‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 115 sur 255 · SOI · texte numérisé non relu

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blique et avec sa mort, afin que « chef et auteur du salut » (Hebr., m, 10), il lût le premier à vaincre le mal par lui-môme; ainsi les hommes étaient comme témoins oculaires de cette victoire de Jésus, quoiqu'il n'y ait n'en en moi qui lui appartienne (au prince de ce monde, au démon). (S.Jean, xiv, 30). Ainsi les hommes étaient amenés à la croyance en Jésus, à la soumission envers la vérité, et enfin à la condition de celte croyance, la destruction du mal. L'exposition évangélique a lié la tentation de Jésus avec celle plénitude do l'esprit divin qui se manifesta en lui à l'occasion de son baptême (S. Matth. îv, 1; .V. Marc,}, 12; S. Luc. iv, 1); le démon lui-même parle dans ce sens de la divinité de Jésus : Et Yîof e! x»3 t-^oO, si tu es fils de Dieu! [Matth. iv, 3 et 6.) Or, quel est le but de l'exposition évangélique ? D'insister sur le grand point, sur le point unique et nouveau, la délivrance du monde que Jésus allait opérer, d'où les attaques de l'enfer 1

Si nous cherchons le caractère religieux de la tentation, l'exposition évangélique nous le montrera dans le séjour que Jésus fit au désert, et dsns son jeûne.

Dès que Jésus eut donné, par son baptême, le signal de la délivrance immédiate des hommes, il se relira quelque temps dans la plus profonde solitude, où, séparé du monde, il se livra à la méditation et au jeûne, pour se préparer à l'œuvre qu'il allait accomplir. Il reconnut comme la base même de sa mission l'union de sa volonté avec la volonté divine ; de sa vie avecl'essence divine, source éternelle de cette vie. 11 considéra que la concupiscence, l'ambition et l'orgueil sont les trois grands leviers qui agissent sur l'humanité et Parrachentà ses devoirs envers Dieu. Or, tandis qu'il méditait ainsi, l'espritdu mal vint l'attaquer sur ces trois points pour tenter s'il pourrait le faire dévier de son éternelle origine. Si l'esprit du mal n'a cessé de travailler contre Jésus pendant toute sa vie, c'est surtout dans un moment décisif de celle vie que ses attaques devaient avoir le plus d'importance. Et, ce qui caractérise cet esprit, que nous voyons ici en dehors de ses luttes ordinaires contre l'humanité , c'est qu'il se développe avec le plus de puissance là où il se trouve en lace de sa contradiction la plus absolue, le Christ! Il attaque donc Jésus avec plus de violence que les autres hommes, et le combat qu'il vient lui livrer est en rapport avec la circonstance de la vie de Jésus où la tentation a lieu. Les causes de celle guerre de Satan contre le Christ , c'est d'abord cette préparation du Christ, après son baptême, à l'œuvre du salut des hommes; c'est ensuite l'acccomplissemenl de celte œuvre sur la croix. La tentation de Jésus, pendant cette retraite préparatoire du désert, a donc un sens d'une haute portée religieuse, et, placées à celte époque, les attaques du démon achèvent de le préciser.

(1) Strauss.

i Cosler.

On repousse l'idée du jeûne de quarante jours; on en attaque la possibilité: à tous égards, on conteste l'utilité d'un si long jeûne (1). Les uns ont voulu en raccourcir le terme (2), les autres en restreindre l'application (3); faux-fuyants adoptés pour la circonstance, et dont le résultat est de rabaisser en général le merveilleux de cette histoire qu'on ne cherche à faire ressortir d'un détail que pour le combattre ensuite. Le caractère du récil , dans saint Matthieu et dans saint Luc permettait encore, peut-être, de regarder les quarante jours de jeûne comme un ornement qui donnait plus de vie et de couleur à cette apparition de Satan dans le désert, sur le pinacle du temple et la haule montagne ; apparition qui, en aucun cas, n'est prise dans le sens littéral. Mais le récil de saint Marc n'est pas lié de la même manière, etilénoncesèchementla tentation de Jésus dans le désert pendant quarante jours, sans y chercher aucun embellissement. Or, si, d'après le caractère spécialement historique des évangiles, on ne peut nier que ce nombre de quarante soit ce qu'on appelle un chiffre rond et le plus vraisemblable, qui résullededonnées positives, ondoitleconsidér; r comme très-approximatif, et, à tous égards, no pas s'en écarter assez pour rapprocher le jeûne miraculeux de Jésus, qu'il faut comprendredans lesens le plus extraordinaire, des possibilités communes de la vie. D'un autre côté, saint Marc nous facilite la solution de la difficulté ; car il ne semble pas vouloir parler d'un autre jeûne que celui qui se pratique dans un désert, au milieu d'animaux sauvages; ainsi ces expressions vr,o-T£vo-«f (ayant jeûne) de saint Matthieu et oùx ïfuyev oùSév lil ne mangea rien) de saint Luc , peuvent s'entendre de la même manière. Le récit de saint Marc, comme nous avons cherché à le montrer plus haut, a une base qui lui est propre et n'esl pas une simple compilation de saint Matthieu et de saint Luc, qui, pour abréger, passerait l'article du jeûne; il nous autorise donc à admettre que le jeûne de Jésus peut s'expliquer dans un sens relatif, et par la nourriture frugale qu'offrait le désert, eu admettant aussi que les expositions de saint Matthieu et de saint Luc permettent philologiqnement de croire qu'il s'agisse d'une abstinence complète.

La suft^osi'ionqueces mots, v/;(7tsûc«?, ayant jeûné, »v/ i'fxyev oOâèv. il ne mangea rien, doivent s'entendre du jeûne dans toute l'étendue du mot, nous parait beaucoup moins sûre qu'on n'a voulu nous le donner à entendre. Avant tout, il faut se souvenir que dans le Nouveau Testament beaucoup de mots ne doivent pas s'interpréter d'après leur sens primitif, mais relatif. (S. Mal'h., Vl,2&;S. Luc, xiv, 26 ; xvi. 13; S. Jean, xn, 23; Rom., ix, 13; xiv, 3, 6.) Lorsque par exemple , dans saint Luc (xiv, 26j, Jé.-us dit : Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, tes frères et ses sœurs,

(3) Rosenmuller, Kuhnol, Scholl, Ilennemljerg.

«m DEMONSTRATION EVANGELIQUE. L'ABBE CHASSAI

et m^me sa propre rie, il ne peut /'te mon di$eipte ; lorsque Jésus s- sert doeeoespressfons, il parie assurément iê is un sen

latif. i'ouics ces Formel de langage, qui fréquentes dans l'rv mgile, cuit une lignification certaine ; po rla trouver, il m s'agit que de si- placer' aa poiiH de vue de l'anti m (|ui les <i employée*. Saint |«an-Baplifte nous est représenté comme ne mangeant ni ne buvant, prrffotiûiv, u/j-e irt.iw,, par oompar raison avec la rie ordinaire, en l'on ne se soumet à aucunes restrictions. Sainl Luc (viï, .'13 , parlant du genre de vie du précurseur, s'exprime ainsi : prir; Catov ItMim, ^«in of»ov tpvu;, c'est-à-dire, « qu'il ne mangeait pas de pain et qu'il ne buvait pas de vin. • ce qui revient absolument au même que cette phrase figurée : « il ne mangeait ni ne buvait. » Le vin était dans la Palestine le breuvage ordinaire, et le pain la nourriture quotidienne; s'en abstenir, c'était renoncer au genre de vie commun. Se refuser le vin et toute espèce de spiritueux, c'était pour le nazaréen (l'homme ou la femme qui faisait vœu de se sanctifier) un command menj absolu. Ainsi cette loi d'abstinence existait, dans l'Ancien comme d;ius le Nouveau Testament, et s'appliquait au vin comme à tout spiritueux. Le retranchement du pain n'est qu'un jeûne plus sévère, (l'est le jeûne qu'avait observé saint Jean-Baptiste, et qu'il est naturel, d'après tout ce que nous avons vu, d'après les paroles même des évangélisles, d'attribuer à Jésus , dans le désert, comme sa îiit Jean-Baptiste avait été dans le désert.

