à son grand élonnement et à sa grande consolation, comme de tous ceux qui étaient présents, elle fit ce qu'il avait commande.

Notre saint fut averti par inspiration divine de l'instant de sa mort. A la mort de son frère, il fit entendre ces paroles : Dans un an d'ici, nous nous trouverons réunis; et lorsqu'il était encore en pleine santé, il dit en prenant congé des religieuses de Sainte-M rie-du- Divin-Amour: Mes chères filles, e\ pour la dernière fois que je vous parle aujourd'hui; ne m'oubliez pas dan» Vos prières ; adieu, jusqu'à cequenousnous revoyions dans le paradis. Pendant sa maladie, il dit, à l'approche de la fête de saint, Cyr : Je ne serai pas en vie pour la voir. Enfin', lorsque le médecin qui le soignait lui fit sa dernière v isite, il le remercia de ses attentions et lui dit : Nous ne nous reverrons plus désormais de ce côté de la tombe : car lundi sera le dernier jour de ma vie.

Durant le mois de mars 1715, au commencement du carême, il donnait pour la troisième fois une retraite aux élèves du collège des Nobles, quand tout à coup il sentit une fièvre dévorante s'emparer de ses membres, tellement qu'on fut oblige de le porter chez lui. En quelques jours cependant il se rétablit; et, quoique faible encore, il reprit ses travaux ordinaires. Mais sa santé déclina toujours, et vers le mois de décembre, ses forces parurent entièrement épuisées. Le supérieur jaloux de conserver une vie si pré" cieuse, l'envoya prendre les eaux minera, dePuzzuoli ; mais il n'en ressentit pas le moindre effet salutaire, et étant revenu à Naples en 1716, il prit sa place à l'infirmerie. On ne saurait exprimer les cruelles souffrances qu'il eut à endurer ; et cependant il ne lui échappa jamais un murmure. Béni soit Dieu le l'ère de Notre— Seigneur Jésus-Christ , <jut

nous console dans toutes nos tribulations : telle était l'exclamation qu'il faisait constamment entendre. Quand quelqu'un s'approchait pour compatir à ses souffrances , le héros chrétien se joignait les mains sur la poitrine en disant : Crescant in mille milita, gu elles s'accroissent à l'infini ! On lui parlait de tout le bien qu'il avait fait : Rien, rien, s'écriait-il : la faute que j'ai le plus à appréhender, c'est ma paresse. On l'exhortait a invoquer saint Cyr pour obtenir le rétablissement desa santé et quelques années encore de vie à consacrer au service de Dieu. Ah! non, dit-il : le saint et moi nous nous sommes entendus sur ce point ; V affaire est maintenant consommée. La faveur qu'il demandait était devoir la statue, dont nous avons parlé, terminée avant sa mort. Elle lui fut accordée. Maintenant, dit-il, je meurs content ; puis, avec la permission de ses supérieurs, il distribua trente petits reliquaires qui contenaient des parcelles des reliques du saint, à ceux qui avaient contribué à cette œuvre pieuse.

La mort alors s'avança à grands pas ; c'est pourquoi , le jour de la fête de l'Exaltation (le la sainte croix, après avoir fait une confession générale, il reçut le saint viatique; et six jours après, l'extrême-onction. Tout le long de la nuit, il laissa son cœur s'épancher en toute liberté, et voici quelles étaient les paroles qu'on lui entendait répéter : Bénissons le Père, le Fils et le Saint-Esprit; louonsle et exaltons-le à tout jamais. Le Seigneur est grand et infiniment digne de louanges , dans la cité de notre Dieu, sur la sainte montagne. Puis, baisant les plaies du crucifix, en pleurant, il s'écriait : Souvenez-vous, divin Jésus, gue cette âme vous a coûté pour sa rançon jusqu'à la dernière goutte de votre sang. Et comme l'infirmier l'engageait à prier du cœur plutôt que des lèvres, à cause de la peine qu'il avait à parler, Ah! mon cher frère, dit-il, quoi que nous puissions penser ou dire d'un Dieu si grand , sa grandeur est au delà de toute pensée et de toute expression. Puis, les yeux fixés sur une pieuse image de la sainte Vierge, Ah! Marie, dit-il, ma très-chère mère, vous m'avez toujours chéri comme une tendre mère, quoique je ne fusse pour vous qu'un enfant trop indigne. Comblez maintenant la mesure de vos bontés à mon égard, en m' obtenant l'amour de votre divin Fils. Ensuite, comme s'il se fût déjà trouvé à la porte du paradis, il s'écria : Que la maison du Seigneur est grande! Bienheureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur; ils vous loueront dans les siècles des siècles. Anges saints , que tardez-vous? Ouvrez les portes de la justice; j'y entrerai, et je louerai le Seigneur.

Sa maladie dura encore quelques jours.

Malgré le désir que notre saint avait tant de fois exprimé qu'on le laissât seul, il fut impossible d'arrêter la foule q«i se pressait pour le voir une dernière fois, lui baiser les mains , et recevoir sa dernière bénédiction. Il les bénissait tous avec une aimable douceur; et voyant couler leurs larmes, ATe pleurez pas, disait- il , je vota au ciel , où je me

VIE DE S. FRANÇOIS DE GIROLAMO. 370

souviendrai de vous, et serai plus à portée de vous être utile. Mais quel est le jour si serein qui ne soit, par intervalles, couvert de quelques nuages? quelle est la mer si calme qui ne soit jamais agitée par la tempête? Il plut à Dieu de perfectionner la vertu de notre saint en la soumettant à une terrible épreuve. La rigueur de la lutte agitait violemment toute la personne du saint homme; et, poussant un grand cri , il appelait à son secours le Tout-Puissant, le Fils éternel, Notre-Dame et tous les saints. On lui demanda la cause de cette horrible convulsion. Je combats, s'écria-t-il , je combats! au nom de Dieu, priez pour moi que je ne succombe pas. Puis , comme s'il repoussait le malin esprit, il disait: Non, jamais ; retire-toi ; je n'ai rien à démêler avec toi. Son visage enfin reprit son éclat, et il répéta avec douceur ces paroles : C'est bien, c'est bien; et à ces mots il se mit à chanter le Magnificat et le Te Deum. Il manifesta le désir de recevoir la sainte eucharistie; mais le supérieur ne le jugeant pas à propos , vu qu'il y avait très-peu de temps qu'il avait communié, l'humble saint s'y conforma. Ce fut alors qu'il tomba en agonie; on récita pour lui la recommandation de l'âme, et, au milieu des larmes de ses frères, François de Girolamo expira, vers midi, le lundi il mai 1716, dans la soixante-quatorzième année de son âge et la quarante-sixième de sa vie religieuse, après avoir passé quarante ans dans les travaux de la carrière apostolique.

Malgré la défense que le supérieur, par motif de prudence, avait faite de sonner la cloche pour annoncer sa mort, la nouvelle n'eut pas besoin d'être annoncée par le son de la cloche pour se répandre dans toute la ville; elle la parcourut dans tous les sens, et avec tant de rapidité, qu'en moins de rien le Gesu-Nuovo se trouva rempli d'un concours immense de peuple de toutes les classes. L'infirmier, voulant garder quelque relique d'un " si saint homme , eut soin , avant de le revêtir des habits sacerdotaux, de lui couper un morceau de la peau qui couvre la plante des pieds; mais le pieux larcin fut bientôt découvert , quelques précautions qu'il eût prises pour le cacher : car le»sang se mit à couler si abondamment de la plaie, que non-seulement les linges en furent empreints , mais qu'on en remplit une fiole contenant trois ou quatre onces. Ce sang, que l'on conserva, retint pendant trois mois sa rougeur et sa liquidité, et opéra plusieurs miracles.

Le soir, le corps fut porté à l'église, pour le chant de l'office; et un détachement de gardes suisses suffit à peine pour le mettre a couvert de la violence et de la dévotion indiscrète de la foule. En effet, à peine y avaitil trois psaumes de chantés , que la multitude, franchissant tous les obstacles, se pressa autour du corps, désirant avec empressement emporter quelque relique du saint, et principalement tremper des mouchoirs dans le sang qui coulait encore de la plaie ci-dessus mentionnée et pénétrait à travers la bière. Enfin on plaça le corps dans une chapelle la lérale, on il fut protégé contre toute non-»

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relie violence par une grill' en fer, qui , en le défendant, le Laissait toujours visible A tous les yeux. Toutefois il aè fut pas possible

de résister aux instances de plusieurs personnes pieuses qui solli» ilaient la faveur d'approcher du saint et de lui baiser les mains ; à la lin du jour même on laissa entrer des artistes pour tirer son portrait et copier ses traits. Une troupe de suppliants se rendit à l'église le lendemain malin, conjurant le saint de les délivrer de leurs maux et de leurs peines. Leurs espérances ne lurent pas trompées : plusieurs guérisons lurent opérées sur le lieu même, et l'église plusieurs fois retentit des cris, Minuit'! miracle l Le corps resta ainsi trois jours exposé ; et le quatrième, il fut enfermé dans un cercueil de plomb.

Saint François de Girolamo était d'assez grande taille et bien proportionné ; les années avaient blanchi ses cbeveux, qui auparavant étaient noirs. 11 avait le front large, la tête petite, terminée en pointe et un peu chauve. Son visage était maigre et d'un teint rembruni ; ses yeux, noirs et perçants, étaient ombragés par des sourcils épais; son nez un peu aquilin; sa voix, qui, quand il prêchait, était forte et sonore, était basse et faible en conversation. Il avait des manières engageantes , un air toujours joyeux; et tout son extérieur respirait la modestie, la sainteté et la piété.

Le 3 juillet 1736, après en avoir obtenu la permission, on exhuma le cercueil de notre saint, et le corps fut trouvé réduit en poussière. On recueillit soigneusement ces cendres précieuses, on les déposa dans un autre cercueil en bois garni de cuivre , et on les transporta du cimetière commun à la chapelle de Saint-Ignace.

De nombreux miracles répandirent promptement la réputation de sainteté de François dans toute l'Italie. A peine avait-il expiré, que les gens les plus sages et les plus vertueux lui déférèrent le titre de saint; et le cardinal Orsini, depuis Benoît XIII, qui avait pour lui une vénération toute particulière, prêcha son panégyrique dans la cathédrale de Bénévent. Peu après sa morfr, la ville de Naples, de concert avec Bénévent, Noie et plusieurs autres, pétitionnèrent auprès de la congrégation des Bites pour obtenir sa béatification; et le procès-ver bal de ses vertus et de ses miracles fut rédige et envoyé à Borne parle cardinal Pignatelb, agissant de concert avec les autres cardinaux , les nobles et les magistrats du royaume. Mais ce fut en Allemagne que notre saint acquit la plus étonnante célébrité : six ans seulement après sa mort , un des pères de la société publia un livre ayant pour titre : Ile'eit des mirarlrs </ui ont rendu le pire François de (iirolamo c<lèbre dans tonte V Europe , et particulièrement en Allemagne. Les plus vives sollicitations furent adressées de ce pays à la société, afin qu'on imprimai sa \ie; et quand elle parut (la première publication s'ei\ fit en Allemagne), il s'en vendit vin^l mille exemplaires dans la seule ville de Cologne. Marie, arebi-

l'.YvNi. ÉUQUE. 37»

duchesse d'Autriche , depuis reine de Pologne, lut redevable a noire saint d'un signalé miracle, ainsi qu'elle l'a attesté elle-u dans un document envoyé de Dresde i l dalé du 20 juillet 1721. L'électeur de Ifayence

aussi donna un témoignage authentique de sa reconnaissance pour les Cireurs qu'il ea

avait reçues, en lui offrant, en acquittement d'un \u'u, un cœur en or. Enflammé également de zèle et de sentiments de gratitude, l'électeur de Cologne pétitionna aupn i pape pour le prier d'ordonner un examen juridique des miracles de notre saint; sa pétition est datée de .Munster en Westpbalii I janvier 1723; et < n 1728 l'empereur Charles VI, depuis roi d'Espagne, l'électeur de Bavière, et autres potentats, réunirent leurs efforts pour presser le sainUsiége d'élever notre saint aux honneurs publics. Apres |,S préliminaires de rigui ur, nn dé ret qui déclarait que ses vertus étaient héroïques, fut enfin publié par Benoit XIV, vers la fin de mai 1758; ses miracles lurent approuvés par un autre décret émané de l'ie VU, ( l daté du 9 février 1806; et le jour de la fêle de saint Joseph, de la même année, le même pontife rendit le décret définitif de sa béatification.

Des trois miracles dont le récit se trou»e ci-joint, le premier est mentionné avec des éloges particuliers dans ces décrets , el les deux autres forent choisis pour être approuvés lors de la béatification. Donna Teresa, fille de don Adrien, duc de Lauria, avait une. fille nommée donna Elena (luevarra, qui , à l'âge de dix ans, était en proie à une maladie occasionnée par les suites funestes d'une petite vérole rentrée; cette maladie commença par les yeux, qui se mirent à couler su sivemenl, et devinrent enfin si faibles qu'ils ne pouvaient plus supporter la lumière. Lue fois seulement, dans l'espace de vingt-quatre heures, elle pouvait ouvrir la bouche pour parler et prendre de la nourriture; et il fallait alors user des plus grandes précaution- : car s'il venait à pénétrer dans son appartement un seul rayon de la lumière du soleil . ses dents se trouvaient à l'instant même étroitement serrées, sans qu'il fût possible de les desserrer. Les médecins les plus dislingues l'avaient abandonnée comme incurable. Plus d'une fois la mère avait prié notre saint, lorsqu'il était encore en vie, d'exercer sa charité en sa faveur; el, peu de temps avant sa moi l, il lui avait assuré que sa fille se rétablirait ; aussi la nouvelle de sa mort el le récit des miracles opères par ses restes sacres ne lui furent pas plus tôt parvenus, qu'elle se bâta de se rendre à l'église avec sa Bile, el la lit tenir élevée vers la bière, de manière à pouvoir toucher la main du saint homme. Le premier signe auquel se manifesta 1 heureux résultat de cette demain lie , fut que reniant commença à parler et demanda qu'on la mit à terre. Quel ineffable bonheur pour la mère, lorsqu'elle la vit en étal de marcher aisément, qu'elle vit ses membres si frêle- et s,Mi corps si extraordinaireraent amaigri reprendre leur étal naturel! Kl quand, à son retour à la maison, on la vit s'asseoir à la table,

VIE DE S. JEAN-JOSEPH DE LA CROIX

prendre de la nourriture, et converser sans le plus petit signe d'embarras et de douleur, la réalité de sa guérison miraculeuse fut évidente pour tout le monde. Elle embrassa plus tard l'état religieux, et vécut jusque dans un âge fort avancé, sans avoir jamais éprouvé aucun retour de sa maladie.

Un membre de la congrégation de la Mission, Jean Ambroselli , médecin de profession, persista à vouloir retourner chez lui malgré l'avis contraire de notre saint, qui lui annonçait qu'il était menacé d'un danger. Quelques mois seulement après, au moment où il sortait le soir de chrz un malade, il reçut dans le bras droit la décharge d'une arme a feu et tomba à terre. On le ramassa et on le porta chez lui. Le chirurgien déclara que la blessure présentait un extrême danger : en effet, les os, les muscles et les chairs du bras et de la main étaient horriblement meurtris et fracassés , et faisaient quasi l'effet d'une noix brisée par un marteau. Pour lui sauver la vie, l'amputation fut jugée nécessaire; mais le malade ne voulut point se résoudre à la subir, et prit le parti de se recommander au père François, se rappelant qu'il lui avait prédit ce malheur. Peu après, il vit en songe le saint, dans son attitude ordinaire, qui, lui touchant le bras, lui enjoignit de dire, Notre Père, etc., Je vous salue, Marie, etc., et Gloire au Père, etc., trois fois par jour, et disparut. II se réveilla aussitôt et ne ressentit plus de douleur dans son bras, et ne vit plus aucune trace de sa blessure. Proclamant ce miracle partout où il allait, il partit sans délai pour

Naples, dans le but de remercier son bienfaiteur, qu'il espérait trouver encore en vie ; il parcourut à pied, en marchant jour et nuit, une distance de cinquante milles, et arriva à temps pour apprendre la mort récente du saint homme, et déposer sur sa tombe le tribut d'un cœur reconnaissant.

Sœur Marie-Angèle Rispoli éprouvait des accès d'épilepsie, et fut frappée enfin d'une attaque d'apoplexie qui lui ôta le sentiment et le mouvement. A force de violents remèdes, elle recouvra la parole et le sentiment ; mais le côté gauche du corps tout entier demeura paralysé, de sorte qu'elle était obligée de garderie lit, et incapable de tout. S'étant procuré une relique du saint, elle pria lin— tirmière de la lui appliquer sur le côté malade; et, la nuit même, pendant son sommeil, elle eut la consolation de voir le saint homme, qui toucha le membre paralysé, et disparut aussitôt. Le lendemain matin, elle s'éveilla parfaitement bien, se leva, s'habilla d'elle-même , et descendit à l'église, où elle trouva toutes les religieuses en prières devant le saint sacrement ; car c'était le jour de la Fête-Dieu. Son apparition inattendue les frappa toutes de terreur; mais quand elles la virent rendue à la santé, elles fondirent en larmes de joie ; et, faisant sonner les cloches, elles joignirent ensemble leurs voix et leurs cœurs en chantant des cantiques de louanges et d'allégresse, et enfin, le Te Deum, en actions de grâce de cette miraculeuse faveur.

S. JEAN-JOSEPH DE LA CROIX

Celui-là seul est un chrétien parfait, qui est crucifié au monde , et à qui le monde est crucifié, et qui ne se glorifie en rien autre chose qu'en la croix de Notre-Scigneur Jésus-Christ. Non, sans embrasser au moins de cœur et d'affection la croix, on ne peut appartenir à la religion de Jésus-Christ. A notre entrée dans la vie, nous sommes marqués du signe de la croix ; dans toutes les vicissitudes dont cette vie mortelle est remplie, nous rencontrons des croix partout sous nos pas ; allez partout où vous voudrez, et il vous sera impossible d échapper aux croix : elles nous accompagnent jusqu'à la mort et au tombeau. En effet, le chrétien meurt en pressant la croix sur ses lèvres , et la croix est gravée sur sa tombe pour rendre témoignage de sa foi et de son espérance. Que si Notre-Seigneur a dit en termes généraux : Si quelqu'un veut être mon disciple, quil prenne sacroix et qu'il me suive; cl s'il est vrai i\uc, pour entrer dans le royaume du ciel, il faut passer par bien des tribulations; tous donc, sans exception, sont invités à se charger de ce fardeau. Aussi a-t-il dû s'opérer un changement complet dans les sentiments des hom-

mes ; et la croix, dont le nom seul excitait l'horreur des païens, est devenue, à cause de celui qui y est mort , la gloire des chrétiens. Purifié par ce sang précieux, le bois infâme est devenu pur et brillant ; arrosé par le sang sanctificateur qui a coulé sur le Calvaire, l'arbre de malédiction a porté des fruits de bénédiction; et lorsque le triomphe de la croix eut été proclamé par la victoire de Constantin, l'image et le signe même en devinrent glorieux : elle orna le diadème des rois et l'armure des chevaliers ; elle flotta sur les étendards et mena les soldats au combat; elle brilla sur les temples et sur les autels, fut exposée à la vue dans les rues, sur les places publiques , sur les routes et les montagnes, et pénétra jusque dans les profondeurs et les solitudes des forêts. De même qu'on ne rougissait pas de porter le signe de la croix, on ne faisait pas non plus difficulté d'en embrasser les doctrines : au contraire, il s'en trouva beaucoup qui se fmnt gloire et se réjouirent d'être jugés dignes de porter la croix pour l'amour de Jésus cl, pour quelques-uns, ellea été une source abondante d'ineffables douceurs, dans lesquelles ils ont

éprouvé la vérité de cette parole du Sauveur: Ifon joug ut agréable tl mon fardeau ut liai r. Uu'y a-t-il donc détonnant que les saints . ient toujours chéri U croix, aient choisi de préférence les souffrances, et soupiré après les tribulations! Qu'i a-t-il de surprenant que Dieu ait quelquefois récompensé les généreux désirs de ses sen iteura, en imprimant sur leurs corps une marque et un mémorial visible de leurs sentiments intérieurs, comme h en a été des stigmates du séraphique saint François et île sa tille spirituelle sainte Véronique? Non, il n'y a rien d'étrange que les saints se soient plu à mêler leurs noms à la croix à laquelle leurs cœurs étaient si étroitement allai liés; ou que les peuples, après qu'ils ont quitté la terre pour aller jouir (le la gloire céleste, les aient désignés par le nom

même de celte croix dont ils s'étaient montrés si ardemment amoureux! Il s'est donc trouvé des âmes saintes, dont toute la vie n'a ele qu'une croi\ perpétuelle, vrai type de la perfection chrétienne, à laquelle on n'atteint ordinairement que par intervalles dans certaines circonstances, et que pour un temps, mais qui, en elles, a commencé avec leur entrée dans la vie, et les a accompagnées jusqu'à leur dernier soupir. Souvent leur vie a passé inaperçue et vide de tout événement rare ou extraordinaire; et cependant, par leur conduite modeste et commune, ils se sont attiré plus d'admiration que ceux qui se sont illustrés par des actions d'éclat et des faits glorieux.

De même qu'un paysage caché dans l'intérieur d'un bois et dérobé à la vue du public, découvre à l'œil du curieux une beauté calme qui enchante son âme; de même que les eaux limpides qui coulent doucement le long des bords verdoyants d'une plaine émaillée, où descendent les rayons du soleil tempérés et adoucis par le feuillage des arbres environnants, dont les feuilles déchiquetées jettent un éclat resplendissant, et dont les branches , que le moindre souffle des zéphyrs agite, se balancent sur le penchant d'une colline délicieuse , présentent à l'esprit une idée plus touchante des charmes de la nature et un sentiment plus vif de sa beauté, que d'autres perspectives plus hardies, plus vastes et plus frappantes , comme seraient de hautes montagnes, des torrents écumants ou de majestueuses forêts; ainsi ces vies modestes et sans prétention fournissent à notre âme une nourriture spirituelle plus salutaire et plus bienfaisante que des histoires pleines d'intérêt et chargées d'incidents. Ce n'est pas par la multitude et la grandeur des événements qu'elles présentent, qu'il faut juger de leur excellence et mesurer leurs droits à la considération; mais bien plutôt par l'ordre, l'harmonie et l'unité de dessein qui s'y font remarquer; et le fruit que nous en retirerons nous encouragera à nous bien convaincre (lue ce qui est proposé à notre admirai ion n'est pas au-dessus de notre imitation, et que les grâces extraordinaires dont ils ont clé récompensés ne sortent pas des bornes d'une

DÉMONSTRATION t\ NGÉL1QUE.

ma

espérance raisonnable, ni du cours ordinaire des miséricordes du Seigneur.

C'est de ce ' aractére . que nous avons . -

-ave de tracer, que sont les vertus il Chis-

i u e de fean-Joseph de la Croix, le saint qui

fera l'objet de ce récit.

11 naquit le jour de la fête de l'Assomption de l'an de Notre-Seigneur 1654 , en la ville 'i I-' bia, dam 111e de ce nom, qui fait partie du royaume de Naples, de part nts retpe< tables, Joseph Calosirlo et I.aure Garguilo; et reçut, le jour même, sur h - fonts sacrés du

baptême, les noms de Charles -Cajétân. Distingué par sa piété au-dessus de ses frères , dont cinq au moins se consacrèrent d'une

manière particulière au servit e de Dieu , il laissa paraître de bonne heure les sem< D( i s des vertus qui ont singulièrement enrichi son âme et sanctifié sa vie dan- l'él l T( bgieux : l'humilité , la douceur, l'obéissance , et une incomparable modestie; il manifesta également une inclination merveilleuse pour le silence, la retraite et la prière. Aussi, dès son enfance, choisit-il une chambre dans l'endroit le plus retiré de la maison paternelle; il y dressa un petit autel en l'honneur de la sainte Vierge (au jour de la grande fête de laquelle il avait eu le bonheur de naître, et envers laquelle il entretint toute sa vie une dévotion tendre et toute filiale), et payait tout son temps à l'étude et aux exeri i< es de pieté. Il n'y manifesta pas moins de bonne heure son amour pour la croix : couchant sur un lit étroit et dur, et jeûnant â certains jours de la semaine; à celle mortification prématurée de la chair, il joignait un grand zèle à étouffer tout sentiment d'orgueil, portant constamment des vêtements fort communs, malgré sa naissance et sa position, et les remontrances et les reproches qu'on lui en faisait. L'horreur du péché égalait en lui l'amour de la vertu; de sorte que son cœur, dès la première aurore de la raison , sut so soustraire, comme une plante délicate, à tout ce qui avait l'ombre même du péché, et se trouva tout pénétré de zèle pour la gloire de Dieu. Aussi ne se contentait-il pas de fuir avec le plus grand soin la compagnie des jeunes gens de son âge, de crainte d'y souiller son innocence; il recherchait encore toutes les occasions d'inspirer aux autres la haine et la crainte du péché, dont la plus légère apparence réveillait son indignation et lui arrachait des plaintes. La paresse, la légèreté, la vanité et le mensonge, dans les choses même de peu de conséquence, étaient à ses yeux des fautes dignes d'une sévère réprimande. Quand ses efforts pour détruire le péché lui attiraient des persécutions de la part des autres; loin de perdre patience, il n'y voyait qu'une nouvelle occasion de pratiquer la vertu. Ainsi, un jour où sa charité, en le portant à intervenir dans une querelle, lui attira un soufflet sur le visage, en pleine rue.il tomba à l'instant à genoux et pria pour son agresseur. Sa tendresse pour les

pauvres dépassait toutes les bornes; il leui réservai! la meilleure portion de se- rep tfj

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et consacrait à leur usage l'argent qu'il rece- Tait pour ses menus plaisirs.

