DÉ.MONST. EVANG. XVI
profond, ou d'écouter ce qui s'y récite et s'y chante, sans faire aucunement attention à la voix de l'antiquité qui retentit dans ces profondeurs, et aux paroles pathétiques de la religion qui résonnent dans la mélodie incomparable de ces chants sacrés. Cette préparation peut varier suivantlesdivers aspects sous lesquels on doit envisager ces saints offices. Il en est qui désirent connaître la date et l'origine de chaque rit, d'autres veulent en savoir la secrète signification; l'un se contentera de s'instruire de la forme extérieure et de l'ordre successif des saintes cérémonies; son voisin demandera quelles sont les lois et les principes généraux qui leur servent de règle. Satisfaire ces divers désirs, de manière à contenter chacun, serait une tache longue et difficile ; il ne serait pas possible non plus, dans le cadre trop resserré de quelques discours seulement, d'expliquer une à une toutes les cérémonies, ou de suivre jour par jour les fonctions qui doivent se remplir chaque jour. D'ailleurs, en suivant cette méthode, ces discours , pour plus d'un sans doute, seraient inintelligibles, par la raison que l'attention se fatiguerait bientôt et que l'esprit s'embrouillerait dans une multitude et une diversité confuse de rites qui leur sont restés jusqu'alors inconnus.
Je me suis donc résolu, après mûre délibération, à suivre un plan différent dans ce cours abrégé de conférences sur les offices et cérémonies de la semaine sainte; préférant ainsi fournir à mes lecteurs des connaissances préliminaires qui nie semblent nécessaires pour en avoir une pleine et parfaite intelligence, et des principes propres à les mettre à même de se former une juste idée du
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;i;\il<>N j \ \m,i i.K.u l.
pris qu'il y faut attacher. Mon désir est de préparer l'esprit et le cœur plutôt que l'intelligence ci les sens, i't d'assurer plutôt le bon effet (l'uni" impression générale que la jouissance imparfaite de quelques impressions partielles <i isolées. Ceux qui désireraient suivre l'action des règles générales que je rais exposer, dans des points de moindre importance (bien que j'aie grand soin, dans» tous les cas où je les appliquerai, de n'omettre aucune circonstance digne de remarquc).jugeronl peut-être encore nécessaire de consulter des ouvrages qu'il est aisé de se procurer (comme par exemple, le cours d'instructions donné ici même par le très-révérend docteur Bngland) pour servir comme de manuel OU d'explication des cérémonies de la semaine sainte.
Mais avant d'expliquer dans plus de détail la méthode que je me propose de suivre, selon la mesure de mes faillies talents, je vais présenter un aperçu court et abrégé des cérémonies respectives de chacun des jours qui doivent fixer votre attention.
La semaine qui termine le jeûne du carême est généralement appelée parmi nous la semaine sainte. Dans l'Eglise latine elle porte le nom de (/ronde semaine, major hebdomada, qu'elle portaitaussi autrefois chez les Grecs, ainsi que l'atteste saint Jean Chrysostomc. Les Allemands l'appellent charwoche, mot dont ï'étymologio est douteuse, mais qui probablement signifie la semaine des douleurs, de char ou har, douleur. Dans le même sens elle est appelée quelquefois par eux marier tcoche, c'est-à-dire, semaine des souffrances {Waehter, t. 1, /}.2W)). Ces différents noms, les uns glorieux , les autres douloureux , indiquent assez l'événement dont on fait la commémoration pendant celle semaine, le seul dans toutes les annales de ce monde qui mérite pleinement ces deux titres, et qui renferme en lui-même une plus grande mesure de majesté et de grandeur, et une portion plus abondante de douleur et d'affliction qu'on n'en saurait attribuer à aucun autre pris à part. C'est une semaine séparée, par une consécration spéciale , du reste du cours de l'année, pour compatir aux. souffrances de notre divin Rédempteur.
Le premier jour de celle semaine est connu sous le nom de dimanche des Rameaux, ainsi appelé, à cause de la cérémonie qui s'observ e ce jour-là dans l'Eglise catholique, la cérémonie de la bénédiction et de la distribution de rameaux ou branches de palmier ou d'olivier, ou, dans les climats qui n'en produisent pas, de branches d'autres arbres, en mémoire de ce que firent les Juifs, lors de l'entrée de Jésus-Chrisl à Jérusalem. Le principal office de ce jour a lieu dans la chapelle papale, communément appelée chapelle rixtine, et se réduit à la messe. Les seuls points en quoi il diffère de l'office dos dimanches ordinaires sont la bénédiction dontMious venons de parler, qui est suivie d'une procession semblable à celle du jour de la Chandeleur, qui 60. fait autour de la sala regia (L ; et l'u-
(l) La vaste ci superbe salle qui |oinl eiis;mble les
sauo de (hanter, au lieu de l'Bvangile, la
i m, selon safnl Matthieu, d'une m u
particulière, dont il sera parlé en son lien.
I l - deui jours suivants, j| u\ ;i | jri, dans
les offices publics de l'I lui attire plus
particulièrement l'attention, bien qu'il i . dans toute sa liturgie un riche trésor de s. n-
timents religieux, cl que I'oII'kc. ou les fa. voirs de piété, publics et privés, ; reS( rats à ses ministres dans le cours de la semaine , soient bien propres a pav er l'attention des curieux, lin effet, du moment que cette forme journalière de prière devient publique, elle sai-it puissamment l'attention générale, ce qui a lieu pour la première (ois le mercredi dans l'après-midi. L'office, l 'est-à-dire le cours de prière imposé pour chaque jour par l'Eglise à ses ministres, se divise en plusieurs parties auxquelles on a donné le nom des heures du jour où il était anciennement d'usage de les réciter. On peut dire toutefois avec plus de vérité que la partie principale appartient à la nuit, et elle se subdivise en matines et laudes ■; les malincs se composent ordinairement de neuf psaumes et de neuf leçons tirées de l'Ecriture et des anciens Pères; les laudes se composent de huit psaumes ou cantiques, où respire un air plus joyeux , accompagnés de diverses hymnes , antiennes , capitules et or, lisons. Depuis que l'usage de récitera minuit cette partie de l'office est réservé aux communautés religieuses [dont plusieurs, dans celte ville, tant d'hommes que do Peu mes, se lèvent la nuit pour louer Dieu dans ces heures de silence) , la coutume s'est établie de remplir ce devoir le matin de bonne heure, ou, par anticipation, la veille au soir. C'est ce qui a lieu par rapport aux matines, ou office du malin, des trois derniers jours de la semaine sainte; de sorte que les matines du jeudi tombent le mercredi l'après-midi, et ainsi des jours suivants. Ce sont ces offices qui sont connus sous le nom de ténèbres. Un certain nombre de cierges plaies sur un chandelier triangulaire s'éloignent par degrés, c'est-à-dire un après chaque psaume, ce qui produit comme des ténèbres mystiques (puisqu'il est encore jour (1rs offices commencent chaque jour à quatre heur s environ après midi, ou un peu plus toi ; et, dans la chapelle du pape, deux choses principalement les rendent dignes de remarque. La première est une leçon tirée des Lamentations de Jerc'mie, qui se chante après le premier nocturne, à matines (un nocturne esl compose de (rois psaumes . Chaque jour on (hante trois morceaux de celle touchante élégie; le premier est accompagne d'une musique Si exquise qu'il ravit les sens : les deux autres se chantent à une seule voix, avec des inflexions qui respirent une harmonie antique et impressive. La seconde chose
qui mérite d'être particulièrement notée esl
la musique si célèbre du Miserere, qui termine
deux chapelles papales, connues sous le nom do chaivllt sixline isl de ehapeUt pouline, du nora dos papes uni lis al les priacipaui >3 **■
marne sainte.
