MIRACLE DD TEMPLE DE JÉRUSALEM
»i«v.K, ruud.! (Jcuio.)
Un jour le platonicien couronné qui avait, comme Voltaire, juré de renverser Jésus- Christ de son trône éternel , prit dans ses mains nos livres saints. Quand il fut arrivé au livre de Daniel , il y lut cette prophétie, sur laquelle ses regards s'arrêtèrent assez longtemps :
« Après soixante-Jeux semaines , le Christ sera mis à mort, et le peuple qui le doit renoncer ne sera plus son peuple. Un peuple avec son chef qui doit venir, détruira la ville el le sanctuaire ; elle finira par une ruine entière, el la désolation qui lui a été prédite arrivera après la fin de la guerre. — Il confirmera son alliance avec plusieurs dans une semaine, et à la moitié de la semaine, les hosties el les sacrifices serout abolis, l'abomination de la désolation sera dans le lieu saint, et la désolation durera jusqu'à la consommation et jusqu'à la fin ('+). »
Enfin Julien jeta ses regards inquiets sur l'Evangile, et voici ce qu'il y lut :
fessores, quod linguis abscissis, perfecle tinein u OSejM loculi sunt, urbs regia Mlesiaitir , ubi connu corpora jacenl. Hic ilaquc Huiiericus inler inniiinerabiles su mini inipietalum str&ges, eues in catholicos exerccbal, oclavo regni sui aima, inlerioribus ouiictis eflusis , ul Arius pater ejus, misère vilain linivit. » (Victor de Tunis, Clironique, dan> J. S.iliger, Tlu'siiiuus temporum. )
(5) « Aiiimarum fucrutil simul hosies < i eorporinn : nain anima* qutdem diverse tormenia atqoe supplica non forent s, tvki|>li>.imlo ad mi. ou | diam ir.iiHereb.ink; corpora vero , liberis natalibus chua, jugo earbarico durissime subjagabanl. I c|ii.<que sacrosanetas ecctesias sois perKdiis m labairt : StUqoas vero ex eis slabula fecerunl. .Vidiniu- ven i.ilil.'s viios, qui, abscissis radicitus linguis, pcBSBM suas eùserabiliter loquebanlur. Alii vero, poil divetsa tonnent. i, per diverses dàspoioî provincias, vitasa in exilio peregeroni. i (Juslinien, Gode, liv. !■ '. lit. 17. )
(4) « Ki pasi bebdomades sexaginladuas occidetor ChnslUS : et non eritojoa popotes qui euiu iKgalurus
LE DOCTEUR STKAUSS ET SES ADVURSAIBES EN ALLEMAGNE
« Lorsque Jésus sortait du temple pour s'en aller, ses disciples s'approchèrent de iui pour lui faire remarquer la structure et la grandeur de cet édifice. — Mais il leur dit : Voyez-vous tous ces bâtiments ? je vous le dis en vérité , ils seront tellement détruits qu'il n'y demeurera pas pierre sur pierre (1).»
L'empereur crut enfin avoir trouvé le côté faible du Christianisme , et il ordonna à un de ses amis intimes, Alypius (2) et au gouverneur de la province, de rebâtir le temple de Jérusalem.
« Des matériaux furent réunis en immense quantité ; les Juifs accoururent en foule, et mêmedeslieux les plus éloignés, il en vint un grand nombre pour être témoins de la victoire qui allait être remportée sur l'Eglise de Jésus-Christ. Mais ce défi adressé à Dieu ne demeura pas sans réponse. De violents coups de vent dispersèrent les matériaux ; la foudre mit en pièces les machines et les outils ; un tremblement de terre envoya au loin les pierres restées dans les anciens fondements et jeta à bas les maisons voisines. Dans la nuit, une croix brillante , entourée d'une couronne, parut au ciel, et les vêlements des assistants furent marqués du même signe. Mais ce qui porta le coup décisif, ce furent les flammes qui, sortant des entrailles de la terre, tuèrent un grand nombre de travailleurs, en blessèrent d'autres, et, par leurs éruptions multipliées , forcèrent enfin les Juifs et les païens à abandonner malgré eux la partie (3). »
Tels sont les faits qu'il s'agit d'établir.
