‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 75 sur 167 · PRÊCHÉ LE DIMANCHE, 25 JANVIER · texte numérisé non relu

PRÊCHÉ LE DIMANCHE, 25 JANVIER

Et Saul tremblant, stupéfait , dit : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? (Actes, IX, 6.)

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Dans la fête d'aujourd'hui, mes frères, l'Église célèbre la mémoire de la conversion de saint Paul, et l'Epîtrc nous présente un récit détaillé de cet événement si plein d'intérêt. Elle nous apprend que Saul se rendait de Jérusalem à Damas, avec ordre, de la part des prêtres et des chefs du peuple, d'arrêter les chrétiens et de les jeter dans les prisons , lorsqu'il fut arrêté dans sa course par une lumière miraculeuse venue du ciel : il fut renversé par terre, et une voix céleste se faisant entendre lui représenta quelles étaient sa perversité et sa folie d'oser combattre et persécuter l'Eglise de Dieu. Mais enfin, une fois la vérité connue , il lui sacrifia sur-lechamp ses préjugés et ses passions, et céda à ta voix qui l'appelait en répondant par les paroles de mon texte : Seigneur, que voulezvous que je fasse ? Dès qu'il s'est rendu, l'œuvre est accomplie. Il est dirigé vers Damas , où Ananie doit l'instruire , et il apprend de ce disciple les principes de la vraie foi dont il devient aussitôt , à ses risques et périls, un propagateur zélé , un courageux défenseur. En vérilé, mes frères, ce récit est bien consolant et bien flatteur : consolant, parce

que nous y voyons celui qui demeure dans les cieux se rire visiblement des complots des princes conjurés contre lui et contre son Christ (Ps. Il) ; nous le voyons étendre son bras, arrêter le trait qu'ils avaient lancé , et le leur renvoyer comme une flèche choisie et tenue en réserve dans son carquois (Isaïe, XLIX, 2) pour les abattre et les confondre ; flatteur, parce que nous voyons le génie, le zèle, les vertus d'un ennemi ardent et déterminé, s'incliner enfin devant la foi que nous professons, et devenir un vase d'élection pour porter notre sainte religion devant les gentils, devant les rois et devant les enfants d'Israël. (AcL,IX,15).

Quelles conséquences importantes pour le monde entier cet événement ne devait-il pas entraîner, et combien cependant ne surpassent-elles pas toutes les prévisions humaines 1 Tout l'univers païen , les Grecs aux mœurs élégantes, et les Romains, maîtres du monde, seront instruits par ce jeune enthousiaste sorti plein d'ardeur des portes de Jérusalem , brûlant de zèle pour la religion qu'il reçoit aujourd'hui la mission de déraciner. Les grands et les princes de la terre

DEMONSTRATION ÊVANGÉLlQI E,

trembleront en sa présence et abaisseront leur orgueil devant lei reproches de cet émissaire inexpérimenté du concile d'un peuple conquis. Enfin les enfants d'Israël) qu'il laisse respirant comme lui la menace et Te intuitif, le verront revenir, non pas traînant enchaînées à B8 suite les victimes de la persécution qu'il se. proposait d'exercer, niais heureux et lier de partager les souffrances des chrétiens . et de s'être exposé à la mort pour leur maître crucifié.

Pour obtenir des résultais si importants et cependant si inattendus, il n'est pas étonnant que Dieu ait eu recours à une intervention miraculeuse, qu'il ait poussé la condescendance jusqu'à reprocher lui-même à l'ennemi de sa religion l'impiété du zèle qui le guidait. Quel bonheur pour lui de n'avoir point résisté à cet appel , de n'avoir point laissé les préjugés , les passions cl l'intérêt , étouffer l'inspiration de la grâce qui le sollicitait intérieurement! Nous trouvons donc ici une double instruction : car, d'un côté, la conduite du Tout-Puissant nous montre que les vertus et le zèle de Saul ne le justifièrent point à ses yeux, tant qu'il fut en opposition avec la foi; Saul, de l'autre côté, nous prouve par sa conduite qu'il se croyait rigoureusement tenu d'embrasser cette foi aussitôt qu'elle l'eut convaincu, et cela en dépit de tous les prétextes que la faiblesse bumaine pouvait alléguer pour en différer l'exécution.

