‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 99 sur 167 · DE LA REVUE D'EDIMBOURG · texte numérisé non relu

DE LA REVUE D'EDIMBOURG

Il n'existe pas , il n'a jamais existé sur celle terre une œuvre de politique humaine aussi digne d'examen que l'Eglise catholique romaine. L'histoire de cette Eglise lie ensemble les deux grandes époques de la civilisa-

tion. Aucune autre institution encore debout ne reporte la pensée à ces temps où la fumée des sacrifices s'élevait au-dessus du Panthéon , où les léopards et les tigres bondissaient dans l'amphithéâtre de Flavien. Les

DÉMONSTRATION l'.\ tNGI LIQOI

maison! royales les plus Béret ne sont que d'hier, comparées h celte succession de souverains pontifes qui , par une série non interrompue i remontent «lu pape qui a sacré Napoléon dans le dix-neui lème siècle an pape qui sacra Pépin dans le huitième. Mais bien au delà de Pépin , l'auguste dynastie s'é tend el va se perdre dans la nuit des ères fabuleuses... La république de Venise nous apparaît la première après elle dans l'antiquité; mais la république de Venise «Hait moderne comparée avec la papauté. La république de Venise n'est plus, et la papauté Bubsisle. La papauté subsiste, non en état de décadence, non comme une ruine, mais pleine de vie et d'une jeunesse vigoureuse. L'Eglise catholique envoie encore jusqu'aux extrémités «lu inonde, des missionnaires aussi zélés que ceux qui débarquèrent dans le comté de Kent avec Augustin ; elle se présente encore devant les rois ennemis avec la même assurance que saint Léon devant Attila. Le nombre de ses enfants est plus considérable que dans aucun des siècles antérieurs. Ses acquisitions dans le nouveau monde ont plus que compensé ce qu'elle a perdu dans l'ancien ; sa suprématie spirituelle s'étend sur les vastes contrées situées entre les plaines du Missouri et le cap Horn , contrées qui, dans un siècle, contiendront probablement une population égale à celle de l'Europe. Les membres de sa communion peuvent certainement s'évaluer à cent cinquante millions , et il n'est pas difficile de montrer que toutes les autres sectes chrétiennes réunies ne s'élèvent pas à cent vingt millions. Et cependant nous ne remarquons encore aucun signe qui indique que le terme de sa longue souveraineté soit proche. Elle a vu le commencement de tous les gouvernements et de tous les établissements ecclésiastiques qui existent aujourd'hui ; et nous n'oserions assurer qu'elle n'est pas destinée à en voir la fin. Elle était grande et respectée avant que les Saxons eussent mis le pied sur le sol de la Grande-Bretagne , avant que les Francs eussent passé le Rhin, tandis que l'éloquence grecque florissait encore à Antioche , tandis que les idoles étaient encore adorées dans le temple de la Mecque. Elle peut donc exister encore et n'avoir rien perdu de sa force, alors que quelque voyageur de la Nouvelle-Zélande s'arrêtera au milieu d'une vaste solitude, contre une arche brisée du pont de Londres, pour dessiner les ruines de Saint-Paul.

Nous entendons souvent répéter que le monde va s'éclairant sans cesse, et que ce progrès des lumières doit être favorable au protestantisme , et défavorable au catholicisme. Nous voudrions pouvoir le croire ; mais nous avons de grandes raisons pour douter que ce soit là une attente bien fondée. Nous voyons que, depuis deux cent cinq liante ans, l'activité de l'esprit humain a été trèsgrande . qu'il a fait d'immenses progrès dans tontes les branches de la philosophie naturelle, qu'il a produit d'innombrables inventions, tendant à augmenter le bien-être de la

vie; nous voyons que la médecine, la chirurgie, la chimie, la mécanique ont considérablemenl gagné; que l'art de gouverner, la politique, la législation, se sont perfectionnéi . quoiqu'à u» moindre degré. .Mais nous voyons aussi que, pendant ces deux cent cinquante ans, le protestantisme n'a EaH

aucun" conquête qui mérite qu'on en parle.

Bien plus, nous pensons que, s'il j a en quelque changement . ce changement a été en faveur de l'Eglise de Home. Comment pourrions-nous donc espérer que l'extension des connaissances humâmes sera né • ssairi -

ment fatale à un système qui, pour ne rien dire de trop, a maintenu son terrain en dépit des immenses progrès que les sciences ont faits depuis le règne d'Elisabeth 1

Pendant les sept derniers siècles, l'esprit européen a constamment fait desprogrès dans toutes les branches de la science. Mail progrès constants, nous ne pouvons pas les remarquer dans la religion. L'histoire et clé tique de cette longue période est l'histoire d'un mouvement de va et de vient. Quatre fois depuis que l'autorité de l'Eglise de Rome fut établie sur la chrétienté d'Occident, l'esprit humain s'est révolté contre son joug. Deux fois l'Eglise est restée entièrement victorieuse, deux fois elle est sortie de la lutte, portant les stigmates de cruelles blessures, mais conservant toujours en elle, dans sa vigueur, le principe de la vie. Quand nous nous rappelons les assauts terribles qu'elle a vaincus , il nous semble difficile de concevoir de quelle manière elle peut périr (1)

Il est impossible de ne pas reconnaître que la politique de l'Eglise de Rome est le chefd'œuvre de la sagesse humaine. En vérité, aucune autre institution que celle de celle politique n'eûtdû conserver intactes ses doctrines contre des assauts semblables. L'e rience de douze siècles pleins d'événements , l'intelligence, le soin persévérant de quarante générations de grands politiques l'ont élevée à un si haut degré de perfection , que le gouvernement de cette Eglise occupe la première place parmi les inventions humaines. Plus est forte noire conviction que le protestantisme a pour lui la raison et les Ecritures, plus est grande l'admiration forcée que nous arrache un système de tactique contre lequel la raison et les Ecritures sont élevées en vain (2)

On ne doit pas s'élonner si en 1799, des observateurs , même doués de sagacité , ont pu croire que la dernière heure de l'Eglise de Rom& était enfin arrivée. Un pouvoir ennemi triomphant; le pape mourant dans la captivité; les plus illustres prélats de France vivant , en pays étranger, de l'aumône des protestants; lès plus beaux édifices consacrés par la munificence des siècles au culte .de Dieu convertis en temples île la Victoire, ou en salles des sociétés politiques , ou en

(I) The Etlimburgti review, vol. iwn.n 11 Révolutions o Ihe Pjpai \. p. -"■-'.

IbhL, p. -!17.

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