CARACTÈRE HISTORIQUE DES ÉVANGILCS
Qualités communes aux récits évangéliques. § 24.
Il est évident que nus Evangiles sont et veulent être des livies historiques. Mais ce fait n'autorise pas à juger leur récit historique d'après un type que l'on se soit lait d'avance et sans mûre réflexion , et à leur appliquer une règle étranger*. Cela s'est lait cependant bien souvent; et c'est à peu près la la source unique de presque toutes les objections formulées à noire époque contre l'origine apo tolique du premier évangile.
Kien n'est plus naurel que île penser que l'histoire évaugelique s'est formée selon l'idée qui lui est propre cl son but particulier,
el en revanche on ne peul faire une demande plus raisonnable que celle de rendre dcp. udanl <lc ce principe i l non d'aucun autre, le jugement que l'on porte de celle même histoire.
El d'abord c'est une idée .aussc de croire que les ev an g. listel ne voulaient que duiii.er l'hisloiie ue la vie de Jésus, ou même seulement de sa vie publique. Leur principal but était b en plutôt d'établir au moyen de l'hîiioirt la i royance en Jésus comme Mi istc {Jtan, xx, oO, 31 y, en sorte que chez eux t'hitltitt est toujours subordonnée uu point de tu dtdacliqut qui lui strl dt bat*. Celle propriété iiisorique-didaclique des Evangiles, propl aie que personne ne conteste, mais à laquelle on fait trop peu d'attention, lait cesser de prime ai uni le grand scandale cause par la différence du recil synoptique et de celui de Jean. Oui osera soutenir que les cv.iiigeli-ies n'ont pu donner la preuve de la croyance qu'us voulaient établir, qu'en suivant complètement le lil de l'histoire de la vie publique de Jésus? Je ne puis moi-même voir ce que celle marche aurait eu de contoruie au but qu'ils se proposaient que dans la presuppo?iliun de rapports tout généraux el pour ainsi dire abstraits, rapports dans lesquels lesévangélisles n'elaieul pas places quand ils écrivaient. Si la plus grande pailie des Tais qui ont rapport <i la mi siou île Jésus comme Messie , sauf le baptême el le deruier séjour à Jérusalem, avaient eu pour théâtre la Galilée et la Péréc, je ne vois pas pourquoi les premiers êvangélistes n'auraient pas pu b rner la leur reçu , et pour produire une impression plus forte par 1 unile de leur exposition historique, passer sous sidice les voyages a Jérusalem à l'époque des fêles, voyages que (oui juif n'ignorait pas que Jésus avait dû unie en sa qualité de pieux Israélite. Si uous adme.lous que Jérusalem n'a éle le théâtre que de la plus petite partie des laits de Jésus connue .vlessie , opinion complètement établie par la comparaison de Jca;s avec les synoptiques, nous reconnaîtrons que les premiers êvangélistes pouvaient ne pas Caire des événements airives dans celle ville, le texte de leurs preuves de la mission divine de Jésus, tandis que celte conduite de leur part ou d'autres circonstances particulières pouvaient prescrite une autre marebe à Jean, écrivain postérieur et qui parait avoir eu connaissance de leur tradition.
On peut assigner la même cause à la limitation originaire du commencement de l'histoire evaagééiqua, ainsi qu.iux aaaabri uses lacunes qui se renconireiii dans l'insloire do la vie publique de Jésus. Si les cvangelisles 11'avaienl eu 1 inleiilion que de taire une histoire en tant que telle, ils nous eussent la.ssé une biographie de Jésus ; car ceux qui seseraient intéressés a une histoire de Jésus, en tant qu'histoire, auraient pris parla tous lis événements de sa vie, el auraient été d'autant plus alislails qu'on leur en aurait rauoaié un plus grand nombre. Mais les faits divins de lu vie de Jésus étaient seuls
capables de donner la preuve immédiate de la mission et de remplir a;nsi le but principal des évangélistes , el l'époque de la mission de Jésus date de l'apparition de saint Jean-Baptiste, époque à laquelle on voit la liaison intime de la nouvelle révélation avec l'ancienne, qui avait été prédite par les prophètes de l'Ancien Testament. (Comp.
Marc. 1, 1-4 •) Les preuves de la croyance dans l'esprit des premiers chrétiens se séparaient en deux classes principales : les unes se basaient sur les miracles, les autres sur l'accomplissement des prophéties. On doit donc s'attendre à voir omettre ou traiter très-légèrement, même dans l'histoire de la vie publique de Jésus , tout ce qui ne se rattache pas immédiatement à ces deux points. En voilà assez sur les caractères communs aux Evangiles.
