‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 11 sur 255 · ARTICLE VI · texte numérisé non relu

ARTICLE VI

Distinction de la foi catholique de la foi particulière.

27. La foi chrétienne a uécessair« ment pour fondement la révéla! ion de Dieu. ?1 faut donc, pour pouvoir faire un acte de foi chrétienne, avoir une entière cerlitude, qui exclut tout doute louchant cette révélation. Dire que la foi (je parle toujours de la foi chrétienne) puisse exister avec la seule probabilité de la révélation et avec le doute si Dieu a vraiment parlé ou non, c'est une proposition condamnée r Assensus fidei supernaturalis et utilis ad salulem, stat cum notilia solum probabili revelalionis , imo cum formidine, qua guis formidet , ne non sit locutus Deus (1). Or, puisque les objets révélés de Dieu sont tous contenus dans l'Ecriture sainte ou dans le dépôt de la tradition, nous pouvons nous assurer de la tradition par deux voies, c'est-à-dire, ou en consultant l'Ecriture el la tradition, ou en écoutant l'enseignement oral de l'Eglise. Il importe d'examiner les différences notables qui peuvent se rencontrer en suivant l'une ou l'autre roule.

28. En premier lieu, supposons donc que, pour ro'assurcr de la révélation de quelque article, je consulte les livres sa-rés cl les monuments de la tradition : prenons pour exemple l'article de l'infaillibilité du pape. Après avoir bien étudié, examiné et con-

(1) Propos, xxi condamnée par Innocent XI, le

fronlé, je trouve que cette infaillibilité est contenue dans ces dépôts de la révélation, et je l'y trouve d'une manière si certaine, que je ne puis pas raisonnablement en douter. Je dirai donc : Je crois l'infaillibilité du pape , parce que Dieu l'a révélée. On demande maintenant : est-ce là un acte de foi chrétienne? Avant de répondre, que l'on fasse attention qu'à la formation de cet acte, concourt, du moins indirectement, l'autorité de l'Eglise, puisqu'elle m'assure que les livres sacrés et la tradition sont les dépôts de la parole de Dieu. Néanmoins, comme la parole de Dieu écrite et Iransmise de bouche en bouche peut être interprétée de diverses manières, et que je puis errer en voulant en saisir le véritable sens, quand l'Eglise ne l'a pas ûxé, ainsi, dans notre hypothèse, je ne puis avoir toute celte certitude de la révélation, qui exclue le moindre doute en sens contraire. Que d'écrivains, même au sein du catholicisme, qui nient l'infaillibilité du pape, et expliquent la parole de Dieu écrite el la tradition sur ce point, dans un sens tout à fait éloigné du mien? et en somme, la cerlitude que j'ai de la révélation de l'infaillibilité du pape, quelque grande el ferme qu'elle soi, repose lout entière sur mon sentiment privé et sur la persuasion particulière où je suis, que le sens de la parole de Dieu e^t précisément celui qne j'entends. 11 semble donc que cet acte je crois l'infaillibilité du pape, parce que Dieu l'a révélée, porte avec lui le doute touchant la révélation, el par conséquent ne peut être un acte de foi chrétienne.

29. Ce raisonnement" sera surtout concluant si la parole de Dieu écrite et transmise par tradition n'est pas suffisamment claire, et si elle n'a pas un sens précis et unique : il n'est pas possible dans ce cas d'exclure le doute raisonnable touchant l'existence de la révélation. Mais quand la parole de Dieu a un sens clair et unique, qui ne peut être obscurci et embrouillé que par de misérables sophismes, incapables de frapper l'intelligence et de détruire l'évidence , alors nous sommes certains d'une cerlitude entière et qui exclut tout doute de l'existence de la révélation, et par conséquent nous pourrons faire un acle de foi chrétienne sur l'article que nous croyons révèle. Que la queslion de l'infaillibilité du pape soit con- • signée dans le dépôt de la révélation avec la dernière évidence et une entière certitude, je n'ai pas à m'en occuper présentement. Je dis seulement que si quelqu'un juge et croit fermement qu'elle y est contenue, il pourra faire là-dessus un acte de foi ; et la grâce de Dieu, qui est un principe nécessaire pour produire cet acte, comme nous le ferons voir dans le dernier article de ce chapitre, suppléera à tout ce qui pourrait manquer à cet acte de certitude nécessaire à tout autre titre. Et voilà ce que j'appelle foi particulière, puisqu'elle n'emporte pas avec elle l'obligation d'être crue universellement de cœur, et professée de bouche par tous les chrétiens.

± mars 1679.

DEMONSTRATION EVANGKLIQUE. HOLGEM.