Appliquons, mes frères, ces principes aux temps dans lesquels nous vivons. Le grand événement qui fait l'objet de notre joie et de la solennité de ce jour, réfute deux des erreurs les plus populaires et les plus séduisantes de notre époque , deux des maximes les plus favorites du libéralisme religieux des temps modernes. Il nous montre d'abord qu'un zèle ardent, une vie irréprochable, ne peuvent remplacer devant Dieu la pureté de la foi ; puis nous voyons qu'aucun obstacle humain, aucune circonstance particulière, ne peuvent justifier à ses yeux quiconque n'embrasse point la seule vraie foi , quand elle se présente à lui. Pour qui veut choisir entre les formes nombreuses et opposées que la religion a prises de nos jours , entre les sociétés innombrables qui se donnent pour être l'héritage du Seigneur, il n'est pas étonnant que les opinions incompatibles soutenues de part et d'autre, fassent surgir en lui des incertitudes. Affirmer que leurs dogmes contradictoires peuvent être également vrais, c'était un principe trop clairement opposé au sens commun , pour être choisi comme un moyen de conciliation : le seul alors que l'on pût conséquemment adopter, ce fut de regarder toutes ces religions comme indifférentes.

Il fallait un fondement à cette théorie. On a donc supposé qu'il répugnait à la bonté de Dieu d'exiger une croyance pure et certaine du jugement de l'homme, qui est si faible et si enclin à l'erreur. Ce serait contrairement à ses propres oracles , qu'il demanderait des raisins aux épines cl des fit/ues

,.,11 roncet Vatth., VII, 16). Et puis, la bonté et la miséricorde de Dieu, qui w veut paê qu'aucun périsse [JJEp. de S. Pierre, III. !i , et qui ne liait aucune de ses créatures, semblent nous défendre comme outrageante, l'iqu'il aurait rétréci la mesure de ses grâces au point de ne la rendre applicable

qu'à une seule des innombrables communions chrétiennes. De là . on a infère que sa jnstîi e

ne pouvait exiger "le nous que L'observation de la loi morale; que celui qni est irréprochable sur ce point, et l'eSl montre homme

d'honneur et de vertu dans l'accomplissement des devoirs civils et domestiques sera pleinement justifié et sauré, quelles que soient d'ailleurs les doctrines abstraitesdont il aura formé sa croyance individuelle.

La conversion que nous célébrons en ce jour oppose à ces maximes erronées une réfutation satisfaisante et péremptoire.

La religion des Juifs, que Saul professait, Dieu l'avait certainement révélée. Quiconque la suivait, non-seulement avait pour lui l'évidence des miracles, des prophéties, de la protecliou du ciel, vraies bases d'une communion religieuse; il était encore sûr, ce qu'aucun système moderne n'ose soutenir en sa faveur, que chacune de ses croyances avait incontestablement Dieu pour auteur. Le christianisme, s'il est divin, a pu y ajouter de nouveaux articles de foi , il a pu en modifier quelques-uns ; il a pu agrandir ou resserrer la sphère d'action assignée d'abord à ses préceptes, ou en adapter quelques-uns aux temps et aux circonstances ; mais il n'a jamais pu faire qu'aucun des articles de foi qui avaient été l'objet d'une révélation première cessât d'être vrai.

Telle était donc la religion que Saul professait, et l'on ne pouvait l'accuser de l'avoir aveuglément suivie, entraîné par la seule force des impressions du premier âge. Né dans une province éloignée, il avait été attiré au centre de sa religion par un ardent désir de l'approfondir; là, il en avait étudié les principes, sous le docteur le plussavant, le plus vertueux, le pi us dégagé des préjuges de sa nation. Il avait été élevé aux pieds de Gamaliel [Act.% XXII, 3) : de ce Gamaliel qui seul se leva et réclama la modération et la tolérance, quand tout le conseil méditait des mesures de persécution et de sang ; et qui proposa d'abandonner à la Providence la décision de la grande question. Fallait-il adopter ou rejeter le christianisme (Jliid., Y. o't : de ce Gamaliel dont le nom est encore célèbre dans les traditions -juives, et que leurs écrivains présentent comme un des hommes les pfcns savants <*! les plus influents de son époque. Si nous voulons nous convaincre du lèle qu'a mis son disciple à s'instruire des principes de si religion et approfondir ses dogmes les plus obscurs . il nous suffit de parcourir les pages de ses Epttres, où il combat les opinions particulières des Juifs. Sa v aslc érudition nationale, la subtilité de son rais.. ment, qu'il sait accommoder à leur manière de discuter, ne tarderont pas à nous o«n- Taincre qu'il en est probablement peu qui

SERMON SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL

aient aussi bien profité des leçons de leur maître.

