‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 97 sur 167 · COMPTE RENDU DES OEUVRES POSTHUMES DE FROUDE · texte numérisé non relu

COMPTE RENDU DES OEUVRES POSTHUMES DE FROUDE

pas concluante et que, même après avoir démontré qu'elle ne peut être prouvée par l'Ecriture, vous devrez démontrer encore que les Pères ne la croyaient pas fondamentale. — V. J'admets cela; mais je ne me désiste pas de la première opinion. — Le R. Vous avez admis que pour prouver qu'une doctrine n'est pas fondamentale, il ne suffit pas de faire voir qu'elle ne peut être démontrée par l £ criture : croyez-vous que pour prouver qu'elle est fondamentale, il suffit de montrer qu'elle peut être prouvée par l'Ecriture ? — V. Non ; je ne le crois pas. — Le R. Donc, pour discerner les doctrines fondamentales , vous avez proposé un critère dont la présence ne prouve pas qu'une doctrine est fondamentale, et dont l'absence ne prouve pas davantage qu'une doctrine n'est pas fondamentale. — Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, parce que je soupçonne que vous ne liriez pas mes paroles. Mais pour revenir à moi, je ne crois pas m' être encore rétabli; et au fond, je ne suis pas aussi fort que je pourrais être, mais je trouve dans mes indispositions une excuse pour ma paresse (pag. 417-418).

Peu de jours après, il revient sur le même sujet en écrivant au même ami. Il demande (30 juillet) : Que signifie dans l'article (sur l'Eglise anglicane) cette phrase : avec les doctrines nécessaires au salut? Pour ceux qui ne rejettent pas orgueilleusement la vérité révélée, il n'y a point de dogme nécessaire au salut; mais pour ceux qui la rejettent orgueilleusement, tous les dogmes sont nécessaires au salut {p. 419).

Deux mois après, il revient à la première controverse, et fait voir évidemment qu'il ne croit pas assez de solidité à la base sur laquelle lui et ses amis font reposer l'autorité. Voici ce qu'il écrivait le 13 septembre : Quant à nos controverses, vous produisez un nouveau principe sans avouer, comme vous le deviez, que, relativement à la base sur laquelle vous faisiez tout reposer d'abord , je vous ai victorieusement réfuté. Si les Pères ont soutenu, qu'une chose, qu'on ne peut déduire de l'Ecriture ne doit point entrer dans le symbole commun et obligatoire, je n'ai plus rien à dire. Si vous accordez que la tradition est une autorité interprétative, je ne vois pas que cela avance beaucoup la question. Car assurément, les dogmes du sacerdoce et de l'eucharistie peuvent être prouvés avec l'Ecriture interprétée par la tradition : et dès lors qui nous empêchera de les tenir pour des articles obligatoires du symbole commun ? Je ne crois pas que ce point, le seul peut-être en question, puisse justifier les romanistes ; mais à coup sûr, il justifiera la conduite de notre parti dans l'excommunication des protestants [pag. 419, 4-20). 11 est évident que son esprit méditait avec ardeur cette importante matière : chaque jour lui rendait plus manifeste l'incohérence des opinions adoptées par ses collègues et la nécessité d'en venir à une jconnaissance plus claire que celle qu'ils avaient de l'extension de leurs principes , qui, poussés un peu plus avant, les auraient amenés au catholicisme. On trouve une

preuve de cette vérité dans une lettre écrite au mois de novembre de la même année et adressée à un autre correspondant : 27 novembre J'ai pensé plusieurs fois à l'argument que N . (Ncwman) tire des Pères, à savoir : que la tradition, pour avoir de l'autorité, doit revêtir une forme interprétative, et qu'elle ne prouve rien sinon qu'il y a des raisons suffisantes pour que l'Eglise tolère l'article en question (je ne me rappelle pas lequel). On ne voit pas de raison pour que les apôtres aient borné leur doctrine orale à des commentaires sur l'Ecriture. Et pourquoi cette doctrine orale eût-elle été plus facilement corrompue, semper, ubique et ab omnibus (pag, 423)?

Sa carrière mortelle touchait alors à son terme. Les derniers fragments qui ont été publiés rendent témoignage de l'anxiété, de la sincérité, de la puissance, avec lesquelles il méditait sur ce grand sujet, qui est le pivot sur lequel roulent, on peut le dire avec exactitude, les controverses entre nous et les nouveaux théologiens. Le morceau dont nous parlons est une lettre datée du 27 janvier 1836, un mois avant sa mort. Comme sa dernière maladie dura pendant le petit nombre de semaines qui lui restait, ce document peut être considéré comme son dernier testament théologique , la dernière déclaration de son esprit encore sain. On verra clairement par !à de quelle distance il avait devancé ses compagnons et combien il s'était approché de la vérité catholique.

Nous le voyons, en effet, dans le dernier de ses écrits, se servir avec son ami Ncwman d'un langage plus sévère que celui dont nous oserions faire usage. Voici ses paroles : L'autre jour, le hasard me mit sous la main le Traité sur la succession apostolique dans l'Eglise d'Angleterre. Il semble véritablement si injuste, que je m'étonne que vous ayez pu, dans l'extrême besoin d'oUo-Jont* et fénati^ê^ consentir à y avoir part. Le patriarche de Constantinople, comme chacun sait, n'existait pas dès le principe; mais quelques Eglises voisines se soumirent volontairement, et ainsi, en vertu de leur serment , lui restèrent ecclésiastiquement soumises. Le même argument par lequel vous justifiez V Angleterre et l'Irlande justifierait toutes ces Eglises, si elles s'étaient soulevées pour devenir indépendantes. Le sens naturel du canon d'Ephèsc est que les patriarches ne peuvent commencer à exercer l'autorité sur les Eglises , jusqu'alors indépendantes, sans leur consentement (p. 420).

Après cela, que pourrions-nous désirer de plus pour appuyer ce que nous avancions au commencement de cet article? Oui , ces œuvres posthumes prouvent que l'esprit de M. Froude avait acquis graduellement des connaissances de plus en plus étendues et exactes sur les vérités religieuses et les principes de foi; et, d'après le développement normal et constant de ces connaissances , nous avons toute raison de croire qu'une vio pins longue lui a seule manqué pour que nous lui ayons vu prendre la résolution salutaire d'embrasser les conclusions de ses théories

CrlT,

«J.iiis leur extension complète et absolu Tandis que les narres au nouveau Lhéo logien d'< Ixford semblent doos présentée leurs théories comme parfaitement prouvées , et

leurs opinions comme établies à tout jamais,

les extraits qne nous venons <le faire démontrent que ce ne sont que les inconstantes et versatiles opinions d'hommes qui découvrent encore des erreurs dans ce qu'ils avaient cru

d'abord, et cherchent une vue plus claire de ce qu'ils devront croire a l'avenir.

La dernière citation , par laquelle nous conclurons , montrera ce fait sous un jour plus frappant encore. Le passage est tiré d'une lettre écrite à II. Newman , le jour de la Toussaint 1835 :

Avant de terminer cette lettre, je dois faire une protestation contre les malédictions et les outrages que vous prononcez ù lu fm. . . . ( contre les romanistes). Quelle utilité peutil en revenir? — J'appelle cela un procédé excessivement contraire à la charité. Ne pouvonsnous pas être dans l'aveuglement sur bien des points qui ne se dévoilent que graduellement à nos yeux? Sans doute vous pourrez réserver les noms de blasphémateurs et (/'impies pour ceux qui nient les articles de foi (p. fc22).

LA TRADITION PRIMITIVE RETROUVÉE DANS LES SAINTES ÉCRITURES. SERMON PRONONCÉ DANS LA CATHÉDRALE DE WINCHESTER, PAR LE RÉ- VÉREND jean kèrle. — Londres, 1137, deuxième édition (1).

Si je saisis l'occasion de cet ouvrage pour parler de l'état actuel du protestantisme en Angleterre , et du besoin qu'il ressent d'un principe d'autorité dans les matières de foi, personne ne devra s'en étonner, pourvu que l'on connaisse la nature et le caractère de cette croyance erronée. La religion catholique , toujours une , toujours en harmonie avec elle-même, pourra subir quelque changement dans ses rapports avec les choses extérieures; elle pourra jouir avec plus ou moins d'abondance des biens inconstants de la terre ou souffrir, d'une manière plus ou moins terrible, les persécutions du monde. Le zèle de ses pasteurs, la piété de ses peuples, jetteront plus d'éclat dans un siècle que dans l'autre. Tantôt ce seront les martyrs dont le sang la vêtira de gloire , tantôt les confesseurs dont les enseignements l'instruiront. Mais dans tous les temps, quel que soit son éclat, toujours un sera le fondement inébranlable sur lequel sa croyance repose ; toujours une sera la doctrine enseignée aux fidèles; toujours constants seront les principes qui se prêchent dans tous les lieux. — Mais il n'en est pas ainsi du protestantisme. Privé de la base affermie d'un principe de foi , abandonné au caprice des pensées discordantes de l'homme, il es! soumis à des vicissitudes éternelles , non-seulement dans ses

(I) Cet essai historique sur la tendance actuelle de beaucoup de théologiens anglicans vers les doctrines catholiques, fui lu par l'auteur dans l'assemblée <K' l' Académie de la religion catholique, à Rome, le 16 juin Ihî".