PROPRIÉTÉS DISTINCTIVES DES RÉCITS ÉVANGÉLIQUES. Saint Matthieu (1).
Nous venons de parler d'une manière générale de la différence des récils synoptiques et de celui de Jean. Parmi les récits synoptiques celui du premier évangile est le plus original, et en même lemps celui qui s'écarte le plus décidément de Jean. Il sera donc suffisant d'examiner de plus pi es ces deux parlies externes de l'ensemble des Evangiles de Jésus-Christ.
Aucun évangile ne s'écarle autant que celui de Matthieu de la précision historique dans le récit des faits de Jésus comme Messie. Mais, d'un autre côté, aucun autre évangile ne nous donne d'une manière aussi complète et aussi immédiate, la preuve de la mission divine de Jésus, par les deux genres do preuves généralement admis alors, les miracles et l'accomplissement des prophéties. Ce désordre dans l'histoire éiail une conséquence du point de vue de; preuves auquel il écrivait, comme nous l'avons remarqué plus haut. Le caractère dogmatique du premier évangile domine lou te l'histoire. Aussi ce n'est pas sa faute si l'on ne sait pas s'élever à son point de vue, el si l'on se fonde complètement sur la manière moderne d'écrire l'histoire, pour juger un historien du premier siècle, un habitant de la Palestine. Ce n'est pas non plus sa faute, si l'on a obtenu ainsi de faux résultats, car loin de cacher sa tendance dogmatique, il la produil au grand jour, comme doivent le savoir mieux que personne les derniers critiques qui prétendent avoir trouvé chez lui les traces les plus distinctes de récils contraires à l'hisloire , mais qui sont re lés à moitié chemin, ou plutôt se sont trop pressés de crier victoire. Matthieu ne cesse d'être historique, que pour ère dogmatique ; il s'écarte (le l'histoire tout en en ayant la connaissance la plus exacte, e'esl-à-dire : il n'est pus liistori/pm dans ce sens qu'il ait voulu faire un récit dans lequel l'ordre, chronologique el l'arrangement précis et local fusil) Kulm supprime partout le url saint, rpio nous
ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE. 774
sent fidèlement observés à l'égard des éléments Itistoi iqnes particuliers, quoiqu'il soit chronologique en masse et qu'il ne manque pas d'un certain arrangement local.
Celte manière de traiter l'histoire, manière propre à Matthieu , et qu'il se permettait dans l'intérêt des preuves de la croyance , nous révèle un tact plus sûr que celui de tous les autres évangélisîes , et nous explique pourquoi Matthieu place quelquefois cô'e à côte des discours dont les sujets sont analogues, mais qui ont été prononcés dans des temps et des lieux différents el dans des Circonstances diverses (ch. i, vu, x, xni, xviu, xxni, xxiv, 25 ) , tout en ayant l'air de les présenter comme prononcés dans le même temps, le même lieu et la même occasion. ( Comp. vm, 1-xi, 1-xin, 53; xix, 1-xxvi, 1.) Quelquefois au-si, quoique he ucoup moins souvent, le fond d'un événement sert de centre d'allraclion et groupe autour de lui d'autres événements homogènes, mais qui sont séparés par le lemps et le lieu, comme dans les chapitres ix, 1-8, 9-13, 14-17; xii, 1-8, 9-14 (comp. Lue, vi, 1-5,6-11 ; xiv, 3-12) ; et cependant Matthieu ne les unit pas d'après le principe qui les rapproche, et par conséquent d'une manière logique, mais bien suivant leur caractère en tanl qu'événements, c'est-à-dire par des désignations de temps et de lieux (ix,14; xn, 9; xiv, 13). De là on conclut avec une précipitali m impardonnable, que Matthieu n'a suivi aucun ordre, el qu'il n'a pu avoir l'intention n'en suivre un, parce qu'alors il eût dû éviter le faux vernis qu'il se donne en rassemblant ces élém nls de discours, el ne pas lier les uns aux autres par des désignalions de temps et de lieux, des événements évidemment réunis arbitrairement.
