‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 66 sur 167 · VIE DE SAINTE VERONIQUE GIULIANI · texte numérisé non relu

VIE DE SAINTE VERONIQUE GIULIANI

crais quelques courts instants à la prière ; j'avais une affection particulière pour celle qui conduit à Y application et non aux récolr lections (1). C'est de cette manière que je passai les deux dernières années que je suis restée dans le monde , c'est-à-dire la quatorzième et la quinzième de ma vie. J'étais encore beaucoup adonnée aux vanités du siècle,etj'en éprouvais souventde la satisfaction; mais en même temps je sentais un remords intérieur qui ne me quitta plus que je n'eusse entièrement renoncé aux amusements que j'avais coutume de rechercher. »

Tels furent les commencements de cet état sublime d'oraison et de contemplation auquel elle s'éleva dans la suite ; toutefois il ne faut pas se persuader que ces saints exercices aient constamment été pour son âme une source de consolations et de délices; car ses écrits attestent la violente répugnance de la chair, les rudes tentations , l'obscurité d'esprit et la sécheresse de cœur contre lesquelles elle eut à lutter dans le combat qu'il lui fallut soutenir entre la nature et la grâce.

Outre ces combats intérieurs, sa persévérance et sa constance dans la fidélité qu'elle voulait garder au céleste époux des vierges , furent mises aux plus violentes épreuves parles efforts faits par son père et ses autres parents pour l'engager à prendre part aux vaines et frivoles occupations des personnes de sa condition , et à céder enfin aux sollicitations dont on ne cessait do la presser , sans épargner même la ruse et l'artifice, pour la déterminer à embrasser l'état conjugal : « Notre père, dit-elle, voulait que je fusse mieux mise que les autres, et c'était tous les jours de nouvelles vanités, aujourd'hui une parure et demain une autre. Il était si fou de moi, qu'à la maison il voulait toujours m'avoir à ses côtés. Je me prêtais facilement à tout cela ; mais je commençai à m'apercevoir qu'il ne voulait pas que je me fisse religieuse ; il me dit qu'il fallait me marier, et que je ne devrais pas le quitter, tant qu'il serait en vie. Ces paroles me remplirent de douleur, parce que toutes les fois qu'il me parlait de cette manière, je ne faisais que ressentir un plus vif désir d'être religieuse. Je le dis aux autres, mais personne ne voulait me croire ; tout le monde s'opposa à mon intention, et surtout mon père, qui en versa même des larmes, et me dit qu'il n'y consentirait jamais. Pour ôter cette idée de ma tête, il fit venir d'autres messieurs à la maison , puis il m'appela; il me promit en leur présence toutes sortes de plaisirs et d'amusements, ce qu'ils firent aussi eux-mêmes ; ils m'entretinrent des choses de ce monde, afin de me persuader d'y porter mes goûts ; mais leurs discours ne firent que m'inspirer des désirs contraires. En ce moment, les choses du monde me paraissaient si dégoûtantes que je ne pouvais en entendre parler; et plus d'une fois je les priai de ne plus me

(I) Le lecteur observera que ce terme est usité dans les écrits ries saints, dans le sens d'union élevée et presque extatique avec Dieu, dans la prière et la contempla» tioa

parler sur co sujet, parce que plus j'en cnti-iitlais parler, plus mon âme en éprouvait de L'éloignement. Mai> tout ce que je «lisais ne me serrai! de rieu : mon martyre recommençait tous les jours. Je patientai pendant quelque temps ; mais enfin je déclarai, en leur présence, que de pareils discours me dégoûtaient, et, en présence d'eux tous, j'exprimai la profonde pitié dont j'étais pénétrée pour le malheureux sort des personnes qui sont attachées aux choses de ce inonde. Je parlais le moins possihlc, parce que je savais que mon père prenait beaucoup de plaisir à m'entendre parler, et je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour diminuer cet attachement, en évitant de faire tout ce qui lui procurait du plaisir ; mais c'était absolument en vain : son affection semblait s'accroître de jour en jour. Quelquefois il me disait : Je veux te contenter en tout; la seule chose que je demande de toi , c'est que tu ne veuilles pas te faire religieuse ; et en prononçant ces mots il pleurait de tendresse. Je lui disais : Si vous voulez me contenter , je ne réclame pas de vous d'autre faveur, sinon que vous vouliez bien me placer dans un couvent; c'est là tout mon désir. Contentez-moi en cela, et vous m'aurez contentée en toute autre chose; tenez-vous-en là : ce sera pour vous une source de consolations dans la suite.»

