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CONFÉRENCES SUR LES OFFICES DE LA SEMAINE SAINTE
S. Ambroise cependant remarque que cette cérémonie avait quelquefois lieu le mercredi, le vendredi, ou tout autre jour de la semaine sainte (Ad Marcell. sor., ep. 33).
On a scrupuleusement conservé ici un reste de cette ancienne coutume. Dans l'après-midi du mercredi et du jeudi, le cardinal pénitencier se rend en cérémonie aux basiliques de Sainle-Marie-Majcure et de Saint-Pierre; et là, assis sur un tribunal disposé à cet effet, il reçoit la confession ou écoute les différentes demandes de tous ceux qui veulent le consulter et en obtenir quelque assistance spirituelle dans les choses qui sont du ressort de sa juridiction.
Un autre usage des temps primitifs, plus intéressant encore, s'est conservé aussi dans l'Eglise de Rome , presque exclusivement. Dans les premiers siècles, le baptême n'était administré solennellement que deux fois l'année, les veilles de Pâques et de la Pentecôte. On instruisait avec soin de la foi chrétienne les catéchumènes adultes, bien qu'il y eût plusieurs dogmes importants dont on ne leur donnait connaissance qu'après leur baptême. Le samedi saint , ou veille de Pâques , ils se rendaient à l'église sous la conduite des diacres, qui les avaient préparés. On lisait ensuite en grec et en latin douze leçons tirées de l'Ancien Testament , où il est parlé de la conduite providentielle de Dieu à l'égard de l'homme, et pendant cela ils recevaient leurs dernières instructions dans la foi; puis les fonts baptismaux étaient bénits avec plusieurs cérémonies solennelles. Jusque-là ce rit est universel, autant que les circonstances peuvent le permettre ; partout on récite ou chante ces leçons et l'on bénit les fonts sacrés, dans tous les lieux où l'on jouit du privilège d'en avoir; mais à Rome on suit jusqu'à la fin l'ancienne coutume : car le baptême solennel est toujours administré à de nouveaux convertis qu'on réserve pour cette circonstance ; ce sont, pour l'ordinaire, des Juifs, dont un certain nombre chaque année entre dans l'Eglise catholique. Cette cérémonie a lieu dans le baptistère de Constantin, adjacent à la basilique patriarcale de Saint-Jean de Latran.
Tels sont les principaux points du cérémonial de la semaine sainte qu'on puisse, avec assez de probabilité, faire remonter à la première époque de l'Eglise, lorsqu'elle était encore dans un état d'humiliation et de persécution; et l'on y voit partout l'empreinte de sa condition et de ses sentiments d'alors. Les assemblées n<>ctumes , dont le souvenir est encore vivant dans ses saints offices et dans la célébration de la divine eucharistie, montrent l'état d'alarmes dans lequel elle se trouvait alors; et le sens mystique attaché à des institutions dictées en quelque sorte par la nécessité révèle la profondeur et la noblesse d'idée qui, même alors, la dirigeait dans son culte. La commémoration de !a solennité où elle recevait de nouveau les pécheurs repentants et les faisait rentrer en paix avec elle, est an témoignage éclatant de la pureté qui distinguai! tous ses membres cl du zèle pour la vertu qui animait ses pasteurs. Enlin
l'admission si rare et si environnée de précautions de ses catéchumènes au sacrement de baptême , dans la crainte qu'ils ne vinssent à trahir les secrets de la religion , est également rappelée dans les leçons, et plus encore dans le rit qui s'observe actuellement ici le samedi saint. A Rome aussi on remarque dans tout l'office de Pâques une uniformité d'idées et de sentiments qui ne se trouve nulle part ailleurs; la liturgie, durant la semaine qui suit cette solennité, prie d'une manière toute spéciale pour ceux qui viennent de renaître par l'eau et le Saint-Esprit, afin qu'ils puissent persévérer dans la foi; et le premier dimanche après Pâques est encore appelé partout dominica in albis, dimanche aux vêtements blancs, parce que, ce jour-là, les nouveaux baptisés devaient quitter la robe blanche dont on les revêtait, suivant un trèsancien usage, après leur baptême. Ceci me rappelle une autre cérémonie qui n'est pas aussi ancienne, bien qu'elle remonte encore au cinquième siècle : je veux dire la coutume qu'avaient les néophytes d'aller, après leur baptême, visiter la tombe des saints apôtres au Vatican. Ennodius de Pavie en parle comme d'une coutume de son temps. Voyez, dit-il , comme la salle des eaux (le baptistère ) envoie sa troupe vêtue de blanc à la chaire portative de la confession apostolique.
Sous Constantin, l'Eglise acquit la liberté, le droit de respirer, et, ce qui est plus encore, le pouvoir de développer ses formes extérieures et de déployer toute sa beauté. A cette époque appartiennent beaucoup des cérémonies de la semaine sainte , dont une ou deux méritent plus particulièrement d'être remarquées. La première est le tribut de vénération solennelle qu'on paie à la croix de Jésus- Christ , le vendredi saint , et qui est connue, sous le nom (Y adoration de la croix. Deux choses ici sont principalement dignes d'attention : l'origine de celte cérémonie et le nom qu'elle porte.