CONFERENCES SUR LES OFFICES DE LA SEMAINE SAINTE
l'office, et qui laisse dans l'âme une solennelle impression de sentiments harmonieux que je ne trouve pas de termes pour exprimer.
Le jeudi est appelé parmi nous jeudi saint, ou jeudi du mandatum, maunday-lhursday, nom qui dérive du mot latin mandatum , commandement, par lequel commence l'antienne Mandatum novum, etc., qui se chante pendant qu'on lave les pieds de quelques pauvres, comme nous le dirons bientôt. L'office du matin consiste en une messe, presque en tout conforme à celle des autres jours de l'année; elle se célèbre dans la chapelle sixtine, en ornements blancs, contrairement à l'usage de ce temps de pénitence. Mais à la fin de cette messe s'accomplit une bien touchante cérémonie. Comme le lendemain il est coutume, depuis une très-haute antiquité, de ne pas consacrer les saintes espèces, on consacre d'avance en ce jour le pain au divin sacrement du corps de Noire-Seigneur. L'hostie consacrée est portée en procession solennelle à la chapelle paulinc, ou un autel splendidement éclairé la conserve jusqu'au lendemain. C'est ce qui forme ce que les catholiques désignent sous le nom de sépulcre, et il est d'usage de visiter, le soir, avec dévotion, les Eglises où des autels de ce genre se trouvent le plus respectueusement préparés.
De la chapelle paulinc le pape se dirige vers la grande tribune, au-dessus du portail de la basilique de Saint-Pierre, et de là donne sa bénédiction à tout le peuple assemblé sur la place en bas. Comme cette imposante cérémonie se renouvelle avec plus de magnificence encore le jour de Pâques, et qu'il est presque impossible d'en revenir pour assister aux autres fonctions sacrées, autant vaut pour beaucoup d'y renoncer en cette occasion, et de descendre plutôt, après avoir vu la procession, de la sala regia à l'Eglise , où l'on aperçoit, du côté droit du transept, les préparatifs pour le lavement des pieds. Partout ailleurs, ce sont des pauvres à qui on lave ainsi les pieds ; mais à Rome , le pape lave les pieds à treize prêtres, qui ordinairement sont pauvres, de nations différentes , qu'il sert ensuite lui-même à table, dans une salle placée au haut de l'escalier. Pour bien voir toutes ces cérémonies, il faut se munir de billets, qu'il est facile du reste de se procurer (1).
Le vendredi, appelé par tous les peuples que je connaisse vendredi saint, a reçu parmi nous seulement le nom préférable et beaucoup plus louchant de bon vendredi.
L'office de ce jour est triste cl lugubre; le trône et l'autel sont dépouillés de tous leurs ornements, le parquet cl les sièges de la chapelle sont nus et découverts , les vêlements sacerdotaux sont de couleur noire. Après être resté quelques moments prosterné en
(I) Ces billets (pour les dames) sont délivrés p:ir nions. le majordome du pape, a son bureau, dans le palais du Vatican. Ils doivent êire demandés par l'entremise du résidi'ni de la nation a laquelle on appartient, ou de quelqu'un qui lui soit connu , qui se rend ainsi garant de. la considération due a la personne au nom de qui se fait la demande.
silence, le prêtre commence un office entrecoupé et presque sans ordre ; on chante la passion selon S. Jean sur le même Ion que celle selon S. Matthieu, le dimanche des rameaux; suivent ensuite des oraisons pour les hommes de toute classe ; l'image de Jésus- Christ crucifié ( qui depuis quinze jours était demeurée couverte) est dévoilée avec solennité et baisée avec respect par tout le clergé, à genoux, tandis que l'on chante, aux accords de la musique la pius pathétique, les Improperia, ou reproches (c'est le nom qu'on leur donne); puis enfin, une procession comme celle de la veille ayant rapporté les saintes espèces de la chapelle paulinc, le prêtre les consomme, et l'office se termine par la récitation solennelle des vêpres.
L'après-midi, après l'office des ténèbres terminé, le pape, avec toute sa cour, descend dans la basilique, pour honorer les saintes reliques de la passion de Jésus-Christ, que l'on y conserve.
Le samedi, à proprement parler, n'a pas d'office qui lui soit propre; celui qu'on y célèbre appartient à la nuit suivante, et se rapporte entièrement au jour de Pâques. L'attention des étrangers est généralement attirée de la basilique du Vatican à celle de Latran, où s'accomplit une cérémonie longue et compliquée; c'est là qu'en outre de l'office commun, qui se célèbre dans toutes les églises, on confère tous les degrés des ordres depuis la tonsure jusqu'à la prêtrise (cérémonie qu'on peut voir plus commodément dans la même- église, le samedi précédent), (1) et on administre le baptême et la confirmation aux Juifs ou mahométans convertis, qui sont préparés à recevoir ces sacrements. Mais l'office qui se célèbre dans la chapelle du pape est d'une beauté singulière; il consiste dans la bénédiction du feu nouveau et du cierge pascal , suivie de la sainte messe, où, comme on le dira en temps opportun, il se fait entendre une musique qui ne saurait manquer de plaire à tous les vrais amateurs de l'harmonie sacrée.
Enfin arrive le jour de Pâques, la glorieuse consommation et le glorieux couronnement de toutes les douleurs .passées, le terme des désirs des chrétiens, la fête du printemps, comme l'indique son nom, après les peines d'un hiver triste et chagrin. Le pape chante une messe solennelle au maître-autel de la basilique de Saint-Pierre, cl, à la fin de la messe donne sa bénédiction à la foule qui se presse par milliers sur la place située devant le portail; et parmi celte multitude se trouvent souvent beaucoup de pèlerins venus de fort loin. Les réjouissances du soir, exprimées par l'illumination de la basilique do Sainl-Pierrc, et les feux d'artifice du château Saint-Ange, malgré tout ce qu'ils ont de remarquable et de magnifique, n'entrent point dans les limites de mon sujet.
(I) Silicates talurday, ou samedi avant le dimanche du la Passion. Il De sera pas inutile d'ajouter que le dernier dimanche du carême esl appelé, dans le cafeuiMar calho* lique,dimanche des Rameaux, et l'avanulcniier, ilimancli de la Passion.
