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qu'il m'avait unie à lui par un lien plus étroit. Il me fut révélé plusieurs choses , mais à présent je ne me les rappelle pas bien distinctement ; c'est pourquoi je ne les écrirai pas. Par modestie , elle s'abstint de regarder la plaie faite à son cœur ; mais elle mit dessus un linge blanc qui fut aussitôt imbibé de sang. Son confesseur lui ordonna de l'examiner; elle la trouva ouverte, et observa qu'elle était assez large pour contenir la lame d'un couteau de bonne grandeur. Elle fut aussi examinée par plusieurs de ses compagnes et par ses confesseurs , ainsi qu'il est attesté dans les procès. Le vendredi saint, 5 d'avril 1697, elle reçut les précieux gages d'amour accordés au séraphique saint François , à sainte Catherine et à d'autres saints encore; car Notre-Seigneur, après lui avoir précédemment annoncé ces grâces et lui avoir en d'autres manières déployé toute la richesse de ses miséricordes , se plut à lui imprimer aux pieds et aux mains les stigmates ou plaies de sa très-sainie passion. Ces plaies se renouvelèrent depuis en différentes occasions , et plusieurs personnes ont pu se convaincre de leur réalité. En effet, le tribunal du saint-office à Rome , en ayant élé informé, ordonna à l'évêque de la ville de faire une enquête pour s'assurer de la réalité de ce fait. Il se rendit à la grille du cloître avec plusieurs autres ecclésiastiques, qui virent tous l'un après l'autre les plaies que son divin époux lui avait faites. Celles des mains et des pieds , ainsi que l'attestent Florida Céoli et d'autres sœurs , étaient rondes à leur oriflee et environ de la largeur d'un far thing -c'est-à-dire d'un liard) , mais d'une moindre largeur à l'autre extrémité ; elles étaient profondes et rouges , étant ouvertes ; et couvertes d'une mince cicatrice ou croûte, étant fermées. La plaie du côté gauche, placée au-dessus du sein gauche, était longue de quatre à cinq doigts , de la largeur à peu près d'un doigt au milieu , se rétrécissant vers les extrémités , absolument comme la blessure faite avec le fer d'une lance. Véronique fut si alarmée à la seule pensée d'avoir à subir de pareils examens , si effrayants pour sa modestie virginale , qu'elle dit confidemment à sœur Florida Céoli, qu'elle en serait morte de confusion si Dieu , pendant ce temps-là, ne l'avait pas privée de l'usage de ses sens. Sa profonde humilité lui suggéra l'idée de prier avec ferveur son bien-aimé Sauveur de lui laisser la douleur, mais de cacher les marques de ces plaies aux yeux du monde , comme il l'avait fait à l'égard de sainte Catherine de Sienne et d'autres saints ; mais il lui enjoignit de déclarer à son confesseur que ces plaies resteraient, afin que, par les rigoureuses enquêtes de la congrégation du saint-office, il demeurât constant qu'elles lui avaient été imprimées par sa divine main , cl que , pour cet effet , elles resteraient visibles pendant trois ans. C'est ce qui arriva effectivement , car au bout de trois ans , le 5 avril 1700 , les plaies se fermèrent , mais non sans que plu-
sieurs personnes eussent acquis une pleine conviction qu'elles étaient véritablement l'ouvrage du divin amour. Mais quoiqu'elles fussent fermées aux yeux des autres , il est attesté par plusieurs témoins que la douleur continua de se faire sentir, et que , depuis , elles se renouvelèrent aux principales fêtes de l'Eglise , aux fêtes de saint François et de ses stigmates , et toutes les fois que ses supérieurs le commandèrent. Elle dit ellemême qu'elles se renouvelèrent en 1703 , trois ans après qu'elles s'étaient fermées ; et son confesseur, le P. Ranier Guelfi , le samedi saint, 19 avril 