DÉMONSTRATION ÉVANGÊLIQ1 l

rapports extérieurs, mais encore dans h

forme et dans sou essence. Qui ne coiniiit

les savantes Variations de Bossuetl Qui ne trou\e dans cet ouvrage une preuve évidente de l'absolue nécessité a un inébranlable principe de loi. selon la doctrine de I Balise tholique; il on principe de i >i qui oui

rassurer les âmes et mettre un frein ,i I esprit de nouveauté, qui de nos jours, plus que jamais, m ^-l.ss, parmi les bomnx

Personne, je- pense, pour peu que l'on réfléchisse , ne s'imaginera que , depuis le livre de Bossuet, le protestantisme a nos plus d'uniformilé dans sa manière de penser et de croire. Celte idée irait droit a nier le si| caractéristique de l'erreur. En Allemagne, le protestantisme a suivi sa pente naturelle vers l'incrédulité; il a rejeté, l'un api l'autre, les principaux mystères du christianisme; il a douté de l'inspiration ; puis il a tout nié : miracles et prophéties. Ensuite, avançant encore sur celle route, où chaque pas que l'on l'ait est la conséquent e d itoreue de celui qui précède, il a professé un rationalisme complet, qui proscrit loule idée de révélation. D'autres, épouvantes en face des conséquences fatales de l'abus du raisonnement sur les premiers principes de la religion , sont allés se réfugier dans ce qu'on a nommé le piétùme, doctrine qui élève les transports et l'imagination au-dessus de l'intelligence. La Suisse, et surtout Genève, qui vit Servet livré aux flammes pour avoir nié la divinité de Jésus-Christ, ne permettent plus d'enseigner publiquement ce dogme fondamental.

Nous pouvons donc le dire : dans ces contrées, le protestantisme va tous les jours s'écartant de la religion véritable ; et le zèle du catholique ne peut guère que déplorer le malheur des âmes plongées dans ces erreurs, et appliquer son ardeur à préserver du venin le troupeau des fidèles. Mais, en Angleterre, c'est bien différent. Dieu n'a point permis que ce royaume perdit entièrement la mémoire des anciens jours. Sans doute, ce fut l'ambition ou un motif de politique qui inspira aux premiers réformateurs d'Angleterre l'idée de conserver toutes les formes d'une hiérarchie ecclésiastique. L'Eglise anglicane s'entoure encore, avec une certaine pompe, du culte public et journalier de nos vieilles cathédrales ; les cvèques exercent les mêmes droits que leurs prédécesseurs catholiques ; la liturgie nouvelle est, le plus souvent, puisée dans le missel romain; le système paroissial est fondé tout entier sur les règlements de la loi canonique ; et c'est cette loi et les décrets des souverains pontifes qui sont cites comme autorités concluantes devant les tribunaux ecclésiastiques ou se portent les causes relatives aux testaments et aux mariages. Les principaux collèges des universités ne vantent d'autres constitutions que celles qu'accordèrent les pontifes romains ; on y a scrupuleusement conservé beaucoup d'usages entièrement catholiques. Au collège de la Très-Sainte Trinité, à Cambridge, on prie chaque jour, si je ne mo

LA TRADITION PRIMITIVE RETROUVÉE DANS L'ÉCRITURE

trompe, en public, pour les âmes des fondateurs ; ailleurs, chacun doit faire serment de dire tant de messes à la même intention.

11 était impossible qu'il ne se cachât point, parmi tant de rites extérieurs, quelque étincelle de l'esprit qui les avait animés jadis. Et en effet, à travers toute la haine que l'Eglise anglicane voua de tout temps à la religion catholique , malgré les cruelles persécutions dont elle l'a si douloureusement affligée, on voit percer la jalousie, l'envie qu'elle porte même à notre nom , à notre antiquité, à nos droits de prescription. Elle a toujours brûlé d'être proclamée la vraie fille du catholicisme antique. Il est vrai qu'en disputant avec nous elle a manifesté le plus grand zèle pour la règle de foi des protestants; mais quand il lui a fallu se défendre contre les attaques des autres sectes, ses sœurs , elle n'a jamais manqué d'en appeler à la tradition et à l'autorité de l'ancienne Eglise.

Aux premiers jours du protestantisme anglais, l'Eglise anglicane eut pour elle tout l'appui de la puissance civile. Les lois les plus sévères furent portées et rigoureusement exécutées contre ceux qui osaient sortir de son sein. Mais ce fut peu de chose pour arrêter la marche naturelle des principes réformateurs. On vit toujours croître de plus en plus le nombre de ceux qui persistaient à ne point reconnaître en elle une autorité qu'elle-même avait refusée à l'Eglise catholique. Ce fut alors que les plus instruits et les plus modérésdeses partisans déplorèrent le changement fatal opéré par l'impie Elisabeth. Ils commencèrent même à chercher les moyens de retourner à la communion du saint-siège ; mais la classe des sectaires rebelles au roi triompha, et pendant l'usurpation de Cromwell, l'Eglise anglicane courba le front, humiliée, persécutée et presque anéantie. La restauration de Charles II , remonté sur le trône de ses pères, lui rendit de nouveau sa puissance ; mais ce n'est pas à dire qu'elle fût pour cela en état de résister aux efforts des autres sectes, qu'elle-même enfantait chaque jour, et qui ne manquèrent jamais de lui déclarer une guerre à toute outrance.

Ce fut dans la seconde moitié du dernier siècle que la rigueur des lois pénales portées contre les catholiques et les autres opposants de l'Eglise anglicane commença à se ralentir. Les évêques et autres administrateurs ne manifestèrent ni zèle, ni science ecclésiastique , ni aucune des qualités attachées à leur dignité : en général, le clergé perdit beaucoup du respect que son ministère lui avait concilié d'abord parmi le peuple. Assurés de toute la protection du pouvoir civil, gorgés de leurs richesses exorbitantes, ils dormaient en paix pendant que leurs ennemis veillaient sous les armes. Wesley, fondateur des méthodistes, qui forment aujourd'hui la secte la plus nombreuse de l'Angleterre, érigeait partout des chapelles et entraînait dans son parti des paroisses entières. De leur côté, les catholiques, sou^ la protection du saint-siége et la conduite de

prélats d'une science et d'un zèle consommés, sortaient de l'obscurité où, pendant deux siècles , ils avaient été relégués , et prêchaient publiquement la vérité de leur doctrine. Peu à peu, la nation ouvrait les yeux sur les injustices commises envers nous, et surtout à l'égard de l'Irlande ; la voix publique s'éleva, et elle s'éleva en notre faveur ; et l'émancipation des catholiques fut effectuée par le parti politique , qui s'était toujours montré leur plus violent ennemi.

Le peuple ne fut pas pour cela satisfait. H cria et crie maintenant encore contre l'inutilité d'une église nationale excessivement riche, mais incapable de rendre des services spirituels à l'immense majorité de la nation. De là les questions qui agitent aujourd'hui l'Angleterre sur les dîmes , les taxes dites de l'Eglise et autres choses de ce genre. Or ce sentiment de dégoût et d'hostilité manifesté contre l'Eglise anglicane a fait naturelle— mentnaître en elle un esprit tout nouveau, et donne un développement inattendu à ces principes que j'ai signalés comme ayant toujours été, mais faiblement, conservés dans son sein.

Me voici donc arrivé à mon sujet. Je me propose d'exposer, au moyen de documents authentiques, les opinions récemment émises dans l'Eglise anglicane, relativement aux controverses existant entre elle et nous, spécialement sur la véritable règle de foi. Un pareil sujet, je l'espère, ne sera pas sans importance : car le véritable théologien voudra toujours connaître les erreurs de son temps et les nouvelles formes dont elles se revêtent du. jour au lendemain. Ainsi les Augustin, les Jérôme, les Optât, ne se contentaient pas de déclarer la guerre aux hérétiques des siècles passés ; ils vouaient encore leur sainte érudition à la réfutation de ces doctrines empoisonnées qui, de leur temps, infectaient l'Eglise. Mais s'il est du devoir du théologien de connaître à fond les erreurs de son siècle, son obligation devient plus étroite encore quand il y a espérance de faire sortir de celte étude une grande utilité pour nous et pour les autres.

Or c'est le cas de l'époque où nous vivons. On doit en effet trouver une preuve frappante des vérités de notre religion sainte dans les aveux des protestants actuels en faveur de ces dogmes qu'ils avaient niés jusqu'à cette heure : et cela doit singulièrement affermir l'esprit de ceux qui croient déjà. Mais de plus on verra l'erreur, contrairement à son caractère et à sa nature qui la poussent communément d'un abîme dans un abîme plus profond, prendre d'un pas assuré Icchemin de la vérité, et ramener l'esprit de plusieurs à l'Eglise catholique. C'est ce qui doit, je pense, nous exciter puissamment à étudier ces nouveaux systèmes, afin d'en tirer l'avantage de détromper ceux qui malheureusement se retranchent dans l'erreur.