iO

Moi, qui suis persuadé, d'aprèi l'évidence .1 mes jeux réelle, de la parole de Dieu, que l'infaillibilité du pape est révélée, je suis obligé de croire cel article, et je ferais injure à Dieu el je pécherais, si je ne le croyais pas. Les juifs, en voyant les miracles opérés par Jésus-Christ, étaient fermement assurés qu'il était envoyé de Dieu, et qu'il parlait en son nom : cela posé, ils étaient obligés de croire avec une foi inébranlable ses paroles, et en n'y croyant pas, ils péchaient, comme le leur fait entendre Jésus-Christ lui-même dans les reproches qu'il leur adresse (Joan. xv, 22- 2fc). Mais la certitude que j'ai acquise en étudiant la parole de Dieu, ne peut être acquise par le plus grand nombre de chrétiens, qui sont incapables d'une pareille étude ; et même plusieurs parmi les théologiens ne voient pas el ne reconnaissent pas celte évidence qui frappe mon esprit. Tous ceux-là ne sont donc pas obligés de croire et de professer l'infaillibilité du pape, quoique, pour ce qui concerne les théologiens, il faudrait maintenant examiner si l'évidence de cel article ne leur est pas connue par un véritable défaut de l'esprit, ou par la faute de leur volonté. Tout le monde sait que les préventions, l'esprit de parti, l'engagement pris et le désir de ne pas trouver vrai ce qui nous déplaît, et d'autres affections perverses de noire cœur, élèvent un nuage si épais autour de notre intelligence, que l'on nierait alors, comme l'observe très-bien Bayle dans ses Lettres critiques, jusqu'à l'évidence métaphysique des démonstrations d'Euclide. C'est alors que l'on donne la torture à son esprit en recourant à mille subtilités et à mille sophismes, qui le font, pour ainsi dire, s'évaporer en une fumée imperceptible. Celui-là serait donc bien insensé qui voudrait rassurer sa conscience sous un prétexte si vain. Toutes ces subtilités, tous ces sophismes par lesquels les juifs cherchaient à obscurcir à leurs yeux l'évidence des miracles de Jésus-Christ et des conséquences qui en naissaient nécessairement, purent-ils excuser leur incrédulité et les soustraire à la colère d'un Dieu justement irrité contre ce peuple endurci?

30. Les articles énoncés dans l'Ecriture et dans les monuments de la tradition avec un sens très-clair, précis et unique, sont en trèspetit nombre, et ces articles sont toujours enseignés de vive voix par l'Eglise, qui propose aux fidèles ce sens comme révélé. Us sont donc toujours matière de foi catholique et obligatoire. Pour objets de foi particulière, restent lous ceux qui n'ont pas celle même évidence de sens, el ne sont point déterminés par l'enseignement oral de l'Eglise d'après un certain sens précis, qu'elle propose à la loi de lous. Et l'on ne pourra jamais regarder comme hérétique formel, ni le traiter de tel extérieurement, celui qui, de vive voix ou par écrit, nierait ces articles. C'est ici le cas de distinguer l'erreur de Yhérésie, et de dire avec saint Augustin : Krrare putero, sed hœreticus non cro. Celle erreur pourra être même coupable et criminelle par rapport à la foi, si l'on nie une vérité connue, comme

nous l'avons dit plus haut ; mais ce péché est un péché d'hennir dans le for inléri'Lir el devant Dieu, et non daai le for extérieur el à la face de l'Eglise. Ces articles qui ne sont pas clairement exprimée, sont ceux au sujet desquels naissent des controverses même entre; catholiques, et qui sont débattus el interprétés en sens contraires, sans blesser la paix et l'unité catholique, lant que l'Eglise n'a pas interposé son autorité en décidant les pointa contestée. Boeraet et Fénelon disputèrent longtemps enlre eux sur certaines maximes , attaquées par Dossuet comme étant contraires à la parole de Dieu, el défendues par Fenelon comme y étanl conformes. L'un et l'autre disputaient donc devant le tribunal des témoignages morls, et sur le sens de ces mêmes témoignages. L'archevêque de Cambrai avait torl certainement, et il était dans l'erreur; mais il fut toujours catholique, et personne n'avait le droit de le traiter extérieurement d'hérétique. La question fut ensuite décidée de vive voix par le chef de l'Eglise, qui condamna plusieurs propositions île Fénelon : alors commença l'obligation de rejeter ces propositions condamnées, et de les croire de cœur et de les avouer de bouche dignes de toutes les censures dont elles avaient été frappées par le pape. C'est précisément ce que fit Fénelon, en se soumettant aussitôt et sans la moindre restriction à la décision du souverain pontife, laissant ainsi un exemple éternel d'édification pour les chrétiens, et de confusion terrible pour tous les rebelles défenseurs de Jansénius et de Quesnel. Saint Augustin excuse très-souvent saint Cyprien et les évoques rebaptisants, précisément à cause de l'obscurité de la question, qui n'avait pas élé encore définie par l'Eglise ; el celle définition faite poslérieurement à saint Cyprien, il l'oppose aux donatistes pour les déclarer publiquement hérétiques. « L'obscurilé de la question de rebaptiser, dit-il, dans les temps antérieurs au schisme de Donat, fut cause que plusieurs grands hommes el saints évéques disputèrent enlre eux, embrassant des sentiments contraires . toujours sans blesser la paix et l'unité catholique, jusqu'à ce que le sentiment et la pratique à suivre fussent fixés par la voix de l'Eglise ; el c'est ainsi que furent dissipés tous les doules, et terminées toutes les disputes. »Quœstionishujus obscuritas prioribus Ecclesiœ lemporibus ante sehitma Donati magnos viros el magna caritate prœditos patres episcopos, ita inler se compatit, salia jiace, disceplare atuue fluctua e, ut diu conciliorum in suis quibusque regionibus diversa slatuta mut verintt donec plenario toi, us orbis concilio, quod saluberrime sentiebatur, ctiamremolis dubitationibus firmarelur (Lib. 1 de Haptismo cont. Donat., cap. vu, n, 9). « Nous sommes hommes, dit ailleurs le saint docteur : se tromper, c'est l'apanage de notre faible humanité ; mais persévérer avec obstination dans son propre sentiment jusqu'à se séparer de la communion catholique et à tomber dans le péché horrible d'hérésie, en rejetant les décisions

