‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 81 sur 167 · partie «le l'office appelé hante · texte numérisé non relu

partie «le l'office appelé hante

avant la messe, pendant que le pape S habille, auprès dfl l'autel. A la lin de chaque psaume

\ous ne manquerez pas «le remarquer le Gloria Patri . harmonise d'après un s\stème manifestement différent «le tout « «■ que VOUS avez pu entendre ailleurs, mais qui produit un effet riche et pathétique. C'est le mmiI

exemple qui nous soit resté de M que les Français avaient coutume d'appeler fautbourdon, et les Italiens, qui lavaient emprunté d'eux, après le retour des papes d'Avignon à Wumv. fulso bordons, ou fw*e fjn<<; car les <le::x autres systèmes auxquels on a donné ce nom depuis, sont d< - inventions bâtardes et purement modernes. Il est attribué à Guy «l'Arczzo, le père de la musique moderne dans le onzième siècle; et roiei tout simplement en quoi il consiste : I • contralto continue le ton ou l'air du psaume, absolument comme les \ei-sets précédents Ont été chantes; le ténor prend la sixième, et la basse la tierce, et ces deux parties suivent le mouvement du ton. gardant toujours le même intervalle, sans égard aux tons <>u demi-tons (1). Ceci paraîtra à tout couq leur contraire à toute règle, et cependant l'effet qui en est produit est tout a fait «léli cieux. Le «haut grégorien, tel qu'on l'exécute à la chapelle du pape, offre encore plusieurs autres particularités, que la crainte d'ennuyer me fait omettre : j'observerai seulement que le plain-chant, même à la messe , t dans les antiennes, j est chanté à deux parties : le ténor et le dessus tenant toujours la tierce au-dessus des deux autres. Cela se fait en vertu d'une permission obtenue, non sans beaucoup de difficulté du pape Alexandre VII, à ce qu'il me semble.

Mais la partie la plus intéressante, à beaucoup près , de la musique qui entre dans < s Offices est celle qui est disposée par parties, ou harmonisée. J'ai déjà parlé des corruptions qui se sont glissées de bonm heure dans la musique sacrée. Cependant l'Eglise romaine était toujours demeurée attachée au plainchant. quoique grandement déchu, jusqu'au retour de Grégoire XI d'Avignon, en 1TTT. <1 ii î amena avec lui son chœur français, qu'A unit à celui de Rome. 11 en résulta une musi«]iie harmonisée du plus dangereux carac-

(I) On:i ;i (Mité «me partie pour le dessus-, qui, c;i bonne règle, doit fttreh l'unisson avec la basse. Et rai •utri s |ni : if y s'esi |„lr,

- cliaiigeuienls.

