SERMON SUR LE ROYAUME DU CHRIST
ment visible, répandait par tout le monde les doctrines du christianisme.
Nous avons, il est vrai, mes frères, souvent entendu, souvent lu que durant cette période une horrible corruption de mœurs s'était, dit-on, glissée dans l'Eglise, qu'une immoralité profonde en flétrissait les ministres, et que ses doctrines portaient l'empreinte d'une grossière altération de la parole de Dieu. Mais ici , nous n'avons qu'une question à faire •• suppose-t-on que ces taches fussent capables d'effacer les caractères qu'elle possédait, caractères qui avaient démontré qu'elle était le royaume de Dieu fondé par les apôtres? Si vous répondez affirmativement, alors je vous demanderai que sont devenues les promesses de Dieu qui lui assuraient un empire éternel, indestructible ? Car, comme il n'y avait pas encore d'autre Eglise établie pour être substituée à la première, si le royaume de Dieu avait cessé d'être en elle, il aurait par là même cessé d'exister. Mais si ces taches supposées ne faisaient que souiller sa pureté sans lui ôter ses prérogatives, il suit qu'à l'époque où s'opéra le grand schisme, la société dont on se sépara pouvait à bon droit prétendre être le véritable royaume du Messie , ou, en d'autres termes, la véritable Eglise du Christ, comme elle l'avait été au commencement du christianisme.
Je demande donc au nom de quelle puissance et à quel titre on pouvait transférer ce royaume à un autre peuple , au mépris des promesses inviolables de Dieu? Ce n'est pas sans doute pour la corruption dont on l'accusait : car, vous venez de le reconnaître, elle ne pouvait annuler ses droits sans anéantir les promesses de Dieu, dont la force est indépendante des temps. Ce n'est point non plus l'autorité des hommes : car l'Esprit qui inspira les prophéties a signé et scellé les droits qu'elle a reçus : or Dieu les a-t-il révoqués, et cette révocation a-l-clle été manifestée à la face du monde ?
Rien n'a donc pu nous dépouiller par la suite des droits que nous possédions alors. Et en effet, lorsqu'aujourd'hui je regarde autour de moi, je retrouve encore tous ces caractères prédits par les saintes Ecritures. Lorsque de ce point central de notre religion, je promène mes regards de tous côtés, devant moi s'étend une perspective sans bornes, indépendante des limites delà nature ou de l'horizon politique. Sous tous les climats, dans tous le* gouvernements divers, je découvre des milliers d'hommes qui chaque jour récitent le même symbole de loi, professent le même culte que moi, qui vénèrent les mêmes objets, respectent les mêmes institutions, reconnaissent le pouvoir suprême sous l'autorité plus immédiate duquel je vous adresse la parole en ce moment. Je vois de tous côtés les missionnaires de celte religion pénétrant de jour en jour plus avant dans des contrées jusqu'alors inconnues, traversant les ténébreuses forêts de l'hémisphère occidental, ou se* déguisant dans les populeuses cités de l'Orient, et toujours et par-
tout ajoutant de nouveaux sujets au royaume du Seigneur. Je vois cette société toujours cohérente, toujours unie, quoiqu'elle s'étende sans cesse au loin ; partout où elle se fait connaître , aussitôt elle se distingue et se rend visible. De puissantes monarchies, dont les intérêts semblent, sur d'autres points, s'en* tre-choquer, se trouvent honorées de former seulement des parties intégrantes de ce vaste empire ; des hommes, au génie audacieux, aux vastes connaissances, fiers en toute autre matière de bâtir de nouveaux systèmes, de se distinguer de la foule par l'originalité de leurs vues, se soumettent comme des enfants à sa doctrine, et craignent que leur foi ne diffère, sur les points les plus légers, de celle que professent les croyants les plus ignorants ; des caractères hardis et entreprenants, des populations mêmeentières, jalouses de leur liberté, impatientes du moindre frein, se-courbent avec joie sous son joug, et se font gloire d'obéir à ses lois. Dans les lieux mêmes où elle partage le plus l'humiliation de son fondateur, elle excite encore l'attention et la curiosité universelles par la splendeur de son culte, par l'uniformité de ses doctrines et l'augmentation constante de ses membres.