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

de notre mère la sainte Eglise; c'est là une perversité diabolique.» Homines enim sutnus ; unde aliter aliquid sapere, quam res se habet, humana tenlatio est. Nimis autem amando sententiam suam, vel invidendo melioribus, usque ad prœcidenda communionis et condendi schismatis, vel hœresis sacrilegium pervenire, diabolica prœsumptio est (Ibid., lib. II, cap. v, n. 6). Ce sacrilège, les donatistes le commirent, eux qui rebaptisaient après et contre les définitions de l'Eglise. « C'est pourquoi, conclut le même saint Augustin, on peut bien souffrir l'erreur de celui qui dispute sur des questions qui ne sont pas encore assez bien éclaircies, ni décidées par l'autorité de l'Eglise; mais l'on ne peut, et l'on ne doit souffrir celui qui cherche à renverser le fondement même de l'Eglise, c'est-à-dire sa parole et ses décisions (n. 25). »

31. Concluons donc que la foi formée d'après les passages des textes sacrés et les monuments delà tradition, c'est-à-dire appuyée sur des témoignages morts et sans renseignement de vive voix de l'Eglise, sera toujours une foi particulière , et qui ne sera jamais universellement obligatoire et catholique. Par conséquent, dans de semblables matières, il n'est jamais permis à un chrétien de se séparer de communion de ses adversaires, qui pensent autrement que lui , ni de les taxer d'hérésie , ou de les appeler hérétiques. De pareilles qualifications sont réservées au tribunal de l'Eglise. Ainsi, si quelqu'un nie l'infaillibilité du pape , même publiquement dans des ouvrages imprimés , nous pourrons bien le combattre, et par les textes de l'Ecriture sainte et par les monuments de la tradition , lui faire voir la fausseté de son sentiment ; mais là s'arrête l'autorité d'un théologien particulier. Au reste, je suis persuadé (sauf meilleur jugement) que l'on ne pèche pas contre les règles, quand on appelle hérésie un sentiment que l'on croit contraire à la parole de Dieu écrite et traditionnelle, même avant les définitions de l'Eglise. Cette expression A'hérésie convient à toutes les erreurs qui sont contraires à la parole de Dieu, quoique celui qui soutient de semblables erreurs les soutienne sans être coupable; ainsi l'erreur des rebaptisants était vraiment une hérésie en elle-même, même du temps de saint Cyprieu , avant que l'Eglise interposât son autorité décisive. Donc, quand un théologien privé emploie le mot hérésie dans les matières non définies par l'Eglise, l'on doit entendre que cela se dit doctrinalement et n'a d'autre autorité que celle des raisons et des preuves produites par le théologien. Mais, dans des matières semblables, l'on ne doit

i ;unais appeler hérétique celui que l'on com- >at; puisque cette expression ne convient qu'à l'obstination de celui qui résiste à l'enseignement oral de Pliglise. La conduite de saint Augustin à l'égard des pélagiens nous servira à éclaircir et à confirmer en même temps toutes ces choses. Il appelle bien leur doctrine une nouvelle hérésie qui vient de paraître dans l'Eglise; mais il ne leur donne le titre d'hérétiques qu'après la décision des

Dl MONST. ÉVANOÉL1QUE. XVIII.

conciles d'Afrique , confirmée par rescrit du pape saint Innocent, d'après lequel il affirme expressément que cette cause est fivée. Et le catéchisme romain , en commençant à expliquer l'article Credo sanctam Ecclesiam cathoiicam, dit : non enim ut quisque primum in fide peccarit , hœreticus dicendis est, sed qui Ecclesiœ auctoritate neglectaimpias opiniones pertinaci animo tuetur (Edit. Rom. 1761).

32. Le second moyen pour s'assurer de la révélation d'un article quelconque, c'est la voix de l'Eglise. Or cette voix se fait entendre à nous de deux manières : premièrement, par l'enseignement public et pacifique; secondement, par la décision expresse des questions débattues. A l'enseignement public et pacifique appartient le symbole plus ou moins étendu que l'on propose , et que l'on commande à tous les chrétiens de professer; à ce même enseignement appartiennent les professions de foi autorisées par l'Eglise; les pratiques constantes et universelles de l'Eglise , en tant qu'elles sont liées avec certains dogmes qu'elles supposent; enfin à cet enseignement appartiennent tous ces articles qui sont enseignés comme de véritables dogmes de foi, dans les catéchismes approuvés ou expressément ou d'une manière équivalente par l'usage public et universel. Et il est bon aussi de remarquer que d'un dogme de foi expressément professé, on peut en inférer d'autres dogmes, par une conséquence évidente et nécessaire; et ceux-ci appartiennent également à l'enseignement public de l'Eglise. Tous les Pères se sont servis du raisonnement pour convaincre les hérétiques. Lorsque, d'un article professé dans le symbole, on pouvait , par une conséquence manifeste et nécessaire, déduire quelque autre article , celui-ci était encore proposé comme un dogme de foi , et tout sentiment contraire était rejeté comme une hérésie. La chose est très-connue sans qu'il soit besoin de la confirmer par des exemples : il suffit de consulter les Pères des premiers siècles , et l'histoire des premières hérésies qui déchirèrent le sein de l'Eglise ; et celte manière de faire connaître les dogmes et de convaincre les hérétiques a été employée dans la suite et continuée sans in» terruption jusqu'à nous.

33. Ce second moyen de l'enseignement public et pacifique est aussi sujet , je ne dis pas toujours , mais du moins souvent , aux mêmes difficultés auxquelles nous avons vu qu'était sujet le premier moyen, qui consiste à consulter les témoignages morts dans la parole de Dieu écrite et transmise de bouche en bouche. Pour ce qui regarde l'intelligence du sens juste et précis des choses enseignées dans les catéchismes publics et autorisés peuvent se trouver les mêmes difficultés, les mêmes ambiguïtés que l'on trouve, en effet, dans l'interprétation des divines Ecritures et des monuments de la tradition. (Juand un article est inféré d'un autre, leur connexion, la nécessité de celte connexion peut n'être pas suffisamment claire ; et cela arrive alors surtout qu'un dogme ne découle pas d'un

[Deux.)