CONFERENCES SUR LES OFFICES DE LA SEMAINE SAINTE

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1ère, pleine d'inégalités, de divisions etd purs ornements qui, bientôt, dégradèrent musique d'église, en la faisant tomber du rang de science à celui de pur spectacle profane. Le temps n'apporta point d'amélioration, et au seizième siècle le mal sembla porté à un point qui excluait tout espoir d'autre guérison que de la plus désespérée. Le chœur de la chapelle papale élait presqu'enlièrement entre les mains d'étrangers, Espagnols, Français, Flamands surtout. On avait alors dans l'idée que lès Italiens n'avaient a point de talents ou de dispositions pour la l musique ; les étrangers faisaient absolument le monopole de la chapelle pontificale; ils engageaient leurs compatriotes, qui ne pouvaient chanter une seule note , et en excluaient impitoyablement tous les nationaux : si bien qu'il se trouva un moment où le nombre de ceux qui étaient réellement capables de chanter se réduisait à neuf. Mais la corruption de la musique sacrée se fit encore plus fortement sentir que sa déchéance. Elle consistait en deux points. D'abord la confusion des paroles : les parties , au lieu d'être toutes appliquées aux mêmes parole*, chantaient souvent des phrases qui n'avaient pas le moindre rapport avec l'office; c'étaient simplement des textes de l'Ecriture, ou des compositions d'imagination. Ainsi, dansun vieux Kyrie eleison, conservé dans les archives du chœur, le ténor chante : Je suis ressuscité et je suis encore avec vous, alléluia, et autres paroles semblables. Dans une autre messe qui est intitulée de la Sainte Vierge, la même voix, pendant le Kyrie, le Gloria et le Credo, chante une hymne à sa louange. Il existe un motet d'Obrecht dans lequel quatre phrases différentes sont chantées par les quatre voix. La confusion était telle qu'il élait impossible de distinguer un seul mot ; c'était un mélange discordant, tout à fait indigne d'un cuite religieux. Nicolas X ayant demande, un jour, au cardinal Domenico Capranica ce qu'il pensait de son chœur de chantres, celui-ci répondit hardiment par une comparaison moins noble qu'expressive, qu'il lui paraissait comme un sac plein de petits cochons, car il entendait un bruit terrible , sans pouvoir distinguer aucun son articulé. En 154-9, Cirillo Franchi écrivait à Ugolino Gualterruzzi , au sujet des chanteurs de l'époque : Pongono lutta la loro bcalitudine in fare che al medesimo tempo che uno dice sanctus, dice Valtro sabaoth, eVallro gloria tua, con alcuni urli , mugit i , gargurismi , che sembrono più galti di Gennajo, che fiori di Maggio (1).

Le second genre de corruption, qui est aussi le pire , était dans le choix des mélodies. Dans l'origine, au milieu de toute la dégradation où élait tombée la musique d'église, une des voix.411 moins conservait les notes établies qui servaient comme de base aux absurdes variations des autres ; dans la

(I) foinl, t. 11, p. 101 : «Ils mettent (ont leur bonheur

à mite qn". n mette temps (pie l'un dtt sanelus, l'autre dise

sabaoth et l'autre gloria tua, avec des hurlements, des mu-

ments et des efforts de gosier qui rappelleut mieux

les diats en janvier que les fleurs de mai. >, tre

HM

suite du temps, les compositeurs choisirent pour leur thème ou motif d'autres pièces de musique sacrée, auxquelles ils adaptaient les paroles du Credo ou du Gloria , tout en conservant plus ou moins l'air primitif. La messe alors prenait le nom de celte pièce ; ainsi nous avons la messe Beatus vir, la messe Ave Maria, etc. Jusque-là on pouvait encore user de quelque indulgence, mais le premier pas qui se fit dans la même voie ne fut plus tolérable. Les compositeurs commencèrent alors à choisir peur leurs thèmes des airs profanes, vulgaires et même lascifs ; et comme les musiciens pour la plupart étaient des étrangers, i! s'ensuivit que la plupart de ces airs furent des airs provençaux. C'est pourquoi nous avons des niesses intitulées Yhommearmé, thème souvent répété; chiare, fresche e dolci acque , et une multitude d'autres , dont quelques-unes avec des titres qui indiquent assez le style de la musique. Lorsque ces deux abus eurent atteint leur plus haut degré d'abomination criante , ou aurait pu dire en toute vérité :

« Forse è nato Clii l'un e l'altro caecer'a del nido» (1);

car du milieu de la corruption de cet âge surgit le génie de Palestrina, pur comme si les anges lui avaient inspiré leur harmonie, capable à la fois de concevoir, d'effectuer et de mûrir la perfection de la musique; dont l'esprit semble avoir toujours depuis veillé à la garde du chœur formé par ses leçons, et dont le manteau est descendu avec presque toute sa fraîcheur à son successeur et biographe de nos jours.