La sainteté de ses jeunes années lui mérita la grâce d'être appelé de Dieu à un état saint ; et se sentant intérieurement poussé à quitter le monde, il eut grand soin de prendre conseil du Père des lumières , sur la manière de suivre cette inspiration ; à cette fin il redoubla ses dévotions et ses mortifications habituelles , fit une neuvaine à l'Esprit saint, et se mit sous la tendre protection, et réclama la puissante intercession delà sainte Vierge. Le Seigneur écouta ses ferventes prières ; car sa Providence disposa tellement les choses , que le grand serviteur de Dieu , le père Jean de Saint-Bernard, religieux espagnol de la Réforme de saint Pierre d'Alcantara, vint à cette époque dans le pays de notre Saint , avec l'intention d'établir son ordre dans le royaume de Naples. L'habillement pauvre et vil , et l'extérieur pieux et dévot de ce saint homme et de ses compagnons , touchèrent et gagnèrent le cœur de notre saint ; il désira imiter ce qu'il voyait, et ne douta nullement que ce désir ne vînt de Dieu. Il se rendit donc à Naples pour faire part de son inclination aux pères de l'ordre , qui , après avoir soigneusement examiné sa vocation, l'admirent au noviciat. Il manifesta tant d'ardeur , que les supérieurs jugèrent à propos de le revêtir du saint habit avant l'expiration du temps voulu. Cet heureux accomplissement de ses désirs eut lieu lorsqu'il était encore dans sa seizième année; il prit le nom de Jean-Joseph de la Croix , et ce fut le jour de la fête de saint Jean-Baptiste, l'an de notre rédempteur 1671, qu'il termina son édifiant noviciat, f;t prononça les vœux solennels de son ordre, dont il se proposa pour modèles les saints fondateurs , saint François d'Assise et saint Pierre d'Alcantara.

II prolongea cependant les exercices de son noviciat , et continua surtout de pratiquer, pendant trois ans, une mortification extraordinaire ; et, ce terme expiré, ses supérieurs l'envoyèrent pour diriger l'érection d'un couvent à Piedimonte di Afile (le monastère d'Afila) au pied de l'Apennin. Ainsi notre saint se trouva engagé dans les mêmes fonctions qu'avait remplies, au même âge, saint Pierre d'Alcantara, qui bâtit un couvent à Pedroso en Estramadure , sur le modèle duquel celui-ci , le premier monastère de l'ordre qui se soit élevé dans le royaume de Naples , était construit. Non content de donner à son monastère un extérieur simple et pauvre et des dimensions étroites à proportion , Jean-Joseph pourvut à une observance rigoureuse et parfaite de la règle. Un plus grand silence et un recueillement plus profond ; une soumission plus exacte aux ordres et aux recommandations; une addition faite aux deux heures et demie assignées pour l'oraison mentale, et une récitation plus attentive et plus solennelle de l'office divin, furent les fruits de son zèle. En poussant l'œuvre dont l'exécution avait été confiée à ses soins, il ne fit pas difficulté de s'erm)lojcr aux offices les plus bas et les plus

pénibles , portant lui-même sur ses épaules des briques et du mortier aux ouvriers. Le zèle de notre saint ne resta pas sans récompense : ce fut en cette occasion qu'il éprouva pour la première fois ces extases et ces ravissements dont il fut dans la suite si singulièrement favorisé. Un jour, après l'avoir cherché en vain par tout le monastère , on le trouva enfin dans la chapelle, ravi en extase, et si élevé de terre, qu'il touchait le plafond de la tête.

Par obéissance , notre saint consentit à recevoir l'ordre de la prêtrise , et fut chargé d'entendre les confessions ; dans cette tâche difficile il déploya une profonde connaissance de la théologie, qu'il n'avait acquise qu'au pied de la croix. Il est dit de saint Bonaventure, que, saint Thomas d'Aquin étant venu le visiter, et l'ayant prié de lui indiquer les livres dont il se servait dans ses études, saint Bonaventure le conduisit à sa cellule et lui montrant un oratoire et un crucifix : Voilà mes livres , dit-il. Voilà le principal livre d'où je veux tirer tout ce que j'enseignerai et écrirai : c'est au pied de la croix , c'est eu assistant à la messe que j'ai acquis tout ce que je possède de science.

C'est aussi à cette source féconde que le docteur angélique lui-même puisa ces prodiges de sagesse qui ont étonné le genre humain; de là aussi que sainte Thérèse, étrangère aux arts et aux sciences humaines , tira ses profondes connaissances en spiritualité et son éloquence persuasive ; c'est au pied de la croix également que les savants docteurs Snnchez et Suarez écrivirent leurs profonds traités ; et cette source inépuisable et intarissable doit être visitée de tous ceux qui veulent boire les eaux de la vraie sagesse, ou communiquer aux autres une doctrine pure , lumineuse el attrayante. Mais , entraîné par un ardent amour de la croix, dont il découvrait de plus en plus les trésors à mesure qu'il avançait dans la dignité et les fonctions du saint ministère , il résolut de se faire, dans un bois attenant à son monastère, une espèce de solitude, où, à la manière des anciens pères du désert, il pût se dévouer entièrement à la prière et aux austérités de la pénitence, et donner à l'Eglise un exemple illustre et profitable de. l'esprit sacerdotal exercé dans le plus haut degré de perfection. Dieu bénit cette sainte entreprise en lui faisant produire les fruits les plus abondants , cl lui concilia les cœurs de ceux qui étaient loin comme de ceux qui étaient près. On découvrit dans le bois une délicieuse fontaine dont les eaux guérissaient les malades ; auprès de cette fontaine il éleva une petite église, et tout autour, à certaines distances, cinq petits ermitages, où, conjointement avec ses compagnons, il renouvela la vie austère et sublime des anciens anachorètes , et fit de grands progrès dans la spiritualité ; et pour qu'aucun soin ni aucune pensée terrestre ne vinssent troubler le repos sublime de cette vie contemplative, le monastère fut chargé de fournir chaque jour au saint

solitaire In nourriture dont il avait besoin.

Mais les supérieurs qui &*i (tient <ilu"' riche trésor Ils possédaient dans la personne 4e notre saint, le choisirent pour maître des novices, dès qu'il eut atteint sa vingt-quatrième année. Dans ce nouveau poste, loin de se permettre la moindre dispense , il fut toujours le premier à donner l'exemple d'une scrupuleuse observance de toute-, les règles, de l'assiduité an chœur, de la fidélité au silence, à la prière et au recueillement. Il avait soin de faire pénétrer dans les cn'iirs de ceux qui étaient sous sa conduite un ardent amour pour Notre-Seigncur Jesus-Christ, un grand désir de l'imiter en tout , et , de plus, une vénération spéciale et un tendre attachement pour la sainte Vierge, sa mère. Moniteur zélé , mais plein de douceur, sans violence comme sans caprices ; moniteur vigilant, sans être (racassier et fâcheux, il veillait, sans aller jusqu'à l'importuuité ; discret, bon , d'une humeur toujours égale , il ne recherchait et ne découvrait les fautes que pour y remédier avec une tendre charité, et portait les autres à la vertu bien plus par la muette éloquence de sa conduite édifiante que par des réprimandes et des admonitions hors de saison. De Naples , où il était employé comme maître des novices, notre saint fut transféré à Piedimonte , et investi de la charge de gardien. Le zèle que demandait cette nouvelle charge, qui imposait une plus grande responsabilité que la première, ne fut surpassé que par l'humilité profonde qu'elle exigeait également : toujours sévère pour faire observer la règle , il eut soin de faire goûter ses prescriptions aux autres, en se montrant le premier à les observer , imitant en cela le capitaine qui encourage les soldats , en bravant lui-même les dangers et en surmontant les obstacles, ou l'oiseau qui, pour enseigner à ses petits à prendre leur essor et à s'élever dans les airs , mesure le premier la distance et stimule leur vol inexpérimenté. Le bon résultat de cette manière d'agir devint bientôt manifeste ; car par là il se gagna les cœurs de tous les religieux, qui, sous sa conduite, s'avancèrent à grands pas vers la perfection la plus héroïque. Cependant son esprit humble et paisible désirait en soupirant être déchargé d'une charge si pesante , et ayant obtenu au bout de deux ans le repos auquel il aspirait , il tourna ses vues charitables vers la direction des âmes , l'assistance et le soulagement des mourants et des malheureux , et la conversion des pécheurs.

Mais tandis que son ardente charité espérait consumer le reste de sa vie dans ces saints exercices , libre des soins et des embarras attachés à toutes les charges, il se vit, avec effroi, rétabli dans la (barge de gardien par le chapitre provincial de 168'». Alors la croix qu'il avait ainsi plu à Dieu de lui envoyer lui devint plus redoutable et plus amère, par les ténèbres, les sécheresses et les désolatious dont son âme fut, pour un temps, affligée, et par une vive appréhension dont il était affecté, d'être absolument incapable de

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remplir cette charge, d'autant plot qu'il te considérait comme sur le Lor I même de i abîme. Le Seigneur enfin daigna dissiper les nuages

qui obscurcissaient son esprit et les ,;;ux

qui le troublaient, en lui rendant le

Calme et la lumière, par une \ision COU lante. Il lui sembla voir l'âme d'un (rère mort depuis peu de temps , qui ap.< en lui donnant la douce assurance que tous les religieux de saint Pierre d'Ah antara qui était ut venus à Naples, ou qui j avaient fait profession, avaient mené une conduite si sainte , que pas un seul ni s'était perdu. Cela lui donna du courage et l'enhardit à embrasser les devoirs que sa (barge lui imposait. Le Seigneur, qui avait fait passer si heureusement son serviteur par celte rudo épreuve qu'il lui avait envoyée pour son plus grand bien ; le Seigneur , comme un père indulgent et miséricordieux , récompensa le mérite qu'il y avait acquis, en le glorifiant d'une manière tout admirable. In effet, dans tout le cours de son administration, des secours surnaturels vinrent soulager les : soins et les privations auxquels le monastère se trouvait par fois réduit: tellement que, dans un temps de famine, tout le pain ayant été distribué aux pauvres, de sorte qu'il n'en restait plus du tout pour la communauté; au moment même , une personne inconnue apporta et déposa à la porte du monastère autant de pains précisément qu'il y avait de membres dans la communauté ; et ce fait miraculeux se renouvela dans deux circonstances de même genre ; bien plus, on y vit plus d'une fojs le pain se multiplier miraculeût ment, et le vin devenu aigre , reprendre son état naturel; et les mêmes herbes qui, un jour, avaient été cueillies pour être doin. aux pauvres, repoussèrent pendant la nuit et en plus grande abondance.

Lorsqu'il fut de nouveau déchargé de la fonction de gardien , ce ne fut que pour reprendre la place de maître des novices, qu'il occupa pendant quatre ans consécutifs et qu'il exerça partie à Naples et partie à Piedimonte. Mais alors revinrent les croix dont il avait coutume d'être visite, et auxquelles succédait ensuite un surcroît <\ - et

de faveurs surnaturelles : alternative qui partagea tout le cours de sa vie. D'abord il fut appelé dans son lieu natal . Ischia , pour v remplir la pénible devoir de l'affection filiale , cl recevoir le dernier soupir de sa mère mourante. Il s'y rendit, et à son arrivée. comme à un signal donné, la foule s'assembla autour de lui pour le saluer, et le bruit répandit de toutes parts , comme une nouvelle pleine de joie . que le saiHl était venu. On le conduisit ainsi à la maison de sa mère, en qui , à sa vue, toutes les puissances vitales se rallièrent autour de leur flamme

expirante, qui dès bus brûla joyenaemead

dans la lampe, jusqu'à la lin. Elle ne pouvait souffrir qu'il la privât un moment de sa chère compagnie . ne pouvant rassasier ses yeux maternels, tant que la mort ne les eut pas encore assujettis à son domaine, de contempler le fruit de ses entrailles; et ne cessai/

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pas un instant de se recommander à ses prières. Elle mourut remplie d'espérance et de calme, en présence de ce fils bien-aimé ; et ce fils incomparable, étouffant les vives et

f>rofondes émotions que produisait en lui e sentiment de la douleur, accompagna à l'église ses restes mortels , et offrit le sacri- Gce de propitiation pour le repos de son âme. Qui pourrait se faire une juste idée de ce qui se passa en lui pendant la célébration de cette messe ? Comme les flots de sa douleur perçaient à travers les graves et solennelles pensées dont il était alors occupé ! Comme il voyait en esprit l'ombre suppliante de sa mère recueillir les saints accents qui tombaient de ses lèvres ! Comme il voyait son visage briller d'un plus grand éclat , à mesure que les saints mystères s'avançaient 1 Avec quel bonheur, à la fin du sacrifice, il vit son âme reconnaissante monter au séjour de l'éternelle félicité , et y exercer d'abord en sa faveur les privilèges que donne le ciel, en implorant des grâces pour son fils et son libérateur 1 Sa douleur en était-elle moins filiale , moins poignante , parce qu'elle était raisonnable et chrétienne , et parce qu'au lieu d'éclater en vaines démonstrations et en lamentations lugubres , elle demeurait enfermée dans le secret de son cœur généreux, et que , ne troublant point le calme de son âme, elle laissait une libre carrière et un libre exercice à son jugement et aux salutaires opérations de la charité chrétienne ? Assurément il n'y a que la religion de Jésus- Christ qui puisse ôter à la mort son aiguillon, cet aiguillon qui ne perce pas plus cruellement ses victimes que ceux qui leur survivent : car s'il est pénible de mourir , à cause de l'éternelle séparation qui s'ensuit de tous les objets de nos affections , ce n'est pas une peine moins déchirante que d'être témoin d'une telle mort; lorsque, avec toute la réflexion d'un esprit calme et sain, qui sent, dans tout ce qu'elle a de plus cuisant, la grandeur d'une perle semblable , nous nous voyons arraché pour toujours et condamné à souffrir les maux les plus extrêmes, un objet qui nous était cher. Mais qu'est-ce que la mort pour un chrétien, sinon une barrière derrière laquelle une compagnie délicieuse attend son arrivée, et par où il est décidé que tous ceux qui vivent sur la terre passeront tour à tour? Les tendres offices de la charité de ceux qui sont placés des deux côtés de celte barrière, facilitent et éclairent le passage : les saints, en intercédant auprès du Père des miséricordes en faveur de leur frère expirant ; et les amis encore vivants, en recommandant à son Dieu et Juge le chrétien mourant, et en accomplissant à son égard tous les devoirs qui sont diclés par l'affection naturelle et une piété charitable. On présente la croix à baiser au moribond : on implore pour lui le secours des saints ; on ne cesse d'adresser des prières au ciel ; on veille avec inquiétude dans l'allente du moment où il va quitter la vie : non pour arrêter brusquement et tout à coup u> court d'une sensibilité naturelle, sainte et légitime; mais

pour le diriger dans un canal plus convenable, selon qu'il sera plus à propos ou de solliciter la fin de ses souffrances , une heureuse délivrance et la miséricorde de Dieu dans l'autre vie , ou de contempler les terribles rigueurs du tribunal de Dieu , espérant qu'il en obtiendra un jugement favorable, et le demandant par les vœux les plus ardents; et, dans le cas où il lui resterait une dette à acquitter avant d'êlre mis en possession de l'éternel bonheur, qui lui est destiné et qu'il obtiendra un jour , abréger autant que possible la durée de ses souffrances, et lui ouvrir promptement les portes de l'éternité bienheureuse, par les mérites infinis de la douloureuse passion de Notre-Seigneur.

C'est ainsi que la force chrétienne veut que nous recevions le coup de la mort : non avec découragement, parce qu'elle est inévitable; mais bien avec fermeté et avec joie , parce que c'est le temps d'une meilleure espérance, où nous planions sur la tombe l'étendard du salut. Ce sera un moyen très-naturel d'arrêter ces émotions auxquelles il est à la fois si consolant et en même temps si pénible de se livrer ; elles n'en auront pas un cours moins libre,, cf.. elles profiteront bien davantage après qu'on aura ainsi fait d'abord justice aux droits delà religion. Saint Bernard violait-il les sentiments de l'humanité en suivant d'un œil sec et d'un air calme le corps de son frère au tombeau , assistant à tous les offices religieux et y officiant lui-même? Ce grand cœur était-il insensible , lorsque son incomparable douleur éclatait au milieu d'un discours sur un sujet qui y était tout étranger, dans une apostrophe pathétique à son frère défunt , payant ainsi un magnifique tribut aux vertus de celui qui avait partagé son cœur et ses affections ? Ou plutôt cet exemple de force et de grandeur d'âme chrétienne ne contraste-t-il pas victorieusement avec le découragement et la tristesse pusillanime et demi-païenne qui accablent certaines personnes à la vue ou au nom même de la mort, comme si la foi catholique, ardente, généreuse et pleine de confiance , pouvait trouver quelque consolation dans cette croyance froide et sombre qui dit adieu à l'espérance sur le bord de la tombe?

Tels furent le courage et la grandeur d'âme que déploya notre saint dans cette triste cir constance ; et bientôt après il dut encore en user d'une autre manière au retour des sécheresses et de la désolation spirituelle dont il a été déjà parlé. Son ennemi spirituel mêla cette fois un autre élément d'amertume et d'épreuve dans la coupe de la tribulation : ce fut la crainte de ne point procurer la gloire de Dieu par les austérités qu'il pratiquait luimême , ou recommandait à ceux qui étaient sous sa direction , craignant qu'elles ne fussent plutôt l'effet d'une trompeuse illusion ; dans cette épreuve de grâce, il fut encore, comme précédemment, consolé par une vision ; un novice qui était mort lui apparut environné d'une gloire céleste, et lui assura en termes formels que c'était uniquement à sa direction qu'il était redevable do cette

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gloire; ce qui rétablit enfin le calme dani ton cœur. Le chapitre provincial de 1690 le chargea de l'offlce de àéfiniteur . sans lui ôter la charge qu'il avait déjà. Lei difBcnltea attachées à (es deux fonction! exigeaient la réunion dos vertus de la rie active à celles de la vie contemplative ; noire saint les surmonta toutes d'une manière aussi admirable qo'heurense. Ayant été enfin rendu tout à l'ail à la vie privée, pour laquelle il avait tant d'attrait, il eut un libre champ et une pleine liberté pour l'exercice des vertus apostoliques.

Alors il survint un événement qui faillit éteindre en Italie l'institution à laquelle il appartenait, et lui fournit une occasion éclatante de montrer combien il était utile à l'ordre. Les religieux de Saint - Pierre d'Alcantara d'Espagne ayant eu quelques démêlés avec ceux d'Italie, obtinrent du saint siège leur séparation de ces derniers, qui, se voyant ainsi abandonnés, eurent recours à notre saint, qui, se laissant vaincre par leurs prières, entreprit la défense de leur cause auprès du souverain pontife, et réussit, dans une congrégation tenue en 1702, à changer les sentiments des cardinaux et des évoques, qui étaient tous disposés à en ordonner la suppression ; de sorte que, le lendemain de la fête de l'apôtre saint Thomas, il fut publié un décret en vertu duquel l'ordre était établi en Italie sous la forme d'une province. On convoqua un chapitre, dans lequel la tâche difficile du gouvernement de l'ordre fut, d'un consentement unanime, déférée et imposée à l'humilité et aux répugnances de notre saint, qui, après avoir eu à surmonter des difficultés et des obstacles incroyables, eut enfin la satisfaction de voir tous les matériaux nécessaires enfin rassemblés, et l'ordre établi d'une manière ferme et solide. Avant la réunion du chapitre général de l'ordre, il avait été nommé définiteur parle chapitre provincial ; mais, sur les représentations qu'il fit qu'oiî le forçait si souvent d'accepter des charges, malgré toute la répugnance qu'il en avait, il obtint enfin un bref du pape qui l'exemptait de toutes charges, cl qui lui ôtait même sa voix active et passive dans le chapitre. Dans le cours de l'année 1722, un autre bref abandonna aux religieux de Saint-Jean d'Alcantara le monastère de Sainte-Luce, à Naples ; et c'est là que se retira notre saint, pour ne plus désormais paraître au grand jour, qu'il fuyait avec tant de soin, et qu'il resta pour édifier ses frères pendant le reste de sa vie, et élever l'édifice de ces rares vertus dont nous allons maintenant tracer une. faible esquisse.

La foi est comme la pierre qui forme la clé de l'arche, c'est elle qui donne à l'édifice des vertus chrétiennes sa force et sa solidité : car, sans la foi, nous ne saurions avoir l'assurance ou que notre sainteté est appuyée sur une base légitime, sans quoi elle ne peut nous être d'aucune utilité, ou qu'elle se soutiendra debout contre tous les assauts qu'elle aura à essuyer. Parler de rattachement de notre saint pour celte verlu nécessaire, serait chose absolument inutile, puisque toute sa

t.Y\NCÊLlQUE. ZU

rie n'est qu'une preuve parlante de cet attachement, non moins que du degré lUblime dans lequel il plut à Dieu de le rendre i apable d'en apprécier et d'en sentir les consolants mj léres. Il aimait a remercier Dieu de l'avoir fait arriver a la connaissance de I rite, sans soulever d'nne main téméraii profane le roile du sanctuaire, (tour examiner ce qui \ est renfermé : car il était persuadé que toute tentative pour pénétrer les secrets de Dieu ou sonder la profondeur de ses desseins, serait aussi dés» -peu,- qu'impie; • est pourquoi il s'inclinait avec une entière soumission devant les vérités de la foi. l'a jour qu'il vil quelqu'un murmurer avec pétulance contre la Providence, il s'écria avec une vivacité impressive et énergique, en se mettant la main sur le front : Que peut un trois doigt» comprendre dans les desseins impénétrables de Dieu ?

De cet attachement de notre saint pour la verlu de foi découlaient son zèle pour instruire les ignorants des mystères de la religion ; la force, la ferveur et la prodigieuse clarté avec lesquelles il exposait les dogmes sublimes de la Trinité et de l'Incarnation, et même de la prédestination et de la grâce ; le don qu'il possédait de rassurer les appréhensions et d'apaiser les doutes relatifs à la foi ; et enfin, cet exercice continuel de la présence de Dieu, qu'il pratiquait sans aucune interruption, et ne cessait de recommander en disant : Celui qui marche toujours en la présence de Dieu , ne commettra jamais de / mais il conservera son innocence et deviendra un c/rancl saint.

De ce vif sentiment de foi naissaient i lement ce recueillement intérieur perpétuel, que ni les rapports avec le monde, ni l'exercice des différents devoirs qui le menaient en contact avec les autres, ne pouvaient troubler ; ce rapport continuel à Dieu, de toutes ses pensées, de toutes ses paroles et de toutes ses actions; sa soumission et sa conformité ,i la volonté de Dieu parmi les croix sans nombre dont il fut visité ; et enfin, celle chaleur de sentiment qui lui arrachait ces exclamations, qui étaient ses expressions habituelles : Mourir pour Jésus! Puissé-je être digne de i mon sang pour lui! Oh ! arec quelle ardeur je désire verser mon sang pour rendre témoignage à la sainte foi !

L espérance en Dieu rendait notre saint d'une humeur toujours égale, joyeuse et gaie au milieu des diverses contradictions qu'il rencontra dans l'établissement de son ordre en Italie. Il avait coutume de dire à ses compagnons, lorsqu'ils se décourageaient à la vue des persécutions qu'ils avaient à subir : Espérons en Dieu, et nous seront certainement consolés; et aux malbeureux qui affluaient à lui : Dieu est un tendre pire qui aime et $ti tous ses enfants ; ou bien : n'en dout< : pas . espérez en Dieu, il pourvoira à vos besoins. C'est là aussi ce qui faisait que son cœur jouissait d'une paix que nulles souffrances ne pouvaient altérer, et qui ne l'abandonna lors même qu'il fut abattu sous l'attaque d'apoplexie qui se termina avec sa ?ic. Car

VIE DE S. JEAN JOSEPH DE LA CROIX

espérance était basée sur le principe catholique, que Dieu, qui le destinait pour un royaume éternel, ne lui refuserait point les secours nécessaires pour y arriver. Il soupira toujours après l'accomplissement de sa destinée , et vécut dans une sphère toute d'espérance et de désir, élevé au-dessus du monde, dont il ne regardait qu'avec mépris les vanités, les plaisirs, les honneurs et les dignités, qu'il fuyait par humilité. Son langage était l'expression de ses sentiments : Qu'est-ce que celte terre, disait-il, sinon de la boue, un monceau de poussière, un pur néant : le paradis , le ciel. Dieu est tout. Ne vous attachez point aux biens de ce monde, fixez vos affections en haut ; pensez à ce bonheur qui durera éternellement, tandis que l'ombre de ce monde s'évanouira. Quoique son espérance, en vue des mérites de la sainte passion de Noire-Seigneur, fût sans bornes , il ne pensait cependant qu'avec effroi à la grièveté du péché et à la redoutable sévérité des jugements de Dieu ; et de là ce regret si vif que lui inspirait le péché, et cette prodigieuse humilité qui le portait à déplorer sans cesse son défaut de correspondance à la grâce divine, à se proclamer partout pécheur, et à se recommander aux prières des autres.