DEMONSTRATION EYaNGI I IQl I . BOLCI M

antre par conséquence imi et qu'il

csi nécessaire dun raisonnement plus long pour l'en déduire. Bn outre , il peut se former des doutes sur le fait des pratiques de l'Eglise . on »or leur auliquité et leur unive satilé, comme il arriva du temps de Cyprien , au sujet de la pratique de m rebaptiser «eux qui avaient été baptisés pai les hérétiques. Ou peut aussi ne pas voir clairement la connexion nécessaire entre les pratiques de l'Eglise et les dogmes suppi comme cela parait être arrive . à mou a\is, à saint Cyprien et à ses adhérents dans la controverse louchant le second baptême.

Enfin l'enseignement public et universel de l'Eglise peut n'être pas sufQsâmment certain quant au fait. Toutefois je ne comprends point comme sujets à toutes ces difficultés le symbole et les professions publiques de foi, pour les articles qui y sont exprimés.

V*. Eclaircissons tout ceci par un exemple remarquable , qui servira à taire voir avec évidence la ligue de cou uile suivie par nos Pères, dans un cas où fut répandue une doctrine co.'raire à l'enseignement public et paisible de l'Eglise. Je lire l'histoire de ce fait d'une lettre qui fut écrite par saint Cyrille , évéque d'Alexandrie, au pape saint Célestin dans le cinquième siècle (Apud tabbe, t. 111, col. .UO sqq.). Nestorius, évêque de Constanlinople , pensait que la sainte vierge Marie ne devait pas être appelée Mère de Dieu, mais bien M<rc de Jésus-CItrist. Un jour, au moment où le peuple était rassemblé dans l'église, et Nestorius placé sur son siège, un certain évêque Dorotbée se dressa et cria d'une voix haute et distincte : « Si quelqu'un dit que Marie est mère de Dieu, qu'il soit analhèine. » Si (juis Mariom Deiparam dixerit , anathema sit. Alors s'éleva un cri d improbalion parmi le peuple, et plusieurs sortirent de l'Eglise , ne voulant plus communiquer avec les évèques qui nourrissaient de tels sentiments.

Saint Cyrille atteste que, à l'époque où il écrivait, la plus grande partie des habitants de Constantinople , presque tous les moines et leurs supérieurs , et même une bonne partie du sénat , ne se rendaient plus aux assemblées des chrétiens , de peur d'entendre quelque proposition contraire à la foi. Les homélies de Neslorius , introduites en Egypte , firent naître des disputes sur sou sentiment , les uns les défendant comme orthodoxes , les autres les délestant comme hérétiques. Voilà le fruit amer cl maudit que ne manquent jamais de produire les mauvais livres. Saint Cyrille accourut pour arrêter le progrès de cette peste, et il écrivit une circulaire à tous les monastères d'Egypte pour les exciter à persévérer avec courage dans la véritable foi. Quelques copie* de celle lettre , apportées à Couslantinople , produisirent le meilleur effet, ci valurent au saint évêque des remerclmenls de la pari du magistrat de celle cile. Dieu veuille que les bons livres servant d'antidote contre les erreurs qui ont cours dans ce siècle infortuné, qu'ils produisent de salutaires clïels , qu'ils

éclairent de pauvres < brétiens, lespn et les retirent de l'es i sur. Nestorius pi 'là occasion de l'indigai i contre i< ia Cj I

de vomir sa I .'.:aqu ml

■ils el le maltraitant pour cette cite i ai do . pari qu'il pi ofessaH une • cti ine conti au e a i iieane , el qu'il ai ail plusieurs personnes dans la voie de la » ■ Verumhoe ipsum Nest ri» quodd m ira c<iit- I • i i ■ ■ ■ i uentuoi subminisli

itaque ut Itost'iittm ugnat , aliud plane n de guo me incutet , habens , qtuun u m qvod eodem, quo il e, sentit paucos ad suitaui mentent r , lis le

saint docteur, méprisant les es et les

machinations il Nestorius , et abandonnant à Dieu le soin de sa défense persouui rerum (loci i fàciens, qu9 advereum »/<■ maehinatm est , De< que . </ui otnnia p test el n omnia comnittens , il écrivit à Nestorius luimême , le conjurant de renpfl reurs , et lui assurant que tous les évéquea d'Orient étaient d'un seuiiiueol coolraii sien liais celui-ci ne tenant nul compte du consentement des autres ivèqn aimé

de cet esprit d'orgueil vraiment diaboli qui est le propre de tous les i'"'5»

comme nous l'attestent l s Pères Ici plus anciens de l'Eglise (5. Irsnœustlib. i hœres., cap. vi, n. i. Tertuiliasuts, de Piœscri/d., cap, xli. S. BieroRffmu», in \

Oseœ et ulii), se croyant supérieur i à (ous les autres , il commua avec obstina» lion à répandre le poison de ses hérésies. Et quia hoc Nestorius non ignorât , bus sapientiorem exùtimat ; te solum à Scripiurœ scopum attigisse, se solum Christi mystrrium cognovisse o pinot ur. M .

le sainl évêque d'Alexandrie ne voulut pas rompre publiquement avec Nestorius .