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votre attention. Ce serirt! s'exposer .1 un i<tribli' désappointement que de B'rftlendre à an
|ioiii[M'u\ étalage d'Un 1 6rémonial recherché. ou à des éclats subits ci Inattendus «l'un effet tout théâtral, mi à «le grands coups d'orchesiiv (l'un effet Irrésistible! \ l'exception des cérémonies du jour de Pâques, ou l'action massue d'éléments simples eu eux-mêmes, mais combinés de manière à agir puissamment, protWit des résultais ravissants, l'œil chercherait ci) vain des scènes animées cl de grand éclat; et, à l'exception de quelques morceaux trôs-pen nombreux de musiqut vraiment éloquente âStUS les offices du dimanche cl du vendredi, les oreilles doivent se tenir prêtes a ne recevoir que des sons de la plus simple, de la plus pure et on même temps de la plus fiche harmonie qui puisse s'insinuer dans ce labyrinthe vivant. La jouissance qu'on doit en attendre est d'un;1 nature plus profondément mystique; elle doit être le résultat de considérations multiples dans leur origine, qui ont dû préalablement agir sur l'esprit, et d'un certain abandon de la sensibilité de l'âme au torrent des diverses émotions dont élite sera inondée. Ceux qui cherchent à tout voir, comme s'il s'agissait d'un spectacle profane (car on sait trèsbien qu'il y en a qui poussent l'indécence jusqu'à porter avec eux des rafraîchissc. ments dans la chapelle), se fatigueront bientôt. Les ténèbres , auxquelles beaucoup de curieux n'assistent que pour le M iscrere, durent plus de deux heures, toutes remplies par un chant simple et sans harmonie : et l'expérience de chaque année prouve que, !c premier soir , l'empressement de la foule pour entrer dans la chapelle occasionne de la confusion et de l'indécence, tandis que le troisième jour, où l'oifice est beaucoup plus court, le chant des lamentations plus allachant, cl le Miserere généralement le meilleur , l'édifice sacré n'est occupé que par un petit nombre d'assistants, auxquels des sentiments plus nobles qu'une pure curiosité inspire de la persévérance. De même à l'office du jeudi malin la foule des assistants est ordinairement excessive, tandis qu'à celui du vendredi, qui est infiniment plus beau, le lieu saint est comparativement désert.
Or mon désir, ainsi que je l'ai déjà fait entendre, est de présenter quelques considérations propres à mettre l'esprit à même d'estimer à leur juste valeur ces saintes cérémonies et d'en recevoir convenablement les impressions qu'elles font naître. Je ferai en sorte d'approprier mes observations , nonseulement à la circonstance du temps , mais plus particulièrement encore à celle du lieu : c'est-à-dire qu'au lieu de parler des cérémonies de la semaine sainte telles qu'elles se célèbrent dans tout le monde catholique et même dans la plupart des églises de cette ville, j'aurai toujours en vue la manière dont elles se font en présence du souverain pontife, où VOUS \ us sentirez plus particulièrement portés à désirer d'en être témoins.
Pour «et effet j ienvrfeerM mon sujet eu parties : dlabord , je < Mtidéverai les
offtl ei el |< v , érémoiiies de la semaine sainte dans leurs rapports a\ e< l 'a ri : seoofidernetH . je les considérerai historiquement . < ■ dire par rapport è leur diverse antiqniie ; troisièmement enfin . je les eus ingérai dans leur point de rée religieux, les regardant comme av ant pour bol d'exciter ib -ions pieu-.', ei \ rtueuset. Cette triple sidération me fournira fep n . lemoten de m >us donner toutes ii - coonaissam c- (pu peuvent cire intéressante; ou utiles pour en avoir l'intelligence.
Mon premier point se subdivise naturellement en deux parties : la considération de leur- rapports extrinsèques et de leur- rapports intrinsèques avec l'art. Partes premiers j'entends ces rapports qui existent entre ces cérémonies et l'art, à raison des lieux ci des circonstances où elles s'accomplissent . el qui leur donnent I" caractère spécial qu'elles oui au Vatican : c'est là ce qui m'occupera aujourd'hui. Par les seconds . j'entends les principes artistiques qui , pour ainsi parler, animent ces cérémonies, leur poésie qui surtout est du plus haut effet dramatique, et la musique qui l'accompagne : ce sera' le suj •( du discours suivant. Mon second et mon troisième point seront traités dans le troisième et le quatrième.
Commençons donc. Quand j'ai cité le Vatican comme le lieu où s'accomplissent !• rémonies auxquelles vous assisterez, Vous a\< / compris sans nul doute que je voulais en cela même faire sentir tout l'avantage qu'elles ont sur celles qui se l'ont en lout autre lieu. Où peut-on choisir un théâtre plus magnifique pour leur exécution que l'enceinte vaste et superbe de cette basilique? Où pourrait-on mieux entendre les sons harmonieux de la musique sacrée que dans la lumière tempérée et sous les voûtes craves , 1 imposantes de la chapelle sixtine? Ce sont là assurément des réflexions très-naturelles et très-vraies ; mais ce n'est pas sous ce point de vue que je dois envisager le sujet. Je pense qu'un esprit chrétien trouvera un motif d'intérêt plus vif et plus puissant à voir exécuter ces cérémonies dans des lieux qui ont une liaison étroite el intime avec l'histoire et la destinée de l'art chrétien. Parlons d'abord de la chapelle.
En y entrant , on n'aperçoit certainement rien dans son architecture qni soit frappant à l'œil; on pourrait dire même peul-étre que la première impression qu'elle produit a plutôt quelque chose de sombre el de déplaisant. Sa hauteur semble presque excessive : et cependant , au lieu de I avantage que l'architecture aurait pu tirer de celle circonstance . elle est coupée par deux corniches insignifiantes qni détruisent toute proportion entre les murs e| le haut atliqneoù sont placées les croisées. Ce défaut . ou plutôt celle singularité propre a l'architecture de l'époque où la chapelle a été bâtie . est plus apparent ici, à cause de l'ordre inverse dans lequel les ornements en paraissent dis-
CONFÉRENCES SDIV LES OFFICES DE LA SEMAINE SALVIE
posés : car la partie inférieure présente une suite de rideaux ou de draperies imitant le brocart , ce qui en fait une base trop légère pour ce qu'elle doit supporter; toutefois il faut avouer que cet effet devait être considérablement diminué dans le principe, par les larges et superbes tapisseries de Raphaël qu'on suspendait les jours de fêtes sur cette partie de l'édiflce. Sur la première corniche et au-dessus se trouve la partie supérieure couverte de peintures de l'ancienne école, et par conséquent d'un style fini, minutieux, et presque de miniature; puis sur tout cela repose le pesant plafond chargé de figures massives , gigantesques et terribles, de la sublime composition de Michel- Ange.