Saul désirait avec tant d'ardeur professer a sa religion dans sa plus grande pureté, qu'il » s'attacha à la secte des pharisiens , dont les opinions passaient pour les plus exactes et les plus complètes. 11 dit en présence d'Agrippa : La vie que j'ai menée dans Jérusalem parmi ceux de cette nation , depuis ma jeunesse, tous les Juifs la connaissent : s'ils veulent rendre témoignage à la vérité , ils savent que, dès mes plus tendres années, faisant profession de la secte la plus approuvée de notre religion, j'ai vécu en pharisien (Act., XXVI, 4, 5).

Si des principes religieux de Saul nous passons à l'examen de sa conduite, nous la trouverons irréprochable sous tous rapports. Je ne me contenterai pas d'invoquer simplement le silence de ses ennemis ; je ne m'attacherai pas non plus à vous montrer qu'après sa conversion il s'est mis tout à coup à les combattre et à défier leurs attaques; et que cependant aucune accusation , pas même un soupçon n'a pesé sur lui. Il était lui-même le juge le plus sévère de sa conduite , et par conséquent nous pouvons en toute sûreté en appeler au témoignage de sa propre conscience, si nous voulons le juger avec impartialité. Quelque sévère qu'il soit pour luimême , quelque soin qu'il ait pris de nous raconter, dans les moindres détails, ses infirmités et ses humiliations , quoiqu'il se soit toujours montré jaloux de glorifier la miséricorde de Dieu , en l'opposant à sa propre indignité , jamais il n'a rien insinué qui pût faire croire qu'il méritât dans sa vie passée le plus léger reproche d'immoralité ou d'inconduite. Loin de là, il nous assure que, pour ce qui est de la justice de la loi, il a mené une vie irréprochable (Philip., III, 6).

On pourrait, il est vrai, l'accuser d'agir en opposition à la vérité de Dieu mise en évidence, d'avoir résisté à la force des miracles de notre Rédempteur, d'avoir nié sa résurrection , enfin de s'être engagé, au mépris de la charité , à persécuter ceux qui ne partageaient pas sa croyance.

Mais ici encore, que de choses à dire pour sa défense ! Accoutumé à entendre condamner le fondateur de la nouvelle religion comme un imposteur et un séducteur, à voir représenter ses disciples comme des enthousiastes dans l'illusion, il avait été, dès sa jeunesse, imbu des opinions de ceux qu'il écoutait avec une entière déférence. 11 les avait vus, ces miracles, attribués au pouvoir de Béelzébuth, et la résurrection présentée par les gardes du sépulcre comme une fraude des disciples. La charité , qui condamne la persécution , n'était pas encore infuse dans son cœur. Au contraire , il avait été élevé dans des principes rigoureux d'extermination pour tout blasphémateur de la loi de Moïse. Elle était en effet arrivée , l'heure prédite par le Rédempteur , où quiconque ferait mourir ses disciples croirait être agréable à Dieu (Jean, XVI, 2). Entre les plus zélés était Saul, qui, comme il nous l'assure lui-même,

n'avait, dans cette persécution, agi que par le sentiment d'une obligation de conscience. Et moi, j'avais cru d'abord que je devais m'op* poser avec force au nom de Jésus de Nazareth (Act., XXVI, 9). On ne doit pas oublier non plus qu'il agissait en vertu d'un ordre de ceux qui siégeaient sur la chaire de Moïse (Matth.,\Xhl,2,3).

Telles étaient, mes frères, les dispositions et la situation de Saul quand il entreprit son voyage de Jérusalem à Damas. Il professait une religion dont il connaissait la céleste origine, qu'il avait étudiée avec une attention sincère et profonde , observée avec une grande exactitude : non-seulement sa conduite était honnête et vertueuse, elle était irréprochable. Rempli pour sa religion d'une ardeur sans bornes, il n'attendait que les ordres de ses supérieurs pour prendre sa cause avec un zèle et une vigueur qui, quoique erronés , n'en étaient pas moins le résultat de principes consciencieux.

