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LES EXALTÉS

L'abime attire.

(Victor Hugo.)

Jusqu'ici nous avons parlé des écrivains qui ont avec plus ou moins de résolution, d'une manière plus ou moins décidée, accusé le système mythique de déraison ou d'exagération. Maintenant, il faut parler de ceux qui accusent le docteur Strauss de timidité et de scrupules religieux.

« Au fond, dit un des rédacteurs les plus hardis de la Liber'é de penser, David Strauss est un e- prit essentiellement modéré (la Jeune-Allemagne dit timide). Lorsque les journaux nous ont appris, il y a quelques mois, que le chrislologue appelé par 303 sur 304 électeurs à jouer un rôle politique se rattachait presque à la droite conservatrice, ou se demandait s'il fallait y voir une contradiction ou l'une de ces conversions dont les révolutions radicales offrent plus d'un exemple. C'était le développement naturel de son caractère ; Strauss est en critique et en théologie un libéral de l'extrême gauche et non un radical. A un certain jour on a brûlé le droit divin avec des façons toutes révolutionnaires, mais au fond on conserve quelque chose qui y ressemble, Les radicaux sont au delà, ils ne tarderont pas à venir.

« Strauss devait donc élre dépassé, il l'a été; quelques années ont suffi pour accumuler sur lui trois ou quatre couches d'ultra-hégélion-., qui ont mis la hardiesse et le paradoxe aux enchères. M. Bruno Bauer est venu d'abord, au nom de toute une école, qui s'est appelée positive, traiter l'auteur de la \ ie de Jésus d'orthodoxe timoré, qui a l'air de croire au Saint-Esprit. Puis M. Louis l'euerbacli a reproché à Bruno Bauer de n'être lui-même qu'un théologien, un esprit lourd, qui ne savait pas comprendre le seul Dieu, ie seul Christ qui est l'humanité et a tenu le sceptre de la hardiesse, jusqu'au jour où M. Max Slirncr est venu dire à tous ses devanciers : Vous n'êtes que des bigots; mettre l'humanité à la place de Dieu, c'est mettre une superstition à la place d'une autre. Il n'y a de sacré que l'individu. Le Chritl humanité, comme I • Christ historique, est une invention des capucins.

(t) Voir, plus loin, mon Indicateur apologétique, clc,

« Le grand défaut du développement intellectuel de l'Allemagne, c'est l'abus de la réflexion ; je veux dire l'application faite avec conscience et délibération à la production spontanée des lois reconnues dans les phases antérieures de la pensée. Le grand résultat de la critique historique du xix" siècle appliquée à l'histoire de l'esprit humain est d'avoir reconnu le flux nécessaire des systèmes, d'avoir entrevu quelques-unes des lois d'après lesquelles ils se superposent, et la manière dont ils oscillent sans cesse vers la vérité, lorsqu'ils suivent leur cours naturel. C'est là une vérité spéculative de premier ordre, mais qui devient très-dangereuse dès qu'on veut l'appliquer. Car, conclure de ce principe: Le système ultérieur est toujours le meilleur ; que tel esprit léger et superficiel qui viendra bavarder ou radoter après un homme de génie lui est préférable, parce qu'il lui est chronologiquement postérieur, c'est en vérité faire la partie trop belle à la médiocrité. Et voilà pourtant ce que fait trop souvent l'Allemagne. Après l'apparition d'une grande œuvre de philosophie ou de critique, on est sûr de voir écloie un essaim de penseurs avancés qui prétendent la dépasser et ne font souvent que la contredire....

« La révélation, avait dit Strauss, n'est pas une inspiration du dehors, ni un acte isolé, elle est une seule et même chose avec l'histoire du genre humain. L'apparition de Jésus-Christ n'est plus l'implan talion d'un principe divin et nouveau, c'est un rejeton sorti de la moelle la plus intime de l'humanité dotée divinement.» (Strauss, Dogmatique chrétienne, i, p. 68.) Tout cela ne fut aux yeux de la nouvelle école qu'une pompeuse rêverie ; elle prétendit tout expliquer par des moyens simples et naturels, et ramener la formation de la légende de Jésus aux proportions d'un fait très-ordinaire. Strauss avait tout attribué à l'action lente et cachée d'une tradition non consciente d'elle-même. La nouvelle école, au contraire, vit dans les Evangiles une œuvre tout individuelle

« M. Bruno Bauer est sans contredit l'esprit le plus distingué de la nouvelle école, à laquelle il ne se rattache du reste que par quelques tendances. Réaliste comme elle, il est loin de faire à l'histoire une aussi large part. (Krilik der evangelischen G eschichte der synopliker unddes Johanncs, 1. 1, et 11, 1841; t. 111, 1842.)