1726, ayant été informé par elle que Jésus avait renouvelé ses plaies deux fois le même jour, lui ordonna de prier le Seigneur de les rouvrir encore une troisième fois. Elle obéit, et après être demeurée en extase à ses pieds pendant quelque temps, elle lui dit qu'elle avait obtenu celte grâce. A son grand étonnement , il vit les plaies ouvertes et le sang qui en découlait. Pour avoir de nouveaux témoins de ce fait, il fit semblant de ne pas la croire, et lui ordonna de les montrer à deux de ses compagnes , qui en effet les virent ouvertes et couvertes de sang, ainsi qu'elles l'ont attesté dans le procès. Outre le témoignage de ces sœurs et de plusieurs aulres personnes , tant ecclésiastiques que religieuses , qui avaient vu ces plaies , la réalité de leur existence demeurait invinciblement prouvée par ce seul fait que les efforts les plus actifs des chirurgiens pour les guérir n'avaient servi qu'à les enflammer encore davantage; mais la preuve la plus indubitable est que, malgré ces plaies, die put vivre et remplir ses différents devoirs durant le cours de trois ans ; quand surtout on réfléchit que le médecin et le chirurgien qui examinèrent son corps après sa mort, s'accordèrent à déclarer que la plaie du côlé gauche suffisait seule, à tout instant, pour lui causer la mort; de sorte qu'ils regardèrent la prolongation de son existence comme un vrai miracle, lorsqu'ils vinrent à réunir leurs propres observations avec ce fait attesté par les religieuses, qu'elles en avaient vu sortir une vapeur semblable au souffle de la respiration.
Outre le calice, la couronne d'épines et les cinq plaies principales, Jésus lui accorda, comme une marque signalée de son affection, la grâce de partager toutes les aulres souf frances de sa passion. Nous avons des preuves évidentes de ce fait, non-seulement dans son propre récit, mais encore dans l'attestation de plusieurs personnes qui en ont observé en elle-même les preuves les plus indubitables : par exemple, qu'elle élait capable de porter des fardeaux et de remplir tous ses autres devoirs, quoique son épaule droite fût tellement courbée parle poids de la croix, que le chirurgien ne craignit pas d'attester que c'en était assez pour empêcher la libre action et le mouvement du bras. Mais la plus forte preuve de sa participation aux souffrances de la passion est donnée par le père Jean-Marie Crivclli , de la société de Jésus. L'évêque, ayant été informé par ses coules-
DÉMONSTRATION f \ Mt€l I.IQUF-
spurs que certaines contorsions, peines, (orturcs et (louli'iirs extraordinaires auxquelles 00 la voyait BOUVenl en proie, cl dont lei
médecins ne pouvaient découvrir la cause ni le remède, renaient «i<> ce qu'il lui était donné dans ce» moments d'endurer lessonfrancei de la cruelle passionde notre Sauveur, voulut s'assurer si elles étaient l'œurrede Dieu ou de pures illusions du démon. Un conséquence il manda, en 171V, le père déjà nommé plus haut, nui jouissait d'une grande réputation de prudence et de discernement dans la direction des âmes, et le donna pour confesseur extraordinaire à la communauté. Il fit faire une confession générale à Véronique , qui lui rendit un compte exact de toutes ses visions et autres grâces divines ; puis, comparant avec beaucoup de soin son propre récit avec ce que lui racontèrent à son sujet les autres religieuses, il fut à même, par l'assistance de la lumière divine, de dé- ' couvrir un moyen sûr de reconnaître si son âme était sous l'empire de Dieu ou sous l'influence du diable : ce moyen fut de former intérieurement en lui-même cinq commandements, qui, étant seulement conçus en esprit, ne pouvaient être connus du démon, mais uniquement