Ne pas manger de pain, ne pas boire de vin, c'est, en un mol, se subslanter tout autrement que le reste du monde, c'est vivre dans le jeûne, et la privation est si grande qu'elle semble absolue, et qu'on peut la caractériser d'une manière hyperbolique en disant, soit : il ne mangeait ni ne buvait (saint Jean-Baptiste), soit : t7 jeûna pendant quarante jours (le Christ).

Cependant, quoique le jeûne de saint Jean- Baptiste et de Jésus dans le désert fût sans aucun doute le même, leurs motifs différaient, et la même cause ne les y avait pas poussés. Saint Jean menait la vie ascétique, et le jeûne faisait une partie intégrante de celle vie; or, Jésus n'était pas entré dans le désert comme ermite, il y allait jeûner et se préparer à sa mission. Dans l'Ancien Testament, Daniel se prépare en jeûnant à une révélation divine. (Daniel, x, 1 ; xi, 13.) Nonseulement Jésus voulait pour quelque temps s'arracher au monde, mais par le jeûne le plus rigoureux, s'en abstraire et se concentrer en lui-même.

Mais quant à un jeûne absolu, dont nous n'entrevoyons pas la nécessité, c'est ce qui n'esl aucunement indiqué. On se prévaut de cette expression : /însuile il eut faim. S'il n'y avait aucune différence entre le genre de vie de Jésus et celui de sainl Jcau-B iptisfe dans le désert, si Jésus n'avait pas jeûne et avait j>ris la nourriture du déserl, rpofd rijç ipnulttçt

(I) Strauss.

seulement avec plus de réserve, <>n pourrait

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lest, eu ion: «a , suffisamment motivée

par le je Ane, l'un peut nu intei prêter ce jeûue dans le sens de l'abstinence compléta, aasM

qu'elle Mil de quarante jours, ou de l'abstinence limitée.

Mais on raisonne ainsi pur induction :

puisque le jeûne figuratif de Moïse et d'Ella a été au^si l'ab-lenlioii . I.»nlue de toute nourriture, ainsi Jésus, d'après l'ei e\ angélique, doit i gaiement avoir j> une quarante jours dans toute l'étendue du mot 1 . A vaut de le l 'end iv à l'exactitude de < e rapprochement, il faut examiner deux choses : ou Moïse et Biie oui strictement jtûue pendant quarante jour-, et a cause de ce pr. < e dent, Jésus' a dn, quarante jours aussi, s'abstenir de toute nourriture; c;ir, si Cou accepte en principe, ce fail d'un jeûne abiolu de quarante jours, le même fait ne peul offrir qu'une difficulté dans l'histoire El lique. Mais nos critiques ne pensent pas ainsi; ils révoquent en doute la ver, le hislorique du récit de l'Ancien Testament, et par conséquent, de l'exposition évangelique; ou, Moïse et Elie n'ont pa.« jeûué quarante jours et d'une manière absolue, et on n'a présenté à cet égard qu'une assertion : donc Jésus lui-tuéme n'a pas observé un jeûne de quarante jours dans le déserl . et la tradition 1' : supposé suivant Strauss. Si l'on se règle d'après l'histoire évangelique, d'après le but de celle histoire, et ses auteurs, comme aussi d'après l'époque de la composition d< s trois [rentiers évangiles, leurs auteurs (si nous nous bornons ici à parler de salai M ira et de sainl Lu* ) étaient à même de distinguer entre l'histoire et les faux bruits, de même que les contemporains el les lecleurs des évangiles, en possession d'une tradition ininterrompue qui remontait aux. témoins oculaires et aux apôtres, «e pouvaient se laisser tromper par un évangile mythique i u apocryphe. Le but de l'histoire évaiigéjitrae ressortait si bien de l'histoire véritable el de faits réels, que le mythe ne pouvait s'y glisser.

Et si le caractère historique de la tentation est fondé sur l'autheniicle de nos évangiles, le type de celle histoire est l'Ancien Testament; on ne peut sérieusement baser sur de< figures dé la Bible un mvthe imaginaire de la tentation de Jéessa, sans aucune idée arrêtée à l'égard de lautlientici e ou do la non-aulhi nliciie de celle lenlalion, surtout quant à la nature et aux quarante jours déjeune, comment ai river, iit-on k une solution dans ce sv stème tout liypotbéltuuef I ut n'est- il pas ainsi li\ ré a l'arbitrait e? Straos*, au poini de v ue de sa critique née; ilive, i v prime ainsi: i Prives de l ule hase l.i>i. n que. nous nous trouvons forces d avoir recours, pour le récit de la tentation, M ment à des idées, à celles d -s Juifs et

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

premiers chrétiens, et nous sommes heureux de pouvoir dire qu'il ne se trouve rien dans ce récit qui ne puisse s'expliquer d après les figures de l'Ancien Teslamcnt,ou les notions d'alors sur le Messie et sur Satan. »

Si la supposition que la tentation de Jésnsmanquede toute basehistorique est vraie, au moins revét-on ce fait, que l'on nie, des idées de l'Ancien Testament, el appliquet-on à Jésus, malgré l'histoire, les figures de la Bible.

Mais l'accord même de ces idées et de ces figures, avec l'histoire de la tentation, ne justifie nullement la supposition de Strauss. Comment soutenir le rapprochement que l'on fait ici entre l'Ancien Testament et le Nouveau , entre Moïse et Jésus-Christ? Moïse, pendant les quarante jours qu'il écrivit h s tables de Ja loi, ne fut ni dans le désert ni parmi les bêtes sauvages, ni avec le démon, mais avec Dieu sur le mont Sinaï. (Moïse, liv. II, ch. xxiv, v. 27-28.) On ne voit nulle part que, pendant ces quarante jours, il n'ait pris aucune nourriture; mais il est dit qu'il ne mangea pas de pain et qu'il ne but point d'eau. (Moïse, liv. II, ch. xxiy, v. 28; liv. V, ch. ix, v. 9, 18.) Ce qui revient à ce que nous avons dit déjà des jeûnes des Juifs, de ces mots, « ne pas boire et pas manger, » qui s'appliquaient dans ce sens : « Ne pas manger de pain et ne pas boire de vin. »

En dernière analyse, si l'on suppose que la tentation de Jésus n'est pas historique, ou pourrait aussi soutenir que les figures de Moïse et d'Elie n'ont, en elles-mêmes, aucun sens, et surtout que les quarante jours de jeûne de Jésus ne sont nullement démontrés. A l'égard des quarante jours , comme nous l'avons déjà remarqué, il est vrai qu'il ne faut pas s'en tenir strictement au sens littéral, mais ce peut être un nombre approximatif, un chiffre rond. En adoptant celte opinion , on n'entend pas dire que l'histoire évangélique ait choisi ce nombre, parce que Moïse a jeûné quarante jours, el qu'Elie a été soutenu quarante jours d us sa fuite par le secours spirituel de l'ange, mais parce que ce chiffre, qui se rapproche du nombre historique, pour parler comme les anciens (1), est un nombre mystique, c'est-à-dire qui n'est pas arbitraire, mais qui est déterminé par Dieu; nombre mystérieux (2), qui annonce des événements importants au point de vue de l'Espril-Saint. Si nous établissons ici un rapport figuratif entre Jésus et Moïse, quoique l'Evangile gardeunsilence compléta cet égard, il ne s'ensuit pas que parce queMoïse a jeûné quarante jours, Jésus a jeûné pendant le mémeespace de temps, ou que la tradition ait mesuréson jeûne sur celui de Moïse; ce qu'il faut couc.ure , c'est que, lorsque parmi les Juifs, on se préparait à l'accomplissement d'une grande mission, on pratiquait le jeûne, et qu'ainsi Moïse, sur la montagne, Jésus dans le désert, étaient dans une

position analogue, el que, par conséquent; Moïse et J.'.sus ont jeûné.