Cette œuvre merveilleuse doit nécessairement captiver pour un moment les regards des spectateurs ; et comme elle écrase en quelque sorte tout ce qui se trouve placé audessous , en fait d'architecture, elle absorbe tellement toute l'attention de la plupart des curieux , qu'elle leur fait oublier d'observer, comme elles le mériteraient, les autres peintures. A vrai dire, dit un écrivain français de nos jours , ces peintures absorbent et captivent l'attention de la plupart des voyageurs qui, outre l'irrésistible autoritéd'ungrandnom qu'ils ont si souvent entendu prononcer avec enthousiasme, subissent l'impression de terreur et d'admiration que les Prophètes à la voûte et le Jugement dernier, ne manquent jamais de produire. L'esprit est trop accablé pour pouvoir apprécier à la première ou à la seconde visite les compositions plus simples et plus calmes, distribuées en douze compartiments sur les côtés de la chapelle ; mais il est rare qu'à la troisième visite l'œil et l'âme ne cherchent à se reposer au milieu de ces scènes patriarcales , auxquelles la fraîcheur du paysage ajoute un nouveau charme ; et ces peintures , malgré les figures colossales qui les environnent et les écrasent , finiraient par attirer toute l'attention qu'elles méritent , si elles étaient moins éloignées du spectateur, ou que les figures qui les composent fussent mieux en rapport avec cette dislance, ou mieux proportionnées aux dimensions de la chapelle (Rio, de l'Art chrétien, p. 12V).
On ne peut contester que la première partie de ces observations ne soit exacte ; je voudrais pouvoir en dire autant de ce qui suit. En effet, il est à craindre que beaucoup de gens ne visitent maintes et maintes fois celle chapelle, sans daigner jeter un seul rc-5 gard sur ces superbes compositions, ou sans réfléchir et s'apercevoir qu'ils sont là dans le sanctuaire même de l'art chrétien. Dans le siècle dernier, il fut de mode, parmi les écrivains anglais, d'affecter une admiration presque idolâtrique pour Ikionarolli , et, après l'enthousiasme excessif par lequel sir J. Reynolds termine ses Discours (p. 161, Land. 1820), tous les discoureurs qui le suivirent marchèrent sur ses, traces. Fuseli a certes bien raison de considérer, dans son enthousiasme, la voûte de la chapelle sixtinc comme une magnifique épopée:
car on y voit une unité parfaite et progressive d'idées, ornée des épisodes les mieux appropriés et les plus enharmonie, et exécutée avec un grandiose et une majesté de formes vraiment homériques ; mais il est assurément déplorable d'entendre des artistes à la douzaine, comme Opie, déclarer solennellement, du haut de la chaire de professeur qu'il occupe dans notre Académie royale, que, comparativement à d'autres, les œuvres de Léonard de Vinci sont de peu de mérite (Dissert. sur la peinture, 1809, pag. hO); puis passant sous silence toute l'époque comprise entre Gimabue et Masaccio (car il ne fait aucun cas de Giotto et de son école), qu'il appelle le bégaiement et le balbutiement d'un art encore enfant (p. 37) , présenter tout ce qui a été exécuté avant Michel-Ange , comme petit et maigre, comme confus et sans intérêt, comme faible et ne disant rien à l'esprit. La généralion présmle ne juge pas d'après les mêmes règles que la précédente ; on éprouve de la joie de voir renaître, de nos jours, le goût et l'amour de l'art chrétien primitif.
Ce que le Campo Sancto de Pise ou la basilique de Saint-François à Assise, furent à la résurrection de, l'art sous Giotto, dans le quatorzième siècle, la chapelle sixline l'a élé à son plein et entier développement, à la fin du seizième. Elle réunit dans un noble concert d'émulation les meilleurs artistes de l'époque, rassemblant leurs efforts et les mettant à l'œuvre sous les yeux les uns des autres; après quoi ils retournèrent chacun dans leur patrie, perfectionnés par la contemplation des anciens monuments et la comparaison des systèmes modernes de l'art. H est inutile de le remarquer, l'art, dès son origine, n'a pas eu d'existence séparée de la religion. Les artistes byzantins et les italiens, leurs disciples , avaient pendant plusieurs siècles dominé en Italie, et, par un étrange renversement d'idées, ils avaient dégradé les types de l'art sacré, représentant le Fils de Dieu et sa sainte Mère sous des formes révoltantes et même hideuses , si on les compare aux traditions plus pures du christianisme primitif. Cimabue, qui fut le vra; maître de Giotto, Duccio cl autres artistes de son temps , s'attachèrent avec une affreuse obstination aux modèles de celte école dégradée. Giotto, l'admiration du Dante et de Pétrarque , s'affranchit des règles établies , négligea les types reçus, et donna à ses figures sacrées une nouvelle grâce, une couleur plus tendre et une expression plus douce (1). Comme il a parcouru toute l'Italie , depuis Milan (sans parler d'Avignon ) jusqu'à Naplcs , et laissé dans toutes les grandes villes des preuves de son habileté, on peut le regarder comme un laboureur qui jette une semence bonne et féconde. sur une terre bien préparée pour la recevoir. 11 forma cependant deux centres principaux, d'où l'art , quelque temps après, devait se répandre de nouveau de (oulcs parts. Florence, qui fui sa
(I) I.nn/y, iDMOfl'B Irtms. IS2S, vol. I, p. 2-1. Rio, p. 62. Dans oe discours j'aurai consumini-nt recours a» charmant ouvrage de col .uni.
IM
principale résideiM Sfl , n'a jamais manqué,
après lui, d'artiste! laborieux el capables; mais, par malheur, l'étude des monuments
païens el une certaine disposition à l'éloigner
de la première pureté de sentiment , donnèrent naissance à un style plus terrestre et Moins chrétien , et amenèrent un abandon
de la première ferveur qui aurait été fatal , plus tôt qu'il n'eet arrivé, à l'art religieux, s'il
ne se fût trouvé un antidote efficace dans
cet autre berceau de l'art dans lequel de meilleurs principes restèrent longtemps à fermenter avant de prendre leur essor. Paolo Uccello fut le premier, à Florence, a s'écarler des vrais principes pour descendre à une copie, trop servile des objets naturels; ce mauvais goût s'accrut au point d'exclure peu à peu les types cl les formes symboliques, jusqu'à ce qu'enfin le mal atteignît son dernier degré d'accroissement entre les mains de Masaccio , qui , sans cesser pourtant d'avoir des charmes, remplit ses tableaux de spectateurs et de gens oisifs , de portraits de personnes vivantes qui ne prenaient aucune part à l'action de la pièce. Son disciple dissolu, Lippi, alla de la profanation au blasphème, en ne rougissant pas de substituer les traits non-seulement de personnes vivantes, mais même de personnes indignes, aux chastes et beaux, modèles que la tradition avait conservés du Christ et de sa Mère.
Mais les fresques que Giolto avait laissées sur les murs du plus solennel et du plus mystique des temples, l'église de Saint-François à Assise, furent peut-être les germes de l'école ombrienne qui ne dégénéra jamais de la pureté de son caractère chrétien. Quand l'école florentine perdit une portion de son inspiration vitale , l'esprit de l'art chrétien alla se réfugier dans les montagnes écartées des Apennins. Le bienheureux Angelico Fiesoli,dans lequel non-seulement ses contemporains , avec le pape Eugène IV, mais des hommes mêmes d'une époque dégénérée, comme Vasari, ne savaient ce qu'ils devaient admirer davantage ou du talent consommé de l'artiste, ou des vertus du saint; puis son disciple chéri Bcnozzo Gozzoli, Gentil di Fabriano, ïaddeo Bartolo et bien d'autres, jusqu'à Nicolas de Fuligno, conservèrent et perpétuèrent cette union de l'art et de la piété chrétienne, par une succession non interrompue d'hommes recommandables qui s'étendit peu à peu autour de la tombe de l'admirable saint François, et atteignit sa perfection en la personne de Pierre l'ému in et de son immortel élève ( Voyez Rio , p. 20G, 214- et strie.).