Tant s'en faut que la confiance de son seiviteur déplût à Dieu, qu'il la justifia et la récompensa par plusieurs miracles; nous en avons un exemple frappant dans un fait qui eut lieu environ huit ans avant sa mort. Au mois de février, un marchand napolitain l'attendit jusqu'au soir à la porte de son jardin; et, au moment où il rentrait, il l'aborda en le conjurant de prier pour sa femme qui se trouvait alors en grand danger, étant saisie d'un violent désir d'avoir des pêches, qu'il était impossible de se procurer à cette époque de l'année. Le saint lui ordonna de se tenir en paix et de se consoler, lui disant que, le lendemain matin, le Seigneur, saint Pierre d'Alcantara et saint Pascal satisferaient son désir. Apercevant alors, au moment où il montait 1; s degrés, quelques branches de châtaignier, il se tourna vers son compagnon et lui dit : Frère Michel, prenez trois de ces branches et plantez-les ; si vous lé faites, le Seigneur, saint Pierre, et saint Pascal auront éqard aux besoins de celle pauvre femme. Le frère convers s'écria tout émerveillé : Quoi, mon père, des branches de châtaignier peuvent-elles apporter des pêches? Laissez le tout, répliqua le saint, entre les mains de la Providence et de saint Pierre d'Alcantara. Le frère Michel obéit donc et planta les branches de châtaignier dans un pot à fleurs en dehors de la fenêtre du saint ; et voilà que, le matin, on les Irouva couvertes de feuilles vertes, et chacune de ces branches portait une superbe pêche. On se hâta d'en envoyer immédiatement une à la femme du marchand , qui échappa ainsi miraculeusement au péril qui la menaçait. Dieu se servit de son serviteur pour opérer plusieurs miracles de ce genre.

Pour compléter la couronne des verdis théologales, la charité, dans son double objet, caractérisa suréminemment notre saint. Celle

divine vertu brûlait si ardemment dans son cœur , qu'elle éclatait jusque dans ses traits , où elle répandait une lumière surnaturelle et céleste, et donnait à ses discours une onction toute particulière. Quand il n'y aurait ni ciel ni enfer, disait-il , je voudrais néanmoins aimer Dieu toujours. Ou bien : Aimons notre Seigneur, aimons-le réellement et en vérité; car V amour de Dieu est un grand trésor. Heureux celui qui aime Dieu.

Tel était le zèle dont notre saint était enflammé pour la gloire de Dieu, qu'il aurait voulu en voir tout le monde embrasé ; ses discours tendaient toujours à allumer l'amour de Dieu dans les cœurs, et à y détruire l'amour-propre. Partout où il trouvait des âmes douées d'heureuses dispositions pour la vertu, il se donnait des peines incroyables pour faire fructifier ces précieuses semences. C'est de ce zèle aussi que partaient les alarmes qu'il éprouvait à la moindre ombre de péché.

Mais ce qui le rendait surtout remarquable, c'était sa conformité à la volonté divine, et le soin qu'il avait de rapporter à Dieu tous ses désirs et toutes ses inclinations. Dès ses premières années, cette vertu se développait déjà en lui ; et dans le cours de sa vie monastique, elle lui fit conserver un visage toujours serein et joyeux au milieu des plus horribles peines, et sous le poids des croix et des tribulations les plus amères. Il bénissait Dieu de tous ces maux. Parmi les maladies nombreuses qu'il eut à essuyer, il y en eut une qui dura vingt-trois jours, pendant lesquels il fut obligé de rester la tête posée sur des oreillers et les bras étendus sans mouvement ; cependant, tant était grand le pouvoir que cette vertu exerçait en lui, que pas un mot de murmure ou de plainte ne s'échappa de ses lèvres ; il répondait avec joie et avec patience à lous ceux qui venaient le visiter : ce qui le fil appeler le Job des temps modernes, un homme exempt des fragilités humaines.

Notre saint, qui aimait si ardemment Dieu qu'il ne voyait pas, ne pouvait manquer d'avoir des entrailles de tendresse pour son prochain qu'il voyait. Toute sa vie, il se fit un devoir de nourrir les pauvres ; et lorsqu'il eut été choisi pour supérieur, il défendit de renvoyer un seul mendiant de la porte du monastère, sans lui donner l'aumône. Dans un temps de disette, il consacra au soulagegement des malheureux sa propre portion et celle de sa communauté , se reposant sur la Providence du soin de pourvoir aux besoins de sa maison; n'étant même que simple moine il recommanda fortement cet acte do charité à ses supérieurs. Par son entremise pleine d'humanité et d'adresse, il obtenait aux pauvres et aux marchands, qui recouraient souvent à lui pour cet effet, le paiement des choses qui leur étaient dues.

Mais ce fut surtout envers les malades que sa charité se déploya dans toute son étendue sans bornes. On le voyait visiter avec une infatigable assiduité les infirmes qui étaient dans son monastère; et, non moins zélé pour servir ceux du dehors, il les recherchait généreusement, les visitait pendantles saisons

même les plus rigoureuses Sa charité allait même an point oie prier Dieu de transférer sur lui les souffrances des autres; el telle était I -■ force de ^.i charité, que sa prière Rot plus d'une fois exaucée, \insi le père Michel, depniaarchei éqne deGosenxa, souffrant beau*

COIip »li: deux ulcères ;iu\ jambes, nù une incision douloureuse était devenue nécessaire,

se recommanda ans prières de noire saint,

« 1 1 1 1 pria Dieu généreusement de transporter sur lui celte affliction : aussitôt les

membres du malade furent délivrée de leur infirmité, et ceux du saint furent infectée de deux horribles ulcères qui lui causèrent d'affreuses douleurs. De même que Dieu fait luire son soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons, ainsi notre saint n'excluait pas ses ennemis mêmes des bienfaits de sa charité sans bornes. 11 mit tout en œuvre pour procurer une place avantageuse à un homme qui l'avait insulté; et comme on l'avertissait que cet homme était son ennemi, il répliqua qu'<7 avait ]»ir conséquent une obligation p/ui gravé de lui rendre service. Sa charité redoublait encore d'ardeur lorsqu'il s'agissait d'oeuvres de miséricorde spirituelle à accomplir. Comme, dans ses vieux ans, on lui recommandait de se ménager à raison de ses infirmités, Je n'ai point d'infirmité' , répondit-il, qui m'empêche de travailler ; mais quand même , ne devrais-je pas sacrifier ma vie pour la même fin pour laquelle Nolre-Srignrur Jésus a été crucifié 1 Aussi Dieu se servit-il de lui pour opérer un grand nombre de conversions. Le même esprit de charité qui lui faisait prendre sur lui-même les maladies des autres, le portait également à se charger de leurs peines spirituelles. Un serviteur d'un prince vivait depuis cinq ans éloigne des sacrements et se plongeait sans frein dans toutes sortes de vices; vaincu enfin par les remords de sa conscience, il fit une confession générale à notre saint, qui, en considération de la sincérité de ses sentiments, et touché de compassion pour sa faiblisse, ne lui imposa qu'une pénitence légère, se chargeant d'accomplir lui-même le reste de la peine due à ses péchés.

Outre ces vertus générales, il possédait dans un haut degré celles qui sont propres à l'état religieux; d'abord, une obéissance prompte et illimitée à tous les ordres de ses supérieurs , quelque pénibles ou difficiles qu'ils pussent être. Un jour qu'il lui fallait faire un voyage fort long, il partit avec joie, quoique ses membres fussent affligés de graves ulcères ; arrivé à une ville qui se trouvait sur sa route, le médecin du lieu le pressa fortement de ne pas avancer plus loin , par la raison que ses plaies étaient enflammées et que le temps était#cxcessivement froid; et voyant que son amour pour l'obéissance empêchait le saint de se rendre à ses raisons, il lui proposa d'écrire à son supérieur ; mais le saint refusa invinciblement, quoique poliment, et continua sa route sans aucun sursis. A peu de distance de là, ayant glissé sur la glace, il tomba et déchira cruellement ses membres malades, au point qu'il avait peine à se tenir debout ; cependant , avec un courage et une

DÉMONSTRATION I \ INGÉLI I

pers. , .m,, vraiment héroïques, fl poorsol- \ i! lâche ci 1 accomplit.

Cette obéissance qu'il pratiquait luj-nx il eut grand soin de I exiger des autr< s, lorsque sa qualité de supérieur Im en faisail un devoir : car il regardait cette rerte comme essentielle à un religieux. Aussi lorsqu'il décooi i.nt. par une lumière surnaturelle, quelque transgression secrète de ce précepte de la part d'ondes novices, il punissait sur le champ même cette bute avec sérérili dépouillant le coupable du saint habit amour pour la pauvreté n'était pis moins remarquable. In sie-.'e et une ta!, le des plus communs, un lit composé de deux planches étroites. a\ec deu\ peaux île brebis el une misérable couverture de laine, nn tabouret pour supporter ses jambes ulcérées, pui bréviaire: voila ce qui formait tout le mobilier de sa cellule. Quoique l'ordre permit à chacun des religieux d'avoir deux panes d'habits, il n'en eut point d'autre cependant, pendant les quarante-six ans qu'il en fi' tie , que celui dont il fut revêtu au noviciat. Toutefois ce fut dans le soin qu'il mit à veiller à la garde de sa chasteté qu'il parut le plus singulier. Ses mortifications continuelles, son extrême modestie, et la vigilance perpétuelle qu'il exerçait sur tous ses le préservèrent du plus léger souffle de la corruption ; jamais, pendant les soixante ans qu'il reçut, on ne le \it regarder en face une personne d'un autre sexe ; toutes ses paroles et toutes s s actions recommandaient la pureté et en inspiraient l'amour; dans le- rues, il rendait poliment les salut* qu'il recevait de tous ceux qu'il rencontrait, mais sans lever les yeux de terre ; et jamais il ne conversait avec les personnes de différent sexe sans m ou sans observer la plus grande reserve. Lorsqu'il allait à un couvent de religieuses , il prenait toujours un compagnon avec lui : et tout le temps qu'il y passait, il faisail si peu usage de ses yeux, qu'il lui eût été im| ble de rien dire de ce qui s'\ trouvait, même des objets qui auraient été signalés à son attention. Avec les membres de son ordre il ne croyait pas devoir se départir de cette modestie singulière de conduite : conversant avec eux à distance , et tenant toujours les yeux baisses vers la terre. Pour accoutumer les novices à cette retenue des sens , il leur défendait de lever les yeux même pour examiner les saintes images. Son amour pour celle vertu fut toujours si constant et si délicat que, sur son lit de mort , lorsqu'un de ses frères levait la couverture de dessus ses jambes pour panser les plaies dont elles étaient affectées, le saint , tout mourant qu'il était , fit un effort pour la ramener. Kn récompense de cette pureté virginale qu'il conserva sans tache depuis son baptême, comme son confesseur l'atlesta depuis, Dieu voulut que son corps, malgré son âge, ses infirmités el les plaies dont il n'était jamais exempt, répandit une odeur suave et délicieuse, qui se faisait sentir à tous ceux qui rapprochaient. On rapporte la même chose de saint Pacifique, dont la vie est aussi contenue dau» ce livre.

VIE DE S. JEAN-JOSEPH DE LA CROIX

Celte vertu si solidement enracinée dans notre saint n'était pas séparée de son unique et véritable fondement, l'humilité, il se plaisait à remplir les emplois domestiques du monastère; et quand sa tâche était finie, il se montrait empressé à remplir celle des autres. Cette même vertu le portait à cacher adroitement ses mortifications extraordinaires. N'ayant vécu, pendant fort longtemps, que d'un peu de pain et de fruits, il se plaisait à répéter qu'il était gourmand de fruits, et qu'il satisfaisait sa sensualité. C'est là aussi ce qui lui faisait fuir toutes les places et tous les honneurs, autant que le pouvait comporter son vœu d'obéissance. Lorsqu'il parcourait l'Italie en qualité de provincial, il ne voulait pas se faire connaître aux hôtelleries où il logeait , de peur qu'il ne devînt l'objet de quelque distinction. On peut attribuer à la même cause l'éloignement qu'il eut toujours de retourner visiter son pays natal; la répugnance qu'il avait de se trouver en la compagnie des grands, quand leurs intérêts spirituels ne le demandaient pas ; le refus d'accepter les invitations que le vice-roi et son épouse lui adressèrent de venir au palais ; l'habitude qu'il avait de s'appeler le plus grand pécheur qui fût dans tout le inonde, un ingrat qui ne répondait aux bienfaits de Dieu que par une criminelle ingratitude , un ver sur la face de la terre ; l'usage où il était de baiser fréquemment les mains des prêtres ; sa répugnance à déclarer son opinion dans les conseils ; le soin qu'il prenait de s'abstenir de parler de sa naissance et de ses amis, de remercier Dieu de ce qu'il éclairait ceux qui le méprisaient, de ne jamais se scandaliser des péchés des autres , quelque grands qu'ils fussent ; et enfin de ne faire jamais paraître le plus petit ressentiment des insultes ou des outrages qu'il recevait. Il s'étudiait à cacher et à dissimuler le don des miracles et de prophétie dont Dieu l'avait favorisé à un si haut degré , attribuant les miracles qu'il opérait à la foi de ceux en faveur desquels ils étaient opérés , ou bien à l'intercession des sainls. Souvent il ordonnait à ceux qu'il rendait à la santé de prendre quelque médecine, afin que la guérison pût être attribuée à un remède purement naturel. Quant à ses prophéties qui sont en grand nombre , il affectait de juger d'après l'analogie et l'expérience. Ainsi , durant l'épouvantable tremblement de terre qui eut lieu le jour de saint André 1732, comme les religieuses de plusieurs couvents n'osaient aller à leurs dortoirs , il les rassura , en leur disant qu'après quelques secousses seulement , il cesserait , sans causer le moindre préjudice à la ville ou à ses habitants. Quelqu'un lui ayant demandé quelle raison il avait de s'exprimer d'une manière si positive, Je suis sûr, répondit-il, qu'il en arrivera ainsi, parce que c'est ainsi qu'il en est arrivé précédemment. L'événement justifia sa prédiction, et le jour qui avait précédé le tremblement de terre , il en avait averti ses compagnons de celle manière : Mes frères, s'il arrivait un tremblement de terre, où trouverions-nous un refuqe assuré?

Personne ne faisant de réponse, c'est dans le réfectoire, ajcuta-t-il, parce qu'il est placé plus avant dans la montagne.

Parlons maintenant de ses mortifications extraordinaires. Aux pénitences et aux austérités nombreuses prescrites parles règles de son ordre il en ajoutait autant qu'une ingénieuse abnégation de soi-même en peut imaginer. Il veillait d'une manière très-particulière à la garde de ses sens ; dans sa jeunesse même, il ne se permettait pas de lever les yeux au plafond de sa cellule ; et lorsqu'il eut été élevé au sacerdoce , il se fit une règle de ne regarder qui que ce soit en face. Il mortifiait ses oreilles en leur refusant le plaisir d'entendre la musique ; il n'aurait même pas voulu flairer une fleur.

Gardant le silence aussi longtemps que possible, il ne parlait qu'à voix basse. Il allait tète nue dans toutes les saisons; et sous ses habits, qui étaient grossiers et pesants, il portait divers cilices et diverses chaînes, qu'il avait soin de varier pour réveiller toujours le sentiment de la douleur. En outre, il se donnait de rudes disciplines ; et, lorsqu'à l'âge de quarante ans, ses supérieurs l'obligèrent de porter des sandales , il mettait entre elles et ses pieds une quantité de petits clous : mais le plus affreux instrument de pénitence qu'il inventa contre luimême, fut une croix longue d'un pied environ, garnie de pointes aiguës, qu'il s'attachait si fortement sur les épaules , qu'il s'y forma une plaie qui ne se ferma plus depuis. Il por tait aussi attachée sur la poitrine une autre croix du même genre, mais plus petite. Il abrégeait son sommeil à un degré qui tient vraiment du prodige; et le peu qu'il en prenait, il ne le prenait qu'assis par terre, ou le corps ramassé sur sa couche, trop petite pour qu'il pût s'y étendre , et la tête souvent appuyée contre une pièce de bois qui faisait saillie dans le mur. Son abstinence n'était pas moins extraordinaire. Les trente dernières années de sa vie, il surmonta entièrement le plus insatiable de tous les besoins, la soif, en s'abslenant non seulement de vin ctd'eau, maismémedetouteespèccdcliquide.

Un jour que son confesseur lui demandait comment il était venu à bout de maîtriser un besoin si impérieux de la nature, il répondit qu'il lui en avait coûté de terribles combats; que cependant la réflexion qu'il faisait sur les souffrances auxquelles les hommes se dévouent volontairement pour des motifs qui n'en valent pas la peine, l'avait fait persévérer dans son dessein. Assurément, tout cela nous paraîtrait incroyable, si nous ne nous rappelions que saint Jean-Joseph de la Croix s'était chargé de l'instrument de la sainte passion de Noire-Seigneur Jésus, et qu'il fut miraculeusement soutenu sous son poids. Si nous ne sommes pas doués d'un aussi grand courage, nous sommes tous capables du moins de souffrir bien plus qu'il ne nous est demandé pour gagner le ciel.

Quand saint Ignace fut guéri de sa blessure, et que celle de ses jambes qui avait été rompue s. trouva x>lus courte que l'autre, de manière

qu'il était toutconlrefait,on la lui lint,des jours entiers, étendue sur an chevalet, dans le vain espoir de l'alonger La pi ine qu'il endura alors par un misérabiemotifde vanité, d'autres l'ont subie par le vain plaisir d'être honorés et <1<; passer pour stoYques, conversant avec sanghroid et sans faire l<' moindre mouvement, pendant l'amputation même de quelqu'un de leurs membres. Eh ! qui est-ce qui hésite à affronter les fatigues et les privations d'un long voyage pour satisfaire sa curiosité ou ses affections? La vie d'un homme du monde n'est-cllc pas plus fatigante et plus pénible que celle d'un religieui mortifié? Que de cœurs et de têtes malades , que d'appétits émoussés, que de facultés ruinées, que de santés délabrées, pourraient servir de preuve à celle assertion : que le chemin du ciel , en ce qui est de la mortification , serait aisé, si les hommes voulaient sacrifier à la vertu la moitié seulement de ce qu'ils sacrifient pour assouvir leurs passions ?

Les ravissements extatiques et les visions célestes étaient quelque chose d'habituel pour noire saint. Dans col état, il était mort à lout ce qui se passait autour de lui : ne voyant , n'enlendant et ne sentant plus rien, il restait immobile comme une statue de marbre ; et, à son réveil, son visage brillait comme un charbon ardent. Dans un état si analogue à celui des bienheureux, il participait de temps à autre à leur gloire. Ainsi, pendant qu'il était en prière, souvent sa tête paraissait environnée d'un cercle de lumière ; et pendant qu'il disait la messe, son visage rayonnait d'un éclat surnaturel. Il passait pour avoir déclaré , dans un moment de transport, que la sainte Vierge lui était apparue et qu'elle lui avait parlé. La nuit de Noël et dans d'autres circonstances encore , l'enfant Jésus descendait dans ses bras et y restait plusieurs heures de suite. Ses fréquents ravissements , dans lesquels il ne touchait plus la terre, mais restait suspendu en l'air, étaient chose bien connue; plusieurs personnes qui assistaient à sa messe en furent témoins ; la même chose arriva même d'une façon fort extraordinaire dans le cours d'une procession.

Dieu ne lui refusa pas non plus celte singulière prérogative dont il a quelquefois favorisé ses saints, d'être présents en plusieurs lieux à la fois, ou de passer avec la promptitude des esprits célestes d'un lieu à un autre. Il est rapporté que, dans un moment où il était resté grièvement malade dans sa cellule, une dame l'envoya chercher pour venir l'entendre à l'Eglise. Vous voyez , dit-il au coinmissionnaire, (lotis quel état jr suis: je ne peux remuer. Mais quand le serviteur vînt rapporter cette réponse à sa maîtresse, qui, pendant son absence , avait converse avec le saint , elle refusa de croire à ses paroles, jusqu'à ce qu'elle eût acquis la certitude que le s.iint était réellement dans la position qu'il disait. Francisco Yiveros, qui était domestique d'une certaine duchesse, vint prier le saint de 1 accompagner chez sa maîtresse, qui désirait le voir, et le trouvant entièrement incapable de remuer, il se hâta daller faire part de celle

BVANGI MOUE. 39i

circonslani cala duchesse, ans côtés du lit de laquelle il trouva le saint occupé i la < onsoler. il n'esl rien au-dessus «le l'étonnemeul dont

il fol alors saisi, et il l'exprima d'une mai bien vive; mail le saint lui dit d'un air nullement embarrasse: Que VOUS tttt simple : je suis passé ti, ut prit de ion-, il m/«> ne m'avez pat tu! De même aussi madame Arlemi-ia. mère

de la marquise de Rugiano, se voyant saisie

des horribles douleurs auxquelles «Ile . lut

sujette, et n'ayant aucun moyen d'appeler le sainte son aide, laissa échapper cette plaintive exclamation : 0 pire Jean-Joseph , vous êtes éloigné de moi 'tans ma détresse, et je n'ai personne qui me rende le service de vous faire venir ici. Elle parlait encore qu'il parut lout à COU]), et lui dit avec, l'air de bienveillance qui lui était habituel : Ci i t rien, ce n'est rien, la bénit, la guérit et disparut à l'instant.

I.* s secrets des cœurs n'avaient rien de caché pour lui. Ainsi, il lit part à un frère de son ordre de la connaissance qu'il avait du désir qu'il entretenait secrètement d'aller dans les pays infidèles pour y souffrir le martyre. Une autre fois, ayant été introduit i bel une dame qu'il n'avait jamais vue auparavant, Ah ! voici, dit-il, cette dame qui a tant à souffrir de la mauvaise conduite de son époux ! Puis s'adressant à elle . il lui dit : Pourquoi lui en donnez-vous l'occasion? et il se mit à lui reprocher ses torts sur ce point.

Maintenant nous ajouterons quelques traits relatifs à la connaissance qu'il avait des événements éloignés et futurs. Il prédit le rétablissement d'une dame qui était abandonnée des médecins, et qui en effet revint à la santé. On recommandait à ses prières une religieuse qui était gravement malade, Ne craiqnez point, dit-il , elle ira bien ; et il en arriva ainsi. Au contraire, il prédit la mort de plusieurs personnes qu'on ne soupçonnait pas si près du trépas. Ayant été appelé pour assister une religieuse qui était expirante, il aperçut à côté de son lit une jeune personne qui était sa nièce : Vous m'avez appelé ici, dit-il, pour assister à la mort de la tante dont la vie doit encore se prolonger, tandis que c'est la nièce qui est sur le bord de l'éternité. Peu après, en effet, la religieuse recouvra une santé parfaite, et la jeune personne fut emportée subitement par une attaque d'apoplexie. Mais un exemple bien frappant de sa véracité prophétique est ce qui arriva à trois jeunes gens auxquels il prédit leurs diverses destinées, dans sa propre maison dlschia , en 1691. Leurs noms étaient Gabriel. Antoine et Sa— bato ; tous trois ils manifestaient le désir d'entrer dans l'ordre de saint Pierre d'Alcantara.

