‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 116 sur 255 · IV. — LA TENTATION · texte numérisé non relu

IV. — LA TENTATION

d'après le docteur néander (1).

Quand nous essayons de comprendre l'histoire de la tentation, dit Néauder, nous ne pouvons nous empêcher de regarder comme insoutenables (2) les circonstances particulières de celle histoire ; mais les idées qui apparaissent sous les formes de ce drame symbolique sont si élevées, et il est si naturel de supposer une préparation entre le baplème de Jésus et sa première apparition publique sur la scène du monde, que nous sommes amenés à reconnaître, au récit de la tentation, un fond de vérité incontestable. En effet, une semblable préparation, faite dans le silence de la solitude, forme une transition b.en naturelle du baptême de Jésus au commencement de sou activité publi-

(1) La traduction que nous donnons ici n'est guère qu'une paraphrase dans laquelle nous avons essayé <:o reproduii o, le plus exactement possible, les pensées fondamentales du célèbre historien.

(2) Nous ee reproduirons pas ici les réflexions que nous aVDQS laites sur une semblable assertion de Kuun.

(5) Mander ajouts dans une note sur ce passage : Dès que nous reconnaissons un élément symbolique dans l expusition des circonstances de la tentation, il nant devenir d. mieux si le jeune qui forme la première de ce^ cii constances n'est pas aussi un simple vi li-ment symbolique. Cependant comme le jeu ie se rattache au l'ait fondamental de la retraite de Jésus dans la solitude, il petit aussi appartenir à la base historique qui a servi à former le vêtement symbolique. L 'idée dîme que nous devons nous former de ce jeune, c'est que Jésus, occupé à réfléchir sur l'œu-

que. Les deux réflexions que nous venons de faire, rapprochées l'une de l'autre , nous

fiortent à conclure que la tentation ne renerme pas seulement une vérité idéale, mais encore une vérité historique qui a é é présentée parles évangélistes sous une forme symbolique (3).

Occupons-nous d'abord de l'idée qui perce dans les circonstances particulières de la tentation, puisqu'il est plus facile d'arriver, à cet égard, à une clarté et à une certitude complètes. Nous reconnaissons ici les principes qui dirigèrent toujours les actions de Jésus dans ses fonctions messianiques , et ceux qui sont en opposition directe avec la conception habituelle de l'idée du Messie parmi les Juifs. Jésus souffre de la faim après un long jeûne, et il ne peut trouver dans le désert les moyens ordinaires de nourriture. La première tentation consiste dans cette pensée qui lui est présentée. « Si lu es réellement le Messie, le Fils de Dieu, lu ne dos pas éprouver d'embarras, lu peux éviter cette souffrance par ta puissance miraculeuse, tu peux changer en pain les pierres qui sont là devant toi dans le désert. » Jésus repousse cette provocation en ces termes : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu (4). » Pour bien comprendre le sens de ces mots, il faut penser aux circonstances auxquelles ils font allusion (Deulér., vin , 3). Dieu , en effet , apaisa la faim des Juifs d ;ns le désert , en leur présentant la manne, pour leur apprendre que la puissance créatrice de Dieu peut conserver la vie de l'homme par d'autres aliments que les aliments ordinaires 1 Les Juifs, qui voulaient de la viande et du pain , comme en Egypte, devaient apprendre à se soumettre à la volonté de Dieu, auquel il plut de suppléer au défaut de subsistances habituelles par des aliments d'un aulro genre. Si nous appliquons maintenant la pensée fondamentale et générale qui règne ici aux circonstances particulières dans lesquelles le Christ se trouvait alors, il en résulte l'interprétation suivante : « Loin de moi de vouloir prescrire à Dieu quelque chose sur la manière dont il lui plaît de m'offrir des aliments ; je veux bien plutôt me confier en sa puissance créatrice, toujours présente partout, puissance qui ne manque