Si, au lieu de porter mes regards sur les contrées lointaines pour chercher ces caractères, je les arrête sur le sol que je foule aux pieds, leur existence se présente avec une évidence encore plus frappante, avec cette autre qualité qui seule suffit pour désigner de la manière la plus complète le royaume du Christ , toute cette démonstration d'une institution impérissable, que des siècles de durée peuvent seuls apporter. Car lorsque je remonte le cours des âges, les monuments ecclésiastiques qui m'environnent et me conduisent à la fondation de l'Eglise chrétienne; lorsque je me prosterne en présence des autels consacrés par un Sylvestre, adorés par un Constantin ; surtout lorsque dans le temple le plus sublime qui ait été élevé au Créateur par les mains ou par l'imagination des hommes, je me vois à la fois placé entre la châsse du prince des apôtres et le trône de son successeur en ligne directe, et que je puis suivre des regards presque tous les anneaux qui unissent ces deux extrémités, au moyen des cendres qui reposent sous les tombes cl les autels qui s'élèvent à mes côtés ; oh ! qui me demandera pourquoi je suis attaché avec un sentiment d'orgueil et d'affection à cette religion qui seule me conduit au berceau du christianisme, et lie ensemble, dans une union non interrompue,par des époques d'accomplissement et des époques de prophétie, la croyance que je professe et les visions inspirées de l'ancienne loi 1
Mes frères, je n'ai qu'imparfaitement rempli la tâche que je m'étais proposée; j'aurais beaucoup d'autres choses à ajouter pour confirmer les aperçus que j'ai offerts à vos considérations. Mais il est. d'autres qualités et d'autres caractères attribués au royaume de Dieu sur la terre, qu'il est plus facile de sen-. tir que de décrire, qui sont plutôt de nature à
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lui attacher ïm tintant» du mj/aume qu'à amenrr les étranger! à en partager les avanl car, tandis que la grandeur étonnante, l'étendue, la durée de l'Eglise de Dieu, prédites dans l'ancienne loi , forment nue évidence frappante pour ceux qui sont hors de son
M'iu ; ceux-là seuls qui sont actuellement au nombre de ses membres, peuvent voir et sentir l'ace omplisscment des prophéties qui , nous l'avons vu, lui promettent une abondance de paix, de tranquillité et de sécurité. Ceux-là seuls peuvent jouir d'une véritable paix de conviction , par la certitude et l'immutabilité des fondements de leur foi et des doctrines qu'elle leur propose ; paix d'unanimité : car ici tous croient les mêmes vérités, sans craindre de voir s'élever de dissensions, de différends ou de doutes dans le sein d'une même famille, sur un seul article; paix, heureux fruit de la soumission et de l'obéissance, parce qu'ils sont toujours guidés par les saints ministres de Dieu, dont l'expérience et la charité les relèvent dans leurs chutes, et dirigent leurs pas au milieu des dangers ; paix, résultat nécessaire de l'amitié de Dieu, dans l'assurance où ils sont qu'en vertu des promesses divines, les sacrements qu'il a établis, remettent les fautes et rétablissent en grâce avec lui ; paix que procure la conliance dans les nombreux moyens de salut
DÉMONSTRATION ÉV W.f.l.IQl'E.
qu'elle possède, dans la grâce dos sacrements, dans |e pouvoir des indulgences accordé à lans la communion de mérites qui existe entre tous les membres de l I u: l î ~ • ■-. dans le patronage et l'intercession, pendant cette vie mortelle, des saints qui sont au ciel, et Après la mort, dans les suffirai les prières des Qdèles qui sont encore sur la terre ; enfin paix de grâce et de < harité, puisée dans le gage de saint que la table eu< naristique seule peut donner parla participation au corps et ,iu s.in^r de Jésus-Christ.
Que notre joie , mes frères, serait \i\e et sincère, si tous les hommes avaient part à ces bienfaits : car, quelque étendu qu< déjà le royaume du Seigneur , nous verrions avec un redoublement d'allégresse ses limites reculer encore, embrasser tous les hommes et spécialement (eux qui portent le nom de chrétiens. Avec quelle terreur ne devons-nous pas adresser chaque jour des prièp gneur pour que son royaume arrive; que non-seulement il renferme tout le genre humain dans son enceinte visible ; mais encore que toutes les volontés soient soumises à ses lois, et qu'ainsi la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, conserve nos esprits et nos cœurs unis en Jésus-Christ [PnU.,fV, Tj.
Ainsi soit-il.