Quand le premier des trois lui ouvrit son dessein, notre saint s'écria, plein de compassion : Hélas .' mon (ils. un ordre reliait ux n'est pas (a vocation : tu as une mine dr patenta. Quand le Second le consulta, il lui dit : Ticnstui sur tes garde* . mon /ils , car tu es menacé d'an grand péril. Alors le troisième, qui n'était qu'un simple paysan, avant entendu en partie ce qui s était déjà passé, répondit aux

V!E DE S. JEAN-JOSEPH DE LA CROIX

questions que lui fit le saint relativement à ce qu'il désirait, en lui disant que, sc$ parents étant morts, et ne trouvant pas mieux, il désirait joindre sa destmée à celle des deux autres qui se proposaient de se faire moines. Sabato , dit le saint , priez la sainte Vierge avec ferveur, faites souvent votre devoir, et Dieu vous assistera. Suivant cet avis , l'honnête paysan devint f:ère convers chez les franciscains déchaussés, et se trouva souvent en rapport avec notre saint. 11 mena une vie sainte, supporta avec un courage vraiment chrétien les souffrances horribles de sa dernière maladie , et mourut avec la réputation d'un grand serviteur de Dieu. Mais, avant sa mort, il eut occasion d'être témoin de l'accomplissement des deux autres prédictions de notre saint ; car, passant un jour dans le voisinage de Pozzuoli , on lui indiqua un endroit sur les montagnes environnantes, où Antoine avait été tué et réduit en cendres par un coup de foudre, lorsqu'il était venu dans le voisinage pour se marier et s'établir. Par une coïncidence vraiment étrange, il rencontra, vers le même temps, aux environs de l'île d'Ischia, le troisième dont le saint avait prédit la destinée, Gabriel Martin, armé et équipé comme un brigand. 11 apprit de sa propre bouche qu'ayant commis un assassinai, il avait été condamné à être exécuté à mort, mais qu'il s'était échappé de la prison dans un moment d'insurrection, où toutes les prisons avaient été ouvertes , et que maintenant il errait en fugitif dans une continuelle appréhension d'être poursuivi pour un autre homicide dont il était coupable.

11 reste à parler des miracles de notre saint, dont le nombre est incalculable. D'abord il eut un empire souverain sur les malins esprits, qu'il chassa de plusieurs personnes. La partie du monastère de Sainte-Luce-du-Mont, appelée le Noviciat, était infestée de nuit par ces esprits méchants; mais notre saint les en délogea sans retour, en bénissant l'appartement. Chose étrange 1 après sa mort ils essayèrent d'y revenir, mais ils en furent repousses par la simple invocation de son nom. Les éléments eux-mêmes lui obéissaient : la pluie cessait de tomber à son ordre, lorsqu'elle tombait assez fort pour l'obliger à chercher un abri. Une autre fois, faisant route ave*1 un compagnon sous une pluie incessante , leurs vêtements se trouvèrent secs, lorsqu'ils furent arrives à leur destination, comme s'ils eussent eu du soleil tout le long du voyag". Toute la nature lui était soumise et servait ses désirs. L'air lui rapporta sur ses ailes son bâton qu'il avait laissé derrière lui, et les plantes , comme nous l'avons vu , poussaient surnalurcllcment pour seconder les vues de sa charité. Quelquefois il opérait des miracles par une simple prière; souvent, en faisant le signe de la croix, ou en se servant des reliques ou des saintes images , ou de l'huile des lampes qui brûlaient devant elles.

On ne cite pas moins de guérisons opérées par le contact des choses qui lui appartenaient, ou par le contact de sa propre pei-

|i; uONST. ÉvANG. XVI.

sonne. Un manteau à son usage délivra une personne d'une folie furieuse qui était jugée incurable ; la manière dont s'opéra cette guérison est vraiment extraordinaire. La mère de ce malade, tenant ce manteau étendu devant lui, il sauta d'une fenêtre fort élevée dans la rue, et lorsqu'on s'attendait à le trouver mort et tout mutilé, on le releva plein de vie et revenu à son bon sens, et il resta dans cet état jusqu^au moment de sa mort. Avec un morceau de l'habit du saint, Casimir Avel- Ione guérit sa femme, à Londres, d'une affection spasmodique aux épaules, contre laquelle on avait en vain jusque-là essayé de tous les remèdes. Un gentilhomme fut délivré d'une douleur aiguë à la tête par le simple contact de sa personne; il affermit les membres d'un enfant âgé de trois ans, et rendit la vue à un jeune homme devenu aveugle en les touchant simplement de ses mains.

Ce fut ainsi dans la pratique de toutes les vertus, et favorisé de grâces toutes privilégiées, que notre saint passa les jours de son pèlerinage, glorifiant Dieu , donnant l'aumône et faisant le bien, jusqu'au moment où il plut au Seigneur de mettre un terme à sa carrière terrestre, non sans lui avoir fait connaître d'avance le temps et les circonstances de sa mort. L'année où elle arriva, son neveu lui ayant écrit de Vienne qu'il retournerait chez lui au mois de mai, il lui répondit qu'alors il ne le trouverait plus en vie. Une semaine seulement avant son départ, s'entretenant avec son frère François, il lui dit : Jusqu'ici je ne vous ai encore rien demandé, faites-moi la charité de prier le Tout-Puissant pour moi, vendredi prochain, vous entendez? vendredi prochain, souvenez-vous-en, n'oubliez pas. Ce fut le jour même de sa mort. Deux jours avant sa dernière attaque mortelle, il dit à Vincent Laine, en l'abordant : Nous ne nous reverrons plus sur terre. Or, le dernier jour de février, après avoir entendu la messe et reçu la communion avec une ferveur extraordinaire , il se retira dans sa chambre pour adresser à la foule qui se pressait autour delui ses derniers avertissements paternels. Il continua sans interruption jusqu'à midi ; et, à midi précis, se tournant vers le frère convers qui avait soin de lui, il lui dit : Dans peu un coup de tonnerre va me renverser par terre; votis me relèverez, mais ce sera pour la dernière fois. En effet, deux heures et demie après le coucher du soleil, une attaque d'apoplexie le renversa par terre ; il était seul en ce moment là ; mais un frère convers étant entré peu après dans son appartement, le releva et le mit sur son lit. Pendant qu'il lui rendait ce service, le saint lui dit avec douceur : Je vous recommande celte imaqe de la sainte Vierge; puis, avec un visage plein de joie et de sérénité il se coucha les yeux penchés vers l'image de la sainte Vierge. D'abord on se méprit sur la nature

de son mal ; on pensa que gue avait occasionné un

l'excès de la fali-

évanouissemeut ; ;, le lendemain, il se manifesta des symptômes alarmants, dont les progrès résistèrent à tous les remèdes. Les pères théatins, dont

(Treize.)

i.NSTHA NON I AAM.I.I. !■.,.! E.

il élail tendrement aimé, ayant appris l'arcidenl qui lui était arrivé, vinrent le visiter, apportant avec eux leur relique si renommée, Le bâton de sainl Cajétan. Quand on lui en loucha la télé, il se passa un fait remarquable, que nous .liions rapporter en citant les paroles mêmes du père Michel, par qui la relique en question fut appliquée Mir la léte du mal ide : En vertu, dit-il, de V amour réciproque existait entre le père Jean-Joseph de tir lu Croix et moi, H aussi de mon profond

t il' mes obligations particulières vers lui, je n'eus pas plu i tôt appris qu'il avait été visite d'une attaque d'apoplexie et que l'on craignait pour sa vie, que je luiportaile bâton de saint Cajétan. Comme je lui en touchais la tête, il arriva un prodige qui n'a point en de pareil, avant ni depuis, quoique la relique ait été continuellement et soit encore portée chez un grand nombre de malades. Voici le fait : «Lorsque je lus entré dans la cellule du susdit sen iteur de Dieu, qui était mourant, et que je luicus posé la susdite relique sur la léte, 1" bâton à l'instant même fil certains sauts et certains bonds correspondants à un son mélodieux qui fut entendu de tous ceux qui étaient présents; et malgré tous mes efforts, je ne pouvais l'empêcher de remuer dans mes mains, à mon grand étonncmcnl et à ma grande satisfaction, qui furent partagés de tous ceux qui furent avec moi témoins d'un prodige si inoui. Au moment même où ce prodige s'accomplissait, on vit le serviteur île Dieu lever lentement la main et indiquer, de l'index, le ciel. Frappé d'étonnement de ce qui se passait, et qui plus est, voyant que le saint, par la violence de son mal, était hors de lui-même, je me disposais à approcher une seconde fois de lui la relique, lorsque le bâton se mit à sautiller comme la première fois, cl que le son mélodieux se fit de nouveau entendre ; une seconde fois encore aussi le serviteur de Dieu leva la main et montra le ciel, de l'index; ce qui me fit comprendre que saint Cajétan l'invitail nu paradis. Tout ceci nous fut, à tous ceux qui étaient présents et à moi, un grand sujet de consolation et une surabondance de joie spirituelle; et le bruit do ce grand miracle venant à se répandre tout à coup dans tout le monastère, on vit arriver auprès du malade une foule de religieux et de personnes de distinction, qui joignirent leurs voix pour me prier de lui appliquer encore une fois ta relique, afin qu'ils lussent aussi euxmêmes témoins de ce prodige. D'abord je estai indécis, pensant que ce serait en quelque sorte tenter Dieu; mais, cédant enfin à leur importunilé, je me prêtai à leurs désirs, me disant en moi-même: Peut-être Dieu veut-il encore glorifier davantage son serviteur. Tirant donc la relique de son enveloppe, tandis que tous ceux qui m'environnait ni examinaient a\ec une pieuse curiosité quel sérail le résultat, j'appliquai la relique sur le malade, à deux reprises différentes, cl à chaque T'is se renouvelèrent les sautillements et les sons dont j'ai parlé: à chaque fois aussi le serviteur de Dieu leva la main et montra le ciel, comme les premier' s fois : ce qui me con-

tinua pleinement dans la persuasion mu i tait une invitation pu laquelle saint Cajétan l'appelait au bonheur céleste, et & laqu II saint répon lail p ir ce signe. C'est II un point digned'une sérieuse attention, lorsqu'on réfléchit que Le serviteur de Dieu avait été frappé d'apoplexie et qu'il élail prii é de sentiment.* Yoi.a ce que n >us apprend le P. Michel. Quoiqu'il parùl ainsi, selon toutes les apparenecs , dépourvu de sentiment pendant les cinq jours qu'il survécut, on ne peut douter que son mue ne lui entièrement livrée â des extases cl â une contemplation profonde; c'est, en effet, ce qu'indiquaient sa fig u lèvres et ses gestes, qui avaient l'expression de la plus tendre dévotion. Ses veux, généralement IVrmés, s'ouvraient fréquemnteal pour se reposer sur la douce image de Notre- Dame, dont il y avait un tableau en lace de lui; quelquefois aussi ii les tournait vers son confesseur, comme pour demander l'absololion, ainsi qu'il avait été précédemment convenu entre eux. On apercevait aussi un serrement des veux et une inclination de la i> et on le vil se frapper la poitrine lorsqn pour la dernière fois, il reçut l'absolution sacramentelle des mains du supérieur. De même quand son a ni chéri , Innocent Va— lella, se jeta à genoux au bord do son lit et lui épancha son âme, en se recommandas! secrètement lui et sa famille aux prières du sainl homme , et le conjurant de ne point oublier lorsqu'il serait dans le paradis. Le serviteur de Dieu jeta sur lui un regard d'ineffable douceur et de bienveillance, lui serrant tendrement la main en signe qu'il promet lait de faire ce qu'il désirait de lui. C'est alors qu'on lui donna l'extrème-onction , en présence de sa communauté et, en outre, de plusieurs personnes de distinction, ecclésiastiques et laïques, qui tous élaient à genoux autour du misérable grabat du saint expirant. Or lorsque, suivant l'usage observé chez les religieux de Sainl-Pierre-d'Alcanlara , le père gardien s'adressa à la communauté, pour déclarera tous h* ■ religieux que leur frère mourant demandait, an nom d.

charité,! être enseveli dans un pauvre habit, le serviteur de Dieu lit un signe de tête pour marquer son assentiment, et toucha le vêlement de celui qui parlait. Alors tous sein qui élaient présents ne purent s'empêcher d'être vivement affectes, en voyant que l'habit que venait de choisir l'humble sainl était le plus pauvre qu'il y eût , ayant été porte pendant soixante ans. ei étant tellement rapiécé qu'il n'était plus possible d'en apercevoir Ii forme ou la contexture primitive.

Enfin l'aurore ramena le jour, et l'on vil se lever ce soleil si désiré qui devait éclairer le passage de noire saint de cette vallée de larmes et de celte terre de douleurs a un • vie meilleure : ce fol le vendredi. ,ri de mar-. jour qui n'était point encore occupé dan- le calendrier, comme s'il lui eût été réservé i dessein. Il avait passé la nuit précédente dans de continuels et fervents actes de contrition, île rési| nation, d'amour el de reconnaissance , a ce qu'on en pul juger en le

VIE DE S. JEAN-JOSEPH DE LA CROIX

voyant se frapper fréquemment la poitrine , lever les mains au ciel et faire sur lui le signe île la croix. A une heure non avancée de ce dernier jour, s'adressant à un frère convers qui l'assistait, comme s'il sortait d'une extase, il lui dit : Je n'ai plus que quelques moments à vivre. Alors le frère convers court en toute hâte en prévenir le supérieur, qui, avec toute la communauté, qui était en ce moment au chœur, se rendit promptement à la cellule du mourant. On récita la recommandation de l'âme en versant des torrents de larmes ; et notre saint se tint si profondément recueilli pendant ce moment solennel que quand le frère Barthélémy, voyant qu'il avait deux fois fait des efforts pour se soulever, lui passa le bras sous la tète, le serviteur de Dieu agita sa main pour l'avertir de cesser, afin que son union avec Dieu ne fût point interrompue. Le père gardien, s'apercevant qu'il était en agonie, lui donna la dernière absolution sacramentelle ; le saint inclina la tête pour la recevoir et la releva aussitôt; puis il ouvrit les yeux pour !a dernière fois, paraissant nager dans la joie et enivré de célestes délices , les fixa, au moment même où ils se fermèrent, avec un regard d'ineffable tendresse, sur l'image de la sainte Vierge; et enfin, donnant à ses lèvres l'expression d'un doux sourire, sans autre mouvement et sans autre démonstration , il cessa de respirer.

Ainsi expira, sans effort et sans aucune répugnance même de la nature, Jean-Joseph de la Croix, le miroir de la vie religieuse , le père des pauvres, le consolateur des affligés , et l'invincible héros chrétien. Mais lorsque la mort est venue le détacher de l'arbre, il est tombé comme un fruit mûr, en souriant, dans ses mains; ou bien même, comme un doux ruisseau qui va se perdre insensiblement dans la mer, avec un calme si profond que pas une seule ride n'en agite la surface, son âme est passée doucement dans l'élernité'. Mourir sur le champ de bataille, tandis que l'air retentit de cris de victoire , en présence d'une troupe d'admirateurs, environné de marques d'honneur et de respect, léguant à l'histoire un nom célèbre, est un sort digne d'exciter l'ambition du monde ; périr dans une noble cause , soutenu et encouragé par un généreux enthousiasme, par la gloire qu'on en attend, et par la certitude d'avoir la sympathie et les applaudissements de tous ceux dont l'estime est quelque chose, est aussi une perspective propre à rendre l'égoïste généreux et à faire du lâche un héros ; mais souffrir pendant la vie le long et pénible martyre de la croix , pour expirer ensuite non subitement , mais comme un cierge qui est consumé; tomber comme une fleur, non dans sa primeur et sa beauté, mais en perdant peu à peu ses feuilles cl son parfum , quoique demeurant encore sur sa lige, jusqu'à ce qu'enfin elle tombe et gise étendue sans vie dans la poussière, est une mort trop pure, trop pleine de dévouement, trop sublime, pour qu'on en puisse trouver des exemples ailleurs que dans les annales

de l'héroïsme chrétien. Mais, n'en doutons pas , un jour viendra où la couronne du vainqueur ne jettera pas plus d'éclat que l'auréole du chrétien, où la branche de laurier du patriote ne sera pas ornée d'un plus riche feuillage que les palmes du paradis, que porteront dans leurs mains les plus humbles citoyens du ciel ; un jour viendra qui donnera à chaque chose la mesure et la dimension qui lui sont propres; et même, avant que ce jour arrive, Dieu glorifie déjà ceux qui sont morts de la mort paisible du juste, en embaumant leur mémoire, et en rendant leur tombe et leurs reliques glorieuses : de manière que, pour une personne à laquelle sera parvenu le nom du héros, des milliers de personnes béniront et invoqueront le nom du saint.

A peine notre saint eut-il rendu l'âme qu'il commença à se manifester à plusieurs dans un état glorieux. A l'heure même de son heureux départ pour l'autre vie, Diego Pignalelli, duc de Monte Lione, qui se promenait alors dans son appartement, aperçut le P. Jean-Joseph de la Croix, qui lui parut en parfaite santé ( quoiqu'il l'eût laissé malade à Naples peu de jours auparavant), et tout environné d'une lumière surnaturelle. Frappé d'étonnement à celte vue, le duc s'écria : Quoi ! père Jean-Joseph, étes-vous donc si subitement rétabli ? A quoi le saint répondit : Je suis bien et heureux, puis il disparut. Le duc envoya alors à Naples, et apprit qu'il était mort à l'heure où il lui avait glorieusement apparu. 11 se manifesta d'une manière plus remarquable encore à Innocent Valetta : car se trouvant endormi au moment du décès de notre saint, il se sentit tiré par le bras, et s'entendit appeler à haute voix par son nom. S'éveillant alors, saisi d'une vive frayeur, il aperçut un nuage de gloire, et, debout au milieu de ce nuage, un religieux de l'ordre de Saint-Pierrc-d'Alcantara , avancé en âge , dont cependant il ne pouvait distinguer les traits , à cause de la multitude de rayons de lumière qui s'en échappaient sans cesse, et qui, par leur vif éclat, lui éblouissaient les yeux. Le religieux qui lui apparaissait ainsi lui ayant demandé s'il le connaissait, il répondit que non; il lui dit alors : Je suis l'âme du père Jean-Joseph de la Croix, délivré à l'instant même des liens de la chair, et en roule pour le paradis , où je ne cesserai de prier pour toi et pour ta maison. Si tu désires voir mon corps , tu le trouveras dans l'infirmerie de Sainle-Luce-du-Mont . A ces mots, il disparut avec le nuage , laissant celui qu'il avait favorisé de celle visite fondant en larmes et rempli d'une sainte joie. 11 s'habille aussitôt en toute hâte et se rend à Sainle-Luce, où il trouve une foule nombreuse, qui lui annonce la mort du saint, et qu'il frappe d'étonnement par le récit de ce qu'il avait vu luimême. Tombant alors sur le corps du saint, il exprime ses regrets par des torrents de larmes , et s'en retourne inconsolable de cette perte : c'est ce qu'il a attesté lui-même trente ans après , lorsqu'il fut question de rédiger le procès pour sa béatification. De même ,

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(rois jours après , il apparat au P. Buono , religieux de sa propre communauté, lui enj lignant de «lir*- au supérieur d'ordonner de réciter un Gloria Patri devant l'autel du saint sacrement, pour rendre grâces à la très-sainte Trinité des Faveurs qu'il en avait reçues. Un peu plus lard, madame Marie- Anne Boulei de! Venne fut visitée par le .saint, dont, à ce moment, elle désirait ardemment de recevoir des secours spirituels. Le baron Hassano, qu'une maladie mortelle retenait au lit, fut favorisé d'uni' vision semblable, et si bien guéri qu'il vécut encore plusieurs années; et quand il mourut, ce fui d'une maladie toute différente de celle dont il se trouvait alors afflige. Ayant donc envoyé chercher le P. lîuono, il lui raconta comment le saint l'avait guéri, en lui recommandant de l'envoyer chercher, et de se conduire en tout d'après ses avis spirituels, ce qu'il accomplit fidèlement.

Outre ces faits , qui n'ont eu pour témoins que quelques personnes , il est une aulre preuve plus publique de l'élévation de notre saint à la gloire éternelle. Son corps, qui, à raison de l'époque de sa mort et de la maladie qui l'avait causée, devait naturellement se raidir presque immédiatement, conserva toute sa flexibilité, et présenta un spectacle bien surprenant, lorsque, pour l'envelopper du suaire, on le mit sur son séant. Le visage était très-bc.u et fraîchement coloré, quoique pendant sa vie il fût d'un teint basané; et il y respirait une si douce paix, que le saint paraissait n'être qu'endormi. Il découlait de ses plaies un sang chaud et vermeil qui exhalait une suave odeur; beaucoup de personnes y trempaient leurs mouchoirs et les emportaient comme des reliques. Quand on transféra le corps de l'église dans la sacristie , il semblait moins être porté par les porteurs que les porter eux-mêmes.

La nouvelle de la mort du saint ne se fut pas plutôt répandue dans Naplcs , qu'on se porta en foule où était le corps pour le voir; et, pour obvier à toute violence indiscrète, on jugea convenable d'aposter des gardes lout autour. Ce fut en vain : le peuple franchit (ous les obstacles , cl en peu d'instants il ne resta plus aucune trace du vêtement dont il était enveloppé ; on s'en saisit avec avidité comme d'une relique de grand prix. La bière fut déchirée par morceaux aussi bien que le voile qui la couvrait, et trois fois H fallut rentrer le corps à la sacristie pour le vêtir décemment. On apportait des croix et des rosaires pour les faire toucher à sa ■f rsonne sacrée; indigènes et étrangers, tous se pressaient en foule pour lui baiser les pieds.

Avant même que le corps eût reçu les honneurs de la sépulture, le ciel glorifia par des miracles les restes sacrés de notre saint. Le frère Michel de San-Pasquale, en voulant résister à la curiosité et à la dévotion indiscrète de la foule, reçut une blessure à la li'-le, ayant été atteint de la pointe d'une hallebarde. Le sang, qui en coulait abondamment, fut étanché en y appliquant un mor-

ceau de l'babil du saint. Mais le plus éclatas4 lui le miracle opéré mi faveur de Charles Carafalo. Pendant les Funérailles auxquelles il assistait, il se recommanda au saint dans un moment de ferveur, lui promettant que . s'il guérissait de l'épilepsie dont il était attaqué depuis vingt-cinq ans, j| publierait miracle dans tout l'univers. Le mal le quitta

à l'instant même. Mais la suite fui encore plus extraordinaire : car avant, par une coupable ingratitude, ne^li^é de remplir son en gageaient, il éprouva une rechute au boni d'un an, ce qui le porta à aller se jeter aux pieds du saint ; il implora son pardon, répara sa faule et guérit de nouveau.

Ue> hyacinthes jetées sur le corps du saint guérirent la Bile de Girolamo Polit! d'une violente inflammation dans l'œil ; et. sans parler d'une multitude innombrable défaits de ce genre, deux petites parcelles de $t>s habits guérirent Anne di Malia et Paschal Chrisliano : la première, d'un \ iolent point de < oie, qui avait jusque là résisté a tous les remèdes; et l'autre, d'affreuses coliques, qui ne l'avaient pas quille depuis six ans. et le Icnaient dans une continuelle agonie. Ces faveurs excitèrent a Ici point l'ardeur et la piélé du peuple, que lous les efforts pour mettre le corps à l'abri d'un zèle indiscret furent inutiles ; cl les supérieurs crurent prudent d'accélérer l'inhumation. C'esl pourquoi, malgré la résolution prise précedemment de laisser ces précieux restes exposés pendant trois jours à la vénération publique, le lendemain, de grand malin, avant que la foule pût entrer dans l'église, on célébra les funérailles, et le corps fut pieusement dépose dans la tombe. Rien ne saurait peindre le désappointement du peuple au moment où s'ouvrirent les portes de l'église; la violence à laquelle il se porta est au-dessus de tout ce qu'on peut dire ; il se précipita en foule sur la pierre qui recouvrait les précieux restes du saint, la baisant et l'arrosant de ses larmes. .Marguerite di F raja obtint, en cette occasion, la guérison de son neveu, qui était mourant, à la suite de blessures qu'il avait reçues dans une chute ; et le même jour Vincenza Aidai i fut guérie d'une contraction du genou, qui la rendait incapable t\c marcher, en s'as- Seyant simplement sur la chaise qui avait appartenu à notre saint, et récitant i'Avt Maria en l'honneur de Notre-Dame.