vre qui devait remplir sa vie, oublia les besoins des sens en vertu de la puissance de l'esprit sur la n iture , il put se passer un lemps fort long avant qu'elle ne fil sentir sa puissance. Enfin cependant la faim se lit sentir avec énergie, et c'est assurément un îles traits de la tentation qui assiégea le Christ pendant tout le cours de sa vie, et une première épi cuve do I abnégation que, dans des cas semblables, il dut toujours montrer. Ei effet, tout en ayant conseil nca de sa dignité de Fils de Dieu, il éprou1, .< le sei.. meut de la faiblesse et de la dépen tance h- naine, sentiment qui pouvait bien affecter les facioV* Inférieures de son âme, mais qui ne put jamais mlloer sur sa sainte volonté, invariablement ding e vei* Dieu, ni jamais, exciter en lui le sentiment de rien faire pour lui même.

(4) De tout ce qui est produit par la parole créatrice de Dieu.

liKMONSlItATION EVANGELUJl'E. l.'AUUE CHASSAY.

Si*

pas de moyens, même dans le désert, pour apaiser ma faim, quand même te neseiait pas par la nourriture ordinaire, a In ISjfssanl ainsi, Jésus fait comprendre qu'il ne veut pas se soustraire au sentiment de la faiblesse et de la dépendance de l'homme, el qu'à cause de cela il ne veut pas faire; de miracle pour sa satisfaction personnelle, et quand les moyen! naturels peuvent subvenir aux exigences de la vie matérielle, qu'il faut en cela faire abnégation complète du penchant des sens, se confier enfin à la toute-puissance de Dieu avec un complet oubli de soi-même, aGn que, dans la détresse , il vienne à notre secours, conformément aux desseins de sa sagesse. Le Christ agit d'après ces principes , lorsqu'il laissa les apôtres éplucher des épis pour apaiser leur faim, au lieu de leur procurer des aliments par un miracle; il enagil de même lorsqu'il se laissa prendre par ceux qui furent envoyés par les autorités juives, au lieu d'en appeler à la puissance miraculeuse pour se sauver. 11 éprouva «ne semblable tentation, lorsque les gens qui passaient devant la croix disaient que s'il était le Fils de Dieu il n'avait qu'à le montrer en descendant de la croix, qu'alors tout le monde croirait en lui.

Jésus est ensuite conduit sur le sommet du temple, et le tentateur lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, précipite-toi en bas ; n'es-lu pas assuré, dans tous les cas, du secours miraculeux el divin comme Fils de Dieu ? » Et le tentateur se sert ensuite littéralement des paroles du psaume xci, 11,12 : «Lesanges viendront à ton aide, afin que ton pied ne heurte pas une seule pierre. » Mais le Christ lui oppose d'autres paroles qui déterminent le sens véritable dans lequel les premières ont élé employées : « Tu ne dois pas tenter le Seigneur ton Dieu. » (Deut., vi, 16.) «Tu ne dois pas mettre à l'épreuve la puissance de Dieu, afin de savoir s'il pourrait venir à ton secours par un miracle ; quand tu peux employer comme les autres les moyens naturels, tu n'as pas besoin d'un semblable secours. » Toutes ces pensées peuvent se résumer ainsi : L'homme pieux peut assurément compter en tout sur le secours de Dieu, cependant à condition de faire un bon emploi des moyens que Dieu lui a offerts, et de marcher dans la voie qu'il lui a indiquée par sa vocation et par les circonstances. Le Messie ne doit donc pas, pour céder à un simple caprice et par confiance dans un secours divin et miraculeux, se précipiter dans des dangers qu'il pourrait éviter par une conduite prudente. La conséquence de ce principe est qu'il ne faut pas faire de miracle qui ne répondrait pas aux fins que se doit proposer la sagesse, point de miracle qui n'ait d'autre but que de montrer sa puissance surnaturelle, et de produire par là, au moment même, une forte impression sur les sens, impression qui ne s'adresserait pas au sentiment religieux et moral, et qui ne serait pour cela que très-passagère. Le Christ agit d'après ce principe, en ne se précipitant pas capricieusement dans les périls, en em-

