‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 71 sur 167 · SERMON SUR LE ROYAUME DU CHRIST · texte numérisé non relu

SERMON SUR LE ROYAUME DU CHRIST

dît à Bethléhem de Juda , d'où devait sortir, selon la prophétie, le dominateur du peuple de Dieu (Midi., V, 2).

Il est donc bien vrai , mes frères , que le royaume du ciel vint alors sans être observé (Luc, XVII, 20). Ainsi l'avait résolu la sagesse du Tout-Puissant : semblable au grain de sénevé, emblème de ce royaume, il devait étonner par la rapidité et la luxuriance de ses magnifiques accroissements. Et maintenant que les rameaux de cet arbre se sont étendus au loin et qu'il est devenu un grand cèdre, la volonté de Dieu est que tous les oiseaux habitent sous ce cèdre et que tout ce qui vole dans l'air bâtisse son nid à l'ombre de ses branches. Et si ce contraste est clairement établi dans les saintes Ecritures, entre les jours de son humiliation d'abord et 1ère suivante de ses triomphes et de sa gloire , est-il moins évident que des caractères frappants et visibles de son existence ont dû remplacer le silence de ses commencements inaperçus? Car quelle sera sa gloire si elle n'est pas rendue visible? Comment les hommes viendront-ils se réfugier à l'ombre de cet arbre, si ses rameaux ne peuvent être aperçus des extrémités de la terre?

Afin de développer ces réflexions, permettez-moi de tracer une rapide esquisse des prophéties qui regardent le règne du Messie, et d'examiner ensuite si elles ont eu leur accomplissement. La première partie nous montrera les caractères qui doivent servir à discerner ce royaume de Dieu sur la terre; la seconde partie déterminera clairement dans quelle société il se trouve.

Le royaume futur du Messie était l'âme de la prophétie chez les Juifs. L'humilité de sa naissance et de sa vie, ses travaux, ses souffrances et sa mort furent, à la vérité, contemplés et décrits par les vénérables messagers de Dieu ; mais c'est seulement en passant et d'un crayon rapide qu'ils ont tracé l'esquisse de ce tableau douloureux. C'est comme un sombre nuage qui passe en couvrant de son ombre l'esprit du prophète ; il y voit se dessiner en s'évanouissant les grands traits de la vie et de la mort de son Rédempteur; mais bientôt il se change, comme la nuée du Thabor, en un torrent de lumière et de gloire qui proclame son exaltation et son triomphe. Ainsi s'il fut donné à David , son aïeul , de contempler dans les douleurs de l'agonie ses pieds et ses mains percés, ses vêtements tirés au sort, et luimême implorant le secours de Dieu qui paraissait l'avoir abandonné, ce fut uniquement pour le faire jouir du bonheur de voir qu'en récompense de ces souffrances les peuples les plus reculés se souviendront du Seigneur et se tourneront vers lui ; toutes les nations se prosterneront devant lui, car à lui appartient l'empire et il régnera sur toutes les nations (Ps. XXII, 28, 29).

Aussi les divines Écritures ont à peine abordé ce sujet, que le nouveau règne, objet des sublimes visions des prophètes, apparaît dans toute sa splendeur, annonce avec les plus magnifiques expressions et sous les ima- DÉMONsr. Evang. XVI.

ges les plus vives et les plus brillantes. A mesure que s'approchaient les temps où elles devaient s'accomplir, de nouveaux traits étaient ajoutés, qui, loin de détruire les premiers, montraient leur objet sous un jour plus frappant. Il se trouva ainsi décrit avec les plus grands détails , tandis qu'il n'avait d'abord été exprimé que d'une manière générale. Le plan , la constitution du futur royaume du fils de David étaient clairement prédits , caractérisés par des signes qui devaient porter les peuples, témoins de son existence, à le reconnaître, à le confesser, à lui obéir.