est. Et civitatem et sanctuarium dissipabit populus cum duce venturo, et finis ejus vastitas, et postlinen» h lli statula desolalio. — Gonfirinabit aulem pactum mullis hebdomada una ; et in medio hebdomadis deficiet hostia et sacrificium ; et eiit in templo abomi nalio desolalionis et usque ad consummalionem el flnem perseverabit desolatio. (Dan. ix, 26, 27. ) — < Conforma ment aux prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament, dit le docteur Dœllinger, la religion judaïque, de lors qu'elle ne passait pas au Christianisme et ne se transformait pas en loi purifiée et complétée, devait, aussitôt après raffermissement de la foi nouvelle, tomber et s'éteindre. C'était une nécessité de son caractère emblématique, de sa destination purement préparatoire. Pour accomplir ce plan auquel la nation juive ne voulait pis prêter les mains en acceptant volontairement l'Evangile, la Providence choisit le moyen le plus simple. Les Romains, exécuteurs de la sentence divine, détruisirent le temple, el dans cette destruction, les sacrifices et le sacerdoce de l'Ancien Testament, déjà privés de leur I e interne par le sacrifice el le sacerdoce de Jésus- Clni t, furent aussi anéanliset abrogés extérieurement. En effet, avec le temple, tomba le culte qui y était atlaehé, et avec ce culte, la religion juive. Or, la ruine du temple, tomme la suppression des sacrifices qui s'y c li lu. lient, devait élree doit rester irrévocable. Ainsi l'annonçaient les voix prophétiques des deux Te taroents, ainsi l'exige la relation du Nouveau l'Ancien ; car, ce qui a pris la place de l'emblème, l'Evangile, avec le pur et non sanglant sacrifier de l'Eucharistie, a pour lui la promesse d'une continuelle durée. Auprès de l'Evangile ne peuvent subsister les anciennes ligures, et l'œuvre que Dieu avait autrefois établie lui-même, mais qu'il a ensuite brisée, quand son temps a été accompli, nulle main humaine ne peut ni ne doit jamais la rétablir. * (Dœllinger , Origines du Christianisme, traduction de
Commençons par le témoignage des écrivains païens.
« Julien, dit Ammien Marcellin, qui avait été trois fois consul, entra pour la quatrième fois dans cette souveraine magistrature, s'associant pour collègue Salluste, préfet des Gaules. 11 paraissait étrange de voir un particulier associé à l'empire, événement dont l'histoire ne nous fournit pas d'exemple depuis les règnes de Dioclétien et d'Arislobule. Quoique l'esprit de ce prince fût sans cesse occupé de la variété des événements qu'il fallait prévoir, et des différents préparatifs pour les expéditions qu'il méditait , il avait néanmoins l'œil à tout, et se partageait en quelque façon lui-même. Il entreprit, pour éterniser la gloire de son règne, par quelque action d'éclat, de rebâtir à des frais immenses le fameux temple de Jérusalem, qui, après plusieurs guerres sanglantes , n'avait été pris qu'avec peine par Ve^pasien et par Titus. Il chargea du soin de cet ouvrage Alypius d'Antioche, qui avait autrefois gouverné la Bretagne à la place des préfets. Pendant qu'Alypius et le gouverneur de la province employaient tous leurs efforts à faire réussir celte entrepiise, d'effroyables tourbillons de flammes qui sortaient par des élancements continuels des endroits contigus aux fondements, brûlèrent les ouvriers, et leur rendirent la place inaccessible ; enfin cet clément persistant toujours avec une espèce d'opiniâtreté à repousser les ouvriers, on fut obligé d'abandonner l'entreprise (4s),
« C'est ainsi, dit très-bien le savant évêque
Léon Bore, fi, Julien. — Cf. encore de la Bletlerie, Vie de Julien.)
(i ) Saint Matthieu, traduction de Sacy, xxiv, l , 2 : ■ Kt egressus Jésus de templo, ibat et accesserunt dîséîpuli ejus, ut o. ten lerent ei seJificaliones templi. — Ipse autem respondens dixit illis : Videtis ha;c omnia ? amen dico vobis, non relinquelm hic lapis super lapidem qui non deslruatur. » — Cf. saint Marc, xm,
(2) Les lettre xxi\e et xxxe de Julien sont adressées à Alypius, Dans la dernière, il l'appelle : '.YôsVfi -o- OeuoTx-s, xRi tj,àr/MTars. Ju'icn ne vouait évidemment s'en rapporter qu'à un autre lui-même. Cf. dans Warbunon, le portrait cl'Alypius (Waiburton, Dissertation sur te projet de Julien, traduction de Mazéas, i, 75 — 76). Cet excellent ouvrage de Warburton est très; are et n'a jamais été réimprimé. Nous n'aurions pu nous le procurer sans les soins obligeants de M. Lecoffre, qui nous l'a trouvé à Paris avec beaucoup de peine. — Du reste la célèbre évêque de Glocester n'a pas seul traité savamment cette question. Seigneux de Correvon, Colonia, Bullel, Bailly, Bergier, lo docteur Dœlli iger en Suisse, en France el en Allemagne l'ont chacun à son tour étudiée. (Cf. Seigneux de Correvon, Notes sur Addison, De la religion chrétienne, section vin, § 6. — Colonia, La religion chrétienne autorisée par le témoignage des anciens ailleurs païens, Chapitre, n, Ami ien Marcellin. — Ballet, Histoire de l'établissement du Christianisme, note 78. — Bailly, De reliijione, II, De restauralione rempli Ilierosol. — Bergier, Diction nuire de théo'ogie , art. Temple. — Dœllinger, Origines du Christianisme. — Nous avons comparé ensemble ces différents auteurs.
(3) Dœllinger, Origines du Christianisme, n, Julien. - Seigneux tle Correvon ajoute quelques curieux détails. (Cf. Seigneux de Correvon, Notes sur ,\ddison.)
