‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 13 sur 255 · ARTICLE T1II · texte numérisé non relu

ARTICLE T1II

Application aux junsénistes de ce que nous avons dit.

k9. Je dois commencer ici par prolester que, sous le nom de jansénistes, j'ai l'intention de comprendre tous ceux qui, p us ou moin« à découvert, et directement attaquent les bnllesdes ponlifes romains émanées dans ci s lieux derniers siècles contre les doctrines cl les livres de Baïus , de Jansénius et de Quesnel. J'emploie le terme de jansénistes pour abréger, et pour n'être pas contraint de me servir de circonlocutions. Par le terme de janséniste, je n'ai point l'intention d'attribuer à qui que ce soit la doctrine des cinq propositions janséniennes , condamnées par l'Eglise comme hérétiques. S'il existe ou non des personne* qui soutiennent quelqu'une des susdites propositions, c'est une question qu'il n'importe pas à mon dessein de décider : que chacun s'examine sérieusement soi-même, et qu'il décide si ces subtilités qui ne sont bonnes qu'à troubler les esprits, peuvent ensuite les rendre purs d'hérésie au tribunal de Dieu, (juand on parle seulement dans ce sens, être les défenseurs de la doctrine contenue dans le livre de Jansénius , et être les adversaires des bulles mentionnées , on ne fait à personne l'injure de l'appeler janséniste : on sait que plusieurs vont même jusqu'à se gloriûer de ce litre, et font profession publique de défendre la doctrine contenue dans ce livre. En second lieu, je proteste que si les choses que je me propose dédire contre les jansénistes, el les raisonnements que je dois Caire , me portent à mo servir des expressions d'hérétique el d'hérésie, je n'entends pas donner à ces expressions une force plus grande et un sens plus rigoureux que celui qu>' comportera l'évidence des raisons que j'aurai apportées ; el je supplie mes lecteurs de se 'appeler ce que j'ai démontre dans mon livre des Faits dogmatiques, c'est-à-dire, que les expressions d'hérétique , d'hérésie, peuvent, d'après le langage de nos pères, a\oir un sens large, et s'adapter non-seulement à l'hérésie formelle, mais encore à ces doctrines qui, plus ou moins directement, conduisent à l'hérésie , el lui sont favorables.

50. Après ces préliminaires , je dis d'abord que les jansénistes n'ont pas la foi catholique. Je parle de ces points seulement, qui sont controversés entre eux et nous, el sur lesquels l'Eglise a parle dans les bulles contre Païus , Jansénius et Quesnel. Pour prouver un;» assertion, prenons, par exemple, la bulle dogmatique Uftigenilus contre

DEMONSTRATION KYANCLUQIJE. DOLGEHL 56

les doctrines de Quesnel. C'est un fait trèseertain, que eette bulle est unedéi ision dog-

matiqoe M I Eglise, COnfli mec p r l'assentiment, l'enseignement actuel ei la prédication il.- tous les pasteurs, moralement parlant. Je sais que les jansénistes < lien lient

querelle au sujet de là certitude de ce bit; nous réfuterons leurs objections dans l'article mirant. En attendant qu'ils reçoivent le

fait comme certain , puisque les jansénistes n'ont à lui opposer que des subslililes el d s

sophismes, qui.au jugement de tout le monde, ne concluent rien et ne peuvent rien conclure.

51. Je présente donc à un janséniste la bulle Unigenitms, et je lui dis : ( royez-vous que la doctrine de Quesnel comprise dans les cent et une propositions condamnées dans cette bulle, soit mauvaise, et opposée à la doctrine de Jésus-ChrisCf 11 me répond avec franchise el sans se (roubler, que ces propositions condamnée! sont autant de réri • s de noire foi. Ensuite il se fait même un devoir de me prouver sur-le-champ ce qu'il affirme. II me cite à l'instant au tribunal des divines Ecritures et de la tradition, el par une suite de passages qu'il extrait, il prétend me faire voir que les doctrines condamnées dans Quesnel sont clairement enseignées et conservées dans tes dépôts de la révélation divine. C'est là incontestablement la méthode suivie par tous les jansénistes dans les disputes qu'ils ont avec nous; les livres si nombreux qu'ils ont fait imprimer en sont une preuve évidente et palpable. C'est cette même méthode qu'a voulu dernièrement établir M. Pierre Tamburini, dans un de ses ouvrages très-mauvais, intitulé : Analyse du livre des Prescriptions de Tertullien.