Lorsque David se vit sur le trône d'Israël, maître d'une contrée plus vaste que sa nation n'avait jamais eu l'espoir d'en posséder, plus riche qu'aucun des monarques ses contemporains, une seule pensée paraissait capable de troubler sa félicité sur la terre. Saùl avait été élu et sacré roi du peuple de Dieu , et cependant sa race avait été exclue du trône : celle de David n'aurail-elle pas à déplorer le même sort? Ce fut pour délivrer de cette crainte son fidèle serviteur que Dieu lui envoya son prophète Nathan et lui donna solennellement sa parole qu'il naîtrait de sa race un fils dont le règne et l'empire dureraient et s'étendraient au delà de ses plus vastes espérances. J'étendrai sa main sur la mer, dit le Seigneur, et sa droite sur les fleuves ; je l'établirai mon premier-né, élevé entre les rois de la terre. Je lui garderai éternellement ma miséricorde, et mon alliance avec lui sera immuable. Je rendrai sa race éternelle et son trône égalera en durée les jours du ciel' {Ps. LXXXVIII, 26-30). C'est après ces divines communications que nous pouvons supposer que le prophète royal a été ravi en esprit et qu'il a contemple ces temps glorieux, lorsqu'il apprend que celui-ci, son futur descendant , existe déjà dans un état mystérieux, et s'écrie : Tu es mon fils ; je t'ai engendré aujourd'hui. Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage et la terre pour empire (Ps. II, 8). C'est alors que nous pouvons nous le représenter jouissant par avance de la même vision qu'Etienne voyant les cieux ouverts, et son Seigneur et son fils à la fois, invité à aller s'asseoir à la droite de Dieu , jusqu'à ce que ses ennemis abattus lui servent de marchepied (Ps. C1X, 2).

Tel fut , mes frères , le glorieux spectacle que le ciel découvrit aux regards du prophète d'une manière claire et distincte : un royaume qui devait être établi par un de ses descendants, qui domnera seul jusqu'aux extrémités du monde, dont l'empire sans bornes ne connaîtra pas les limites que la nature ou la politique imposent aux monarchies de la terre, et qui durera autant que les lois qui gouvernent les cieux.

Si des promesses aussi magnifiques ont eu pour objet de calmer les inquiétudes d'un prince sur les destinées de sa maison , on peut facilement concevoir quel nouvel éclat, quelle splendeur ont rejailli sur elles, lorsque le ciel en fit la consolation de tout un peuple accablé de misères. Si des serment*

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aussi formels les confirmèrent quand tout présageai! dm longue prospérité à la dyn lie de David, combien plus formels n'ont ils pas dû être quand elfe paraissait entièi ment éteinte el déchue 1 En effet, à peine l'idolâtrie et l'immoralité eurent-elles I l,i ruine de la monarchie et de la religion (lu/ les Juifs, que les prophéties , louchant ce nouveau royaume, devinrent encore plus précises et plus claires au milieu des ténèbres qui les <■ i « v hroimaient.

Quand Jérémie, a^is sur les ruines de Jérusalem , mouillait de ses pleurs les débris confondus du palais el du temple , il ne les considérait encore que comme le tombeau d'une dynastie dégénérée et d'un culte corrompu, d'où Seyait bientôt surgir, pareil au phénix, un monarque fidèle pour restaurer et perpétuer le trône et le sacerdoce. Voilà que les jours viennent , dil-il , par l'ordre du Seigneur, et je susciterai dans lu maison de. David, un germe de justice ; un roi régnera, et il sera sage... et l'on nommera ce roi Jéhova, notre justice (Jér., XX1I1 , 5-6). Que s'il est charge d'annoncer que quand Jéchonias, le dernier des rois de Juda, serait comme un anneau dans la droite du Seigneur , il ne laissera pas de l'arracher de son doigt , et qu'il ne sortira point d'homme de sa race qui soit assis sur le trône de David (Jér., XXII, 2i, 30) ; cependant il reçoit l'ordre de proclamer au nom du Seigneur lui-même : Si mon alliance avec le jour et mon alliance avec la nuit peuvent rester sans effet, de sorte que le jour et la nuit ne paraissent plus en leur temps, mon alliance avec mon serviteur David pourra rester à son tour sans effet , de sorte qu'il n'y aura plus de fils sorti de lui qui règne sur son trône, ni lévites, ni prêtres qui soient mes ministres [Jér., XXXI11 , 21).