Or ce fut là, à l'occasion de la chapelle bâtie par Sixte IV, que se rencontrèrent pour la première fois ces deux grandes écoles, dont l'une était déjà un peu dégénérée, et l'autre dans tout l'éclat de sa pureté. Ce pape fit venir les artistes les plus éminents de Florence et de l'Ombric, et leur confia le soin de travailler de concerta la décoration des murailles de celle célèbre chapelle. A gauche, en entrant, se trouve l'histoire de Moïse; à droite, on voit représentés les principaux
DÊMONSTRATWII l \ wu.l 1 il !.. 6X1
événements de la vie de notre divin Sauveur. Dans l'origine , ce ii avail était plus complet
qu'il n'est aujourd'hui; car sur la muraille, au-dessusdel'âutel, étaient peintes, delà main de Pérugin, la naissance du <lirisi et celle <l<- Moïse, séparées l'une de l'autre par rassotnptiou de la sainte Vierge; mais ces peintures ont été détruites pour taire place i la terrible composition de Buonarotti , le jugement dernier. J.es principaux artistes empfoj celte œuvre, furent Bandro Bolticelli , Dominico Ghirlandajo , Cosimo Roselli , Lui 1 9 gnorelli et Pierre Pérugin (1). Ce serait tir de mon sujet que d'entreprendre de faire la description de ces belles peintures ou la critique de l'œuvre de chaque artiste ; je pense que, généralement, on donnera la ; férence à la tradition des clefs, qui est du an pinceau de Pérugin: car elle ne laisse rien à désirer. On ne saurait mieux non plus se convaincre de la différence qui existe entre les sentiments religieux des deux écoles, qu'en comparant la tète de notre divin Ré— dempteur dans ce travail, avec celle que lui adonnée Ghirlandajo, dans la pièce qui l'avoisine et qui représente \àvocation de Pierre, et d'André : quoique, dans ce tableau, toutes les autres têtes soient pleines d'expression religieuse, celle qui devrait être la plus noble manque absolument de dignité et de beauté.
Quel est donc celui qui, regardant la religion et son histoire comme le véritable objet de l'art, el l'élévation de l'esprit à ses sublimes contemplations comme le but le plus élevé qu'il puisse avoir sur la terre, pourrait ne pas sentir l'intérêt tout particulier qui s'attache nécessairement aux lieux où, par tant d'efforts réunis pour cette noble et sainte cause, il a rempli d'une manière si frappante sa solennelle destination , sous le patronage naturel du chef suprême de la religion ? C'a été en effet pour l'exécution des cérémonies dont vous devez être bientôt témoins , que celte chapelle a été bâtie ; de sorte qu'on peut dire qu'elles ont amené un événement qui, dans les annales de l'art sacré, est considéré par tous les historiens comme faisant époque.
Mais ce serait , ce me semble , faire injure à ces fonctions sacrées que de ne les rattacher à l'art chrétien que par un fil aussi délié ; car il n'est personne, je pense, qui, après avoir étudié ces matières, puisse nier que ces saints offices n'aient été l'école de l'art ou plutôt l'aliment même qui lui a seni de nourriture. Je me rappelle un fait arrivé il y a quelques années. In de nos plus célèbres artistes , se trouvant à Home . s'entretenait avec un de mes plus respectables amis pendant la îavamda ou cérémonie du lavement des pieds, qu'il était alors d'usage de faire dans la Swa ducale. Des tapisseries étaient, suivant la coutume, suspendues le long du mur, derrière les Irei/e prêtres tpii devaient être l'objet de cette pieuse iv
(1) Vorei Lgta oui 1. sinrui delTi trie, frai . p. MO. 1 ei/i , Ioïu cit., p. 91 Bcadireibung der ^~ 1 .» •- i 1 llom . > i! 1 ibt. p .
CONFERENCES SUR LES OFFICES DE LA SEMAINE SAINTE
nie, et une fenélre grillée, qui regardait dans la salle, avait été envahie par un certain nombre de curieux, de manière que par l'intervalle laissé entre deux de ces tapis, on apercevait un petit groupe de têtes pittoresques , dont la plupart étaient des enfants, penchées en avant pour voir la cérémonie. Ce petit incident , dont un peintre de l'ancienne école eût fait son profit ou qu'il aurait peut-être même inventé , ne pouvait échapper à l'attention de notre artiste, et il fil remarquer à mon ami combien le pittoresque semblait complètement inhérent au caractère du peuple de Home. Leurs costumes, disait-il, leurs têtes, leurs attitudes sont autant d'études; il ne saurait yen avoir trois ensemble sans former un groupe digne d'être esquissé. Il lui fit ensuite observer combien toutes les cérémonies dont il avait été témoin lui paraissaient propres à fournir des sujets à la peinture, et quelles leçons d'art on pouvait retirer de leur élude. Pour peu qu'on examine les œuvres des anciens maîtres , on demeurera parfaitement convaincu qu'ils avaient tracé leurs modèles et formé leurs groupes sur ce qu'ils étaient habitués à voir dans ces fonctions sacrées. Pourquoi leurs anges, au lieu d'être, comme dans les travaux des temps modernes, des enfants bien nourris, jouant et sautant dans les nuages, sontils revêtus de tuniques blanches, portant une ceinture et agenouillés dans l'altitude d'une solennelle adoration, si ce n'est parce que tels étaient alors et l'habillement et la posture des plus jeunes employés dans les cérémonies ecclésiastiques? D'où sont tirés les costumes de leurs saints , debout aux côtés du trône où la Mère de Dieu est assise, avec leurs précieuses broderies et ces plis si majestueux qui prêtent si bien au riche coloris de leur école? d'où viennent leur position autour de ce trône, leurs regards modestes, leur attitude sans affectation , sinon des ministres vénérables employés à ces saints et splendides offices ? Toute leur composition est empreinte d'un sentiment doux et solennel, qui ne peut assurément leur avoir élé inspiré par rien autre chose clans la nature que par ce que nous voyons s'accomplir dans les solennités ecclésiastiques. En effet , il y a entre ces solennités cl leurs plus belles peintures, une analogie de disposition et de sentiment qu'il est impossible de méconnaître.