52. Supposons pour un moment qu'un j mséniste réussisse par celte méthode à me convaincre et à m'atlirer dans son sentiment. Maintenant je lui demande : Qui nous usure que le sens de tous les passages cités par vous soit véritahlemnt tel que vous l'entendez ? Il en appelle à l'évidence qui résulte de ces passages, à l'interprétation naturelle, ou bien à la force des paroles, en un mot à son dis— cernement naturel, à son jugement pri>e. Il ne peut me dire autre chose. Or je reponds, que ce n'est pas là une foi catholique. De même un luthérien croit à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et si sur ce point le luthérien n'est point hérétique, il n'est pas non plus catholique. Le janséniste, à l'aide de sa méthode, m'a parfaitement lait tomber dans un piège, el m'a entraîne insensiblement el sans m'en apercevoir, hors de la voie Iracee par Jesus-Chi isl, et proposée par tous si s disciples indistinctement pour elre les véritables entants de son Epouse, et membres de la sainte Eglise catholique. La méthode insidieuse des jansénistes me conduit à me fonder dans les choses de la foi, sur l'esprit prive et sui mon propre jugement, au moment même OU j'entends 1 i voi\ de l'Eglise qui me parle par ses bulles dogmatiques ci par l'enseignement actuel et uniforme d pasteurs. Tandis que l'Eglise me présente la

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

règle prochaine pour former ma foi, le janséniste me la fait abandonner et m'enseigne à recourir à la règle éloiguèe ; et en même temps qu'il veut faire de moi un savant Ihéologien, il m'empêche d'être un bon catholique. II s'est ainsi cruellement moqué de moi, parce qu'il a voulu d'abord examiner et chercher, ensuite croire : Non ante credidit quam didicit , contre l'avis de Tertullien (Sup. ». 48), parce qu'il a voulu avec son examen privé convaincre son esprit avant' de donner son assentiment, non hœsit per fidem prius quam esset quod viriftcaretur per intellectum , comre le sentiment de saint Augustin (Sup. noie 1, col. 53).

53. Et si le janséniste ne vient pas à bout avec sa méthode de me persuader et de m'attirer à son sentiment? Si je donne aux textes de l'Ecriture et aux monuments de la tradition un sens différent du sien, même positivement contraire? que s'ensuivra-t-il? Ce qui s'ensuivra : un imbroglio inextricable, des disputes sans fin. Quel bien peut-on attendre de cette marche suivie à l'égard des jansénistes IQuid promovebis, exercilalissime Scriplurarum (dit Tertullien cité dans la note 14), cum si quid defenderis , negetur ex diverso ; si quid wgaveris, defendatw ? Tu le fatigueras à disputer avec eux , tu ne feras qu'exciter leur bile et ils répoudront à les preuves par des injures : Et lu nihil quidem perdes nisi vocem in conlentione, nihil consequeris nisi bilem de blasphematione. Ton adversaire s'oftstinera toujours de plus en plus dans l'erreur, en voyant que tu ne l'as pas su convaincre : llle vero, cujus causa in congressum descendis S cripturarum, hoc ipso motus quod te videat nihil promovisse, certede pari altercatione incertior discedet, nesciens quam hœresim jujdicet. Il dira que tu n'entends pas le vrai sens des Ecritures, et que tu les interprètes mal ; que leur véritable sens est clui qu'il leur donne , et que par conséquent il a pour lui la vérité de la parole de Dieu : Neiesse est enim et illos dicere a nobis potius adultérin Scriplurarum el expositionum viend vicia inferri, qui proinde sibi defendant veritalem. Il ne faut donc pas disputer avec eux sur le sens des divines Ecritures et des monuments de la tr.idition; par cette méthode on ne convainc jamais , ou trèsrarement : Ergo non ad Scripturas provocandumest ,nec in his constituendum certamen, in quibus aut nulla , aul incerta Victoria est. Il faut ramener nos adversaires sur le terrain du fait seulement, mettre de côté todtes les discussions doctrinales, cl les contraindre à disputer seulement sur cette question : la bulle Unigenilus est-elle approuvée, ou non, par le con«en emenl et l'enseignement du plus grand nombre des évéques unis avec leur chef le pontife de Rome? Voilà le champ de bataille sur lequel on doit attirer les jansénistes pour combattre : champ très-limité, dans lequel ils ont peu d'espace pour se m< tire au large , et où leurs armes, qui ne sont après tout que des subtilités et des sophismes, paraissent dans toute leur impuissance , el donnent un spectacle humiliant

