ARTICLE VU
Vsnge de$ règles prochaine et éloignée.
KZ. Après avoir établi selon l'ordre convenable, et dans leur place respective, les deux règles de noire foi , il nous reste maintenant à voir l'usage que l'on doit en faire. J'ai dit plus haut, que par le nom d'Eglise j'entends dans cet ouvrage le corps des évéqiies uni au pap»', auqm I corps Jésus-Christ a confié le ministère de prêcher sa parole à toutes les nations, avec la promesse de son ass .lance jusqu'à In consommation des siècl s. J'ai dit encore que la parole vivante de l'Eglise se manifeste soit par les définitions i- resses, soit par l'enseignement public, co istanl ei i h versel. Il est essentiel de ne point perdre de vue ces deux points imporlants,
kk. En onlrc, la règle prochaine île la foi ne j put jamais être en contradiction avec la i le éloignée; et la parole vivante les |
s de l'Eglise existante sera toujours c 'ilmii e ;r x divine Ecritures, à la tradition et aux témoignages des pasteurs qui oui •vécu dans tous les siècles. C'esl là un dogme
il.' foi. L'Eglise aiistaata de no* jours est
L époUM «le Ji sus-Christ , l'BglÏM de hieu, la
colonne ei le soutien d«- la venu- / 7im. m, l&), eosanaa elle l'était au tiède apoeta-
li«|ii'' et dans les siècles qui ont suivi. JétUt- Cbri l n'a limite à aucun lemps l'ordre qo'il nous donne d'éeouler l'Kglisesous peine d'être regardes comme pécbeura el mécréants {Mattlt. wiii, 17 ; l'assistance du Siuveur promise au corps de si -s apolns dans la dicaiion de sa doctrine, s'étend au corps des S'il ( csvc-nrs des apôtres jusqu'à I. < usomm.ih m des siècles. Mattlt. xxmh.-JO .Donc écouter la voix de l'Eglise aujourd'hui, et de la bouche des pasteurs vivants, c'esl la n chose que l'écouter même dans le si apostolique et de la bouche elle-même apôtres. C'est là une vérité incontestable.
!•'). Donc, lorsque nous avons la règle prochaine de la loi , il ne reste plus rien a chercher; il faut sans teru il en iimu, sans aucun délai, soumettre noire intelligence par respect pour Jésus-Christ, qui parlr par la bouche de son Eglise; '< nâaaef tous nos doutes, imposer silence à tous nos raisonnements contradictoires , et faire un a< te de foi sur l'article qui nous est propose. Alors nous so. nmes Irès-sûrs, de manière à n'en pou\oir douter, que les divines Ecritures et la tradition enseignent précisément ce qu'enseigne l'Eglise, el que tous les témoignages des personnes mortes sont parfaitement conformes au témoignage vivant et actuel de l'Eglise. C'est ainsi que s? forme pleinement la foi du chrétien qui, sans é rils el sans livres, croit de cœur et professe de bouche celte même doctrine , qui a élé erne et professée dans tous les siècles dans le caiholicisme. Et comme pour être chrétien les conditions sont les mêmes pour tous, el qu'il n'y a poinl de différence entre l'homme savant el l'ignorant . enir" le théologien el le paysan ; ainsi la règle prochaine dirige et oblige lous les disciples de Jésus-Christ sans distinction aucune, et de la mémo manière. Donc quand on a la règle prochaine. Il n'e<t plus besoin pour croire et être chrétien de recourir à la règle éloigné*
'ui. Ensuite dans tous les cas où manque la règle prochaine , on peut avoir recours à l'éloignée, pour former sa foi sur quelque article, qui passe pour être révélé, et pour s'assurer s'il l'est réellement. Mais cette voie, comme il est facile de s'en apefl evoir, est ouverte à un très-petit nombre de personne*, et elle est impraticable pour la plupart des hommes. De là il résulte que les cluelens, généralement parlant, ne sont pas obligés de suivre celle voie, el peuvent suspendre leur jugement, douter el rester Interne pèche relativement à ces articles.
sur lesquels l'Bgliaa garda la silence. Et bien que uuelqu'un embrassât un sentiment plutôt i|u un aolre. et le sonllnt contre ses ads n s. ,i || \ erile il pourrait errer, mais il ne pécherait pas contre la loi. Tel Bal le n se trouvait saint Cvprien , quanti il soutenait I erreur des rtbaptisaets , torsqiN l'Egliso n'avait pas encore parlé sur cet ar-
ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE
ticle ni par une définition expresse, ni par l'enseignement et la pratique de l'Eglise suffisamment prouvée, comme le remarque saint Augustin (Sup.note 2, col. 22). Néanmoins, il est toujours nécessaire «i'ètre intérieurement disposé à se soumettre sans délai à l'Eglise quand elle aura parlé. Ensuite ce petit nombre de personnes, qui sont capables de marcher, et de bien comprendre les divines Ecritures et les monuments de la tradition, c'està-dire de se servir de la règ!e éloignée, ces personnes pourront, à l'aide de cette règle, former leur foi sur les articles controversés, mais ce sera toujours une foi particulière et non une fui catholique, comme nous l'avons expliqué ci-dessus. D'après ces paroles hoc est corpusmeum, le luthérien et le catholique confessent la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; mais le luthérien l'y reconnaît eu vertu de son jugement particulier, qui donne ce sens à ces parqles regardées par lui comme paroles de Dieu. Ce n'est pas là la foi catholique; au contraire, «n catholique s'appuie sur l'autorité de l'Eglise , non sur son jugement privé , en donnant ce sens à ces paroles : et c'est en vertu de celle autorité qu'il croit et confesse la présence du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , comme un dogme enseigné diaprés ces paroles : celle-ci est vraiment la foi catholique.