« L'hypothèse de Strauss , dit Bruno, est mystérieuse, car elle est tautologique. Expliquer l'histoire évangélique par la tradition, c'est s'obliger à expliquer la tradition elle-même et à lui trouver une base antérieure. Le point de vue de Strauss est timide et orthodose, et cela devait être. La critique a, dans Strauss, livré son dernier combat à la théologie, tout en restant sur le terrain théologique. Toutes les fois que deux adversaires sont ainsi aux prises l'un avec l'autre, le vaincu fait toujours un peu fléchir le vainqueur. Au fond, il revient au même de dire que les Evangiles ont été inspirés par le

8fi-

DEMONSTRATION EVANGELIQl T.. L'ABBE CHASSAT.

Saint-Esprit, « >ti qu'ils soul l'œuvre de la tradition. C'est également recourir à une cause transcendante, c'est également méconnaître la liberté et l'individualité de la < onscience humaine

« Pour nous, dit M. Bruno Bauer, qui sommes définitivement émancipé* el avons iirûlc nos vaisseaux, ne reculons pas le mystère , en le reporlant de l'inspiration à la tradition. Les Evangiles sont des livres comme d'autres, oeuvres individuelles de tel el tel, auxquelles il ne faut pas chercher de trop profondes racines. Strauss suppose que tout le Nouveau Testament est basé sur l'Ancien, que les Juifs, à l'époque de Jésus, avaient une christologiecompléte, un type messianique arrêté, sur lequel le mythe évangélique a été calqué trait pour trait. Krreur : tous les actes par lesquels on nous montre Jésus accomplissant l'idéal messianique et cet idéal lui-même sont des inventions chrétiennes. Les Juifs n'avaient à cette époque aucune christologie : l'histoire de Jésus n'a donc pas été une création idéale, faite s-ur des types traditionnels. La foi au Messie , jointe à la croyance que tel ou tel est le Alessie, est l'idée créatrice de l'Eglise chrétienne, ou plutôt ces deux faits, la formation de l'Eglise et l'apparition de cette idée sont un seul el même phénomène. Les Evangiles, en un mot, sont des œuvres chrétiennes et non judaïques, comme le voulait Strauss. Ce n'est pas le judaïsme qui a prêté au christianisme l'idéal messianique ; c'est, au contraire, l'apparition et le développement du principe chrétien, le combat de l'Eglise et de la Synagogue qui ont familiarisé les Juifs avec l'idée du Messie, et ont fait de cette foi la base de leur système religieux.

«Quant à la question du Christ historique, du personnage réel qui a porté le nom de Jésus, ce n'en e-t plus une, dit M. Bauer. Qui ne voit que tout ce qu'on en raconte appartient tout entier à l'idéal et n'a rien à démêler avec le monde réel? Il ne naît pas comme un homme; il ne vit pas comme un homme; il ne meurt pas comme un homme. C'est peine perdue que de faire la critique ou l'apologie de ses actes ; car, puisqu'il se pose en dehors des conditions de l'humanité, il doit avoir peu de souci des lois de la nature humaine. Bien plus, celte nature doit être par lui tournée en dérision et hardiment conspuée. De là ce contraste de l'humain et du divin qui fait la base de la morale évangélique ; de là celle amère ironie de la nature qui éclate surtout dans l'Evangile de Jean; de là enfin, celle raide et inflexible abstraction qui devint l'essence du Christianisme et alla peu à peu absorbant tout ce qu'il y a dans l'humanité de suave et de doux. Les religions de l'anliquile n'étaient que l'Etat, la famille, l'art, la morale, élevés à une h, iule et poétique expression. Elles ne connaissaient pas le mystère, le renoncemenl, la dévotion sombre el triste; c'étaient des liens, mais des liens de fleurs. Quand ces fleurs furent fanées, quand le terrible enchanteur qui fascina la conscience humaine l'eut éblouie d'elle-mê-

iiii, le vampire de l'abstraction Tint achever l'œuvre. Il suça tout, jusqu'à la dernière poulie, dans la pauvre humanité ; sue el Ion p. sang et vie, natnre et art, famille, peuple, patrie, tout v passa, el sur lei ru nés du monde époisè, il ne retU plus que le

maigre fantôme da moi , chancelant et mil

sûr de lui-même.