c La pierre d'achoppement, dit Strauss (Vie de Jésus, p. M)G), est l'apparition du diable en personneavec ses tentations. » Strauss a raison : on ne peut souffrir maintenant l'idée du démon, et l'on a perdu toute espèce de goût pour les histoires où il joue un rôle. Mais on reconnaîtra facilement que l'existence même de l'esprit du mal dépend, en quelque sorte, du fait que nous exan inous. Sans doute, plus le récit dont il s'agit est extraordinaire, plus nous sommes enclins à douter de l'existence du démon. Mais il nous semble que ce reproche d'étroitesse dans les idées qu'on applique à ceux qui admettent cet le existence surnaturelle, on ; eut le renvoyer à ceux qui ne l'admettent pas. Ce n'est pas ici notre objet d'établi;- une recherche sur la nature du principe du mal ; ce qu'il importe, c'est d'examiner si les faùs qui forment l'bistoire d.' la tentation nous permettent de soutenir la possibilité de l'événement luimême.

Tout dépend de la manière dont on peut expliquer l'histoire de la tentation. Si on l'explique à la lettre, on accumule les difficultés, et même les absurdités, à un tel point que la vérité historique en est comme diou/fêe. (ju'on se jette dans un autre extrême, el qu'on ait recours aux paraboles, on dépouille, tout d'abord, l'événement de son caractère historique. D'un autre côté, si non-seulement le sens commun, mais le caractère même des évangiles, les expressions de Jésus et de ses apôtres sont en contradiction manifeste avec te sens littéral, il se trouve aussi que la nature historique de la tentation est si bieu établie par le texte, que l'explication en paraboles ne semble pas moins arbitraire que l'explication littérale paraît absurde. Il faut donc trouver un milieu entre les deux extrêmes. Il est facile d'en démontrer la nécessité. Mais ce milieu ne peut consister dans l'alliage, ou plutôt dans la confusion, de la parabole et de la lettre C'est le système nouveau, celui de Strauss. Tandis qu'il se pionouce pour le commentaire littéral delà tentation, afin de détruire son caractère historique, il l'enviage au point de vue des idées qui lui servent de base : ces idées, passant par la tradition, s'y seraient revêtues d'un caractère de parabole, mais malgré les altérations successives qu'elles auraient éprouvées, on nous les aurait données comme de l'histoire. Ainsi, nous devons nous en tenir, suivant Strauss, au sens littéral, mais ce sens littéral esl parabolique! El voilà ce que l'on appelle une critique scientifique et impartiale I Dans le fait, s'il i si permis de tourner, en même temps, autourdedeux pôles contraiies et de s'appuyer, dans une même question, sur des principes contractoires, Strauss nous réserve encore, dans l'exégèse, toute une série de ces tours d'adresse, pour les appeler par leur nom, qui lui sont si familiers 1

M) Basile, Homélie sur les quarante martyrs. Moïse, liv. I, rliap. vu , v 12; liv. II, ebap.

xvi, v. 38 ; liv. IV, chap. xiu, v. 26, ele

DKMONSTOATIOft BVAMGI i.njt I . L'ABBE CHASSAT.

Pour ne point passer comme Slranss, d'un

extrême à ['autre, et trouver ce milieu que nous cherchons, il faut, avant tout, partir d'un principe. Les nombreuse! et diverses

explications que l'on a données de l'his'oirc de la tentation n'ont conduit à aucun résultat certain, et à quelques exception! près, elles soni aussi justifiées les unes que les autres. Cela prouve que le premier p.i» BS( encore à faire, et qu'on n'est pas arrivé ;iu point de la question. Partout où s • présente réellement le sens littéral, il faut l'admettre, et l'on ne peut y substituer une autre «xpli cation que d'après une hase certaine. Ce n'est qu'à un degré bien précis qu'on peut s'écarter du sens littéral, à mesure qu'on en remarquera l'insuffisance, et dans la proportion de celle insuffisance, jamais autrement; tant qu'il v aura, en un mot, des raisons contre I application littérale.

C'est principalement sur les langues différentes dont s'est servi l'Evangile et sur les discours de Jésus qu'il faut se régler pour s'écarter du sens littéral; car si l'histoire de la tentation a un fondement historique, Jésus a dû en faire part à ses apôtres. Dès le début de son entrée dans la vie publique, Jésus s'exprime ainsi dans saint Jean, en présence de cet évangélisle . d'André , de Pierre, de Philippe et de Nathanaël : « En vérité, en vérité, je vous le dis , vous verrez le ciel ouvert, et les anses de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme. » (S.Jean, i,51.) Aucun sage critique ne prendra ces paroles dans le sens de l'échelle de Jacob. (Moïse, liv. I, ehap. xxvin, v. 12.) Que les anges descendent sur le Fils de l'homme, cela signifie l'appui extraordinaire que le Messie attend et reçoit du ciel par le ministère, ôiaxovfa des anges. Si ces expressions, qui conviennent peu à un discours très-prosaïque en lui-même, s'y rencontrent cependant (2) ; de quel droit conclurait-on que ces paroles , dans saint Matthieu ( chap. îv , v. 11. ) : « Les anges s'approchèrent et ils le servaient, Smxcvow, » qui, dans l'histoire de la tentation, appartiennent à tout un ensemble métaphorique, doivent se prendre dans un sens tout littéral.

L'interprétation du mot Saaunth ( servir ), dans le sens de cibos ministrare, appartient en effet à l'idiome hellénique, et beaucoup de commentateurs l'ont adoptée; elle s'accorde avec le mot inei.aai, « il eut faim, » qui se trouve dans le deuxième verset. Celte interprétation parait aussi fondée sur cet autre mot -.r.crevea.:, « ayant jeûné. » Car, diton, de l'instant que le démon se piésenla à Jésus qui jeûnait, jusqu'à la fin de la tentation, il n'eut pas le temps d'apaiser sa f lim, parce que la tentation fut in interrompue. C'est donc après qu'il a dû satisfaire sa faim, et c'est alors que le- anges le livraient. Quelle conclusion 1 Le jeûne, I i laim, la demande du démon, pour apaiser celle faim, de changer des pierres en pain; enfin celle faim apaisée, de quelque manière qu'elle

l'ail clé, lool cela ne forme que le cadre de la tentation de J « • - n •- , et on ne [eut rien v

voir de la nature et de la marche Spirituelles

de l'événement. Ei aussi qu'on examine si le

mot '■,■; wj, » le minish re d< - ;iriL'i s, » ne s'applique pas très-clairement à la tentation en elle-même et à l'appui divin que rec lésas, et quelle est celle des explications qui est la pins juste ei la pins n< cessaire, l'une spirituelle, l'autre matérielle ? L'esprit divin, dans saint Lue chap. iv, v 1 , conduit Jésus dans le désert. Or , quel peut être le but de la tentation de l'esprit du mal ? Diviser, s'il lui élait possible. 1 i nature divine efl la nature humaine dans le Christ ; détruire l'unité et la paix d ns l'àme de Jésus ; se placer, au moins, entre le ciel et lui. Et voilà aussi comment est marquée la fin de la tentation ; Ayyikoi irporâl&o*, ''-'' «érfi, oies anges s approchèrent et le sen aient. Kn effet, Salan vaincu s'éloigne, les anges s'approchent et servent I" Christ. Voilà comme doit finir l'histoire de la tentation, comme elle est complète, et ne se pcr<1 point dans des détails qui n'en résumeraient pas toute la pensée ; cette pensée qu'exprime Jésu« dans saint Jean ( î, 51 ), lorsqu'il dit : Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu descendre et monter sur le Fils de l'homme.!