L'université d'Oxford doit ajuste titre être regardée comme le foyer d'un puissant parti d'anglicans, remplis de zèle pour leur Eglise et brûlant du désir de la remettre plus en accor«l

DÉMONSTRATION I ( IQI l •

avec Les doctrine! el les usages de l'ancienne Eglise. Les principaui membres de celb cieté sont des jeunes gens rersés dans L'élude des choses ecclési isliques el d'une admirable exactitude à remplir leurs loin lions. Leurs opinions ont été exposées surtout dans une suite de dissertations intitulées : Traités pouir 1rs temps présent». Le troisième volume va paraître. Or pour faire connaître les principes de celte secte nouvelle, ou si on aime mieux, de ce parti né au sein de l'anglicanisme, je m'en tiendrai le plus <iu'il me sera possible aux propres paroles des membres qui le composent.

1. Relativement à l'Eglise calholique, ne ressentanti disent-ils, n'exprimant ni pitié ni affection pour les sectes nombreuses (|iii infectent l'Angleterre, ils ne veulent point parler de nous avec aigreur (vol. VI, XXV, 6). Mais voici comment ils s'expriment dans un endroit sur l'Eglise calholique : Les catholiques ont conservé une Eglise visible, gardienne des sacrements : ils ont ainsi l'avantage d'avoir entre les mains un instrument accommodé aux besoins de la nature humaine, et gui se présente comme un don spécial du Christ, el enrichi de ses bénédictions. Aussi voyons-nous qu'un heureux succès accompagne dans une juste mesure l'usage que leur zèle sait en faire. Ils agissent avec une puissance extrême sur l'imagination des hommes. L'antiquité vantée, l'universalité, l'unanimité de leur Eglise les élève au-dessus des formes changeantes du monde et des nouveautés religieuses du jour. Et, en vérité, quand on voit la magnificence de leur système, un soupir sort de la poitrine de qui sait réfléchir, à la pensée que nous sommes séparés d'eux. Cum lalis sis, utinam noster esses! (n. XX, ». 3.)

2. Au sujet de la règle de foi, ils se plaignent de ce que, à l'époque de la réforme, l'autorité de l'Eglise fut rejetéc par l'esprit qui dominait alors parmi les protestants, et l'Ecriture considérée comme le seul moyen de connaître et de nourrir nuire foi. Ce fut alors qu'on posa la question : Telle ou telle doctrine se trouve-elle dans l'Ecriture ? Et en conséquence, différentes qualités intellectuelles , la subtilité d'argumentation, par exemple, la finesse de critique, la connaissance des langues , acquirent de l'importance , et ceux qui les avaient détinrent les interprètes de la vérité chrétienne (n. XIV, p. I). Et quelle part d'avantages açcordent-ils à ce nouveau système? L'intelligence de quelque expression équivoque qui, bien que mal entendue, ne ponçait avoir de suite fâcheuse. On écrit sur la succession des pasteurs : La congrégation des chrétiens d'aujourd'hui qui se réunissent autour des ministres légitimement ordonnés ont, pour révérer en eux les successeurs des apôtres, les mêmes motifs qu'avaient les Eglises primitives d'Ephèse et de Crète d'honorer, dans ta personne de Timolhée et de Tite , l'autorité apostolique de celui qui les avait établies ( n. X, p. 2).

3. Passons maintenant aux sacrements de l'Eglise. Les catholiques, dans leurs controverses avec les anglicans relativement à la

confession et a l'absolution des péc lu m -

toujours allégué la liturgie de cette Eglise, qui fait exhorter le moribond à l'aveu des péchés dont le poids accable ta conseil

et qui prescrit la forme d'absolution qui doil

être prononcée par le ministre. Cette vieille; rubrique, dont la pratique remontait à un

temps immémorial, inquiétait les protestants:

n débarrassaient en disant qu'une absolution de ce genre n'était dans leur intention que déclaratoire. liais les auteurs ne

veulent point cependant qu'il en ^>it ainsi. Us se plaignent en effet sans détour de ce que la

formule de leur rituel n'a point force,

puisque ce n'est qu'une simple déclaration ; qu'elle n'annonce pas le pardon à nus qui se

confessent ( n*. III, p. k). Dans un autre ouvrage, ils remarquent que «cite absolution,

quoique uniquement indiquée pour la vigile des malades , doil cependant élrc regardée comme générale et applicable en loul temps. Quant au baptême, ils gémissent de ce que PEglise anglicane n'ait conservé que le rit mis à nu el dépouillé de ces cérémonies mystiques, donl l'ancienne Eglise et l'Eglise catholique ont toujours observé l'usage. L'ordre, diseulils encore, sans entrer précisément dans lu définition anglicane d'un sacrement, est un rit qui participe à un haut degré du caractère sacramentel : on ne peut mi'ux en di finir la nature qu'en recourant aux sacrements proprement dits n. V, 10). Enfin ils se servent, à l'égard de l'eucharistie, d'expressions que l'on pourrait croire sorties de la bouche d'un catholique. Parlant des ministres légitimement ordonnés, Us voient en eux ceux qui tiennent en leur garde les clefs du ciel et de l'enfer, et possèdent le privilège formidable et mystérieux de changer du pain el du vin en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ (n. X, p. k).

k. Ils ont des aveux non moins exprès sur notre liturgie et nos usages. Que n'a-t-on pas dit parmi les protestants sur l'usage de la langue latine dans noire Eglise 1 Quelles accusations n'a-l-on pas lancées contre le sacerdoce? Il tendait à la tyrannie; il était jaloux de tenir les peuples plongés dans les ténèbres ! Eh bien! les nouveaux Ihéolo^i us d'Oxford regardent comme un malheur que, pour assurer des avantages imaginaires, on ait, aux jours de la reforme . mis à l 'écart Vidée d'un culte uniforme gui en firme dans son unité les siècles et les peuples les plus divisi - par leur langage (n, III. /'. 2). Ils regrettent que les novateurs, frappésde l'incohért ace qui régnait entre les formes primitives et les sentiments modernes, aient entrepris de former un culte plus en harmonie avec l'esprit du siècle en adoptant la langue anglaise, en mutilant le rituel des premiers chrétiens déjà trop abrégé [n. IX, p, 2 . Ils éprouvent une peine aussi sensible en voyant qu'on a proscrit de la liturgie anglicane l'oraison pour la paix et le repos de tous c< ux qui sont sortis de ce monde dans la foi il la crainte de DU U . oraison qui, comme ils le remarquent, se retrouve dans louies les anciennes liturgies (LXI1I). Iln'v a donc pas à s'étonner quandonlU dans le Traité

LA TRADITION PRIMITIVE, RETROUVÉE DANS L'ÉCRITURE

trente-quatrième : Le rituel catholique était un précieux héritage. Et nous qui nous sommes délivrés du papisme, mais qui avons perdu la possession de ce bien et même tout sentiment de sa valeur, nous pouvons le demander sérieusement, ne sommes-nous point semblables à un malade échappé de la mort, mais privé de l'ouïe ou de la vue ? Ne ressemblons-nous point aux Hébreux à leur retour de la captivité ? ils ne purent retrouver ni la verge d'Aaron ni l'arche du testament, objets qui, àT origine, étaient voilés aux yeux du monde, mais que le temple même avait vu disparaître (XXXIV). Dans le dernier volume de ces Traités , on Trouve en entier l'office d'un pontife confesseur appliqué avec ses leçons propres à l'évêque protestant Ken.

Il ne paraîtra pas étrange que ces livres aient été signalés par beaucoup de protestants comme la preuve d'un abandon total des doctrines de la réforme et d'un rapprochement trop visible vers la religion catholique. Pour jeter le plus grand jour possible sur ce point , un anonyme se servit d'un expédient ingénieux. Il écrivit et publia une lettre qu'il feignait avoir été envoyée de Rome à ces messieurs d'Oxford. Elle avait pour Vut de leur faire part de la joie du saint-siége, qui les félicitait d'avoir jeté un regard si perçant sur les erreurs de leur secte : on les exhortait à pousser leurs raisonnements jusqu'à leurs véritables conséquences : car il n'y avait nullement à douter qu'ils «*e finissent par se réunir entièrement à l'Egiioe romaine. Cette lettre, qui parut l'année suivante, fût attribuée par un grand nombre à M. Whateley, archevêque protestant à Dublin. M. le docteur Pusey, professeur de langue hébraïque à Oxford et un des membres les plus zélés de la nouvelle école, se chargea de la réponse. Il s'attache à prouver, dans son travail, que la doctrine des Traces estlavéritabledoctrinc anglicane, et il s'appuie de citations tirées de ces plus anciens écrivains que j'ai déjà mentionnés.

