AVEC L'HISTOIRE
CARACTÈRE MONUMENTAL DES CÉRÉMONIES DE L'ÉGLISE. — SOUVENIRS DES PREMIERS AGES. — OFFICE DE LA NUIT. — POUVOIR SYMBOLIQUE DONNÉ AUX RITES SUGGÉRÉS PAR LA NÉCES- SITÉ. — SOUVENIUS DU TRIOMPHE DU CHRISTIANISME. — ADORATION DE LA CROIX. — PRO- CESSION DU DIMANCHE DES RAMEAUX. — ADOPTION DU TRISAGION SOUS THÉODOSE. — SOU- VENIRS DU MOYEN AGE. — RITES AUTREFOIS GÉNÉRAUX, PRÉSERVÉS ICI ( ROME ) D'uNB EXTINCTION TOTALE. — RAPPORTS AVEC L'ÉGLISE GRECQUE. — CONCLUSION.
Après avoir ainsi considéré les offices de la semaine sainte dans leurs rapports avec l'art, soit extérieurs, c'est-à-dire dans leurs conditions externes, soit intérieurs, c'est-àdire dans leurs formes essentielles, le plan que je me suis tracé me conduit à les examiner dans leur caractère historique, c'est-àdire dans leurs rapports avec les diverses époques des âges passés. On pourrait proprement appeler la question dans laquelle je vais entrer, la partie savante de mon sujet, et il semblerait en effet qu'elle demandât un examen approfondi de la cause et de l'origine de chacune des cérémonies observées dans ces sainls offices ; mais je doute fort que ces. sortes de discussions particulières puissent amener beaucoup de résultats pratiques; il y a plutôt lieu de craindre que, par la variété des sujets et des arguments, elles ne produisent que de la confusion et du mécontentement; c'est pourquoi je préfère suivre une méthode plus analogue à celle que j'ai suivie jusqu'ici, qui consiste à présenter des vues plus générales, et à classer les sujets sous des chefs qu'on puisse facilement retenir et dont le souvenir produise une impression salutaire.
Lorsque je dis que je vais traiter du mérite historique de ces offices et de ces cérémonies, peut-être en est-il parmi vous qui se sentent portés à supposer que je veuille leur assigner à tous une très-haute antiquité, et les faire remonter jusqu'aux premiers temps du christianisme. Quiconque s'imaginerait qu'il en doive être ainsi, serait complètement trompé. Si l'Eglise catholique, dans tout ce qui appartient essentiellement à la foi et au tulle, prétend à une antiquité apostolique, elle n'en revendique pas moins le droit à une succession non interrompue, et ce droit, comme l'autre, doit être attesté par des monuments. Quand nous jetons les yeux sur I Angleterre, et que nous apercevons de foules parts des restes d'une antique grandeur appartenant à une époque fort reculée, des lignes encore existantes de camps prétoriens, et des roules militaires, ou des monuments
funèbres avec leurs urnes lacrymales et leurs vases de bronze; qu'ensuite nos recherches ne nous offrent plus rien jusqu'à ce que, plusieurs siècles après , le sol commence à se couvrir de nobles édifices destinés au culte, d'abord encore grossiers et puis augmentant toujours en beauté; nous en concluons nécessairement que ce pays est habité depuis longtemps, mais que cette interruption dans la suite des monuments est une preuve que la race moderne n'a eu rien de commun avec la plus ancienne, et qu'une horrible dévastation , d'une nature ou d'une autre, y a étendu au loin ses ravages, et mis entre ces deux époques un long intervalle. Mais il n'en est pas de même de cette cité (Rome), où une suite non interrompue de monuments publics, à partir des temps les plus reculés, prouve qu'un seul et même peuple l'a toujours gouvernée, qu'il s'y est agrandi, et qu'il en a dirigé la politique en suivant un plan constant et invariable. Il en est également de même de l'Eglise, qui , de bien des manières différentes, a consigné sa croyance, ses espérances et ses sentiments , sur des monuments de toutes les époques, mais nulle part plus clairement que dans ses saints offices. II ne serait pas naturel de