Son père, voyant tous ses efforts inutiles , l'envoya vivre chez son oncle, qu'il eut soin d'avertir secrètement d'user de toute son influence et de toute son habileté pour la détourner de son dessein. Elle y fut attaquée d'une maladie à laquelle les médecins ne purent trouver de remède ; mais une des personnes attachées à son service s'étant aperçue qu'elle se trouvait sensiblement mieux toutes les fois qu'on lui parlait de religieuses et de couvents, en informa le père, qui aussitôt cessa de s'opposer à ses désirs. 11 ne lui eut pas plus tôt permis de choisir le couvent où elle voulait faire profession, qu'elle se leva de son lit; et tous les symptômes de maladie disparurent à l'instant même. Elle le pria alors de lui permettre d'entrer dans Tordre rigide des capucines de Citta di Càstello, et fut conduite par son oncle à 1 evêque du diocèse, pour en obtenir la permission. Il leur dit que toutes les places du couvent étaient remplies ; ils prirent alors congé de lui pour revenir à la maison ; mais Ursule supplia son oncle d'aller se présenter de nouveau avec elle devant le pontife; et là , tombant à genoux , elle le conjura d'un ton si pressant de la consoler en lui accordant la grâce qu'elle sollicitait, qu'il résolut de faire une exception en sa faveur. 11 lui adressa plusieurs questions, et lui demanda entre autres si elle savait le latin. L'oncle répondit aussitôt que non ; mais Ursule, pleine de confiance en Dieu , prit un bréviaire , et se mit à lire en prononçant de la manière la plus correcte ; et quoiqu'elle n'eût jamais étudié le latin , elle fut capable, tout le reste de sa vie, de citer les textes de l'Ecriture avec une parfaite aptitude et une parfaite

propriété. L'éréqtu lui accorda conséquemmeiit la permission d'entrer au couvent, ou elle fut reçue le 17 juillet Ki77, et prit l'habit

de Tordre le jour de la fête de saint Simon et saint Jude, de la même année. Le démon (lien lia à diminuer l'amour qu'elle avait pour son nouvel état, en le lui représentant comme menant au désespoir; tantôt il lui remplissait 1 imagination du souvenir de toutes les propositions de mariage et des jeunes gens qu'elle avait refusés ; et tantôt il lui rendait le temps de la prière ennuyeux et dégoûtant. « 11 me semblait, dit-elle, quetout l'enfer fût déchaîne contre moi, mais je n'y faisais pas attention. Quand je me sentais plus violemment agitée que de coutume par les attaques de ces esprits de ténèbres, je me retirais seule dans ma cellule, et là je répandais mon âme en prière devant Dieu , et lui représentais tous mes besoins. Quelquefois je lui offrais des actes de prière et le suppliais de ne pas m'abandonuer ; je lui disais, toute pleine de foi : Mon Dieu, vous savez que je suis votre épouse ; faites donc que je ue sois jamais séparée de vous. Oui , pour toujours, je me remets entre vos mains; je suis prête à faire tout ce que vous commanderez; je suis à vous, je suis à vous, c'est assez. » Dieu ne manquait pas de la fortifier, en lui disant au f md de son cœur : Ne crains point, lues à moi; c'est ma volonté que lu souffres et combattes ; ne crains point. A sa véture elle prit le nom de Véronique, que nous lui donnerons toujours maintenant.

Nous passons sous silence les nombreux exemples de patience et d'obéissance qu'elle donna pendant son noviciat ; lorsque son temps fut terminé, elle fut admise à faire profession, le jour de la fête de tous les saints, de l'an 1078. On trouve dans ses écrits plusieurs traits relatifs à la joie que lui procurait le retour annuel de ce jour de renoncement solennel au inonde et de consécration d'elle-même à l'époux céleste. Les premières années qu'elle passa dans l'ordre furent distinguées par les marques les plus extraordinaires de la grâce urine; l'effet qui en résultait était (TexcUer en elle des sentiments de componction et de douleur de ses péchés, et l'amour de la mortification et de la croix de Jésus-Christ. Le démon chercha à la troubler'en la renversant par terre, en la frappant au visage en imitant le bruit aigu des chaînes et le sifflement des Gcrpfts, soit à l'église , soit dans sa cellule : si bien qu'un jour les autres religieuses vinrent la prier de faire moins de bruit. Voici comment elle décrit un de ses ravissements. La première fois que j'eus ces rccollcctions, dans une visiou, il me sembla voir tout à coup Notre-Seigncur, portant sur ses épaules une pesante croix, et m'invilant à partager avec lui ce précieux trésor. Celte invitation me fut adressée par communication plutôt qu'en paroles. J'éprouvai alors un ardent désir de souffrir, et il m.- sembla que le Seigneur plantait la croix dans mon cœur, m.- I. usant par là comprendre le prix des souffrances

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