SERMON SUR LE ROVAUME DU CHRIST
sance est une puissance éternelle qui ne sera pas transférée , et son règne ne sera jamais détruit (Dan., VII, 14).
Après avoir ainsi passé rapidement en revue l'histoire des prophéties qui regardent ce point intéressant , il ne sera pas difficile, je pense, de se former, d'après ces éléments dispersés , une idée simple et complète du plan et des caractères du royaume du Messie. Il devait évidemment former un système religieux qui embrasserait le monde entier, dont les parties les plus éloignées seraient mises en rapport les unes avec les autres , et tellement liées par des rapports d'unilé et de subordination , qu'elles pussent être considérées comme ne faisant qu'un seul empire. Ce système doit durer aussi longtemps que la lune , pour parler le langage "des saintes Ecritures ; et à tous les moments de son existence, il se fera éminemment remarquer et distinguer par sa tendance constante à se répandre et à s'accroître. Si donc l'on doit ajouter foi aux promesses divines, si l'esprit des prophéties n'est pas un esprit d'erreur et d'imposture , nous devons être convaincus que , dans ce cas , les prophéties et les promesses ont été accomplies à la lettre. Aussi dans tous les âges a dû exister une société réunissant toutes ces conditions, une société dont l'existence est manifeste et visible. A cette société il faut que d'autres puissent se joindre ; elle doit être assez illustre , assez remarquable pour attirer les regards de ceux qui ne sont pas réunis sous son étendard.
C'est , mes frères , ce qui est vraiment arrivé. A peine les apôtres ont-ils reçu de Jésus- Christ l'ordre d'enseigner toutes les nations, et de rendre témoignage à la vérité de sa doctrine , jusqu'aux extrémités de la terre [Matt., XXVIII , 29 ; Act., I, 8) , qu'ils se préparent courageusement et avec joie à jeter les fondements de cette entreprise gigantesque. Leur répugnance à recevoir les gentils dans la même communion céda bientôt devant l'ordre du ciel, et aucun obstacle ne restait plus qui ralentît leur zèle. Pour des hommes qui n'étaient que douze en nombre, s'ils avaient eu moins de confiance dans le secours divin , c'eût été une entreprise chimérique que de vouloir fonder à la fois une communauté religieuse dont l'empire romaiu ne formerait qu'une faible partie. Ils auraient mieux aimé concentrer leurs facultés et leurs travaux sur un seul point et attendre du temps des circonstances favorables pour répandre peu à peu leurs doctrines. Mais les apôtres, forts de l'appui de Dieu, ne craignent pas de s'affaiblir en se séparant. Ils se dispersent immédiatement dans les directions les plus opposées; et l'Espagne, l'Inde, la Scylhie, l'Afrique voient s'élever à la fois les parties éloignées et cependant harmonieuses de ce vaste édifice. Les mêmes doctrines, le même gouvernement, les mêmes pratiques, les mêmes formes de culte religieux font un seul point des lieux les plus distants, sandqti'il soit venu à l'idée d'aucun d'eux que les révolutions des peuples ou la formation de nou-
velles barrières politiques pussent jamais briser les liens qui unissent cet empire.
Cet édifice merveilleux, en s'élevant ne tarda pas à attirer l'attention du monde civilisé. Il devint bientôt la cité bâtie sur une montagne , qui ne peut être cachée ; le point de ralliement vers lequel se dirigeront tous ceux qui chercheront la voie du salut. Il excita, il est vrai, la haine et la rage des méchants ; mais la flamme des persécutions ne fit qu'ajouter un nouveau lustre à son éclat. Le sang de ses martyrs tomba sur la terre comme une heureuse semence, et chaque décret d'extermination devint un nouveau garant de sa propagation rapide. Toutes ces persécutions, qui forcèrent les chrétiens à la retraite, n'affaiblirent point l'union et la charité qui régnaient parmi eux ; on affronta tous les périls , aGn que les parties les pius éloignées demeurassent unies entre elles par l'identité de leurs doctrines et la subordination de tous à une autorité commune. Au milieu des plus cruelles persécutions, les Eglises les plus éloignées entretenaient une correspondance active, se consolaient avec toutes les sympathies des membres d'un même corps. Retirés au fond des catacombes, les souverains pontifes recevaient des nouvelles des provinces les plus lointaines, réglaient leurs affaires ou convoquaient leurs synodes pour y traiter des questions les plus importantes. Ainsi Clément apaisa par ses lettres les troubles de l'Eglise de Corinlhe, Victor se fit rendre compte de l'administration et de la discipline des Eglises asiatiques fondées par S. Jean ; Etienne prononça une sentence qui termina les différends des évéques d'Afrique.