Quand Hélène, mère de l'empereur, découvrit la croix de Jésus-Christ dans le sépulcre où son corps avait été mis, nous savons que cette croix fut exposée à la vénération des fidèles. Cet usage prit dès lors naissance dans l'Eglise de Jérusalem, et se répandit si rapidement en Orient et en Occident, qu'il fui bientôt universel. Nous apprenons de saint Paulin qu'une fois l'année la portion de la croix qui y était conservée était solennellement produite au grand jour, et que c'était à Pâques que cela avait lieu; il marque même le jour d'une manière plus précise en disant que c'était le jour où l'on célébrait le mystère de la croix, c'est-à-dire le vendredi saint. Saint Crégoire de Tours fail mention de cet usage (I). Bientôt il fut adopté à Constantinople, où un autre morceau de la même croix était offert à la vénération des fidèles dans l'église de Sainlc-Sophic, ainsi que nous l'apprennent le vénérable Bède iîl d'autres écrivains.
(l) Sophroniits attribue la conversion de sainte Marie égyptienne, au voyage qu'elle lit ;i Jérusalem poor baise* la croix ce Jour-là, ci ;) ce qn*U lui lut impeteible de péné- U-ei dans i ■
En effet, l'empereur Constantin Porphj rof nète a décrit dans an mena détail les cérémonies en usage en cette occasion. Léo Allaitas a prouvé que celte coutume était également en vigueur chez les autres nations de l'Orient. Le cardinal Borgia i publié un manuscrit conservé à la Propagande et écrit en syriaque, intitulé, Le rit de la salutation de la croix, tel qu'on l'observe dans t'Iùjlise de Syrie, à Antioche. Deux autres copies du cérémonial, qui appartinrent autrefois au collège maronite, et qui se trouvent maintenant à la bibliothèque du Vatican, attestent pleinement l'existence de ce rit dans l'Eglise d'Orient. Naironus, Syrien, a minutieusement décrit lui-même les cérémonies observées en ce même jour (le vendredi saint) par les maronites ou anciens chrétiens du mont Liban. Le rituel a pour titre : Ordre de l'adoration de la croix, et l'observation en est prescrite pour le jour du vendredi saint. La proclamation et les prières sont presque mot pour mot les mêmes que les nôtres; et, immédiatement après , la croix est posée sur un siège ou coussin, autour duquel sont rangés deux prêtres et deux diacres qui chantent le trisagion ou trois fois saint , dont il a été déjà parlé, tout comme vous le verrez pratiquer dans la chapelle papale.
L'exacte conformité de rites et même de mots dans les liturgies de différentes contrées est une forte présomption en faveur de leur haute antiquité. De fait, ce rit (l'adoration de la croix) paraît avoir été adopté de bonne heure dans l'Eglise d'Occident; car nous le trouvons mentionné dans le Sacramentaire du pape Gélase, le plus ancien qui existe, approuvé et corrigé par le savant Muratori. L'antienne qui se chante aujourd'hui à cette cérémonie se lit dans l'Antiphonaire de saint Grégoire et dans YOrdo romain, que Mabillon fait remonter aux temps de ce pontife. Ce qui doit nous confirmer encore davantage dans l'idée que ce rit lire son origine de 1 usage observé dans l'Eglise de Jérusalem, c'est que les expressions qui y sont employées se rapportent évidemment à la vraie croix qui y était conservée : Voici le bois de la croix sur lec/uel l'auteur de votre salut a été attaché. Ainsi nous avons donc ici évidemment un cérémonial qui proclame le triomphe du christianisme et l'exaltation de son signe sacré audessus de tout autre signe; une attestation solennelle de cette vérité, que c'est par la croix seule que le salut du monde s'est opéré ; c'est ainsi qu'elle est complètement vengée de l'ignominie et de la haine qui furent son partage pendant trois siècles, et qu'il est payé un tribut d'honneur, d'amour et de vénération à celui qui y a été attaché, en réparation des blasphèmes et des persécutions qu'il a eus à essuyer dans la personne de ses disciples. Tels sont précisément les sentiments naturels du siècle qui le premier vil le christianisme non-seulement libre, mais triomphant ; et qui, ayant découvert les instruments mêmes de notre rédemption, eût fait prenne d'insensibilité si , comme les bourreaux de Noire-Seigneur, il eût permis qu'ils fussent
de nouveau jetés dans un profond oubli, et n'eût pas, en leur présence, bit éclater quelques-ans des sentiments d'affection et d'attendrissement inspires par l'événement dont ils rendaient témoignage.
Mais on me demandera peut-être pourquoi faire éclater ces sentiments avec tant de force et de démonstration, et pourquoi leur donner un nom aussi c hoquant que celui d'adoration? En bonne logique, je devrais renvoyer, pour toute réponse, ceux qui feraient une pareille question a ceux qui lés premiers ont introduit ce rit avec le nom qu'il porte. Car si nous l'avions ainsi employé depuis qu'il a pris un sens qui peut ici blesser, on aurait raison peut-être de nous blâmer de n'avoir pas eu égard aux sentiments des autres ; mais si un mot change de signification après que nous l'avons adopté , ce serait de notre part une marque de grande faiblesse et de légèreté d'esprit, que de l'abandonner, de même qu'on ne peut sans extravagance nous en demander le sacrifice. N'est-il pas bon au contraire que, parmi les vicissitudes et les variations dont le langage est le jouet, il restât certaines indications propres à faire reconnaître le sens primitif des mots; ce qui serait impossible si l'usage qu'on en doit faire variait comme leur signification. Nos jurisconsultes el nos lois ont conservé de préférence les vieux mois de noire langue, lors même que l'usage depuis longtemps en a changé la signification : ainsi ils disent s'emparer d'un bien se izintj pour signifier une entrée en possession légitime de ce bien, ou laisser un homme faire une action letting, quand ils veulent dire qu'on l'en empêche. Tel est le langage de la loi, tel doit être aussi celui de la religion, ou plutôt celui-ci doit être encore beaucoup moins sujet au changement, puisque ce qu'il exprime est d'une nature bien plus invariable; et comme l'Eglise a mieux aimé conserver la langue latine que d'adopter les idiomes qui en sont dérhés plus tard , ainsi en a-t-elle voulu conserver les mots tels qu'elle les a trouvés dans le principe, et ne les a point changés quand on leur a donné des significations différentes. C'est <e même principe qui a toujours empêche ces sortes de changements.
