COMPTE RENDU DES OEUVRES POSTHUMES DE FROUDE
essai, mais un système éprouvé depuis longtemps et tout organisé ? Mais , dans la dernière partie de son projet, nous ne voyons rien qui ne soit déjà mille fois venu dans l'esprit et n'ait été l'objet des désirs ardents et des méditations de quelques zélés catholiques. Un collège central ou une communauté de prêtres (la distinction do célibataires n'est pas nécessaire pour nous ), unis tant que la santé, l'inclination et les autres circonstances le leur permettraient, vivant ensemble sous une règle douce , mais ferme , pour étendre leurs travaux sur tout le pays, voilà, ce nous semble, le moyen le plus efficace de faire pénétrer notre sainte religion là où elle n'est pas encore bien connue, et de ranimer de plus en plus la ferveur là où elle est déjà professée. Et ce n'est pas une opinion qui nous soit personnelle; c'est celle de plusieurs hommes d'une bien plus grande expérience dans la vie apostolique; c'est le résultat d'effets observés pendant longtemps. Oui , un corps ecclésiastique destiné à aller de ville en ville pour décharger le clergé d'une partie de ses fatigues , en donnant des cours d'instruction bien préparés et suivis , en réveillant l'énergie assoupie des <»ongrégations auxquelles il faut une excitation plus puissante que celle des avertissements ordinaires , serait le moyen le plus capable de procurer la diffusion de la religion catholique. De la sorte, nous ne doutons pas que beaucoup de brebis égarées ne fussent rapportées au bercail, et que V odieux protestantisme ne fût extirpé pour le salut de tous. En France , le saint évêque américain Flaget a visité plusieurs diocèses pour prêcher en faveur de V œuvre de la propagation de la foi ; son passage a été court, cependant nous sommes assurés qu'il aura procuré à cette belle institution près de 700,000 francs. Nous avons même des raisons de croire qu'il pensait à former, suivant l'idée exposée plus haut, une assemblée de missionnaires mobiles établie en Amérique, comme l'unique moyen de propager la religion catholique avec un grand avantage. C'est là en effet la vraie méthode apostolique, que Notre-Seigneur mit le premier en usage quand, durant sa vie, il envoya ses soixante-douze disciples ante faciem suam, et quand il députa les douze apôtres aux nations de la terre ; méthode pratiquée depuis par tous ceux qui , suivant leurs exemples et imitant leurs vertus, sont allés prêcher l'Evangile à ceux qui sont assis dans les ténèbres. Ce fut la marche qui fut suivie à l'égard des Anglais, nonseulement pour préserver du paganisme leurs pères, les Saxons, mais encore, ce qui va mieux au sujet, pour détromper les premiers chrétiens des erreurs du pélagianisme. i: mire ce projet, je le sais , on peut élever des difficultés suggérées soit par la timidité, soit par la prudence. Quelques-uns craindronl le fanatisme ou l'excès du zèle ; mais on obviera facilement à ces inconvénients par un règlement salutaire, par une autorité modératrice, et plus encore par un système d'instruction et de préparation qui agira sur DtUONST. Evang. XVI.
les sentiments et sur le cœur, comme sur les règles extérieures à observer. D'autres diront : Où sont les instruments et les moyens d'une pareille entreprise ; où sont les individus qui se dévoueront aux obligations laborieuses et aux sacrifices que ce projet leur impose ; où sont les fonds nécessaires pour le réaliser? Nous répondons : Que l'on nous donne la parole de l'autorité, sous la conduite de laquelle on doit toujours marcher, que l'on se concerte sur un plan qui assure à tous le bienfait de celte institution, et nous certifions que pas une difficulté ne se trouvera dans aucun des cas proposés. Il y a dans le corps catholique, et spécialement dans son clergé, une abondance de [zèle et d'activité qui rend certain le succès de tout projet basé sur l'expérience et sur des méthodes approuvées pour propager la vérité et pour combattre l'erreur. Tandis que les anglicans devraient tout préparer et tout choisir avant de pouvoir réaliser le système proposé par Froude, nous avons sous la main une foule d'éléments, et nous pourrions nous mettre presque immédiatement à l'œuvre. Il semblerait de plus que les ordres mendiants mériteraient le choix pour l'exécution du dessein de Froude et de ses amis (1). Nous défions le protestantisme de les établir ou de les conserver.