Giovanni Pierluigi , appelé du nom de sa ville natale Palestrina, naquit de parents pauvres en 1524, et ayant été remarqué par un musicien pour ses talents, il entra cornue enfant de chœur au service de quelque église. Il ne tarda pas à se distinguer, et fut nommé à l'âge de vingt-sept ans directeur de la musique dans la nouvelle chapelle Giulia, érigée à Saint-Pierre par le pape Jules III ; mais trois ans après, ayant publié ses premiers ouvrages, qui évidemmentétaient de beaucoup supérieurs à tous ceux de l'époque, le pape lui fit abandonner le poste qu'il occupait à la basilique, pour faire partie, presque seul Italien, du chœur de sa chapelle. Il ne jouit pas longtemps de celle position vraiment pénible ; car le sévère Paul III, qui monta sur le trône ponlifical six mois après , voulant mettre une réforme dans sa chapelle, commença par en expulser Palestrina et deux autres hommes mariés , par la raison qu'il était défendu par d'anciens règlements qu'on y employât aucun chantre qui ne fût ecclésiastique. Bientôt cependant Pierluigi fui nommé directeur de la musique à la basilique de Latran. Il y composa en 1560 ses fameux Improperia, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois. Ce sont de doux reproches, placés dans la bouche de notre Sau-

\\ « Peut-être est né celui qui les chassera l'un H l'auuu nid.,».

veur, .1 l'égard de son peuple , .111 sujet de sa conduite cruelle et ingrate, auxquels est entremêle le Trisagioo: Dieu suint, Dieupuiisttnt, Dira immortel, chanté en grec et en latin par un (lueur et nn demi-chœur.

L'impression produite par cette composition Buolimo, quoique simple, l'ut telle que, l'année Boivante, le pape Pie l\' pria Palestri na d'en laisser prendre une copie pour sa Chapelle, OÙ tous les ans depuis elle a Clé exécutée dans l'office du vendredi saint.

Ces Jmproperia sont en forme de chant; chaque \erset s'y repèle sur le même ton, et est divisé en deux parties, de sorte que presque tous les mots roulent sur une seule note, pour se résoudre en une double cadence au milieu et à la fin. A ne considérer que les apparences, on pourrait penser que le premier venu, un enfant presque, aurait pu les composer. Dans le chœur et le demichœur du Trisagion, chaque voix n'a actuellement que deux notes, dont l'harmonie est des plus aisées; cependant il est impossible d'entendre ce chant lcni el pourtant hardi , plein et doux tout à la fois, avec la touchante modulation que ce chœur seul peut lui donner, sans se sentir pénétré d'un sentiment de mélancolie douce et pieuse, d'une tendre émotion , que ne saurait exciter même le Miserere, plus savant et plus renommé. C'est vraiment le triomphe de la nature sur l'art; et c'était déjà un puissant effort de génie que de concevoir que les combinaisons les plus simples pussent produire des effets aussi admirables. Le docteur Burney a appelé Palestrina VHomcre de l'ancienne musique. (Histoire, p.l98,to/. III); et nulle autre composition peut-être ne lui a mieux mérité ce litre ; mais le triomphe de son génie était loin de s'arrêter là : on peut l'appeler avec justice le sauveur de la musique.

Les abus dont j'ai fait mention plus haut motivèrent un décret du concile de Trente qui ordonnait l'abolition de toute musique profane et lascive dans ses airs ou dans ses mouvements (Sess.WU,Dcc.decelcb.missœ); et, en 1564, le pape Pie IV nomma une congrégation ou comité de cardinaux, à l'effet de mettre à exécution les canons du concile. De ce nombre faisaient partie les deux cardinaux Vitelozzi et saint Charles Borromée qui, comme l'ont toujours été tous les vrais saints, était un homme de bon goût; el c'est à eux que fut spécialement confiée la réforme musicale. Ils eurent plusieurs réunions et consultèrent une députalion du chœur papal pour aviser aux meilleurs moyens d'arriver à leur but. Le cardinal Borromée, en sa qualité d'archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, connaissait Palestrina, qui élait alors passe au service de celte église; et, sur sa proposition, l'éminent, mais modeste compositeur l'ut appelé le 10 janvier 1565, et chargé d'écrire une messe dans laquelle le thème n'eût point de rapport avec aucun air profane, et où toutes les paroles pussent être distinctement entendues. I! fut averti que du succès de ses efforts dépendait le sort de la musique d'église; car, s'il échouait, la musique serait