Or, partout où le rit de vénérer la croix de Jesus-Christ a été introduit, il a toujours porlé ce nom d'adoration dont on nous fait un crime. Bien plus, je puis vous prouver qu'en Orient et en Occident on se servait de cette expression , lors même que la haine contre l'idolâtrie était dans sa plus grande force. Lactance, ou l'auteur d'un poème trèsancien sur la Passion, s'exprime ainsi :
« FleeU pi'ini, lignuBM|U crucia veoerabile adora. » Fléchisse! le genou, et Béate* I tble do la croix.
L'évéque Siméon nous représente un ancien martyr B'adressanl en ces termes à son juge* Ma fille et in<>i. nousavons </< baptisés au nom de la sainte Trinité ; j'adore sa croix [la croix de Jésus-Christ), et pour lui je suis prêt <i mourir, ainsi que nui fille. Ce passage est lire d'un auteur oriental qui assurément n'aurait
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pas mis dans la bouche d'un martyr qui était sur le point de mourir pour refus d'adorer les idoles, des paroles entachées elles-mêmes de ce crime odieux. Les Grecs se servaient du même mot : car, dans l'ancienne version grecque de saint Ephrem, le plus ancien des Pères syriaques , et qui a été faite sinon de son vivant, du moins très-peu de temps après sa mort, on lit ces paroles : La croix règne, et toutes les nations l'adorent [vpoaxwovsi) , ainsi que tous les peuples (1).
Ce mot signifiait donc vénération, et le rit doit être plus ancien que le sens moderne de culte suprême, qu'il porte aujourd'hui. Ce serait tout aussi bien folie de notre part de rail tout aussi bien folie de notre parldechanger ce mot parce que d'autres en ont changé des anglicans de changer le rit du mariage où le nouvel époux et la nouvelle épouse déclarent qu'ils s'honorent (worship) l'un l'autre de leur corps, parce que les presbytériens, ou plutôt les indépendants de Cromwell, ne veulent pas qu'on honore aucun homme ; ou parce que, dans le langage actuel , cette expression est exclusivement consacrée au service divin. Que si quelqu'un préfère donner au mot dont il est ici question son acception ordinaire, je n'y verrais pas grandement à redire, pourvu qu'on nous permît , comme nous en avons le droit, de déterminer l'objet vers lequel tendent nos hommages et nos adorations, je veux dire, celui qui a été attaché, qui a versé son sang et qui est mort sur la croix , et non pas la substance matérielle du bois. Cette distinction n'a rien qui sente le raffinement et les subtilités des sophistes modernes; car elle est de saint Jérôme qui parle ainsi de sainte Paulc dans l'épitaphe qu'il a faite pour elle : Prosternée devant la croix de Noire-Seigneur, elle l'adorait comme si elle y eût vu Notre- Seigneur attaché [Gretser, De cruce, p. 566). Les Pères du septième concile général expliquent à fond cette matière, et justifient les paroles et les formes dans lesquelles ce culte est actuellement rendu à la croix. Il m'a paru nécessaire d'entrer dans ces détails pour empêcher que de fausses idées, de faux préjugés, ne vous missent hors d'état d'apprécier à sa juste valeur le plus ancien et le plus vénérable monument du premier affranchissement du cb ristianisme, arraché de la maison de servitude où il gémissait pour un temps, et la célébration de son triomphe par un culte public.
On peut, ce me semble, rapporter avec raison à celte même époque l'usage des processions, spécialement de celle du dimanche des Rameaux ; car cet usage , comme celui dont il s'agissait tout à l'heure, se trouve, immédiatement après , universellement répandu dans toute l'Eglise. En Orient, en effet, on a, dès les temps les plus reculés , pratiqué la coutume de porter des branches de palmier
et d'olivier, à l'église, le samedi de Lazare, comme il était ordinaire d'appeler la veille
du dimanche des Rameaux, el de les faire bé-
(I) De Corrieries, de Sessor. Reliquiis, llomr , 1850, p. 134.
nir le lendemain. A Constantinople, l'empereur était dans l'usage de distribuer les palmes avec grande solennité à toute sa cour Quant à Rome, il semblerait, d'après d'anciens documents, publiés par Mabillon, que, originairement, la bénédiction des rameaux pour la chapelle papale avait lieu dans une petite église appelée Notre-Dame de la Tour, Sancta Maria ad Turrim, parce qu'elle était située près du clocher de l'ancienne église du Vatican, et que c'était de là que la procession partait pour se rendre au maître-autel de Saint-Pierre. Peut-être ne seraii-il pas hors de propos de remarquer ici qu'anciennement il était d'usage de célébrer en différentes églises les cérémonies de chacun des jours de la semaine sainte auxquelles le pape assistait , et que le souvenir de cette circonstance, tout insignifiante qu'elle puisse être, se trouve soigneusement consigné dans la liturgie. En effet, à la tête de l'office de chacun de ces jours, on trouve en titre une église indiquée pour lieu de station de ce même jour , c'est-à-dire le lieu où le pape et les fidèles s'assemblaient pour prier ; mais depuis plusieurs siècles celte coutume est tombée en désuétude, et toutes les cérémonies de la semaine sainte ont été réunies dans le Vatican et ses chapelles.