(4) « Julianus jam ter consul adscilo in colleguun
l»KMONSTItA'IM>\ I \ W.I.I
de Gloceslor, que la rovidenee a non-seulemenl rengé tei droils à la face de l'univers, mais qu'elle a voulu conserver a lous les socles la mémoire de celte entreprise impie, par le témoignage le plus authentique. En effet i quand ['incrédule le plus opiniâtre et l'infidèle le plus endurci assigneraient euxmêmes les qualités requises à un historien , pour obliger les hommes à croire les faits qu'il rapporte, ils n'en produiraient aucune qu'on ne puisse leur trouver évidemment dans Ammien Marcellin. 11 était païen, et par conséquent exempt de tout préjugé favorahle aux. chrétiens. Il était sujet, courtisan, admirateur de Julien : par conséquent, bien éloigné de rien rapporter qui pût flétrir sa mémoire. Il aimait la vérité, et il nous a fait voir plus d'une fuis qu'il avait pour l'imposture tout le mépris qu'elle mérite. Il était né avec un jugement exquis, que l'étude de la philosophie et la connaissance des hommes avaient perfectionné : il était par conséquent moins propre que tout autre à s'en laisser imposer. Il était non-seulement contemporain de l'événement, mais, dans le même temps, il n'était point éloigné de Jérusalem. Il a rapporté cet événement, non sur les premières relations qui en coururent, où l'erreur peut se mêler aisément à la vérité, mais après un examen réfléchi et des recherches exactes de tout ce qui s'était passé. Il ne nous l'a point transmis comme un fait incertain, que la défiance accompagne, mais comme un fait notoire, dont on ne faisait pas plus de mystère en Asie que de l'entreprise et du succès de l'expédition des Perses. Il ne l'a point inséré dans son histoire avec cette partialité qui se découvre tonjours par l'intérêt que l'on a de rejeter les faits qui nous sont contraires, ou d'admettre ceux qui nous sont favorables. Son histoire nous fournit bien des exemples d'un caractère tout opposé. Il a rapporté la défaite de Julien à tête reposée, avec gravité, avec sagesse, s'écartant également et de ce qui pouvait déshonorer la mémoire de son prince, en disant trop, et de ce qui pouvait blesser la vérité, en disant trop peu. Le titre qu'il ambitionnait le
trabenc Salluslio prafecto per Gallias , quater ipse aroplissimum inierat magislratum : et videbatur novuin, adjunctum esse Auguslo privatum, quod posl Diocletianum et Arislobulum nullus meminerat gestuin. Kl licet accidenliuffl varietatem sollicita mente praecipiens, mulliplicalos expeditinnis apparatus flagrant! sludio, perurgercl : diligenliam lamen unique divideus , imperiique sui memoriam niagniludme opcrum gestions propagare ainbiiiosiim quondam apnd Hierosolymam temptum , quod posl malts et interneciva cerlamina obsidente Vespasiano posieaque Tito a-gre est expugnalum, instaorare sumptibus cogitabat immodicis : negolinmque maturauduin Alypio dederal Anlioc.hensi, qui ohm lii damnas curaveral pro pnefeclis. Cum itaque rei idem l'orliter instaret Alypius, juvaretque provjucia rector, inetuentti globi ilammaniin prope fondamenta crebris issultibus erumpenies, fecere loi uni cvistis aliqnoties opcrantibus inaccessum, hocqne modo elemento destinatius repellenle, cessavil inceptum. » (Ammien Marcellin, Histoire des empereurs romains, liv. wni,
en. \. ) — « Le style de celle histoire, du M. Boail-
el, se ressent de la barbarie du temps el l'ouvrage
|Q) i l \|:l;| CHASSAT. 818
plus était celui d'un historien I léle et impartial : ci si par ce motif qu'il préféra la solitode à la cour. (Warburtou, Ditsertû
l'un, etc., ebap. m.
Il ne faut attendri' ni de Julien ni d> confidents la même franchise que celle du loyal soldat dont nous venons de citer l'éclatant témoignage. Le zèle qu'ils déploj renl dans la réaction païenne, leurs préjugea bien connus, leur invincible antipathie pour les chrétiens, les obligeaient à dissimuler autant que possible l'évidence d'un événement dont on pouvait tirer de fortes con< lusious contre leurs opinions. Ecoulons Libanius.
Ce sophiste célèbre, dévoué aux intérêts et aux projets de Julien, dit, en parlant de a mort, que « les Perses, à la vente, furent informés par un déserteur de l'état où la fortune avait réduit les affaires ; mais, aj intet-il , il n'y avait pas un «eul homme parmi nous , dans la ville d'Antioche, qui en sûl la moindre chose.
« Il est vrai que ce malheur (la mort de Julien) paraissait avoir été prédit pur tremblements de terre arrivés dans la l'aies tine, qui avaient renversé quelques villes et endommagé d'autres. 11 semblait que les dieux nous présageaient, par ces désastres, quelque événement funeste. En effet, pendant que nous adressions nos vœux au ciel pour détourner les malheurs qui nous menaçaient , il vint un courrier, etc. » ( Libanius , son Autobiographie.)