Ainsi, en quelques années, ce nouveau royaume s'étendit par tout le monde ; toutefois il conserva toujours cette unité de plan, de gouvernement, de législation essentiellement nécessaire pour constituer un royaume : il devint de jour en jour plus apparent, jusqu'à ce qu'enfin, triomphant de tous les obstacles, il plantât le signe de son divin fondateur sur le trône du monde.
Nous arrivons maintenant à cette époque d'épreuves où ce vaste édifice devait montrer si, comme toutes les institutions humaines, il contenait dans son sein des principes de dissolution ; et si , après avoir été porté au comble de la prospérité, il ne devait pas, semblable aux vastes monarchies de la terre, crouler sous son propre poids. Mais on vit bientôt que si l'empire romain, dont il avait franchi les limites , était devenu la proie de l'anarchie ou de la désolation , pour lui , il avait un principe de vitalité qui lui était propre et le rendait indépendant de l'appui des hommes. Au milieu des révolutions qui bouleversaient le globe, l'Eglise de Dieu res tait inébranlable; et, comir'.'o tous les changements qui ont lieu dans le vaste système de la création , arrivent dans le sein et l'immensité de Dieu , sans que le moindre changement s'opère dans son être ; de même, des vicissitudes importantes et nombreuses sont tous les jours arrivées dans le sein de l'Eglise sans produire la plus légère modification dans
DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQl l ■
l'essence de sa constitution. En vain lis portos du nord l'ouvrirent , vomissant avec un déluge de barbares la désolation sur les riches provinces du midi ; à peine le torrent se fut-il arrête, que cette grande bienfaitrice de tous les hommes lui prodigua tous ses soiu^. Le théâtre de ses dévastations premières, le désert qui s'était formé sous ses pas , commencèrent bientôt , suivant les paroles du prophète, ù se réjouir et à fleurir comme te lis, à germer de toutes parts et à se couvrir de fleurs , à retentir de chants d'allégresse et de gloire (/»., WX.V, 1 ). Quelquefois le zèle de ses ministres n'attendait pas Le moment [ai orable : au milieu même de la victoire, la douceur de leur interposition arrêtait les liras du barbare ; le cœur du féroce despote se laissait fléchir par leurs réprimandes pleines de mansuétude , et, malgré lui , son épée s'attachait au fourreau, charmée par l'Evangile de paix qu'ils annonçaient.
Mais ils ne se contentaient pas de soumettre les cœurs obstinés de ces envahisseurs ; ils eurent l'ambition de pousser leurs conquêtes jusque dans le territoire de leurs ennemis; car jamais le royaume du Christ n'a compté autant de triomphes que pendant le cours de ces âges flétris ordinairement de la note infamante d'ignorance et de superstition. Dans le cinquième siècle le pape Céleslin chargea saint Pallade el saint Patrice d'annoncer l'Evangile, le premier en Ecosse, le second en Irlande. Dans le sixième, saint Augustin ouvrit sa mission chez les Anglo- Saxons , nos ancêtres , sous les auspices du pontife saint Grégoire. Le siècle suivant vit se réunir à l'Eglise les Pays-Bas, soumis par saint Willcbrod , que le pape Sergius avait envoyé dans cette contrée. Pendant le huitième siècle, saint Boniface,sous la direction de Grégoire II , mérita le litre d'Apôtre de la Germanie. Dans le neuvième siècle, la Suède, et dans le dixième , le Danemark, eurent le bonheur de connaître l'Evangile ; la Hongrie, la Livonie , parties de la Lilhaanic et de la Tartarie, furent les conquêtes des siècles suivants ; et quand le champ des conversions parut entièrement défriché , de nouveaux mondes furent découverts en Orient et en Occident, afin que l'Eglise ne manquât point d'espace pour exercer la prérogative qu'elle a de s'étendre sans cesse.
