SUR LE ROYAUME DU CHRIST
Dans les derniers temps, la montagne où uabitait le Seigneur sera élevée au-dessus des collines, sur le sommet des mon* Ugnes; et toutes les nations y accourront en foule. El les peuples iront et diront : Venez et montons à la montagne do Seigneur. (Isate, II, 2, 3.)
[Effare du mercredi des qualre-lemps de l'Aient.)
Si l'on se rappelle les circonstances au milieu desquelles notre divin Rédempteur s'est manifesté dans notre chair, on ne doit point s'étonner, mes frères, que le peuple qu'il venait sauver ait si peu remarqué son apparition. Quand fut publié le décret de l'empereur qui ordonnait le dénombrement de la terre entière, et commandait en conséquence à toutes les familles de se rendre chacune dans sa ville pour se faire inscrire à la suite de ses ancêtres, il est facile de se représenter le grand mouvement qu'il dut produire, et les intérêts nombreux qu'il dut éveiller. Sans doute ils occupèrent trop les esprits pour leur laisser la pensée ou le loisir de remarquer et d'observer l'arrivée si importante du Messie. Car naturellement chacun avait l'ardent désir de faire remonter son origine à la source la plus noble ; et s'il pouvait réaliser ses prétentions, il devait être soigneux et jaloux d'étaler un train conforme au rang qu'il réclamait. Mais que l'on juge combien les descendants de la race royale de David étaient occupés de ces soins terrestres 1 combien ils s'estimaient heureux 1 combien ils étaient plus fiers que les autres ! Pour eux se présentait alors une occasion favorable de soutenir leurs prétentions en face de la nation tout entière, et de les voir authenliquement autorisées et confirmées. Sans doute ils n'épargnèrent aucun sacrifice pour soutenir le rang qu'ils s'attribuaient; aucune dépense nécessaire pour voyager avec une suite et apparaître avec un éclat digne des descendants des rois. Car ils attendaient le rétablissement de leurs droits dans la personne du Messie qui devait naître de leur race, et dont les jours étaient enfin arrivés.
Au milieu de tout cet étalage et de toute celte pompe, un petit groupe s'avance lentement de l'obscur et pauvre village de Nazareth pour se rendre à Relhléhem,lacité royale; sa marche n'a rien du faste orgueilleux des voyageurs de l'Orient : il n'est point entouré de cette foule d'esclaves qui préviennent les besoins de leurs maîtres et volent au-devant de leurs caprices; on ne voit pointa sa suite une longue file de chameaux chargés (les provisions qu'exige un oareil voyage. Un pau-
vre artisan, plein d'une tendre sollicitude, guide seul les pas d'un humble animal mit lequel repose une femme frêle et délicate, qui, dans sa situation présente, est évidemment incapable d'entreprendre un voyage si long et si rempli de fatigues. Quand" ils arrivent au gîte de la nuit, on ne leur souhaite pas la bienvenue; ils n'attirent les regards de | rsonne; lorsqu'ils reprennent leur marche pénible, ils n'entendent pas un seul souhait qui les anime et les encourage dans leur roule. Humbles, paisibles, sans prélention aucune, ils ont passé et personne ne les a salués du milieu de cette foule qui, fière de la même origine, rougirait de les reconnaître pour des membres de la même famille, et s'empresse de les devancer pour s'assurerles logis les plus commodes, ne laissant à celte vierge délicate et à l'enfant qu'elle va mettre au jour qu'une étable pour demeure, et pour berceau une misérable crèche.
Et cependant, mes frères, l'arche même de l'alliance, lorsqu'elle marchait contre les ennemis de Dieu et allait à la victoire, escortée de la foule innombrable des lévites sacrés , aux acclamations de la nation tout enlière, l'arche même était loin d'exciter dans le ciel et sur la terre I'inlérêt et l'attente qu'inspire celle humble v ierge qui s'avance silencieuse, oubliée, mais portant dans son sein le plus magnifique ouvrage qui soit encore sorti des mains du Tout-Puissant, le bienfail le plus merveilleux que sa sagesse ait encore imaginé. Les anges veillent sur ce petit groupe avec plus de soin et d'affection que sur le reste des jusles, afin que leurs pieds ne heurtent pas contre la pierre. C'est que de son salut dépend l'accomplissement des proj héties , la consommation de la loi . la manifestation de la vente de Dieu, la rédemption du monde. Là sont concentrés tons les desseins du ciel depuis la création de l'homme. Et l'on ne doil pas s'en étonner, car sur quoi le Très— Haut aura-t-il les i/ru.r emverls , si ce it'tst sur les pauvres et les humbles (/.<.. I.WI, *2 '! Pour ce petit groupe . le monde enlic r a été mis en mouvement, et l'empereur romain a lancé son édil du haut du trône de l'univers, seulement afin que celle vierge se n n-