ÉVANGËLIQUE. 528

f)our toujours bannie, comme profane, de a maison de Dieu.

on conçoit tacitement l'embarras et aussi en même temps le noble orgueil d'un génie

connu • celui de Palestrina . de se \oir < li.u .

d'une pareille responsabilité, el de roir ainsi

dépendre de ses seuls eflbl ts I existence même de sa science favorite; mais il ne recula pidevant l'épreuve. Lu trois mois il présenta trois nouvelles messeï qui furent exéCQU par le chœur papal, le 2G avril, dans le palais du cardinal Vitelozzi. Les deux premières furent grandement admirées, bien que le génie de l'artiste eût été entravé par la délicatesse de sa position ; mais la troisième gagna entièrement la cause : la congrégation décida qu'on ne pouvait rien désin r de plus, et décréta que la musique serait conservée dans le service divin.

Le 29 juin, il y eut une fêle solennelle pour la réception des offres libres des cantons suisses; et le pape assistait à la chapelle sixline. La victorieuse messe fut exécutée, et tout le monde fut ravi avec délices. Le pape s'écria : Tels doivent avoir été les accents que l'apôtre saint Jean entendit dans la Jérusalem céleste , el qu'un autre Jean a renouvelés dans celle delà terre! On dit que le cardinal Pirani, doyen du sacré collège, se tournant du côté du cardinal Serbelloni, appliqua très-ingénieusement à la musique ces vers du Dante:

« Render è qnesto voce a voce in icmpra,

Ed in dolcezza ch'esser non | uo

Se non cola dove '1 gioir s' insempra. •

A quoi il répondit avec un égal bonheur

« Hisponda dunque ; oh ! fortunata sorte !

Risponda alla divina cantilena,

Da lui te | ani la beata Carte,

Si en' ogni vista ne sia piii serena. »

Celte histoire de la manière dont fut sauvée la musique sacrée a été racontée d'une façon inexacte par tous les auteurs, y compris le docteur Burney lui-même, jusqu'à ce queBaini, dans son intéressante Vie de Palestrina, eût découvert la vérité. On dit généralement que le pape Marcel IL dans le peu de jours que dura son règne , voulut abolir la musique sacrée, et que Palestrina demanda une épreuve et produisit la messe dont j'ai parle. Mais le titre qu'elle porte de messe du pape Marcel ne lui fut donné que lors de sa publication , à la demande de Philippe II d'Espagne , plusieurs années après la date de sa composition, qui eut lieu sous le troisième pontificat après Marcel.

Quiconque désire entendre cette magnifique composition doit se rendre à la chapelle du pape le samedi saint, le seul jour de l'année où elle se chante. Elle est à six voix, ayant deux basses et deux ténors. Comme Palestrina voulait éviter toute espèce d'air, et donner à chaque partie un mouvement toujours varié, et qu'en conséquence il fallait nécessairement que chacune d'elles, de temps en temps, put se reposer, il prit cet expédient . assurant ainsi une base excellente à son harmonie, par la stabilité de ses parties basses et moj ennes , le soprano

CONFÉRENCES SUR LES (JEEiCES DE LA SEMAINE SAINTE.

et le contralto pouvant très-bien tour à tour soutenir les parties moins nourries. L'effet de cet arrangement est admirable. Dans les chœurs modernes , une ou deux parties au plus ont du mouvement , tandis que les autres se tiennent en ton soutenu, ou bien, si elles sont plus de quatre, en unisson. Mais dans cette messe , comme dans toute sa musique, il n'y a point de riempitura ou remplissage ; chaque partie, suivant l'expression du docteur Burney, est une partie réelle, aussi importante que les autres; toutes sont pleines de vigueur, de vie et de mouvement; il suit de laque, dans l'exécution, elle produit plus d'effet que beaucoup de compositions à douze et seize voix ; de là aussi vient que celte messe, telle qu'on l'a publiée deux fois, arrangée une fois pour quatre et l'autre pour huit voix (arrangement quelquefois faussement attribué au grand compositeur luimême), est vide d'effet, et a perdu le caractère de l'original. Je dirai même, par expérience , que cette messe exécutée avec une seule voix pour chaque partie a plus d'effet et de vigueur qu'aucune composition ordinaire avec le double de voix.