rapporter aux premiers siècles plusieurs des rites actuellement en usage. Qu'ont de commun de joyeuses processions avec les sombres et tortueux labyrinthes des catacombes ? Les palmes ne feraient-elles pas un contraste choquant avec les sentiments d'hommes écrasés sous les coups de la persécution, et priant sous le cilice et là cendre pour obtenir la paix? Elles sont les symboles naturels de la joie et du triomphe; elles expriment les vifs transports des cœurs rendus à la lumière et à la liberté; c'est par elles que le christianisme purifie les scènes et les lieux souillés par les abominations qui les ont précédées. Une différence frappante entre l'ancienne et la nouvelle loi paraît consister en ce que celle-ci, ne se contentant pas de former l'es-» prit du chrétien, a voulu modeler ses formes extérieures sur un type impérissable. La
nation juive pouvait subir toatei sortes de modification! politiques; main lea formes de son culte, le lieu el les circonstances dans lesquelles il devait être célébré , ses cérémonies et son expression, ne devaient jamais
changer; malgré cela cependant, et are< ce caractère d'inflexible Invariabilité, son culte était essentiellement monumental. La solennité pascale était un rit cérémoniel, qui représentait d'une manière toute dramatique et rappelait ainsi le souvenir de la sortie d'Egypte; la fête de la Pentecôte rappelait aux générations successives la promulgation de la loi , et celle des Tabernacles célébrait le long séjour des tribus dans le désert. IMus tard on ajouta de nouvelles fêtes pour perpétuer le souvenir de la dédicace du temple sousSalomon et de sa purification sous les Maehabées , puis la délivrance du peuple sauvé de la cruauté d'Aman. Plusieurs des psaumes ou cantiques chantés dans le temple étaient pareillement historiques ou composés par David sur certaines circonstances particulières de sa vie.
Mais en tout cela nous n'apercevons point de puissance de développement; nous n'y voyons point cette force expressive en vertu de laquelle les sentiments et les influences de chaque siècle s'impriment et se gravent dans le culte, et le caractérisent dans les derniers temps par les restes monumentaux de la discipline et des coutumes, que chaque siècle voit changer. Dans le sens que je viens de parler de la religion juive, le culte chrétien est éminemment monumental, ainsi que l'attestent surabondamment les fêles mêmes dont il est ici question ; ajoutons à cela qu'il a continué d'âge en âge, soit d'instituer de nouvelles solennités comme un mémorial de ses rapports divers avec les choses extérieures , soit de marquer ses sentiments à diverses époques, dans chaque partie de ses offices et de ses prières. L'invention de la sainte croix sous Constantin, la dédicace des basiliques de Latran et du Vatican, et le recouvrement du symbole de notre rédemption sous Héraclius , se trouvent ainsi rappelés à notre souvenir. Dans les temps plus modernes , la fondation des instituts pour le rachat des captifs , célébrée par une fêle particulière [S. Maria de Mercede), rappelle le triste esclavage d'une grande partie de la chrétienté gémissant sous la tyrannie barbare des Turcs ; et des solennités célèbrent encore parmi nous les victoires par lesquelles cette puissance formidable a été brisée, et l'Occident délivré pour toujours de la frayeur qu'elle lui inspirait [la solennité du rosaire). Quand, en 1634-, le pape Urbain VIII découvrit les reliques de sainte Martine et rebâtit son église, il composa lui-même les hymnes de son office; il y consigna les derniers sentiments d'inquiétude et les dernières prières de l'Eglise, pour êlre délivrée des terreurs