Mais alors les prophéties touchant le règne futur du Messie subissent une modification frappante, ou plutôt un nouveau trait d'une grande importance et du plus haut intérêt leur est ajouté. Le règne du Messie se trouve maintenant identifié avec la fondation et la propagation d'une religion nouvelle, et tous ces caractères d'unité dans le gouvernement, de domination universelle, de durée perpétuelle , qui, dans les dernières prophéties, distinguent le règne du descendant de David, sont transportés à ce système religieux : Et en ces jours-là, dit Zarharic, des sources d'eau vive jailliront de Jérusalem sur les quatre parties du globe. Et le Seigneur (Dieu) sera roi sur toute la terre. En ces jours-là il sera le Dieu unique, et il n'y aura plus que son nom... Et les restes des nations iront adorer Jéhovuh, le Dieu des armées, et célébrer la fête des tabernacles (Zac, XIV, 8, 9, 10). On voit donc ici toutes les nations qui se soumettent à ce monarque futur, adorent le même Dieu, professent la même religion. Mais c'est surtout dans Isaïc, le prophète évangélique, que cette union est clairement établie : Et un rejeton , dit-il , nattra de lu tige de Jessé , une 2eur s'élèvera de ses racines... La science de Luu inondera la (erre , comme les eaua plisseM la mer. En ce jour-là le rejeton de

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XI, l . 10 . il est clair, d'après ce texte, que le descendant de Jessé ne se conlei de faire connaître et adorer le Seigneur par toutes le- nations, mai', qu'il élèvera en m< m<

temps un étendard éclatant et visible qui sera pour toutes un (entre d'attraction et de ralliement.

Aussi un autre, prophète le compare au cèdre , qui n'était d'abord qu'on tendre arbrisseau planté sur une haute montagne, sur les bailles montagnes d'Israël. 11 pouMC un rejeton , porte des fruits et devient un grand cèdre : tous les oiseaux habiteront so D cèdre, et tout ce qui vole dans l'air bâtira son nid à l'ombre de ses bram bes (J XVII , 22, 23). Il est comparé, dans les paroles de mon texte et du prophète Afich la maison du Seigneur bâtie sur la cime des montagnes et élevée au-dessus des collines; vers elle se rendront toutes les nations , pour apprendre à marcher dans les voies du Seigneur (Mich.. IV, 1,2).

Enfin le voile mystérieux est levé; et, débarrassé désormais de l'emblème d'une monarchie terrestre, avec laquelle il conserve cependant encore quelques analogies, ce superbe et magnifique royaume apparaît sous les couleurs les plus brillantes, avec les promesses les plus pompeuses. Dans son sein régneront la concorde, la sécurité et une paix abondante ; ses intérêts seront commis à la vigilance des princes , et les rois seront ses nourriciers ; le nombre de ses sujets ira toujours s'augmentant, parce que le Seigneur étendra sa main sur les nations, et les peuples s'assembleront sous son étendard. De jour eu jour les cordages de son tabernacle s'étendront, les limites de son empire seront reculées, et les peuples ne craindront pas plus que la miséricorde de Dieu ne se retire el que l'alliance de la paix ne soit rompue, qu'ils ne craignent que le serment fait à Noé ne « l sse d'être observé, et que les eaux d'un nouveau déluge n'ensevelissent la terre (/»., XI, XLIX, L1V .

Pour compléter cette chaîne de prophéties, il ne nous reste plus maintenant qu'à établir clairement l'époque où commence leur accomplissement. C'est là ce qu'a fait Daniel, qui, en terminant les annales prophétiques sur ce sujet, ajoute en même temps des notes caractéristiques qui font de ses prédictions l'épilogue elle sommaire des précédent! s. H nous apprend qu'après la chute des quatre grandes monarchies , le royaume de Dieu viendra comme une pierre détachée d ellemême de la montagne, qui, s'emparanl de la place occupée auparavant par ces empires détruits, grossira peu à peu jusqu'à devenir une montagne qui couvrira toute la terre. /.- Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera pas détruit à jamais, tt dont l'empire ne si ra pas donne à un autre peuple, et il subsis- '.(inJlenunt (Dan.. Il, ii). Tous Us peuples , tribus çt langues le sertiront; sa put*

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