De même, après son inhumation, des miracles sans nombre attestèrent les sublimes vertus de notre saint.- Des lièvre-, des spasmes, des allaques d'apoplexie et d'épilepsie, et différentes maladies jugées incurables furent guéries avec ses reliques. Mais l'histoire d'Agnello Vicario, que le saint favorisa de plusieurs miracles et de plusieurs apparitions, mérite d'être rapportée au Ion;:. Cet homme était occupé à tailler de la pierre dans un verger appartenant au monastère de Sainte-Luce; ayant été envoyé par celui qui présidait aux travaux, dans un endroit périlleux, il s'aperçut, au moment où il levait SOU marteau, que la terre croulait sous pieds; il invoque alors, en criant de toutes - -

VIE DE S. JEAN-JOSIÏNI DE LA CKOi\.

id'l

forces, le saint, qu'il n'avait jamais vu, et lombe à l'instant même dans une profondeur de trente pieds, cl va donner du visage contre des pierres pointues qui avaient clé taillées, tandis que la masse qui est en mouvement s'écroule sur lui en énormes fragments, et l'ensevelit presque tout entier : tellement qu'on devait naturellement s'attendre à le trouver entièrement mutilé. Au bruit de l'éboulement et de ses cris de détresse, quelques-uns des frères coururent en toute hâte au lieu de l'accident, et, à leur grand élonncment, le relevèrent de dessous la masse de ruines, respirant encore, quoique sans sentiment, sans voix et horriblement fracassé. Afin de seconder la dévotion d'Agnello, qui, au moment du danger, avait invoqué saint Jean-Joseph de la Croix, les religieux qui avaient soin de lui, lui donnèrent à boire, pendant trois jours consécutifs, un verre d'eau dans lequel il se trouvait deux filets de l'habit du saint homme. Le troisième jour, le pauvre malade étant seul et venant à recouvrer un peu l'usage de ses sens, proféra secrètement ces mots : 0 père Jean-Joseph! faites que je meure promptement, si je ne dois pas en revenir, pour pourvoir aux besoins de ma famille! Hélas! le pourrai-je encore? Alors il sentit qu'on touchait ses membres fracturés et qu'on pansait ses plaies; et songeant que ce devait être l'infirmier, il se tourna comme pour le regarder, et aperçut au sein d'un nuage lumineux un vieillard de petite stature, revêtu de l'habit d'un moine déchaussé, qui lui rendait ce devoir de charité, et qui lui dit en souriant : Ne craignez pas : dans une semaine vous irez bien ; après quoi il disparut. Aussitôt il se trouva en état de parler et de remuer ses membres; de sorte que, prenant son séant, il appela l'infirmier et lui raconta ce qui était arrivé. Afin donc de découvrir si c'était vraiment le père Jean-Joseph qui lui était apparu, le frère lui montra plusieurs portraits de saints de l'ordre des franciscains, qu'il laissa tous passer devant ses yeux, jusqu'à ce qu'enfin apercevant le portrait de notre saint, le cœur lui bondît fortement, et il se mit à verser un torrent de larmes ; ce qui remplit de joie et d'attendrissement ceux qui étaient présents. 11 voulut qu'on suspendît ce tableau au-dessus de sa tête, et ne cessa plus de remercier et de prier le saint. La nuit suivante aussi, étant à demi endormi, il sentit qu'on étendait la couverture sur lui, et il entendit une voix qui lui dit avec douceur : Tenez-vous chaudement, gardez-vous bien d'attraper du froid ; puis, ouvrant les yeux, croyant, comme la première fois, ne voir que l'infirmier, il vil encore le saint qui lui dit : Ne me reconnaissezvous pas ? l'assura de nouveau de sa guérison, et disparut. Au bout des huit jours il était revenu à une parfaite santé. Dans deux occasions semblables, une fois à Naples et l'autre à Caserta, cet heureux mortel fut miraculeusement dél'n ré des portes de la mort, et se trouva, par l'assistance du saint, arraché de dessous une masse croulante qui me-

naçait de l'ensevelir sous ses ruines, et Iransporté dans un lieu sûr.

Deux ans après le miracle dont nous venons de parler, Agnello fut affligé d'un ulcère à la jambe qui finit par le rendre incapable de travailler. 11 fut délivré également de cette affliction par le saint, qui, en cette occasion, lui enjoignit de demander à un frère de l'ordre quelques-uns de ses cheveux, qui avaient été coupés et conservés après sa mort. D'abord le frère éluda celte demande; mais Agnello insistant et affirmant qu'il savait qu'il possédait cette relique, et le priant, pour l'amour de Dieu, de ne pas mettre obstacle au bien que le saint voulait lui faire, il se rendit à ses désirs.

En conséquence de ces miracles et d'autres encore également authentiques, que nous omettons pour abréger, le père Jean- Joseph de la Croix fut béatifié par Pie VI, le 24 mai 1789. Depuis ce temps le ciel a continué de parler de même en faveur de sa sainteté, par la voix glorieuse des miracles. Parmi ces miracles, les deux suivants, après mûr examen , fixèrent le choix de noire saint père Pie VIL Marie-Louise llomanicllo, «âgée de dix-huit ans, originaire de la ville de Naples, était affligée d'une tumeur à la bouche, qui lui causait d'affreuses douleurs et l'empêchait de prendre de la nourriture. Un matin, vaincue par l'excès de la douleur, elle alla consulter le docteur Jean Grieco, qui, après l'avoir examinée, dit qu'il enverrait son ordonnance par son père, qui, en conséquence, dans l'après-midi du même jour, retourna chez le médecin. L'ordonnance prescrivait l'application d'un vésicatoire à l'extérieur, et une espèce de sirop à prendre par intervalles ; la pâte pour le vésicatoire; et le sirop furent préparés chez un apothicaire et envoyés à la malade. Marie-Louise ignorant ce qui était contenu dans le pot qu: renfermait la pâte à vésicatoire, s'adressa à un barbier qui lui dit inconsidérément que c'était un électuaire à prendre le lendemain malin. En effet, la jeune personne, le lendemain, essaya d'en prendre; mais voyant que cette pâte lui collait dans la bouche et résistait à tous les efforts qu'elle faisait pour l'avaler, elle en fit de petites pilules, qu'elle fit passer dans son estomac au moyen de pétillait et d'eau. Environ une heure après, elle commença à ressentir dans ses entrailles une chaleur dévorante qui lui arrachait les cris les plus déchirants et réunit autour d'elle tous les gens du voisinage, qui, désirant ardemment la soulager, lui donnèrent du bouillon, qu'elle eut beaucoup de peine à avaler et qui ne fit qu'augmenter encore ses souffrances. La mère en pleurs courut en avertir son mari, qui était à la boutique; il se rend immédiatement chez le médecin, qui, d'après les symptômes qui lui sont indiqués, n'est pas longtemps à deviner la cause de celle horrible catastrophe. Alors le père, tout hors de lui-même, se précipite dans l'appartement de sa fille. : C'est moi, c'est moi, s'écric-t-il amèrement, qui vous ai empoisonner, ma fille, en ne vous avertissant pa< que la pâ'c

DÉMONSTRATION EVANGftLIQUF.

qui vous était mu <">■ i /rait uni pâti » > catoiref Eh bien! repril la jeune personne, mourante, ti c'en ut [oit de moi, donnez-moi lu relique de taint Jean-Joseph de la Croix, qui ut iltuis h reliquaire <!<• verre; ci en la recevant dans sefl mains elle s'écria : Ilcnlicureux Joseph, donnez- moi prompt ement le i ie on lu mort ! puis elle envoie chercher son confesseur. Mais voilà que loul à coup les douleurs cessent, les spasmes la quittent, les forces lui reviennent, et il ne reste plus aucune trace <lu mal qu'elle avait (lins la bouche. Kilo fut visitée par le médecin et par d'autres personnes, qui tous Furent contraints d'avouer que c'était un vrai miracle.

L'autre miracle fut opéré en faveur d'un prêtre âgé, nommé François Salomo. qui souffrait d'une rupture d'intestins, horriblement aggravée par une chute de cheval. 11 passait les nuits et les jours dans une cruelle insomnie; et ni le laudanum, ni les diverses espèces d'opiat ne pouvaient lui procurer aucun soulagement. On le suspendit même

par les pieds, la tête en bai, dans l'espoir de

rétablir ses boyaui dans leur position naturelle : tout fut inutile ; il apparut des I] l mes d'inflammation, et il ne restait plus d autre espoir de lui sauver ia vie qu'en le ion mettant à une opération chirurgicale, dont l'issue, à raison du degré extrême nu son mal était arrivé et de son âge avancé, offrait bien peu de chance de mi. cés.l i que cep< nd int, qui étaii \enu le \isiter. l'engagea à en essayer

et à se recommander a\ et ferveur au bienbl u-

reux Jean-Joseph. Pour cet effet, il lui envoya

un porlrait du saint, que le prêtre n'eut pas plus loi invoqué avec une ardente confl qu'il se lrou\a tout à coup revenu à une parfaite santé, et n'éprouva jamais dans la suite le moindre retour de celte maladie qui l'avait conduit aux. portes de l'éternité, seulemi ni afin que sa guérison miraculeuse fût un triomphe plus éclatant pour la religion et pour la puissante inlercession de saint Jcan- Joscph de la Croix.

S. PACIFIQUE DE SAN-SEVERENO

Saint Bonavenlure raconte que saint François, visitant la ville deSan-Severino, prêcha ses habitants et en convertit plusieurs à Dieu . Il s'y fit également plusieurs miracles, bien qu'il n'en reste aucune relation écrite; mais il en est un toujours subsistant, pour attester aux âges suivants le pouvoir de la grâce et du divin amour que le saint séraphin a légué aussi comme un précieux héritage aux autres villes d'Italie, qui l'ont toujours gardé et soigneusement conservé jusqu'à nos jours, de manière qu'il fleurit encore dans cette terre privilégiée; car le peuple de celle ville (San- Severino) ayant reçu l'ordre religieux institué par le saint, lui érigea un monastère sur lequel, comme dans un jardin de délices, la rosée du ciel est tombée dans tous les âges, et a produit, parmi les membres de l'ordre et les pieux habitants de la ville, plusieurs saints illustres, comme aulant de beaux fruits de grâce, dont la semence avait élé jetée dans tous les lieux où saint François prêcha les délices et les mystères du divin amour. Dans ces derniers temps même, ces fruits précieux n'ont pas manqué : car du vivant presque de nos pères, ils ont paru dans le grand saint dont nous entreprenons d'écrire la vie. Mais avant d'entrer en matière, nous devons faire observer que ce serait se Iromper que d'espérer trouver cette vie remplie de ces laits éclatants et extraordinaires qu'on s'imagine ordinairement abonder dans les vies des saints : par la raison que la sainteté et la \erlu de saint Pacifique ont consisté principalement dans l'accomplissement fidèle de tous ses devoirs, dans le zèle qu'il a mis à remplir ses vœux de religion, et dans la pratique exacte des trois vertus théologales, la foi, l'espé-

rance et le parfait amour de Dieu et des hommes. Quoiqu'il ne nous soit pas possible d'observer dans notre récit l'ordre des temps et la suite naturelle des faits, nous espérons néanmoins que le lecteur pieux sera satisf.nl d'un récit qui, au lieu de lui relater les événements de la carrière mortelle du sain saieradelui retracer (elle vie plus spirituelle, qui, lors même qu'il était encore sur la lerre, le faisait habiter déjà, par la pratique des vertus théologales, avec Dieu et ses saints, auxquels il est maintenant réuni dans la gloire du ciel.

Saint Pacifique naquit à San-Severino, en l'année 1653. Ses parents, Antoine-Marie Divini et Marie-Angèle Bruni, n'étaient pas moins illustres par la noblesse de leur naissance que par leur vie vertueuse et le soin qu'ils avaient d élever leurs enfants dans 1 I voies de la piété et de la grâce. 11 fui baptisé le premier de mars, sous les noms de Charles-Antoine, qu'il conserva jusqu'à son entrée dans l'ordrede Saint-François, ainsi que nous le verrons plus tard. Il donna de si lionne heure des signes de celle haute piele à laquelle il plut à Dieu de l'élever, que soaévéque le jugea digne, à l'âge de trois us, de recevoir le sacrement de confirmation : avant même d'avoir atteint sa cinquième année, il cherchait déjà les moyens de se mortifier eu mêlant de la cendre à la nourriture préparée pour son usage; et comme quelquefois on lui en demanda la raison, Cest, répondit-il, qu'il trouvait, dont cri assaisonnement, toutes ses déliées et tout ton plaisir. Il ne montra point de goût pour les amusements ordinaires de l'enfance; il employait son temps à faire de petits aulels. qu il ornait avec les ima-

VIE DE S. PACIFIQUE DE SAN-SEVERINO

an;

gcs des saints, et devant lesquels on le voyait prier plusieurs heures de suite. S;i conversalion était toute de Dieu, de la sainte Vierge et des saints ; et à l'égard de ses père et mère et de ses autres parents, il se montrait toujours obéissant et prompt à exécuter leurs volontés. A mesure qu'il croissait en âge, il croissait également en humilité et en piété, fréquenlaitjournellement les églises, assistait aux saints offices, entendait plusieurs messes, et écoutait attentivement la parole de Dieu annoncée dans les sermons et les catéchismes. Il faisait ensortc, cependant, que ces pieuses occupations ne nuisissent en rien à ses études, à son assiduité aux écoles et à ses autres devoirs, qu'il remplissait tous si exactement, que ses maîtres avaient coutume de le signaler à ses condisciples comme un parfait modèle de piété et d'obéissance; et tant était grand le respect qu'il leur inspirait, par la sainteté de sa conversalion, que partout où il paraissait, ses compagnons interrompaient à l'instant même les entretiens légers ou inconvenants dans lesquels ils étaient engagés, recevaient sans difficulté les reproches qu'il leur adressait, et accueillaient ses vives exhortations à la piété et à la crainte de Dieu.

Ses excellents parents, qui avaient éprouvé plusieurs pertes dans leurs biens temporels, moururent lorsqu'il était encore jeune, et le confièrent aux soins de son oncle maternel. C'était un homme d'un caractère rude et sévère, dur et insupportable à tous ceux qui en approchaient, et qui, oubliant complètement le genre de vie doux et délicat auquel son neveu avait été accoutumé, l'employait aux occupations domestiques les plus basses et les plus humiliantes, et le laissait même en butte à l'insolence cl aux traitements injurieux de ses serviteurs. Mais Charles exécutait leurs ordres avec promptitude et avec joie, et endurait patiemment toutes leurs persécutions , se rappelant les souffrances de noire divin Jésus sur la croix ; il ne se refusait même pas à porter des fardeaux et à remplir une foule d'autres fonctions humiliantes aux yeux de ceux qui se souvenaient que, du temps que ses parents vivaient , il avait été habitué à être bien vêtu et bien soigné, étant lui-même le maître et non l'esclave des serviteurs. Pour lui , il se réjouissait de rabaissement où il était réduit, et profitait de la situation dans laquelle il était placé, pour ramasser les restes et les débris de la table de son oncle pour les pauvres qui y venaient chercher des secours.

Par celle conduite humble et sainte il se rendit digne de celte divine grâce qui l'appelait à une union plus intime avec Dieu. Pour se consacrer à son service, il résolut , dans sa dix-septième année, après avoir pris mnseil de ses confesseurs et d'autres directeurs spirituels, de se retirer entièrement du monde, et de mettre son innocence en sûreté parla mortification ci la solitude rigoureuse de la vie monastique. Après avoir considère avec beaucoup de Boin quel élait celui des ordres religieux où il pourrait le mieux sa-

tisfaire son ardent désir de suivre noire divin Rédempteur dans la mortification et l'abaissement, il demanda humblement à être admis dans l'ordre rigide de la petite observance de S. François. La réputation de sa sainteté était si bien établie, qu'il fut reçu avec joie comme novice, et revêtu du saint' habit dans le couvent de Forano , dans le diocèse d'Osimo, le jour de la fête des saints Innocents, en 1070, sous le nom de frère Pacifique. 11 illustra l'année de son noviciat par l'accompli- sèment le plus ponctuel des plus petites obligations imposées par la règle de vie sévère qu'il avait embrassée ; et, non content de la prière ordinaire prescrite aux novices , il passait tout le temps dont il pouvait disposer, dans une chapelle dédiée à saint François, dans l'enceinte du noviciat. Sa résolution de s'abstenir de manger de la'chair ne fut jamais violée, et il y ûnail tous les samedis au pain et à l'eau. Pendant le temps de l'oraison mentale , il restait immuablement fixé dans la contemplation des mystères célesles, jusqu'à ce que la voix du supérieur vînt interrompre sa méditation ; et, sortant alors du chœur, il retournait à la chapelle, dont nous venons de parler, continuer sa prière. Il ne fut jamais infidèle aux devoirs imposés par la règle pour la pratique de l'humilité et de la mortification.

De cette manière, il donna des marques si extraordinaires de pureté , de simplicité et d'innocence de cœur, qu'il fut unanimement admis à faire profession le jour anniversaire de la fêle où il était cnlré dans l'ordre. Par obéissance à la volonté de ses supérieurs, il s'appliqua à l'élude de la philosophie et de la théologie, mais sans que cela pût distraire, son esprit et son cœur de l'amour de la prière et de son union constante avec Dieu. Il ne nous est pas donné d'exprimer les affections si vives et l'humilité profonde par lesquelles il se prépara à recevoir la sublime dignité du sacerdoce. Plusieurs des fidèles qui assistèrent à sa première messe remarquèrent qu'il poussait des soupirs et versait des larmes abondantes; et sa dévotion envers «et auguste sacrifice était si vive et si ardente, que jamais, à moins d'en être empêché par maladie, il ne s'abstint de célébrer les saints mystères pendant lesquels sa ferveur faisait lanl d'impression sur ceux qui l'environnaient , qu'ils en versaient des larmes de componction et de piété.

Lorsqu'il eut achevé le coursde ses éludes, il fut chargé d'enseigner la philosophie' à ses frères; mais, se sentant appelé à travailler à la vigne du Seigneur, il lui fut permis de résigner sa chaire, et il si- dévoua au ministère de la prédication et de 1 1 confession des fidèles, qu'il traitait avec un te! esprit d'onction et de douceur, qu'il en gagna beaucoup à Dieu, et fut jugé un guide sûr pour ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre (h; la mort. Mais c'est surtout dans la Gdéh'16 à remplir tous les devoirs communs cl ordinaires que consiste la perfection de sa vertu. Ni la perle de la vue, ni une plaie à la jambe dont il lui affligé, ne purent l'empêcher d'as.

DÉMO.NSTIUTIO.N

sistcr régulièrement, avec le reste de la communauté, à matines el à d'autres prières, de nuit comme de jour ; prosterné sur le pai é . »|u*il baisait fréquemment, il adorait avec

ferveur le très-saint sacrement de l'autel ;

on l'entendait parfois s'écrier, jlf on Dieu <t

mon tout ! Il dei int aveugle vers le milieu de sa vie, et ses frères entendaient les prières (ju'il répétait presque sans interruption; car il ne prenait que trois ou quatre heures de sommeil sur un lit si dur el si incommode, qu'il semblait l'ait pour la mortification et la pénitence plutôt que pour la commodité et le repos. Les vigiles des fêtes de l'Eglise, et spécialement de celles qui se célèbrent en l'honneur de la très-sainte Vierge, il jeûnait au pain et à l'eau, et encore ne prenait-il qu'un petit morceau de pain qu'il avait tenu toute la semaine exposé à la chaleur brûlante; du soleil. 11 marchait les pieds presque nus, sans avoir lesjambes aucunement couvertes, quoique les plaies dont nous avons parlé inspirassent de la compassion et de l'horreur à tous ceux qui en étaient témoins. Jamais un soupir, jamais une plainte ne s'échappait de ses lèvres ; il endurait tout avec joie, à l'imitation des plus amères souffrances de Notre- Seigneur Jésus, à qui gloire soit à jamais ! Il recherchait l'habit le plus pauvre et le plus grossier, et tout l'ornement de sa cellule consistait en un crucifix, un bréviaire et un ou deux tableaux. Ses yeux ne s'élevaient jamais de terre , et son silence n'était que rarement interrompu, de peur que son esprit ne fût distrait d'un sentiment continuel de la présence de Dieu ; il parlait rarement à d'autres qu'à son supérieur et à son directeur, si ce n'est quand son zèle le pressait d'exhorter ses frères à la ferveur et ù la persévérance. Sa charité ne lui permettait pas de s'arrêter au moindre jugement qui leur fût défavorable : de sorte que, quand on lui représentait la conduite de quelqu'un d'entre eux comme une violation de la règle, il répondait avec douceur : Qui pourrait dire quels sont les motifs qu'il a pu avoir d'agir ainsi ?

Le respect et l'admiration que lui attira sa vie exemplaire, induisirent ses frères à l'élire gardien ou supérieur du monastère de Notre- Dame de Grâce, dans sa ville natale, charge qu'il fut contraint d'accepter après beaucoup de résistance. Ses vertus alors éclatèrent comme une lumière vive et brillante, pour guider ceux qui étaient placés sous sa direction à l'imitation de son exacte conformité a la discipline rigide prescrite dans celte maison sévère, et de son ardent amour pour Dieu. Cette vertu, ainsi que toutes les autres qui brillaient en lui, était bâtie sur le solide rondement d'une foi très-vive, qui ne consistait pas seulement en cette croyance que l'tèglise enseigne être nécessaire pour le salut, mais s'élevait à celle vue plus claire et plus céleste des mystères de la toi, qui, sur la terre , excite dans l'âme une conviction plus intime de leur vérité et de leur beauté, et acquiert chaque jour dans les saints une nouvelle force cl une nouvelle vigueur, jus-

f.YWÏ.l'.I.IUI I . 40g

qu'à Ce que |.| mort les réunisse à Dieu : alors,

le voile devant lequel ils ont sj longtemps

adoré, avec un profond respect, était! enfin

écarte, leur connaissance dei ienl intuitii e

el l'étincelle de la foi est absorbée d.nis | • brillant éclat cl la claire vision du ciel. Elle

produisait en lui une si pleine coni relion des

divins mystères, qu'il eût avec joie verse son sang pour en attester la vérité. Son visage s'enflammait , et il paraissait hors de lui-même, toutes les fois qu'il récitait le -vmbole des Apôtres OU celui de S. Atbana* entretiens familiers cl ses sermons avaient pour objet d'expliquer les mystères de la foi ; il exhortait ses pénitents a croire fermement tout ce <|ue la sainte Eglise enseigne, et il leur faisait produire un acte de foi . an sacré tribunal de la pénitence. Quand il lui arrivait de trouver des enfants jouant dans le cloître, il leur apprenait à réciter dei a tes de foi.de contrition et des vertus chrétiennes; il rassemblait les enfants qui gardaient les troupeaux dans la campagne, leur parlait avec bonté, el instruisait leurs âmes simples des doctrines el des pratiques de la religion. Quant à ceux qui étaient plus avances en il avait coutume de leur montrer comment la foi sans les bonnes œuvres n'est qu'une foi morte , qui se dessèche comme une plante qui n'a pas d'humidité, et ainsi ne produit aucun fruit pour la vie éternelle.

11 brûlait d'un zèle et d'un désir ardents que notre sainte foi, dont son âme était si profondément pénétrée, fût portée chez les nations lointaines et barbares, et il adressait à Dieu de ferventes prières pour le triomphe des défenseurs de la chrétienté sur leurs ennemis , les mahométans , dans la guerre atroce qui se faisait à celte époque entre eux. Lorsque le bruit se répandit que les armées catholiques avaient été mises en déroute, il connut, par une lumière prophétique, dont Dieu le favorisa, que la nouvelle était fausse, et prédit le jour où la puissance de Moslem devait être anéantie, en disant à ses frères : Bonne nouvelle ! Aujourd'hui on livrera bataille aux Turcs, sous les murs de Belgrade, et le prince Eugène gagnera la vit loire. La chose se passa ainsi qu'il l'avait dit, cl l'événement , en effet, vint confirmer , de tout point, sa prédiction. Si ses supérieurs eussent voulu y consentir, il aurait volé, porté sur les ailes de la charité, pour répandre la connaissance de notre sainte foi dans les contrées les plus éloignées : car il n'entendait jamais ses frères parler des difficultés, des dangers et des souffrances auxquels les missionnaires sont exposés p irini les infidèles, qu'il ne s'écriât, le visage tout en feu : Oh ! puissé-je être place dans la même situation ! Mais voyant que la faveur qu'il il<"sirait si ardemment lui était refusée, il travaillait, par des jeûnes et iie> austérités continuelles, à purifier son âme cl a se rendre déplus en plus digne de recevoir les vives impressions que laissent les divins mystères dans le CŒUr des fidèles serviteurs de Dieu. Il aurait voulu jeûner les mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine, mais

VIE DE S. PACIFIQUE DE SAN SEVEKINO

son supérieur l'ayant restreint à deux jours de jeûne la semaine, il obéit avec joie; toutefois, les deux derniers jours, il ne descendait jamais aux repas de la communauté; un des frères lui portait dans sa cellule deux petits morceaux de pain, et un vase contenant moins d'une pinte d'eau, pour le matin et le soir; et souvent on trouva qu'il n'y avait point louché. Mais il entretenait en lui la llamme de la foi en lui donnant pour aliment une continuelle et profonde méditation des mystères de la passion de notre Sauveur, en lionneurde laquelle souvent il disait la messe à l'autel dédié à Jésus crucifié, et pratiquait, en outre, le pieux exercice du Via crucis, ou Chemin de la croix, exhortant les autres à suivre son exemple et à parcourir avec lui le chemin rude du Calvaire, par la contemplalion des douze mystères dans lesquels cet exercice est divisé.