séparer de communion avec lui; m il il écrivit au pape saint Celestiu , le priant de prescrire ce qui devait être f iil par lui et par les autres évèques dans celle occasion : jirias auÂee» illius communionem paltm aperteque deserimus. quant lare ipso , |

tuœ indicarsmus. Digneris proinde quié h.c sentias pr<£scribire% <tuo liquida n*bisc**4têt COtnmunicare ne %os C m Mo oporteat, an vero eidem Ube>e deuuntiure; asMsaeas enai eo communicare, qui t/usmodi n dactri-

n un fovel ne prêtaient. Et saint Cyrille \eut que le sentiment du pape , à ce sujet . annonce par lettres aux évèques de SÏ doine Cl de tout l'Oiient : Porro tua iniegritatis me n s. 1 1 super kac r< stnU ut. a. piit*iuHSt Deoque devolissimis Mmcdonur tpist neenon toiius Onenti> urtisiibus perspicue par Miteras expuni dibet.

315. Après avoir remarqué en pansant l'indignation elles inlrifiues de NastOffUe, lrisl« exemple couatanuuenl suivi par tous RM novateurs pour opprimer les défenseurs de la vé/i té, faisons quelques réflexions sur tait que nous avons rapporte. 1 Dans ,, !

S i iss.,il d un article compris dans 1 eusiigoeinent public et t aiverai I de l'Eglise, qui n'avait jamais ete conteste par aucune doctriac directement contraire. Le cri poussé

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

publiquement par le peuple dans une église contre l'évêque Dorothée, et l'éloignement de ce même peuple des moines et du sénat des assemblées religieuses où se trouvait Neslorius, prouvent clairement la possession pacifique du litre de Mire de Dieu, que l'on donnait à la sainte vierge Marie. 2" Cet article était aussi compris dans les symboles. Tous les chrétiens y prof ssenl que Jésus-Christ est Fils de Dieu, et Dieu lui-même, et qu'il est né de Marie toujours vierge : il suit de là, par une conséquence claire et immédiate, que Marie est donc Mère de Dieu. 3° A peine les évéques d'Egypte et de Macédoine ont-ils connu l'opinion impie et nouvelle de Nestorius, qu'ils élèvent la voix contre lui, et constatent, aux yeux du peuple chrétien, la foi et l'enseignement de leurs Eglises, pour s'opposer à la doctrine nouvelle et erronée. Il paraît donc que rien ue manque ici pour autoriser les évéques et le peuple à regarder Neslorius comme un hérétique, et à le traiter publiquement de tel, en rompant avec lui les liens de la communion ecclésiastique. k° Saint Cyrille, en parlant de la doctrine de Neslorius, l'appelle expressément absurde, contraire à la foi apostolique et évangélique ; une doctrine perverse, erronée et injurieuse à Jésus-Christ. 5° Toutefois saint Cyrille ne se sépare pas publiquement de communion avec Nestorius; mais, pour cela faire, il demande et attend la décision du souverain pontife. On comprend facilement que les évéques de Macédoine et d'Orient tiennent aussi la même conduite, puisque saint Cyrille insiste pour que la décision du pa pe soil aussi envoyée à ces é\êques. 6° Que l'on remarque enfin quel grand cas font les saints Pères et les évéques d'Orient d'une décision du pontife romain en matière de foi. Il est évident qu'une cause concernant le dogme, au sujet de laquelle se serait produite quelque divergence d'opinion, n'aurait pas été regardée par eux comme finie, avant que le pontife romain eût prononcé; ci que la sentence de ce dernier devait servir de règle pour les sentiments comme pour la conduite des évêtiues et des peuples, et terminer toute dispute sans qu'il fût permis d'en appeler. C'est ainsi que saint August n déclara que la cause des pélagiens avait été terminée, non par la sentence qu'avaient prononcée les conciles d'Afrique, mais par la décision du pape saint Innocent. Nos pères étaient fermement persuadés que la foi professée publiquement et avec autorité par les successeurs de saint Pierre est ce fondement inébranlable contre lequel viennent se briser tous les efforts des puissances de l'enfer, et sur lequel il a plu à Jésus-Christ d'asseoir son Eglise, comme nous l'avons prouvé plus haut (n. 2k et note 1, col. 31).

86. Concluons de tout ce que nous avons dit, qu'il se présentera rarement des cas où la parole vivante de l'Eglise, qui se manifeste seulement par l'enseignement public et pacifique, autorise les particuliers à traiter d'hérélique cl à appeler lel un novateur qui paraît et propage des doctrines erronées. Soit instabilité naturelle aux hommes , soit amour de

la nouveauté, soit vain orgueil de paraître singulier, ou tout autre motif, dès l'instant qu'un novateur se lève, il trouve aussitôt malheureusement une foule de partisans et de défenseurs, qui, par mille subtilités, troublent la télé des gens simples et crédules, et répandent l'obscurité de mille doules sur les vérités les plus claires et le plus généralement reçues. Alors les disputes s'échauffent; de part et d'autre on écrit des livres, on multiplie les thèses et les réponses, et la plupart des chrétiens, médiocrement instruits , embrassent un parti, sans avoir la capacité nécessaire pour juger sainement d^s conlroveises qui s'agitent. C'est précisément ce qui arriva dans l'affaire de Neslorius , dans l'affaire d'Arius,en un mol dans celle de tous les hérésiarques. Ce qui doit causer le plus profond élonnement, c'est la facilité avec laquelle la doctrine impie et blasphématoire d'Arius , contre la divinité du Verbe, trouva de si nombreux partisans; et l'étonnement ne sera pas moins grand , pour celui qui examine avec attention les livies de Jansénius, de Quesnel, en voyant qu'ils trouvent tant de défenseurs, même dans notre Italie; livres qui. à force de presser et de multiplier les devoirs de l'homme, les rendent presque impossibles, et par conséquent finissent par conduire insensibl 'ment au libertinage; livres qui représentent la conduite de Dieu, dans le salut des âmes, sous un tel point de vue, qu'elle pousse au désespoir; livres pleins de sophismes, de textes sacrés de l'Ecriture et de passages des Pères mal interprétés; livres composés d'après l'esprit de Luther et de Calvin. On ne conçoit pas, je le répète, comment on propose de tels livres au peuple chrétien, pour servir à l'âme de salutaire nourriture. Mais cela sert à vérifier ce proverbe, qu'il n'y a pas de laideur si horrible qui, au moins par un caprice bizarre, ne plaise à quelqu'un : Nulla firdilus sine amalore.