même aux personnes les moins instruites, comme nous le verrons dans l'article suivant. Le bon sens commun suffit à tous les hommes pour décider que celui qui, dans une question de fait, vient à nous opposer un témoignage contre cent , que celui-là a perdu entièrement la' tête. Nos conlroversistes jusqu'à présent ont attaqué les jansénistes dans les discussions doctrinales, espérant les convaincre; il faut avouer que si cette méthode a été louable du côté de la charité et du zèle, elle n'a pas élé toutefois heureuse du côté de la justesse et de l'utilité. Les partisans de Jansénius très-féconds en ressources, à l'aide de sophismes et de détours , ont trouvé dans ce champ si vaste mille sentiers propres à favoriser leur fuite, et pour me servir des expressions de Tertullien, ils sont allés se cacher, selon leur usage, dans l'obscurité des mots équivoques et ils on t eu recou rs à l'im postu . e : Nolunt agnoscere ea per quœ reiincunlur : b.is niluntur, quœ ex falso compo suer nul , et quœ de ambiguilate ceperunt. Avec la méthode janséuieune on peut remettre en question tout ce qui a élé décidé par l'Eglise , et propager dans son sein toutes les hérésies qu'elle a déjà condamnées. Un arien, un nestoiien, un calviniste, un hérétique quelconque, assemblera un grand nombre de textes de l'Ecriture et de témoignages de la tradition entendues à sa façon, el avec eux il prétendra faire passer ses erreurs pour des dogmes de foi. Et vous, que lui opposerez-vous? D'autres passages et un autre sens. Mais l'hérétijue vous dira que vous entendez mal ces passages , que le véritable sens c'est celui qu'il leur donne. Qui alors décidera ia question entre vous deux? Quand il s'agit d'une interprétation privée, le catholique marche de pair avec l'hérétique , et l'autorité privée sera toujours insuffisante pour chasser l'hérésie du sein du catholicisme.

54. Je dis en second lieu, que les jansénistes sont hérétiques. Dans quelle fin, lorsqu'il s'agit de la bulle Unigenilus, s'empressenl-ils d'examiner l'Ecriture et la tradition? Que prétendent-ils avec le pompeux étalage de citations el de discussions? Ils prétendent ne point se soumettre à cette bulle, ne point condamner la doctrine de Quesnel, soutenir que les propositions, qui y sonlcondamnées, sont autant de vérités de foi. Mais, messieurs, leur dirai-je, celte bulle n'est-elle pas la parole décisive de l'Eglise catholique ? Ne f >rme-t-elle pas l'enseignement actuel du corps des pasteurs? Non , répliquenl-ils , cela ne peut être. Tous les monuments de la tradition parlent contre celle bulle , et enseignent une doctrine entièrement contraire. Il faut ou admettre le pélagianisme, ou rejeter cette bulle ; ici il n'y a pas de milieu. La doctrine de saint Augustin solennellement approuvée ne peut plus subsister, si la bulle Unigenitus subsiste. Ainsi donc, dans le fond , les jansénistes mettent la règle prochaine de notre foi en contradiction avec la règle éloignée, pour suivre celle-ci cl rejeter celle-là : ils ferment l'oreille à la parole

I>I.MU>SIHATI0.N EVANGËLIQI !.. lu il.U-.M.