Non, mes frères, ce royaume de Dieu toujours impérissable, toujours s'agrandissant, ne se perdit point dans l'obscurité et ne s'enfonça pas dans le chaos pendant cette période de ténèbres et de confusion. Loin de là, il devint de plus en plus illustre et remarquable: remarquable par la science que ses ministres et ses dignitaires possédaient presque seuls, par leur heureuse sollicitude à sauver des cendres de l'antiquité cette étincelle littéraire qui seule a pu éclairer la roule qui devait conduire aux progrès des modernes ; il de\ int remarquable par ses efforts constants pour polir la rudesse des temps, pour adoucir l'flpretédes manières parmi les riches, pour améliorer sans cesse la condition du pauvre et pour fixer sur des bases solides la plupart
de «es institutions qui nous sont encore chè- (|iie DOUI admirons; remarquahle encore plus par la sainteté cl l.i beauté de de tant d'hommes qui se consacraient a son service; remarquable surtout comme le lien qui unissait entre elles des nations séparées par l'intérêt et par l'espace, comme an objet de (erreur pour l< s méchants et de consolation pour les hommes de bien, comme la patrie commune de tous les peuples et l'unique autel autour duquel tous devaient se rassembler. Honorée et proti sa constitution ne s'altéra jamais ; jamais l'ordre de sa succession ne lut interrompu. La voix de son chef apaisait les murmures qui s'élevaient pour troubler 1 harmonie , et ses arrêts paralysaient les mouvements qui tendaient à briser l'unité. Des sectes sans nombre qui se sont élevées contre elle a\ant le seizième siècle, une seule reste, dont les faibles débris se traînent obscurément en Europe, flétris de terribles analhèmes.
Arrêtons-nous à celle époque, mes frères. Nous avons vu quel système était exigé par les anciennes prophéties pour remplir le caractère du royaume de Dieu sur la terre, et nous devons èlre assurés que ce système a dû exister et doit exister à jamais pour que ces prophéties soient reconnues vraies. Quelle est la religion qui seule put se vanter «te réunir ces caractères au moment où l'Eglise fut établie? Personne n'en peut douter. Dans les quinze siècles qui ont suivi celle époque, je ne trouve qu'un seul système religieux universellement répandu, où l'on pouvait apercevoir les marques attribuées à cet empire spirituel; un seul vraiment apparent et facile à distinguer, car jusqu'alors il n'avait pas encore de rival; un seul communément accusé d'avoir pris trop la forme et l'organisation d'un royaume; un seul qui, d'âge en âge, a porté les bienfaits du christianisme jusqu'aux ténébreuses régions delà terre; un seul enfin donl le dernier schisme se vante d'avoir reçu l'ordre et le pouvoir, qui serait invalide et inutile s'il n'eût possédé, jusqu'alors au moins, l'héritage des prophéties et la prérogative de leur accomplissement. Je trouve aussi, en remontant les siècles, à partir de cette époque, un ensemble formé dans tous les âges par une succession constante et non interrompue de pasteurs et de souverains pontifes ; par une série de conciles, de canons et de constitutions, tenus et dressés pour le maintien de son gouvernement ; par une suite d'auteurs qui se sont présentes pour le défendre ou pour l'instruire; par tous ces anneaux enfin qui forment l'identité historique d'un corps moral, à diverses époques successives. Si donc les prophéties ont reçu quelque accomplissement, œ ne peut être que dans ce corps religieux seulement; et jusqu'au siècle OÙ apparut une secte rivale, qui, prétendant être la véritable Eglise du Christ, souleva la controverse qui nous occupe . on doit reconnaître que le grand, le magnifique royaume du Messie était entièrement identifie au seul système religieux qui, disséminé au loin, éuiinem-