Decettefoi vivenaissaient sadévotionetson respect pour tous les devoirs prescrits par notre sainte religion. Il était si profondément pénétré de vénération et de respect en la présence de notre doux Sauveur dans la divine eucharistie que, malgré les plaies qui étaient à ses jambes, il avait coutume de se jeter à genoux toutes les fois qu'il passait devant l'autel où le saint sacrement reposait; il y restait paisible et immobile, sans faire attention aux moucherons qui, en été, le perçaient de leurs dards aigus ; et même lorsque la maladie le retenait au lit, il se levait fréquemment pour aller à l'église, d'où il était rappelé par la voix de ses supérieurs ( auxquels il ne manquait jamais d'obéissance ), qui lui commandaient de rester au lit; où, se frappant la poitrine et donnant libre carrière aux sentiments que son cœur ne pouvait plus contenir, il remplissaitceux qui l'entouraient d'admiration et d'amour de Dieu. C'était surtout dans l'auguste sacrifice de la messe que se manifestaient sa foi et sa profonde vénération. Ses soupirs étaient entendus de tous, et ses larmes coulaient par torrents. On venait de loin pour être témoin de sa piété et de son amour pour Dieu, qui débordaient de toutes parts; et bcauioup de per>onnes l'ont vu élevé de plusieurs doigts au-dessus de la surface des degrés de l'autel; il demeurait dans celte posture, agite d'un tremblement extraordinaire, l'espace d'un errdo et même de plusieurs heures, comme l'atteste le procès de sa béatification, de sorte qu'il fallait un ordre du supérieur pour le rappeler à sa posilion naturelle. Il s'arrêtait de temps en temps comme ravi en extase; car il goûtait alors les douceurs et les joies de la présence de son bien-aimé Jésus dans l'auguste sacrement.

Pendant la communion et surtout pendant la réception du calice il sentait son âme pénétrée des célestes délices que procure le pain des anges à ceux qui en mangent; et ensuite, jusqu'au moment où il retournait à la sacristie, son visage, habituellement pâle et décoloré, était empreint d'une vive fraîcheur. Il était saisi d'une crainte subite à la fin du mémento pour les morts, par un sentiment de

pitié et de compassion pour les âmes qui endurent les horribles supplices du purgatoire. 11 plut à Dieu, en plusieurs occasions, de montrer au monde combien il avait pour agréable la piélé sans égale de son serviteur pendant le sacrifice de l'autel. Pacifique avait l'usage de célébrer la sainte messe à un lieu appelé Cunarella, à quelque distance de son monastère; et quoique celui qui l'accompagnait fût obligé de faire sécher ses habits mouillés par la pluie et la neige fondue qui étaient tombées le long du chemin qu'il leur fallait parcourir pour s'y rendre, pour lui , pas une goutte ne l'avait atteint. Mais il y a quelque chose de plus surprenant encore dans le miracle opéré sur les bords de la rivière de Menocchia : car, pendant qu'il était absent du monastère pour célébrer la sainte messe à l'abbaye de Saint-Antoine, la rivière s'élant enflée et les eaux s'étant élevées à une hauteur telle, que ni lui ni ses compagnons ne pouvaient, à leur retour, la passer à gué, comme de coutume, Pacifique s'avança hardiment au milieu des ondes; et voilà que les eaux, en se divisant, lui ouvrent un passage à pied sec; ses sandales n'éprouvèrent pas la moindre humidité, et le sable et le limon dont le lit de la rivière est rempli ne s'y attachèrent aucunement, tandis que ses frères furent obligés de la traverser à cheval. De môme donc que, dans les vies des saints, nous voyons chacun d'eux distingué par quelque marque particulière de faveur, comme si notre divin Sauveur cherchait de nouveaux moyens de faire éclater son amour à leur égard, ainsi arrivait-il que, quoique, les cierges allumés à l'autel pendant la messe ne dussent pas suffire pour la moitié du temps, on remarqua qu'ils brûlaient sans se consumer, durant tout le temps du sacrifice, même pendant une heure ou davantage. Il ne laissait point passer un seul jour sans offrir la grande victime de la loi nouvelle , si l'on en excepte les trois dernières années de sa vie, où, la cécité élant venue se joindre à la surdité dont il était déjà affligé, il ne lui fut plus possible de satisfaire les désirs de sa fervente piété; mais il recevait fréquemment la sainte communion et entendait tous les jours toutes les messes qui se célébraient dans l'église conventuelle. De môme, sa vénération pour les choses saintes se déployait tout entière dans son zèle pour la maison de Dieu, qui lui faisait désapprouver sévèrement toute violation du respect qui lui est dû; il apprenait à tout le monde, non moins par ses paroles que par ses exemples, avec quel respect on doit traiter les prêtres, qui sont les temples vivanls du Seigneur, ainsi que le prescrit leséraphique saint François, dans sa règle; et il priait particulièrement pour le pape, pour les cardinaux, les évoques et les prélats de l'Eglise.

Après Dieu, il nourrissait en lui-même une tendre dévotion pour la sainte Vierge , la reine du ciel, à laquelle il avait recours dans tous les besoins de son âme. Il invoquait son doux nom, et exaltait la plénitude de grâces dont elle a été ornée, désirant

il!

qu'elle fût louée, honorée et invoqm ions, il pratiquait an jeûne sévère mx vigiles de iei fêle»; ces jours-là, son visage, habituellement pâle el défait, prenait un teint Irais et florissant, et le conservait jusqu'au lendemain. La sainte Vierge, notre bonne mère, sut le récompenser de son affection pour elle : car il passa à l'éternel repos le ±\ septembre, jour consacré à Notre-Dame de la miséricorde. Pacifique était pénétré d'une dévotion particulière pour son bon ange gardien, pour le chaste époux de Marie, saint Joseph, et pour saint François d'Assise , à I imitation duquel il fui toujours Gdèle à faire sept carêmes pendant le cours de l'année, même dans sa vieillesse, jusqu'à ce que les supérieurs lui eussent commandé d'y renoncer.

Sa foi était accompagnée, dans un degré non inoins éininenl, d'une espérance el dune confiance constante cl inébranlable dans la miséricorde et la grâce de Dieu. Avec quel mépris il considérait les choses d'ici— bas, viles et transitoires, et fixait tous ses désirs dans le ciel, lorsqu'il s'écriait : «Le ciel! le ciel ! Les choses de ce monde passent avec la rapidité de l'éclair ; puissions-nous bien comprendre le sens de ce mol, ciel !» On allait chercher auprès de lui des consolations dans les moments de peine ; et lui, le cœur tout plein de compassion et de douceur, levait les yeux au ciel, eldisait d'avoir patience et confiance. 11 avait beaucoup de confiance en l'intercession de sa principale protectrice, .Marie, de saint Joseph, et de ses patrons; mais pardessus tout, dans les promesses que Dieu a faites à ses serviteurs. Il faisait naître de tendres émotions dans le cœur de ceu\ qui l'entendaient s'écrier : O ciel ! ciel ! et à mesure que sa fin approchait, ses expressions et ses affections acquéraient de jour en jour un nouveau degré de ferveur et de confiance. Un jour du mois de juillet 1721 , l'évéque de San-Severino était venu le visiter, et après avoir conversé quelque temps avec lui sur des sujets de piété, il l'avait quitté et s'en retournait à sa résidence épiscopale, lorsque Pacifique le rejoignit tout à coup en criant : Monseigneur, le ciel! le ciel ! je vous y suivrai bientôt! Tous ceux qui étaient présents restèrent saisis d'étonnement à ces paroles prophétiques, qui ne lardèrent pas à se vérifier, car l'éréque mourut dans la quinzaine, cl Pacifique au bout de deux mois.

Non-seulement sa confiance en Dieu le préserva du malheur de succomber aux tentations auxquelles sa vertu fut exposée par la malice du démon; mais Dieu se plaisail encore à lui en faire une ancre sùiv d'espérance, dans les besoins et les nécessités ordinaires de la vie. Ainsi, lorsque le monastère plaie sous sa direction se trouvait complètement dépoii r\ n de tous moyens de subsistance, un bienfaiteur inconnu remit une somme d'argent considérable au procureur, pour subvenir, dit-il. aux besoins présents du monastère du père Pacifique. Quelquefois le cuisinier , trouvant toutes les provisions épuisées, courait lui dire qu'il n'y avait rien

DEMONS IKA1 ON E* t.NCËLU l ! il!

.i donner pour le dluer des frères, il lu

pondait .n ec calm ' pas?

sachant bien qu'avant l'heure du dîner leurs bienfaiteurs leur procureraient tout ce qui bue il. ut nécessaire, lu jour le procureur lui ilit d'un ton plaintif que buis aumônes étaient épuisée^ ; il répondit tranquillement : Ne nous découi pat, Dieunenout i< ja-

sera pus I . . 'Ii née

. A p ine avait-il prononcé ces mots, qu'une personne inconnu • , d'un li> U éloigné, se présenta au procureur et lui donna d'abondantes aun on s. qui suffirent pour longtemps aux besoins du monastère. Plus d'une fois, les matériaux manquant pou les nouvelles chambres qui fur. ni ajoutées au coui eut. et les ou\ riers s'en pi liguant au saint, il répondit : Dieu fournira tout ce qu'il faut, lui effet, quand ils retournèrent à leur travail, après leur repas, ils virent avec surprise que les matériaux avai ni tellement augmenté , qu'ils se demandaient les uns aux autres qui avait pu en apporter tant en i peu de temps; un jour même on trouva le mortier si pur et si bien préparé, que le bruit courut parmi les maçons que Pacifique avait employé des anges à cette œuvre. Celte vertu d'espérance l'avait si entièrement détaché de l'amour des jouissances terrestres et des satisfactions humaines, qu'il consacrait à la prière et à la méditation le temps donné pour la récréation, et ne prenait jamais l'air, soit dans le jardin, soit hors du monastère, à moins d'un ordre de s rieurs ; il ne recevait jamais de lettres el n eu écrivait point, et ce ne fut qu'après beaucoup de résistance qu'on le détermina à voir une parente qui etail venue le visiter. Confiant dans la certitude des récompenses divines, il assujettissait son corps à des jeûnes rigoureux cl à de rudes disciplines; et, pour prendre la discipline plus que les trois chaque semaine prescrites par la rèJe, on remarqua souvent qu'il se retirait dans le clocher ou en quelque autre lieu secret, afin de n'être aperçu de personne. Quelque dur traitement qu'il reçût de la part de ses i ieurs ou de ses frères, il ne fil jamais entendre d'autres paroles que celles-ci : Ainsi toitil, pour l'amour de Dieu ; iJieu le veut, (/tic sa sainte volonté soit faite. Par ces paroles souvent il exhortait les autres à supporter toul avec patience. A ces afflictions ou peut ajouter les souffrances el les épreuves que Dieu lui envoya pour le rendre un fidèle imitateur de la passion de Jésus: car, outre la cécité, la surdité, la vieillesse et la négligence de ceux qui étaient charges d'avoir soin de lui, il endura, sans murmure et sans un mol de plainte, les horribles douleurs que lui causèrent les plaies de se» jambes, depuis sa jeunesse jusqu'au moment de sa mort.

Comme c'est de l'abondance du cœur qu paile la bombe, les discours el la conversation de Pacifique roui. lient toujours sur l'amour de Dieu; son infinie boute était le sujet continuel de ses entretiens, el il avait coutume de protester à tous ceux avec lesquels il conversait, qu'il était résolu d'aimer

ME DE S. PACIFIQUE DE SAN SEVEHINO

Dieu toujours au-dessus île toute créature ; c'est à lui qu'il rapportait toutes ses pensées et toutes ses actions, et souvent on l'entendait dire : Deus meus et omnia. Quis es tu, dulcissime Jesu, et quis sumego, vermiculus ierrœ? Mon Dieu et mon tout. Qui êles-vous, ô très-doux Jésus; et qui suis-je, misérable ver de terre? Le feu de la céleste charité produisait en lui des effets physiques; ce feu sacré étineelait dans ses yeux, et telle était la chaleur qu'en ressentait tout son corps, qu'il ne s'approchait jamais du feu, même pendant les hivers les plus froids; au contraire, il tenait sa fenêtre ouverte pour tempérer la chaleur dont il était intérieurement dévoré. Son cœur était rempli d'affliction et de douleur toutes les fois qu'il réfléchissait sur les outrages et les insultes des hommes envers notre aimable Jésus; et plusieurs , après sa mort, ont attesté les puissants effets que ses exhortations à l'amour de Dieu opéraient dans leurs âmes. Pour ne point interrompre son union avec Dieu, il récitait toujours le rosaire en passant dans les rues ou le long du cloître; et un de ses frères, dont la cellule était voisine de la sienne, lui entendant répéteriVofre Père tout haut pendant la plus grande partie de la nuit, lui conseilla de prendre un peu de repos; mais il répondit : Nous ne devons pas flatter notre corps , et continua sa prière. Ses compagnons étaient souvent édifiés et portés à la dévotion en entendant les aspirations et les oraisons jaculatoires si ferventes qu'il adressait à Dieu : car, étant devenu sourd sur les derniers temps de sa vie, il était obligé d'élever la voix plus haut afin de pouvoir s'entendre; et une fois qu'il entendit de la musique, il laissa tout à coup échapper cette exclamation : Oh ! que sera-ce donc dans le ciel ! Son amour pour Dieu produisait en lui, non une crainte servile d'encourir les châtiments dus au péché, mais une affection et un respect filial envers son Père céleste, qui ne lui permettaient pas de commettre la moindre offense qui aurait pu lui déplaire. Il évitait le péché par amour pour Dieu, et non par crainte du châtiment; il accomplissait sa loi avec un vrai contentement de cœur : car son espérance le faisait compter avec une confiance in— éhranlable sur la miséricorde et les récompenses du Seigneur son Dieu. Il a été attesté par ses confesseurs, et spécialement par le P. Gabriel de Majolati, que sa conscience ne fut jamais chargée d'aucun péché grave qui pût souiller la pureté de son esprit ou de son cœur. Il avait coutume de fréquenter tous les malins les sacrements de pénitence et d'eucharistie; il arriva un jour qu'il ne pouvait trouver personne qui voulût entendre sa confession, tant tous ses frères étaient persuadés de sa parfaite innocence ; un d'eux enfin céda à ses humbles et pressantes prières; mais ne trouvant point matière à absolulion, il lui donna sa bénédiction et le renvoya. Quoiqu'il suppliât ses confesseurs de lui imposer de sévères pénitences pour l'expiation des péchés griefs qu'il avait confessés, ils étaient obligés, simplement pour le

contenter, de lui prescrire un Ave Maria ou quelque autre légère pénitence; c'est ce qu'ont attesté plusieurs de ses confesseurs , principalement le P. Severin de Jesi, auquel il avait fait sa confession générale. Son amour pour Dieu fut la mesure du zèle qu'il déploya dans les efforts qu'il faisait pour amener les autres à une pareille déteslation filiale de tout ce qui était capable de l'offenser; et par-dessus tout, dans le temps qu'il annonçait la parole de Dieu aux fidèles, son éloquence et tousses efforts tendaient à exciter dans les cœurs, une horreur cl une crainte très-vive de prendre le saint nom de Dieu en vain ; aussi y en eut-il beaucoup qui furent par lui portés à la componction et au repentir, et à la fuite de ce vice abominable. Toutes les fois qu'il célébrait la messe, ceux qui y assistaient, bien loin de s'ennuyer de la longueur excessive du temps qu'il y employait, se sentaient touchés et pénétrés d'un amour et d'un respect plus parfait pour cet auguste sacrifice. Le clerc avait coutume de quitter l'église lorsqu'il était arrivé au canon ; et, après avoir rempli d'autres devoirs, qui lui étaient prescrits dans le monastère , il retrouvait encore Pacifique au même endroit de la messe, absorbé dans une contemplation extatique, tel qu'il l'avait laissé. Notre divin Sauveur a déclare que celui qui n'aime pas son prochain qu'il voit, ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas. Aussi l'amour qu'il entretenait pour Dieu était-il alimenté par une charité parfaite et universelle pour le prochain. Avec quelle douceur persuasive et quel zèle ardent ne travaillait-il pas , dans le sacré tribunal de la pénitence, à presser et à encourager les hommes à aimer Dieu! Avec quelle sollicitude ne cherchait-il pas à les convaincre de l'énormilé du péché, et des délices et des consolations dont jouissent ceux dont le cœur est à Dieu tout entier! C'est bien là, en effet, la véritable charité , le véritable amour du prochain, qui s'afflige des fautes d'autrui comme des siennes propres, qui guide son frère dans le droit chemin, et qui , louché de compassion pour sa faiblesse et ses rechutes, le conduit au ciel. Y a-t-il de charité comparable à celle qui cherche à réunir tous les hommes dans un sentiment commun de haine el de délestalion du péché, et à les potier à travailler de toutes leurs forces à mériter le ciel î Ses pénitents ont déclaré par serment qu'ils n'onl jamais trouvé autant de consolation et de secours dans le sacrement de pénitence que quand ils ont confessé leurs péchés à Pacifique. Un jour un homme avancé en âge vint le trouver à sa cellule; cl là, les genoux en terre, il le pria de vouloir bien entendre sa confession ; mais le saint lui dil de confesser d'abord ses péchés à notre Sauveur crucifié, el qu'il lui donnerait ensuite l'absolution. Pendant cela , Pacifique fit plusieurs tours dans sa chambre en récitant le chapelet; le pénitent le supplia de nouveau d'entendre sa confession, et le serviteur de Dieu, après un délai de quelques minutes seulement, entendit sa confession , lui représenta l'énormilé

DEMONSTRATION EVANGEI IQUE.

-tl'J

de ses crimes, el l'excita A une vive douleur et à une résolution sincère de les éviter à

l'avenir : si bien <|u<' ce pécheur, détestant tous: es péchés passés, commença une vie nouvelle et renonça entièrement à ses an siennes mauvaises habitudes. Dans ce monde même, sa charité el son zèle pour l'extirpation du péché, el pour allumer dans tous les rœuri un parlait amour, éclatèrent dans le grand nombre «les conversions qu'il opéra, en ramenant à la vertu des pécheurs entièrement abandonnés au crime. Aussi plut-il à Notre -Seigneur de lui communiquer pour cela le don de lire dans la conscience de ses pénitents , el la connaissance de leurs failles secrètes ; ce qui contribua efficacement à en ramener plusieurs à des sentiments de pénitence et à un véritable changement de vie. 11 fil connaître à plusieurs personnes des péchés qu'elles avaient omis en confession, soil par oubli ou par une lausse honte. Nous en rapporterons quelques exemples qui montreront comment Dieu secondait la charité de son serviteur, et coopérait avec lui à l'œuvre de sauver les âmes du péché el de la perdition. Jacob Sconoccbia de Cingoli ayant dit au saint, à la fin de sa confession, qu'il n'avait plus à s'accuser de rien autre chose , il l'interrogea en ces termes : Quel mal Dira et la très-sainte Vierge vous ont-ils fait? Ne vous souvenez-vous pas que, mercredi dernier, vers midi, vous avez juré trois fois par le trèssaint nom de Marie, , et deux fois par le trèssaint nom de Dieu, lorsque votre compagnon qui travaillait avec vous, vous surprenant à l'improviste au milieu de la route, vous frappa dans le dos et chercha à vous renverser par terre? Le pénitent l'écouta avec surprise et étonnement; car le fait, tel qu'il l'avait exposé, était arrivé à quatre milles du couvent, dont Pacifique sortait à peine , et il ne pouvait l'avoir appris que par une lumière surnaturelle. Un nommé Antonio di Severino étant venu se confesser à lui durant le temps de la moisson, le saint lui demanda s'il n'avait point encore d'aulres péchés à accuser, et comme il répondit négativement, le saint s'écria : Quoi ! ne vous ressouvenez-vous pas qu'à tel jour, vous avez parlé durement à votre mère, el qu'un autre jour vous avez consenti à une pensée impure ? 11 lui détailla alors toutes les circonstances de celle dernière faute, en lui indiquant le temps el le lieu où elle avait élé commise; après quoi le pénitent, examinant avec soin toutes les particularités du secret désir auquel il s'était arrêté et de la conversation qui l'y avait conduit, reconnut qu'elles étaient telles qu'il les lui avait représentées; alors concevant une profonde douleur el une sincère contrition de ses péchés, il les confessa , reçut l'absolution et s'en retourna plein de reconnaissance en\ ers Dieu de ce que, par sa miséricordieuse bonté, il avait révélé ses pèches à sou serviteur. Paul Coletli , âgé alors de quinze ans , fut amené à confesse par son grand-père à Pacifique ; mais comme il était dans 1 habitude de cacher certains péchés par la houle de les confesser, il ne s'en accusa pas dans celte

occasion. Le saiol lui donna l'absolution,

puis alla dire la messe; Paul rest., â l'église pour l'entendre. Aussitôt qu'elle fut Dnie, Pacifique rentra immédiatement a l'es, appela son pénitent, et, après fB avoii tenu la permission de lui parler de -a confession . il le réprimanda en lui disant que sis confessions passées avaient élé sacrilèges, parce qu'il avait toujours caché tels d

tels péchés, qu'il lui exposa avec tous leurs

détails ; il re\horia ensuite à les confi

ce qu'il lit sur-le-champ, bien persuadé que

Dieu les lui avait révèles durant h célébralion du saini sacrifice. In autre enfant, à peu près du même Age que te précédent, vînt à confesse à Pacifique, qui ne le connaissait

point auparavant, et qui l'exhorta fortement à faire une bonne confession. Le saint homme lui découvrit ensuite en termes clairs quelques pèches commis par lui , el dont il n'avait rendu qu'un compte bien imparfait; il lui dit entre autres choses : qu'il gardait des vaches , et que ces vaches , le mardi d'auparavant , avaient endommagé un champ de g (tin appartenant « une personne qu'il lui nomma ; el que, le mercredi pré cèdent, les mêmes vaches qu'il gardait avaient, sur les deux heures de l'après-midi, endommagé de même un autre champ ; ajoutant que, le soir du même jour, son j>ère lui ayant dt mande s'il était vrai que les vaches eussent causé ce dommage, il l'avait fortement nié , et que son père , .* sont alors une ceinture de cuir, lai en avait donné plusieurs coups, et que pour celte raison, il s'était échappé de la maison. Le jeune homme avoua que ce que lu i disa il le si i ni était exact de loul point; et le saint continua de lui rappeler que tandis que h s vaches étaient dans le grain , il s'amusait èi jouer avec d' ux autres enfants de son âge. qu'il lui nomma, et avec lesquels il perdit 3 pences ( G tous de monnaie de France) ; de plus , que sir semaines auparavant , il avait joué avec un de ces mêmes enfants et perdu 15 pences (30 que pendant trois ou quatre jours , par dépit de la perle qu'il avait faite , il s'était arraché les cheveux, avec des sentiments si violents de haine contre le gagnant , qu'il lui eût volontiers été la vie; puis il conclut en lui disant qu'il avait perdu toute espèa d* ses deux frères atnés, et leur avait fait i vieux outrages. L'enfant, voyant la connaissance qui avait été donnée à son confesseur de toute sa vie . n'eut pas de peine à se résoudre à faire une sincère confession, pour le bien de son âme et pour se réconcilier efficacement avec Dieu.

Telle était en effet la tendre affection de Pacifique pour son prochain, qui lui I rechercher tous les moyens de décharger les âmes de ses frères selon la foi, du pesant fardeau de leurs iniquités, de guérir les plaies et de calmer les douleurs qui en étaient la suite, que Ions ceux qui cl. lient dans 1 afflicti n ou la Iribulation se portaient en foule auprès de lui pour] trouver des consolations et du soulagement. Il ressentait vivement leurs misères et leurs peines, comme si elles lui eussent été propres, et il les encourageait

VIE DE S. PACIFIQUE DE SAN-SEYEMNO

à souffrir avec patience et à se résigner à la volonté de Dieu. On l'appelait ordinairement le tendre père des affligés et des malheureux. Des hommes de tous les rangs, depuis la dernière classe jusqu'à la classe la plus élevée, venaient chercher auprès de lui de la consolation, et en obtenaient en effet. Dans le procès de sa béatification , il est rapporté plusieurs témoignages attestant qu'on n'avait jamais recours à lui sans en recevoir du soulagement et de l'aide dans les moments d'inquiétude et d'angoisse.

Mais les œuvres de miséricorde corporelle qu'il pratiqua surpassèrent presque les vertus spirituelles dont nous avons déjà parlé. Avant même d'entrer dans l'ordre de Saint- François, sa charité pour les pauvres l'avait attiré chez son oncle; mais après sa profession religieuse, il ne mit plus de bornes à sa commisération et à son désir de les assister. Son vœu de pauvreté lui ôtant les moyens de faire l'aumône, il les aidait alors du secours de ses prières , et priait ses amis de subvenir à leurs besoins ; non content de cela, il laissait sa portion de nourriture sans y avoir touché , ne prenant que quelques bouchées de pain trempées dans du vin, pour la donner aux pauvres que l'on assiste tous les jours à la porte des communautés dans les pays catholiques, comme il se pratiquait autrefois en Angleterre , jusqu'au moment où les moines qui pratiquaient ces œuvres de charité et les institutions qui leur en fournissaient les moyens furent proscrits, et que leurs propriétés et leurs terres devinrent la proie de la rapacité et de l'avarice des grands et des puissants.