Le caractère spécial de la musique de Palestrina est d'être riche , harmonieuse et imposante ; elle est essentiellement une musique de chœur, comme le doit être toute musique d'église. De simples litanies , chantées par la foule ignorante , avec toute la ferveur de la dévotion, touchera l'âme bien plus fortement que toutes les divisions artificielles d'un musicien moderne. La musique du temple (chez les Juifs) était évidemment une musique de chœur, exécutée par des troupes de lévites et soutenue par le son des trompettes. Toutes les fois que l'Ecriture parle de la musique qui se fait entendre dans le ciel, c'est toujours une musique de ce caractère. Quatre esprits célestes , qui est le nombre de l'harmonie parfaite, s'unissent pour chanter Suint, saint, suint. Une multitude innombrable chante de concert le magnifique cantique, A l'agneau quia été immolé, etc., d'une voix qui ressemble au mugissement de la mer ; et les vierges qui chantent un cantique qui n'est connu d'aucun autre que d'elles, sont au nombre de quarante mille. La musique d'église devrait être dans le même esprit; et, puisqu'elle est exécutée au nom de la multitude des fidèles, unis dans l'accord de la charité, elle devrait être, pour ainsi parler, multiludinaire et harmonieuse. L'abscnccdel'orgueaussi et de tout autre instrument exige que l'on entretienne une harmonie vocale sans interruption. Paleslrina n'est point du tout, comme l'insinue Burney, dénué de mélodie; dans ses motets il règne unmouvementbienmarqué,qui,quoiqucbicn éloigné de ce qu'on appelle air ou ton, donne à chacun d'eux un caractère distinct et laisse une impression dans la mémoire, ce qui est peut-être le plus vrai critérium de la mélodie. Il varie son style suivant les sujets : car il sentait toujours ce qu'il écrivait. Quand il traite un thème pathétique, il est impossible d'être plus délicatement tendre et riche, sans aucun de ces changements de ton ou de ces

accords inattendus, introduits par la musique moderne. Un des plus beaux exemples de son style pathétique et pieux s'exécutera dimanche prochain (le dimanche de la Passion) pendant l'Offertoire; c'est un motet sur ces paroles : Nous avons péché avec nos pères , nous avons commis l'iniquité. A la même classe appartient son Stabat mater, qui ne se chante qu'à l'Offertoire du dimanche des Rameaux. Peut-être cependant trouverez-vous encore plus délicieuse , quoique moins expressive, la première des Lamentations du mercredi et du vendredi soir, qui ont été harmonisées par Paleslrina, tandis que celle du jeudi l'a été par Allegri dont je vais bientôt dire quelques mots.