de Dieu seul. Il fit appeler Véronique, et lui ordonna de prier Dieu et la sainte Vierge de lui faire connaître les commandements qu'il voulait lui faire exécuter, mais qu'il allait former simplement par de purs actes intérieurs de sa volonté. Elle obéit et se mit aussitôt en prière en sa présence. Il conçut alors dans son esprit, sans aucun mouvement des lèvres ou autres démonstrations extérieures, ces cinq commandements : 1° que la plaie de son côté, qui alors était fermée ainsi que celles des pieds et des mains, se rouvrît et répandît du sang; 2°qu'unc fois rouverte, elle restât en cet état aussi longtemps qu'il le voudrait; 3" quelle se refermât aussitôt qu'il le désirerait, en sa présence et en présence d'autant de témoins qu'il lui plairait d'en appeler; h° qu'en sa présence, et toutes les fois qu'il le jugerait convenable, elle endurât visiblement toutes les douleurs et toutes les peines de la passion de notre Sauveur; 5° enfin, qu'après les avoir endurées, étendue sur son lit comme d'usage, elle les souffrît en sa présence et en présence de tous ceux qu'il aurait amenés avec lui, debout sur ses pieds ou élevée en l'air, selon qu'il le commanderait. D'abord la prière de Véronique fut sans succès; mais il lui ordonna de la recommencer, et après quelques instants elle put lui répéter les cinq commandements mot à mot, tels qu'il les avait mentalement conçus. Dissimulant alors son étonnement, il lui dit qu'il y avait bien de la différence entre les paroles et les effets , et
3u'il réserverait à un autre temps l'épreuve e son obéissance. Elle répondit qu'elle était prête à faire ce qu'il lui commanderait : Parce que, dit-elle, je mets toute ma confiance uniquement dans la vertu de la sainte obéitsance, dans la volonté de Dieu et dans l'assistance de la très-sainte Vierge. Quelques jours après, il lui ordonna d'exécuter le premier
commandcmciic; ce qu'elle fit aussitôt , et la plaie sa rouvrit; et il se convainquit il. ii
réalité du fait eu lui lapant mettre un mouchoir blanc lur la plaie, qu'elle lui rendit tout couvert de sans Irais. Ayant été api • a Florence, il fut absent pendant vingt-deux
jours, et à son retour il se rendit avec I é\éque à la grille du monastère; et après avoir examine, au moyen d'une coupure faite exprès a sis habits, la plaie, qui s,, (roui jit encore ouverte, conformément a sou deuxii commandement, il hri ordonna de prier pour qu'elle se refermât; ce qui fut fait a l'instant même, et il n'en resta plus qu trace. Une épreuve semblable avait déjà eu lieu neuf ans auparavant , le 31 juillet 1705, et avait produit les mêmes résultais. Véronique lui dit qu'il lui avait été ordonné par la sainte Vierge de l'informer qu'elle devait exécuter le quatrième commandement le jour de Saint-André, en ressentant toutes les souffrances de la passion, et de plus celles des sept douleurs de Marie; et elle les ressentit en effet , comme elle l'avait dit, dans toutes leurs circonstances , en sa présence. Le cinquième commandement fut exécuté en présence du père Crivelli et de l'évêque, dans le mois de décembre; et une chose bien étonnante, c'est qu'au milieu de sa plus grande extase ou de la plus violente agonie, elle obéit exactement à chaque nouveau commandement qu'il lui fit , tel que , par exemple, celui de faire cesser la douleur qu'elle ressentait alors , ou de s'élever plus haut en l'air. Le récit de ces souffrances, écrit par ce savant religieux, présente plusieurs considérations d'où Ion peut apprendre beaucoup de choses touchant la rigueur, la cruauté et la barbarie de la passion de notre divin Rédempteur, dont les écrivains inspirés nous ont donné un récit si simple et si sublime.