« S'il y eut un homme do nom d " Jésus, ron- (inné M. Bauer, qui ait été la cause o sionnelle de la révolution qui en son n m | ébranlé le monde, il est certain qu'il n a point dû être enchaîné dans les fono - i tes du Christ évangélique. Le Christ évangélique, considéré comme un phénomène historique, serait une vision pénible devant laquelle on n'éprouverait qu'un sentiment de répugnance, un fantôme dont on se détournerailavec épouvante el horreur. A-t-il réellement existé'.' Question, dit M. Bauer, dont la réponse sortira de la critique des Bptlres, et pour laquelle les Evangiles ne fournissent absolument aucune preuve.

«On le voit, Bruno liauern'apascetle haute placidité de la science qui fait la beaule du livre de Strauss. Pour paraître dégagé, il injurie, et, pour injurier, il embrasse tous les paradoxes qui peuvent serv ir sa colère. Il y a dans sa verve je ne sais quelle sève brutale et grossière : « Par où conclure? dit-il en terminant; faut-il nous jeter à terre et demander pardon à genoux, d'avoir conduit ces recherches d'une façon aussi radicale? Oui , quandles théologiensmodernes auront prouvé qu'ils ont le droit de se débarrasser des questions les plus importantes avec un ou deux mots sans appel, qu'ils répètent avec une infatigable patience dans cent écrits ; oui, quand ils auront prouve que celui qui veut définitivement résoudre un problème n'est pas leuu d'être radical sans méaagement ni composition Voyez comme la

rancune théologique éclate dans leurs yeux. Ah l ah ! tenez-vous dans vos mains le tonnerre? c'est bien heureux, misérables, qu'il ne vous ait pas été confié, etc. »

« Bruno Bauer fait évidemment son possible pour ne pas être traité de théologien. Eh bien 1 il n'a pas réussi. M. Feuerbach lui a jeté à la face l'injurieuse épilhèle el l'a accusé de raisonner encore à la vieille manière : c'est au moins de sa part une u*lie malice, el, au fond, il a raison. « Si Baser ne se tenait pas sur le même terrain que les théologiens, s'il sentait qu'il n'a affaire qu'à des morts ou à des gens qui, à son I . sont d'un autre munie, il ne se mcltrdil p is si fort eu colère. Sa rage indique des secrets contre lesquels il se raidit. Lui qui prétend avoir passé le Uubicon, n .1 pas remarqué qu'il y avait encore un pis à faire el un autre rôle à prendre; c'est le rôle de la critique froide el purement scientifique, qui ne s'inqniète pas pins îles sottises débitées par les sols que le philologue ne s'inquiète des rêveries des erudils du v ieux temps. » (La Liberté dépenser, 15 avril 18i9, Les historiens cri tiques de Jésus. § 3.)

Pour achever ce tableau des excès Je l'esé-

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

gèse nouvelle, nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques détails curieux qui complètent les renseignements fournis

par M. R , et que nous trouvons dans un

article de feu M. le comte d'Horrer :

« Bien que les trois coryphées du philosophisme teuton, dit le respectable écrivain, marchassent au même but, celui de la destruction radicale, non-seulement du Christianisme, mais aussi du déisme, ils s'étaient en quelque sorte ( peut-être même involontairement) partagé ce rude labeur, en sorte que Strauss combattît premièrement la personnalité réelle, même humaine, dû Christ, niant, par conséquent à la fois ses paroles et ses œuvres ; que Bruno Bauer détruisît l'autorité , même simplement historique , des Evangiles et de leurs auteurs; que Feuerbach, enfin, dévoilât jusqu'en ses plus horribles profondeurs l'abîme de la négation la plus absolue, et, oserons-nous l'écrire?... de la haine la plus effrénée contre l'idée même de Dieu ! ! »