ployant les moyens dictés parla réflexion pour échapper aux dangers, comme dans le cas on il Mail menacé d'être poursuivi par ses eniieii js. j| suivit aussi ce principe, lorsque, se confiant en Dieu el se soumettant à la volonté divine, il alla au-devant des dangers qui lui étaient envovés par la main de Dieu el qu'il ne pou\ ail éviter pour remplir sa mission, et auxquels il ne pouvait se soustraire saris élre infidèle à celle mission. Il agit encore en vertu des Bsésnes idées, plus tard, lorsque, invité par les pharisiensou par la multitude, remplie de sentiments charnels, à faire un miracle, il rejeta leur demande.

La proposition faite au Rédempteur de se prosterner devant Satan et de l'adorer, pour recevoir de lui la souveraineté sur lous les royaumes de la terre, n'est pas précisément ce que nous devons considérer comme ce que renferme de principal la Iroisième épreuve de la tentation. Il n'était pas même besoin d'un certain degré de piété pour rejeter une pareille proposition. Aussi, ajoute Néander, l'essentiel de cette épreuve, c'était de présenter au Christ la pensée d'un royaume lerreslre dont on établit la splendeur par les ressources de la sagessemondaine. Après quelques développements tout à fait germaniques, dans lesquels le célèbre professeur noie celte idée, et dont nous faisons grâce au lecteur français, il ajoute : Cette leulation se renouvela dans la vie entière du Christ. Combien ne fut-il pas souvent provoqué par l'impatience el l'ardeur de désirs mêlés d'un espril mondain à fonder le royaume du Messie comme un empire terrestre? Les acclamations de la foule enthousiaste l'y provoquèrent encore au moment de son entrée dans Jérusalem, et sa soumission dans la passion servit d'expression à son dernier refus, el c'est par ce refus que le royaume de Dieu fut fondé d'une manière purement spirituelle.

Après quelques développements très -vagues et d'un très-médiocre intérêt, destinés à compléter ses idées sur la fondation du royau me spirituel du Seigneur, Néander arrive à se demander si la tentationdu Christ put élre un combat intérieur, et il répond ainsi à cette question :

La détermination que l'on prend commence d'abord dans le travail de l'esprit et s'exprime ensuite dans toutes les actions extérieures. Nous ne devons pas, sans doute, nous figurer chez le Christ un semblable choix qui supposerait déjà un point de liaison auquel le mal pourrait se rattacher. La tendance constante et fondamentale de la vie intérieure de Jésus, qui prenait sa racine dans sa soumission à la volonté divine, renfermais, une décision qui ne permettait aucun combat. 11 n'avait de commun avec la nature humaine que la faiblesse des organes qu'il avait revêtus et qui peut exister sans éiroisme, et son combat devait être semblable a celui du premier homme, avant que, par sa faute, il eût laissé prendre à l'attrait du péché une si grande puissance sur son âme. Chez les autres hommes, à cause de l'amour exagéré

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

d'eux-mêmes, les séductions qu'ils trouvent au dehors deviennent pour eux des tentations intérieures; mais il n'en pourrait être ainsi chez le Christ, elles devaient seulement manifester la complète unité du divin et de l'humain qui composait l'essence de sa vie intime.

Néander termine son examen de la tentation par une série de formules transcendantales sur la vraie notion du royaume de Dieu, sur Satan, sur la notion du péché, dont nos lecteurs nous sauront gré de leur épargner l'ennui. On voit que sur cette question capitale l'auteur touche très-légèrement les points de vue historiques, maisqu'il s'épanouit avec satisfaction sur tout ce qui prêle aux considérations spéculatives. C'est là la tendance perpétuelle de son livre, et on peut dire à cause de cela qu'il est peu d'ouvrages aussi profondément germaniques. On ne peut pas faire les mêmes reproches au docteur Sepp. Le célèbre orateur de l'assemblée de Francfort nous paraît être parmi les adversaires de Strauss, l'antagoniste qui a le plus habilement rétabli contre l'exégèse mythique toutes les circonstances particulières delà vie du Sauveur. Nos lecteurs en vont juger par un fragment plein d'intérêt que nous traduisons très-librement et qui ne donne qu'une idée très -incomplète de la science immense du docteur Sepp.