Incontestablement, mes frères, voilà l'homme, s'il y en eut jamais, que l'indifférentisme moderne devrait choisir à l'appui de ses doctrines. Tel est précisément, s'il s'en trouvait encore un semblable, l'homme dont ils diraient d'un air de triomphe : Croyez- vous qu'il n'était pas agréable au Tout-Puissant , malgré ses erreurs? Pouvez -vous supposer que ses efforts pour sauver son âme étaient rejetés , parce qu'il n'avait pas abandonné la religion établie dans son pays, la religion de ses pères ; parce qu'il ne croyait pas qu'il dût discuter les prétentions rivales d'une religion nouvelle , qui , quoique importante , lui avait toujours été représentée comme un tissu d'erreurs et de superstitions ; qui avait été déjà pleinement examinée et condamnée ?

Si ces principes sont vrais, il faut alors que le Tout-Puissant approuve ce voyage, entrepris par Saul avec les dispositions et pour les motifs déjà exposés , comme , quelque temps après , il favorisera son départ de Jérusalem pour aller propager le christianisme. Il aurait donc dû laisser Saul s'avancer en paix, ou, s'il était nécessaire qu'une voix du ciel prononçât sur la justice de sa mission, elle aurait dû employer le ton de la douceur et de l'affection , faire entendre des accents d'approbation et d'encouragement : car le Tout-Puissant ne pouvait hésiter un instant à approuver extérieurement une entreprise à laquelle il aurait applaudi dans son cœur. Mais, au lieu de ces consolantes paroles murmurées d'en haut , la lumière de Dieu le frappe et le renverse ; une voix menaçante lui reproche l'impiété de son entreprise; et le voilà seul, tremblant, privé de la lumière du jour, incapable de remplir sa mission.

Dieu devait avoir, mes frères, de puissants motifs pour le traiter avec autant de sévérité; et ces motifs , il ne sera pas difficile de les découvrir. Saul était, à la vérité, attaché à la religion qu'il professait, et sans doute il s'y croyait sincèrement attaché. Mais la sincérité religieuse est une vertu qui croît d'une manière sensible et particulière ; pour fleu-

m DÉMONBTRAH0M ÉTANCÊI

rir, il faut qu'elle >oi( entièrement .1 l'ombre

ou en plein soleil : \\ faut qu'elle soit privée (le tous les rayons de la rérilé, ou qu'elle les reçoive tous. I H rayon isolé qui la frappe

suffit souvent pour ternir son éclat et le flétrir. Observateur pénétrant) Saul a du remarquer que li religion qu'il avait apprit à détester présentait des pointa dignes d'une attention sérieuse; et cependant cette attention, il avait négligé de la lui accord r. Avec

(les principes justes, il avait dû sentir que

les objections infiltrées dans son esprit pouvaient être présentée! sous un faux jour, qu'il do devait pas y ajouter foi sans un examen impartial; et cependant, col examen, il ne l'avait pas encore commencé. Une part active dans la persécution lui avait appris comment les chrétiens savaient souffrir, comment Etienne était mort pour sa foi, Il n'avait pas encore recherché ce qui pouvait leur inspirer cet attachement , ce dévouement, cet héroïsme. Tous ces motifs auraient dû porter Un esprit aussi cultivé que Je sien à se livrer à une investigation sérieuse; et cependant il ne s'en était pas mis en peine. Il ne cessait pas d'être toujours vertueux, il est vrai, toujours sectateur zélé de sa religion; mais ces vertus n'étaient plus sanctifiées par la vérité, par celte simplicité et cette bonne foi parfaites , qui seules peuvent la remplacer. Ne soyons donc pas surpris si le pieux Corneille, qui vivait dans la retraite, loin de Jérusalem et du monde, est appelé au christianisme par un ange du ciel (Acl., X, 3), tandis que Saul, l'homme de génie, qui s'agitait au milieu du tourbillon des affaires . n'ait dû. être converti que par un coup de foudre.