actuelle tics témoins \ivants pour relier Iran décisions sur les (Impositions des témoiai morts; ri ils abandonnent l'autorité du eorpi des pasteurs qui gouvernent actuellement l'Eglise, pour l'astreindre à leur propre science , cl a leur jugement privé dans l'interprélalion de la parole «le Dieu écrite, el traditionnelle. Voilà l'ecueil contre lequel viennent se briser les partisans de Jansénius et faire tristement naufrage : voilà le fondement de ces erreurs , qui remplissent presque tous leurs livres. Ils se dallent de soustraire à la censure de l'Eglise leurs doctrines, à l'aide d'une longue citation de passages de 'a sainle Ecriture et des Pères, interprétés à leur manière. Celte méthode attaque directement l'infaillibilité de l'Eglise . > t suppose que l'en peut trouver des lai lies el de la contradiction dans la doctrine enseignée par !e corps des pasleurs à diverses époques. Cette hypothèse est une hérésie formelle. Le janséniste, par cela même qu'il se dispo-e à disputer atec nous sur les matières décidées dans les bulles contre "aïus, Jansénius et Oucsncl, fa<t une supposition hérétique, el il est lui-même hérétique. Il marche dans la voie suivie par les luthériens cl les calvinistes, que dis-je, par les hérétiques de tous les sièc.l(s. S'il n'y entre pas de prime abord et à découvert, il y arrive toutefois par un petit circuit et sourdement. 11 faut parler clairement et appeler les choses par leurs noms, pour défendre la vérité, détromper les partisans fourvoyés du jansénisme, et sauver nos adversaires eux-mêmes. On ne cher he point à les blesser, mais à les guérir. Clwritas Chrisli urget nos ]J Cor. v, \k)t et suivant les inspirations de celte charité , in'us supposerons que les jansénistes (au moins ceux qui ne dogmatisent pas publiquement, pour ceux-ci la supposition est presque impossible) marchent dans la voie de la perdition sans la connaître; qu'ils la suivent par ignorance , par irréflexion , parce qu'ils ont été séduits par les Telles apparences et par d'autres mauvaises raisons semblables. Mais plus nous voudrions excuser leurs égarements et leurs erreurs, el plus nous devons nous efforcer de leur fournir les lumières capables de les détromper, el les remettre dans le bon chemin pour trouver la vérité. On ne doil pas cacher au malade la gravité de son mal, de peur de le conlrisler.

55. Dernièrement on a réimprimé dans notre Italie les Réflexions morales de Quesnel, déjà condamnées, et que l'on a osé présenter aux chrétiens co nme un aliment salutaire pour les âmes. Certains défenseurs de ces Réflexions onl eu le courage de dire en face au public , que leur solennelle condamnation faile dans la bulle Unigrnitus ne devait pas empêcher les fidèles de les lire el d'en nourrir leur esprit : car, dans les matières de dogme , il f.iul persuader par des raisons, et non dominer par l'autorité. Celui qui a exprimé de tels sentiments , el | employé un lel langage, celui-là ne connaît pas les premiers éléments du christianisme. Il faut le renvoyer sur les bancs pour y ap-

prendre STAC les enfants son caléchiâOX quand est-CC que notre divin Maître a (h lerniine pour régie de la loi clircti"tine les raisonnements et le-, irg umentations 1 N'a-l-il

pas proposé pour règle immuable el universelle la voix do pasteui.i de l'Eglise ? La foi ne repose-t-elle pas essentiellement sur l'autorité? Dans un imprime qui porte en tête un nom respectable , en parlant dl I a condamnation du catéchisme de Court in, on lit les paroles suivantes : a 11 est inutile de vouloir deviner le motif d'une telle c< usure. Quoique je fusse Irès-convainca de l'extrême exactitude de doc rine que l'on ad ire dans toutes les parties de ce calée I lai pas un seul instante chercher des éclaircissements et de- lumières , et ï examiB r les raisons et |ei n ( elle (eus

Quand il s'agit de l'intégrité de la foi , soins que l'on prend ne sauraient être ■ upcrflus; et c'csl t njours un devoir d riger et de supprimer ce que l'on Irm. d'inexact ou de marnais. Mon em et mes efforts lurenl vains. Par i il ,

je n" crus pas devoir faire aucun compte d'une 1 1 usure lancée par quelqu'un qui ne donna t pas de raisons. Quand la doctrine d'un livre ne parait pas mauvaise , la censure ne saurait être tout au pi .s qu'on* affaire politique , qui ne peut jamais d l'étal temporel de celui qui porte le décret. Mais si la doctrine est édifiante el ortl priver les fidèles de ce; aliment salulail ra toujours la plus grande iufasi ce (lettre pastorale de Mgr Scipion de Ricci du 5 < toltrr 1787, pag. 61. Put oie , per Alt» Brocoli ). » Voilà donc un homme qui r/irr< des édaircissemi nts et des lumières cl vaut s'assurer, par l'exa m, des rauont et motifs de la ce,i>u>e porlée par une au or le compétente» émanant d'un tribunal légitime, sur un ivre qui traite des matières élémentaires de la religion chrétienne; et de ces éclaircissements , de ces lumières et de ces raisons, il fail dépendre sa docilité et son obéissance. Si celle méthode s'inlroduil dans le christianisme , l'autorité du tribunal établi par Jésus-Christ dans son Eglise ne s> rvira plus à rien : chacun ne consultera que propres lumières pour discerner les | i, , doctrines des mauvaises. Luther a donc raison : et l'on ne pourra plus distinguei les enfants dociles de l'Eglise des partisan- iinpu de leurs propres systèmes. »Jue si on lai subsister le tribunal établi par Jésus-Christ pour servir de guide aux gens simple el grossiers, alors nous dirons que luus chrétiens ne sont pas également di tn*