§ V. — LA TENTATION d'après le docteur sepp (1).

« Le rejeton d'Aaron, sous les auspices du Dieu du ciel, avait sacré le fils de David prêtre, roi et prophète de la nouvelle alliance , et Jésus, maintenant consacré pour sa mission, eslconduit par l'Espritdans le désert. Ce désert est situé dans l'Arabie Pélrée, au delà de ce gouffre infernal qui porte le triste nom de Mer Morte, puisque Jean baptisait dans le territoire qui s'étend au delà du Jourdain. L'œuvre qu'allait accomplir le Messie était le combat contre l'enfer. Le prix de ce combat était le salut du monde. Le Sauveur allait apprendre à tous les hommes à vaincre la tentation et à triompher du corrupteur de l'humanité. Dans cette lutte formidable, tous avaient échoué jusqu'alors, parce qu'ils portaient dans leur propre chair l'ennemi qu'ils devaient combattre. Le Nazaréen pouvait seul soutenir ce combat, parce qu'il n'avait pas à combattre Satan dans son propre cœur. S'il ne triomphait pas, l'humanité était perdue sans ressource, et restant sans guide ni modèle, pour savoir comment elle devait résister à la tentation, elle tombait dans l'abîme éternel. Le tentateur du Fils de Dieu, né de la femme, s'approche alors et vient lui faire subir clans la tripla sphère de sa personnalité terrestre, dans la région des sens, dans celle de la morale et dans celle de l'esprit, la même épreuve dans laquelle le premier représentant du genre humain, Adam, avait naguère succombé, el la lutte commence entre le dragon infernal et le descendante la femme qui devait lui écraser la tète.

Le Rédempteur commence l'œuvre de la

délivrance par lui-même, en restant quarante jours sans boire ni manger, comme ses deux modèles, Moïse au Sinaï et Elie à Horeb. II demeure pendant ce temps -là dans la retraite, pour montrer la nécessité de se rendre d'abord maître de ses impressions sensibles, et pour attaquer vigoureusement le mal dans son empire.

Le nombre quarante est un espace de temps consacré par de grands mystères dans tout l'ensemble de l'ancienne alliance. La pluie du déluge dura quarante jours. Joseph pleura son père en Egypte pendant autant de temps. Les explorateurs envoyés par Moïse mirent quarante jours à se rendre dans le pays d'Israël. Probablement les apôtres et les disciples de Jésus en mirent autant pour aller y prêcher le royaume de Dieu. Goliath étala son orgueil pendant quarante jours, jusqu'au moment où David le terrassa. Quarante jours sont également accordés à Ninive pour sa conversion. La période normale de la fonction de juge dans l'âge héroïque du peuple est enfin de quarante années. Mais, de même que chaque prophète symbolisait dans sa vie la vie même du peuple de Dieu, de même le Rédempteur passe maintenant quarante jours dans le désert, à l'image des quarante années pendant lesquelles le peuple d'Israël s'était préparé dans le désert à la prise de possession de la terre promise, comme aussi pendant quarante siècles l'humanité entière, dans sa pérégrination terrestre, avait attendu jusqu'à ce moment avec impatience la rédemption el l'entrée dans le royaume de Dieu. Ce nombre mystique de quarante se retrouve aussi dans plusieurs circonstances remarquables de la vie du Christ. En effet, il est présenté au temple quarante jours après sa naissance; quarante jours avant sa passion, il est excommunié par la synagogue; quarante jours après sa mort il monte glorieusement au ciel. L'Eglise animée d'un instinct divin a senti l'importance de ce nombre mystique et l'a consacré par le jeûne du carême.