Le second passage est tiré de l'oraison funèbre de Julien. Libanius s'exprime ainsi :
« Le temple d'Apollon fut réduit en cendres. Ces secousses terribles qui ont ébranlé l'empire étaient des présages de cet accident (la mort de Julien) et de tous les maux que nous ne tardâmes pas d'éprouver. » (Libanius, Oraison funèitre de Julien.)
Libanius confond à dessein deux événements très-disiincls : le tremblement de terre de Jérusalem, avec les secousses terribles qui ébranlèrent tout l'empire dix-huit mois après la mort de Julien, sous le premier consulat de Valenlinien et de son frère (1).
jouit d'une grande autorité, i ( Bmiillet, Dictionnaire universel, article Ammien Marcellin.)
i Ammien Marceilin , dit le P. de Colonia, ne dit presque rien des événements de son temps dont il n'ait été le témoin, ou même à quoi il n'ait eu bonne part; el on peut dire qu'à cet égard il ressemble fort à César «et à Xécophon. — Les critiques , à qui rien n'échappe, le proposent comme un mode modération , d'exactitude, d'équité , de bonne loi. » (Colonia , La religion chrétienne autorisée , chapitre il, § 1. — Cf. encore Seigneuv de ComvoB , Motet sur Addison, section vu, S, <> ; Feller. lliographic universelle, article Ammien Marcellin: W.irhiii Ion, Dissertation sur les tremblements de terre, et les éruptions de (eu qui firent échouer le projet formé par l'empereur Julien de rebâtir le temple de Jérusalem , i, cliap. 3.)
(I) Cf. Ammien Marcellin, liv. xxvi, chap. 10. — Libanius Ignorait si peu la vraie date des tremble monta de t ne qu'il affa le de confondre avec * de Jérusalem, qu'il avance, dans son Uiscourtà Théodoas, que ces secousses terribles étaient l'e'ïel de
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
Quoique Julien affecte, comme Libanius, de jeter de l'obscurité sur le grand événement de Jérusalem, il est facile de reconnaître, au milieu des précautions dont il s'environne, la confusion d'avoir vu son projet échouer devant une force irrésistible. Après avoir justifié les dieux sur la profanation de leur temple et le mépris qu'on avait de leur culle, il s'exprime ainsi :
« Que ceux, par conséquent, qui ont vu ou qui ont entendu parler de ces hommes assez sacrilèges pour insulter aux temples et aux images des dieux, ne forment aucun doute sur la puissance et la supériorité de ces mêmes dieux Qu'ils ne prétendent pas nous
en imposer par leurs sophismes, et nous épouvanter par le cri de la Providence (1). 11 est vrai que les prophètes, parmi les Juifs, nous ont reproché tous ces désaslres. Mais que diront-ils eux-mêmes de leur propre temple, enseveli trois fois sous ses ruines , et qu'on n'a pu rétablir jusqu'à présent (2)? Ce n'esl pas que je veuille insulter à leur infortune, puisque j'ai moi-même voulu rebâtir ce temple (3), en l'honneur de la Divinité qu'on y invoquait. Je ne cile cet exemple que pour faire voir qu'il n'est rien Je durable dans les choses humaines, et que les prophètes, qui n'avaient d'autre occupation que celle d'amuser les bonnes gens, ne nous ont rapporté que des rêveries. Tout cela ne prouve pas, à la vérité, que leur Dieu ne soit grand (k); mais il est certain qu'il n'a eu parmi les Juifs ni de bons prophètes, ni de savants interprèles de sa volonté. La raison en est claire : ils ne se sont jamais appliqués à cultiver et à perfec-
la colère des dieux irrités de voir la mort de Julien restée sans vengeance.
(1) Il est évident par ce passage que les chrétiens reprochaient à Julien d'avoir été contrarié dans ses projets par une intervention de la Providence , ce qui prouvequedu vivanlmèmedeJulien, on ne sefaisait pas illusion sur le caractère de l'événement, et que la rumeur publique parvenait jusqu'à l'apostat lui-même.
(2) Warburton ne me paraît pas avoir bien saisi le sens de ces deux mois : Tpnov «vaT/3«7révfo?. Nous adoptons l'opinion du savant Fabricius et du P. de la Bletterie qui pense que Julien avoue par ces mots sa défaite et sa honte. On trouvera le développement de cette opinion dans Dullei, Histoire de l'établissement du Christianisme, note 78.
(3) "Oaye TOffoÛTOtç ôorspov xpôvoiç ùvu.<jT,oaa.arloi.i
St=voïiOr,v aiizov — Ces paroles sont assez claires
et contiennent un aveu assez formel du projet de Julien et de son impuissance à le réaliser.
(4) Il ne faut pas être surpris de cet aveu, il est toui à fait en harmonie avec le syncrétisme de l'école néo-platonicienne dont Julien était un défenseur si ardent. Cf. de la Bletterie, Vie de l empereur Julien. — Néander , Julien et son époque. — Dœlliuger, Origines du Christianisme, II, ch. u et iv. — Strauss, s'est beaucoup occupé du caractèrede Julien dans son singulier ouvrage qui a paru à Manheim en 1848 sons ce titre : Le romantique sur le trône des Cétars, ou Julien i Apostat.