Si le caractère de la tentation de J romm- histoire, exigeait absolument une rencontre personnelle entre Jésus et le démon, ainsi que le sens littoral partit l'indiquer, il faudrait, il est vrai, repousser notre interprétation ; car l'apparition du démon expliquerait celle des auqes. Mais le caractère de la tentation ne rend aucunement nécessaire la pr> 'sence matérielle le Satan. L'esprit de Die r, dont il est dit qu'il conduisit Jésus dans le désert, ne nous est cependant pas représenté comme avant effectivement apparu dans cette circonstance. Le démon, dans l'état ai quel sa révolte l'a réduit, est, comme le principe contraire, le principe personnel du mal ; s.ui œuvre, à l'égard des hommes, ne peut pas plus embrasser que celle de l'esprit divin. Les termes dont les évangéliates se servent pour indiquer l'intervention de Salan. ne nous forcent nullement à admettre si présence en personne. Dans saint Lue (x. 18 , Jésus dit : Je voyais Salon tomber du ciel comme un éclair. Qui peut entendre cela li léralement ? Il en est de même des expressions suivantes : Quand il eut pris ce morceau, Satan entra en lui. ...(S. Jean, xm Le prince de ce momie va reu '". quoiqu'il n'y ait rwn en moi qui lui appartienne... S. Jtan, \iv,30.)

Ce qu'il faut établir ensuite, c'est qi e la tentation et le tentateur viennent à Jésus du dehors, que rien ici n'émane de lui-même. Mais puisqu'il est indubitable que le- Juifs regardaient le principe du mal parmi les hommes, comme l'ennemi perpétuel du règne de Dieu, et le désignaient sous les noms du tentateur, du Démon, et de Satan ; puisque Satan, comme tentateur du Messie, est

(1) Le discours relatif a. Nathansil ; saint Jean, chap. i, v. W.

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

tout à fait à sa place, et qu'il est représenté ici, de même que partout, comme le prince de ce monde, il n'y a qu'une critique arbitraire qui puisse vouloir s'écarter ici du sens littéral. Mais en vain voudra-t-on attaquer les évangélisles au point de vue de l'exégèse; car, à supposer même que l'idée d'un principe supérieur et personnel du mal ne puisse èlre prouvé; à supposerqu'il n'y ait pas de démon, nos contemporains, dont le système repousse son existence, ne pourrontnierque les tentations sont extérieures à Jésus; qu'elles occupent la place du tentateur, et que ces occasions du péché représentent le combat de Satan contre Jésus, qui est tcnlé. Toute celle histoire, même ainsi envisagée, conserve son caractère de vérité.

Quand même nous voudrions détourner les yeux du récit détaillé de la tentation, dans saint Matthieu et dans saint Luc, le caractère historique, qui appartient incontestablement aux Evangiles, nous forcerait à supposer ici plus qu'une tentation subite de Satan. L'intervention de l'esprit du mal est racontée par les évangélistes avec tous les développements successifs d'un véritable fait historique. En adoptant celte idée générale sur la tentation, qui est commune au second Evangile avec le premier et le Iroisième, il n'est pas indispensable de regarder comme seules véritables les diverses tentations rapportées par saint Matthieu et saint Luc ; mais, en nous appuyant sur le récit de saint Marc, nous pouvons nous représenter une tentation qui embrasse plus de temps, une tentation générale, et peut-être des circonstances dans cette grande épreuve, plus graves encore que celles qui nous sont rapportées. Nous sommes amenés ainsi à penser qu'il ne faut pas prendre à la lettre les trois tentations que nous trouvons dans les évangélistes. En effet, il y a ici quelque chose de choquant, d'intolérable dans le sens littéral. Mais que même les évangélisles ne veuillent pas être compris dans ce sens qu'on leur attribue, on ne pourrait l'admettre que si , en effet, le sens littéral résultait nécessairement de leurs paroles, et s'il était sensé de supposer que nos critiques devaient s'empresser de l'adopler dans ce qu'il y a de plus extraordinaire. Or, quant à la forme dont se servent les évangélisles, ilsufûrade faire remarquer que le commencement, comme la fin de l'histoire de la tentation, qui ne se présentent point évidemment au point de vue Littéral, ont le caractère apparent d'un simple récit, comme le milieu même de l'histoire. Mais dès que l'on en considère le plan, on découvre , de tous côtés, des preuves suffisantes qu'elle n'a pu avoir dans la pensée de ceux qui l'ont rapportée, le caractère d'une histoire ordinaire, un sens littéral. Les changements de lieux qu'on y remarque (lorsque Satan vient à transporter Jésus d'un endroit dans l'autre ) ne sont pas assurément des circonstances de la vie commune; il en est ainsi du monde entier que Satan montre à Jésus, dans saint Luc, à supposer même qu'il ne faille entendre par là que la l'ales-

DÉMONST. ÉVANGÉLIQUE. XVIII.

tine. Les trois tentations, dans leur développement , font comprendre que l'esprit du mal nous y est montré aux points de vue principaux où il veut lutter contre la mission de Jésus; seulement le récit d'un fait spirituel est en action. Il en est de même, quandt'on considère l'esprit du mal repoussé par Jcsus, c'est-à-dire la résistance qu'il lui oppose, et la victoire qu'il remportesur lui. Il est incontestable que les répons*:sde Jésus au démon portent toutes sur le but même de sa mission, et que l'on reconnaît bien là, comme nous l'avons déjà indiqué, le caractère d'une lutte spirituelle, d'une victoire spirituelle. Mais, avec ces restrictions, que reslera-t-il d'historique, nous dira- t- on? La retraite de Jésus dans le désert, les quarante jours ou environ qu'il y a passés; le jeûne et la tentation, ce grand faitspirituel, ce combat de l'esprit du mal contre Dieu même, au moment où il vient racheter le monde que cet esprit avait déjà perdu, voilà ce qui est historique, voilà ce qu'il faut entendre dans le sens littéral !

Quoique le récit des trois tentations, dans saint Matthieu et dans saint Luc, n'offre, à l'égard de la forme historique de la tentation de Satan, en général aucune explication directe, pas plus que la courte mention du fait dans saint Marc ; cependant le caractère général et le ton de l'exposition évangélique nous autorisent à résoudre négativement les explications qui sont inconciliables avec cette exposition. En prenant pour point de départ ce résultat que nous avons fait ressortir d'un premier examen, c'est-à-dire que la tentation de Jésus n'est ni littéralement historique ni antihistorique, que, par conséquent, l'explication toute littérale de cette tentation est aussi peu admissible que l'explication toute figurée, et que l'explication par le mythe réunit.lout ce qu'il y a de plus inadmissible ; en admettant ainsi le caractère historique des points que nous venons d'examiner, il nous reste encore à résoudre cette question spéciale de la part de Satan à la tentation de Jésus, en un mot, de l'intervention particulière du démon.

Nous ne nous arrêterons pas à la supposition de quelques commentateurs que Jésus a pu être tenté par un homme qui s'appelait Satan ; il est assez clair, d'après l'Ancien et le Nouveau Testament, que c'est l'esprit du mal qui s'attaque à Jésus.

Adoptera-t-on cette explication que les situations extraordinaires dans lesquelles Jésus se trouve placé, d'après les trois tentations, il a pu s'y trouver en esprit, comme il arrive aux hommes qui se livrent au désordre de leurs pensées ? Mais alors, comme Schleiermacher le fait remarquer avec raison, il ne serait plus sans péché, il ne serait plus le Christ. Supposera-t-on une vision ? Mais, dans l'étal extatique, qui n'admet pas. le péché, de pareilles pensées ne pourraient s'emparer de Jésus. Une vision n'est admissible et explicable que lorsque, parsa nature, elle esl en rapport avec l'état spirituel de la (Vingt-six.)