Martène a osé affirmer qu'on ne peut découvrir aucune trace des cérémonies de ce dimanche ( le dimanche des Rameaux) dans l'Eglise romaine, avant le huitième ou même le neuvième siècle. Celte asscrlion a élé complètement réfutée par le cardinal Tommasi , Mératus et autres. En effet, l'ancien calendrier romain, publié par Martène lui-même, comme appartenant au quatrième ou cin- ♦ quième siècle, fait mention des palmes et de la station à saint Jean. Dans le Sacramcntaire de saint Grégoire , l'oraison parle des branches de palmier que les fidèles portaient dans leurs mains (Bened. XIV, deFestis, p. 78).
C'est encore là une cérémonie qui, comme celle dont nous venons de parler, porte fortement empreint le cachet de son siècle; elle caractérise admirablement bien l'époque de triomphe et de prééminence dont l'Eglise commençait à jouir, et est l'expression fidèle de l'esprit dans lequel elle participait à la gloire de son divin Maître publiquement reconnu et adoré , comme elle avait participé à ses souffrances.
11 y a dans l'office du vendredi saint un petit fragment qui appartient à une époque un peu moins reculée que la cérémonie dont nous venons de nous occuper, et dont le langage dénote assez l'origine. C'est le Trisagion, qui sechanlcalternativementavccles7m/;ro/;e/j'fl; deux choses dont, plusieurs fois déjà, j'ai eu occasion de parler. L'Ecriture, en plus d'un endroit, nous représente lecantique que chantent les esprits célestes qui environnent de plus près le trône de Dieu, comme une répétition continuelle du mot saint , prononcé trois fois. L'Eglise , de bonne heure, adopta celle formule de solennelle vénérai ion dans sa liturgie journalière, où elle est encore. Au temps de Théodose, une épithèlo fut ajoutte
DEMONSTRATION f.Y \v,r l.ion- .
à < haruno do ces exclamations, et une pril pour demander miséricorde y lut également ajoutée en forme <lr conclusion. Non-seul menl le Ménol »ge grec rappelle cette date, il raconte 'en outre l'origine merveilleuse de celle triple Invocation : il non-, ;i [>ijr«n<l que, sous te règne de Théodose, la ville de Conitantinople lut visitée par un horrible trenvblemcnt de terre et, selon toute apparent par un affreux tourbillon pendant lequel un enfant fut saisi et enlevé bien haut dans tes airs. L'empereur et le patriarche l'roclus élaient présents avec une multitude immense, et tous s'écrièrent avec la forme de supplication alors usitée : Kyrie eleison, Seigneur, ave/ pitié de nous. L'enfant revint à terre sain et sauf, et leur cria d'une voix forte de chanter le Trisaijion , ou trois fois Saint , de la manière suivante : Dieu saint, saint et toutpuissant, saint et immortel! A peine avait-il fini de prononcer ces mots qu'il expira. Quoi qu'on puisse penser de cette légende , on ne peut élever d'objection sur la date qu'elle suppose ; et il est certain qu'à partir de ce moment le Trisagion se trouve mainte et mainte fois répété en différentes parties du rituel
Srcc ; de là il est passé dans l'office du venredi saint, où il est répété en grec et en latin : autre preuve d'antiquité, puisqu'il doit nécessairement avoir été adopté avant la séparation des deux Eglises sous Pholius.
Après cette époque nous commençons à nous plonger dans l'obscurité d'un âge dont les monuments historiques n'offrent pas autant de clarté. Il devient extrêmement difficile d'assigner la date exacte des cérémonies qui y ont pris naissance, ou de découvrir les auteurs des beaux cantiques insérés alors dans l'office divin. Celte obscurité toutefois n'est pas sans intérêt, et elle atteste fortement quel était l'esprit de ces siècles par rapport à la religion. Or la difficulté d'assigner avec certitude l'origine de certains rites naît de la manière graduelle et presque imperceptible dont ils se communiquèrent d'une Eglise à l'autre. L'amour des innov. liions dangereuses ne s'était pas encore produit au jour, et l'on ne pensait pas qu'il fût nécessaire de réprimer aucune manifestation de sentiments de piété, qui pouvait quelquefois se faire en certains lieux particuliers, par l'assurance où l'on était qu'elle n'aurait rien que d'innocent et de strictement conforme à la saine doctrine. De cette manière, chaque grande Lglise en vint à avoir ses propres usages particuliers , cl si ces usages étaient réellement dignes d'estime, ils étaient bientôt embra^ en partie du moins, par les autres , et épurés ainsi par l'expérience des siècles; ce qu'il y avait «le meilleur parmi eu\ vint à être universellement adopté et retenu , tandis (pie ce qui était moins parfait tomba en désuétude , jusqu'à ce qu'il s'établit enfin une certaine uniformité.