(5) Dana ces phrasea remplies à dessein de réticences et d'obscurités , l'empereur a sans cesse en vue les chrétiens, et il essaie d'affaiblir l'impression des menaces qu'ils faisaient au nom du ciel depuis l'événement de Jérusalem. Ces mois significatifs : le (eu, la foudre, la mort, rappellent les principales circonstances du miracle, comme nous le ver-
tionner leur esprit par l'étude des sciences humaines ; ils n'ont jamais tenté d'ouvrir des yeux que fermait l'ignorance, ni de dissiper des ténèbres qu'entretenait leur aveuglement. Ils sont semblables à ces hommes qui, à travers des nu;iges et des exhalaisons grossières, aperçoivent la lumière éclatante du firmament : celle vue trop indistincte leur fait confondre la splendeur élhérée avec un feu terrestre et impur. Aveugles qu'ils sont sur tout ce qui les environne, ils s'écrient comme des forcenés : Craignez, tremblez, habitants de la terre, le feu, la foudre, le glaive et la mort (5) ! employant avec emphase les expressions les plus terribles pour désigner la chose du monde la plus simple : la propriété destructive du feu (6). »
Aux témoignages des païens, nous pouvons joindre ceux des Juifs.
Le célèbre rabbin Gedaliah ben Joseph Jechaia s'exprime ainsi dans son histoire intitulée : Schalschelelh Hakkabbala :
« Dans les jours de R. Channan et de ses frères, environ l'an du monde 4-349, nos annales rapportent qu'il y eut un grand tremblement dans toute la terre, qui détruisit le temple que les Juifs avaient élevé à grands frais par ordre de l'empereur Julien l'Apostat. Le leudemain de ce désastre, le feu du ciel tomba sur les ouvrages, mit en fusion tout ce qui était de fer dans cet édifice, et consuma un grand nombre de Juifs (7). »
Parmi les témoignages chrétiens (8) qui nous restent à citer, il en faut distinguer de trois classes : les écrivains contemporains, les écrivains de l'époque suivante, et enfin
rons dans les témoignages des Pères.
(G) Julien paraissant craindre d'entrer dans de trop longs détails et restant perpétuellement sur le terrain de l'allusion insinue, en finissant, que le prodige qu'on lui oppose est un événement tout naturel et qu'il ne faut pas y voir tant de mystère. Quelques rationalistes modernes ont trouvé plau>ible celte explication qui ne se soutient pas devant l'examen approfondi des faits. — Le passage que nous venons de citer est extrait d'une lettre ou discours de Julien édité par le P. Pétau.
(7) < In diebus R. Channan et sociorum ejus, anno circiler orbis conditi 4349, memorant libri annalium, magnum in orbe uuiverso fuisse terra motinn , eollapsumque esse templum quod struxerant Judsei Hierosolymis pracepto Caesaris Juliani Aposlatse , impensis maximis. Postridie ejus diei (quo moia fuerat terra) de cœlo ignis mulltis cecidit, ita ut omnia lerramenla illius aedificii liquescerent et comburerentur Judaei mulli atque adeo innumerabiles. » — Cf. Wagenseil, Tela ignea Satanœ, 10* q.— Sans doute, ce témoignage n'est pas contemporain, mais l'écrivain juif lait remarquer lui-même qu'il s'appuie sur la tradition de sa nation conservée dans ses annales. — Le P. Morin rapporte un autre témoignage des Juifs tiré du Beresith rabba (Cf. Morin, Exercitationes biblicœ, p. 353).
(8) Nous ne nous occupons pas ici d'établir l'autorité de ces témoignages, puisqu'ils sont, dans les circonstances principales , confirmés, soit par les aveux des païens, soit par leur silence lorcé. Au reste, il est difficile d'ajouter quelque chose aux raisons péremploires fournies par Warburton que sa qualité de protestant ne doit pas rendre suspect quand il s'agit des Pères de lEglise (Cf. Warburton i, ch. vu).
MSTRATiON EVANOELIQUE. I/ABBE CHASSAY.
•eux qui, plus on moins éloignés tic I' 16i.icnl, l'ont rapporté d'après une tradition plu» ou moins su e. Nous m; ferons iiu'i, •jiicr le nom de es derniers , sans nous app.n or sur leur autorité.
Saisi Ambroitf, dans une lellro adr à l'empereur Théodose, blâme ce prince de vouloir obliger les chrétiens .'. rebâtir un lemplc <|ui appartenait aux pa eus , et qu'on tvail renversé : « Ne savez- von s p s, dit- il, i|iie lorsque l'empereur Julien union. ia de rebâtir le t< mple de Jérusalem, les ouvriers occupés à pel ouvrage impie lurent trappes du feu du ciel? El ne craignez-vous point que ce même ciel n'en E||M aulant à voire égard, dans les conjonctures présentes? i (S. Aube., Lettre XL)
Saint Jean Clirys oslomc, dans son discours contre les Juifs et les gentils, parle de l'événement avec la même concision que saint Ambroise :
« De notre temps, dit il , celui qui a surpassé tous les mortels par la bainc qu'il portait à l'Evangile, a non-seulement aidé nos ennemis de son aulo; ilç. mais est d venu lui-même leur associé dans l'entrepris impie de rebâtir le temple. Ils ont commen é l'ouvrage, et n'ont pu faire faire aucun progrès; car le feu, qui est sorti des fondements, a écarté et dispersé ceux qui voulaient élever ce temple. >< (S. Jean Chrys., Contre les Juifs et les Gentils.)