Il ne serait pas difficile de fournir des preuves de cette influence , tirées du voisinage de la chapelle sixline. Près des loges de Raphaël (loggie di Raffaello) est un délicieux oratoire, rarement visité, qui a élé entièrement peint par le bienheureux Angelico. C'est un ouvrage qui ravit tout esprit qui sait goûter les principes de l'art chrétien. Dans tout ce travail, le saint artiste s'est très-rigoureusement attaché au costume ecclésiastique ; et les saints martyrs Laurent et Etienne y sont représentés, au milieu de leurs souffrances , revêtus des ornements de leur ordre, ce qui a porté un écrivain récent à observer avec quelle attention l'artiste avait
dû pour cela étudier les monuments ecclésiastiques (Ilio , p. 198). C'est ainsi que la peinture, ressuscitée dans les temps chrétiens par la religion, a reçu d'elle ses pensées et ses sentiments , et est véritablement un art céleste qui sanctifie à la fois ceux qui l'exercent et ceux qui reçoivent son influence. Le saint artiste, dont je viens de citer les ouvrages , ne commençait jamais son travail sans implorer avec ferveur l'inspiration du ciel, et ne peignait jamais le crucifiement sans verser des torrents de larmes. Eugène IV, pour lequel il décora celte chapelle, fut si épris de ses vertus, qu'il le pressa d'accepter l'archevêché de Florence; mais son humilité se refusa à porter ce fardeau; et il recommanda à sa place un homme qui, dans ce poste élevé , illustra l'Eglise sous le nom de saint Anlonin.
Quand Vitale et Lorenzo, élèves de Franco Bolognèse, célébré par le Dante, peignaient dans les cloîtres de Bologne, ils travaillaient ensemble, comme deux frères, au même sujet, si ce n'est lorsqu'il s'agissait de représenter le crucifiement : car alors Vitale se sentait si vivement ému , qu'il succombait entièrement sous le poids du sujet et l'abandonnait totalement à son ami. On raconte la même chose de Ciacomo Avanzi , son disciple, et de Simone , son compagnon , appelé Simone dei Crocrftssi, Simon des Crucifix, parce qu'il peignait toujours le crucifiement. L'exemple le plus remarquable de ce profond sentiment religieux dans l'art est peut-être celui de Lippo Damasio, qui, par dévotion, ne voulut jamais peindre d'autre sujet que des madones ; et il était si profondément et si entièrement pénétré de la sainteté de son œuvre, qu'il s'y préparait par un jeûne rigoureux, la veille, et par la réception de l'auguste sacrement de l'autel, le matin du jour où il devait se mettre au travail, voulant ainsi purifier son esprit et son cœur avant de le commencer. Aussi le Guide (Guido Reni) a-t-il reconnu qu'aucun peintre des temps actuels, avec toutes les ressources de l'art moderne, ne saurait atteindre à cet air de sainteté , de modestie et de pureté qu'il a imprimé à toutes ses figures (Rio, p. 198).
Mais ce n'est là qu'une digression : mon but véritable est de montrer l'influence que les cérémonies de l'Eglise ont exercée sur l'art chrétien, d'après ce que nous en voyons dans la chapelle sixline. Supprimant donc un grand nombre de réflexions auxquelles je me sens entraîné par le sujet qui m'occupe, je reviens à mon objet, en faisant remarquer que ceux qui ne regrettent pas l'abandon de ce style religieux primitif pouf le genre plus hardi, plus massif et plus sévère qui, par son caractère grave et austère, du haut de ce plafond, écrase les productions de ce style primitif qui ornent les murs de l'édifice sacré, doivent du moins attacher un intérêt loul particulier à ce lieu célèbre, qui est Io seul où le changement pouvait ou devait s'opérer.
On pourrait dire en effet que Michel-Ange n'avait encore rien peint avant d'entrepren-
BEOS
drc eetic oeuvre paissante; ei les auteurs •'accordent à dire qu'il fol recommandé eu
pape Jules II par ses ennemis, dans l'espoir de lui (aire éprouvez une débite et une disgrâce. Une connaissait pas même la manière de peindre à fresque, ci repoussa de tontes ses forées la commission dont on routait le charger. Mais Jules n'était pas un pontife facile a déconcerter; et rejetant toute excuse, il insista el voulut qu'il se mil à l'o'uvre. Il (il alors venir de Florence des artistes pour exécuter ses dessins ; mais bientôt, inécoutent de leur travail, il le jeta bas et le recommença lui-même. Il dirigea la construction de l'échafaudage, broya et prépara ses couleurs de sa propre main; mais, après avoir peint plusieurs figures, il perdit courage, en voyant que les couleurs s'étaient ternies et passées, au point de rendre les figures à peine reconnaissables. 11 revint donc trouver le pape, tout désespéré, el le conjura de le décharger d'une lâche qui était en dehors de sa sphère. Jules fut inexorable. Sangallo lui enseigna le moyen de remédier au mal qui l'avait ainsi découragé; il se remit à l'œuvre et acheva le plafond dans l'espace de vingt-deux mois (1). Il avait intention de retoucher l'ouvrage lorsqu'il serait sec, et d'ajouter de la dorure aux draperies dont il avait orné ses figures ; mais l'échafaudage avait été défait par l'impatience bien naturelle qu'éprouvait son patron de voir les travaux exécutés , et il ne fut jamais rétabli. 11 est clair qu'aucun autre lieu et qu'aucun autre travail ne pouvait développer sur une aussi grande échelle les talents de Buonarotti comme peintre, et que l'influence de son style sur Raphaël et tous les artistes qui l'ont suivi fût restée sans effet, si Jules II ne se fût pas montré jaloux de finir la chapelle de son oncle Sixte, et s'il n'eût pas, selon toute apparence, avec obstination et presque contre toute raison, forcé le peintre à remplir une tâche devant laquelle il reculait.
Cette chapelle doit donc avoir un intérêt qu'aucune autre dans le monde ne saurait lui disputer, comme le sanctuaire de l'art sous sa double forme. C'est le lieu où s'est exercé le dernier grand acte de protection accordé à l'art chrétien antique et patriarcal ; c'est sur ses murs qu'il a imprimé ses derniers souvenirs, sous la sanction de la plus haute autorité religieuse qui pût les préserver de la destruction; ce fut aussi le berceau et la pépinière de cet art plus hardi et parfois profane qui, là du moins, a consacré les forces de son enfance herculéenne à la meilleure et à la plus sainte des causes.
L'autre chapelle qui sert aux cérémonies pontificales de la semaine sainte est connue sous le nom de chapelle pauline , de Paul III qui la bâtit, après en avoir délruit une peinte par le bienheureux Angélico, perte à jamais irréparable? Elle renferme deux vastes compositions en peinture de .Michel-Ange, dont on ne dislingue plus rien, non tant à cause
(l) Bachreibung, etc., p. 3SS ei suiv., où les autorités v>nt citées.
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de la fumée des cierges qulj lit nient devant • i f i - i qu'on le prétend communément, qu'à eaose dn mauvais jour ou elles sont placées, el surtout d'un incendie qui s'y est manifesté autn fois. I e sonl des productious di- ce puissant renie à ion déclin (i).
En m étendant si longuement sur ces chapelles, je ne me suis guère laissé de moyen • le \<>us parler de l'autre grand théâtre de ces cérémonies sacrées, la basilique de Saint- Pierre. Vous n'attendez pas de moi, certes, que je vous retienne ici en attirant votre attention sur un sujet aussi battu que la magnificence de cet édifice incomparable, et je me bornerai à quelques remarques qui se rattachent plus intimement au sujet qui m'occupe présentement.