Sue lui causait la puissance mahométane. e même, la postérité célébrera chaque année, dans l'hymne et les leçons marquées pour le 24- mai, le retour inattendu du vénérable pontife Pic VII au trône de ses prédé-
DÉMONSTKATION É\ \
urs, apn le captivité [fête
particulière à la ville de Rome , Dans L vice de l'Eglise anglicane on célèbre, je i ■ le souvenir de trois ou quatre événements historiques : le meurtre de Charles 1", la restauration de sa famille, I. irrivée du roi Guillaume, el la conspiration des poudn i. Chacune «le tes commémorations a plus de rapport aux événements politiques qu'elle n'est de nature a porter à des gentiment! «le religion; la dernier.' pourrait même peutêtre paraître plus propre à entretenir un esprit bien différent de l'esprit de charité et «le tendresse fraternelles. Lorsque l«'s débali
rés au sujet de la couronne de Naplea am<
naienten Italie les incursions périodique- «i. an ces françaises, dont le passage toujours et il marque par la rapine et la dévastation, on les envisageait comme un fléau public, et pour le détourner on croyait qu'il était à propos de recourir à la prière ; de la la i intitulée. Mitsa contra Gallos, M --• contre les Français , qui se trouve dan- les im^< Is de Lombardie. Mais à peine le mal fut-il arrivé à son terme, que celle prière, par un sentiment de bon goût el de vraie charité, fut abolie. Le jour viendra peul-élre où de semblables motifs produiront dans notre pavs (l'Angleterre) les mêmes effets.
Mais ce qui forme un caractère propre et dislinctif de la religion de Jésus-Christ, c'est qu'il n'a laissé que peu ou point de règles concernant le culte extérieur; il a institué les sacrements, qui consistent en des rites extérieurs; mais quant au plus ou moins de cérémonies extérieures, il l'a fait entièrement dépendre des circonstances et des vicissitudes par lesquelles dev ait passer son Eglise, et des sentiments qu'elles pourraient faire naître. C'est celte idée que mon discours d'aujourd'hui a pour but de développer, en vous représentant les cérémoniesde la semaine sainte comme des souvenirs monumentaux des temps et des siècles divers qui, en passant, y ont laissé chacun son image empreinte. Elles acquerront ainsi , je pense, un nouvel intérêt, comme preuves monumentales de la pensée immuable qui les a conservées en même temps qu'embellies depuis le commencement.
Les plus importantes cérémonies de la semaine sainte se rapportent à la liturgie commune et journalière de l'Eglise, et s'y rattachent comme à une base qu'elles ornent pour ce temps-là par le souvenir «les événements qu'elles rappellent. Le dimanche «1 - Rameaux n'a sa bénédiction el sa procession que comme pour servir de préparation à la liturgie ou la messe, et sa Passion solennelle n'est que l'Evangile adapte à la circonstance. Le jeudi et le samedi n'offrent rien de particulier , sinon les cérémonies additionnelles qui précèdent ou qui suivent la célébration de la messe; el l'office du vendredi en est une modification spécialement destinée à exprimer le deuil cl les grâces de ce grand jour. Ainsi donc la substance, pour ainsi dire, ou la base sur laquelle chaque siècle esl venu déposer son tribut, doit former la
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CONFÉRENCES SUK LES OFFICES DE LA SEMAINE SAINTE