Dans un autre endroit, il envoie ses auditeurs aux monuments qui subsistaient encore de ce désastre inouï :
« Allez, dit-il, à Jérusalem, et vous y verrez les fondements du temple dans l'état où je viens de vous les dépeindre. Si vous interrogez ceux qui sont sur le> lieux, ils vous diront tous : (Us choses se sont passées de notre temps; nous en avons été témoins; il n'y a pas longtemps qu'elles sont arrivées. Comprenez donc maintenant tout le prix de votre victoire : car enfin cet événement n'est point arrivé sous l'empire des césars recommandâmes par leur piété, afin qu'on ne pût pas dire que les, chrétiens sont \enus à main armée détruire l'ouvrage des Juifs; mais cet événement est arrivé lorsque nos affaires étaient dans la situation la plus triste, lorsque la liberté nous était ravie, lorsque le paganisme était dans l'étal le plus florissant, lorsque les fidèles évitaient les places publiques, et qu'ils s'allaient cacher, les uns dans leurs maisons, les autres cjans les foiéls et dans les solitudes. Telles sont les co jonctures où la Providence a voulu que cet événement soit arrivé, afin d'ôtor tout prétexte à Pirnpudence cl à l'incrédulité des hommes. » (S. Jean C.brys., Disc', contre les Juifs.*
Saint Grégoire de Nazianze nous fournit des renseignements plus étendus et plus complets : « Après que I empereur Julien eut mis en usage tous le^ moyens que sa tyrannie avait pu lui suggérer; que l'expérj née lui eut prouvé combien les voies qu'il avait eboisies étaient odieuses et méprisable--, il résolut enfin à soulever contre nous le corps entier des Juifs. Le penchant qu'ils ont pour
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IOOV< aatél propres à exercer leur esprit sétUlieui et surtout la haine Invétérée qu iU
.1 .m nom chrétien, les lui lit regarder comme II I ireus \> | . ,' loi ie devenir
■trasneatl d • i malice. >ous prétexte de lei r marquiT sa bienveillance (< r < sou- un toi masque qu'il Mchail son véritable de.-,- in), il sell-rca ie I - Convaincre, p r le; rs traditions et leurs livres, que le temps prédit parle, prophètes était enlil arrivé, où ils de\ aient r tourner dans leur propre pays, rebâtir leur temple, et rétablir 1rs loi . laps leur ancienne splendeur. Apre tic in la sorte da t de C N
qu'il voulait gagner, < l qu'il g •• effet
( ar l'imposture peut toujours se flatter d'un heureua succès lorsqu'à le va jusqu'à flatter nos passions), les Juifs entreprirent de rebâti I' i m le ai c tonte l'ardeur et la diligence possibles. Ceux que le souvenir de ces préparatifs saisit ne s d'élonnement el d'admiration rapportent que les femmes des Juifs se dépouillaient de leurs bijoux et de leurs pierreries pour contribuer aux Irais de I r ri a et au salaire des ouvriers; que les plus délicates d'entre elle* mettaient la main à l'œuvre et emportaient les décombres dans leurs robes les plus précieuses, p. dées que toutes leurs richesses n'étaient rien en comparaison de l'ouvrage auquel elles s'efforçaient de prendre part. Mais un tourbillon de vent qui s'éleva (oui à coup, et un violent tremblement de terre, obligèrent de quitter l'ouvrage. On courut en tu m Ile se réfugier dans une éulise voisine, les uns pour fléchir la i olère du .ici. les autr s pour pi oliter d'une re r jfp, comme i! ni naturel (le le faire dans ces sortes de i is, 'faillies enfin malgré eux, parce qu'il> étaient i loppés dans la foule, qui les entraînait. (Juelques-uns rapportent que l'église refusa de les recevoir, et que lorsqu'ils furent arrivés gux portes , qui étaient ouvertes un instant auparavant, ils le> trouvèrent fermées subitement par une niam secrète et invisible, sans doute par ce le puissance accou'umée à confondre l'impiété et à consolée l'innocence. Quoi <|u'il en s il, une circonstance universellement reçue, et dont tout le mon le convient unanimement, c'est que, lorsqu'ils voulurent éviter par la faite le danger qui les menaçait, un feu, sorti des fondements du temple, les atteignit bientôt, consum uns, mutila les autres, leur laissant à tous les marques les plus visibl s de la colère du ciel. Ainsi se passa celte affair . Que personne ne soit assez incrédule pour révoquer en doute ce prodige, à moi qu'il ne veuillo douter également des autres œuvres mjraculeuses de Dieu. Mais ce qu il y eut de plu? éionnani et de plus remarquable, ce fut une lumière qui parut da s le .- ig la forme d'une cni\ renfermée dans un cercle. C gne augàatef, que les impies avaient re eomm • un opprobre sur 1 1 terre, était maintenant cl ve d ms les cieqx cl résenté a i vue de tous les hommes, comme un Irophéé de la victoire du Tout Puissant sur ses ennemis ; trophée le plus illustre et le plus
éclatant qui fut jamais! 11 y a plus : ceux qui étaient présents et spectateurs du prodige font encore voir aujourd'hui les croix qui furent alors imprimées sur leurs vêtements. Lorsque ceux qui étaient présents, soit des nôtres ou des étrangers, considéraient ces marques sur ceux qui 1rs portaient, ils apercevaient avec surprise la même chose sur eux-mêmes et sur leurs voisins. Celait une lumière brillante, imprimée sur le corps ou sur le vêlement, et qui surpassait par son éclat et sa beauté tout ce que l'art et l'habileté peuvent donner à la peinture ou à la broderie. » (S. Grég. de Naz., Disc, contre Julien.)