Mais cette controverse eut peu de suites ; car l'attention du public se trouvait alors absorbée tout entière dans une autre discussion soulevée parmi les anglicans euxmêmes, à cause de la nomination du docteur Hampdcn à la chaire royale de théologie à Oxford. Quelques années auparavant il avait récité, puis publié en 1832, une suite de conférences où il traitait de la théologie scolastique et de l'influence qu'elle exerça, comme il disait, dans la formation des systèmes modernes de croyance. El, à vrai dire, les germes cachés d'un pur rationalisme sont déposés dans cet ouvrage. Toute la foi s'y réduit simplement à des expressions, à des formes scolastiques : on présente le dogme de la Trinité comme une vue scientifique du principe de causalité, et on attribue le dogme de l'efficacité des sacrements à la foi générale qu'on avait à la magie, aux premiers temps de l'Eglise. L'incarnation est regardée comme une théorie, et les symboles de l'Eglise sont estimés contraires à la saine philosophie et à la sainte Ecriture. Tout cela n'empêcha pas M.IIamp-

den de se voir élevé successivement au rectorat du collège de Sainte-Marie, à Oxford, au degré de docteur en théologie et à la chaire de philosophie morale dans l'université. Personne ne réclama sur ces différentes promotions ; niais à peine le ministère d'alors l'eutil destiné à être professeur royal de théologie, qu'un furieux orage se forma contre lui. On tint une assemblée au collège de Corpus Christi ;on adressa à l'archevêque protestant de Canlorbéry une lettre pour le prier d'entraver la nomination du nouveau professeur, vu l'opposition de sa doctrine à celle de l'Eglise. Les mois de février et de mars de Tannée dernière furent consacrés à des réunions incessantes tenues pour ce motif ou autres semblables. Mais ce qui intéresse surtout mon sujet, c'est le principe sur lequel les opposants de Hampdcn établirent leur cause»,

Dans un conseil tenu le 10 mars , il fut résolu d'enlever au professeur royal le droit, qui jusqu'alors avait,été attachée cette charge, de nommer, du moins en partie, les prédicateurs de l'université. En faisant part de cette détermination aux votants du grand conseil ecclésiastique, appelé la convocation , de qui devait émaner le décret, on allégua pour cause de cette conduite le motif suivant : Dans les œuvres du nouveau professeur, on, trouve enseiqnée la philosophie du rationalisme, c'est-à-dire qu'on y suppose que la raison effrénée de l'homme, dans l'état actuel de dégradation où elle est tombée, est le premier interprète de la parole de Dieu , sans avoir égard à ces règles, à ces principes qui ont guidé la sainte Eglise catholique du Christ , dans chaque siècle de son histoire, dans chaque contestation qu'elle eut à soutenir. Puis on concluait, en disant : La détermination proposée sera une proclamation solennelle donnée au monde de la résolution où nous sommes de défendre et de soutenir ces grandes lois d'interprétation et de discussion biblique , que nos pères dans la foi nous ont léguées comme un magnifique héritage (Letterto his Grâce, etc., pag. 32, 33).

Ces paroles ne manquèrent pas d'exciter l'attention des catholiques et des protestants. Ces derniers, outre certain journal qui s'exprima en termes peu bienveillants , virent sortir de leurs rangs pour entrer en lice, un anonyme, auteur d'une lettre adressée à l'archevêque de Canlorbéry. Je n'hésite point à dire, écrit-il, sans craindre d'être démenti ni réfuté, que la doctrine confiée à ces pages est plus manifestement en opposition avec le principe caractéristique du protestantisme et la pratique de l'Eglise anglicane, que toute doctrine puisée dans les écrits du docteur Jlampden. ... Si l'interprétation première de la parole de Dieu n'appartient pas à la raison, quel droit le jugement privé peut-il avoir d'interpréter l'Ecriture? Si les règles d'interprétation observées par tous les siècles de l'histoire ecclésiastique ont une autorité, une essence , une nature égale ou semblable à la parole que l'on interprète , ... la question est tranchée entre les catholiques et les protestants : il résultera de ceci deux conséquences,

M \1n\MltATI0N

favorables aux premiers, fatales aux MCondi. La première est que le prolettanl devra soumettreson propre jugement à l'interprétation des siècles passés ; la deuxième, que /" doe-

trine catholique aurait en ce ras un avantage

manifeste sur celle (le toute Eglise pTOteê-

tante; car se» règle» et ses principe» d'interprétation, et son interprétation même, sans eire plus antique» ni jilus uniformes, ont cependant prévalu pendant bien des siècles dans V Eglise; et la transmission de cet héritage légué par le» pères dans la même foi catholique, est plus lisible que celle de tout article, exposition ou confession de foi, propre à VE- (jlise d'Angleterre ou à toute autre communion protestante. ...Je suis moralement certain, conclut-il, que les doctrines serviles proposées dans le rapport fait au collège de Corpus Christi , obligeront tout homme conséquent et logique à reconnaître une Eglise infaillible. Quand on met le pied sur le chemin de l'infaillibilité , le résultat est certain: il n'y a pas à douter du terme du voyage. Tendimus in Latium. ... Il y a plus de véritable papisme à craindre de l'assemblée d'Oxford, que du séminaire deMaynooth et de Daniel O'Connell. { Letler, etc., pag. 37-4-0). Ceci fait donc voir que les prolestants eux-mêmes découvrent les conséquences légitimes de ce nouveau système qui commence à prévaloir puissamment parmi les plus savants personnages : il revient à proposer l'admission du principe catholique d'une Eglise suprême et d'une autorité infaillible dans les matières de foi.

Et tel fut aussi le raisonnement de nos frères; car, après avoir cité les propositions que nous venons de passer en revue, un écrivain catholique en faisait le commentaire en ces termes : Est-ce Oxford ou Salamanque qui parle? Est-ce le collège de Corpus Christi ou la Sorbonne ? Que voyons-nous donc dans ces pages ? 1° la condamnation d'opinions théologiques ; 2° une censure contre leurs par~ tisans ; 3° les jugements de l'Eglise; 4° et cette Église est l'Eglise sainte et catholique ; 5° cette Eglise a été guidée, pendant tous les siècles, par des principes toujours les mêmes et toujours purs : c'est ce que suppose l'empressement jaloux avec lequel on reconnaît qu'ils se sont conservés; 6' l'Eglise, dans toutes ses contestations, a toujours été fidèle à ces principes purs ; par conséquent, contre Bérenger, Wiclef et les vaudois : et pourquoi pas contre Luther? 7° ces principes nous sont transmis par nos ancêtres dans la foi; 8" en dehors de cet héritage , aucune loi d'interprétation de l'Ecriture ne doit être admise. Est-il possible que ce soient là les principes distinctifs , les actes , les paroles d'un clergé anglican , d'une université protestante? Oui, répondront sans doute ceux qui ont signé la déclaration ; oui, telle a toujours été la doctrine de l'Eglise anglicane. — Et plût à Dieu qu'elle eût toujours été telle! Non, si l'on eut toujours mis en pratique des principes de cette nature en Angleterre , jamais on n'y eût vu ce schisme déplorable qui a séparé ce royaume de l' Egl incinère. (I)ub. Hev., t. I, p. 255).

Ce que j'ai dit jusqu'ici se rattache étroi-

l.YAX.ri.ini I (,"2

lement à mon dessein , puisque j'ai en vue de faire connaître l'étal actuel du proti lîsme anglican , et surtout le besoin qu'il ressent et qu'il manifeste d'une règle certaine et d'un guide infaillible dan- les choses de foi. — Je pas>-<- a I exposition de documents moins vagues et plus significatifs encon Le 27' jour <ic se piem lire, le l'année dernière, il y eut à Winchester une risite partielle du diocèse, par le docteur Dealtry, ion chancelier. Il y enl un sermon, suivant l'usage du M] - ; el ce fut M. Kéble qui en fut chargé. M. Kèble est professeur de poésie à l'université d'Oxfort et vicaire ou curé de Hursley. Il se distingue entre les membres du clergé protestant par son empressement à remplie ses devoirs, et spécialement par sa charité envers les pauvres. Il était déjà célèbre par un recueil de poésies religieuses, intitulé l'Année chrétienne; car il contient des hymnes H autres compositions pour chaque dimanche et pour chaque jour de fête du calendrier anglican. Et, à ce propos, je voudrai- bien citer ce qu'il a écrit pour le 25 mars : c'est un morceau qui respire une tendre et affectueuse dévotion envers la puissante Mère de Dieu, et digne en tout d'une plume catholique. On connaissait donc déjà M. Kèble : on savait donc déjà que son cœur le portait vers les vérités catholiques ; mais on n'osait peutêtre généralement en attendre une manifestation de ses sentiments aussi frappante qu'il la donna dans le sermon de ce jour. 11 dédia l'impression qu'on fit de son travail au chancelier et au clergé qui vint l'entendre; car, comme il le dit dans la dédicace, son mon fut publié d'après leurs instances , afin qu'ils fussent plus ci portée d'en étudier les propositions. Cette seule réflexion démontre assez que l'auditoire, composé principalement de membres du clergé, n'accueillit pas tout d'abord les doctrines de M. Kèble comme les doctrines de l'Eglise anglicane ; mais qu'on les regarda comme des nouveautés ou du moins comme des choses depuis longtemps ensevelies dans l'oubli.