Ici, mes frères, la leçon est assez claire. Elle nous montre que le Tout-Puissant nese borne pas à sonder les qualités bonnes ou mauvaises du cœur, mais que ses regards , qui pénètrent tout, scrutent aussi l'esprit , examinant la pureté de sa foi avec une attention et une sé\érité scrupuleuses. Elle nous enseigne surtout que si quelques circonstances peuvent diminuer le crime et rendre la difformité de l'erreur moins insupportable, elles n'iront jamais jusqu'à faire qu'elle soit agréable à ses yeux; que toute l'influence quelles peuvent avoir sur sa bonté, c'est de le porter à la dissiper. C'est ainsi que notre glorieux converti considérera la conduite de Dieu à son égard. 11 ne se vante pas d'avoir été aussi agréable à Dieu avant le fait important dont nous faisons mémoire en ce jour, par sa bonne foi et la sincérité de ses vues : il se contente de bénir la miséricorde de Dieu de l'avoir, en considération de cela, arraché à l'erreur. Je rends t/rdees à Jesus- Christ, Notrc-Seir/neur, qui m'a fortifié, de ce qu'il m'a jugé fidèle en m' établissant dans le ministère, moi qui étais autrefois un bUuphéfhaleur, un persécuteur, un ennemi irritable; mais Dieu m'a fait miséricorde, parce qu<' j'ai fait tous ces tnqux par it/norance , n'ayant point de foi (/ Tun., I. 12, 13).

Dieu, mes frères, ne peut aujourd'hui avoir ehangé de sentiments sur un point aussi important: il doit donc regarder du même œil

quiconque m trouve dans la même lion que Saul. Or (-lui la se trouve dans la même situation, qui, élevé dans Mie r»

malheureusement fausse, fuit lei occasions, néglige le liions . éloigne !•

qui pourraient lui insinuer que certains poinN 'I mi royance sont erronés, et qu'ose autre est la vraie. Il M justifie a ses propres yeux et se console, en pensant que tant qu'il

observe fidèlement les lois de la morale, qa il remplit exactement les devoirs de son état, Dieu, satisfait de sa conduite, n'exige pas

qu'il se trouble- l'esprit par de- disi ussions

tfaéologiqnes : car. a l'entendre, Iréi ir

la miséricorde infinie d'un Cire si bon. que d'en circonscrire l'action par quelques questions abstraites; c'est anéantir les mérites surabondants du Rédempteur du monde, une de supposer que la différence de foi, louchant des dogmes obscurs , peut nnili . r l'efficacité de son sang précieux. Il peut douter, mais il ne se croit pas tenu d'examiner; il peut éprouver des inquiétudes, mais il ne pense pas que ce soit un motif de sonder le terrain sur lequel il est placé.

Pour les milliers d'hommes qui vivent et agissent d'après ces principes , le traitement que Saul, leur premier modèle, reçut en ce jour, ne doil-il pas être un avertissement U rrible? Je ne dirai pas que c'est une simple leçon, destinée à montrer que , malgré des qualités portées à un plus haut degré que les leurs, rehaussées par un zèle ardent, Dieu n'a pas jugé bon de le laisser dans une croyante où il travaillait à son salut hélas! ce. fut quelque chose de plus terrible qu'une froide instruction. On l'appelle, mais de manière à lui montrer qu'en le mettant en sûreté pour l'avenir, il est puni pour le passé ; que si la miséricorde de Dieu est allée le chercher pour le convertir, elle a emprunté les foudres et s'est armée des droits de sa justice vengeresse.

11 n'est pis difficile de nous en convaincre, si nous comparons le traitement qui lui était réserve, avec la conduite du Tout-Puiteanf envers ceux qu'il appelle dans sa bonté et ceux qu'il visite» dans sa < S ml n'est

pas, comme Abraham, eng. . DOC douce

vision, à quitter sa famille et son pays pour recevoir de Dieu une religion nom elle et plus parfaite (Ge/i.,XII, 1); mais il est renverse par terre et foulé aux pieds, comme lleliodore quand il osa opprimer l'héril profaner le sanctuaire du Très-Haut II Ma . 111, 2o, 27). 11 ne reçut pas. comme mission d'envov é et de ministre de Dieu, dans l'attitude de l'adoration, en présence d'une image terrible, mais brillante, de la Divinité [Exode, 111); mais devant lui. comme di Balaam, se présente une apparition extraordinaire et effrayante qui l'arrête soudain dans sa course, et le force, tout tremblant, d'aller bénir ceux qu'il était venu charger de malédictions.