J'avancerai d'abord que l'architecture ecclésiastique de chaque siècle est un monument de ses dispositions religieuses el lin mémorial de l'esprit dont il est animé. Les premiers siècles, par exemple, \ irent l'Eglise dans un état d'affliction, d'oppression el de persécution : et ses oratoires souterrains rappellent a merveille le souvenir de ce fait. Les fidèles les construisaient au milieu des tombes de leurs frères, montrant par la combien leur vie spirituelle touchait de près m trépas , et les ornaient des peintures les plus analogues à leur position, choisissant les passages de l'Ecriture qui se rapportaient le mieux à leurs souffrances et surtout à leurs espérances. Lorsque la paix eut été rendue à l'Eglise, sous Constantin, vint alors le temps du triomphe et le temps des représailles, dans toute la douceur de l'esprit chrétien. On s'empara des restes du paganisme, comme de trophées et de dépouilles légitimes; les églises empruntèrent leur forme des basiliques païennes, et en prirent le nom : on appropria à l'usage de ces nouveaux temples les colonnes de divers édifices, puis ensuite des temples entiers furent convertis d'un culte impur au culte d'une religion saint.' et divine. Plusieurs églises, à Rome, subsistent encore pour attester par autant de preuves monumentales cette translation du sceptre religieux, et la conquête faite par le cbrisli inisme des trésors de l'art accumulés par ses oppresseurs.
Dans les pays septentrionaux, l'art, et, par conséquent, l'architecture, est né du christianisme; là, il n'y avait point d'idées antérieures à ménager, point d'autres souvenirs à évoquer que ce qu'enseignait celle religion sainte: et de là est sorti ce style si injustement et si mal appelé le gothique, qu'un écrivain fran-
(\) Dans le cours do ces deux dernières années, la chapelle qui auparavant était touU noire, m i oitri qu'on n'en pouvait plus distinguer les ornementa, a été complètement remise à neuf, elles deux pièces de peinture ont été rei on» rerlea En même temps, (Immense tabernacle en bois el les autres ornements plaies derrière l'autel et qui lormaient une perspective artificielle, dessinée par Bcruioi, uni été judicieusement enlevés : car ils n'étaleat ras du même style que le reste de la cba| elle, 1 1 la matière dont
US étaient composés nYiait pas a l'abri de
^ers, au milieu de la superbe et immense illumination qui
S'j l'ait le jeudi saint
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ÎOli
cais de nos jours définit si heureusement , la pensée chrétienne bâtie. L'architecture de la Grèce et de Rome, comme la religion de ces deux peuples, tenait ses lignes principales toujours horizontales et parallèles à la terre, et se gardait bien de changer celte direction, cherchant plutôt à se prolonger qu'à s'élever d'une manière sensible. L'architecture chrétienne lança en haut toutes ses lignes, de manière à porter l'œil vers le ciel : ses colonnes élevées, effilées et agglomérées, tout en ajoutant une hauteur appareille à leur hauteur réelle, servirent à guider et conduire le regard à la voûle chargée d'ornements, et empêchèrent le retour des lignes qui auraient pu le tenir fixé vers la surface de la terre. Rien ne pouvait plus fortement marquer le contraste entre les deux systèmes religieux. Les minutieux détails du travail, la ciselure et la sculpture de ses ornements multipliés à l'infini, la subdivision des masses en parties plus petites : tout est en merveilleux accord avec la disposition des esprits à cette époque, où il était d'usage de subtiliser et de diviser les matières que l'on traitait, et de réduire les plus grandes questions en un faisceau de distinctions qui se ramifiaient à l'infini. Le faible jour religieux qui pénétrait à travers les vitraux chargés de peinture, et répandait une sorte de terreur mystérieuse dans les sombres profondeurs de l'édifice, convenait excellemment à une époque ardemment passionnée pour les doctrines mystiques et les plus obscures lueurs de la science théologiquc. Rien ne pouvait mieux caractériser, rien ne pouvait mieux exprimer l'esprit religieux qui animait cette époque, que l'architecture qui y a pris naissance.
Mais en Italie, et principalement à Rome , il en fut tout autrement. Le type de l'art y avait été formé dans des siècles de gloire et de triomphe, et il ne devait ni témérairement ni facilement être abandonné : l'art n'y était pas né du christianisme , c'est pourquoi le nouvel ordre, avec toutes ses beautés, n'y fut point adopté. Quand tous les arts et entre autres l'architecture , vinrent à renaître, on la fit servir comme tous les autres , à l'embellissement de la maison de Dieu et à la splendeur de son culte. On conserva l'ancienne base de la basilique romaine , en substituant toutefois les arcades aux colonnes. Il en est qui ont blâmé ce changement; pour moi, je l'avoue, je ne puis le blâmer entièrement; nous n'avons plus les superbes colonnes des anciens : nous n'avons plus leurs carrières ; nous n'avons plus d'esclaves à qui imposer ce rude et pénible travail; nous n'avons plus donc les matériaux nécessaires pour imiter leur style. En outre, le culte catholique exige maintenant diverses chapelles; les arcades de chaque côté donnent â ces chapelles une ouverture convenable ; à Sain tc- Maric-Majcurc et à Saint-Martin , les autels latéraux sont complètement masqués et perdent toute leur dignité. Mais le dôme , celte conception vraiment chrétienne, celte composition sublime, ce temple qui s'élève au Dieu du ciel si au-dessus de la terre ; celle
invention, la plus grande de l'architecture moderne, esl incompatible avec l'architecture à colonnes, ainsi que l'atteste assez Sainte- Geneviève, qui , aujourd'hui, je crois, porte un nom tout païen. Or quel est celui qui voudrait qu'on n'eût point suivi ce genre moderne d'architecture pour la basilique de Saint- Pierre ou toute autre église chrétienne?
Nous pouvons donc affirmer que cette basilique est l'expression véritable de l'art chrétien à sa renaissance sur les modèles antiques ; on verra surtout avec quelle exactitude elle reproduit l'esprit catholique de son siècle, en concentrant en elle-même toutes les res— sources de l'art du dessin, au moment où la réforme lui faisait la guerre et empêchait notre pays (V Angleterre) d'avoir , comme tous les autres peuples , une école nationale. Qui pourrait douter que cet incomparable édifice n'ait reçu le caractère de grandeur et d'amplitude colossale qui règne dans ses dimensions et la finesse exquise de ses ornements, que de sa destination spéciale à servir de théâtre aux fonctions sacrées dont vous y serez bientôt témoins? Non, il n'y a que sa destination à servir de théâtre aux cérémonies pontificales qui ait pu suggérer l'idée de le construire sur une échelle aussi vaste et inaccoutumée; il n'y avait point d'autre procession qui pût remplir une nef pareille, point d'autre cortège qui pût se grouper autour d'un pareil autel , point d'autre clergé qui pût orner un pareil sanctuaire. Evidemment, il n'y a que l'esprit vaste, grand et magnifique qui avait créé le cérémonial, qui ait pu former le plan de cet édifice, destiné à lui servir de théâtre.