« Bruno Bauer a quelque chose qui lui donne , en infernale caricature, une sorte de ressemblance avec saint Paul, dans ce sens que , comme le grand Apôtre, mais par une marche absolument inverse, il devint le prédicateur de la doctrine qu'auparavant il avait haïe et combattue, et dont, plus tard, il se montra le plus ardent disciple et le plus hardi défenseur. Formé à l'école de Hegel, longtemps il lui déclara une guerre systématique au moins dans ce qu'il considérait comme ses excès. H avait pris la défense du fait de la création, tel que le raconte la Genèse ; il en soutenait même (ce que l'Ecriture ne dit ni n'indique) la révélation directe faite à Abraham, d'où elle fut transmise à Moïse. 11 avait vivement et très-heureusement soutenu l'authenticilé du Pentateuque contre Vratke; de même, il avait soutenu la conception surnaturelle du Christ au sein de la Vierge immaculée, contre Strauss, dont alors il était le plus ardent antagoniste.

« Et telle était l'idée qu'à celte époque on se faisait de Porlhodoxie philosophique de Bauer que, dans son histoire de la philosophie moderne, M. Michelet n'hésitait pas à prédire sa prochaine incorporation à l'école de Hengstenberg (1). Grande a été la jubilation des Annales germaniques , lorsque, pour la première fois, elles eurent découvert en lui des symptômes de défection de sa pseudo-orthodoxie et de ses naissantes sympathies | oui* le système de ['entière liberté.

« Des esprits de celte trempe ne s'arrêtent pas facilement dans la tâche de réparer leurs premiers égarements, en leur opposant leurs nouvelles convictions. Aussi Kauer fait-il des pas gigantesques dans la voie des oéualions. Nous ne parlerons ici que de l'écrit anonyme, mais avoué par lui : De l'Eglise évangélique de Prusse , et de la science , et de sa Critique de l'Evangile de Jean, noua réservant de parler plus en dé-

(1) M. flcngslcnberg esl à Rerlin le chef de ce que l'on v appelle l'école piéiistc, c'est-à-dire orlhodoxoproiesiante ou évangélique. Il est propriétaire ou du

tail de son œuvre capitale : La Critique des Evangiles des synoptiques, dans lesquels il comprend tous les écrits apologétiques de la religion de Jésus-Christ, auxquels il déclare une guerre irréconciliable. Du reste, il nous promet, quant à cette religion, des résultats positifs et rigoureusement démontrés; mais jusqu'ici sa promesse n'a pas élé, au moins que nous le sachions, remplie.

« Si, dit-il dans la préface de cet ouvrage, la négation devait paraître à quelques-uns trop hardie et poussée trop loin, nous leur rappellerions que ce qui est vraiment positif ne peut naître que sur un terrain clénadé par la négation universelle. La putréfaction de la lettre ne peut s'établir et se consommer que lorsque l'esprit, sûr de sa cause, peut se liquidifier, se mouvoir, et lorsque ce mouvement même est dirigé contre le résidu qu'a laissé le procès résolutif de la putréfaction. Comment la critique raisonnée pourr.i-l-elle parvenir à consumer tout ce qui paraît positif, et jusqu'à l'idée de l'aitente d'un Messie, qui n'a pas eu une moindre durée que 2000 ans, et qui, portée par les traditions du peuple juif jusqu'aux bornes de l'univers connu, a fini par envahir le monde? Comment y pourra-t-elle parvenir si elle n'est pas certained'élablir,au moyende sa dialeclique, des idées et des convictions qui , jusque-là, n'avaient pas été conçues, tant sur la personnalité du Christ que sur la puissance du principechrélien? L'on finira par voir qu'il était réservé à l'ardent foyer d'une critique dévorante, de démontrer au monde l'impuissance réelle et improductive du Chrisl et de sa doctrine. Jusqu'ici le monde, témoin attentif et expeclant du résultat final des critiques philosophiques, n'a rien vu encore que d'intentionnellement, mais non de réellement destructif du Christianisme, dans les savantes recherches de ces maîtres en fait de critique. Attendons donc encore, et dans cette attente, voyons comment s'y prend la critique des écrivains synoptiques des Evangiles, pour qu'il n'y reste plus de traies ni des paroles, ni des œuvres, ni des souffrances du Fils de Dieu 1