A cette manière d'envisager la convt ; de saint Paul, je vois ce que l'on pourra répondre. Il y a loin . dira-t-on . entre rester dans le judaïsme, à une distance complète dj

SERMON SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL

toute connaissance de Jésus-Christ, et appartenir indifféremment à quelques-unes des sectes chrétiennes : ce peut être un crime de résister à l'évidence accablante des preuves du christianisme; mais il y aurait présomption à vouloir prononcer entre les prétentions également fortes de ses subdivisions opposées.

Permettez-moi, mes frères, de répondre en quelques mots à cette difficulté. Je dirai d'abord que le principe sur lequel se fonde cette indifférence pour les diverses croyances du christianisme justifie pleinement l'usage que j'ai fait de l'exemple de notre Apôtre. Car la bienveillance universelle de l'Etre suprême, son désir de voir tous les hommes se sauver, embrasse les Juifs comme les chrétiens; et si les dispositions du cœur suffisent seules pour porter sa miséricorde à agir d'une manière efficace sans être arrêtée par aucune erreur dans la croyance, alors l'honnête homme parmi les Juifs se trouve placé sur le même rang que le partisan d'une secte chrétienne, et, comme lui, délivré de l'obligation de se tourmenter par des recherches dogmatiques.

Je vais présenter cet argument sous un jour encore plus frappant, et j'en tirerai deux conclusions importantes dans la question que nous traitons. Les attributs de Dieu sont infinis en eux-mêmes; cependant il est évident que leur sphère d'action peut être circonscrite ; autrement , le réprouvé le plus abandonné aurait des droits au salut aussi bien fondés que ceux du juste. Or, si la différence entre les croyances religieuses ne contribue en rien à limiter leur sphère d'action et leur laisse toute l'efficacité de leur tendance mutuelle pour le salut des hommes ; je conclus alors qu'un juif comme Saul, qui est dans l'erreur, et cependant honnête homme, qui a des raisons de douter et d'examiner, sans se croire cependant obligé de le faire, se trouve précisément au même rang et soUs la même loi, dcvantDieu, que le chrélien qui vit et raisonne de la même manière. Le cas étant ainsi semblable, le sort de Saul devient une preuve décisive de la volonté de Dieu sur ce point. Mais si la différence de croyance peut en quelque manière modifier et déterminer l'exercice de ces attributs par rapport à l'homme, et l'on ne saurait nier la parité que j'ai établie entre Saul et un grand nombre de chrétiens, sans lui reconnaître ce pouvoir ; je suis alors, d'un autre côté , autorisé à conclure l'existence d'une règle fixe qui peut seule le modifier et le déterminer ainsi. Et quelle est cette règle, si ce n'est la vérité ou la fausseté des croyances? Hélas! mes frères, réflexion terrible et cependant trop certaine : c'est que dans le conflit entre les différentes sectes chrétiennes, comme entre le christianisme et le judaïsme, la vérité est une comme son auteur.

Ce n'est pas tout, mes frères : je puis pousser encore plus loin mon raisonnement sur ce sujet. Du moment où vous avez rejeté la règle fixe et invariable qui limite l'opération et le» effets de la miséricorde divine, vous ne

pouvez logiquement assigner un autre point où son action doive s'arrêter: ni le judaïsme, ni l'islamisme, à peine l'idolâtrie. Car, en supposant qu'il vous plaise de tirer une ligne de démarcation autour des chrétiens, qui en embrasse toutes les diverses sectes, mais qui exclue sans pitié tous les descendants d'Abraham non convertis, ce ne peut être que parce que vous attribuez à la foi en Jésus-Christ la vertu de sauver les hommes. Alors, nouvel embarras l il s'agit de savoir quelle doit être cette foi , pour pouvoir opérer le salut. Car on ne tardera pas à apercevoir que , dans le cercle immense que vous avez tracé, vous avez compris plusieurs sectes que le libéralisme moderne n'osera pas rejeter, et qui cependant ne croient pas plus en Jésus-Christ que les Juifs de son temps, qui continuèrent de vivre dans leur religion. Ils ne croient ni à sa divinité, ni à sa conception miraculeuse, ni à l'expiation des péchés par son sang, ni à l'efficacité certaine de ses souffrances. Comme les Juifs endurcis, ils ne croient pas qu'il soit autre chose qu'un grand prophète qui s' est élevé parmi son peuple [Luc, VII, 16). Si de pareilles sectes ont une foi suffisante en Jésus-Christ pour être comprises dans cette enceinte immense, il ne vous reste plus qu'à en ouvrir les portes et à les élargir pour y recevoir du dehors ceux qui partagent leurs croyances.