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DEMONSTRATION EVANT.ELIQUE. L'ABLF. CHASSAT.

personne qui a celte vision, comme celle de saint Pierre dans l'A jm>«;iI\ pse (\, 10). Rien, dans le caractère de Jésus, u'oflrc la moindre IrflCe de cette extase. Les paroles mciuc de l'Lvangile y sont contraires. On ne peu l confondre ces expressions de saint l.uc (iv, 1) : // fut poussé par l'Esprit dans le désert, avec ces expressions de l'Apocalypse (chap. i, v. 10) ; « Je fus ravi en esprit, i et autres termes qui expriment l'extase. Ces mots de saint Luc, poussé par l'esprit , s'expliquent bien mieux par un parallèle de saml Luc et des deux autres premiers évangélisics (S. Malin., iv, 1, et S. Marc, i, 12) ; il en résulte que Jésus, plein d'une haute inspiration qui le poussait dans le désert, s'y est rendu comme Siméon, lorsqu'il vint au temple, i/Osv, par un mouvement de l'esprit do Dieu. (S. Luc, il, 27.)

D'ailleurs comment pourrait-on concilier un jeûne de quarante jours avec une vision ?

iïnfin, les érangélistes distinguent toujours , d'une manière tranchée , les événements qui participent de l'extase, les visions et les songes, des événement véritables. (S. Matth, 1,20-2%; n, 12, 19 ; xxm, 19 ; S. Luc, dans les Act. des apôtr., x, 10 ; ix 10 ; xvi, 9 ; xvm, 9 : xxn, 17; xii, 9-11.)

Mais si l'on considère les trois tentations comme les expressions figurées de l'essence MEME DE LA TENTATION DE SaTAN, On

ne peut les contester ni au point de vue de lu forme du récit, ni à celui de la tendance historique des écrivains et du caractère historique de la tentation. Cela répond à la paix et à la pureté de la nature de Jésus, comme à tout le caractère de sa vie et de ses œuvres. La manière particulière dont l'esprit du mal, dans sa fureur, 3*est approché de Jésus et a voulu opérer sur lui, se trouve indiquée par ces tentations figuratives, qui montrent, dans son germe, la volonté perverse du tentateur ; et chacun peut, à regard de l'étendue de la tentation, de la part de Satan, asseoir son jugement sur les notions qu'il a du mil dans le monde, de son essence et de ses œuvres, en respectant toujours ce principe fondamental que le mal est venu du dehors à Jésus, et qu'il n'a pu être en lui. La tentation d'un être impeccable, comme le Messie, ne peut avoi; lieu que par l'intervention d'un être de péché qui cherche à l'absorber en lui-même. Quant à la nature de l'esprit du mal, que nous avons montré comme le tentateur de Jésus, l'Kglise, dans ces sortes de questions, ne s'explique jamais très-complètement. Origène s'exprime ainsi à ce sujet: De diabolo et anyelis ejus contrariisque t irtutihus ecclesiasiica prœdicatio (Iradilio) docuit, ijuoniam sunt quidem hœc ; quœ autem sint, aut quomodo suit, non satis ctare exuosuit.

On motive, sur la faim de Jésus, la première tentation et la demande de Satan à Jésus de changer des pierres en pain : c'est là une fausse conclusion; car, pour les autres tentation?, il n'y a aucun motif semblable.

Que si l'on veul, comme Strauss, tirer ici une conséquent ' Ins'orique de la l.iim du peuple d'Israël, dans le désert, et des lent itions auxquelles il lut exposé, nous ne trouvons rien, dans le texte île l'Ancien Testament, ni du Nouveau, qui nous fasse considi -ici Israël COMOM le fUi de Dieu collrctif {jdiut l)ti cultectivus , pour parler comme Sirauss. On ne peut comparer comme tvpe Israël i létM, pane que les situations sont toutes différentes. Jésus rc«i»te à la tentation de Satan; Israël murmura el faillit :

Moïse, son chef, qui le reprend de sa faute. On ne peut donc, à aucun ègtrd, envisager la tentation de Jésus comme l'image , M point de vue du mythe, de la tentation du peuple d'Israël. La chose s'expLque d'ellemême bien plus simplement.

Satan, comme tentateur, espère corrompre la volonté du Christ, de même qu'il a corrompu celle d'Adam, et lo séparer de Dieu. Ce qu'il veut, c'est substituer la vie du péché el son trouble à la paix et au calme de la vie en Dieu. Toute la tentation échoue contre les paroles de Jésus. Chatujez ces pierres en pain, dit Satan, qui voudrait que le Christ fil un acte de sa propre volonté, en dehors de la divine volonté de son Père : // est écrit, lui répond Jésas : L'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. (St. Matth., iv, 4.)

Dans la seconde tentation, Satan part de celle supposition que Dieu doit partout donner au Messie son appui particulier, comme il le promet à tous les justes, que ses anges doivent le porter et venir à son secours. (Psa,me xci, 11-12). De là aussi la supposition que Josus peut se précipiter du haut du temple, el recevoir ainsi un témoignage manifeste de la protection divine. Tandis que la première et la dernière lenlalion, la troisième, ne font valoir qu'un intérêt mesquin, la satisfaction des sens et de l'ambition, dans la seconde, le motif que présente Satan est du domaine spirituel, et louche à ici ait s qui semblent tendre à la glorification de Dieu et de son Fils le Messie parmi les hommes. Or, il est presque inutile de faire observer que le Messie connaissait mieux que personne la puissance divine, el que la glorification de Dieu était le but même de sa mission.

Mais cette proposition extraordinaire, el s ans but pour le Christ, de se précipiter du haut du temple, que signifie-t-elle dans l'exposition evangélique ? Que Satan demandait au Christ qu'on prodige serait à un acte d'ostentation. Comme la toute-puissance du Messie et ses œuvres sont dans une parfaite union avec Dieu, par conséquent avec s.i volon:é. celle tentation, la seconde, porte sur le même objet que la seconde, celui de séparer la volonté du Christ de cel e de son Père. Si, sur un seul point, Jésus avait | M céder, il minquailà M mission, car il -c seiv.nl de sa puissance dans un but qui n'était pas divin, el il rendait son œuvre impossible, toute cette tentation est un sophisme

si:

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

de l'esprit du mal : proposer au Christ de se précipiter du haut du temple, un acle que Dieu ne pouvait protéger, et qui était cependant impossible sans son secours. En se laissant aller à une telle tentation, le Messie aurait tenté Dieu ; c'est-à-dire il aurait éprouvé si Dieu pouvait le secourir, acle interdit parles saintes Ecritures (Moïse, liv. V, chap. vi, 16). La citation de ce passage que fait Jésus est la réponse à la tentative de Satan. (S. Matlh., iv, 7).

Dans la troisième tentation, le démon, d'après la Démonologie juive d'alors , se présente comme le prince de ce monde, surtout du monde païen (5. Luc, iv, 6 ; S. Jean, xii, 31 ; II* ép. aux Corinth.), et lorsqu'il effre le monde à Jésus avec tout ce qu'il renferme d'attraits, il y joint la demande de passer à son service ; ce qu'il exprime expressément par ce9 mots : Si, en vous prosternant devant moi, vous m'adorez (S. Matlh. iv, 9 ). Ln considérant celle offre au point de vue dogmatique des Juifs, il faut entendre par là, sous le nom du royaume de ce monde, la possession de tous les biens de cette vie. 11 ne s'agit, pour Satan, que de détourner le Christ de sa mission, et de l'engager dans la voie du mal. Mais Jésus reconnaît Dieu dans sa réponse, comme son unique règle, la volonté de Dieu comme la loi de sa vie et de ses actions : // est écrit, dit-il, c'est le Seigneur votre Dieu que vous adorerez, et c'est lui seul que vous servirez (S. Matlh. iv, 10). Et appliquant ici à l'esprit du mal son vrai nom, parce que la tentation devient personnelle, et que le démon veut être aïoré par le Christ, Jésus s'écrie : Retirotoi, Satan l

Ce que signifie la tentation au point de vue chrétien.