Ce discours a pour titre : La tradition primitive retrouvée dans les saintes Ecritures ; l'auteur prend pour texte les paroles de saint Paul: Bonum déposition eustodi per S tum sanction qui habitat in nobis II Tim., I,li).Dans l'exorde,le prédicateur s'applique à démontrer que, dans le moment actuel, les ministres anglicans peinent retirer beaucoup de profit de ce que L'Apôtre écrivait à sou fidèle disciple; car eux aussi se voient plongés par le siècle dans un étal d'affliction et de persécution pour ainsi dire. C'est donc une chose importante pour eux de juger si le texte peut aussi leur être applique : pour cela il partage son discours en (rois points. D'abord, il examine quel est le dépôt dont parle saint Paul ; en second lieu il recherche si ce dépôt est encore entre les mains de l'Eglise; enfin, il veut savoir si les pasteurs d'aujourd'hui reçoivent le même secours du Saint-Esprîl dans l'exercice de leurs fonction- p, (3 .

Huant au premier point, l'auteur fait une

LA TRADITION PRIMITIVE RETROUVÉE DANS L'ÉCRITURE

belle et savante dissertation philologique, pour prouver que le dépôt dont il s'agit n'était pas la sainte Ecriture , comme quelques protestants l'ont avancé, mais un trésor de doctrines apostoliques et de règlements ecclésiastiques (p. 20).

Mais cette idée reçoit un développement beaucoup plus vaste dans la seconde partie du discours, quand l'auteur recherche la permanence de ce dépôt dans l'Eglise. N'est-on pas forcé de convenir , demande-t-il , n'est-on pas forcé de convenir, après une méditation profonde, que le dépôt confié à Tite embrassait des matières indépendantes et distinctes des vérités consignées dans l'EcrilureîVuis il expose les arguments bien connus, que les catholiques tirent de l'époque où le Nouveau Testament fut écrit. Et il continue : Si la parole, lespréceptes, les traditions, recommandés par les écrivains sacrés les plus récents signifient uniquement , ou du moins en grande partie les Ecritures déjà composées, ne devraiton point trouver une mention plus précise de ces mêmes Ecritures, une façon de parler plus analogue à celle de nos théologiens , quand ils traitent de la règle de foi ? Mais le langage des Epîtres est dans un parfait accord avec ce que nous devions en attendre; on voit que l'Eglise était déjà en possession de la substance des vérités du salut : elle les possédait sous une forme durable et bien ordonnée par le seul enseignement des apôtres. ...Il ne sera pas besoin de rappeler à la mémoire de mes auditeurs, continue-t-il, que les documents ainsi épars (dans les écrits apostoliques ) sont fortement confirmés par le témoignage des Pères du siècle qui suivit immédiatement les temps apostoliques. Toutes les fois que Tertullien et Ivènée élèvent la voix contre les promoteurs de doctrines étrangères , et veulent dévoiler des interprétations opposées à l'Evangile, n'en appellent-ils pas à la tradition de l'Eglise entière, comme aune chose indépendante de la parole écrite , et suffisant même à elle seule pour réfuter l'hérésie? Ne font-ils pas marcher la,tradition parallèlement à l'Ecriture , sans croire qu'elle en est sortie ? Jls la regardent donc comme déterminant l'interprétation des passages à double sens, moins par le. jugement de l'Église que par l'autorité de cet Esprit- Saint qui inspira l'enseignement oral, dont la tradition est l'organe (pag.Qk). Ici, l'auteur cite un passage bien connu de saint Irénée, dans lequel il parle de ces nations qui connaissaient le christianisme , sans avoir de papier ni d'encre. Après quoi , il reprend : Assurément , dédaigner une tradition véritablement apostolique, quelque part qu'elle se trouve, c'est un péché de même nature que celui qu'auraient commis ces simples et anciens chrétiens, en dédaignant le Nouveau Testament la première fois qu'il leur fut présenté. Nous voyons d'un seul coup d'œil qu'un respect sincère pour la vérité divine les portait à accueillir les différents fragments de sa parole écrite , dès qu'ils s'offraient un à un à leur connaissance. Parlons avec impartialité : nous ne pouvons nous dissimuler que la oarole de Dieu non écrite exige de r.ous, par-

tout ou nous la verrons avec certitude , la même vénération, et cela pour le même motif : Parce que c'est la parole de la vérité (p. 26).

Voici donc enfin un écrivain protestant qui reconnaît et proclame hautement la distinction catholique de la parole de Dieu, en parole écrite et en parole non écrite ; distinction qui a présenté jusqu'aujourd'hui un si vaste champ aux déclamations violentes et injurieuses des hérétiques. Mais les concessions de M. Kèble ne se bornent pas encore là. Car il dit aussi que la foi donnée aux saints, c'est-à-dire, la tradition apostolique fut la pierre de touche , divinement établie dans l'Eglise, pour les saintes Ecritures (p. 26). Puis, pour prouver que cette autorité de la tradition est encore nécessaire de nos jours, il en appelle à divers rites et mystères ; par exemple , au dogme de la très-sainte Trinité, au baptême des enfants. Mais ce qui sera plus surprenant pour plusieurs, ce sera d'entendre citer aussi l'efficacité de la sainte eucharistie comme sacrement commèmoratif (p. 32). Et c'est ici le lieu de remarquer que ces novateurs anglicans accordent, jusqu'à un certain point, ce dogme important, toujours attaqué avec tant d'opiniâtreté par les protestants. Si quelqu'un, ce sont les paroles de M. Kèble, si quelqu'un nous demandait comment nous reconnaissons que ces points faisaient partie du système primitif non écrit? — C'est, lui répondrions-nous, par l'application de la règle si connue : Quod semper, quod ab omnibus, quod ubique (p. 32).

Avant de terminer celte seconde partie do son discours, l'auteur distingue trois points qu'il appuie d'exemples et sur lesquels la tradition possède une autorité certaine. Ces trois points sont : l'ordre et la disposition des articles de foi fondamentaux, l'interprétation de l'Ecriture , la discipline et les rites ecclésiastiques. Je me bornerai à une citation. D'ailleurs , n avons-nous pas lieu de craindre que le respect dû aux saintes Ecritures n'aille s'éteignant toujours de plus en plus , anéanti par cette hostilité déclarée contre la tradition, et qu'affectent plusieurs ; hostilité qu'ils croient conforme à la-maxime que la Bible seule forme la religion des protestants? Et voici le résultat que l'on doit tout naturellement atteindre: ceux qui ont été élevés dans ces principes, sont jaloux de mettre enjeu leur prétendue liberté d'interpréter ; d'abord pour écarter tout sens mystérieux , et ensuite pour restreindre ou pour nier l'autorité surnaturelle des Ecritures mêmes, à laquelle on s'en remettait exclusivement jadis. Ceci ne doit nidlement surprendre quiconque sait que l'on est forcé de faire entrer le canon même de l'Ecriture dans ces traditions si dédaignées (p. 45).

Mon dessein ne m'impose point l'obligation da réfuter les erreurs parsemées à travers ces théories. Il me suffit de montrer que les anglicans les plus zélés et les plus savants d'aujourd'hui passent dans nos rangs quand ils font la guerre aux vrais principes de leur religion; de faire voir qu'ils ont senti que, l'interprétation privée une fois admise, l'imagination effrénée et l'orgueil des hommes de-

DÉMONSTRATION ÊVANCÊLIQUi;

raient les précipiter dans les exeèi les pins fu nisto de l'ÎDdifléreoce religieuse j il me

suffit, en un moi, de rendre palpable que, pour réparer les maux déjà faits el enipéi ber ceux qui les iiieuacent plus terribles encore,

ils ae conçoivent d'autres moyens que d établir dans l'Eglise un tribunal auquel il faille rapporter les controverses de foi, de se rattacher, autant qu'il se peut, aux principes abandonnés au temps de la réforme, et de faire revivre les usages, les rites et même les croyances purement catholiques. Sur tout cet l, rien déplus convaincant que le discours de M. Kèble. Car autant il a, dans cette partie de son raisonnement, d'enchaînement et de force, autant il a d'inconséquence et de mauvaise logique quand il \ ient appliquer sa théorie à l'Eglise anglicane, el s'efforce de justifier la règle à laquelle elle demeure attachée. Quand on lit ces pages avec un esprit libre de préjugés , on est persuadé que l'auteur a été frappé d'aveuglement au plus beau de son discours; car il va, d'un pas mal affermi, tâtonnant, cherchant partout une issue afin d'en sortir. Mais, je l'ai déjà dit, ces considérations n'entrent point dans mon sujet; d'autant plus que dans un écrit que l'on imprime maintenant en Angleterre, j'ai tâché, autant que me le permettaient mes faibles forces, de démontrer le côté mauvais de cette partie de son travail. J'ai fait voir que, les premiers principes une fois posés , il ne lui est plus permis d'arrêter sa marche : il faut qu'il arrive à reconnaître pleinement la règle catholique , c'est-à-dire une Eglise universelle et infaillible.