Mais ceci ne suffit pas encore. A chaque instant vous verrez qu'il faudra étendre le cercle; il vous faudra successivement renverser les barrières précédemment posées pour y laisser entrer les nombreuses sectes orientales des temps anciens et modernes, qui ont mêlé leurs erreurs au christianisme, en tant de manières et dans des proportions telles, que chaque nuance d'ombre forme autant de degrés intermédiaires qui les séparent de la vérité : jusqu'à ce qu'enfin la bannière ensanglantée de Mahomet lui-même, qui regardait aussi Jésus comme le plus grand et le plus illustre des prophètes de Dieu, flotte comme en signe d'une insultante et sacrilège fraternité autour du paisible étendard de sa croix! Non, ce n'est pas là une vaine chimère; je parle d'après l'expérience, et elle me conduit encore plus loin que je ne me suis avancé; car pour vouloir dilater la miséricorde de Dieu, non-seulement on a prétendu, de nos jours, que le mahomélisme n'est qu'une autre branche de la religion promise et accordée par la bonté divine (1); mais le même motif a donné naissance aux théories les plus favorables sur le salut des païens (2).

Les conclusions que je tire sont simples et naturelles. Premièrement il faut, pour ne pas tomber, par une pente insensible, dans les impiétés que je viens de signaler, reconnaître que la vérité d'une religion est le seul point fixe par où l'on puissecroire que le Toul-

(1) Voyez le Maliométismc dévoilé, par le Rév. C. Forster, Lond., 18:29. L'ouvrage tout entier tend à prouver ce point.

(2) Priiifli'ld, par exemple, De la nature ri de V étendu* <-/i. la loi chrétienne , pur rapport au sutut des païens. Lond., 1827.

DEMONSTRATION EVANGÊLIQUE.

Puissant réalise son désir d'en sauver les membrei ; secondement , si , pour éluder la rigueur apparente de ce sentiment, vous commencez par élargir les voies du salut , alors

j'ai droil de placer sainl Paul g avant sa conversion, sur le même rang que toute la société des chrétiens dont il esl à mes yeux le premier modèle. Or, VOUS avez vu comment, dans sa personne, Dieu a déjà jugé de pareilles maximes.

Mon intention n'est pas de confirmer les doctrines que je viens d'établir par d'autres passages de la sainte Ecriture. La tâche ne serait pas difficile ; mais, réservant ce point pour une autre circonstance plus favorable , je ne veux tirer l'instruction de ce jour que de l'événement qu'il rappelle. Permettez-moi seulement une question : cette instruction n'cst-elle pas conforme à la manière juste et naturelle de raisonner sur les attributs du Tout-Puissant? Car, quelle idée se formentils de Dieu, ceux qui le supposent indifférent sur la croyance de ses créatures raisonnables, quand il leur a révélé une série de vérités religieuses? Que serait-il alors autre chose, sous ce rapport au moins, que la divinité insouciante et oisive des épicuriens , puisqu'il nous aurait donné une intelligence et un cœur, la faculté de comprendre aussi bien que de sentir, sans cependant s'inquiéter si nous dirigeons vers le bien ou vers le mal les plus nobles attributs de notre être, tandis qu'il nous demande un compte rigoureux de nos appétits brutaux? On suppose que, dans sa sagesse, il a révélé un système de croyance entier et parfait ; car tout ce qui tombe de la main de Dieu doit posséder ces qualités; et cependant, il ne veut ni ne désire le voir nulle part exister tel qu'il l'a conçu; il se contente d'en découvrir çà et là quelques parcelles, éparses chez des sectes opposées! Non, mes frères, l'Evangile compare à la perle la religion.de Jésus-Christ (Matth., XIII, k, 5) ; elle doit tout son prix à son intégrité, à la régularité de ses formes, à l'absence du plus léger défaut. Il serait aussi raisonnable de supposer qu'un père, en léguant à sa famille un joyau d'un si grand prix, entendait que ses enfants le mettraient en pièces et se le partageraient, que de s'imaginer que l'Etre suprême en présentantaux regards de l'homme, d'unemanière claire et précise, l'image de son éternelle pensée, ne se proposait pas autre chose que de la voir revenir à son auteur, en mille parties brisées, défigurées et disparates, comme les objets réfléchis par un miroir cassé en morceaux.