Si quelqu'un de ses frères tombait malade, il ouhliait ses propres souffrances pour voler à son secours; mais le principal moyen dont il usait pour soulager ses frères dans leurs maladies était d'adresser pour eux à Dieu de ferventes cl continuelles prières , et les procès de sa béatification et de sa canonisalion attestent, en confirmation de l'efficacité de ses prières et des faveurs dont Dieu récompensa sa charité, qu'un jour où le P. Dominique-Antoine de Cingoli paraissait à l'article de la mort, avec une fièvre maligne qui présentait les symptômes les plus alarmants, et avait été recommandé à ses prières, quelques-uns de ses frères lui demandèrent si le malade en reviendrait; il répondit avec une grande humilité : On fait tant de prières pour lui, que le Seigneur daignera enfin les écouter. L'événement justifia sa prédiction, ainsi que le P. Dominique l'a attesté lui-même en forme légale. Quelquefois il refusait de prier pour ceux qui, connaissant l'efficacité de ses prières, l'invitaient à intercéder pour eux ; refus qui ne procédait pas d'un défaut de charité, mais de sa profonde humilité et de la crainte de passer pour un saint.

Mais le désir le plus ardent de son cœur était de délivrer les âmes qui souffrent en purgatoire, de leurs cruels et amers tourments, il se rappelait que t'est une sainte et salutaire penser que de prier pour les morts ,

afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés; c'est pourquoi il se chargeait avec joie d'acquitter par ses prières et ses mortifications une partie des peines temporelles que les âmes des membres de l'Eglise souffrante sont condamnées à subir; pour elles il offrait de ferventes prières et récitait chaque jour l'office des morts tout entier; ajoutant à cela des souffrances corporelles , par le désir ardent qu'il avait de les voir délivrées de leurs tourments, et jouissant de la présence et de la vue béatifique de Dieu.

Souvent il lui arriva d'être choisi pour juge et arbitre dans les différends et les dissensions des autres; et, par son entremise, la paix et l'harmonie furent rétablies entre les parties adverses. Ses exhortations étaient si efficaces et les réconciliations qu'il opérait si durables , qu'on l'appelait généralement Pacifique , c'est-à-dire qui fait la paix, de fait comme de nom. C'est ainsi qu'il était embrasé du feu que Noire-Seigneur est venu allumer sur la terre, et c'est ainsi qu'il s'est montré un parfait imitateur de l'adorable Jésus, qui est mort pour notre amour.

Lorsqu'on le voit s'élever à un si haut degré de perfection dans les vertus qui sont communes à tous les chrétiens , on ne peut supposer qu'il soit resté en arrière dans la pratique des vertus auxquelles il s'était obligé par ses vœux de religion. Son esprit de pauvreté le portait à détester tout ce qui sentait la richesse et l'ostentation du monde, et à rechercher dans ses habits et dans tout ce qui lui était donné pour son propre usage ce qu'il y avait de plus pauvre et de plus vieux ; toutefois il n'oubliait pas celte parole de saint Bernard : Pauperlasmihi semper placuit, cordes vero nunquam ; j'ai toujours aimé la pauvrelé, mais la saleté jamais ; et par respect pour le caractère sacerdotal dont il était revêtu , il tâchait , comme le recommande saint Bonaventure, de réunir cette vertu avec la propreté et la décence extérieures. Pendant qu'il fut supérieur, il ne voulut jamais permettre que les frères, aux jours marqués , allassent demander du pain tant qu'il en restait encore au monastère. On n'est pas moins étonné de sa cbastelé pure et virginale, et portée au plus haut degré; il ne put jamais souffrir qu'on vît à nu aucune partie de son corps , ni même qu'on pansât ses plaies, sinon une fois ou deux, qu'il permit au frère Vittorio, qui était grandement dans sa confiance, de le faire. 11 veillait avec la n.ème exactitude sur ses yeux , par lesquels les mauvaises pensées entrent si souvent dans l'esprit. Lorsqu'il marchait dans les rues ou dans le cloître, il faisait tomber son capuchon sur son visage, à tel point que quelques-uns de ses frères n'ont jamais pu voir la couleur de ses yeux ; pour la même raison, il ne voulut jamais converser avec les étrangers, ni même avec sa propre sœur, plus de quelques secondes. 11 a élé attesté avec serment qu'an jour qu'elle était venue le voir, il descendit à la porte du couvent, et la salua tout debout en ces termes : Jésus-Christ soit béni ! Vous portez-vous bien?

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l'Ile BjB.nl répondu que oui, il reprit: Grâce* une preuve convaincante , «lit à voix bâti en suiint rendue* à Lieu I Bile continuaen P. Pacifiqu ici. i. ce commandement,

suite à lui demander s'il aurait pour agréa- qui n'avait pu qu'à peine être entendu

ble qu'elle constituai certains parents éloi- celui avec lequel il t'entretenait alors, Paci

gnés héritiers de ses biens. Il répondit aussi- Qque répondit : Tout à l'heure, pire ourdi

tôt: En bonne juttice, de$ nôtres, de» nôtres; à l'instant même; puis venant en toute bile,

et «M disant ces mots il regagna sa cellule, il lui demanda humblement ce qu'il désirait

Dieu lit voir par des preuves manifestes coin- de lui. Le supérieur, noi moins étonné qu é-

i i n lui était agréable la pureté de son ser- difié, lui «lit qu'il n'en désirait rien davaav-

vileur : car sa cellule, son liahit, les bandages lage pour le moment, el le renvoya en lui

avec lesquels il couvrait ses plaies, et, après donnant sa bénédiction. Il obéissait avec la

sa mort, sou corps, exhalaient nue odeur même fidélité et la même promptitude i

toute icleste. Nous avons déjà \ u en plu- compagnons et aux frères eonvers ctix-mé-

sieurs occasions ju^»ju'à quel point il avait mes. Lorsqu'il était en voyage avec eux.

renoncé a sa propre volonté et s'était USSU- entretiens roulaient toujours sur I s miséri-

îetti a une prompte et parfaite obéissance, cordes et sur la grandeur de Dieu , ruais en

lors même qu'il vivait a vec son oncle clans toute autre chose il leur Obéissait comme a

le inonde. Ses supérieurs OU ceux ,111 soin ses supérieurs. Il entreprit un jour le rude

desquels il lui arrivait d'être confié, soit pour et pénible 1 oj age du mont Alverne . célèbre

cause de maladie OU pour toute autre raison, dans tout le inonde, comme le Calvaire ou le

savent qu'ils n'avaient qu'à parler pour être séraphique saint François recul les miracu-

olieis ; ainsi lorsque son supérieur l'envoya , Ieux stigmates ou les cinq plaies de la passion

malgré son état de maladie et d'extrême l'ai- de notre divin Rédempteur. Quelles ne lurent

Idesse, dire la messe à une chapelle éloignée pas ses aspirations amoureuses, les ravisse-

de deux milles et demi du monastère, Pacifi- mentsdeson âme et ses contemplations sur la

que partit à l'instant sous une pluie battante, passion de Jésus dans ce très-saint et Lrès-vé-

el marcha d'un pas si rapide que son coin- nérablc sanctuaire ! Nous n'en parlerons pas

pagnon , qui était jeune et vigoureux , avait ici; mais ses compagnons rapportent que,

peine à le suivre. Le supérieur reconnais- durant tout le voyage, il montra l'obéissance

sant l'imprudence qu'il avait commise en empressée d'un nonce. C'est ainsi également

l'envoyant hors du couvent en pareil état, qu'il obéissait à l'infirmier pendant sa mala-

lui en demanda pardon: mais il l'interrompit die; c'est ainsi encore que, dans sa dernière

en lui disant: C'est Dieu et non vous, mon maladie, il obéit uses supérieurs lorsqu'ils

père, fui m'avez envoyé. On savait qu'il était lui défendirent de satisfaire le désir qu'il

doué du don de prophétie, quoi que fit son avait de descendre à l'église, ou même de se

humilité pour le cacher. Son supérieur ce- mettre à genoux dans sa chambre pour

pendant mit son obéissance à l'épreuve , en épancher les tendres affections de son âme. lui ordonnant de déclarer quel était celui Les auteurs spirituels disent qu'il ne peut

qui devait être élu provincial dans le chapi- y avoir de véritable obéissance si elle n'est

tre de leur ordre, qui se tenait alors à Monte fondée sur l'humilité; c'est pourquoi Pari-

Santo. Il y eut un instant un combat en lui, fique se jugeait indigne de l'estime des bom-

entre son humilité qui le portait à garder le mes, et cherchait en toute occasion à fuir

silence, et son obéissance qui le pressait de ieurs louanges el à attirer sur lui le tnc-

parler ; l'obéissance l'emporta enfin sur la pris, en un mot. à atteindre celte vertu dans

répugnance qu'il ressentait, et, sur les in- sa plus vaste étendue et dans sa plus haule

stances répétées de son supérieur , il lui an- perfection. Son habit etail toujours le plus

nonça que le P. Joseph de Monte Falcone vieux et le plus râpé qu'il pût trouver : dans

serait choisi. Le résultat de l'élection conlir- le couvent, il obéissait aux ordres mêmes de

ma sa prédiction. Sur un commandement ses inférieurs : au réfectoire, il s'asseyait S

semblable, il prédit au P. Dominique de (an- la dernière place, quoique, à titre d'ancien-

goli qu'il serait élu provincial. Comme les neté. sa place fût auprès du supérieur ; et lors

supérieurs ont coutume, à l'époque de leur même qu'il était gardien . il avait de la peine

élection, d'établir de nouveaux règlements à se résoudre à prendre la place qui lui ap-

qui sont lus à haute voix à tous les religieux, parlenait; il recevait les paroles dures , les

Pacifique craignant, à cause de sa surdité, reproches et les sarcasmes sans le moindre

de ne pas bien les entendre tous , avait un murmure ; il ne faisait qu'élever les veux au

soin particulier de se les faire expliquer dis- ciel el dire : Qu'il eu soit ainsi pour l'iimaur

Linetsment par un de ses frères. Mais l'exem- de Dieu. Il usait de toutes sortes d'artifices

pie le plus étonnant d'obéissance qu'il nous pour cacher aux autres ses mortifications 1 !

offre. ainsi que de la faveur dont Dieu sut le ses rudes disciplines . el cherchait avec soin

récompenser, a été raconté parle I'. Bernar- à dérober a leur connaissance les dons siir-

din, qui l'avait appris de la bouche d'un re- naturels dont Dieu le favorisait ligieux présent au moment où le lait était Oui pourrait dire par quelles sévères mor-

arrivé. Son supérieur était place avec un lilîcations et par quels jeunes il assujettissait

autre religieux à une fenêtre qui avait vue son corps '.' Outre les jeûnes qu'il pratiquait,

sur un jardin où Pacifique se promenait, comme nous l'avons vu, trois fois la semaine,

mais à une grande dislance de là. Ils s'en- jusqu'à ce que ses supérieurs l'eussent I

(retenaient de son obéissance héroïque quand Ireint au vendredi et au samedi . où il ne

le premier, pour en donner sur le lieu même goûtait quelquefois pas une bouchée de pain

VIE DE S. PACIFIQUE DE SAN SEVERINO

ni une goutte d'eau , et les carêmes de saint François , il se faisait du peu de nourriture qu'il prenait une matière nouvelledemorlification , en y mêlant de la cendre , ainsi qu'il a été attesté par plusieurs personnes qui l'avaient attentivement observé. Un autre exemple, plus remarquable encore, confirmera ce que je viens de dire. Ce fut à l'occasion du Pardon d'Assise (1), foire qui , en ce temps-là , se tenait d'ordinaire sur une place voisine du couvent de Forano. Pacifique traversant cette place , et sentant une odeur de chair de porc rôtie, dit plusieurs fois à son compagnon: Sentez-vous cette odeur?

L'autre, supposant qu'il avait le désir d'en manger, le dit au supérieur, qui aussitôt en envoya chercher un morceau et le fit mettre devant lui à table. 11 n'y toucha pas , seulement il pria le frère qui servait à table de lui faire le plaisir de le placer devant lui jusqu'à ce qu'il l'eût mangé. Sa demande fut exaucée : tous les jours le morceau de viande lui fut servi à table, jusqu'à ce qu'enfin venant à se gâter, il le mangea, en se disant à luimême : Mange-le , vil corps , ce n'est plus maintenant du porc comme il était dans le principe.

Outre les disciplines ordinaires , prescrites par la règle trois fois la semaine , il se frappait cruellement trois fois le jour avec des chaînes ou des cordes , de manière à remplir d'horreur tous ceux qui entendaient le sifflement des coups, ou qui voyaient les torrents de sang qu'il répandait pendant celle dure flagellation. Couvert de rudes cilices , il entreprenait de longs voyages , marchant sur des épines et des pierres aiguës , dormait peu , n'approchait jamais du feu, et laissait la fenêtre et la porte de sa cellule ouvertes, au milieu des plus rigoureux bivers , afin d'entendre le son de la cloche qui l'appelait aux exercices de la communauté. C'est ainsi qu'il tenait son corps assujetti à l'esprit, et qu'il entra dans la gloire en passant par les douleurs et les tribulations.

On peut aisément inférer de ce qui a été dit précédemment , que , dans l'étal d'union où son âme vivait avec Dieu , il lui fut donné de percer les voiles du temps et de révéler des événements futurs , parce que , comme le fait observer saint Grégoire, les dons surnaturels servent à faire connaître aux boinmes la sainteté des serviteurs de Dieu , et leur attirent le respect et la vénération de tout le inonde. Dans les procès , il est rapporté plusieurs faits qui prouvent à quel haut degré il possédait l'esprit de prophétie, non-seulement par rapport aux événements grands et extraordinaires , mais même par rapport aux accidents ordinaires de la vie. Deux religieuses du couvent de Sainte-Claire

(I) La Perdona d'Assise qui se lient le 2 août, est ajnsi appelée à cause île l'indulgence plénière que I i Tout-Puiasanl lui-même ordouna à saint François daccorder a loua ceuxqni visiteraient, ce iour-là, l'église d'A« ou toute autre église de l'ordre des franciscains. L'autographe île sainl François contenant sa publication et la concession de cette indulgence, est encore exposé a la vue dans l.i sacristie <v la principale église d'Assise, en se mi leoi cii iquè avnée un nombre inrrojable de pclei

ayant appris que le bruit courait dans le public que leur père serait démis de sa charge de chirurgien de la ville , à l'expiration du terme fixé , envoyèrent demander à Pacifique si ce bruit avait quelque fondement. Il refusa quelque temps de répondre ; mais enfin , forcé par l'obéissance due à son supérieur , il déclara qu'il serait confirmé dans sa charge pour l'année suivante , ce qui se vérifia à la lettre , puisque ce ne fut qu'à la fin de cette année qu'il fut démis de ses fonctions. Julien Zaffarini était dans l'habitude de visiter Pacifique au monastère; le saint lui répétait souvent que le Seigneur était irrité , et que l'on était menacé de quelques fléaux ; ce qui faisait que Julien vivait dans une grande crainte et une grande appréhension. L'effet de celte prophétie ne se fit pas longtemps attendre: car, l'année 1703, un horrible tremblement de terre répandit la ruine et la désolation dans toute l'étendue des Etats de l'Eglise, cl à peine ce fléau avait-il cessé qu'il en survint un autre, lorsque, deux ans après , les troupes autrichiennes traversant la Marca , où San Severino est situé, attirèrent sur celle contrée plusieurs grands malheurs. Le frère de Julien voyant que les ennemis s'étaient campés dans une campagne voisine d'une de ses fermes , se hâta de recourir à l'intercession du saint , afin que sa propriété fût épargnée, et il en reçut aussitôt la consolante nouvelle qu'il n'avait nulle raison de concevoir la moindre crainte ou la moindre alarme. Cette prophétie eut tout son effet : car, quoique plusieurs soldats fussent entrés chez lui , il n'en reçut aucun dommage ni aucune insulte , et il ne fut pas forcé, comme plusieurs de ses voisins, de livrer ses bœufs pour le service de l'armée. Le père Jean- Baptiste de Candelara raconte un fait qui lui est arrivé personnellement, et qui sert à montrer jusqu'à quel point Dieu ouvrait à son serviteur les secrets des cœurs , où nul autre que lui ne saurait pénétrer. Ce religieux était troublé d'une forle tentation intérieure de quitter l'ordre de Saint-François, bien qu'il n'eût laissé apercevoir aucun signe extérieur qui pût faire découvrir à aucun de ses frères les pensées secrètes de son esprit. Un jour cependant qu'il était plus tourmenté que de coutume de ces pensées , le saint lui adressa la parole au chœur en ces termes : Vous êtes tenté de vous repentir d'être entré dans notre ordre. Le bon père resta un moment muet d'clonnement et de surprise, en voyant que le saint était éclairé d'une lumière surnaturelle pour découvrir l'amertume et le trouble intérieur de son âme; mais Pacifique continua de lui parler en l'exhortant à demeurer dans l'état où Dieu l'avait appelé , ce qui fit qu'il y persévéra , malgré toutes les autres contrariétés dont il fut éprouvé drus la suite, et qu'il supporta avec une patience et une résignation incroyables, parce que le saint, dans la même occasion , les lui avait toutes prédites , et préparé ainsi son âme à les recevoir.

Nous ne cilerons qu'un seul exemple eu

IiI;\|hn>IU\IIo\ I \ INGËLUjUB.

prouve du soin qu'il avait de faire servir à

la cause dfl la charité Ion-, 1rs dont surnaturels dont il avait été favorisé, et du eèle avec lequel il les exerçait pour le soulagement des affligés. Marie Gregoretti ayant éprouvé des pertes considérables et fait des dépenses énormes dans la poursuite d'un prorès commencé par feu son mari contre le trésorier de la province , eut recours au père Bonaventure, supérieur du saint, afin de savoir par lui quelle serait l'issue de ce procès. 11 ordonna à Pacifique de se mettre en prière , et de déclarer ensuite ce que Dieu lui aurait révèle pendant ce temps-là. Il ne tarda pas à revenir , en disant qu'e//e devait prendre. courage , parce que la tris-sainte \ verge viendrait à son secours. On concevra aisément quelle fut sa joie lorsqu'elle entendit celle réponse; mais elle fut bientôt interrompue par l'arrivée d'une lettre qui détruisait toutes les espérances qu'elle avait conçues d'un arrangement à l'amiable de l'affaire. Elle courut au couvent avec la lettre, se plaignant que le père Pacifique l'avait trompée par des promesses flatteuses. Le supérieur lui ordonna de nouveau d'implorer les lumières du ciel ; cl, sa prière étant finie , il dit au supérieur de faire savoir à celle femme que, le jour de la fête de la Purification de Notre- Dame , elle serait consolée, et que ce serait à son avantage. La prédiction se vérifia cinq jours après : car le jour même qu'il avait indiqué, le trésorier vint la trouver et lui dit que, ne pouvant ni manger ni dormir depuis trois jours et trois nuits , il désirait en venir à un accommodement, et lui versa à l'instant même trois mille couronnes pour couvrir les pertes qu'elle avait souffertes.

A ces exemples de l'esprit prophétique de Pacifique, nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres, lires des actes authentiques de sa béatification ; mais nous pensons qu'il vaudra mieux exposer brièvement quelques autres preuves de la faveur dont le Tout- Puissant l'honorait, et de la manière dont sa sainteté extraordinaire se révéla à plusieurs personnes. On le vit souvent, ainsi que nous l'avons déjà rapporté , élevé de plusieurs doigts en l'air pendant la célébration du saint sacrifice; un jour même, il demeura ravi en extase , les bras étendus et les yeux élevés au ciel, plus de quatre heures de temps, ainsi que l'a attesté une personne qui était présente. Les religieux qui lui servaient la messe jouirent souvent du spcclaclc de ces transports extatiques ; mais le l'ail le plus surprenant pour ceux qui en furent les témoins, est, ainsi qu il est rapporté dans les procès , que , tandis qu'il offrait les redoutables mystères , son visage , de pâle qu'il était auparavant, non-seulement prenait un teint vermeil, mais brillait d'une lumière surnaturelle si vive, que, sur le mur de vis-a-vis, on apercevait dos rayons jetant un éclat inaccoutumé , qui , d'après les observations de ceux qui s'j étaient rendus pour en être témoins, ne pouvaient venir que de sou visage, puisque le soleil était

alors caché sous d'épais nuages et dérobé à

la v ue.

Nous lisons dans les Fleuri de saint François ci dans sa Vie par saint Bonaveulure ,

quel tux rosi. lient suspendus immo-

biles dans lis airs, ou perchés sur les branches, pour entendre les paroles qui sortaient

de sa houibe, et n'en voulaient point partir avant d'avoir reçu sa bénédiction. De même, ainsi qu'il est attesté dans le procès par plusieurs témoins oculaires, les hirondelles, au mois d'août, volaient dans la cellule de Paci- Gque, avec des démonstrations exlraordina res de joie ci de bonheur, et allaient se norcher sur sa main ; il jouait avec elles, et ell s n'en quittaient point qu'il ne les un .Mario d'Orazio observa que quand le saint allait à Cimarella , ces mêmes oiseaux voltigeaient autour de lui ; qu'elles quittaient leur nid, placé dans une maison voisine, pour aller à sa rencontre ; que s'il lui arrivait d'y coucher, elles y restaient avec- lui, faisant entendre toute la nuit leur petit ramage : si bien que le témoin qui fait cette déposition ne pouvait dormir ; et quand, dans ces on asions, il demandait au saint pourquoi elles le saluaient avec tant de marques de réjouissance, il éludait la question, à laquelle il ne voulait pas faire de réponse, on disant : Peutêtre ont-elles eu hier une nourriture abondante, et aujourd'hui elles en remercient Dieu par leurs chants. Le malin, lorsqu'il se mellait en roule, elles l'accompagnaient à une bonne dislance sur le chemin , puis revenaient ensuite à leurs nids. Ces muettes créatures, en eflet , sont invitées à honorer le Seigneur, cl elles aussi par leurs chants bénissent et louent son saint nom ; c'est pourquoi elles furent toutes placées sous le domaine de l'homme « afin que lui, qui seul possède le don de la parole, fût l'organe et l'inlerprète de leurs actions de grâces mutuelles et simultanées envers Dieu ; et, quoique, par la chute de nos premiers parents, l'homme ait perdu l'empire qui lui avait été dévolu sur toutes les créatures, nous savons cependant que, toutes les fois qu'il s'est trouvé sur la terre des hommes qui n'ont jamais souillé la robe blanche do leur innocence et ont vécu dans une union et une paix continuelles avec Dieu, les plus viles el mémo les plus sauvages créatures sorlies do ses mains sont devenues douces et docil ont prêté l'oreille à leurs discours : car ce qui a été perdu par le péché se peut roi ouvrer par l'innocence , et celui qui obéit on toutes choses à son Créateur reçoit de la soumission et île l'amour de la part des êtres que le péché avait armes contre lui.

Les procès pour sa béatification contiennent les dépositions de plusieurs témoins oculaires attestant qu'étant en voyage, dans les temps même les plus orageux, jamais la

pluie ni la neige no Ion, liaient sur lui, et que la boue qui couvrait les chemins no louchait ni ne souillait ses pieds, tandis (pie ses compagnons étaient obliges de changer d'habit?,

les leurs étant trempes par la pluie qui était tombée dans le voyage. Si\ ou sept homme*

VIE DE S. PACIFIQUE DE SAN-SEVERINO

étaient employés à ramasser une charge de bois à feu pour l'usage du couvent, en plein air, pendant que la neige tombait en abondance ; Paciûque, qui les regardait de sa fenêtre, leur cria de continuer leur ouvrage qu'ils se préparaient à abandonner, parce que la neige ne leur nuirait en rien. Au moment où il prononça ces mots, la neige cessa de tomber dans le lieu où ils étaient , quoiqu'elle couvrît tous les lieux environnants. Lorsqu'ils eurent fini leur ouvrage et qu'ils furent partis, la neige se mit aussitôt à tomber de nouveau sur le bois et sur le lieu où ils étaient employés.

Après avoir ainsi décrit ses vertus et les effets merveilleux qui en sont résultés, passons maintenant aux dernières scènes de la vie pure et sans tache de ce saint religieux. Outre la privation de la vue et de l'ouïe, qu'il avait perdues depuis plusieurs années , il avait été pendant tout ce temps-là affligé de violentes douleurs, causées par les plaies qui s'étaient formées à ses jambes , où il s'était établi des cours, qui vinrent tout à coup à s'arrêter; mais toutes ces humeurs, en passant dans le sang, occasionnèrent une Gèvre violente dont il fut attaqué le 16 septembre 1721. Il n'ignorait pas que cette maladie le conduirait au tombeau, comme il l'avait prédit , ainsi que nous l'avons vu , deux mois auparavant; c'est pourquoi il en supporta toutes les douleurs et toutes les souffrances avec patience et résignation , bénissant et louant Dieu pour ses infinies miséricordes, et le priant de lui donner le courage de supporter de plus grands maux et de plus grandes souffrances encore pour son amour. Il répétait sans discontinuer les actes de foi , d'espérance et de charité, dont il s'était fait toute sa vie un exercice habituel; mais avec quelle dévotion , avec quels fervents actes d'humilité, de foi , de religion et d'amour il accueillit le Dieu de gloire qu'il avait servi si longtemps et si fidèlement, lorsqu'il le reçut pour la dernière fois! Ses membres avaient perdu leur vigueur et leur mouvement ; mais, recueillant le peu de force qui lui restait, il put se mettre à genoux et réciter d'une voix faible, et cependant intelligible, celte prière si tendre de saint Bonaventure , qui commence par ces mots, Sacrosanctœ et individuœ Trinitati, etc. ; et, lorsqu'à vec des sentiments d'amour et d'adoration qu'aucune langue humaine ne saurait exprimer, il eut été fortifié et soutenu par le pain des anges, il serait volontiers descendu à l'église, selon sa coutume, pour rendre grâces a Dieu d'avoir daigné le visiter ; mais ses supérieurs l'en empêchèrent. II ne cessa pas cependant de rendre au Seigneur louange et gloire et de se recommander avec ferveur à son infinie miséricorde; et quelque temps après, ne s'apercevant pas, à cause de la privation de la vue et de l'ouïe dont il était affligé, qu'il y avait quelqu'un dans sa chambre , il se leva de son lit, et, s'étant mis dévolement à genoux, il récita dois Ave Maria, à la fin desquels il ajoutait, avec une particulière ferveur, ces paroles : Qu'ils servent, ô mon Dira,

DliMONST. EvANG. XVI.