À l'expiration du jeûne du Sauveur, le tentateur apparaît pour corrompre le second Adam, comme il avait séduit le premier, et de même qu'il avait entraîné le père du genre humain à manger le fruit défendu , il veut pousser le Rédempteur du monde à se servir de sa puissance miraculeuse pour la satisfaction d'un besoin corporel. II le presse, afin d'introduire en lui l'ardent désir de la vie terrestre, lui qui devait faire sa nourriture véritable de la vie de son Père.

Mais le nouvel Adam devait apprendre aux hommes qu'il était le véritable pain de vie. Il ne voulait pas nous offrir une nourriture terrestre, mais il se proposait bien plutôt de nous mériter un sublime aliment qui vient de Dieu et qu'il assurait à l'humanité par son incarnation. Il repousse donc le tentateur par ces paroles : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de la parole qui vient de la bouche de Dieu. » Par là il

(1) La traduction que nous donnons est, comme celle des fragments de Néander, une simple paraphrase,

DEMONSTRATION ËVANGELIQUE. I.'ARHF CHASSAT.

déclarai! non-seulement qu'il était le a.,. i-su de Dieu, mail aussi qu'il é'uil l.i rélesle Eucharistie véritable aliment de vio destiné à l'humanité languissante,

i.e tentateur emmène alors Jésus sur un mOOt élevé, qui, selon l'opinion populaire cl

la tradition, est la montagne Quarautania ,

près de Jéricho. C'eut une grande montagne

calcaire, remplie de cavernes, donl le sominei est difficile à atteindre, et qui s'élève eu face du mont Abariui, du sommet duquel Moïse vit la terre promise. Le nom qu'elle porlo encore vient de la tentation de quarante jours. Chauve et stérile jusqu'à .son sommet, elle s'élève en face de la montagne où furent précitées les se;il béatitudes, comme la montagne «lu malheur, de même que la mer Morte déroule ses eaux cioupissanles en face du lac de Génésarelh. Mais de sou sommet la vue dérouvre l'ancien pays des Amorrites jusque bien avant vers l'est ; en remonant vers le nord , les territoires de Galaad et de Itasan, le vaste héritage des tribus de Kuben, de Gad et de Manassé; ver» le sud et vers l'ouest, dans un rayon très— étendu, les montagnes et les pays voisins, et le regard se prolonge même jusqu'aux frontières de l'idumée. Pococke regarde cette montagne comme la plus haute de la Judée. C'est sur son sommet que le tentateur conduit Jésus , et de là lui montrant tous les royaumes du monde, il lui dit: « Je to donnerai la souveraineté sur tous ces pays, si lu veux te prosterner devant moi et m'adorcr. »

Dans l'opinion des Orientaux , Jérusalem est le centre de la terre. Le Quaranlauia ou la montagne de la Tentation, éloignée d'une lieue de la ville des palmiers, est ici cornu, e le Mérou , le mont mythique , séjour des dieux chez les Hindous, le sommet le plus élevé de l'Himalaya, la base et le centre de la terre, qu'environnent les sept Dwipas, ou les sept îles des peuples, c'est-à-dire que toute la nature terrestre entoure, et d'où 1 ea quatre fleuves se répandent vers les quatre parties du monde. Le prince de l'enfer présente au Messie le miroir enchanté dans lequel apparaissent à ses regards tous les royaumes de la terre: il lui insinue de fonder, en qualité de Messie du monde terrestre, son royaume sur la conquête, et d'entrer par là à son service comme un vassal obéissant. Il lui offre même sou appui avec une impudence infernale, afin d'essayer de rendre la rédemption illusoire, et ébloui par les hommages que lui rendent les nations prosternées au pied de ses autels, il ose se mettre à la place de Dieu.

Mais l'Hoinme-Dieu résiste à la tentation d'élever un royaume terrestre et de devenir ce puissant souverain qui , comme le pensaient les Juifs, devait, d'après les paroles de la prophétie, soriir île l'Orient. Il refuse de recevoir en qualité de faux messie la foi et l'hommage des peuples, cl dit : // est ietit : Tu d'Ioreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui.