Puisque Dieu, mes frères, demandera compte de sa conduite à celui qui, par sa faute, n'aura pas embrassé la seule et vraie foi, il s'ensuit nécessairement qu'alors, comme dans tous ses autres jugements, aucune considération humaine ne peut être admise en faveur du coupable, à l'égard de sa justice. Et c'est en effet le second enseignement que la conversion de saint Paul nous donne aujourd'hui.

Car, c'est aussi une erreur, et une erreur populaire, qui se rencontre à chaque instant, de prétendre que des circonstances particu-

IM

lières peuvent excuser celui qui n'a pas abandonné ce qu'il sait «'ire faux pour embrasser la vérité dont il est convaincu, i ne famille à pourvoir, une place! garder, des

.unis à conserver, un public dont il faut éviter la censura, le manque de loisir, la par» spective d'occasions plus favorables : ces pr<;-

textes et mille autres encore, telles sont les allégations qu'on apporte; souvent pour ne pas exécuter CC que la conviction et la conscience ordonnent.

La condamnation la plus forte et la plus évidente de ces spécieux subterfuges est, je pense, la conversion de saint Paul. A peine est-il convaincu , qu'il est déjà converti; il avait 1 âme trop droite, trop énergique, pour balancer un instant entre l'intérêt et la vérité. Cependant tous les obstacles temporels qui semblent pouvoir justifier sa conduite contraire durent frapper son imagination.

D'abord il lui fallait abjurer la religion de sa patrie, à laquelle les sentiments naturels les plus nobles, le patriotisme, l'orgueil national, une ambition légitime, rattachaient par mille liens divers. Quand il portait ses regards sur les siècles passés, il voyait cette religion se mêler nécessairement aux plus brillants souvenirs historiques de son pays. Cette religion, Dieu l'avait révélée et protégée au milieu des signes et des prodiges ; elle avait été la religion des rois et des sages, du législateur guide par le ciel, et des prophètes inspirés, sous lesquels ses symboles avaient toujours été un gage de la victoire, et ses hymnes des chants de triomphe. C'était pour le moment, tout ce que la fille de Juda avait pu, dans la captivité, conserver de précieux parmi les ornements de sa jeunesse: c'était le diadème d'or qui distinguait son front de celui de ses servantes; et tandis qu'il la déclarait consacrée au Seigneur, il dérobait à elle seule le stigmate de l'esclavage que ses vainqueurs avaient si profondément imprimé sur son front. C'était l'unique espoir d'un avenir plus brillant. Que le Tout-Puissant se lèvel Qu'ii juge et disperse les nations qui ont souillé son sanctuaire ! Que le Messie se hâte de venir élever le trône de David sur les degrés de l'autel! Telle était la prière, l'espérance et la consolation de tout croyant parmi les Juifs.

Or il faut que désormais Saul se montre étranger à tous ces nobles sentiments, qu'il les étouffe dans son cœur : il faut qu'en échange, il professe une croyance dont le signe était une marque d'humiliation, dont les principes détruisaient toute distinction nationale entre le juif et le gentil; une croyance dont les plus hautes dignités doivent l'associer, avec tous ses talents, son esprit et son zèle, à ce qu'il y a de plus vil, de plus méprisable parmi ses compatriotes.

Il lui faut, en second lieu, s'arrêter dans la carriereouverteasonambition.au moment où tout lui souriait davantage. Il lui faut abandonner, sans l'avoir remplie . la mission illimitée dont il était chargé comme homme de confiance du grand conseil de sa nation, et partant, rompre les liaisons puissantes qu'il \enait «le

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