Les évangélistes n'onl pas exprimé complètement les effets de la tentation à l'égard du Messie, quoiqu'il soit facile d'en juger par le Ion général du récit ; car les épreuves et les tentations repoussées avec succès attestent une puissance morale et religieuse ; puissance d'autant plus grande, que la tentation était plus forte; voilà, sans doute, comme les évangélistes ont apprécié la tentation de Jésus.

Si nous appliquons à cette tentation la mesure des tentations ordinaires de l'humanité, l'épreuve à laquelle il résiste n'est plus qu'un simple fait moral et religieux, et lui qu'un homme religieux et moral. Mais rien ne nous autorise à nous servir de cette mesure ; car, à la manière seule dont le récit de la tentation est conduit dans saint Matthieu et dans saint Luc, il est évident que les attaques de Satan sont dirigées contre le Messie lui-même. On ne peut admettre, assurément, la tentation de Jésus sans supposer un rapport entre le degré de la tentation et la puissance morale et religieuse de celui qui CD était l'objet. Quand donc Jésus sort vainqueur de la tentai io a que Satan lui a livrée, c'eit le premier témoignage malcriel qu'il donne lui-même do sa mission.

Le baptême de Jean a montré en Jésus le Messie : la résistance à la tentation, sa victoire sur l'esprit du mal sont l'acte par lequel il se manifeste personnellement comme le Messie. Cela se trouve bien indiqué dans saint Luc, lorsque, immédiatement avant la tentation , Jésus nous est représenté comme 7T>»)/3v;ç rivsûpaToç «■ytov, plein du Saint- Esprit (S. Luc, iv, 1).

Le but de là mission de Jésus est d'ôt°r les péchés du monde, et d'opérer le bonheur des hommes ; mais la première condition est qu'il soit lui-même sans péché, et qu'il en donne la preuve matérielle. A l'égard de ce rapport, qui doit exister eutre Jésus, 1<* baptême et la tentation, nous avons considéré la tentation et son baptême comme l'inauguration de sa vie publique, et il est incontestable que les Evangiles distinguent entièrement ces deux époques de la vie du Messie, surtout les trois premiers, qui laissent subsister les lacunes que saint Jean a comblées entre la lenllion et l'entrée publique de Jésus en Ga ilée, après l'emprisonnement do saint Jean-Baptiste. •

11 faut expliquer ici pourquoi le quatrième Evangile ne s'est pas occupé du point avec le plus grand soin, quoiqu'il n'ait pas envisagé le côté historique. Le molif particulier de celle omission s'explique naturellement par la manière dont commence l'Evangile de sainl Jean ; car cette introduction est toute de doctrine ; elle est didactique, elle remplit le même objet que la tentation el forme un toul, auquel on ne peut rien ajouter. Dans l'Evangile de saint Jean, il ne s'agit pas seulement de la doctrine de la préexistence du Messie comme le Verbe de Dieu, mais du but que se proposait celte nature divine de paraître unie à l'humanité sur la terre, sans rien perdre d'elle-même. Il y a là des idées qui se distinguent beaucoup de celles des trois premiers évangélistes. (Voyez notre introduction.) Il est vrai qu'ils attribuent au Saint-Esprit la naissance de Jésus, et qu'ils considèrent Jésus comme plein de l'esprit de Dieu. Sans doute ils reconnaissent dans le baptême la divinité du Christ, mais chez eux la forme n'est pas la même que celle de saint Je in. Ils parlent presque toujours d'après l'analogie de la nature humaine. Pour saint Jean, dans la forme comme dans le fond, il s'agit toujours du Fils de Dieu, du Verbe, et de lui: ainsi seulement considéré, il serait, je neveux pas dire impossible, mais peu convenable d'énoncer qu'il a eu à livrer un combat réel contre le démon. Cela se comprend de soi-même au point de vue de saint Jean , et n'a pas besoin d'autre explication.

De ce rapprochement entre saint Jean et les trois premiers évangélistes une question ressort, savoir si une tentation do Jésus est supposable, c'est-à-dire une tentation suivie. l'Ius on considère l'essence divine de Jésus, comme elle paraît dans la doctrine de saint Jean sur le Verbe, plus la question semble devoir être résolue négativement. On a dit que le démon, dont la na-

lure est la ruse, aurait dû savoir qui il attaquait, et s'épargner une lutte inutile. Théodore de Mopsueste, condamné pour béfésie, a donné de la tentation une explication tout à fait étrangère au texte: c'est que Satan ne connaissait pas encore Jésus (1). L'assertion d'Arius, que Jésus, en raison de son libre arbitre, était devenu vilii et vii tutis cnpax, est une de celles que l'Bgliie a le plus anatbéma Usées. D'un antre côié, il serait dangereux aussi de nier absolument que Jésus pût cire l'objet d'une tentation, car ce serait tomber dans la même erreur que ces hérétiques qui regardaient l'humanilé de Jésus comitie une simple apparence. La nature divine du Christ, qui est unie à sa nature humaine, ne peut pas disparaître un seul instant ; par conséquent le mal n'a point de prise sur lui. En résumé, dans la tentation, nous voyons le moment où le mal s'approche du Christ autant qu'il lui est possible , mais c'est pour montrer la victoire du bien sur le mal, au lieu que, chez les hommes ordinaires, le péché se présente souvent à côté de la tentation.

§ III. — LA TENTATION d'après eschenmaïer.

Dans le travail du docteur Kuhn on reconnaît toujours l'exégèle ; dans celui d'Eschenmayer , la question est envisagée principalement au point de vue d'une philosophie théologique. Entraîné par la force de Ses habitudes intellectuelles , l'auteur de Ylschariotisme s'attaque surtout aux préjugés dogmatiques qui ont engagé Strauss à considérer comme un mythe tout le récit de la tentation. Nous avons reproduit presque toutes les réflexions d'Eschenmayer, en supprimant quelques détails compliqués complètement dénués d'intérêt pour le lecteur français.

Strauss affirme « qu'au point où en est arrivée la nouvelle école critique, il ne peut plus être question d'anges ni de démons, et comme l'histoire de la tentation ne peut s'expliquer ni d'une manière naturelle, ni d'une manière surnaturelle, il se félicite de pouvoir avancer qu'il n'y a pas, dans ce récit, un seul trait qui ne trouve son explication, soit dans les types de l'Ancien Testament , soit dans les idées du temps sur le Messie et. sur Satan. » Pour nous, nous ne lui envions point ce bonheur, car nous sommes bien convaincus qu'il faut se placer ici à un point de vue tout différent.

Après quelques considérations inintelligibles tirées de la Théologie transcendentale, Eschcnmayer ajoute :

Sans doute l'histoire de la tentation a pour nous un fondement invisible , qui se perd dans le mystère , mais nous pouvons cependant y trouver un côté par lequel elle se rattache à l'œuvre de la Rédemption.

En réunissant le petit nombre de révélalions sur Satan, que l'Evangile nous offre, nous pouvons composer la notion suivante :

(1) Strauss a tiré la même conclusion à l'égard du baptême de pénitence de Jean, lorsqu'il suppose que

Appartenant à un ordre plus élevé que l'homme, et doué de liberté, il est devenu rebelle à Dieu qui l'a banni de sa présence, M le privant de sa lumière et le chargeant de malédictions. Dans son égoïsme et dans la rage de sa volonté, il s'est fondé un

royaume qui lui est propre Mais comme

il ne peut plus s'opposer immédiatement à la puissance divine, et transgresser des commandements que Dieu ne daigne plus lui adresser, il cherche par l'entremise de l'homme à renverser le royaume de Dieu. Sa première tentative, en corrompant la nature liumainc par le péché, a introduit la mort dans le monde , et inoculé à la nature humaine un poison qui se transmet et se perpétue dans les générations. En même temps, par le péché, il s'est ouvert pour toujours le chemin du cœur de l'homme. Satan, il est vrai, ne peut rien par lui-même, car la nature et ses lois sont au-dessus de lui, mais il acquiert sa puissance en pervertissant, par son souffle empoisonné, la liberté donnée à l'homme pour tendre vers la lumière, et en poussant la volonté humaine à toutes les folies, à toutes les erreurs, à tous les vices et à tous les crimes. Le plaisir défendu est le commencement du péché, et l'orgueil d'être égal à Dieu en est le complément, comme Moïse l'avait déjà si bien exposé dans l'histoire de la tentation.