Alors le tentateur s'approihe une lui-ièino fois, il remmène et le place sur le BOra-

met le plus el,\e du temple, en lui disant : .Si tu ei le b'ilt de Dieu, jette-loi en bus , car il i tt ici U : // u unlonné à *«i ati'jnt , lié le parleront (tant leurs maint, afin que tet ;,rdf ne ne heurtent contre aucune piei r«. C'était la plus gr .ni, le tenl.ilmn dirigée I ouire sou intelligence. Satan su servait d'une fausse interprétation de l'Lcnture pour éveilla* dans le Sauveur un mouvement d'orgueil presomptueux. C'est celle même le u la lion dont le calomniateur se servit pour perdre le plein er homme, lorsqu'il lui dit : Si tout fuite» cela, vos yeux t'ouvriront et vous serez égaux à Dieu.

Que l'on remarque ici comment le diable cherche à déterminer son esprit au iiiomu de sentences de la bible. Kl comme il a 1 impudence de lui interpréter i'herilure, comme s'il prévoyait 1 époque où le protestantisme devait être élevé jusqu'à la hauteur d'une religion, et l'abus que feraieul de l'Ecriture tous ceux qui , adhérant a son principe de contradiciion, s'arrogeraient le même di oit.

Satan dit : Ils te parleront sur leurs mains, afin que ton pied ne se heurte à aucune pierre. Il détache arbitrairement une sentence qui doit favoriser ses desseins, mais il n'ajoute pas ce qui suit immédiatement après : Et tu marcheras sur le serptnt et le basilic, ce qui prophétisait précisément la ruine du démon, c'est-à-dire que le Sauveur écraserait la lête du serpent. C'est ainsi qu'agissent les hérésiarques dans tous les temps ; ils disent, par exemple, contre le jeûne : Ce qui entre dons la bouche ne souille p ri l'homme. .Mais ils font semblant d'ignorer que le fruit défendu a causé la chute d'Adam; que 1 ■ Christ luimême a jeûné dans le désert . que la désobéissance sufGt pour souiller ['âme, cl que Jésus-Chrisl nous a ordonné de jeûner lorsqu'il serait au ciel. — Ils disent que l'humiliante confession est une chose insensée, car Dieu sonde les cœurs el les rcm> : mata ils oublient que Jean-liaplisle déjà l'a exigée ; que le Christ lui-même s'esl mis au rang des pécheurs el a reconnu être chargé >;cs péchés de tous les hommes, et qu'il est dit dans l'Ecriture : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les renu tirez, etc. Ils nient toute autorité en matière de foi , la sentence d i C'irist, Tu es la pierre sur laquelle je bâ is mon église, ne leur para ssant pas assez significative; ils ne réfléchissent pas que Jésus- Christ n'a pas hésité à dire : Que cel ti </iu' n'écoute pas l'E /lise soit pour toi comme un pal n et un p tblicuin. Il en est de même en toute chose! ils ont toujours l'Ecriture dans la hourhe , ils s'en servent comme Satan quand il cherchait à Se jouer du Christ.

Sur le côté nord du temple s'élev aient à une prodigieuse hauteur les Crén ! US de la tour Anionia. dont on voii encore aujourd'hui les fondations. Celte forteresse dominait toute la sombre vallée qui s'enfonce entre Slon , Mina et Acre , cl regardai! les

quatre parties du monde. Elle était si hardiment Construite, que de là on voyait jusqu'à Hebron, dans les provinces du sud. « C'était, dit Josèphe, une construction étonnante,

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

telle qu'on n'en peut voir nulle part de plus admirable, car ce vallon était si profond que, lorsqu'on regardait en bas, la vue se perdait dans les abîmes. Au baul de la tour, Hérodo fil bâtir encore un portique d'une telle hardiesse que, lorsque quelqu'un montait en dehors jusque sur la pointe, pour regarder en même temps les deux monts placés au dessous, il courait danger d'être pris de vertige avant que ses yeux eussent aperçu le fond de la vallée. »

C'est là que le tentateur avait emmené le divin Sauveur, et qu'à cette hauteur, faite pour donner des vertiges, il avait insisté près de lui en lui disant : Jelte-toi dans cet abîme effrayant, il ne t'arrivera aucun mal.