Il faut en dire de même des hymnes et des autres compositions du moyen âge ( c'est le nom qu'on donne à celle époque ) , dont il nous reste de précieux modèles dans l'ofûce de la semaine sainte. Mais ici se oré-
un nouvel obstacle qui t -
d'en (lecoin rir l'origlttl ( as ; r <•< édent il n'y ai il aucune ne particulière de s'assurer que I était i i de laquelle on recevait one cérém< : • < laie, ci de même la modestie ou our parler plus chrétiennement, l'humilité èea autours i i poussait à cacher buts nom- i tous les moyens possibles : si bien que, tout en admirant ce, délicieuses «-t souvent sublimes compo liions , telles que I'- si h ai / irce , le Stabal mater, etc.. c'est a \ s'il en esl Dîne seule que l'on puisse atlr à son auteur avec quelque degn lude.
C'est ainsi que ces causes d'obscurité, qui ont leur source dans leur étroite communion et les liens de charité, ^ins envie ni jalousie , qui unissaient alors les différentes Eglisi S, et dans l'humilité et la \ raie m lie de ces saints el de ces sa L'es , révèlent et allé, lent l'esprit de cette époque.
.Mais le, rites el les cérémonies de cet peuvent être envisagés sou* un autre. ; de vue non moR.4 important et intén s-ant , comme des restes fie coutumes autrefois universelles , ou du moins très gêner-!' ». mais abolies durant celte époque , el consi : ce, endant dans l'office de ce saint l< ; comme des monument- ollesorle
que ce ne sonl pas tant des institutions que des fragments ou des restes d'anciennes formes liturgiques, qui . san* cela, auraient entièrement disparu. Donnons quelques exemples propres à expliquer ma pensée.
On suit que, pendant plusieurs siècles, la communion fut généralement administrée aux fidèles sous les deux espèces : non certes que cela fût aucunement jugé nécessaire pour la validité ou même l'intégrité du sacrement: car il serait aise de prouver, par beaucoup de passages et de traits historiques, que souvent on ne ia donnait que sous une seule es| Plusieurs circonstance* qu'il n'est point néire de rapporter en détail, concoururent à décider l'Eglise à adopter, pour la communion des laïques, la forme du pain seulement. Je me bornerai à une seule de ces circonstances qui me parait digne d'attention . comme une nouvelle preuve à l'appui de cet:
triction, après tous les motifs qui ont été allégués tant de l'ois et av ec tant de 5UC< es | our la justifier. La religion cbrelienne est une pour tous les temps comme pour tou* 1 lieux , et ses sacrements doivent être tels qu'ils puissent convenir à celle universalité de BU destination. Or il y a une foule innombrable de situations où les fidèles se trouveraient prives de l'eucharistie , si elle ne pouvait être légitimement et vainement administrée que sous les deux espèce», l' i exemple, dans l'intérieur de la f.liine H du royaume de Si mi, ainsi que dans les ce v. usines . presque toujours sr,us le feu de la perseculion. il y a au moins un demi-million de catholiques. Sans compter les obstacles que doit nécessairement apporter un étal continuel de persécution à un genre de culture qui trahirait son objet, cl le ferait par conséquent échouer, toutes les tentatives faites
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pour élever la vigne dans ces contrées ont été sans succès ; et les missionnaires , pour se procurer le vin nécessaire au sacrifice, n'ont point d'aulre ressource que la modique quantité qu'on en peut, au péril même de sa vie, faire clandestinement passer à la frontière, après l'avoir fait venir de pays fort éloignés; cl souvent même, principalement dans l'intérieur, ils se trouvent, à raison de cette difficulté, pour longtemps dans l'impossibilité de célébrer la sainte messe. 11 est évident que cette multitude de fidèles pauvres et affligés, qui ont plus besoin que tous les autres de nourriture spirituelle, en seraient réduits à vivre et à mourir privés des secours de ce sacrement, s'il étaitabsolument nécessaire de le recevoir sous les deux espèces. Mais, pour revenir à mon sujet, à l'exception d'un privilège particulier accordé à quelques souverains pour le jour de leur sacre, le seul exemple presque que l'on ait de la réception du calice (Ou précieux sang) par d'autres que le prêtre qui célèbre le sacrifice , se rencontre dans. la messe pontificale du jour de Pâques, où le diacre et le sous-diacre participent au calice après le pape.