S, cette opinion au sujet de notre évangile était fondée ainsi que la conclusion basée sur elle, son origine apostolique serait alors très - problématique. Miis celte manière d'envisager l'histoire évangélique de Matthieu est le résultat de la confusion introduite dans l'esprit du critique par des idées modernes, confusion qui lui a fait méconnaître le caractère juif qui est propre à l'évangéliste. L'évangile, comme nous l'avons déjà remarqué, suivant dans sa inarche générale la forme historique, doit par là même renfermer des désignations de temps et de lieux. En effet, les événements particuliers qui forment les points de raccord particuliers dans la m irche de l'hisloire, y sont indiqués tanl par eux-mêmes que dans leurs rapports mutuels avec une grande exactitude locale et chronologique, quoique le plus souvent d'une manière générale el peu déterminée; mais jamais ce qui vient se rattachera ce cadre historique, par des lois logiques ou dans un but dogmatique , ne prétend à la prêt ision historique, absolue cl relative.
Ce classement a une douille base, lanlôl les discours, lanlôl les f.iils. Lorsque Mal— avons souvent mis dans son texte.
J • hF.MONSTHATÏON 1 .'. iNGBUQOB. L'ABBE CHASSAT
[bien, après avoir raconté que Jésus par- vait pas réellement
courut la (ialilée après la captivité de Jean, enseignant, annonçant la joyeuse nouvelle ilu royaume du Messie, guérissant les maladies et les infirmités du peuple, en sorte que sa renommée s'était étendue au loin et avait attiré une foule de peuple à sa suite, lorsque Matthieu, d i s - j e , vient lier ensuite a ce fait, le voyage sur la montagne, qui était connu de ses lecteurs, et la prédication au peuple, et cela sans aucune désignation chronologique; lorsqu'à ce* renseignements il vient joindre tout ce qui, dans son essence ou sa tendance, a quelque rapport avec eux, sans que cela ait été prononcé ici dans ce lieu ni à cette époque ; que peut-on lui reprocher, sinon qu'il révèle ainsi un but dogmatique, auquel il subordonne la précision ordinaire de l'histoire? Chacun comprend alors facilement qu'il était très-conforme à la nature de ces éléments de discours qu'il a rassemblés, de se trouver unis immédiatement, sans que les rapports de temps et de lieux vinssent troubler leur ensemble, et d'être présentés ainsi comme un discours d'un seul jet. Plus il y a d'art dans leur réunion, plus elle trahit un but dogmatique, et plus elle annonce d'habileté dans celui qui a entrepris de subordonner le principe purement historique au principe dogmatique. Pcyir faire une expos. lion de ce genre qui ne laissât rien à désirer, il eût fallu plus de talent que Matthieu n'en possédait. Il suit dans son travail la méthode la plus simple, et range les faits les uns à côté des autres par de vagues désignalions de temps et de lieux, parce qu'un arrangement plus habile des faits particuliers est au-dessus de sa pensée. Mais il faut ignorer complètement la tendance de cet écrivain, ou avoir imaginé a priori une méthode qu'il a dû et voulu suivre en écrivant pour prendre à la lettre ces vagues désignalions.
Pour donner à ces vues plus de clarté et de solidité, examinons les détails particuliers. La remarque v, 1-3, ùviëri tts to ô'/so; tSiSao-nev «vToùf \s7<uv, sert d'introduction au sermon appelé de la montagne, et la remarque, VIII, 1,2, x«7aë«'.Ti Si «ùtw «7rô toO ôpo-j;
— leirpi; è).0wv L, le lie au récit suivant, buitil de là nécessairement, ou même aussi clairement qu'on le pense, que Matthieu le désigne comme appartenant au même moment et au même lieu? Nullement! On doit seulement en conclure que Jésus étant, comme on vient de le dire , sur la montagne , et avant la guérison du lépreux, a donné quelques-uns des enseignements que nous trouvons dans le sermon sur la montagne ; peut-être les huit béatitudes et d'autres choses qui s'y rattachent naturellement. 11 faut toutefois convenir que celte dernière conclusion serait tout aussi arbitraire que la première, si clic ne trouvait sa confirmation dans tout le plan et l'esprit de l'Evangile, cl si l'on ne trou-
(I) Il serait tout aussi naturel de*aippoaer que le Sauveur, prenant soin de graver dans tes esprits les niâmes maximes, les répétait Irùs-souvenl. O.i voil
chez Luc à d'autres places et avec un autre entourage, beauc up des choses que Matthieu a incorporées au sermon sur la montagne (I).