J'ai observé que les Lamentations de Paleslrina ne sont peut-être pas aussi expressives que. quelques autres de ses compositions ; par là j'entends qu'il n'y est fait que peu ou point d'efforts pour rendre l'expression diverse de chaque passage, ce que je regarde comme un caractère essentiel à ce style de musique et qui le conduit à la perfection do son effet. Si nous considérons un antique tableau religieux , toutes les parties en sont disposées de manière à produire une seule et unique impression ; soit que votre œil se porte sur le ciel serein, ou sur le souriant paysage, ou sur les saints qui sont debout des deux côtés dans une attitude simple et modeste, ou sur le visage de ceux qui siègent au milieu sur un trône, il y a toujours unité de ton et de sentiment, et il en résulte un sentiment de piété pure et sans mélange. Les anciens maîtres, en général, excluaient de leurs crucifiements les soldats brutaux et la foule, et ne laissaient apercevoir autour de la croix de Jésus que ses amis affligés et touchés de compassion : les artistes modernes croient gagner au contraste (et ils gagnent assurément en effets pittoresques ; mais autant ils gagnent sous ce rapport, autant ils perdent en effets moraux); voilà pourquoi ils introduisent des groupes de bourreaux et d'ennemis barbares qui souillent les plus purs sentiments de la scène en y mêlant des passions terrestres- Telle me parait être précisément la différence qui existe entre les anciens et les nouveaux compositeurs de musique de la chapelle papale elle-même : ceux d'autrefois tiraient leur ton du caractère de la pièce entière, et non de quelques mots en particulier; dans une hymne variée comme IcGloria, ils passaient du ton majeur au mineur pour exprimer le sentiment de chaque partie, mais ils ne cherchaient point à peindre les mots; les phrases, il est descendu aux enfers, et il est monté aux deux, n'étaient pas rendues, comme dans la musique moderne, par des bonds du haut de la gamme au bas, et vice versa. Ils négligeaient les petits détails qui eussent gêné le dessein général, et visaient à ces émotions toujours croissantes que doil nécessairement produire une pièce de musique écrite dans un style d'expression uniforme. Je vaisexpliquerc.es remarques en prenant pour exemple le Miserere, qui se chante trois soirs de suite dans

jji DÉMON rriATIOH

la ehap ■lit- papale; et, pour terminer cette notice sur Pales t rint i je me contenterai <le dire qu'après avoir rempli louta l'Europe du liruii de ion nom , 1 1 avoir èlé un objet de vénération poux tous les amateurs de la réri- LaMebartnoi (ira le 2 février 159Mana

tes bras do sainl Philippe de Néri, et fut entarréavee de grands honneurs à Saint-Pierro. AiuiciincN.i ni le Miserere le plus en renom cl, lit celui de Luigi Dentice , napolitain , publié en 1533. Altegri, qui fut appelé à Rome de sa ville natalo, Ferme, par fe pape Urbain VI11, en composa un qui toujours depuis a clé considère connue un chef-d'oMivrc de musique sacrée. En 1714, Tommaso liai , le prenant pour modèle, et ne faisant en effet rien de plus que de varier le chant pour, chaque verset, en produisit un autre qui ne lui est guère inférieur, mais qui n'est toujours qu'une imitation. Enfin, l'aimable , savant et vertueux directeur actuel du chœur de la chapelle papale, Giuseppe Baini, en a composé un autre. Je fais mention de ces trois Miserere, parce que ce sont ceux qui se (hantent aujourd'hui : celui de Baini le mercredi, celui de Bai le jeudi, et celui d'Allegri le vendredi. La différence de style que j'ai signalée entre les anciens compositeurs et les nouveaux est ici fortement marquée : le Miserere de Baini plaît, je crois, généralement davantage à ceux qui ne sont pas initiés à cet art ; partout ailleurs ce serait une grande et belle composition, mais elle paraît inférieure sous la voûte contre laquelle les accords d'Allegri ont coutume d'aller expirer. Chaque verset est varié et laisse paraître l'art. Aux mots, Et exultabunt ossahuuùliata, il y a sur la première partie du verset un air ou plutôt une mesure dont le mouvement est vif et joyeux ; puis succède pour le reste de la phrase une expression lente, profonde et sépulcrale. Le verset, Incerta et occulta sapienliœ tuœ manifestasli mihi , commence par une expression timide et mystérieuse, pour peindre l'idée de mystère et d'incertitude; puis au mot manifestasli, les parties se succèdent jusqu'à ce qu'Use fasse un grand éclat de manifestation pleine et entière. Chaque verset procède d'après le même principe, et ainsi l'esprit est tenu suspendu et indécis entre différents sentiments, observant l'art et l'habileté du compositeur, tantôt en suspens et enlevé par un majestueux passage , puis retombant tout à coup lorsqu'il vient à se briser comme la vague sur une cadence abrupte et coupée; et l'on arrive ainsi à la fin de la pièce avec une multitude d'images et de sentiments divers, si bien que l'esprit, comme un miroir mis en morceaux, ne conserve que des fragments de sentiments el d'émotions. Combien différent est l'effet du Miserere d'Allegri sur l'âme de quelqu'un qui, à genoux dans ce demi-jour silencieux, et fermant tous ses sens , excepté celui de l'ouïe, se laisse entraîner sans résistance au cours toujours uniformément dirigé de N mélodie 1 Ce n'est qu'un chant à deux variantes; l» s \eiscis \ sont alternativement à quatre et A cinq parties, jusqu'à ce que, au