Il est encore une autre observance relative à celle matière, qui n'a été aussi conservée qu'à Home. Une des raisons qui ont fait restreindre la communion à une seule espèce , sont les accidents auxquels l'autre espèce pouvait donner lieu. Car la communion étant aujourd'hui même, mais bien davantage anciennement , une pratique d'un usage presque journalier dans les églises, où dans beaucoup d'occasions les fidèles se présentaient par milliers pour la recevoir, il était presque impossible d'empêcher qu'il n'y eût quelque profanation de commise par rapport au vin consacré , surtout lorsqu'il était distribué à ce qu'il y avait de plus grossier parmi le peuple. Pour remédier à cet inconvénient , autant que possible, l'usage s'introduisit probablement après le sixième siècle, d'administrer le précieux sang au moyen d'un tube d'argent. Le calice restant alors fixe et immobile dans la main du prêtre ou du diacre, et le tube seul étant approché de la bouche du communiant , on devait avoir, comparativement parlant, beaucoup moins de raison de craindre un accident que la croyance catholique sur l'eucharistie rendait nécessairement des plus déplorables. Ce tube s'appelait un siphon. Nous apprenons de Casalius que l'abbé du Mont-Cassin était dans l'usage de recevoir le calice de celte manière (Bcncd. XIV, ubi sup., 230). Paul Volsius le premier a découvert que c'était une pratique en usage , en ce qu'elle est prescrite dans un vieux livre de signes ( Liber signorum ) , existant dans plusieurs maisons de bénédictins. Parmi les plus anciennes règles des chartreux, du temps de saint Bernard , on lit cetle disposition au chapitre quarantième , qu'aucune Eglise ne possr,lr d'omtmmtê d'or ou d'argent, excepté le calice et le tube au moyen duquel on reçoit le sang de Noire-Seigneur. Un ancien commentateur de Tertullien mentionne un inventaire de l'église de Mayence, écrit il y a envi-
ron huit cents ans, dans lequel sont énumérés parmi les croix et les calices en or, six tubes destinés au même usage [Tertul. cum notis U, Blten., p. 156). L'usage de ce tube a été peu à peu abandonné partout, excepté dans la messe pontificale célébrée par le pape trois lois chaque année, dont une est celle du jour de Pâques. Cetle manière de recevoir le précieux sang paraît souvent nouvelle et étrange à ceux qui n'y sont point accoutumés; mais elle est pleine d'intérêt pour l'amateur d'antiquités ecclésiastiques , qui ne consentirait pas volontiers à voir abolir d'anciens usages, surtout à Rome, leur dernier retranchement et leur refuge naturel.
Voici maintenant un autre exemple d'ancienne pratique, probablement commune autrefois à toutes les Eglises, et qu'on ne retrouve guère aujourd'hui qu'à Saint-Pierre. Partout on dépouille entièrement les autels le jeudi saint, et ils restent découverts jusqu'au samedi suivant. Pendant les Ténèbres du jeudi soir, chacun des chanoines et des autres officiers de la basilique de Saint-Pierre reçoit une espèce de brosse curieusement façonnée, et après l'office, le chapitre en corps se rend au maîirc-aulel, où l'on a eu soin de préparer sept flacons de vin et d'eau. On les répand sur l'autel , et les chanoines , passant six à 11 fois devant , le frottent partout avec leurs brosses , après quoi on le lave et on le sèche avec des éponges. Saint Isidore, de Séville, au septième siècle, fait mention de la coutume alors en usage de laver les autels et même le pavé de l'église ce jour-là , en mémoire de cet acte d'humilité par lequel notre divin Rédempteur lava les pieds à ses disciples ; et saint Eloi rappelle dans les mêmes termes la cérémonie et le motif. L'Ordo romain, l'abbé Rupert et d'autres auteurs parlent de cette cérémonie comme d'une chose généralement pratiquée, et plusieurs monuments du moyen âge attestent qu'elle s'observait à Sienne, à Bénévent, à Bologne et dans d'autres Eglises. Elle n'était pas moins en usage en Angleterre; car le missel de Sarum la décrit en ces termes : Âpres le dîner, tous les clercs se réuniront dans l'église pour laver les autels. D'abord l'eau sera bénite en dehors du chœur et en particulier ; ensuite deux des prêtres les plus élevés en dignité se prépareront avec un diacre , un sous-diacre et deux acolytes tous revêtus d'aubes et d'amicls ; deux clercs porteront l'eau cl le vin , et l'on commencera par laver le maître-autel, en y versant du tin et de l'eau. Après une description détaillée des prières à réciter pendant le cours de la cérémonie, la rubrique continue: Après que V évangile aura été chanté comme à la messe, les deux prêtres susdits laveront les pieds à tous dans le chœur, l'un d'un côté et l'autre de l'autre, puis ils se les laveront réciproquement. Ensuite on récite plusieurs prières et on lit un autre évangile, pendant lequel il est dit que les frères boiront la coupe de la charité, charitatis potum (Missale Saris!/., fol. 76).
Dans beaucoup des savants traités écrits sur l'origine de celle cérémonie, celte eu-
DEMONSTRATION ÉVANGÉLIQ1 E.
rieuse réunion de deux pratiques, ailleurs
partagéei entre le matin et le -<»ir, n'a pas été remarquée , quoiqu'elle soit la plus forte confirmation «le l'interprétation de saint Isi-
don , contre les objet lions de du Vert , de
Baletti et d'autres. Dana l'Eglise grecque , celle pratique, ainsi qoo l'a prouve au long i eo Allaltus, «si encore observée comme elle I est
chez les doniinicains et les carmélites ; mais presque partout ailleurs elle a disparu , excepte dans la basilique du Vatican, où vous pourrez la \oir observer le jeudi .soir.