Mais, d'un autre côté, M. Kèble se voit pressé de nombreux adversaires qui s'élèvent du milieu des protestants et du sein des anglicans mêmes. On enleva en peu de mois deux éditions de son travail, sur lequel il y eut diversité de jugements. A cette dislance du champ de la lutte , il ne m'a pas été possible de recueillir tous les sentiments des combattants. Toutefois, j'ai reçu une critique trèssévère intitulée : Itéflexions sur le sermon de M. le professeur Kèble. L'auteur est le révérend M. Russell, membre gradué du collège de Saint-Jean à l'université de Cambridge. A la première page, il écrit que ce sermon renferme un mélange hétérogène de papisme et de protestantisme aussi incompatible avec cette dernière croyance que l'étaient avec la profession du christianisme les erreurs contre lesquelles saint Paul s'élève dans ses lettres aux Romains et aux Galales fo. 5). Puis, après avoir transcrit le passage, que j'ai cité, sur la division de la parole de Dieu en deux classes, l'une écrite et l'autre non écrite, il fait ces réflexions: C'est absolument sous là même forme que le catholique présent* son argument pour prouver que la tradition égale en autorité la sainte Ecriture. On répondra peutêtre : C'est vrai; mais M. Kèble, rejette 1rs traditions catholiques. — Je ne demande pas quelle espèce de tradition il rejette ; je dis: Si quelque tradition doit être regardée comme la patate He I)ieu non écrite, on accorde son principe au culholique, quelle que soit l'application qu'on

en fn ta» parttcàliert p. 7 . C en i I

plus qu'il ne faut peur prouver que les antres protestante» l"i" de reconnaîtra, comme le veut M. Kèble, dans les doctrines expo plus h.mt, celles dont a toujours lait pi sien l'Eglise anglicane, les lignaient^ aussi hi. n que nous, comme un rapprochement aux principes catholiques. C'est pourquoi les partisans île ces doctrines, dont le nombre croil de plus en plus, devront un jour, ou retomber dans les cireurs si grossières dont Us se sont déjà délivrés, hypothèse improbable si le caractère de < es nommes m est In n ponna ; ou, par la miséricorde de Dieu, ils M rapprocheront toujours de nous de plus en plus, jusqu'à ce que la force attractive de 1 1 vérité soit assez puissante pour briser les (haines qui les tiennent encore courbés sous le joug de l'erreur.

Vers le temps où l'on s'occupait du discours de M. Kèble, c'est-à-dire, au mois d'octobre dernier (183G), le même sujet fut traité par un journal protestant qui est considéré comme l'organe du parti anglican. Il y parut un article dont il nous faut parler maintenant On le dit sorti de la plume de M. Newman . un des plus chauds adversaires du docteur Iiampden. II est aussi l'auteur d'un ré de prônes dans lesquels il n'est pas rare de trouver un esprit presque catholique, surtout quand il se met à parler de la Vierge bienheureuse. II a encore écrit une Histoire des Ariens, dans laquelle on voit percer, par rapport à l'autorité de l'Eglise, des principes qui ont profondément scandalisé les protestants les plus sévères. Dans le travail dont je veux parler ici, il a pour but de prouver que I \'.glise anglicane a soutenu , dans tous les temps, une doctrine tout à fait différente de celles des autres sectes protestantes relativement à la règle de foi ; car cette Eglise a toujours admis la tradition comme l'unique et véritable source de l'interprétation dogmatique. C'est pour cela qu'il accuse de grave injustice , un prédicateur catholique pour avoir, pendant le carême de l'année dernière, combattu le principe du jugement prive, comme étant celui de l'Eglise anglicane (1). Le critique allume tout son zèle pour prouver que celte accusation est une calomnie, que son Eglise n'a rien à démêler avec les autres secies. qu'il abandonne aux armes ,lu prédicateur catholique, en lui accordant-plein pouvoir de les poursuit re à loule outrance, a la violence près [British Crilic. oct., 1836, p. 397). Il prétend que celte Eglise se maintient dans un certain milieu entre le jugement prive des sectaires el l'infaillibilité de Rome; il affirme qu'il vaudrait beaucoup mieux pour les premiers se fondre dans le catholicisme, puisqu'atom au moins ils juraient 11111 règle fixe de croyance et de véritables sacrements : el quil serait bien plus avantageux pour l'Angleterre de ne voir dans son sein que le pur catholicisme et le pur anglicanisme (p. 916). Quant aux belles preu-

h c prédicateur n'est .mire <]ue l'auteur meuje da disscrUliou.

LA TRADITION PRIMITIVE RETROUVÉE DANS L'ÉCRITURE

ves qu'il déroule, je ne dois pas les discuter

Il suffit de dire que mon docte adversaire admet pleinement la nécessité d'un guide certain dans les choses de foi et de discipline; et que ce guide, c'est l'Eglise. Mais pour éviter des conséquences nécessaires qui sont en notre faveur , il s'avise d'être très-inconséquent et prend le parti d'annoncer que cette autorité réside dans l'Eglise ancienne ou dans la iradition conservée dans les écrits des Pères.

Mais venons à quelque chose de plus récent encore. C'est un écrit publié au mois de février de l'année courante (1837) : vous y trouverez ces mêmes sentiments exprimes avec plus d'énergie encore, et il possède un plus grand intérêt : voici pourquoi. Les écrivains dont j'ai fait mention jusqu'ici sont pour la plupart unis ensemble, de manière à ce qu'on puisse les considérer comme un parti. Mais le journal dont je veux parler, la Revue quatrimestrielle, quoique violent défenseur de l'anglicanisme, ne s'est jamais déclaré partisan de cette association. L'article que j'ai en vue est attribué à M. Sewcll : il est écrit de main de maître, avec éloquence et un sentiment vraiment poétique : on y prévoit clairerement le sort qui attend cette Eglise. Je regrette de ne pouvoir citer ces fragments sublimes où il est parlé des beautés du culte catholique, de la magnificence de nos antiques cathédrales et de la sainteté des règlements supprimés par Henri VIII. Je ne pourrai même exposer tout ce qui a le plus directement trait à mon sujet. La discorde, écrit l'auteur, l'insubordination et l'irréligion, dévorent le cœur même du royaume ; et le Romanisme attend avec patience que l'Eglise soit assez affaiblie dans la lutte, afin de pouvoir lui reprendre ses fidèles et les faire passer sous son domaine (p. 250). Mais écoutez-le, quand il s'est avancé plus loin dans son sujet.

La ruine de l'humilité , de l'obéissance, de l'harmonie sociale dans l'état, a entraîné celle de ces mêmes principes dans l'Eglise ( anglicane). L'indépendance individuelle s'est accrue jusqu'à devenir de l'extravagance; l'esprit qui nous portait à nous rendre des services mutuels, ce lien véritable qui, resserre toutes les classes de la société dans une union merveilleuse , est àpeuprèspcrdu. Il estinutile de vouloir entrer présentement dans l'exposé des causes de ces maux qui nous menacent de tantde périls. L'éternel appel fait par la presse à taraison privée, l'abolissement presque complet de l'instruction orale, les flatteries grossières prodiguées à la raison et à ce siècle des lumières ; la négligence à faire reposer la défense de l'Eglise contre les sectes sur son unique fondement logique et chrétien, /'antiquité «f «autorité; l'ignorance de l'histoire des siècles passés, l'usage d'une excessive excitation pour réveiller la religion dans les âmes, la crainte de retourner sous la domination papale, ou pour mieux dire une tendance naturelle vers ce protestantisme outré (ultra-protestantism) qui érige une papauté dans le cœur de chat/ne individu : voilà quelques-unes des causes qui

nous ont mis dans ce déplorable état. Il faut y ajouter l'indolence du clergé, et la timidité de plusieurs d'entre ses chefs, etc. D'une extrémité de la nation à l'autre , on entend s'élever une clameur triomphante en faveur d'un droit sans bornes à l'exercice du jugement privé , qui dédaigne toute autorité humaine. Et dans cet état de choses, c'est une imprudence inutile que de parler d'attachement à l'Eglise , de foi chrétienne, ou de toute autre vertu civile ou religieuse, compagne de l'humilité et de l'obéissance. Oui, en vérité, il y a de la folie à vouloir préserver l'Eglise et l'Etat d'une dissolution rapide : ce serait une tentative aussi vaine que de vouloir tenir unie une masse de terre en l'absence de la loi d'attraction. Nous sommes maintenant un globe do sable, formant un ensemble par quelque pression étrangère et par des affinités fortuites ; et tant que nous ne sentirons pas s'épancher dans nos cœurs cet esprit vital, organisateur et fécond, qui peut seul nous tenir unis par les liens d'une obéissance intérieure et d'une sympathie commune , notre existence est livrée aux caprices du hasard. On peut bien couper un rameau de l'arbre , puis le rejoindre au tronc de manière que l'œil ne puisse soupçonner l'incision ; mais il n'est pas longtemps sans mourir, et le premier coup de vent le renverse à terre. Tous les membres de notre corps social, soit ecclésiastique, soit civil, ont été secrètement séparés du tronc , par l'orgueil de l'autorité individuelle. Artificiellement unis , ils semblent garder encore tout leur ensemble ; mais attendez un peu de temps, et la première tempête qui passera nous aura révélé leur sort (p. 214). Un peu plus loin , parlant de l'absence d'une règle de foi certaine parmi les protestants, il ajoute : Il n'y a personne hors du sein de l'Eglise catholique qui ose parler maintenant comme parle un homme assuré d'avoir raison (p. 221). Enfin, la situation de l'anglicanisme lui semble si désespérée, qu'il no voit plus pour lui d'espérance de salut que dans le choix de deux expédients également impraticables : c'est, ou d'abolir l'émancipation des catholiques, ou de rompre l'union de l'Angleterre et de l'Irlande. L'Irlande (ce sont les paroles du critique sur ce dernier parti, que lui-même expose comme une idée extravagante), l'Irlande, il faut la séparer de nous pour la conquérir de nouveau, ou la convertir au protestantisme.... La conservation de l'Eglise anglicane et l'existence du catholicisme en Irlande sont deux choses incompatibles l'une avec l'autre (p. 241).