l'YAM.I I I ! I

dernier, tes m ufrori serémisa

F.e chant écrit CSt simple et vans orncineni . :

mais la tradition, guidée par une leagu périence et un goât épuré, \ a inséré (Us tours, 'les dissonances et des eadeaeee qui n'ont point encore été exprimée dans la note écrite <>u publiée. D'abord les \oi\ débute*!

par One harmonie parfaite et toute pai Meulière ; elles s enflent peu a peu arec une sort ; d'emphase sur chaque mot : pois au mille 1 du verset les parties se séparent graduellement pour préparer la première terminaison. Mors il roua semble en les entendant qu estes forment entre elles comme un i u lu- tissU de combinaisons barmonievsee : 1 une - Me lutter contre la résolution L'en raie. H refuser plus qu'un contact momentané l'autre, se jouant toutefois sur de délicieuses di -s mimes, jusqu'à ce que toutes, a\e, une modulation cadencée et ipeeessive, se réunissent en pleine harmonie sur une cadenco suspendue; elles passent ensuite à la secondo partie du verset avec un accord différent , mais toujours riche, et se divisent de nouveau avec plus de grâce encore qu'auparavant. Les parties paraissent être plus entre, mêlées que jamais : celle-ci vous semble serpenter et se glisser à pas légers et timides à travers un labyrinthe de sons doux; cette autre tombe, par des chutes délicieuses et pour ainsi dire goutte à goutte, du Ion lo plus élevé au niveau de tout le reste; puis l'une enfin paraît se dégager, puis une autre la suit en cadences imitatives : il semblerait des cordes d'argent qui se déroulent graduellement d'elles-mêmes, puis s'enlacent autour de la magnifique et profonde basse qui. pendant toutes leurs modulations, s'est à peine écartée de sa digne et noble stabilité, et enfin, réalisant magnifiquement l'accord parfait, éclatent comme par une sorte d'explosion pour former une cadence finale qui n'a point de nom sur la terre.

Après que les versets se sont ainsi succède les uns aux autres , en ajoutant toujours a l'impression déjà produite, sans qu'aucun artifice ni aucun embellissement soit reaa altérer la simplicité et l'unité de l'idée dominante; après que les deux clneurs reunis ont fait entendre leurs derniers accents devenus plus forts par la réunion des voix sans pour cela perdre de leur harmonie, el que la louchante prière, liespice , qmrsumus. Domine, super limir fmnilium tuant [Jeté/. Seignevr, un regard favorable sur ce peuple . «jiii est votre famille], a ete récitée avec une mélancolique monotonie au milieu des échos encore à peine éteints de celte musique enchanteresse . irrésistible, céleste, l'esprit reste dans un état de profond attenérissemeaJ et pénétré de sentiments graves et solennel* qui ne sauraient plus souffrir les sons discordants de la terre, et qui le fout soupirer après la région de la véritable et parfaite harmonie.

Je ne crois pas qu'il suffise d'entendre une fois ou deux le- M iêtrtrt d'Allegri ou de Bai pour qu'ils impriment dans l'âme les s. monts que j'ai faiblement essayé de décrire

CONFERENCES SUR LES OFFICES DE LA SEMAINE SAINTE

Peut-être, cependant, ce que j'ai dit pourra- d'apprécier en eux les richesses d'art qu'ils

t-il servir à préparer vos esprits à les enten- renferment dans l'excellence de leur poésie

dre et à vous engager à y assister, ainsi qu'à et les effets admirables de leur musique, tous les offices de ce saint temps, avec le désir

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