plus ancienne comme la plus vénérable parlie de l'ofûce divin, et doit par conséquent être aussi ancienne que le christianisme luimême. Il en est ainsi en effet; car la messe à laquelle se rapportent en général toutes les autres cérémonies, n'est rien autre chose que la célébration du rit eucharistique institué par notre divin Sauveur. On peut la considérer comme se composant de deux parties distinctes, l'uneessentielle et l'autre accidentelle. La première renferme tout ce qui est et doit être commun à toutes les liturgies, et comprend l'offertoire ou oblation, la consécration par les paroles de Jésus-Christ, et la communion. On doit retrouver ces points de la messe substantiellement les mêmes chez tous les chrétiens qui croient que l'eucharistie est un sacrifice et contient réellement le corps et le sang de Jésus-Christ : on les retrouve en effet dans les liturgies des Latins et des Grecs, des Arméniens et des Cophtes, des Maronites et des Syriens; bien plus, dans celles mêmes des jacobiles et des nestoriens, qui sont séparés de nous depuis le cinquième siècle. A cette époque si reculée appartiennent aussi plusieurs cérémonies qui, sans être essentielles à l'intégrité de la liturgie, remontent évidemment aux temps apostoliques. Tels sont, par exemple, la prière pour les fidèles défunts , qui ne manque dans aucune liturgie de l'Orient ou de l'Occident; la commémoration des apôtres et des saints; le mélange de l'eau et du vin; l'usage des lumières et de l'encens, qui, de l'aveu même spécial des évêques Beveridge et Kaye, de Palmer et d'autres auteurs prolestants, dérive des temps apostoliques. La plupart des prières qui constituent la liturgie actuelle se trouvent dans les rituels de saint Grégoire le Grand, de saint Célestin, de Gélase et d'autres papes des siècles primitifs , et on peut par conséquent les supposer plus anciennes encore. Je passe rapidement sur cette époque, tant parce que j'ai eu dernièrement occasion d'en parler ailleurs (1), que parce qu'elle n'a qu'un rapport éloigné avec le sujet de ces discours. Il était cependant nécessaire (l'en parler comme je l'ai fait, pour indiquer le fondement sur lequel reposent les offices solennels de ce saint temps.
Pendant trois siècles les chrétiens vécurent dans la persécution, obligés de se cacher; il s'ensuivit naturellement que la nuit fut choisie comme le temps le plus convenable pour la célébration de leurs rites sacrés; et telle est la cause pour laquelle la plus grande partie de l'office de l'Eglise est affectée à ces heures silencieuses. On doit s'attendre également à retrouver dans toutes ces cérémonies quelques vestiges de cet état, et à les voir emprei n tes de l'esprit symbolique et mystique que devaient nécessairement inspirer ces graves et solennelles assemblées. Cette époque primitive ne manque pas de monuments dans l'office de la semaine sainte; l'office même
(I) Ceci fait allusion à un sermon i.rôclu; peu auparavant. Il serait facile d'y ajouter encore Paveu dea Tracts foi me Times.
de Ténèbres n'est en réalité rien de plus que la prière nocturne de cet âge reculé. Elle a continué pendant plusieurs siècles à êlre récitée au milieu de la nuit, dans ce temps-ci particulièrement (le temps de la Passion et delà semaine, sainte), comme il le paraît d'après un manuscrit fort ancien du Roman. Ordo publié par Mabillon (Mus. ital., tom. II, 19 ) , et dans lequel il est prescrit de se lever pour s'y rendre à minuit. Il y a plusieurs siècles déjà que l'usage, aujourd'hui observé, d'anticiper l'office, s'est introduit; mais on a conservé le nom et les autres termes, en mémoire de ce qui se pratiquait dans les siècles antérieurs; l'office lui-même fut appelé Ténèbres, et Matines, ou office du matin , et chacune de ses trois divisions porte le nom de nocturne ou prière de la nuit. La messe du samedi saint offre un autre monument de cette époque primitive : dans tout l'office de ce jour il est parlé de la nuit : c'est la nuit où. le peuple d'Israël s'enfuit de l'Egypte, c'est la nuit qui précéda la résurrection de Jésus- Christ; car, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer dans mon premier discours , tout cet office se rapporte à ce joyeux événement, et avait coutume de se célébrer au milieu de la nuit.