leur foi, el que la science sublime de certaines personnes a mérité de la paît du S iu- \ eur le privilège d'une exception conrea <U\e de la règle générale. Mais /'■ et

les efforts de notre auteur pour chenu éclaircissements cl des raisons Je m'en doutais bien, el cela devait être; parce que Dieu superbis risislit , Itutn autem dat grattant (Jacob. îv, G); su»t en, m quid un in vobis, qui non credunl ; ei fdeo intelligunt , guia non credunl. Prop'

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENlNE.

dixit : Nisi crediderilis , non intelligetis (S. August. sup., not. 1, col. 53). Il fallait commencer par se soumettre à l'autorité, et par croire que la doctrine de ce catéchisme est mauvaise et contraire à la doctrine de Jésus- Chrisf : cela fait , on pouvait ensuite chercher des éclaircissements , des lumières et des raisons, mais toujours salva obserialione, nec in deslruetionem ejus , sed in œdificationem potius (Terlull., supra, n. 48), et l'on en aurait trouvé en très-grand nombre. Mais non ; quand il s'agit de la foi, les jansénistes sont eux-mêmes leurs propres maîtres ; il faut qu'elle soit bonne ou mauvaise, la doctrine qui sera jugée telle par eux. Aussi s'altachant strictement à cette maxime , notre auteur conclut : « Par conséquent, je ne crus pas devoir faire aucun compte d'une censure

(1). Etenim, cum deberelis magistri esse propter tempus, rursum indigetis, ut vos doceamini quae sinl eiementa exordii sermonum Dei, et facti eslis quibus lacté opus sit, non solido cibo (Heb. v, 12).

Aliïi que les lecteurs voient très-clairement que le but des doctrines artificieuses des partisans de Jansénius tend à détruire dans l'esprit ries chrétiens l'idée de l'infaillibilité de l'Eglise et à enraciner le jugement individuel, le sens privé des luthériens dans l'interprétation de la parole de Dieu écrite et traditionnelle, même quand l'Eglise a parlé et déridé, il suffit de faire quelque réflexion sérieuse sur certaines maximes adoptées dans le dernier synode de Pistoie. Sans aller chercher ces maximes à la source empoisonnée de ce synode, ilsullitde consulter la Seconde lettre à un prélat romain, datée de Haie 1790, où Ion rapporte, à la page 87, le passage suivant de ce synode : « L'Eglise seçut le droit de juger et de décider en dernier ressort les disputes qui s'élèvent parmi les fidèles sur la doctrine et la morale, et dans l'exercice de ce droit, elle ne s'égarera jamais. » Voilà par ces paroles le dogme catholique de l'infaillibilité de l'Eglise suffisamment exprimé. Je dis su (fis miment, car il me semble qu'on se serait exprimé avec plus d'e \actitu le en disant qu'elle ne pourra jamais s'é-

f;an r. Voila donc que ce synode vient à nous avec rs vêtements des brebis, veniunt ad vos in vestimentis ovium : mais prenez garde, et vous verrez bienlôl le hideux museau du frtup, intrinsecus autem sunt tupi rapaces (Matth. vu, 15). Le synode poursuit et ajouta aussitôt : < Dans l'exercice de ce droit elle ne s'égarera jamais, pourvu qu'elle ne s'écarte pas des règles sûres, sur lesquelles il convient que l'on s appuie pour juger sainement, c'est-à-dire, la parole de Dieu ou consignée, dans les divines Ecritures, ou conservée par la tradition. » Ce' pourvu que suggère tout à coup et nécessairement l'idée, qu'il est possible qu'il arrive un cas où l'Eglise, en jugeant et en décidant dans les controverses sur la foi, s'écarte de la parole de Dieu écrite et traditionnelle. Cette idée maudite détruit l'u.f dllibililé de l'Eglise, et elle est forhiellemeni h relique. Celte idée permet au janséniste de f lire glisser, comme un milieu entre la parole .le l'Eglise qui parle définitivement, et la parole de Dieu écrite et conservée par la tradition, de faire glisser, dis-je, ses doutes et ses recherches pour examiner et voir si entre la décision de l'Eglise et la parole de Dieu il y a conformité, ou bien conlradi lion. C'est la in terminis le sens privé des luthéii'n , auquel nom disons du fond du cœur, a jamais analhème avec la sainte Eglise catholique.