Mais le Seigneur, méprisant la fausse lumière que lui présente Lucifer, et dédaignant ces perfides interprétations de l'Ecriture, refusa d'abuser de sa puissance miraculeuse. Il repoussa donc le tentateur en lui disant : Retire-toi, Satan, car il est écrit: Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. Comme dans les épreuves précédentes , il le repoussa par des paroles de l'Ecriture sainte, interprétées dans leur véritable sens.

Alors, l'esprit de mensonge s'enfuit. Le fantôme qui ne résidait pas seulement dans l'imagination du Sauveur, mais que Satan lui avait réellement fait apparaître, disparut; le Sauveur se retrouva seul dans le désert , des anges descendirent et le servirent, il se trouva au milieu des bêtes féroces ; mais les lions et les chacals ne lui firent point de mal.

Le rapport primitif qui a existé entre le premier Adam et toute la création du monde animal, rapport qui s'est rétabli pour quelque temps en faveur de Noé, le second père du genre humain, se trouve maintenant reconstitué avec le Rédempteur. Les bêtes féroces se sentent attirées vers lui. Nous rencontrons à plusieurs reprises ce phénomène dans l'histoire de beaucoup de saints, chez lesquels les barrières du péché s'étaient abaissées de la mène manière, par exemple, chez saint François et saint Ignace. Les anges descendent ici-bas pour servir le Rédempteur, de même que dans les anciens temps ils fréquentaient les patriarches et les prophètes.

Le chacal parcourt encore aujourd'hui pendant la nuit les rues des villages de la Palestine. Le lion est encore aujourd'hui le roi du désert d'Arabie, où il s'est relire, taudis que, dans le douzième siècle, du temps du moine Pli cas (1), il venait jusque sur les bords boisés du Jourdain. On le rencontre encore dans les solitudes du Carmel , tandis que la panthère, le li»re et le léopard errent plus loin à travers la terre sainte.

Ainsi la paix du monde, la paix entre le Créateur el la créature, était provisoirement rétablie, et la triple tentation sous laquelle Adam succomba, savoir, la concupiscence de la chair, la curiosité des yeux et l'orqueil de la vie, qui depuis sa faute s'étaient étendus à tout le genre humain, forent vaincus parle second Adam. El c'est ici que se montre le

(1) De Locis sanclis, cap. 25.

rapport de la nature humaine et divine dans le Christ. Le Fils de l'homme, selon la parole de l'Apôtre, ne regarde pas comme un vol de s'être considéré égal à Dieu ; mais ce qui fil sa gloire, c'est qu'il se soumit entièrement à la volonté de son Père céleste, qu'il dédaigna de rechercher les jouissances terrestres, et qu'il ne voulut pasobtenir un royaume dans ce monde.

Mais quand l'Hercule divin eut blessé mortellement le dragon qui gardait la voie céleste, quand il eut écrasé la tête du serpent infernal, il fut donné alors à l'humanité de combattre l'enfer et le péché, et d'accomplir, sur les traces du Christ et de ses saints, sur le sommet des montagnes, le pèle ri nage qui conduit vers la sainte cilé de Dieu, vers la Jérusalem céleste, en suivanlla route que doivent parcourir tous ceux qui veulent arriver à la perfection.