Les rites qui accompagnent ces offices primitifs et solennels sont, comme je l'ai déjà insinué, singulièrement mystiques. Il y a deux classes d'écrivains qui ont traité des cérémonies : quelques-uns, comme du Vert, ont voulu les rapporter toutes à quelque cause naturelle; d'autres ont cherché à leur donner une signification exclusivement symbolique et mystérieuse. Il est probable qu'ici, comme d'usage, la vérité se trouve entre les deux extrêmes, et que s'il arrivait que les circonstances suggérassent l'adoption de certains usages, les fidèles préféraient toujours les modifier dans l'application, de manière à les faire participer à ce profond mysticisme pour lequel ils avaient tant d'affection. Ainsi, sans nul doute, c'était la nécessité non moins que le choix libre de leur volonté, qui les portait à faire usage de lumières pendant ces offices nocturnes, mais ils les arrangeaient de manière à leur donner un sens figuratif frappant. En effet, Amalarius Sympliosius (que Benoît XIV confond avec Amalarius Fortunatus, écrivain du commencement du neuvième siècle) dit que, deson temps, l'église était éclairée par vingt-quatre cierges qu'on éteignait successivement, pour montrer comment le soleil de justice s'était couché ; et cela, ajoute-t-il , nous le faisons trois fois, c'est-à-dire par (rois soirs consécutifs (Bib. Pal., loin. XIV). On voit par là l'union qui, à une époque aussi rapprochée , existait en-tre l'usage si naturel des lumières dans l'église, et leur application mystique. La disposition qu'on leur donne aujourd'hui en les plaçant sur un chandelier triangulaire , lui est cependant de beaucoup antérieure, car il en est fait mention dans un Ordo manuscrit du septième siècle, publié par Mabillon. Le rapport entre le rit et l'heure à laquelle ces offices se célébraient originairement, semble
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nous autoriser à leur donner d anti-
quité. L'office de la nuit il.1 la • Pâ-
ques, qui m1 célébré maintenant le sa matin, fournit une coïncidence semblable et donne à ce rapport un plus liant degré d'autorité. Avant la messe, on tire de la pierre un Feu nouveau, on le bénit, puis on y allume un grand cierge connu sou-, le nom de cierge pascal, qui a été béni par un dî Cette bénédiction du feu ou dé la lumière <■ t uni' cérémonie fort ancienne , qui se pratiquait originairement tous les samedis et qui a été restreinte au samedi saint , selon toute apparence, dans le onzième siècle. Dans l'Eglise romaine cependant , suivant 1" pape Zaeharie, en 751 , cette cérémonie avait lieu le jeudi. Ces observations ne sont laites qu'en courant : c'est la bénédiction du cierge qui est le trait principal de cette cérémonie. La superbe prière qui en accompagne la consécration ou bénédiction a été attribuée â plusieurs anciens Pères ; Mariènc l'attribue avec juelqttc degré de probabilité au grand saint Augustin [Bened. XIV, p. 292), qui très-probablement n'aurait fait qu'exprimer mieux ce qui était contenu dans les prières usitées avant lui. Elle atteint de la manière la plus admirable le double objet de son institution : car, tout en demandant que ce cierge continue de brûler pendant la nuit pour en dissiper les ténèbres, elle en parle comme d'un symbole de la colonne de feu qui guida les Israélites à leur sortie d'Egypte, et de Jésus- Christ, qui est la véritable et éternelle lumière; mais le rit lui-même est de beaucoup antérieur à celte époque. Anastasc le Bibliothécaire dit du pape Zozimc, en 417, qu'il accorda aux églises paroissiales le pouvoir de bénir ce cierge; ce qui, suivant la remarque de Gretser, suppose que cette bénédiction se faisait déjà auparavant, mais qu'elle était réservée aux seules basiliques. Saint Paulin parle de ce cierge de manière à faire entendre qu'il était orné de peinture, comme cela se pratique encore à Rome; et ce qu'en dit Prudence lait allusion, d'après les conjectures probables du P. Aravalo, à l'encens qu'on y appliquait dès lors comme aujourd'hui. Ce qui milite encore davantage en faveur de l'antiquité de ce rit, c'est qu'on le trouve existant dans des Eglises placées à une grande distance. Saint Grégoire de Nazianze en parle, ainsi que d'autres Pères, en termes magnifiques.