Les passages que j'ai rapportés rendent manifeste que les anglicans eux-mêmes sont frappés de l'état déplorable où est réduite leur malheureuse Eglise par l'action du jugement privé, et qu'ils ressentent le besoin de revenir aux principes catholiques, s'ils veulent la conserver.

Jusqu'ici je n'ai parlé que de l'anglicanisme. Cependant mon sujet est plus général : il traite du protestantisme, qui embrasse bien d antres sectes. Celle qui mérite plus que toute autre uno certaine attention, est la secte connue sous le nom de méthodisme.

DÉMONSTRATION & UtCÉLIQUE.

Elle fut fondée en l'année 1789 | ar Jean w es- 1,\ . homme d'une imagination ardente , oui , aprèi l'être joint à quelque» autre» indmdus, se m une certaine méthode de i le, d on, par mépris, on appela »e» partisan» méthodistes. Mais comme il» »e divuèrenl bientôt en secte» nombreuse» , ceux de la secte primitive prirent le nom de iMs/eyens.eUjouterent ce titre au nom plu» générique. Or, c est de l'état actuel ou du moins très-récent de celte sorte de sectaires que je veux rapidement parler maintenant. En peu d aimées celle secle , qui à l'origine ne voulait pas se séparer de l'Eglise anglicane , devint sa plus cruelle ennemie; car elle a fait de tout côté des progrès si rapides, que les anglicans ont vu déserter près de la moitié de leurs frère» ; il n'y a pas de village en Angleterre qui n'ait sa chapelle méthodiste, laquelle est toujours remplie, tandis que l'Eglise anglicane reste vide. Les prédicateurs sont pour la plupart des artisans sans éducation, grossiers et ignorants ; mais la plupart aussi ils portent le fanatisme au dernier point, et sont capables de remuer leur auditoire par la fougue de leurs discours populaires. Outre ceux-là, il en est d'autres qu'on appelle voyageurs , et dont le nombre s'élève à plusieurs centaines ; leur fonction est d'aller de pays en pays comme inspecteurs; leur réunion forme ce qu'on nomme la Conférence ou le grand conseil méthodiste. Il est encore d'autres règlements subalternes dont je n'ai pas besoin de parler. Ce fut en 183V qu'on vit se manifester dans le cœur de la secte les premiers signes de cette désorganisation où maintenant elle se trouve : toute la question se réduit à la puissance administrative de la Conférence. Ce n'est pas ici le lieu de traiter au long cette matière; c'est pourquoi je me vois contraint de m'interdire l'usage de l'unique fruit que j'aurais pu retirer de la lecture ennuyeuse à la mort de vingt-quatre livres qu il m'a fallu parcourir. Tant qu'il vécut, Wesley eut sur sa secte un pouvoir despotique et absolu;aprèssamort, laConférence s'arrogea la même aulorilé.Voici le fondement de toute la question. Le conseil commença par user de rigueur à l'égard de quelques ministres, soit qu'ils enseignassent des doctrines différentes de celles qu'il admettait, soit qu'en matière de discipline ils ne voulussent pas se conformer à leurs statuts. Ainsi un de leurs fameux théologiens, Adam Clarke, et un de ses disciples , Forsyth , furent suspendus pour avoir attaqué la divinité de Notre-Seigneur (1). Dans la même année, on déposa un certain docteur Warren, qui était, si je ne me trompe, prédicateur à Manchester. En avril 183j on convoqua dans cette ville une grande assemblée, qui fut ensuite transférée à Sheffield , où elle se tint pendant les mois de juillet el d'août. On en donna avis à la Conférence : car parmi les membres de l'assemblée avaient Biéjé des laïques délégués par le choix de différentes provinces, action qui fut récusée par la Conférence comme allant à renverser

(1) 'rbolgtiusonuovcrimiont. Lood. 1855, r- 16.

«iO

li constitution du méthodisme (1)- De là naquit un si bisme qui dure encore, et qui a plusieurs foi» conduit les parties devant l< tribunaux publics; car le- schismatiqaes

n'ont point \oulu céder leurs chapelles aux nouveaux prédicateur» nommé» par la Conférence pour les remplacer. Voici 'loin en- , ore une guerre intestine parmi ces sectaires sur le point de l'autorité ecclésiastique. Dune part on écrit, dan» les manifestes dune nourelle association formée de plusieurs milliers di ce» hérétiques, que la Conférence a résolu d'exercer "/"■ autorité absolue et irreiponsmble dans lu création des lois, et de prendre les mesures qu'elb- juge à propos jxntr excommu nit r les ilissiitrid* 1 Sous l'accusons, dit un certain Kowland , ministre déposé, d'avoir Uturpé un pouvoir odieux, contraire à l'Ecrilure et papiste 3j. D'un autre côté, les défenseurs de la Conférence combattent pour l'autorité divine des pasteurs, quoiqu'il n'y ait parmi ces hérétiques ni ordination, ni symbole extérieur du ministère sacerdotal. Telle est la défense laite par M- Vevers (i). 11 ne sera pas hors de propos de remarquer que , parmi les points graves d'accusation porté» contre le conseil, on trouve les deux suivants : d'abord on le poursuit pour avoir voulu établir un séminaire pour 1 éducation des jeunes prédicateurs dans les sciences sacrées; ensuite pour avoir permis l'introduction de l'orgue dans leurs conventicules. Je formerai ce récit ennuyeux par le tableau des effets de celte lutte élevée entre l'esprit moderne d'insubordination d'une part , et de l'autre, la prétention d'une autorite ecclésiastique supposée. Je vais le faire en me servant des paroles du Catéchisme à l'usage des méthodistes wesleyens. — Demande. Quel est l'état actuel du méthodisme? Réponse. Il présente l'aspect déplorable d'une Eglise gui ta tomber. Son caractère primitif s'est perdu, son antique vigueur est paralysée; il s'en rapidement s'abaissant au niveau de ces antres Eglises contemporaines, qu'il dominait d'abord de si haut par son caractère vraiment apostolique (p. i8). Dans un autre endroit, l'auteur avoue que, depuis vingt ans, cette secte est en décadence /). -29) ; puis il cite les paroles d'Adam Clarke, qui avait dit, trois ou quatre ans avant de mourir : J'ai vu le méthodisme dans son enfance; je l'ai VU dans su perfection; je crains de le voir maintenant dans sa décadence (p. 31).

Ce que j'ai dit des v cslev eus , on pourrait le dire encore jusqu'à un" certain point des quakers, qui ont vu nai'.ro aussi parmi eux un schisme fonde sur le mémo motif, l'autorité ecclésiastique. De même, il resterait beaucoup à dire sur l'Eglise d'Ecosse on sur les presbytériens tleursoissensions intestines n'ont certainement pas ralenti les progrès du catholicisme parmi eux; car un grand nom-

(I) Corrected n>i>ori oflhe debales , c\.c. 1835, p. 50. \u tffeciioute sddri ss ol the oniled W. meUmus, Liverp. 1 s."» I , p. 7.

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LA. TRADITION PRIMITIVE RETROUVÉE DANS L'ÉGRITURE

bre se sont opposés au suprême synode qui tentait, disaient-ils , d'usurper l'autorité ; et ils défendent les droits qu'a toute congrégation de faire choix du prédicateur qui lui agrée davantage. C'est là, comme ils soutiennent, le vrai principe, l'essence du presbytérianisme. Mais ce principe, ils retendent aussi aux droits des catholiques; car ces derniers ne doivent point être molestés parce qu'ils préfèrent le ministère de leurs prêtres à celui des prédicateurs sectaires. De là vient qu'en beaucoup d'endroits, ces gens appelés volontaires ont prêté secours aux catholiques, non-seulement en contribuant à l'érection de nouvelles Eglises, mais encore en les défendant contre les calomnies des prédicateurs envoyés partout par la société qui prend le nom de réformatrice. Ainsi, pendant l'automne de 1835, un apostat fameux, Murtagh O'Sullivan, visita, par commission de cotte société , la ville de Perth , où il se déchaîna dans une série d'invectives contre notre sainte religion. Aussitôt quelques prédicateurs protestants réunirent une assemblée publique dans une de leurs chapelles, afin de réfuter les calomnies qu'il avait effrontément débitées, et de proclamer que les catholiques étaient dignes de l'estime et du respect de tous. La conséquence de ceci fut que plusieurs, entendant ces choses, ne manquèrent pas de s'assurer de leur réalité en fréquentant l'Eglise catholique récemment érigée dans ce lieu; quelque temps après un grand nombre y rentraient convertis (1).