L'esprit de l'abîme qui, à la mort de Jésus, se déclara vaincu par la bouche de ses oracles, cet esprit infernal, qui avait tenté le Messie, apparut plus lard, sousla forme d'une lumière, dans la caverne Héra, au prophète de la Mecque. L'Arabe aveuglé, en se prosternant devant lui, rendit hommage au principe du mal, en sorte qu'il succomba dans cette épreuve suprême, et que, dans la suite de son existence, il opposa les plaisirs des sens à l'abnégation chrétienne, et la doctrine de la fatalité païenne à celle de la providence divine. Au lieu de conquérir la terre parla puissance pacifique de la religion, il préféra faire appel au sabre, il devint par là même, tout en dominant les peuples, un vassal de celte sombre puissance du mal, qui lui avait dit : Je te donnerai tout cela si tu le prosternes devant moi et si tu m'adores. Le maître de l'abîme, précipité du trône de la souveraineté universelle, s'est dédommagé plus tard, sur une moitié de la terre, de la défaite que Jésus-Christ lui avait failessuycr dans le désert, son élrange demeure.

Quand le judaïsme el le paganisme eurent, dans les pays du midi , réuni leurs forces contre l'Eglise, l'esprit infernal ne resta pas pour cela dans l'inaction, et il ne cessa, dans les régions du nord, d'attaquer l'empire do celui qui l'avait autrefois terrassé, et de faire, autant qu'il le pouvait, rétrograder le genre humain vers le passé, quoiqu'il ne pût jamais reconquérir tout ce qu'il avait perdu.

L'esprit de discorde, qui dans tous les siècles avait attaqué 1 Eglise de Dieu, comprit un jour la nécessité de concentrer conlrc elle toutes les forces de l'erreur. Pour élever en face de l'Islamisme une puissance formidable, il réunit toutes les négations du nord contre l'Eglise universelle; il crucifia de nouveau le Christ dans son Église entre deux larrons, entre Mahomet et Luther l

Quand ce projet est arrêté, le tentateur se présente à la Wartbourg, devant le moine saxon. Dans une première épreuve, il l'attaqua par les plaisirs des sens el il lui dit : « Si tu es le réformateur que la terre attend,

DEMONSTRATION EVANGEUQI I.. I/AItliK (HASSAY.

parle, et que toute chair se ranime. >- Le moine alors, dévore par les feux de l'enfer, almlit le jeûne el la continence, à l'aide dei quels le Christ lui-même avait vaincu Satan. Il lit un appel à toutes les passions humaines : il aboli! le célibat des clercs ; il leur donna lui-même le premier l'exemple d'une union scandaleuse, el la moitié des prêtres se rangea sous ses étendards. Alors, du haut de (cite montagne de la Warlbourg, le lenlaleur lui montrant tous les royaumes du nord lui dit : « Vois, je te donnerai tout cela si tu me reconnais pour Ion mailre, cl si lu conlics au glaive le sort du nouvel évangile. » Le moine ambitieuv souscrivit à la demande du démon : il sacrifia à l'Etat la liberté de l'Eglise; il jeta dans l'Allemagne un brandon de discorde. Sa parole brûlante lit d'abord appel à la noblesse, il réunit sous ses drapeaux les forces de l'aristocratie. Sur les bords du Rhin, il leva le glaive au milieu des chevaliers pour enlever la pure fiancée du Christ et s'emparer de ses trésors. Ensuite on présenta aux sujets de tous les rangs la pensée de s'emparer à leur profit des doctrines de sa réforme. Les pasions démagogiques s'enflammèrent, et la guerre des paysans éclata. Les princes leur arrachèrent le glaive des mains après leur victoire, ils tournèrent leurs forces contre la monarchie, et une guerre civile de trente ans compléta le triomphe du nouvel évangile. Le séducteur, après avoir attaqué le moine dans les sens et dans la volonté, s'adressa à son intelligence et lui dit : « Si tu es le nouvel apôtre, mets-loi au-dessus de toute autorité; précipite-toi dans l'abîme de la science que la Bible ouvre devant tes pas, et tu liras dans le livre sacré : la foi seule sauve. » Le saxon aveuglé souscrit à cette perfide demande , il ouvrit le livre aux sept sceaux; il éleva la lettre morte au rang de règle de la foi. La grâce qui rend superflues les bonnes œuvres devint le drapeau de toutes les sectes et l'étendard d'un nouvel Islamisme contre l'Eglise de Jésus-Christ, que les puissances de l'enfer ne pourront jamais vaincre 1

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