Venons maintenant à la grande doctrine des Traités pour les temps présents sur l'autorité ecclésiastique , lanLen matière de juridiction qu'en matière d'enseignement. Il sera facile de montrer évidemment combien Froude était peu satisfait des principes et des arguments de son parti, du partage des opinions quand il fallait décider où résidait cette autorité, et des déductions logiques qui sortaient naturellement de leurs raisonnements. En 1834, il écrivit à son ami Newman en ces termes : L'archevêque de Cantorbéry ne prétend-il pas à une autorité patriarcale (qualem qualem ) sur une portion du globe aussi étendue que celle de V évêque de Rome ? Et les évêques des colonies ne sont-ils pas cléchargés du serment d'obéissance canonique par cela seul qu'ils prouvent que dans les Ecritures on ne reconnaît point d' 'évêque universel, tel que pouvait l'être Cranmer (p. 33!), 340). C'est assurément là la vraie manière de retourner l'argument contre ses amis. L'archevêque de Cantorbéry se considère comme le primat des Eglises des Indes orientales et occidentales , et de celles des colonies de notre Amérique septentrionale. L'argument même par lequel les réformateurs veulent justifier leur séparation de Rome réfuterait cette prétendue supériorité.
La citation suivante sera plus longue que les autres : elle est tirée d'une lettre à M. Kè.ble (2) écrite en 1835, un an juste après
(1) « Votre ancien projet sur les ordres mendiants était le moyen d'obtenir la chose. Cependant un ordre qui se rattacherait aux derniers lciii|is , conviendrait mieux | our aujourd'hui» (p. 397). Sur le célibat et lis ordres religieux on peut voir la même page (dans une autre lettre ) et la page 108.
(2) Les lettres ne portent jamais le nom des personne*
{Vingt.)
l'autre. Elle oppose nos objections aui raisonnement* <l«-s Traitét relativement aux droits d'autorité auxquels les anglicans prétendent dans leurs églises. Elle n'a pas luloio de commentaire. Hd'ubm-d }<■ voui uttaquerai sur cette > epression : l Eglise enseigne ceci et cela. Dans les Traités t elleéquivaut à telle phrase : le Livre de prières, etf., nous enseigne ceci et cela. Supposons maintenant
qu'un lau/ie d'uni' conscience scrupuleuse
nous demande s vr quel fondement on t'appuie
pour appeler le Livre dé prières, etc., l'enseignement de l'Eglise : que lui répondronsnous '' Pourrons-nous lui dire qu'il est incorporé dans les actes du parlement? Il en est ainsi pour le lùll de .spoliation (i). Lui dirons-nous (/u'il fut ordonné pour la première fois par le conseil ecclésiastique (convocation) SOUS le règne de Charles flf mais quel droit spécial avait ce conseil de faire un monopole du nom et de l'autorité de l'Eglise? Lui dirons-nous que tout le clergé y a consenti jusqu'aujourd'hui? mais à quelle interprétation a consenti tout le clergé, ou du moins sa majeure partie? car, si ce fut le consentement du clergé qui établit le Livre de prières, etc., pour être renseignement de l'Eglise, l'Eglise enseigne seulement l'interprétation que tout le clergé ou du moins la majorité du clergé avait admise. Et pour déterminer ce sens, il faudrait rechercher, non pas ce qui , pour l'investigateur, semble être le véritable sens, mais ce qui fut en effet entendu par la majeure partie du clergé. Il serait nécessaire d'admettre au scrutin les hoadleyens (2), les puritains, les laudiens, et de décider ensuite à la majorité desvoix. En outre, en supposant que cette majorité de voix soii. certaine, une autre question se présente : Pourquoi l'opinion du clergé anglais, après le décret du Livre de prières, a-t-elle droit d'être appelée enseignement de l'Eglise plutôt que celle du clexgé des seize siècles précédents, et même plutôt que ■celle du clergé de France, d'Italie, d'Espagne, de Russie, etc. ? Je ne saurais voir dans ce Livre de prières, pour exiger le respect d'un laïque, comme enseignement de l'Eglise, aucun droit que n'aient , à un degré bien plus élevé, le bréviaire et le missel. Je sais que vous me reprocherez ceci, et que vous exposerez une file d'iwi&itttt (instabis), parmi lesquels il y en a plusieurs que je pourrais prévenir et résoudre. Mais il me faudrait trop d'espace pour cela ; et je suis sûr que vous pouvez prévoir les réponses tout aussi bien que je puis prévoir les objections. En outre, on parle longuement, dans les Traités, sur le droit d'enseigner avec autorité, que l'on revendique
auxquelles elles sont adressées; mais elles sont marquées d'une lettre grecque : celle-ci , par exemple, l'est d*nn gamma. Niais quana on est un |>eu initié sax mystères do celle école, on sait bien que ce caractère siguilie M. Kèble, de même que le delta M. Newman, etc. Ces caractères indiquent encore la part que chacun de ces écrivains a prise n li composition du recueil de poésies sacrées intitulé : Ltfra apostolica.