Des écrivains rationalistes, et même quelques savants chrétiens (1), ont essayé d'affaiblir l'autorité de ce témoignage. Ils ont été surpris de trouver dans le texte de saint Grégoire de Nazianze des circonstances qu'on ne trouve dans aucun des auteurs païens et juifs que nous avons cités, et sur lesquels saintAmbroisc et saint Jean Chrysostome gardent un profond silence. Ils ont conclu, de la comparu on de ces différents témoignages, que l'éloquent adversaire de Julien avait accepté sans assez d'examen quelques traditions exagérées qui s'étaient répandues parmi les chrétiens sur l'événement de Jérusalem , et qu'il fallait absolument retrancher de l'histoire les circonstances dont rien ne pouvait solidement démontrer l'existence.
Quand même nous serions obligé d'accepter cette hypothèse, et forcé de sacrifier les circonstances qui nous ont été transmises par saint Grégoire , l'essentiel du miracle n'en reste pas moins inattaquable et à l'abri des efforts de la critique la plus malveillante. C'est ce que Seigneux de Correvon a bien senti : quoiqu'il n'admette pas certains détails de l'événement, il est parfaitement convaincu que, si on le considère dans son ensemble, il est impossible d'en donner une explication naturelle. Nous partageons complètement la conviction de ce savant critique.
Mais nous pensons comme le célèbre évèque de Glocester, comme Bergier, comme le P. de Colonia, comme le docteur Dœllinger, comme le docteur Alzog (2), que le témoignage de saint Grégoire, confirmé par plu-
(1) Parmi cesderniers il faut citer SeigneuxdeCorrevon,dans ses noies sur Addison, etNénnder, dans son Histoire de l'Eglise.
(2) 6t. Alzog , Histoire universelle de l'Eglise, î , LKgli.se sous Julien .
(3) Nous ne nous aiiacherons pas ici, pour justifier saint Grégoire, à essayer de démontrer, comme Dœllinger e( Warburlon, que les croix qui s'attachèi eut iiui vêtements n étaient qu'une conséquence naturelle du miracle. Ces deux savants auteurs citent plusieurs faiiscurieux a l'appui de leur opinion. Nous ne croyons cependant nullement nécessaire, pour montrer l'aulôriié du témoignage du saint évèque, d'entrer dans tous
détails de celle discussion. Nous nous bornerons doue à rapporter ce qu'a dit là-dessus Dœllinger : < Que l'on ail vu, sur les corps et sur les vêtements des personnes présentes, des croix brillantes pendant la nuit, d'une couleur sombre pendant le jour, ceci s'explique très-bien par l'action combinée dû tremblement de terre, de l'orage 1 1 de la foudre, et il y
sieurs autres écrivains, par Sozom^ne, par Socrate, parRufin, par Théodore!, par Philostorgo, présente toutes les garanties propres à satisfaire un esprit judicieux (3).
Nous allons maintenant examiner ce qu'on a pensé du miracle qui déconcerta les prpjets de Julien dans les temps postérieurs à celui des contemporains.
« L'empereur, dit Sozomèqe, n'avait pour les Chrétiens que |a haine la plus implacable, tandis qu'il favorisait les Juifs et qu'il ne cessait de donner à leurs patriarches des marques de sa bienveillance. Il écrivit à ces derniers d'adresser leurs prières au ciel pour la prospérité de sa personne et de son règne. Celte conduite, autanl que je puis le conjecturer, n'était pas fondée sur une estime particulière de la religion judaïque, puisqu'il n'ignorait pas que celle des chrétiens en tirait son origine, ay.int toutes les deux les mêmes prophètes et les mêmes patriarches ; sa prédilection pour les Juifs n'avait d'aulre but que de mortifier les Chrétiens ; peut-être aussi pensait-il qu'en leur prodiguant ses faveurs il viendrait plus aisément à bout
d'en faire des idolâtres Ayant fait venir
les principaux de la nation, il les pria de pratiquer les préceptes de Moïse et les coutqmes de leurs ancêtres. On lui répondit que le temple de Jérusalem étant détruit, et la nation dispersée, on ne pouvait offrir des sacrifices sans prévariquer aux lois. L'empereur leur fit aussitôt donner l'argent nécessaire pour rebâtir le temple, leur enjoignant d'observer dans les cérémonies et les sacrifices, la même forme et les mêmes règles qui avaient été en usage chez leurs prédécesseurs. Ce peuple, assez aveugle pour ne pas voir l'impossibilité d'un projet formellement contraire aux prédictions sacrées des prophètes, se préparait à l'exécuter avec tout le soin cl l'ardeur imaginables. On fit venir des architectes; on rassembla des matériaux ; on nelloya les endroits où l'on devait asseoir les fondements. La joie qui les animait allait si loin, qu'on voyait leurs épouses mêmes transporter dans leurs robes les décombres dp l'ancien temple, offrir leurs colliers et leurs orpcmeiits les plus précieux pour contribuer aux frais de l'entreprise. Enfin les Juifs, les Gentils et Julien luicn a d'autres exemples.