Mais il y a quelque chose de plus propre encore à exciter l'étonnement. Au mois de mai de l'année dernière, l'assemblée générale du synode presbytérien se réunit ; dans la relation qui lui fut présentée, on inséra des réflexions sévères sur le progrès du catholicisme et sur la nécessité de lui faire résistance. Alors on vit se lever un des sujets les plus instruits et les plus distingués de ce clergé, pour condamner en termes exprès l'introduction d'une semblable matière dans les affaires de l'assemblée. Le même sentiment fut suivi par lord Moncrieff, qui s'exprima d'une manière plus énergique encore. Quand on connaît la violence des préjugés qui régnaient en Ecosse, il y a peu d'années, contre les catholiques, on voit dans ces faits une preuve bien frappante de tout l'avantage qu'a retiré notre religion de la désunion dans laquelle se trouve maintenant l'Eglise de ce pays.

En traitant ce sujet, je me suis efforcé de me renfermer, autant que je l'ai pu, dans les limites mêmes de ma proposition ; autrement il ne m'eût pas été possible de mettre des bornes à cet écrit. C'est pour cela que je n'ai rien dit de l'état actuel du protestantisme, considéré dans ses rapports politiques et littéraires. On ne verrait peut-être pas avec indifférence quelles blessures l'anglicanisme a reçues des mesures législatives récemment prises à son égard; il y aurait eu surtout de l'intérêt à considérer l'aspect que présente

(1J Protestant Journal, avril 183C, p. lOu.

le protestantisme anglais en face du catholicisme toujours croissant. J'aurais bien voulu décrire les résultats ridicules du fameux jubilé qui eut lieu le k octobre 1835, pour célébrer l'origine de la réforme , dont la première traduction de la Bible, en langue anglaise, en l'année 1535, fut le signal. Dieu, quel spectacle 1 On croyait pouvoir réunir, au moins pendant un jour, tous les protestants sans distinction de sectes, dans un sentiment commun de haine contre les catholiques et d'amour pour la réforme. Mais, hélas! le prédicateur anglican fulmina du haut de sa chaire une condamnation solennelle contre les sectaires comme hérétiques, et contre tous les protestants en dehors de son Eglise ; le prédicateur sectaire, de son côté, se déchaîna contre l'anglicanisme comme beaucoup plus abominable que le pauvre papisme : ce fut un jour de guerre civile et de mutuelles injures.

Si la crainte ne m'était venue d'inspirer par de pareils récils du dégoût à mes lecteurs, j'aurais plus volontiers encore fait connaître les efforts inouïs qu'a faits depuis quelques années et que fait maintenant encore le parti zélé ou , comme il s'appelle si mal à propos, le parti évangélique, afin d'exciter contre nous la haine , l'horreur et l'effroi du peuple. J'aurais pu décrire les artifices infâmes mis en œuvre pour obtenir ce résultat : c'étaient, je ne dirai pas seulement des calomnies et des mensonges, c'étaient des documents faux, fabriqués et publiés comme incontestables. J'aurais rendu compte de ces immenses assemblées tenues à Londres chaque année, y compris celle où nous sommes: c'est là que des orateurs bien payés proclament, avec l'impudence la plus effrontée, les faussetés les plus dégoûtantes, non pas, comme on faisait jadis, contre notre croyance, mais contre la morale et les principes sociaux de notre religion. Puis, de ces sujets de tristesse et de dégoût, j'aurais pu tirer peut-être matière de joie et de consolation en faisant voir à mes lecteurs qu'à la honte de tous ces efforts de la terre et de l'abîme, la religion du Christ fleurit et triomphe, et que dans ce pays la barque de Pierre ne vogue jamais avec plus de liberté et d'assurance vers le terme heureux de son voyage , que quand elle est battue avec le plus de violence par les flots de la mer orageuse. — Mais il me faut passer sur ces matières et autres semblables, et me hâter de conclure.

Il est une opinion qui se répète chaque jour en Angleterre : c'est que la lutte définitive entre les catholiques et les protestants vient maintenant de commencer. C'est ce qu'affirme M. O'Sullivan dans un sermon qu'il publia l'année dernière; sermon dans lequel il déclare que tout ce qui a été fait jusqu'ici par les protestants, a été mal fait, et que dorénavant la controverse doit s'organiser d'après un nouveau plan et de nouveaux principes. C'est ce que répète à son tour le Journal protestant, dans un article sur certains discours de controverse du docteur protestant Dodsworth. Le Critique bri'

DEMONSTIUTIOM J'nam.i .1 IQ1 i

tatmiquort bien plus loin encore, qnandil dit

tp ic jusqu'ici le protestantisme a plus sou \ eut pris pour combattre Vépét des tiulmti lis que 1rs argumenté de» théologien» >//.:>7'i , et qu'il faut maintenant que les defî nseurs de l'anglicanisme réforment leurs argument! on modifient leurs conclusion*. Qui connall 1 Angleterre ne refusera certainement pas son assentiment à ces opinions. En ce cm, on aimera s, mis doute à examiner quel parti avantageas on peut tirer «le ces nous (lies théories, et à \oir en même temps quels en sont les périls.

D'abord , il est clair que l'usage modéré et prudent de tout ce que ces adversaires accordent maintenant peut nous être d'un grand secours dans la lutte qui se prépare. Dés lors le théologien doit tenir ces concessions sous sa main et toujours prêtes, afin de les mettre en œuvre quand viendra l'heure, d'agir. Je pourrais citer des exemples suffisants sur ce sujet. Tel est celui du ministre protestant Vaugban, qui prêchait souvent, à Leiccslcr, sur l'autorité de l'Cglise : l'effet de ses sermons fut que ses paroissiens se convertirent en foule au catholicisme, quoique lui soit mort, il y a peu de temps, dans les erreurs de sa secte. 11 a donc pu être, ainsi que le chante le divin poêle,

.... Corne quei elie va di nulle, Cho porta il hune dietro, c a se non yiova, Ma dopo se fa le persone dette (I).

(l'ORG, XXII.)

Il n'y a pas à douter d'ailleurs que les différents écrits que j'ai cités, et beaucoup d'autres dont je n'ai point parlé afin d'être court, porteront plusieurs esprits égarés à considérer plus attentivement la doctrine catholique, en voyant que leurs maîtres eux-mêmes l'admirent, lui portent envie et veulent se l'approprier.

(1) Comme celui qui, marchant toute la nuit, porte la lumière après soi : il ne jouit pas de la clarté, niais il éclaire les personnes qui s'avancent après lui.

I il , d'un autre côlé , je vois ,1,. grands

, i e nom i an ij itème i ient â prendre racine; car il est souverainement insidieux et trompeur. Le motif le plus efficace de la

i onversion est ce tourment que l'âme de I li>-

rétiqne éprouve dans l'incertitude, et la paii

qu'elle est assurée de- puiser dan- la solide croyance de 1 1 ri ligion catholique. Celle âme

est pareille à la colombe qui, sortie de l'ar-

clie, ne trouvait pas où reposer le pied, et voltigea sans repos tant qu'elle ne regagna pas son asile. Mais quand elle eut découvert Un antre refuge, elle y abattit son vol, et l'arche ne la rev plus. De u.éine , celte théorie nouvelle est tout entière destinée à prouver que l'Eglise anglicane présente à l'esprit tous ces avantages d'une autorité suffisante et d'un enseignement apostolique dont jusqu'ici l'Eglise catholique avait seule offert l'esi ranec. Il est donc d'une importance extrême qu'on élève la voix pour prémunir ce peuple contre une erreur qui recouvre le loup sous la peau des brebis. Mais il faudra un art lout spécial et une étude qui embrasse les temps anciens et modernes. Mais la théologie catholique ne reculera pas devant ce travail, à Rome surtout, dans celte ville qui de OOSJOUri a élé la première à organiser un cours sur < o genre d'études où l'on passera en n\ ue toutes les erreurs même les plus modernes. 11 faudra un zèle vif et pur dans les défenseurs des grandes vérités catholiques : mais on a déjà d'illustres preuves dans les fatigues qu'endurent ces ardents missionnaires du clergé tant séculier que régulier, et dans l'érection journalière de nouvelles églises et de nouveaux séminaires. 11 faudra surtout l'abondance des bénédictions du ciel. Dieu veuille rassembler les pierres dispersées de son sanctuaire et lui rendre sa beauté première ; qu'ainsi cette terre, aujourd'hui l'asile des plus funestes erreurs, redevienne co qu'elle fut un jour, la pépinière de toutes les vertus et les vraies délices de l'Eglise c Jésus-Christ. Fiat, fuit.

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