« Bruno Bauer s'empressa d'adopter cetto opinion et d'en faire le point de départ de sa critique des synoptiques. Selon lui, l'Evangile de Marc est le premier en date, parce qu'il est le plus simple, et qu'il ne s'y trouve pas encore de vestiges des additions de toute espèce qu'y firent postérieurement admettre les imaginations des Eglises; on sorte que, suivant Bauer, « les Kglises auraient enseigné aux apôtres l'histoire de Jésus-Christ, de sa vie, de ses miracles et de ses souffrances, et que ceux-ci n'auraient eu rien de mieux à faire que de consigner ces incohérentes rapsodies dans leurs écrits, et de s'en déclarer les auteurs I » Ainsi, dit encore Bauer, Marc ne sait rien encore de la généalogie, ni de la naissance surnaturelle du Christ; ce qui fournit la preuve la plus certaine que, de son

moins rédacteur principal de la Gazette ecclésiastique évangélique, le plus important des organes de celle école.

M.Muw||;.\ïlu\ !.\ ANCEl.înl I.. I

temps, les Eglises n'avaient point encore conçu la nécessité de le faire descendre, suivant la nature, de David, et de le faire engendrer de Dieu dans l'ordre surnaturel. Les idées qui formèrent le fond de ces imaginations n'ont pu que se développer, beaucoup ])lus tard, d'impulsions provenues de la propre conscience des communautés chrétiennes, et furent alors exploitées en objectivités des faits ainsi supposés.

« Il est absolument impossible que ces récits aient aucun rapport avec des faits réels, puisqu'ils sont en contradiction avec l'idée absolue (quel argument, et qui expliquera ce jargon ?j, qu'ils sont en outre remplis de contradictions historiques, et, qu'en un mot, ils portent en tout le caractère de productions purement littéraires (de Gelions poétiques) nées de la propre conscience , encore plongée dans son immédiateté créative (1). »

C'est d'un pareil galimatias que doit résulter la preuve que Marc a été le secrélaire rédacteur des premières Eglises; qu'il a eu pour copiste quelque peu infidèle Luc , et que Matthieu, dont le travail a été plus facile encore, a copié Marc et Luc, se réservant l'un et l'autre le droit de faire à leurs originaux des additions éventuelles, au gré de l'enfance des Eglises. C'est ainsi, dit le critique, qu'à force d'additions nouvelles, ils ont fini par environner leur maître d'un brouillard mythique, où ne se dislingue plus ;uii un de ses traits ; en quoi, toutefois, ils se son! montrés composiîeursaussi riches qu'habiles , et véritablement hommes de génie (2).

c Croyez-vous donc (c'est avec ces paroles de colère que le critique apostrophe évangélîsles et apologistes), croyez-vous qu'il soit possible que le moi le moins éclairé de noire époque soit capable de goûter un cycle historique de l'espèce de ceux que nous donne Luc comme récit préparatoire à la naissance de son idole, et comme celle de l'éioile magique que nous présente Mallhieu ! Aujourd'hui, sans doute, ils s'ahstien -Iraient de nous proposer de pareils contes : car, pour y croire, il ne faut p;is moins qu'une pensée religieuse consciente d'elle-même, mais encore engagée dans le cours de son développement créateur. »

« Nous avons donc, suivant Bauer, en Luc et en Mallhieu, des personnalités ingénieuses, artistiques, et même très -réfléchies , mais non moins astucieuses. Vues sous leur autre face, cependant, elles sont stupides, coufu-

(i) Ces platitudes critiques ne seront guère coinptisçs île nos lecteurs ; leur auteur les a-l-il mieux comprises? Quoi qu'il en soit, elles donnent une idée assez, nette du degré d'avilissement où 1 exégèse prolestante et la critique philosophique «ut fait tomber la Bible, proclamée par la reforme hase et fondement unique delà foi.

(2) Si le men-onge historique (la poésie tenté comporte la tictiou) snlïil pour eonsialcr le génie d'un cernait!, lînmo-Bauer a do grands litres a eel honneur, c'est pour cela peul-èlre qu'il a prononce ce singulier jugement.