Dans l'année 1595, la fouoYe ayant frappé l'église de Wells en Angleterre, les personnes qui étaient en ce moment dons l'église, trouvèrent ensuite dis croix inarquées sur diverses parties de leur corps. En lGb'O, après une éruption du Vésuve, on vit en grande quantité, dans plusieurs endroits du royaume »)c Naples, des croix imprimées à des vêtements et à des nappes, d'apte), suivant le rapport d" A. Kircber, qui en fui témoin et qui a expose les fiits dans un écrit intitulé: Diatribe de prodigiosis çiftf toits qua: tum supra vestes hominum quant res qlius, non pridem posl ullimvm imendium Vesuvii, Neapoli cotù'parueninf. Or, comme ce sont précisément ces croix que les éeiiv.iins chrétiens ont l'ail ressortir et qu'ils ont décrites avec un soin particulier, il t si évident qu'ils suivaient sur ec point des documents authentiques et non de simples oui-dire, > (Dqellinger, Origine* du Christianisme, n, Julien.)
DEMONSTRATION EVANGEUQI I". L'ABBE Cil \ - - \ N
même, sacrifièrent à cet ouvrage leOM autres affaires; ils oublièrent jusqu'à leurs propres animosilés, persuadés que cette ni treprise allait bientôt convaincre les hommes de la fausselé des prédictions de Jésus- Christ On rapporte que le jour qui précéda celui où l'on devait jeter les fondements la terre trembla, dispersa les pierres qui devaient servir à l'ouvrage, el fil périr une multitude de Juifs, tant de ceux qui lra\aillaient, eue de ceux qui étaient accourus pour être spectateurs des travaux. Les maisons <in voisinage et les portiques publics qui renfermaient beaucoup de monde s'écroulérent tout à coup. Parmi ceux qui lurent ensevelis sous les ruines, les uns (et c'était le plus grand nombre) forent écrasés, d'antres mouraient à mesure qu'on les relirait, et d'autres enfin étaient à demi morts, ayant les cuisses fracassées, ou d'autres parties du corps mutilées. Dès que Dieu fit cesser le tremblement de terre, les Juifs qui avaient survécu à leurs confrères, se remirent à l'ouvrage; et quoique le mauvais succès de leur première entreprise fût une preuve convaincante que le ciel ne l'avait point approuvée, ils osèrent néanmoins reprendre leurs travaux avec plus d'ardeur que jamais. Mais ce fut en vain; car on rapporte qu'aussitôt qu'ils recommencèrent à travailler, un feu s'élança îles fondements du temple, et consuma beaucoup d'ouvriers. Cette circonstance est rapportée par tout le monde, on la regarde comme certaine, personne ne la révoque en doute. Il y a néanmoins quelque différence dans la manière dont on la raconte ; les uns disent que la flamme atteignit les ouvriers lorsqu'ils voulurent entrer de force dans un temple; d'autres disent que la chose arriva lorsqu'on commença de transporter les décombres ; soit que l'on s'en tienne à ce dernier rapport, soil qu'on adopte le premier sentiment, la chose est également surprenante. On vil encore un autre prodige, plus étonnant et plus évident que celui dont nous venons de fiire le récit: les habits des Juifs se trouvèrent marqués du signe de la croix ; on voyait leurs vêtements parsemés d'étoiles faites avec autant d'art, que si elles y avaient été mises par la main de l'ouvrier; ce qui fut cause que plusieurs d'entre eux reconnurent aussitôt que le Christ était véritablement Dieu, et se repentirent du dessein qu'ils avaient formé de rebâtir le temple; d'autres accoururent à l'église, furent initiés dans les mystères, et tâchèrent de fléchir la colère du ciel par leurs hymnes et leurs prières. Si quelqu'un refuse de croire ces choses, il sera facile de le convaincre; premièrement par les témoignages de ceux qui les ont apprises de témoins oculaires, dont quelques-uns vivent encore; secondement par l'aveu des Juifs et des païens qui ont abandonné l'ouvrage sans le commencer, ou pln-
(I) Cf. Socrale, Hisl. ecctés., liv. m ; Théoilorei, Hi*l. ecclit., liv. m. — Warburton ;i expliqué de la manière la plus satisfaisante le^ prétendues contradictions qu'on a voulu trouver entre les témoignages des qunlre derniers auteurs que nous venons de ci-