‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 112 sur 255 · S II. — IV TENTATION · texte numérisé non relu

S II. — IV TENTATION

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Dans le commentaire que lu ilocteur Kulm fait du récit dei Evaagilei iot la tentation du Sauveur, on remarqm r i «tu premier coup d'œil qu'il a traité la question avec bien plus d'étendue que le comte de Slolberg. Placé vis-à-vis des difficulté! de l'exégèse moderne, il se met constamment au point de vue apologétique] afin de résoudre les objection! «Us mj thologuei. L'intention sans doute était bonne; mais nous pensons que le professeur deTubinguea fait lur toutes les circonitances de la tentation des concessions exagérées et inutiles. Lschenmayer, quoique protestant, a nie» compris qu'une fois qu'on acceptait l'ordre surnature!, on pouvait défendre sans embarras non -seulement l'essentiel , mais tous lei détails mémesdece récitévangélique. Si Kulm n'a pas bien sai>i la rentable solution du problème, c'est que son esprit manque de clarté, et qu'il n'a pas ce sentiment pratique qui l'ail toujours envisager avant tout le côté fondamental des choses.

Suivant le récit des trois premiersévangélistes, la tentation de Jésus se présente immédiatement après son baptême. Non seulement on y trouve la remarque expresse qu'il se relira aussitôt dans le désert, mais qu'après son baptême il était plein du Saint- Esprit, et que ce fut là le motif immédiat de cette, retraite. (5. Matth.,iv, 1; S. Marc, i, 12; S. Luc, iv, 1.) Ainsi les deux événements du baptême et de la tentation paraissent liés étroitement dans l'histoire. évangélique ; c'est tomme la préface de la mission du Christ. On reconnaît l'importance que les trois premiers évangélisles ont attachée à ces deux événements, surtout à la tentation, quand on les voit omettre tous les faits antérieurs et postérieurs à ce dernier, pour ne reprendre le fil de l'histoire évangélique qu'à l'entrée publique de Jésus en Galilée, après l'emprisonnement du précurseur. On remarque ici une grande lacune dans le récit de sainl Je.n l'évangélisle. Il omet comme faits le baptême aussi bien que la tentation de Jésus; cl, tandis qu'il s'occupe du premier, au point de vue de la doctrine, avec une attention marquée, il ne dit pas une syllabe du dernier fait.

Si l'on raisonnait, comme Strauss, on supposerait, ou que l'bisloire de la tentation a choque l'auteur du quatrième évangile dans le sens dogmatique, et qu'il l'a négligée, ou qu'elle ne se trouvait pas dans la tradition à laquelle il a puisé. Le simple silence de Jean osl un fait aussi naturel que fréquent, si on le rapproche de la forme particulière des trois premiers évangélis es; il y aurait plus de prudence el de vraie critique à n'en tirer aucune conclusion positive, et à supposer que le point dogmatique de l'bisloire de la

(1) Nous citons pour ce passage la traduction de M. F. Nettement.

(•1) Voyez Lucke el de Welte ; parmi les anciens. Maldon; I surtout, el Lamy,

.IQl'K L'ABBE CHASSAT. 79î

tentation et, It, inlvaat le quatrième évangile, moins (aillant qui; le fui du baptême. Quant a l'bistoire de la tentati >n, eomose

histoire, ra ne peut en dire autre chose, si ce n il qu'il n'en «si pas plus fait menti >n que de celle du baptême, el que, par conséquent (