Quant au ooordonnement des faits, il faut bien distinguer deux cas : le premier est la liaison des faits , qui forme la marche de l'histoire, comme m , 1 , III, 13 ; iv, 1 ; iv, 12, 18; v, 1 ; vin, 1,5, Ik, etc.. On ne peul pas toujours décider avec assurance quand ce genre de liaison a été employé. Celte liaison esl facile à reconnaitre là où la suite de l'histoire esl clairement indiquée dans le récil des événements, comme m, 1 (relativement à 1 1, 23) ; m, l'J ; iv, 1 , iv. 12. Elle esl positive aussi dans le cas où l'on annonce l'arrivée à un lieu où le départ d'un autre, et où la succession est par conséquent déjà indiquée par l'énoncé des lieux, comme v, 1. Comp. avec vin, 1; coinp. le dernier avec vm, 5 ; celui-ci avec vin, li ; wn, 18 ; comp. avec vin , 28. Il laul cependant remarquer ici , qu'à côté de ces points qui fixent la h arche de l'histoire, on a pu pincer des faits auxquels le (il naturel de l'histoire eût assigné une autre place, mais qui ont été enlevés à leur entourage historique pour les placer à côté d'autres faits dont le fond est analogue, comme on l'a fait ch. ix, 9- 13 ; li-17. Cet i sérail alors la seconde manière de coordonner les faits , la manière arbitraire historique. Car lorsque Matthieu se serl de la formule vague xat mcptcfn inû ev. ix, 9-13. et du mol -6-e encore plus vague, ix, lfc-17 : pour joindre ces passages à ix, 1 et suiv., nous ne sommes pas encore c< mplélement dans la nécessité de rapporter l'un au même temps, l'autre au même lieu, que le récil qui le précède. Mais le - .-. yw» tarifai s'app ique seulement à la *illc de Capliarnaùm dans l'enceinte ou dans les env.rous de laquelle étail Jésus quand il appela Matthieu à sa suite, cl le mot -ott, en sa qualité de particule de temps, exclut loule désignalion de lieux, et est souvent employé comme particule dans un sens très-vague par Matthieu lui-même, comme le mot alors dans un sens absolu. Mais comment reconnailronsnous quand ces formules doivent eue prises dans un sens si large, qu'elles cessent de conduire la marche de l'histoire en tant qu'histoire, pour ne servir qu'à fournirde nouvelles preuves pour renforcer le point de vue pratique , d'après lequel elles sont adoptées? Nous concluons à la possibilité, d'une manière historiquement arbitraire, de lier les faits chez un écrivain comme Matthieu , quand ces mêmes faits sont analogues quanl au fond, et dans ce cas I arbitraire historique trouve sa justification dans la loi didactique à laquelle l'écrivain obéit. Nous concluons à l'existence réelle d'une liaison de celte nature, lorsque l'opinion opposée surcombe sous le poids des difficultés internes, comme la vocalion de Matthieu, ix , I et suiv.. ou quand la même histoire est placée-
q.ue dans ces circonstances , cmnine dans beaucoup d'antres, les Allemands évitent avec soin tes hypothèses les plus simples.
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
ailleurs par un autre écrivain et environnée de circonstances bien plus vraisemblables, ce qui arrive dans Luc, par rapport aux passages ix, H et suivants, car Luc n'introduit pas 9ur la scène les disciples de Jean : Luc, v, 33 et suivants. Outre ces passages, comp. Matlh. xiv, 3-12; xn, 1-8; 9-14, cl Luc, vi, 1-5; 6-11. D'après la voie dans laquelle Matthieu est entré, cette marche historique arbitraire paraît, à mon avis, portée si loin chez lui, que je pense qu'il savait tort bien à quelle époque appartenait l'expulsion des marchands du temple, Jean, n, 14 et suivants , lorsqu'il l'a rapportée au dernier séjour de Jésus à Jérusalem, et cela parce que cette histoire lui paraît très-importante, et qu'il n'eût pu la raconter ailleurs, puisqu'il passe sous silence tous les voyages à Jérusalem au temps des fêtes à l'exception du dernier. Dans le cas où Matthieu se trouvait ici, celte transposition du fait n'altérait en rien, à proprement parler, la vérité de l'histoire, puisque le véritable caractère de ce récit tenait au lieu de la scène. Les transpositions sont encore bien plus indifférentes a l'égard des discours : un écrivain qui, comme Matthieu, écrivait dans un but tout dogmatique, ne devait se faire aucun scrupule de les donner, sans prendre soin de les rattacher aux temps et aux lieux dans lesquels ils avaient été prononcés, pour s'attacher uniquement à nous communiquer avec fidélité Ieuc substance. Je ne voudrais donc pas soutenir que les discours de Jésus que Matthieu nous donne, aient été tous prononcés précisément en Galilée, pays auquel cependant Matthieu limite la scène de son histoire. Certes, s'il avait su qu'un jour ses lecteurs mettraient en question si Jésus s'était donné dès le commencement pour le Messie, et si, dès le début, il avait envisagé son royaume du côté spirituel , comme à la fin de sa vie, il n'aurait pas pris, à l'égard des discours de Jésus, une liberté qui loi a paru sans importance, même à l'égard d'un grand nombre de faits.