47. Un autre usage de la règle éloignée, c'est d'éclaircir , de fonder et de défendre contre les opposants les dogmes enseignés par la parole vivante de l'Eglise. C'est là proprement le devoir des théologiens, qui, par l'autorité des divines Ecritures et de la Ira lilion, et parles raisonnements montrent la parfaite et constante uniformité de la parole vivante de l'Eglise avec les enseigneiwnts de cette même Eglise dans tous les siècles , et parla : Amplectuntur eum , qui secundum doctrinam est, sermoncm, et potentes sunl exhortari in doctrina sana, ei eos, qui contratficunt, arguunlur (Tit. i, 9).
48. Ainsi, en résumé, la règle prochaine sert à faire le chrétien : la règle éloignée sert à faire le théologien. Mais par malheur quelques-uns veulent être théologiens aux dépens de leur litre de chrétiens. (Juand on essaye d'opposer la règle éloignée à la règle prochaine, je veux dire, quand on suspend l'assentiment à la parole vivante de l'Eglise pour examiner les témoignages morts, afin de voir s'ils sont conformes ou non à la parole vivante de l'Eglise, et en supposant qu'on peut les trouver en contradiction : c'est là un véritable péché contre la foi, c'est là incontestablement une hérésie. Celle méthode suppose que l'Eglise , ou le oorps des pasteurs vivants actuellement, peut s'éloigner de la parole de Dieu écrite cl traditionnelle, et donner dans ses enseignements publics pour alimcnl aux ouailles de Jésus-Christ
(1) Sed sunl quidam, inquit, in vobis qui non creduni non délit, sunl quidam in vobis. qui non intelliyuiil : sed causa m - 1 i vit quare non intelligunt. Sunl enim quidam in vobis, qui non credunt; el ideo non inlelligunt , quia non credunt. Prophcta enim
une doctrine opposée et contraire à la doctrine de Jésus-Christ; celte hypothèse hérétique frappe directement, et détruit l'infaillibilité de l'Eglise. Il faut êlre chrétiens avant d'èlre théologiens. Le chrétien croit avant de comprendre, et même sans comprendre : certains théologiens veulent comprendre avant de croire ; et par un juste jugement de Dieu, ils ne comprennent rien , et précipitent dans l'erreur et l'infidélité. Il y en a quelques-uns parmi vous qui ne croient pas, dit Jésus- Christ (Jonn. vi, 65). « Il ne dit pas, ajoute saint Augustin, il y en a quelques-uns parmi vous qui ne comprennent point; mais il apporte la raison pour laquelle ils ne comprennent pas, et celte raison, c'est parce qu'ils ne croient pas. C'est pourquoi le prophète Isaïe a dit : Si vous ne croyez pas vous ne comprendrez pas. Par le moyen de la foi nous nous unissons à Dieu en nous soumettant à sa parole , et ensuite nous sommes consolés par l'intelligence des choses que nous croyons. Il faut donc nous unir d'abord à Dieu par la foi , et ensuite chercher notre consolation par l'intelligence (1). » Terlnllien, en parlant des préceptes qui sont connus et autorisés par l'observance générale, veut qu'ils soient observés , avant d'en chercher la raison, pour demeurer persuadé de leur équité et de leur nécessité ; el celte raison , qu'on la cherche néanmoi.is, si l'on veut, non avec l'idée de s'affranchir de l'accomplissemenl des préceptes , mais plutôt pour les établir plus solidement : Ratio quœ~ renda est, sed salva observatione, nec in destructionem ejus, sed in œdificationem po-
tius Laudo fidem quœ ante crédit obser-
vandum esse, quam didicit (DeCorona militis, cap. 11). De celle manière, en croyant, nous imitons la simplicité et la docilité de l'enfance, qui nous sont recommandées par Jésus-Christ, et nous soumettons notre intelligence à la parole de Dieu (Sup. n. 12); de celle manière notre foi est conforme à celle de saint Pierre, qui crut non en vertu des raisonnements humains et des lumières naturelles, mais par la révélation de Dieu le Père : Beatus es, Simon Bar-Jona, quia caro et savguis non revelavil tibi, sid Pater meus qui in cœlis est (Matth. xvi, 17). Et quoique dans la loi formée en particulier d'après les divines Ecritures et les monuments de la tradition, il soit vrai de dire, que Dieu le Père révèle les choses : on n'est toutefois assuré de cette révélation que par le moyen de la chair et du sang, c'est-à-dire par le moyen de sa propre science et du jugement privé. Un lulliérien en croyant la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eueharisiie s'appuie véritablement sur les paroles divines : Hoc est corpus meum : mais pressé de dire par quel moyen il est assuré que ces paroles aient précisément ce sens? il ne peut répondrequ'en citant l'évidence naturelle, qui sait
d'mt : nisi credideritis , non inlclligetis. Per fidem copulamur; per intell> ■cuim viviliraniur. Prius hacreamus ppr lideni , ut sit quod vivificelur per Iniellectum. (Tract, xxvu, in cap. vi Evanq. Joan., n. 7.)
dans son c-prit à la lecture de ces paroles. Donc la chair et le sang assurent le luthérien du sens de ces mêmes paroles; tandis que si l'on demande u un catholique qui l'assure d'un tel sens ? il répond sur- le-champ , et doit répondre, que ce qui l'assure c'est l'Eglite, qui parle au nom et de la part de Dieu. Et c'est là vraiment celte foi , qui se forme non parce que caro et sanf/ws revelrt, mais parce que révélât Pater qui in cœlis est.