l'une n'est pas plus négligée (Joe l'autre. t une autre question d'examiner si,

d'après la manière dont saint Jean le» an. liste a lié le point dogmatique du baptême avec d'aulrei faite, (i\es par la chronologie, le jeûne de quarante jours, qui suit immédiatement le baptême, peut se rattaiher à l'ensemble du récit. Après que cet évangélisle, dans son premier chapitre, a établi que li mission divine du précurseur, avait pour but de rendre témoignage au Messie (Jean, i 19, -~), il raconte le témoignage que saint Jean — Baptiste renouvela le jour suivant lorsqu'il \il Jésus venir à lui. el ce qu'il dit encore le surlendemain, quand il v it passer Jésus (même ch., v. 3.'i et 96). Jésus part le jour d'après pour la Galilée, el le troisième jour, l'évangélisle raconte qu'il assistait aux noces de Cana avec ses disciples (Ch. n, v. I, 2> De quel jour faut-il dater ce troisième jour, ipipv rj rpi-.r, ? Le récit depuis le verset 1!) a une telle suite qu'il n'esl pas possible de faire entrer le jeûne des quarante jours dans l'ensemble de la relation sans le détruire. C'est ce que les commentateurs non prévenus ont déjà tous accordé (2). Mais il n'est nullement nécessaire de faire un tout des deux histoires de la tentation et du bap- ;êmc. D'après S. Matthieu (m, 13 el S. Marc (i, 9), le baptême eut lieu à l'époque de l'arrivée de Jésus en Judée, el le récil de S.Jean s'appliqueà la lin de son séjour en Judée quelque jouis avant son premier retour en Galilée, ce qui sert à préciser la date. Mais si l'on adopte, tout d'abord, deux erreurs de Strauss (3); qu'on suppose premièrement que le retour en Galilée [S. Matth.,i\\ 19; S. Marc, i, li; 5. Luc, iv, 14), qui eut lieu après l'emprisonnement de Jean, suivit immédiatement la tentation, et si l'on veut que ce retour soit le même que celui dont il est parlé dans saint Jean (ch. i, v. k'* ; ch. II, v. 1), alors une grande différence existe entre les deux récils, ou plutôt elle s'introduit, violemment el arbitrairement, dans l'histoire évangélique ('■*■). Mais si , dans l'histoire évangélique, tout avait un caractère d'évidence aussi décisive, qu'il est sûr que ces deux suppositions sont des erreurs grossières, une paix éternelle régnerait dans la théologie, el il n'j aurait plus de lutte entre les opinions contrai: es. Des commentateurs ancien! et nouveaux, qui, parun zèle excessif pour la concordance des évangiles, ont cru avoir trouvé place dans l'évangile de saint Je. in, pour l'bisloire du bap cme el celle de la tentation, et qui ont voulu les intercaler tantôt dans une partie, tantôt dans une autre de cet évangile, ont complètement oublie

Vie de Jésus, page ">'J7.

; Strauss s.' prévaut de ces deux erreurs (Vie de /m*«, pi

que l'omission dans saint Jean de ces deux faits avait pour motif que cet évangélisle commence son histoire par des événements postérieurs, et que par conséquent , ii ne pouvait traiter le baptême et la tentation au point (le vue historique, mais s'en occuper seulement d'une manière relative. Ainsi, encore dans cette occasion, toute une source d'erreurs et d'accusations contre l'Evangile jaillit de cette supposition que chaque évangélisle a dû écrire une histoire complète el exacte de la vie de Jésus. Pourquoi, en effet, saint Jean n'aurait-il pas pu commencer son histoire évangélique, en passant l'histoire du baptême et celle de la tentation racontée d'une manière uniforme par les trois premiers évangélistes ? Et s'il faut chercher une place à ces événements dans le quatrième évangile, où la trouver si ce n'est entre les versets 18 et 19 du premier chapitre ? Non pas certes dans le sens de Strauss, qui permettrait de supposer ce que l'on voudrait , parce que c'est là que commence le récit historique de cet évangile ( 1 ), mais seulement, dans le sens que l'histoire du baptême et celle de la tentation sont omises dans saint Jean. L'histoire du baptême est donc omise, mais il en est fait mention dans la suite du récit, et ce qu'elle a de doctrinal sert de lien à la partie historique; l'histoire de la tentation est omise, mais parce que la relation de saint Jean commence par des faits postérieurs, de sorte qu'il ne s'offre ensuite aucune occasion d'en parler. L'opinion que ces deux faits sont antérieurs an récit de Jean n'a rien d'arbitraire et de contraire à la concordance évaugélique, puisqu'elle repose sur les deux faits incontestables que le baptême el la tentation appartiennent au commencement du séjour de Jésus en Judée, dont il est ici question, et que la relation de Jean s'applique à la fin de ce séjour. Mais lorsque deWette soutient qu'il est invraisembl.ible que Jésus ait été absent, au moins quarante jours, entre son baptême et l'époque indiquée par le verset 29 du chapitre i— de saint Jean, je ne vois pas, quant à moi, ce qu'il y a là de difficile à croire. Ce témoignage de Jean : Voici l'Agneau de Dieu, doit se placer, on le reconnaît, peu de jours après le baptême. Mais on n'en peut tirer aucune conséquence, à moins qu'on ne veuille accuser saint Jean-Baptiste d'oubli à l'égard du point historique qu'il n'expose pas, et soutenir que l'impression qu'il avait reçue du baptême, comme événement, s'était déjà affaiblie, et qu'il ne pouvait s'exprimer sur Jésus avec la même force. On voit le peu de fondement de ces suppositions, quand, bien plus tard, le précurseur ( m, 27 j, et même pendant sa captivité (S. Mallh. xi , 2), montre sa foi en Jésus comme le Messie. Mais si l'on s'étonne qu'un témoignage comme celui de Jean (i, 29), Voici lA (jneau de Dieu, ait de l'importance presque immédiatement après le baptême, el ne se présente pas plus tard lorsque saint Jean-Raptisle a pu déjà plu-