Celte année (l'année 1837) élanl la septième du pontificat du pape actuel, vous aurez l'avantage d'être témoins d'une autre cérémonie fort ancienne, qui ne se fait que la septième année de chaque règne : c'est la bénédiction des Agnus Dci, qui sont de petils pains de cire empreints de la figure d'un agneau; elle aura lieu dans le palais du Vatican, le jeudi de la semaine de Pâques, et la distribution de ces Agnuê Dci se fera dans la chapelle sixtinc le samedi suivant. Ce rit paraît avoir eu pour origine l'ancien usage de mettre eu pièces le cierge pascal de l'année précédente cl d'en distribuer les morceaux aux fidèles. Durandus. un des plus an-
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de l'Eglise, dit que, le samedi d !
inte, les acolytes de l'Eglise de Home rai— eut de petits agneaux avec la cire nouvellement bénite du avec celle du cierge ] cal de l'année précéda nie, mélangée de -
Chrême, 't que le pape, le samedi suivant, le- distribuai! aux fidèles l II enln
(tans l'explication d.' leur seHS spirituel et
mystique. Atcuin . notre compatriote et disciple du vénérable Bède, dit que, i
romaine, le samedi, de grand matin, lai ehidiacre se rend à l'Egli I d<- la rire
dont "h rase propre, In mêle avec de ïltuile, l'i bétlU ensuite, ta pétrît en forme d'à
qu'il dépose dans an lieu décent. Cet agnea
< onlinue-t-il, sont distribués, à V octave de Pâques. Puis il ajoute : Le» agneau» faits par 1rs Romaine noua représentent V Agneau sans tache qui nous a été envoyé du ciel , car tout< ■ fortes de choses doivent nous rappeler souvent Jésus-Christ à la mémoire ;2). Dans < ■ cérémonie, comme vous le verrez , le pipe bénira lui-même et oindra de saint chrême ces Agnus Dei, qu'on aura eu soin de préparer d'avance.
11 est encore une autre partie de Police qui nous reporte à ces âges primitifs, cl qui mérite une attention spéciale, parce qu'elle est aujourd'hui , comme celle dont nom nons de parler, particulière à Home. Pour peu qu'on se soil livré à l'étude de l'histoire ecclésiastique, on doit savoir qu'il y avait autrefois un système de pénitence publique vertu duquel lous ceux qui avaient scandaleusement transgresse la loi de Dieu, étaient pour un temps exclus de la communion ri fidèles et assujettis à un cours de rigoureuses expiations. Cesystème pénitentiaire, de l'aveu unanime de tous les écrivains, remont il aux temps de persécution; car il en esl fait souvent mention dans Terlullicn, le plus ancien auteur ecclésiastique latin . et nous avons encore des traités entiers ou des lettres du glorieux martyr saint Cyprien sur ce sujet. Partout l'Eglise catholique a conservé la cérémonie qui accompagnait (imposition de la pénitence publique, le mercredi des Cendres, ainsi appelé parce que. ce jour-là, on mettait de la cendre sur la tête des pèche condamnes à la pénitence publique . comme on en met aujourd'hui sur la tète de tous les fidèles en répétant les mêmes paroles : Souviens-toi que tu n'es que poussière, et que tu retourneras en poussière. La durée de la pénitence ainsi imposée pouvait être de plusieurs années; mais, à moins qu'elle ne fût abrégée par une indulgence ou terminée à l'approche de quelque danger de mort ou de persécution, la réconciliation des pénitents avait toujours lieu dans la semaine sainte. Saint Jérôme nous apprend que le jeudi saint était le jour fixe pour celte absoluli OU S** lennelle (Epist. ad Occunuin, et le pape In- ' nocent I vient à l'appui de cette obsen a tien.
(I) Union, dit. off., hli. M, .