37. Reste, pour s'assurer de la révélation divine, la parole vivante de l'Eglise dans ses définitions expresses. Celte parole se fat entendre précisé nent pour faire disparaître toute ambiguïté qui naîtrait sur le sens de la parole écrite ou traditionnelle, afin de terminer les controverses. Cette parole ne Lisse plus lieu à aucune espèce de doutes ou do tergiversations, et elle est la règle prochaine, universelle et infaillible de notre foi. Dès l'instant que celte parole définitive s'est fait entendre, il faut nous soumettre sans délai, déposer tous les doules, cesser toute contestalion, captiver notre intelligence, et nous unir tous dans la même croyance de cœur et dans la même profession de bouche. Quiconque ou résiste, ou cherche des prétextes pour ne pas obéir aux décisions de l'Eglise parvenues à sa connaissance , à l'instant même est un hérétique, et loule doctrine opposée, une hérésie.

38. Jetons un coup d'oeil sur les premières décisions qui lurent prononcées dans l'Eglise contre les erreurs qui s'élevèrent dans son sein. Saint Pierre seul décida contre l'erreur de Simon le Magicien, et, dans la suile, celte

ni.MONSTIlATION EVANGELIQUE. BOLGENL

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( . rmr fut toujours regardée < o mm ans bérésl i (Act. tmi). Saint Pierre prononça une aulre décision dam le concile de Jérusalem,

conjointement avec les apolrcs el les lén leurs (1 ), contre la nécessité des obieri 101 M

mosaYqoes [Aet. xv), aprèi laquelle furent regardés comme hérétiques tous ceux qui jugèrent indispensable au salut l'union de la loi cérémonielle de Moïse ci la loi évangéliquc. Dam tes lettres des apôtres nous avons diverses décisions prises c nlre diverses doctrines erronées, introduites dans le christ ia— ni-me par de laux frères. Hégésippe, éci ivain ecclésiastique très -ancien, allesie que les hérétiques du premier siècle disséminaient leurs pernicieuses doctrines avec beaucoup de réserve, et comme sourdement, parce qu'ils redoutaient la parole vivante des apôtres el de tous ces disciples qui avaient ver u avec Notre-Seigneur Jésus-Christ el avaient reçu ses enseignements de sa propre bouche. tfï.ns quand ils furent tous morts, les hérétiques prirent courage; ils commencèrent à répandre publiquement et à soutenir avec hardiesse leurs nouveautés, leur paraissant plus facile de corrompre le dépôt laissé dans les saintes Ecritures el dans renseignement que de contredire la parole vivante et la décision expresse des apôtrps (Apud Euseb., Hist. ercles. lib. m, cap. 32, edit. Valesiij.

39. Les apôtres étaient doués chacun en particulier du privilège de l'infaillibilité; mais ce privilège était en eux personnel, et finit en eux par la mort, comme l'enseigne uniformément la tradition. Il n'y eut que saint Pierre dont les privilèges, regardant le gouvernement de l'Eglise, étaient destinés par Jésus-Christ à être transmis à ses successeurs, les évéques de la sainte Eglise de Rome. Tout le corps des évéques calhoiques, y compris toujours comme chef le pape, succède véritablement , et dans toute la rigueur des termes, au collège apostolique : c'est pourquoi au corps des évéques uni avec le pape est dévolu le privilège de l'infaillibilité. Après la mort des apôtres, la parole vivante de l'Eglise, parole, dis-je, de décision exprnsse contre les erreurs qui s'élevaient dans son sein, s'est fait entendre de trois manières un peu ditîérentes. lu Par les décisions du pontife romain seul, antérieures à tout concile : c'est ainsi qu'ont décidé saint Pierre cooire Simon le Magicien, saint Célestin contre Nestorius, saint Léon contre Eutychès, Innocent X contre Jansénius. A ces décisions s'est toujours conformé et à toujours été uni, parla soumission elle consentement, le corps des évéques catholiques, ou réunis en concile, ou dispersés dans l'Eglise. •2" Par les décisions des conciles particuliers, confirmées dans la suite par la sentence définitive du pape, comme cela arriva dans l'affaire des pélagiens el des semi-pélagiens. 8" Par les décisions du pape cl du concile général réunis ensemble : telle fui celle du concile de Nicée contre les blasphèmes d'Arias. (Juelle que soit celle de ces trois manières donl parle

(1) Les prêtres. ( Note du traducteur.)

PEglise, Jésus-Christ lui-même parle par -a bouche : i '« si pourquoi qui écoote celle-ci

Dole Jésus-Christ, el qui méprise eelh méprise Jésus-CbrUl el <<m divin Père : (

I audit, me </!<'/,[, it qui 90$ fjieinit, me

iptrnit. Qui autem speruit me, $pernii <um qui me miiit Luc. x, 16).