(4) Strauss, page 397.

ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

sieurs fois parler de Jésus, il faut se souvenir, pour comprendre la place qu'occupent Tes paroles, que Jésus, aussitôt après son baptême, se déroba aux yeux de Jean et se retira dans le désert, el que, dans le dessein de l'évangélisle, ces paroles n'ont pas pour objet le fait du baptême, mais qu'elles sont une réponse aux questions du Sanhédrin.

Cette question qu'on lui avait faite en lui demandant qui il était, et s'il n'était pas le Messie, à laquelle ii avait déjà répondu, il la reproduit lui-même, lorsqu'il voit venir Jésus le jour suivant, parce qu'elle est encore fraîche dans sa mémoire, et il montre Jésus avec ces mots : Le voici ! Ainsi la réponse à la députation du Sanhédrin était complète.

De v.Vette pense, comme Strauss, que l'inlercalation du séjour et de la tentation de Jésus dan-; le désert, avant le verset 19 du chapitre 1er, ne s'accorde pas avec le récit des trois premiers évangélistes, qui paraissent n'avoir rien su d'un retour de Jésus sur les bords du Jourdain (S. Malth., îv, 12; S. Luc, iv, 14). Assurément, les trois premiers évangélistes ont omis ce retour dont parle saint Jean comme tout ce qui s'est passé depuis la tentation jusqu'à l'entrée publique de Jésus en Galilée, après l'emprisonnement de saint Jean-Baptiste; mais il n'en résulte rien, ni contre le récit des trois premiers évangélistes qui part de la tentation, immédiatement après le baptême , au commencement du séjour de Jésus en Judée, ni contre le récit de saint Jean qui date de la fin de ce séjour; ce qu'il y a de contradictoire, c'est de supposer que, réellement, cl d'après le sens des trois premiers évangélisles, le retour de Jésus en Galilée, qui se place à côté de l'emprisonnement de saint Jean-Baptiste, ait eu lieu immédiatement après la tentation, el sans ce fait intermédiaire du retour sur les bords du Jourdain, supposition dont nous avons déjà prouvé le peu de fondement.

Enfin, on rapproche la déclaration de Jean (i, 26) avec celle de saint Matthieu (m, 11), de saint Marc (c, 7), et de saint Luc (m, 16), etl'on conclut d'abord, en raison de la question de temps, et, secondement, à cause de l'omission d'un fait, à une contradiction entre les trois premiers évangélistes et saint Jean. Suivant nous, les paroles du précurseur [S. Jean, l, 26) sont prononcées après le baptême : au contraire, la prétendue déclaration identique des trois premiers évangélisles a lieu après. Or, le sens des déclarations est le même, à la vérité, mais les paroles et l'ordre des pensées diffèrent. Mais, à supposer même que la déclaration qu'on lit dans les trois évangélistes se retrouvât verbalement dans saint Jean , qu'y aurait-il d'extraordinaire à ce qu'il accomplît sa mission en annonçant le Messie, à ce qu'il répétai plus d'une fois que le royaume de Dieu était proche, comme il avait répété, fisTuvotlrs, « faites pénitence? » Pour chercher à découvrir des contradictions dans l'Evangile, il

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