Os exemples suffiront pour montrer comment les cérémonies de la semaine sainte, au Vatican, ont retenu et conservé des rites , autrefois généraux dans toute l'Eglise, mais qui auraient entièrement disparu dans la pratique, s'ils n'avaient été ici scrupuleusement observés. Il est encore un autre point d'histoire fort important dont le souvenir se trouve consigné dans ces cérémonies saintes qui en rendent témoignage, et que je ne dois pas, par conséquent , passer sous silence. C'est l'ancienne union de l'Eglise latine et de l'Eglise grecque , et la réconciliation après la défection de la dernière. Pour preuve évidente de cette antique union, nous avons l'introduction de mots et de phrases grecques dans la liturgie ; le Kyrie eleison, qui appartient à l'office de chaque jour, en est un exemple; et vous avez vu dans l'adoption du Trisayion un témoignage de cette vérité particulier à l'office de la semaine sainte. Autrefois il y avait un plus grand nombre d'exemples de ce genre , et entre autres celui auquel j'ai précédemment fait allusion en disant qu'il était d'usage de chanter dans les deux langues les leçons du samedi saint, destinées à l'instruction des catéchumènes. Anastase leBibliothécaire nous apprend que Benoît III avait un livre dans lequel se trouvaient les leçons grecques et latines qui devaient se chanter le samedi saint. Mabillon a produit d'abondantes preuves de cet usage, dont fait mention Amalarius, vers l'an 812, ainsi que plusieurs écrivains des siècles suivants. 11 paraîtrait que, plus tard, celte double récitation fut restreinte à la première des douze leçons , parce qu'autrement l'office aurait été excessivement long. Nous trouvons en effet, dans le onzième siècle , la clause suivante ajoutée à la rubrique : Si dorhinus papa velit (si le seigneur pape le veut) , et il est ainsi probable que, faute d'avoir élé plus souvent observée, cette coutume a fini par disparaître peu à peu. On peut en dire autant de la pratique autrefois en usage de chanter l'épltre et l'évangile en grec cl en latin le jour du vendredi saint. Ces deux observances furent remises en vigueur dans le dernier siècle par le pape Benoit XIII, qui se montra très-ardent et très-zélé partisan des anciens rites ; mais depuis . elles sont retombées en désuétude (1). Quelque désir qu'on puisse avoir de voir ces anciens usages rétablis , les faits que nous venons de rapporter ne sauraient manquer de paraître bien propres à jeter une vive hi-
(1) CanceQiëre, Descriz. dcll.i 4Sctiiin. S. ,
mière sm le point de i ne historique s >us |(. qmi j'ai voulu envisager aujourd'hui offices et ces cérémonies tainl nous
voyons, d'un < 6té, que I i
ment conservé loul ce quille ,i reçu de i Eglise grecque relativement au cuite de c'Iai qui ne peut changer; i lie n'a pas souffert que ses justes siij.-K de plainte contre cette sœur rebelle, et aujourd'hui ennemi, acharnée . lui lissent abolir aucune des prières qu'elleavait coulumedt réi lie. m celte langue grecque] ; mais, quant aux instructions qui se lisaient en grec pour l'édification des étrangers parlant celte langue, qui se trouv : alors présents, elle les a laissées tomber en désuétude, sans aucun acte d'abrogation inspiré par 1 i haine, mais seulement comme devenues désormais inutiles. Cependant, lorsqu'au concile de Florence, l'Eglise grecque fut réunie à celle de Borne, et reconnut la suprématie int-siége, il fut rés< lu que le pape, dans les occasions solennelles . serait assisté d'un diacre et d'un sous-diacre grées , omme d'un diacre et d'un sous-diacre latins , et qo pitre et l'évangile seraient chantés dai deux langues. Celle règle a toujours été dûment observée depuis, comme vous le \ le jour de Pâques, où un diacre et un sousdiacre grecs, revêtus des ornements s de leur propre nation ( le diacre portant IV— tôle comme anciennement, sur l'épaule ché , et sur celle élole est brode le mol saint, trois fois répété), et «hanteront ces deux parties de la liturgie en langue et à la manière des Grecs. I e< i complète l'histoire des rapports exislanlaentrc ces deux Eglises. Les antiques prières, autrefois communes à l'une et à l'autre, et que nous conservons encore, sont une preuve de leur union primitive ; l'abolition tacite des instruclions faites dans celle langue atteste la séparation subséquente, cl le rit près rit pour en célébrer la réunion, non-eeulemcnt rappelle cet événement, mais par sa | lui té il se pose comme une protestation cuire la perfidie qui viola les stipulation lenneiles qui furent faites en celte occasion, et prouve le zèle de l'Eglise romaine à plir tous ses engagements.
Le point de \ ue sous lequel j'ai essayé de vous monlrer.ee malin, qu'on doit envi:
les offices de la semaine sainte . tels surtout
qu'ils se célèbrent à Home, c'est de les considérer comme des obsen aines monumentales, nées end ilVerenl s siècles, et qui sont l'exacte expression de l'étal et des sentiments de chaque siècle. 11 n'y aqu'un commandement div m qui puisse donner aux formes extérieures du culte un caractère invariable, ainsi qu'il en a élé . en grande partie , pour le culte religieux des Israélites. On n'aperçoit dans la loi nouvelle aucune trace d'un commandement OU même d'une invitation de donner un rituel spécial et particulier; et l'Eglise, toujours fidèle aux plus beaux pri la nature, après avoir prescrit loul ce qui était essentiel et nécessaire pour les sa. ivrarnls, a laissé aux sentiments instinctifs ci rationnels de l'homme liberté de s^« domur
553 CONFÉRENCES SUR LES OFFICES DE LA SEMAINE SAINTE