Véronique prédit qu'on trouverait 2i marques gravées sur son cœur, et, par ordre de son confesseur, elle décrivit la forme et la disposition exacte de ces marques en les découpant sur un papier rouge et blanc. Après sa mort on les trouva de tout point conformes à ce qu'elle en avait dit et à la description qu'elle en avait donnée Voici en quoi elles consistaient. Une croix latine avec un C au haut de la partie supérieure: un F au milieu de la traverse : au côté droit de la traverse un V, et au côté gauche un O. Au-dessus de la croix était d'un cote une couronne d épines, et à gauche un étendard attaché au haut d'un bâton qui passait transversalement sur la croix. L'étendard se trouvait partagé en deux langues • sur la langue de dessus était un gros I , et sur celle de dessous un m en écriture courante. Au sommet de lctendard était une flamme , et plus bas un marteau, une paire de tenailles, une lance et un roseau.au haut duquel on voyait une éponge. A la droite de la croix, en parlant d en haut, était une petite robe pour représenter la tunique sans couture de Notre- Seigneur, une autre flamme, un calice, deux plaies, une colonne, trois clous, qq fouet, et sept glaives , avec les lettres P. P. V. sUr
d'autres parties du cœur. Toutes ces marques avaient été exactement décrites par elle sur un papier; et quand, aussitôt après sa mort, on vint à faire la comparaison, le papier et le cœur se trouvèrent parfaitement conformes dans tous les détails. Son confesseur atteste que le sens des lettres et des symboles ci-dessus désignés est celui-ci : les sept glaives sont les sept douleurs de Marie; l'étendard, le signe de ses victoires sur le Bémon, le monde et elle-même; les deux lettres I (J) et m, Jésus et Marie; C, la charité; F, la foi et la fidélité à Dieu ; O, l'obéissance ; les deux VV, l'humilité et la volonté de Dieu (Umiltà e volontà di Dio ) ; les deux PP, la patience et les souffrances (patire); et les deux flammes , l'amour de Dieu et de son prochain.
Nous voici enfin arrivés au point vers lequel tendaient tous ses désirs, à l'heureux moment où elle allait être unie à cet Epoux vers lequel son âme soupirait, comme le cerf altéré court aux sources d'eau vive. Elle endura, comme elle l'avait prédit, dans ce dernier état, qui fut pour elle une agonie et une amertume plus que mortelle, un triple purgatoire : d'abord dans les persécutions et la dureté des hommes, de la part de ses médecins et des personnes qui avaient soin d'elle ; ensuite de la part du démon, qui la tentait de désespoir; et enfin du côté delà sainte obéissance : car, quoiqu'elle eût soupiré avec tant d'ardeur après le moment où elle devait être dégagée des liens de la chair et se réunir à Jésus-Christ, il lui avait été révélé qu'elle ne mourrait que quand son confesseur le lui aurait commandé; de sorte que son obéissance, qui avait été si parfaite dans le cours de sa vie, fut couronnée même sur la terre, en lui ouvrant les portes de l'éternelle félicité. Comme, dans sa brûlante charité, dans son ardent désir des souffrances et la patience incomparable avec laquelle elle sut les supporter, aussi bien que dans les douleurs de la sainte passion , elle avait si fidèlement copié Notre-Seigneur, il lui plut de faire durer sa dernière maladie le même nombre de jours que son séjour dans cette vallée de larmes avait duré d'années, et, le trente -troisième jour, de terminer sa vie par une agonie de trois heures, comme celle par laquelle il avait lui-même terminé sa vie mortelle sur la croix. Véronique était sur son lit paisible et sans mouvement; son confesseur s'apercevant alors que sa vie touchait à son terme : Réjouissez-vous de cœur, sœur Véronique, lui dit- il : ce que vous avez tant et si ardemment désiré est tout près d'arriver. En entendant ces mots, elle donna des marques d'une joie ineffable, puis tourna et fixa sur lui ses yeux. Il commença alors à réciter les prières pour la recommandation de l'âme, et à lui suggérer des actes de vertu et de résignation, sans pouvoir deviner pourquoi elle le regardait d'un œil si fixe. Enfin, éclairé par une lumière surnaturelle, il se rappela qu'elle lui avait dit qu'elle ne désirait mourir que par l'ordre de ses supérieurs et en vertu de la sainte obéissance, cl que c'était celte per-