à la réparation de mes péchés 1 11 eût prié plus longtemps, mais sa maladie l'en empêcha ; et le mal prenant de moment en moment une nouvelle violence, on lui administra le sacrement de l'extrême-onction, qu'il reçut avec les plus vifs sentiments de foi et de piété. Le médecin l'avertit alors qu'il n'avait plus que peu de temps à vivre ; il reçut cette nouvelle avec joie et contentement, désirant ardemment d'être dégagé des liens du corps et d'être avec Jésus-Christ. Ses frères virent qu'il était nécessaire de lui rafraîchir la gorge et la bouche, brûlées par la fièvre, et essayèrent de lui faire avaler quelques gouttes d'une liqueur fortifiante ; mais, malgré tout son désir de se prêter à leurs vœux, il ne put réussir à en avaler une seule goutte. Comme cependant il fallait absolument qu'il prît cette potion , l'infirmier imagina un moyen plus efficace d'y réussir : ce fut, en la lui présentant de nouveau, de lui dire de la boire en l'honneur de la très-sainte Vierge, dont l'Eglise célébrait une des fêtes ce jourlà même. En entendant prononcer ce doux nom , le malade reprit une nouvelle force et avala la potion tout entière, sans la moindre difficulté, au grand étonnement de tous ceux qui étaient présents.

Le huitième jour, ses supérieurs jugèrent qu'il était temps de lui donner la dernière absolution et de lui appliquer l'indulgence in articulo mortis, suivant l'usage de cet ordre séraphique. Il fut encore empêché de se mettre à genoux durant cette grave cérémonie ; mais, pour satisfaire sa dévotion, on lui permit de rester assis sur son lit, et ce fut ainsi que, les bras croisés en forme de croix sur la poitrine , et les yeux élevés vers le ciel, il reçut l'absolution générale et l'indulgence. Sa fin approchant évidemment, ses compagnons furent appelés à sa cellule, afin d'y réciter pour lui la recommandation de l'âme à Dieu. Tandis que son confesseur lui suggérait des actes de résignation à la volonté divine, on s'aperçut qu'il faisait le signe de la croix et cherchait à se frapper la poitrine , malgré son extrême faiblesse. A ce moment donc, qu'il se trouvait couché sur le côté droit , pressant un crucifix dans sa main , et montrant par le mouvement de ses lèvres (car il avait perdu l'usage de la parole) qu'il faisait des actes de foi et d'amour, les frères commencèrent la recommandation de l'âme. A ces mots : Proficisccre , anima christiana, Partez, âme chrétienne, il inclina la tète , comme en signe d'obéissance à sou supérieur qui les prononçait; puis joignant les mains, il rendit doucement son âme à Dieu, le jour de la fête de Noire-Dame de la miséricorde, en l'année 1721, âgé de soixantesix ans , dont il avait passé cinquante et un dans l'ordre de saint François.

Il n'entre pas dans notre plan de parler de la vénération et de la réputation de sainteté que ses vertus excitèrent dans tous les cœurs, au moment surtout où ses restes mortels furent déposés dans la tombe ; nous rapporterons seulement ici quelques-uns de ses nombreux miracles, pour l'instruction et l'édifi-

(Qualorxc.)

DEMONSTRATION 6TANGÊLIQ1 I.

cation de cens qui liront ceci, l'.tniii le grand

nombre de inir.it les consignés dans les a (les «If sa béatification, nous en choisirons deux qui ont reçu l'approbation du sainl-sie^e.

Sebastien Pasqualiui , meunier de la nlle di Malchca, avait eu le inallicur, on cher- I -liant a lc\if une écluse qui fermait un des principaux courants d'eau qui lais. unit marcher son moulin, de tomber à la renverse et de se rompre les deux os de la jambe. Ou le porta sur son lit, et le chirurgien, après avoir examiné la fracture, essaya de remettre les os dans leur position naturelle ; mais, après avoir pendant quarante jours mis en œuvre toutes les ressources de son art, il y renonça, regardant la guérison comme désespérée. Le patient resta en cet état pendant trois mois, au bout desquels on lui conseilla de recourir à l'intercession du B. Pacifique. Il fut placé sur un cheval par sa femme et ses amis, qui purent reconnaître que la fracture n'était pas encore guérie, tant par le mouvement de la partie inférieure de la jambe , qui remuait comme s'il y eût eu une jointure à l'endroit où elle était fracturée , que par le bruit que faisaient les os en se choquant l'un contre l'autre, et par la douleur intérieure que lui causaient les mouvements du cheval. Ils marchèrent ainsi à petits pas, jusqu'à ce qu'enfin , à cinq cents yards environ de l'église où l'on conservait le corps du saint, Sébastien se sentit comme privé de l'usage de ses sens, tandis que le cheval le portait d'un pas gai à la porte de l'église. Oubliant alors l'infirmité qui lui ôlait l'usage de ses jambes , il descendit hardiment de cheval , marcha, examina sa jambe, et la trouva complètement guérie, sans plus aucune douleur, et sans qu'il restât aucune trace de la fracture. 11 rendit de pieuses actions de grâces au saint, retourna chez lui, et reprit son dur et laborieux métier.

Le second miracle est la guérison de Marie-

Françoise Riccetto. A ta seivnntp uns loti ••me année de sou âge, elle fut atteinte d'une

attaque de paralysie qui non-seulement lui tordit la boucle- et lui ôta l'usage de la parole, mais <h casionna de plus une hémiplégie, ou paralysie complète de loul le côté gauche

de --oii COI US. On la mit sur son lit, et le i ure de la paroisse, qui fut appelé auprès d'elle, crut qu'il était temps de lui administre! lei derniers sacrement?. Le chirurgien cependant la saigna au bras droit . et I effet qui en résulta fut que sa bouche rerint peu a peu dans son état naturel, qu'elle recourra la parole , et que la paralysie même quitta le côté gauche. Hais tandis que les tympb de cette maladie disparaissaient dans tout le reste du corps, elle déchargea toute sa \iolcnce sur le bras droit, qui fut à la fois privé de sensibilité et de mouvement. Le mal alla en augmentant , au point que les musc les chairs se consumèrent , et que la peau devint jaune et dégoûtante à la \ ue. La malheureuse patiente en était réduite a porter son bras en écharpe. Le vicaire, touché de compassion à la vue de ses souffrances , lui conseilla d'avoir recours à la puissante intercession de saint Pacifique. On plaça une relique du saint sur le membre flétri, et au moment même qu'on fit sur lui le signe de la croix, le bras reprit sa vigueur et s» s u.ouvcments, les muscles se rétablirent, la peau reprit sa couleur naturelle , et cette femme conserva jusqu'à sa mort l'usage parfait de son bras et la liberté de ses mouvements.

La cause de la béatification du seivilcur de Dieu fut portée devant Benoît XIV. en 1752, et fut par lui déférée à la congrégation des rites l'année suivante. Le cardinal duc d'York fut nommé rapporteur, et, sous ses auspices et ceux de Mgr. Charles Erskine (depuis cardinal), promoteur de la foi, le décret pour la béatification fut rendu par Pic Vil en 1785.

:te

VERONIQUE GIULIANI.

Souvent il se trouve dans la Vie de ceux qui jouissent d'une réputation de sainteté certains traits extraordinaires dont les profanes se fient témérairement et follement, comme de vaines illusions , fruits d'une imagination m délire, tandis que, d'un autre côté , ta foule ignorante les reçoit comme des preuves irréfragables de vertu ; il n'est pas rare même d'en rencontrer qui , égarés par une fausse apparence de prudence et de réserve , prononcent aveuglément que ce ne sont que des effets de la fourbe et de l'artifice. L'homme prudent et sage éritc ces deux excès; tandis qu'il admire en silence les choses qui dépassent les bornes des intelligences ordinaires, il en recherche les causes, sans toutefois encore se prononcer, d'après ces effets . IW lei vertus de ceux dans lesnucls ils se muni/estent ; mais il considère

plus parliculièretnent l'influence qu'ils ont exercée sur leur conduite et leurs actes, afin, comme l'a enseigné notre divin Maître, déjuger de la qualité de l'arbre par le» fruits qu'il produit (1 . Nous prions ardemment le pieux lecteur de ne pas perdre de \ue ces principes en lisant la \ic de celle au sujet de laquelle ils ont été énonces ; et dans l'histoire si pleine de merveilles que nous allons raconter, qu'il ne se prononce pas. avant un mûr et soigneux examen des éréaements euxmêmes, et avant sTnvoir considéré attentivement que toujours les grâces que l.i servante de Dieu rece\ail net. lient pas seulement des

,1 Me VI. Décret approuvant, les vomis de la véuér. Yéruuiuuc Oiuliaui. wril 17>c»

VIE DE SAINTE VERONIQUE GIUL1ANI.

marques évidentes de la protection divine, mais ne manquaient jamais d'exciter dans son cœur une humilité plus profonde , une charité plus ardente, avec le désir de les cacher aux yeux des hommes ; que c'était principalement dans le temps de la prière qu'elles lui étaient communiquées ; et qu'au désir de souffrir pour l'amour de Jésus-Christ elle joignait la plus rigoureuse mortiûcation de la chair : toutes conditions que l'immortel pontife Benoît XIV a posées comme des règles pour servir à déterminer la réalité de ces sortes de dons surnaturels. Pour gloriGer sa servante, il plut à Dieu, pendant le cours même de sa vie mortelle , de faire connaître ses vertus et les grâces qu'il lui avait conférées, à plusieurs de ses compagnes, à quatre évêques de la ville où elle a vécu, et à treize religieux de différents ordres, qui ont été ses directeurs, et qui nous ont transmis un exact et fidèle récit de toutes ses actions. C'est de leurs dépositions et d'autres récits authentiques qu'est formée l'histoire que nous allons tracer des actions et des vertus de cette sainte , que plusieurs volumes ne sufûraient pas pour raconter en détail.

Sainte Véronique Giuliani naquit le jour de la fête de saint Jean l'Evangéliste, en 1660, à Mercatello, dans les Etats de l'Eglise. Elle reçut à son baptême le nom d'Ursule , parce que Dieu la destinait , comme notre sainte martyre , à être vierge et à conduire à sa suite beaucoup d'autres vierges au royaume des cieux. Dès sa plus tendre enfance, elle donna des présages de sa sainteté future ; car le mercredi , le vendredi et le samedi , que l'Eglise regarde comme des jours de pénitence, elle ne voulait prendre aucune nourriture, sinon très-peu de chose le malin et le soir; et, avant l'âge même de six mois , à la vue d'un tableau représentant la très-sainte Trinité , en l'honneur de laquelle ce jour-là était consacré (12 juin 1661) , elle quitta de son propre mouvement les bras de sa mère, et, sans qu'on l'aidât aucunement, elle s'avança vers ce tableau, et, manifestant par plusieurs signes le respect dont elle était pénétrée , elle resta devant , comme dans l'enchantement {De Canoniz., lib. III , cap. 12 ). 5 Ayant été conduite , à l'âge d'un an et demi , par sa bonne , à une boutique où elle était allée pour acheter de l'huile , elle s'aperçut que le marchand, en la servant, employait une fausse mesure ; alors sa langue se délia et elle s'écria d'une voix claire : Agissez selon la justice, car Dieu vous voit. A l'âge de trois ans . ces semences de vertu commencèrent à prendre un plus ample développement, et produisirent en elle ces sentiments extraordinaires d'amour et d'affection envers notre divin Sauveur et la sainte Vierge, sa Mère, qui n'ont été communiqués qu'aux âmes les plus favorisées. Elle était âgée d'environ quatre ans lorsque sa mère tomba dangereusement malade, et que le saint viatique lui fut apporté. Au moment où le prêtre mit le pied dans la maison, Ursule le vit environné d'une lumière si brillante qu'elle courut à lui et lui demanda , de la manière la plus pres-

sante , à recevoir le saint sacrement. Pour l'apaiser , on lui dit qu'il ne restait plus de parcelles; mais elle répliqua aussitôt qu'il pouvait très-bien rompre une partie de l'hostie destinée à sa mère , parce que de même qu'un miroir, étant cassé, ne cesse pas pour cela de refléter les objets comme il le faisait auparavant, ainsi Jésus est aussi bien présent dans la plus petite parcelle que dans toute l'hostie, dont elle a été séparée. Aussitôt que sa mère eut communié, elle s'élança sur son lit en criant : Oh ! qu'on vous a donné de quoi de bon! Puis approchant sa bouche de la sienne, elle dit : O la bonne odeur ! Les personnes qui avaient soin de sa mère ne purent réussir à la lui faire laisser en paix. Avant sa mort, cette heureuse mère appela ses cinq enfants auprès de son lit, et recommanda chacun d'eux à une des cinq plaies de la passion ; elle donna à Ursule la plaie du côté de Noire-Seigneur ; aussi ce fut vers cette plaie que se porta sa dévotion , et par elle qu'elle reçut toutes les grâces dont nous parlerons dans la suite. La nuit qui suivit le décès de sa mère, elle refusa de se coucher, et ce ne fut qu'après que les gens de la maison eurent mis sur son lit une image de la sainte Vierge et de Jésus, qu'elle consentit à se coucher, et dormit d'un sommeil paisible.

Dans un âge si tendre encore, elle commença à donner des marques de cet amour du prochain et de ce désir des mortifications qui furent les vertus caractéristiques de sa vie. Toujours elle réservait une partie de sa nourriture pour la donner aux pauvres ; une fois même qu'un pèlerin demandait l'aumône, ne sachant quoi lui donner , elle prit un de ses souliers qu'elle venait de mettre pour la première fois , et le lui donna ; et sur ce que lui dit le pèlerin, que ce soulier ne pouvait lui servir de rien sans l'autre, elle le lui donna également avec la même générosité. Un double prodige fit bien voir que cette action plaisait à Dieu : car le second soulier étant resté accroché au-dessus de l'arche qui couronnait la porte , le pèlerin s'éleva plus haut qu'il n'est naturel à l'homme pour l'atteindre; et Notre-Dame, bientôt après, apparut à Ursule, tenant les souliers à sa main , enrichis de pierres précieuses éclatantes, et lui dit qu'en la personne du pèlerin, c'est elle qui les avait reçus, et quec'élait son divin Filsqui les avait ornés de cette manière. Son amour pour la mortification était encore plus remarquable. Lorsqu'elle n'était âgée encore que d'environ trois ans , ayant entendu lire un récit des souffrances des saints et surtout des martyrs , elle courut sur-le-champ se jeter les mains dans le feu ; et ce ne fut que quand toute la famille , attirée par l'odeur, se porta dans la chambre où la chose se passait, qu'elle les en retira. Voici ce qu'elle écrivit plus tard à ce sujet : Je ne me le rappelle pas bien distinctement, mais il me semble qu'à ce moment je ne sentis pas les effets du feu , car le plaisir que j'éprouvais me mettait hors de moi-même ; après cependant , lorsque mes mains furent retirées du feu, je ressentis de la douleur. Tout le monde dans la maison se lamentait , mai$

DÉM0NSTRA1

vint , je ne me souviens pus d'avoir i> rsé une lui me.

A l'âge de sept .mis elle fat admise an sacrement de confirmation, et, pendant toute la cérémonie, Ba marraine ril son ange gardien à ses côtés. Nous avons de sa propre

main le récit d'autres visions de même genre

qui lui sont arrivées dans sa septième on huitième année : Je me souvit ru, dit-elle, qu'à l'âge d'environ sept ou huit ans, deux fuis durant lu témoin* sainte, Jésus m'apparut, couvert de plaiei ; il me dit d'avoir de la di\ otion pour su très-sainte passion, et disparut aussitôt. Je pleurai amèrement, et toutes les pus que j'entendais parler des tourments et drs souffrances de Notre-Seigneur, je sentais quelque chose en mon cœur , et f offrais en l'honneur de sa passion tout ce que j'entreprenais de /aire. Le désir me vint de demander à mon confesseur à faire quelque mortification . mats je ne le suivis pas. Je m'imposais cependant des mortifications, mais sans la permission de mon confesseur, comme de me donner la discipline, de marcher sur les genoux à nu , de me piquer avec des épingles, de baiser des lieux sales et de me frapper avec des chardons. Si j'entendais parler des œuvres de pénitence accomplies par d'autres , j'allais devant l'image de mon Sauveur, et je lui disais : Seigneur, si j'avais leurs instruments de mortification, je frais comme eux ; mais puisque je ne les ai pus, je vous offre mon désir. Il m'a souvent appris et rappelé qu'il m'avait fait, à cet âge, des invitations amoureuses. Ainsi, par exemple, lorsque j'avais résolu de prendre quelque récréation , et que je n'en pouvais trouver le temps, j'entendais Jésus intérieurement me dire : Que cherches-tu, que désires-tu ? Je suis ton vrai contentement; et je lui répondais aussitôt : Seigneur, pour votre amour je me priverai du plaisir que je recherchais. Comment ces réponses furent-elles proférées ? je n'en sais rien ; tout ce que je sais , c'est que je les ai faites. ... Quelquefois, lorsque je regardais le crucifix , Jésus parlait à mon cœur et me disait : Je serai ton guide et ton époux ; et moi, étendant les bras , je m'écriais : Je serai votre épouse et personne ne pourra m'en faire départir , je le promets de tout mon cœur ; accordezmoi que je ne me sépare jamais de vous.

Son père avait obtenu une place lucrative à Plaisance; il s'y rendit avec sa Famille. Ce fut dans cette ville qu'Ursule, alors âgée d'environ dix ans , fit sa première communion , le jour de la fêle de la Purification, en 1670. Après avoir reçu Notre-Seigneur elle se sentit intérieurement embrasée d'un feu qu'elle n'avait point encore éprouvé, et qui continua de la dévorer, à son retour même à la maison; de sorte que s'imaginant que c'était un effet ordinaire, produit dans tous ceux qui communient, elle demanda à ses S(pur9, dans toute la simplicité de son cœor innocent , combien de temps cela durait ordinairement ; mais s'étant aperçue, à leur air de surprise . que c'était une grâce spéciale qu'elle avait reçue de son Sauveur, elle n'en parla plus, et tacha de recevoir le sa-

ÉVANGÉLU 4»

crement d'amour aussi fréquemment que possible.

i ven cette époque que lui fat communiqué le don de l'oraison mentale. Le récil suivant, qu'elle a tra«é depuis par l'ordre de ses directeurs , expliquera de quelle manière elle le reçut : I A rage, je «rois, d'i n-

riron douze ans, j.- lentis souvent en moimême un désir «le me mettre in oraison,

mais je ne savais comment m'y prendra pour cela. Je me figurais que ce serait pure folie que de demander à mon confesseur de m'en instruire, parce qu'il connaissait ma méchanceté; et j'étais persuadée <|u il n*j avait que les bons et les personnes vraiment portées à la vertu, «jui dussent s'y appliquer; or je ne voyais en moi-même qu'inconstance cl défaut de persévérance. Je m'amusais à faire de petits autels, quoique en les faisant je me sentisse parfois l'esprit tout porté à la prière. Quand j'avais fini, je me mettais à genoux devant ces autels, et je restais longtemps dans cette posture; mais que faisais-jc alors? je n'en sais rien, car j'étais, pour ainsi dire, hors de moi-même. J'éprouvais un plaisir si vif que je ne pensais ni à manger, ni à faire quoi que ce fût ; je désirais que toutes les créatures aimassent et honorassent Dieu; je courais dire à mes sœurs de venir chanter avec moi : elles le faisaient, et j'y trouvais de grandes consolations. Aussitôt que mon père était de retour à la maison, je le conduisais à mon autel, et l'engageais à y réciter quelques prières avec moi. Aux approches de la fête de Noël, je ne pouvais plus contenir ma joie ; et, plusieurs fois, en considérant un tableau représentant Notre-Seigneur dans la crèche , il me semblait le voir environné de gloire ; il me fit entrer en union avec lui, mais je ne sais comment. Je ne parlai de cela à personne , et je n'en relirai même aucun profit , car je retournai tout aussitôt à mes folies enfantines habituelles. Les jours de communion, toutes mes délices étaient de rester autour de mon autel; quoique je ne susse ce que c'était que de prier mentalement, c'est-à-dire de faire oraison, mon esprit était tout recueilli en Dieu ; il me semblait sentir mon Dieu présent d'une manière toute particulière dans mon cœur ; je me mettais en prière , et , plus j'y restais , plus je désirais y rester; une lumière intérieure me montrait l'inconstance des choses humaines, et je me trouvais portée à tout quitter; je ne connaissais rien de bon que Dieu. Ces considérations fortifièrent en moi le désir de me faire religieuse; pour le désir de souffrir, je l'eus, je crois, dès mon enfance, comme je l'ai eu depuis ; mais lielas ! je n'en retirais aucun profit, car je n'avais pas plus tôt quitte l'autel que je me îe- ! mettais à tourmenter tantôt l'un , tantôt l'autre.

« Quoique je cherchasse de l'amusement dans les divertissements du monde, je sentais mon COBUr entièrement tourné vers Dieu ; autant que je peu m'en rappeler, la passion de mon Rédempteur me louchait fortement, quelquefois même jusqu'aux larmes. Plus je

m'exerçais à l'oraison mentale , plus les choses du monde meparaissajent ennuyeuses. Quelquefois j'avais une yue intérieure de moi-même toute particulière , mais je n'en faisais point part à mon confesseur ; il est vrai néanmoins que ces lumières intérieures me firent plus avancer que jamais dans la voie de l'oraison ; et, pour n'être point aperçue , je dis à la domestique de m'éveiller de grand matin ; elle le faisait , et je me levais à l'instant; je restais en prière pendant plusieurs heures, mais qu'y faisais-je? je ne saurais le dire. Je sais que j'étais hors de moi-même, et que je ressentais une volonté et un vif désir d'être employée à tous les travaux de la maison; mais cela m'était défendu , de peur qu'il ne m'en arrivât du mal. Rarement je me levais de prière avant d'avoir entendu le Seigneur me dire que j'étais destinée à devenir une de ses épouses. Je demeurais ainsi ferme dans le désir que j'avais d'entrer dans un ordre religieux , et ce désir s'accroissait de jour en jour. Quand il y avait quelque fête , je sentais une flamme dans mon cœur , qui mettait toute mon âme en feu : je ne pouvais rester en place, je courais çà et là dans la maison, comme si j'eusse été folle ; et je me faisais moquer de moi. Quelquefois tout mon plaisir était de faire des autels; et, quoique chez mon oncle cela ne me fût pas aussi facile que chez nous, je ne laissai pas néanmoins d'en faire. Je n'avais pas beaucoup d'inclination pour le travail , mais je pouvais en une heure faire autant qu'une autre en un jour; je ne me mettais pas en peine d'apprendre quoi que ce fût; mais tout ce que je voyais faire, je me trouvais capable de le faire aussi; et je réussissais dès que je voulais m'y appliquer. Je faisais le tourment de tous ceux avec lesquels je vivais , et tous cependant me voulaient du bien , et m'aimaient mieux que mes sœurs. Quand j'y réfléchissais , cela me surprenait outre mesure. Personne ne me parlait rudement, et cependant je faisais mille sortes de mauvaises espiègleries. J'étais naturellement emportée , et , lorsque j'étais contrariée, je trépignais et frappais du pied la terre, comme un cheval ; et, croyezle bien , c'était par pure méchanceté que je le faisais , car jamais personne ne m'y provoquait. Quand je prenais une chose en tête, il fallait qu'elle tournât au gré de mes désirs. Je sentais en moi-même des remords de ne me pas mortifier, mais je n'y faisais point attention. Il me semblait que toutes les fois que je me mettais en prière, Dieu me faisait entendre ce qu'il désirait de moi; mais je pensais que ce n'était qu'une pure illusion de mon imagination , quoique cette même lumière vînt de nouveau éclairer mon âme. Cela me fit beaucoup avancer dans la vertu,et je commençai à m'habitucr au silence: ce qui me rendait plus propre à m'appliquer à. la prière; et, bien que je ne me mortifiasse point encore, je me sentais encouragée à le faire. Ainsi, par degrés, j'entrais plus avant dans l'amour des souffrances. Quelquefois je me levais pendant la nuit, cl consa-

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