Pour former une décision de l'Eglise, l'inlerveotioa de l'autorité du pape est absolument nécessaire < t indi«pei < Ile l'Eglise ne parler.! jamais d'une i miel finitivc et obligatoire pour tous lei < h «-. .<- n - A sain! Pierre el a ses successeurs il sppar« tient, par l'institution de J los-Cbrist, de < <>nfirmer les frères dans la foi, c'est-à-dire de faire disparaître tous le» doutes et d'éteindre les disputes qui l'élève ot sur les matières de dogme, en affirmant, en vertu de l'autortl de l'infaillibilité reçues par les prier, s de Jésus-Christ, que tel el tel article est vraiment révélé de Dieu. Voilà le témoignage irréfragable, qu'il n'est pas permis de récuser sans pécher contre la foi ; voilà le fondement sur lequel est assis le fondement de l'Eglise. Les autres évéques, ou dispersés, ou réunis en concile, quelque grand que soit leur nombre, ne jouissent du priviléae de l'infaillibilité qu'autant qu'ils sont unis de sen'iments et de langage avec le pontife romain. Bas* celte union il n'existe , et ne peut exister de corps épiscopal qui représente l'Eglise catholique, puisque celte Eglise a, par institution de Jésus-Christ, dans le pontife romain un primat et un chef visible, qui agil visiblement en son nom, qui est le lien, le rentre, le principe et la source de l'unité catholique, et l'unique paste.ir suprême de l'unique bercail de Jesus-Christ.

40. Je n'ai fait, pour ainsi dire, qu'effleurer ces grandes vérités, que je me ilatte d'avoir exposées dans tout leur jour, et solidem ut prouvées dans mes deux ouvrages intitules : Faits dogmatiques et Episcopal; je les ai, dis-je, traitées en passant, pour montrer la futilité de ces prétextes, dont les défenseurs de Jansénius el de Quesnel se flattent de pallier à leurs propres yeux et à ceux des autres la témérité de ne se soumettre ni de cœur, ni de bouche, aui bulles dogmatiques pontifes romains, et en partie lier à la huile Unii/enitus. Ils attendent la décision d'un futur concile, auquel plusieurs d'entre eux en ont appelé publiquement : mais ce concile ou se conformera aux décisions du pape dans ses bulles, ou non; s'il ne s'y conlorme p il sera regarde par l'Eglise comme le concile de Himiui. ou le brigandage d'Bpbèse, ou le concile de Constantinople de plus de trois cents évéques, tenu contre le culle des images : en un mol l'Eglise ne regardera j imais, ne pourra jamais regarder comme concile général une assemblée, quelque nombreuse qu'elle soit, d'evéques en dissidence avec son chef sur des matières de doctrine révélée, non affermi» dans ta foi par saint Pierre, et qui tentent de séparer le fondement sur lequel repose l'édifies mystique de Jesus-Christ. Lu-

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

suite, si le concile futur se réunit au pape, comme il le fera indubitablement, cette union ne donnera aux décisions du pape aucun poids d'autorité intrinsèque, n'y ajoutera pas le caractère de l'infaillibilité, qui fut attaché par Jésus-Chri\t à la prédication publique de saint Pierre et de ses successeurs. 11 ne fera donc autre chose qu'y ajouter la clarté extérieure d'une lumière plus vive, qui fera encore mieux ressortir aux yeux de tous les ebréliens l'odieux de l'audace des réfractaires. C'est précisément ce qui arriva dans les décisions du concile de Trente par rapport à la bulle de Léon X contre les erreurs de Luther.

41. Mais, pourquoi m'arrêtor à parler de futur concile? Les jansénistes et les quesnellistes n'onl-ils pas sous les yeux et dans les mains les preuves multipliées, authentiques, qu'on ne peut critiquer, de la soumission et du consentement uniforme , constant , aux susdites bulles de tous les évéques, moralement parlant, dispersés dans l'Eglise? Qu'attendent-ils donc pour se soumettre? pourquoi tergiverser encore? pourquoi tant se fatiguer et mettre leur esprit à la torture aGn de trouver des subtilités pour défendre leur opiniâtreté? Attendent-ils donc que la mort les surprenne à 1 improviste, comme un voleur, et qu'au jour terrible de la reddition des comptes, elle les présente la lettre d'appel en main, devant le tribunal de Jésus- Christ le souverain juge ( Luc. xii , 39 ; Apocal. m, 3) ? Ah ! de grâce, par pitié pour leurs pauvres âmes, qu'ils ouvrent les yeux à la lumière qui les environne de toutes parts, et qu'ils n'attendent pas que, par un juste châtiment de Dieu, ils soienfTivrés à cet aveuglement fatal, qui conduit à l'enfer : Ambulate, dum lucem habetis, ut non vos tenebree comprehendant ; et qui ambulnt in tenebris nescit quo vadat. Dum lucem habetis, crédite in lucem, ut filii lucis silis (Joan. xn, 35,36). La parole de Dieu est ce flambeau qui, parmi les obscurités de ce siècle doit éclairer nos pas dans le sentier de la vérité, et nous conduite au terme du salut : Lucerna pedibus mets verbum tuum, et lumen semitis meis (Psul. cxviii, 105). La parole de Dieu, ou renfermée dans les saintes Ecritures, ou consignée dans les monuments de la tradition, est bien souvent, comme nous l'avons vu, sujette à de grandes obscurités, parce qu'elle n'a pas par elle-même assez de clarté , et surtout â cause des doutes dont l'environne la pensée toujours diverse et inconstante, et même la malice des hommes. L'enseignement du corps des pasteurs dispersés dans l'Eglise est aussi lui-même sujet, dans beaucoup d'occasions , à de grandes difficultés île droit ou pour ce qui regarde le sens cl le fait; et l'expérience de tous les siècles démontre que celte lumière n'a pas été sulfisante pour discerner avec une parfaite clarté et précision, les erreurs de la vérité, les loups des pasteurs, les hérétiques catholiques. 11 n'y a que la parole définitive de l'Eglise, qui dissipe toujours et avec évidence toutes les ténèbres, et montre