7l) Lui revente qui enlève a l'Eglise anglicane beaucoup de prérogatives.
(•') b'évèque Hoadleyful celui qui, au commencement du siècls passé , ouvrit au sociniauisme les portes de l'Eglise anglicane
DÉMONSTRATION ÉVANGÉI IQUE.
pour le clergé. Croyez-vous que, cVapr bons pi unifie, d'Interprétation, les taie* qui pi oui eut l'autorité d'enseigne* aet ordt < à de»
personnes in-jni >' ■ qui /< MM
immédiatement unies, puissent 'lie appliques
à l'enseignement de eu/ qui n'ont m, mit un tourte d'information gui ne toit pareillement ouverte a ton- h - hommes? >.
fOUt • . il n 1/ 'i ; ique-
meni OUÏ ait autorité dans le sens que l'ai ait
celui des apoti ta Bible ;
H n'y eu a point qui ait autorité tique l'avait a lui ii< Timoth lui de la tradition primitive. Je l'avoue. j> à chercher un sens dans h quel l'enseign* du clergé moderne mi de l autorité. Ci
vous que si \'é\ ''que de avait enseigné aune
façon. Pascal ou Robert .\ehon, d'une autre .
celui-ci aurait eu droit d'être plus •
ou bien donnez-vous seulement la préfi
personnes ordonnées , cal ris parions) la première opinion serait surpn • seoonde ne vaut pas grand' chose p. tul
Quelques mois après, ayant indique Isj principe qu'il prend pour être la bat christianisme biblique, et même du proie»! mtisme, écrivant à M. Newman, il ajoute: Quant à votre misérable principe, que ^l'Ecriture est l'unique règle de foi dans les i fondamentales (à ce mot, le coeur me mur ce n'est qu'une édition mutilée, sans la lari;< ur et le caractère décisif de l'original +l.'i . Ceci est un langage énergique contre un des principaux points qui forment la distinction entre le nouveau système tlieologisjae d'Oxford et la doctrine catholique. Il parait que son correspondant répondit a ces observations; car quinze jours après 17 juillet) nous retrouvons le même sujet plus développé et présenté de la manière suivante : Je veux encore vous battre aujourd'hui sur la règle de fui dans les choses fondamentales. Voici un dialogue simulé entre vous et l'A. — Le Eomahistb. Je soutiens que la doctrine de l'eucharistie est fondamentale. — Vols. Je le nie. — Le II. Pourquoi ? — Y. Parce qu'on ne peut la prouver par les Ecritures. — Le R. Supposons ceci accordé : croyez-vous qu'une doctrine qu'on ne peut prouver par l'Ecrilun . , '• -' pas fondamentale? — Y. Oui. — Le R. Supposons que je puisse montrer que les premiers chrétiens (ceux du second et du troisième siècle) regardaient la doctrine de l'eucharistie comme fondamentale, diriez-vous encore qu'elle ne l'était pas parce qu'elle ne peut être pn par l'Ecriture? — V. Non : en ce cas . j'admettrais qu'elle était fondamentale ; mail sons ne pouvez le montrer. — Le R. Donc la véritable raison qui vous porte à nier que celte doctrine soit fondamentale, ce n'est pas qu'elle ne saurait se démontrer par l'Ecriture, mais que les premiers chrétiens ne lu tinaieni pour telle? — V. La raison pour laquelle jt nie qu'elle soit fondamentale e.-t qu'on ne In prajm i dure. — Lu R. Mais .
malgré cette raison, vous la croiriez fondamentale si 1rs Pins l'avaient crue ainsi : à-dire vous admettes que votre raiton