L'égoïsme est le caractère fondamental que le péché originel a imprimé à la nature humaine, mais les formes multiples et variables que revêt ce caractère s'élaborent dans l'individualité de l'homme. L'essence du péché et de son auteur nous échappe; nous n'en apercevons que les résultats qui se forment par ia combinaison de l'égoïsme et de l'individualité de l'homme C'est pourquoi, dans tous les genres de péché, leur auteur reste caché dans l'ombre, tandis que ses reflets innombrables apparaissent à la conscience comme des produits propres à l'homme. Satan est la cause de l'existencedu péché dans l'humanité; quant aux formes déterminées que revêt le péché, elles sont dues à l'homme lui-même.

Par l'invasion du péché, l'humanité a encouru une déchéance générale , dont elle n'est pas capable de se relever par ses propres forces ; de là la nécessité de la médiation d'un Sauveur. Mais pour que l'œuvre de la rédemption fût durable , il fallait que la puissance du péché fût brisée, c'est-à-dire que l'auteur du péché fût démasqué et vaincu; c'est ce qui arriva dans la tentation de Jésus par Satan.

A ce point de vue, la tentation se trouve intimemeut liée à l'œuvre de la Rédemption.

Mais, dira-t-on, à quoi bon une tentation pour le Messie ?

Sans doute les lois fondamentales du plan divin dans l'histoire universelle, ainsi que la manière dont Dieu répare les desordres que la liberté humaine introduit dans son œuvre,

Jésus était jusqu'alors dans le doute relativement à sa propre mission. (Escbenmayer.)

LE DOGTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

sont au-dessus de la portée de la raison el de l'entendement humain ; mais cependant , en considérant l'histoire universelle , nous voyons que Dieu n'a confié les grandes dispositions de sa Providence qu'à ceux qui se sont montrés dignes de lui par l'épreuve de la foi et de la résistance au mal. Nous voyons des épreuves de ce genre précéder l'institution du judaïsme. Abraham subit l'épreuve de la foi et de l'obéissance aux commandements divins, et c'est quand il en est sorli victorieux que l'ange lui apporte la grande promesse , et lui annonce que le Seigneur a pris la résolution immuable de mulliplier sa postérité comme les étoiles du ciel, et de bénir en elle toutes les nations de la terre. Nous trouvons aussi, dans le cours de l'histoire judaïque, une foule d'exemples des effets puissants de la foi, et Paul, dans son Epître aux Hébreux, n, les a mis merveilleusement en lumière. Or, s'il en a été ainsi au commencement et pendant la durée de l'institution préparatoire, que ne devons-nous pas attendre au commencement de l'institution principale? car ici il ne s'agit plus seulement de l'image et de la figure du culte qui est dû au Dieu vivant, il s'agit de la Rédemption, delà renaissance de toute la race humaine après la déchéance qu'elle avait encourue.

Il est dit :. « Alors (après le baptême) Jésus « fut conduit par l'Esprit dans le désert, « pour y être tenté par le diable. » La tentation nous présente une triple progression dont voici à peu près le sens :

« Toi, Fils de Dieu, qui as toute la nature « à tes ordres, pourquoi veux-tu souffrir de « si grandes privations? Parle, et ces pierres « deviendront du pain. »

« Tu dois avoir en Dieu assez de con- « fiance pour être sûr que, quelque chose « que tu entreprennes , serait-ce de te préci cipiter du pinacle du temple, tu ne perdras « pas un seul cheveu de la tête ; au con- « traire, les anges le porteront dans leurs « mains. »

;> « Vois, le monde entier est là devant toi « dans sa pompe el sa magnificence. Il con- « tient tout ce que l'honneur, la gloire, la « richesse, la considération et la puissance « peuvent donner. H esta moi, et je te le « donne si lu veux seulement me faire la plus « légère offrande, si tu veux tomber à mes « pieds el m'adorer. »

Mais Jésus répondit : « Retire-toi de moi, « Satan: l'obéissance et l'adoration n'appar- « tiennent qu'à Dieu seul. » Alors le diable le laissa et les anges s'approchèrent pour le servir.

Cette tentation renferme trois points importants : 1° L'empire que les sens exercent sur l'homme ; 2° l'audace de l'homme contre Dieu el la destinée; 3° les séductions du monde el de l'ambition. Ce sont là les Irois rands ennemis auxquels l'homme doit ivrer en lui-même un combat incessant, et que l'ennemi du genre humain, l'auteur du pérhé , a transplantés originairement dans la nature humaitic. Jésus, en se faisant homme, a dû se soumettre à cette tentation,

afin de montrer aux hommes par un exemple, comment on doit combattre ces ennemis. En outre, celte tentation était réelle et sérieuse pour Jésus. Ce péché que Satan avait commis un jour en se révoltant contre Dieu pour fonder un royaume indépendant qui lui fût propre, il voulait le faire commettre aussi à Jésus. Satan lui-même est un ange tombé par l'abus de sa liberté. Pourquoi le Fils n'aurait-i! pas voulu se constituer indépendant et régner par lui-même? Cette pensée était dans la tentation de Satan.

Les plus beaux traits de l'Evangile se trouvent dans l'humilité, dans l'abaissement et l'obéissance de Jésus à l'égard de son Père, et dans son entière soumission à sa volonté. Mais cette dépendance d'une volonté étrangère ne semble-l-elle pas toujours pénible à supporter, et quel est celui qui ne cherche à s'en délivrer , quand il en a l'entière liberté et tous les moyens ? Or, c'est précisément là le point important dans l'histoire de la tentation, el c'est à l'obéissance constante de Jésus à l'égard de son Père, que nous devons notre Rédemption. De ce moment Satan et son royaume furent soumis au Christ, et le nom du Christ possède encore aujourd'hui une vertu qui dompte les démons , vertu à laquelle tous ceux qui croient peuvent participer. Tels sout les enseignements de l'Evangile, et ils nous suffisent.

En jetant un coup d'œil sur ce récit, nous nous convaincrons que cette tentation est précisément le point le plus important pour la Rédemption, et que les hommes n'auraient pu devenir heureux si la puissance du mal n'avait été brisée. Cet avènement, auquel la théologie rationaliste daigne à peine accorder son attention , est un des points les plus importants dans l'ensemble du plan divin ; et il faut bien reconnaître que la tentation occupe dans l'Evangile la place qui lui convenait au commencement de l'histoire proprement dite de la vocation de Jésus.

L'histoire de la tentalion une fois considérée à ce point de vue, quelle faiblesse et quelle petitesse ne trouve-t-on pas dans les arguties d'une critique qui s'attache à la forme grammaticale, au temps, au lieu, à l'ordre des événements et à une foule de circonstances accessoires dans le récit, sacrifiant ainsi l'esprit à la lettre? Quand on ne comprend pas la nature intime du principe chrétien, et qu'on n'en aperçoit que les phénomènes extérieurs, on ne peut voir en lui qu'énigmes, que manque de proportion et de convenance

Les critiques divisent en mille morceaux le Christ el sa parole, et ils dissèquent chacune de ces pièces avec la plus minutieuse attention : ils pensent ainsi avoir satisfait à toutes les exigences, sans songer que par ce procédé ils anéantissent l'idée et l'harmonie de l'ensemble, et qu'il ne leur reste que l'écume que la fermentation rejette à la surface. L'apôlre Paul lui-même nous prévient coulre celle méthode qui divise le Christ et sa parole; mais l'école moderne, fière de ses progrès, voit les choses tout autrement, et

DEMONSTRATION ÈVAfl LlQUE. l.'Alil:!. I flASSAT,

applique ce déplorable système à 1'hislolre de la tentation.