à tous les fidèles la voie par laquelle on peut et l'on doit marcher d'un pas ferme et sûr sans éprouver la moindre crainte. Or, cette lumière très-sûre, nous la recevons des décisions du pontife de Rome, qui professe la foi en face de l'Eglise entière, et entend affermir ses frères dans cette même foi. Jésus-Christ, qui a laissé ici-bas sur la terre saint Pierre et ses successeurs pour tenir sa place dans le gouvernement universel et visible de son Fglise, les a par cela même évidemment destinés à parler en son nom et de sa part, et à instruire ses prosélytes dans sa doctrine; on peut donc très-bien appliquer au pape ce que Dieu dit au prophète Jérémie : Ecce dedi verba mea in ore tuo : ecce constitui te hodie super gentes, et super rrgna {Jerem. i, 9, 10). J'ai toujours cru (et je suis toujours de ce sentiment), que l'article de l'infaillibilité du pape est tellement lié au dogme de sa primauté, que l'on ne peut, si l'on veut être conséquent, admettre l'un sans l'autre. Jésus-Christ a établi le pape primat et chef dans le gouvernement universel de son Eglise pour les maiières appartenant à la religion ; c'est un dogme de foi : Ecce constitui te hodie super gentes, et super régna. La parole de Dieu et la foi en celte parole sont le fondement du salut des hommes, puisque sans la foi il est impossible de plaire à Dieu (Hebr. xi, 6), et le devoir imposé par Jésus- Christ à ses apôtres est la prédication de sa parole qu'ils doivent enseigner à tous les peuples : Euntes docete omnes génies : enntes in mundum universum prœdicate Evangelium omni creaturœ, 11 faut que la parole de Dieu soit proposée avec une entière certitude pour que les chrétiens soient obligés d'y ajouter foi; et celte entière certitude suppose et requiert l'infaillibilité dans celui qui la propose. Donc si le pape esl et >bli de Dieu primat et chef dans le gouvernement de son Eglise, et que ce gouvernement soit fondé sur la parole de Dieu, le piimat de l'Eglise doit être infaillible en proposant la parole de Dieu pour instruire tous le» fidèles et les obliger à la croire. Donc quand Dieu établit le pape super génies et super régna ad prœdicondum Evangelium, il l'établit encore son premier ministre pour porter celle même parole : .Ecce dedi verba mea in ore li o; et cette parole portée par le ripe est vraiment celle île Dieu : Lucerna peu l'bus meis ei lumen semitis meis. Et je n'ai jamais pu romprendre la raison pour laquelle de- catholiques reconnaissent le pape comme vicaire universel de Jésus- Christ, pour tout ce qui concerne le gouvernement visible de l'Eglise, et ensuite en exceptent le point fondamental le plus important, qui est l'enseignement infaillible de la parole de Dieu. Ceux qui exi gcal pour cela, comme nécessaire, l'an'on du pape avec le concile général, ceu*lendent une lumière qui brille raremuut dans l'Eglise, el qui, dans les siècles à venir, laissera peul-être s'éteindre plusieurs générations sans se montrer ; et en attendant, l'erreur se propagera librement dans le champ de l'Eglise ; elle y jettera de pro-

SI

DEMONSTRATION KVAMGEUQUB. lOUiENI.

fondes racines ; elle germera e( produira des imita de mort, s.ms qae l'on puisse universellement et avec une entière certitude la discerner H la réparer de la vérité, Canx qii exigent le consentement des avenues disperses sut décisions do pape, attendent

nui' lumière donl l'éclat peut être obscurci sJe mille manières par les artifices des novateo's aux jeux du plus grand nombre des clnétiens : les efforts multipliés des jansénistes, des quesncllisles contre les boUel récentes des souverains pontife», sont une preuve démonstrative de cette proposition.

'ri. Tour résumer en peu de mois ce que j'ai développé sur ce sujet, je dis que, pour îa foi chrétienne, il est nécessaire d'avoirunc certitude entière de la révélation. Quand cette certitude naît des témoignages des personnes mortes , lesquels témoignages se trouvent consignés dans l'Ecriture sainte, ou dans les monuments de la tradition, et qu'ils sont produits par quelqu'un qui les a étudiés avec soin, on a alors le fondement de ce que j'appelle foi particulière , entant qu'il n'est pas d'obligation que tout le peuple chrétien l'ait et la professe expressément. Enseiie, quand l'entière certitude de la rérélation naît du témoignage et de la parole Tivanfe de l'Eglise, elle sert de fond> ment à la loi catholique, obligatoire pour tous, avec cette distinction, néanmoins, que nous avons établie entre la parole de l'enseignement pacifique et de renseignement décisif. Ce dernier est, sans restriction et exception aucune, la règle prochaine de la foi chrétienne. Je sais très-bien nue les novateurs dirigent encore leurs efforts , leurs ruses et leurs machinalions contre celte règle, pour persévérer opiniâtrement dans leurs erreurs et obscurcir en .outc manière le langage définitif de l'Eglise ; mais nous détruirons tous leurs sophismes, et ce sera le sujet que nous traiterons dans le troisième chapitre.

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