Je n'approuve pas, du reste, l'assertion de Olshausen qui exagère beaucoup la méthode de liaison des matériaux suivie incontestablement par Matthieu, et va jusqu'à lui prêter une conclusion dont la conséquence est presque l'anéantisscmentdeson caractère historique ; ses expressions sont déjà trop fortes lorsqu'il dit que l'intérêt chronologique et local est complètement mis en arrière, et la conséquence qu'il en lire est tout à fait fausse : « Quoiqu'il soit vraisemblable, dit- « il, que Matthieu, en sa qualité de Galilée», « nous raconte principalement les événe- * menls arrivés en Galilée , son récit est « cependant si général (comp. îx , 35, à x, « 1 ; il, 1, 2, 7; xn,l,9 : xv, 22), qu'il peut » aussi bien se rapporter aux événements « de Judée qu'à ceux de Galilée. On agit « donc sagement, dans l'appréciation d'un « ouvrage comme celui de Matthieu, qui k est évidemment dominé par de tout autres
DÉMONST. ÉTANOÉL1QUE. XVT1I.
« rapports que les rapports chronologiques « et locaux, en n'attachant aucune impor- « tance à ces deux points, sauf toutefois les « cas où la connexion indique expressé- « ment un rapport soit de temps, soit de « lieu. » Je ne nierai pas qu'un évangile tel que Olshausen le conçoit, dans lequel le point de vue historique est complètement absorbéparle dogmatique, ne soit pnssible;je pense même que Matthieu n'avait qu'un pas de plus à faire dans la voie dogmatique qu'il a adoptée pour composer un tel évangile. Mais on trouve si peu de traces d'une telle marche dans les temps apostoliques, qu'on ne pourrait produire un seul exemple d'un abandon complet du point de vue historique de l'Evangile , même dans la prédication apostolique qui, d'.iprès sa nature, devait incliner très-aisément vers cette tendance. Les évangiles de Marc et de Luc prouvent, au contraire, en tant qu'ils sonl basés sur la prédication apostolique, qu'elle attacha t en partie pi us d'importance à l'histoire que M illhieu. La différence importante qui existe chez Matthieu, entre les points chronologiques et locaux, a tout à fait échappé à OUhausen. Le côté local y est établi d'une manière bien plus précise et expresse que le côlé chronologique (comp. m, î -13 ; iv, 12, 18,23-25; vin, 5; ix, 35-38 et suiv.). Le côlé local porte bien plus sur les faits, d'après leur nature, que sur les discours, qui dépendent davantage de la chronologie. On ne peut donc, sans la mauvaise foi la plus choquante et l'arbitraire le plus évident, reprocher à cet auteur d'avoir procédé aussi librement à l'égard des faits qu'à l'égard des discours , quand il est manifeste qu'il a pris beaucoup plus de soin de la désignation des lieux que de celle des temps. Ou ne peut, en particulier, si l'on admet qu'il a incorporé aux enseignements deJésus en Galilée des éléments tirés des discours prononcés par lui en Judée, vouloir soutenir qu'il a procédé de la mémo manière à l'égard des faits.
L'examen de ce caractère propre du premier évangile nous offre des résultats peu. nombreux, à la vérité, mais incontestables, et qui peuvent servir à un classement vrai de ce qui lui est particulier, quant au temps et aux lieux.
1° En masse, l'évangile procède historiquement. Le progrès de son histoire est en partie exprimé chronologiquement, en partie indiqué par les changements de lieux qu'oo y trouve désignés. Depuis l'entrée en scène do Jean jusqu'au dernier voyage à Jérusalem, la succession des événements isolés et indépendants n'est désignée nulle part d'une manière préiie.et la comparaison avec le quatrième évangile est !e seul moyen d'arriv. r à des résultats plus exacts à cet égard. M et seulement certain que le rapprochement immédiat de deux événements, qu'ils soient liés ou non par une particule de temps (telle que TÔ:e , n'est pas une raison suffisante de conclure à la succession immédiate de ces évé- ( Vingt-cinq.)