Mais ce hibiix, museau de loup fait trop peur à tout .lin lien fidèle : aussi les jansénistes I ont .-ils à peine montré qu'ils s'empressent de le recouvrir de

nouveau de la peau de brebis. Voh i les paroles qu'ajoute le synode an passage cite plus In ut : Le

fidèle ne peut craindre que l Eglise universelle abttie

lancée par quelqu'un qui ne donnait pas de raisons. Quand la doctrine d'un livre ne paraît pas mauvaise, la censure ne saurait être tout au plus qu'une affaire politique qui ne saurait dépasser l'état temporel de celi-i qui porte le décret. » Ce langage détruit l'économie de la religion chrétienne fondée sur l'autorilé et sur la prédication de saint Pierre et de ses successeurs, comme nous l'avons développé ci-dessus, et nous rappelle ces paroles de saint Paul : « Vous qui, à cause de votre caractère et du ministère que vous remplissez dans l'Eglise, devriez être les maîtres du peuple de Dieu, il serait encore nécessaire qu'on vous apprît les premiers éléments de la religion de Jésus-Christ ; et vous êtes comme des enfants qui ont besoin de lait (1).»

jamais de cette autorité (de juger les controverses qui s'élèvent sur la doctrine et la morale). Cette même assistance divine « qui lui assure le droit de ne pis errer, quand elle interpose son jugement sur la doctrine et sur la morale , lui assure d'un autre côté, par la même raison, le privilège de ne pas en abuser. Sans cette assurance, no< croyances seraient incertaines, et l'on pourrait toujours demander si l'Eglise n'a pas abusé de son autorité, où si elle ne s'est pas éloignée des véritables sources qui rendent ses décisions infaillibles. Une telle méthode soumettrait les décisions de l'Eglise universelle aux c.iprices et au jugement indivi.lu :l de chaque chrétien. > Au nom de Dieu , puisque nous sommes très-certains que l'Eglise ne peut jamais abuser de son autorité, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas, en décidant sur les matières de loi, s'écarter de la parole de Dieu; etque nous en sommes très-certains à cause de la promesse de l'assistance divine; qn'élait-il donc besoin d'y ajouter cette condition insidieuse: « Pourvu qu'elle ne s'écarte pas des règles sûres, sur lesquelles il convient qu'elle s'appuie pour juger sainement, c'e-t-àdire la parole de Dieu, ou consignée dans les saintes Ecritures, ou conservée par la tradition? Quel est donc ce plaisir barbare défaire aux lutteurs une plaie mortelle et d'y répandre ensuite un baume pour la guérir? Et si le baume ne fait pas son effet! et si la plaie devient plus profonde; si, en se glissant, elle attaque les parties vitales *et qu'elle donne la mort? Il est certain que celle condition, mise en avant, est pour les chrétiens peu instruits, une pierre d'achoppement contre laquelle ils se heurtent, et , ils s'arrêtent chancelants et incertains sur 1 article de l'infaillibilité de 1 Eglise, et il faudra qu'ils se fassent violence pour avancer sans crainte et se reposer sur leur guide avec une entière confiance. Donc celte condition n'est propre qu'à scandaliser les faibles'; il faudrait rappeler à ces hommes, qui scandalisent leur prochain, la terrible sentence de Jésus-Christ : «Qu'il vaudrait mieux pour eux qu'ils fussent précipités au fond de la mer, avec une grosse meule au cou, plutôt que de donner un tel scandale : Qui autem scnndalizaverit unum de pusillis islis, qui in me credunt, expedit ei, ut suspeudalur mola asinaria in collo ejus , et deniergiiinr in profundum maris » ( Matth. xviu, 6). L'auteur de la Seconde lettre mentionnée cidessus remarque trés-à-propos que les jansénistes ont l'habitude de placer dans leurs livres les vérités catholiques avec les hérésies opposées, afin d'avoir un bouclier pour se défendre conlre ceux qui voudraient les inculper en leur reprochant ces hérésies. Ils crient aussitôt à la calomnie et à l'imposture, et jettent en face à leurs adversaires ces passages où ils enseignent les vérités catholiques. Celte méthode sert à merveille à prouver que les sectateurs de Jansénius ont le privilège de se contredire, mais elle ne peut les laver du reproche qu'on leur fait d'avoir des

M DEMONSTRATION LVANGELIQUE. BOLGENI.

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