Il serait intéressant de suivre ces remarques dans leurs détails ; mais je me bornerai à quelques exemples seulement, propres à montrer l'influence de ces cérémonies religieuses sur les moindres parties de ce chefd'œuvre de l'art. Vous savez pour la plupart, qu'il y a quelques années, toute l'église de Saint-Pierre était éclairée, le jeudi et le vendredi soir de la semaine sainte, par une immense croix de bronze , garnie de lampions , et suspendue sous le dôme. Le jeu de la lumière et de l'ombre , en masses hardies et brusquement tranchées l'une par l'aulre,sous les ailes de l'édifice , formait un spectacle dont la magnificence esl impossible à décrire. Or , il est certain que Canova, en dessinant le superbe monument de Rezzonico (Clément XIII ), avec ses beaux lions et son génie incliné, avait en vue principalement l'effet qu'il devait produire sous celte religieuse illumination. Il le tint soigneusementeouvert jusqu'au premier de ces deux soirs, et l'exposa à la vue du public sous le reflet de cetle lumière extraordinaire. Je me souviens fort bien de l'effet magnifique qu'il produisit alors , cl je conçois combien, la première fois qu'il parut, il dut causer d'enchantement à tous ceux qui en furent témoins. Canova désirait si vivement en juger pleinement par lui-même, qu'il chargea son ami le chev. d'Esté , dont je liens ces détails , de lui procurer un déguisement. Mes amis, disait-il, ne manqueront pas (le
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lo'trr U iniiniimi nt , 1 1 mt I i IWI< Bli I d 7 U 9tM 1 1 tirs défauts : je 1 1 " ' au ru fer <i /" foulé, pour entendre 1. u opinion* de chacun. Après de vains efforts pour l'en détourner, on lui pro- ( uni le ((is(iiin)' d'un pauvre prêtre, et il fut bientôt déguisé «le manière à ne point craindre d'être reconnu. D'Esté le vil diriger ses pas à travers la foule des admirateurs, el prêter l'oreille au jugement de chaque pelil groupe, jusqu'à ce qu'enfin il s'arrêta auprès du groupe où se trouvait le sénateur Rerzonico, neveu du pape, qui demandait i Où est donc Canota, que nous puissions le féliciter î El en •lisant ces mots, il regardait de travers l'artiste déguisé, qu'il prenait pour un pauvre sacristain, <'t qui se mêlait presque au groupe dont il faisait partie. Mais Canoi a ne lui point reconnu, et rentra chez lui satisfait, après avoir ainsi reçu une sentence d'approbation d'un jury intègre el sans préventions.
Cet exemple l'ait voir combien les grandes cérémonies qui se font dans celte superbe basilique ont dû avoir d'influence sur les parties secondaires de l'édifice, et conséquemment sur les arts du dessin; on peut encore citer un autre exemple propre à fermer la bouche à la critique. On a sévèrement blâmé l'abandon de la façade de Michel-Ange, dans le genre du portail du Panthéon. Ceux qui ont habité longtemps Londres ou Paris sont bien désabusés, je pense , de toute idée que l'œil ne se rassasie jamais de voir des colonnes surmontées d'un pédiment. U y a parlout maintenant de ces portiques ; il y en a un à l'hôtel de ville, et à ses festins passés en proverbe , à la galerie nationale de tableaux, à la chapelle de l'archevêque Tillotson, au théâtre Haymarkct, à l'école de médecine et à une demi-douzaine de clubs. Ce n'est là évidemment que comme un lieu commun d'architecture dont le génie le plus médiocre peut s'emparer, et qui peut s'appliquer à toutes sortes de sujets; y a-t-il donc tant à regretter qu'il n'ait pas été adopté pour Saint-Pierre, où il nous eût privés d'une des plus augustes de ces cérémonies , la bénédiction papale? Car il est reconnu que la nécessité de procurer une place convenable au principal acteur de cette scène momentanée, il est vrai, mais des plus imposantes , a inspiré l'idée de changer le premier plan el d'adopter celui que nous voyons. Or, si c'est en architecture un vrai mérite, bien supérieur à celui d'une simple imitation, que de savoir adapter parfaitement les moyens à la fin qu'on se propose, la façade actuelle avec tous ses défauts , que je reconnais , doit être appréciée d'après des bases plus solides cl plus décisives qu'une simple comparaison avec des ouvrages qui appartiennent à un style et à un système différents. Pour ma part, je consentirais volontiers à considérer toute l'année la façade brisée, disproportionnée et confuse avec laquelle celte superbe église nous apparaît maintenant, pour jouir deux
I s WU'.l lui l..
fois l'an, a l'aide de tous ( <s défauts, du grand et glorieux spectacle avec lequel ils ont une
liaison m intime ; pour voir la multitude immense de bourgeois, de paysans, de pèlerins et d'étrangers, el ces lignes brillantes d'équiet «le troupes qui remplissent le bassin de la magnifique place qui l'environne ; el pour ressentir l'émotion que la bénédiction du père lie la chrétienté prodoit, comme par une communication électrique, dans la foule
I inlilee.
(Ici oubli des particularités locales el du
caractère du stj le , en lut de critique en matière d'architecture, est très-frappant «liez les
écrivains modernes. In a uteiir , dans un ouvrage populaire publie dernièrement en Angleterre , exprime son etminemeiit el SM désappointement de n'ai oir pas trouve a Saint- Pierre de vitraux peints. Ce qu'il y a d'etonnant, à mon avis, c'est qu'il en ait aperça les fenêtres dès la première foi- : il fallait que l'esprit de ce voyageur ffit bien vide d'enthousiasme et qu'il fui singulièrement e» Inde sos yeux. L'architcctui a du nécessairement faire désirer de le- cacher, en les plaçant au-dessus de la corniche, et généralement on est longtemps avant de s< à faire attention d'où vient la lumière. Oui-Ile étrange anomalie que des \ itraux peints avec des marbres et des mosaïques I Imagînezvous un amalgame de lumière jaune, verte et rouge tombant d'une pareille fenêtre sur la transfiguration, ou un rayon de bleu vif transformant en un cadavre livide l'ange de la mort sur le monument de Canova ! Je fis ces observations à l'auteur, et lui proposai ces difficultés, mais il n'en tiiit nul compte : il n'avait point vu de cathédrale en Angleterre sans vitraux peints, et, par conséquent, il a reproduit son désappointement dans trois éditions successives.
Donc Saint-Pierre, considéré sous le point de vuede sa grande destination à être le théâtre de cérémonies particulières et magnifiques, de celles principalement dont vous serez bienîôt témoins, est le modèle le plus parfait d'un style d'architecture sacrée, qui s'adapte parfaitement, avec le style de la basilique moderne, aux formes el aux besoins du culte catholique: et ce n'est pas d'après les règles d'un autre style qu'il faut le juger, mais bien d'après la manière dont il remplit le but pour lequel il est destine, et est 1 < \l ression des idées de son siècle. Et ce modèle si parfait, c'est au cérémonial du culte catholique que nous en sommes principalement redevables.
Je viens ainsi d'indiquer les rapports si intéressants qu'ont avec l'art les cérémonies (le la semaine sainte, telles qu'elles se font en présence du pape, et l'influence qu'elles ont exercée sur sou développement. Dans mon prochain discours je traiterai «le leurs relations plus intimes avec l'art . par leurs formes essentielle
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