carrière; veillant avec soin sur leurs conceptions , afin qu'ils ne pussent conduire à l'erreur ou à l'inconvenance; et ainsi s'est graduellement formé son code d'observances religieuses et cérémonielles, de même que toute bonne constitution s'est toujours formée par le développement des vrais principes fondamentaux , avec l'aide des connaissances amassées par l'expérience des siècles. A-t-elle eu tort d'en agir ainsi? C'est là , en vérité, une question pour laquelle mon prochain et dernier discours fournira de meilleurs principes de solution , quand je parlerai de l'influence que les offices de cette semaine ont exercée sur le monde social et moral. Maintenant, je le demande, sans qu'on puisse le trouver mauvais, le parallèle que je viens d'établir entre l'Eglise et la constitution d'un Etat prouve-t-il que la conduite de l'Eglise soit condamnable? Ce genre de constitution politique et judiciaire n'est-il pas, à notre avis, le plus parfait, qui s'est établi chez nous dès les temps les plus reculés, et qui a conservé dans sa forme comme dans son essence les impressions et les expériences des siècles divers , tous différents de vues et d'esprit? Nous aimons à rattacher notre jury aux inslitulions dos Saxons ; nos pères, pendant nombre d'années, ont révéré et redemandé les lois du bon roi Edouard. Nous avons peine à supprimer les mots et les phrases introduites par les Normands, quoique dans une langue qui n'est plus la nôtre; c'est en français que le crieur proclame les arrêts de nos cours, et c'est aussi en celte langue que le roi sanctionne ou rejette les bills du parlement. Notre loi sur la trahison, une des plus parfaites, nous la devons au roi Edouard 111 ; et les droits des sujets ont eu besoin pour se développer entièrement de tout le temps compris entre le roi Jean et Guillaume 111. Chaque situation différente, chaque changement dans le caractère ou les sentiments, qu'une longue suite de vicissitudes a produit dans la nation, est visiblement empreint, comme sur autant de monuments, dans nos lois, dans nos usages et nos coutumes publiques. Toute tentative pour effacer entièrement de notre code les anciennes lois forestières, qui sont des lois d'oppression, a jusqu'ici été infructueuse; et, malgré le ridicule dont les poursuit l'époque actuelle , les droits baroniaux et les coutumes féodaleg sont toujours là pour attester que notre première constitution s'est formée sous leur influence ; les chartes municipales de nos villes sont autant de monuments progressifs du développement de la puissance que la bourgeoisie s'est acquise par l'industrie et le commerce; nos compagnies et nos corporations rapDellert encore cet esprit de religieuse confraternité qui leur a donné origine; les universités ont, presque en dépit d'elles-mêmes , conservé les formes, les institutions ei les usages de leurs fondateurs catholiques; la rigueur presbytérienne de certaines observances religieuses est encore en lutte avec le bon sens public , pour creuser encore davantage les rides sombres et Démonst. Evang. XVI.
sévères qu'elle a laissées ineffaçables sur le front plein de franchise et de douceur des générations primitives. Ainsi notre histoire, les changements survenus dans nos mœuns et nos idées , dans la suite des générations , se trouvent consignés dans nos institutions publiques. Qui pourrait un instant concevoir la pensée d'aholir d'un seul coup toutes ces institutions, et d'y substituer un système de lois inflexible, invariable, une sorte de Code-Napoléon, dûment divisé en titres, sections et articles sur toute espèce de matière sociale et domestique, depuis les droits du souverain jusqu'aux honoraires dûs à un greffier pour un certificat, et portant dans toute son étendue l'empreinte de l'esprit d'un seul siècle ou d'un seul homme? Ne serait-ce pas là un sacrilège? Ne serait-ce pas abolir notre histoire, désavouer nos pères, effacer notre première existence , abattre nos monuments et dire comme un enfant dont le château de cartes est tombé, Je vais recommencer. Ce sont des réflexions de ce genre que j'ai voulu vous suggérer par rapport aux offices et cérémonies de la semaine dans laquelle nous allons entrer. Je vous les ai représentés comme un ensemble d'observances religieuses, établies graduellement dans l'Eglise , non d'après des décrets froids et précis, mais par la vive et ardente manifestation des pieuses impressions de chaque siècle, jusqu'à ce qu'elles aient atteint enfin l'uniformité d'un tout solide et compacte. Elles ont conservé en elles-mêmes les marques de cet esprit humble et cependant profondément mystique, qui dut être nécessairement celui de l'Eglise persécutée; elles portent l'expression de triomphe et de gloire qui convenait à sa situation dans des temps plus favorables; elles renferment en elles-mêmes les symptômes de la modestie et de la charité de la dernière période , et sont les dépositaires de plusieurs restes de vénérable antiquité, en ce qu'elles maintiennent encore en vigueur des rites autrefois généraux, mais qui aujourd'hui sont partout ailleurs abolis.
En y assistant , vous pourrez vous croire reportés alternativement à chacune des époques de l'antiquité religieuse, et, dans les institutions de chaque époque, vous pourrez vous mettre en rapport avec l'esprit particulier qui l'animait; c'est comme un musée, renfermant les restes de chaque siècle, non disposés dans un ordre chronologique, mais arrangés selon les inspirations du bon goût qui présida à leur collection, ou plutôt mêlés dans une heureuse confusion qui montre avec quelle perfection ils s'harmonisent les uns avec les autres, et prouvent de la manière la plus évidente que c'est le même esprit qui a présidé à leur institution. Les abolir pour y substituer une forme nouvelle, systématique, positive et froidement calculée, ce serait en vérité une sorte de vandalisme, une espèce de barbarie religieuse dont l'Eglise catholique est absolument incapable.
11 reste encore à considérer ces offices et cérémonies sous un autre point de vue plui (Dix-huit.)
555 DÉMONSTRATION P.\ \N<.P.I.Hjl I.. 556
intéressant et plus Important «|ii«- oeu MM qui fera le sujet de mon discours de clôture, lesquels je les ai eut iMgéf jusqu'ici ; c'est ce samedi prochain.