L'audn e avec laquelle la critique rejette, tout élément saint, met la Bibte au rang des livres profanes, et traite en partie les évsngélisles de faussaires, n'est certainement pas la moindre des tentations par lesquelles le tieit isclmriolismt se perpétue.

Strauss demande comment le diable peut paraître sous une forme corporelle? Tout te qui existe doit-il donc être visible aux jeux de notre corps, comme le monde matériel? Dans les limites mènes de notre nature, n'y a-l-il pas déjà une multitude de forces bien réelles, quoique nous ne puissions pas les percevoir sensiblement ? A combien plus forte raison cela ne doit-il pas avoir li u dans le domaine du Surnaturel, puisque «'ans ce domaine l'organisation doit nécessairement revélir des fntnes différentes, que nos sens ne sont pas faits pour percevoir?

Or, voici le propre de Satan : Le premier péché lui ayant frayé le chemin du cœur de l'iiomme, il sort sans (esse |n visiblement, avec ses compagnons , de son royaume. Il s'adresse tantôt a la vanité, tantôt à l'ambition, tantôt aux subtilités de la critique, et il rassasie les bommes des fiuils de l'arbre de la science, pour leur laiic élever leurs idées à l'égal de Dieu, et mettre le Fils de D;eu au raii}; des phénomènes ordinaires de l'hisloire universele. 11 insinue sou poison au cœur de l'homme d'une manière si subtile el si insensible, que celui-ci ne s'aperçoit pas de la blessure qu'il a reçue, el se trouve, amené à considérer la glo.re et l'imporiance littéraires comme le plus grand des biens de 1 1 terre, comme un bien auquel on doit sacrilicr l'Ivangile lui-même. Or.il existe une loi psychologique qui ré^il la conscience du moi. Plus le moi s'enfle et Ire ut se faire infini, moins l'Evangile trouve de place dans le cour, moins aussi l'image du Christ y est gravée profondément : de sorte qu'elle finit même par disparaître complètement en tant que force, sanctifiante. Mais aussi, plus le moi s'oublie et cherche à se rapetisser dans son humilité, plus la parole de Dieu trouve de place dans le errur, plus l'image du Christ s'agraudil pour s'élever jusqu'à la plus haute puissance, c'est-à-dire jusqu'au saint. L'une ou l'autre de ces alternatives devient le sort de l'homme, selon quil néglige d'anacher de son cœur l'aiguillon subtil de Satan, ou qu'au contraire il suit le précepte du Christ : « \ cillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation. » Le nom du Christ et la prière sont les seuls moyens de se préserver des attaques de Satan, cl d'arriver à compter pour rien la gloire du monde.

Strauss est embarrassé de savoir où peut rire le désert dans lequel Jésus fut lente, , ce Jean était dans le désert et y bapti-

sait. 1 serai; peut-être dilficilc d'en déterminer î ce précision la position ge graphique; mais on peut affirmer bardîmeul que le désert est dans le cerveau qui sert de domicile à l'esprit de critique rationaliste.

Strauss trouve une contradiction dans l'é-

poque assignée à h tentation. Les ITBOpU-

3 ups nous montrent Jésus conduit dans Us après le baptême ; tandis que Jean l'é angélisle rattache au baptême de Jésus une antre série de la le, el ne fait aucune mention de la tentation.

Ceite contradiction disparaît en admettant

que le disciple Jean a appris de la bouche même de Jean-Baptiste h s sireoosiaBces du

baptême de Jésus, ce qui n'a pu avoir lieu qu'à une époque postérieure au baptême et a la tentation. Selon toute vraisemblance, le bruit des événements qui avaient signalé le baptême de Jésus devait s'être répandu au loin dans toute la contrée. Ce bruit détermina) le disciple Jean à se rendre auprès du Pré" curseur, pour prendre lui-même des informations à ce sujet. Il faut bien admettre un laps de temps de six semaines au moins enlie le baptême el l'époque où leur entrevue put avoir lieu. A ce moment, la tentation était déjà finie. Or, il est nalurel de donner pour pu. ni de départ à la série dis faits racontés par l'évangéliste le jour où celui-ci apprit les circonstances du baptême de la bouche de Jean-Baptiste; el cela une fois admi-, tout s'explique naturellement.

Au verset 29, il est dit : « Le jour suivant » (c'est-à-dire le jour où Jean apprit du Précurseur les circonstances du baptême) «Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu qui porte le pèche du momie. » Par ce verset el les suivants, jusqu'au li'*', il est facile de reconnaître que le baptême de lésai avait déjà eu lieu, cl que les phénomènes qui l'avaient accompagné avaient pleinement convaincu le Précurseur de la dignité messianique de Jésus. <>r. comme Strauss avoue que cette opinion, avancée par Lucke, p. 391), n'est soumise à aucune difficulté, on ne peut en vérité comprendre pourquoi il perd son temps et sa peine a discuter les autres opinions qui sont toutes inadmissibles. Demander pourquoi Jean 1 evangéliste ne fait aucune mention de la tentation, c'est soulever une question inutile et s'agiter dans le vide; car la recherche de la raison pour laquelle une chose n'est point arrivée permet des suppositions interminables. Pour ce qui regarde Je. in l'cvangeliste, nous devons nous fixer à celte opinion, q connaissait les Evangiles synoptiques antérieurs au sien, que son but est toujours de compléter; que les détails précis qu'il donne accusent toujours le témoin oculaire, et qu'il n'aime point a raconter une chose qu'il n'a point apprise par lui-même. Quant a I opinion que le qualriè i.e Evangile n'est pas l'ouvre de Jean, opinion que la critique a parlois adoptée dans se* égarement, il est heureusement facile de Ul icfuier victorieusement , en montrant que celui qui nous communique des pensées qui ne peuvent sortir que de l 'aine de JétUS ne peut être autre que le dis> iule Jean.

Slrams se di mande dans son étonnemenl COmmeOl on peut soutenir un jeune de q aîanle jours sans mourir de faim? Nous devons admettre certainement que le jeune

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

élait pour Jésus une privation , et sans cela il n'y eût point eu pour lui de tentation ; mais il est inutile de démontrer que celui qui pouvait trouver une nourriture spirituelle dans la parole de Dieu, élait capable de supporter une semblable abstinence. L'auteur de la Vie de Jcsi'S s'évertue aussi à chercher pourquoi la durée de ce jeûne a été fixée juste à quarante jours; j'avoue qu'ici je n'ai rien à ajouter, si ce n'est qu'il est fâcheux que l'échelle de Jacob ne fût pas composée de quarante degrés pour qu'il puisse l'utiliser et en former son mythe.

Strauss remarque pareillement que le toit du lemple étant couvert en entier de petites aiguilles dorées, il ne devait rester aucune place où Jésus pût se tenir, lorsqu'il y fut conduit par le diable. C'est possible, mais il eût été plus ingénieux de demander comment Jésus avait pu monter sur le pinacle du temple? car il est bien plus difficile de grimper sur le haut d'un édifice que de s'y tenir une fois qu'on y est arrivé. Pour moi, je pense que celui qui a dit : « Détruisez ce temple et « je le rebâtirai en trois jours, » ne devait pas élre embarrassé d'y trouver une place pour se tenir.

L'opinion qui regarde la tentation comme une parabole , transporte l'objectif dans le sujet , et réduit le jeûne de quarante jours à un songe duquel Jésus s'éveilla probablement avec une grande faim. Nous demanderons si c'eût été là une tentation?

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