(ô) Nos lecteurs nous pardonneroiii de ne pas leur

donner la traduction textuelle dé ce long passi qu'aucune plume ne pourrait rendre intelligible en

maladroites, au p u'tit d'oublier un jour ce que la veillé elles ont ra< blé. Ln se copiant alternativement elles brouillent toutes choses, confondant sans uoût et sans esprit d'in sentences et des faits conti uu>

saisissant èaiis disèerneiuent la première matière que leur offre ('imagination déréglée de leurs disciples. Oui trouvera un point d\. cord entre dé si migrantes contradictions!

u L'éspi il religieux, dit-il, n'est autre < Imse que le schisme ifl I la < ouscience

de soi même •'! . A\ei I idée d'une pu: supérieure à ci e, celte conscience u perdre ans la vajnè considération de ce q .i n'est pas elle: elle finit par se regarder éflem ■■me comme le néant devant cette pu ssanec, et ainsi l'humanité finit par s'abîmer en s'abjuraut elle-même. La religion ait conclut le philosophe) est donc l'état mairie ùf eux que produit le déchirement intérieur ue la conscience de soi-même; elle e>t l'étal de discorde de l'esprit avec lui-même, la renonciation du moi a sa valeur idéale et réelie. »

« Leré-ullal delà critique de Bauer peut se résumer eu ce peu de paroles : il esl im| sihle délirer des Evangiles aucune idée positive sur la nalure ni sur l'existence du Christ; ce que nous pourrions en conclure, et ce qu'une saine critique nous démontre , c'esl qu'il y est conçu comme une éminente personnalité, et qu'en son nom une œuvre gigantesque a été, l'on ne sait comment . entreprise el accomplie. C'est fout ce qu'il esl possible de retirer des récits évangéliqucs qui. au fond, ne sont que lé produit de fictions littéraires.

« Deux fails lui paraissent impossibles à comprendre ou à expliquer : c'est de savoir d'abord comment les œuyrcs, les doctrines et ics souffrances du Christ ont pu produire quelque chose d'aussi grand, d'aussi propre à faire époque dans l'histoire , nou d'un peuple, mais de l'humanité, que le système religieux qui porte son nom , et puis, comment il a pu se faire que ce système ait pu si vite el si complètement s'effac r de la consciehee des siens et de tous ceux qui , par eux, ont cru el croient encore en lui ; de sorte que l'impulsion qu'ils avaient originairement reçue de leur maître el seigneur, se changeant aussitôt eu une impulsion contraire, ont prodigieusement débordé sa doctrine primitive [h). «C'esl là, dit Bauer, un phénomène si étrange, queson analogue ne se

langue française. Il se compose d'antithèses perpétuelles entre etnteienct , lernie sous lequel est entendue la connaissance scientifique de ce qui esl hors de l'homme, el la consciente intime, la connaissai ce de ce qui e*i en l'homme. La dernière seule esl le guidé el la lumière île. l'intelligence humaine , et elle est contre ile par la connaissance o .; fa et teienctie Dieu, don nait la discarde, le Schisme de l'homme en lui-même.

i ela signifie tout simplement que la doctrine du Christ S'a aucune analogie avec les m\>icics de la Trinité el de l.i consubstantialité du Verbe, érigée non pas successivement, mais foot-à coup en dogmes fondamentaux du christianisme.

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

retrouve dans aucune aulre des sphères de la vie, telles que sont les arts el les sciences , et ce résultat ne pourra jamais être ni expliqué ni compris. »

« Ce qui nous semble encore plus diffh ile à comprendre, c'est un philosophe qui entreprend la critique d un code religieux, sans prendre la peine de le lire avec assez d'attention pour en comprendre la doctrine ; et qui, entraîné par ses préjugés, préfère admettre uù fait unique, exceptionnel, et partant opposé à la nature des choses, plutôt que de reconnaître que , dans l'enseignement du Christ, deses apôtres et de leurs successeurs, il y a toujours eu parfaite harmonie et identité absolue. 11 refuse d'admettre des vérités dont la révélation dure et continue depuis dix-huit siècles ; mais il soutiendra ce que lui-même déclare incompréhensible : l'opposition radicale entre la doctrine du fondateur de la plus étendue et de la plus stable de toutes les religions de la terre, et le premier enseignement de ses disciples. »

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